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Actualité philosophique et réflexion philosophique sur l'actualité

Y a-t-il une pensée camusienne ?

Posté par Hervé Moine le 1 février 2010

Pour Albert Camus, la seule question philosophique qui vaille vraiment la peine c’est celle du suicide : la vie vaut-elle le coup d’être vécue ? Mais peut-on qualifier la pensée d’Albert Camus de philosophique ? Souvent, elle a été dépréciée et reléguée à un second rang, considérée au mieux comme une philosophie  pour élèves de terminale.

Alors que Camus lui même refusait pour lui-même le qualificatif de philosophe, Jean Montenot, dans un article de l’Express du 15 janvier 2010, le considère comme « un créateur de concepts ». Or, si l’on en croit Gilles Deleuze, le philosophe n’est-il pas celui qui justement crée des concepts ?

Ci-dessous l’article de Jean Montenot.

Hervé Moine

Camus, créateur de concepts

Par Jean Montenot (Lire), publié dans l’Express le 15/01/2010

Si Albert Camus n’a pas reçu l’estampille officielle de philosophe, son oeuvre recèle, en particulier avec le thème de l’absurde, une réflexion qui le classe parmi les grands penseurs du XXe siècle.

Alors que la polémique consécutive aux prises de position antitotalitaires de L’homme révolté battait son plein, Camus rappelait à un journaliste de La Gazette littéraire combien il se méfiait du qualificatif de « philosophe » : « Je ne suis pas un philosophe et je n’ai jamais prétendu l’être » (Actuelles II, Pléiade III, p. 402). Il y a pourtant bien une pensée philosophique camusienne malgré les multiples dénégations de son auteur. Elle n’a certes pas la majesté des systèmes philosophiques estampillés par l’Université. Camus se voyait davantage en artiste créateur dont la pensée s’exprime dans des images suggestives et poétiques qu’en artisan de concepts ronflants d’une métaphysique qui encourrait le risque de passer pour nébuleuse.

La révolte, la justice, l’amour…

Son oeuvre s’articule autour de certains thèmes directeurs qui contribuent à lui conférer son statut de sagesse philosophique. Ses Carnets montrent qu’il avait tôt projeté de l’organiser en cycles (l’absurde, la révolte, la justice, l’amour, etc.), chaque cycle devant trouver son illustration dans un triptyque : roman, pièce de théâtre et essai. Or, s’il est un thème philosophique et littéraire auquel le nom de Camus est associé, c’est bien celui du premier cycle, celui de l’absurde. Le cycle des « trois absurdes » – L’étranger (roman), Caligula (théâtre), Le mythe de Sisyphe (essai) – témoigne du souci de faire apparaître l’absurdité de la condition humaine. En la constatant d’abord. Avec L’étranger, Camus montre par la chronique du héros, Meursault, comment celui qu’il nomme « l’homme absurde » est condamné moins pour son crime que pour ne pas avoir manifesté d’émotion à l’enterrement de sa mère. C’est parce que les juges ne pouvaient pas accepter l’absurdité du geste de Meursault qu’ils conclurent à la préméditation…

Bien que l’oeuvre dramatique de Camus demeure étrangère au théâtre de l’absurde proprement dit (Beckett, Ionesco, Adamov), il a fait de l’empereur Caligula un héros absurde, sinon un héros de l’absurde. Celui-ci, constatant après la mort de Drusilla, sa soeur et sa maîtresse, que « les hommes meurent et ne sont pas heureux », en tire la conclusion qu’il lui faut exercer sans frein l’arbitraire de son pouvoir impérial. C’est la porte ouverte à des folies criminelles.

Dans Le mythe de Sisyphe, Camus fait la généalogie de la « sensibilité absurde » qu’il définit comme la contradiction entre l’apparence irrationnelle du monde – « son silence déraisonnable » – et le désir de clarté qui habite l’homme – « l’appel humain ». Pour son propre déchirement, il ne peut échapper à ce sentiment. S’il est lucide, il ne saurait se contenter des raisons d’être et de vivre fournies clés en main par des religions ou des systèmes philosophiques, ni encore moins choisir le suicide qui est la conséquence captieuse « d’un raisonnement absurde ». Pour Camus, en qui « l’appétit désordonné de vivre » (L’envers et l’endroit, préface de 1954) résiste à toute destruction, l’absurde est « un point de départ, l’équivalent en existence du doute méthodique de Descartes » (L’homme révolté). Ce « mal de l’esprit » ne vaut que par ce qu’on en fait. S’il faut « imaginer Sisyphe heureux », c’est qu’il est possible de trouver le remède dans l’ascèse même qu’exige le face-à-face avec l’absurdité de la condition humaine. Dès lors, « il y a un bonheur métaphysique à soutenir l’absurdité du monde » et s’ouvrent des perspectives qui sont autant d’antidotes au pessimisme tragique et au nihilisme. Et Camus évoque en exemple le donjuanisme, la quête de l’acteur se démultipliant dans ses personnages, la soif de conquête d’un Alexandre le Grand. Mais c’est surtout la création artistique – « car créer, c’est vivre deux fois » – qui illustre ce renversement paradoxal de perspective qui veut, selon la belle formule de Noces, « [qu'il n'y ait] pas d’amour de vivre sans désespoir de vivre ».

Pour retrouver cet article dans l’Express :

http://www.lexpress.fr/culture/livre/camus-createur-de-concepts_847017.html

 

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« Quand la terre tremble, le fondement le plus archaïque de nos certitudes vacillent »

Posté par Hervé Moine le 20 janvier 2010

Quand la terre tremble

Chronique de Roger-Pol Droit paru le 20 janvier dans LesEchos.fr

Le séisme en Haïti donne à voir toutes les composantes de notre monde qui d’ordinaire restent dans l’ombre. La fragilité des êtres humains - fait premier, essentiel et banal, que la vie actuelle finit par faire oublier. La persistance de la compassion et de la solidarité, souvent noyées sous l’indifférence quotidienne. L’existence forte de la communauté internationale, avec sa bonne volonté autant que sa mauvaise organisation et son impuissance relative. Le retour immédiat de la violence brute, de la guerre de tous contre tous, dès qu’aucune force n’assure plus l’ordre public. L’omniprésence des images, masquant souvent l’absence de vraies paroles et d’informations précises.

On dirait qu’en tremblant la terre fait craquer la fine pellicule du temps normal. Elle met à nu les os et les tendons du présent, en y dévoilant brutalement, pêle-mêle, des phénomènes sans âge (terreur, désespoir, cruauté, entraide) et des situations récentes (communications instantanées, puissance des caméras, impuissance des logistiques). Parce qu’il est soudain, imprévisible et dévastateur, le tremblement de terre est une catastrophe particulière : il fait s’effondrer, au propre et au figuré, tout ce que les humains ont édifié - bâtiments ou familles, fortunes ou espoirs. Sans mobile apparent.

Cette absurdité révoltante a fait hurler Voltaire. Ses cris sont tournés en vers - ils n’en sont pas moins explicites : « Quel crime, quelle faute ont commis ces enfants/Sur le sein maternel écrasés et sanglants ? » Ces cadavres d’enfants sont ceux de Lisbonne, ravagée, le 1er novembre 1755, par un tremblement de terre suivi d’un tsunami. De 50.000 à 100.000 morts. Et, à leur suite, le premier débat philosophique moderne sur les grandes catastrophes naturelles. Comment croire à la providence, à l’ordre du monde, à la bonté divine et à la bonté de la nature, en contemplant les innocents massacrés, l’arbitraire absolu des trépas et des survivances ? Ce que Voltaire commence à découvrir dans son « Poème sur le désastre de Lisbonne » (1756), c’est, bien avant Camus et le XXe siècle, le thème de l’absurde : « Que peut donc de l’esprit la plus vaste étendue ? Rien, le livre du sort se ferme à notre vue. »

Rousseau lui réplique, toujours à propos de Lisbonne, que la nature est moins responsable du désastre que la société. Qui donc a construit les immeubles qui se sont effondrés ? Sans cette vaste concentration urbaine, dont les humains seuls portent la responsabilité, « le dégât eût été beaucoup moindre, et peut-être nul ». Cette « Lettre sur la Providence » (1756) n’est pas le seul témoignage du choc profond de ce tremblement de terre sur la pensée européenne. Kant, fasciné par ce drame, contribuera à fonder la sismologie en rédigeant plusieurs mémoires sur les causes possibles des séismes.

La pensée contemporaine réfléchit moins à la Providence qu’à nos évidences, mais elle peut pourtant éclairer à sa manière la spécificité du drame. Ainsi, parmi les écrits tardifs du mathématicien et philosophe Edmund Husserl (1859-1938), figure un cours de 1931 intitulé « La terre ne se meut pas ». Le philosophe explique comment notre monde perceptif repose tout entier sur un sol immuable, fixe, dépourvu de mouvement. Nous savons, certes, que la planète se déplace à toute vitesse, mais l’ancrage de notre réalité et de nos pensées, lui, demeure immobile. C’est pourquoi tant de métaphores - chez les philosophes, mais aussi chez les hommes de sciences -tournent autour des « fondements », des « fondations », du « roc » des certitudes ou du « sol » des évidences.

Là se tient, en fin de compte, le point de terreur propre au tremblement de terre. Le séisme vient défaire, de manière impensable, l’assise du monde, le socle immémorial où s’appuie, sans le savoir, notre existence. Avant même toutes les conséquences que l’on connaît, la secousse sismique provoque une déchirure première, une catastrophe primordiale : la stabilité originaire de la terre se brise, se disloque du dedans. Quand la terre tremble, le fondement le plus archaïque de nos certitudes vacillent.

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Quoi de nouveau chez les Anciens ?

Posté par Hervé Moine le 17 janvier 2010

Colloque international

« Quid novi ? La modernité chez les Anciens »

Les 21, 22 et 23 janvier 2010 à Paris et Rouen

Université de Paris IV-Sorbonne
EA 4081 « Rome et ses renaissances »


Université de Haute Normandie
EA 4307 « Equipe de Recherche Interdisciplinaire sur les Aires Culturelles » (ERIAC)

Ce colloque est organisé par Carlos Lévy (Université de Paris IV-Sorbonne), Annie Hourcade et  Anne Vial-Logeay (U. de Haute Normandie, ERIAC).

Pour notre part, nous noterons principalement les interventions de D. Sedley de l’Université de Cambridge sur Cicéron et le Timée de Platon, de C. Veillard de l’université de Paris X sur la conception de la démocratie chez les Stoïciens et de V. Laurand de l’Université de Bordeaux sur la problématique des arts chez Sénèque.

Au programme du colloque

Jeudi 21 janvier à l’Université de Paris IV-Sorbonne, salle D664

  • D. Sedley (U. Cambridge) Cicéron et le Timée de Platon
  • A. Tordesillas (U. Aix-Marseille I) Rome à l’enseigne de Lysippe : kairos et summetria
  • A. Hourcade (U. Rouen) Tradition et orthodoxie dans Du bon roi selon Homère de Philodème
  • D. De Sanctis (U. de Pise) Les normes de la parrhèsia : Philodème et les enseignements d’Epicure dans la Rome républicaine
  • C. Veillard (U. Paris X) La conception de la démocratie chez les Stoïciens

Vendredi 22 janvier : Maison de l’Université de Rouen, salle divisible Nord (Campus de Mont Saint-Aignan)

  • Cl. Gontran (U. Rouen) La tragédie attique
  • M. Faure (U. Paris III) Hoc nouom est aucupium ; ego adeo hanc primus inueni uiam (Eunuchus, v. 247) : Térence, un poeta moderne ?
  • C. Lévy (U. Paris IV) Conservatisme et modernité chez Lucilius
  • V. Laurand (U. Bordeaux) La problématique des arts dans la Lettre 89 de Sénèque
  • M. Deramaix (U. Rouen) Le passé c’est l’avenir : Virgile, Enéide
  • Cl. Herrenschmidt (MSH, Nantes ; Collège de France) De la modernité de leurs signes : l’écriture et la monnaie chez les Grecs

Samedi 23 janvier : Maison de l’Université de Rouen, salle divisible Nord (Campus de Mont Saint-Aignan)

  • F. Romana Berno (U. Padoue) Cicerone contro il mos maiorum (Cael. 33-35; Manil. 60-63)
  • A. Vial Logeay (U. Rouen) Res ardua uetustis nouitatem dare, nouis auctoritatem … quelques remarques sur l’Histoire naturelle de Pline l’Ancien
  • M. Ribreau (Fondation Thiers) Profanas uerborum nouitates euita : nouveauté hérétique, nouveauté chrétienne ; une situation paradoxale chez saint Augustin ?

Pour tout renseignement complémentaire : annie.hourcade@univ-rouen.fr ou anne.logeay@univ-rouen.fr

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Un café-philo consacré à Hannah Arendt

Posté par Hervé Moine le 14 janvier 2010

Hannah Arendt (1906-1975)

A Honfleur, chaque deuxième vendredi du mois, les Maisons de Léa abritent un café philosophique.

Ces rencontres ont repris autour du livre « Notes critiques » (1949-1969, éditions Payot) du philosophe et sociologue germanique Max Horkheimer, figure essentielle de l’École de Francfort.

Dans ce livre présenté par l’ancien professeur de philosophie Christian Carle, il est question de tout un tas de questions encore actuelles : le féminisme, le mouvement étudiant, l’état d’Israël, Nietzsche et les Juifs, la vie à l’américaine, la publicité, les médias, les paradoxes des « bonnes intentions », la critique de la psychanalyse, la contestation de l’ordre établi et des idées reçues du discours bourgeois né avec les philosophes des Lumières.

Comme l’écrivait Alain Suied dans la République des Lettres en 1994, « tous les sujets attirent et attisent une vision incisive et un trait vif qui ramènent toujours le lecteur vers la plus obscure des réalités pour mieux la repérer et pour mieux laider à sen désaliéner ».

Prochain rendez-vous le 12 février autour d’un autre livre référence : « La crise de la Culture » d’Hannah Arendt (1961, 2ème édition en 1968), une réflexion autour de la tradition, l’Histoire, l’autorité, la liberté et l’éducation.

D’après un article d’Ouest France du 13 janvier 2010

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Le prochain débat d’Ars Industrialis

Posté par Hervé Moine le 1 décembre 2009

Pour une économie de la contribution

samedi 5 décembre 2009 de 13h30 à 17h30

salle Jean Dame – 17, rue Léopod Bellan  – Paris 2° (métro Sentier, ligne 3)

entrée libre

Conférences de Jean Marie Monnier, de Carlo Vercellone, Franck Cormerais, Michel Deguy et Bernard Stiegler suivies d’un débat avec la salle (cette rencontre prendra la même forme que les débats au Théâtre de La Colline qui reprendront début 2010).

L’économie de la contribution se caractérise principalement par trois traits :

  • les acteurs économiques n’y sont plus séparés en producteurs d’un côté et consommateurs de l’autre,
  • la valeur produite par les contributeurs n’y est pas intégralement monétarisable – elle constitue une externalité positive,
  • c’est une économie des existences (productrice de savoir vivre) autant qu’une économie des subsistances.

Enchaînant sur les travaux que nous avons synthétisés dans « Pour en finir avec la mécroissance ». Quelques réflexions d’Ars Industrialis, cette séance examinera les possibilités de valorisation des externalités positives par la voie fiscale avec Jean-Marie Monnier et Carlo Vercelone, poursuivra les analyses macro-économiques avancées au cours de séances précédentes avec Franck Cormerais et Bernard Stiegler, et accueillera Michel Deguy pour un débat sur la critique de l’économie politique.

Association Ars Industrialis
http://www.arsindustrialis.org | contact@arsindustrialis.org

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Une Europe préoccupée par l’organisation de sa monnaie et de son marché ou par rayonnement de son humanisme ?

Posté par Hervé Moine le 28 novembre 2009

Lu dans Libération du 27/11/2009

http://www.liberation.fr/monde/0101605278-que-reste-t-il-de-l-universel-europeen

Que reste-t-il de l’universel européen ?

Interview

Par MAX ARMANET

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Edgar Morin Sociologue, philosophe.

Paul Thibaud Philosophe, essayiste, ancien directeur de la revue Esprit.

En 1989, le Mur chute, l’Europe triomphe. Elle vient de mettre fin à son dernier schisme. Au nom de valeurs universelles, sa civilisation s’est mondialisée. Paradoxe : depuis 1989, l’Europe semble plus préoccupée par l’organisation de sa monnaie et de son marché que du rayonnement de son humanisme héritier de Rome, Athènes et Jérusalem. Que reste-t-il de l’universel européen ?

Paul Thibaud : 1989 a été une victoire par forfait. Après quarante ans, les deux adversaires n’étaient pas en forme. Pierre Hassner disait qu’entre communismes et démocraties c’était une course à qui se décomposerait le premier. On a vu ! Mais cette victoire a été comme la réalisation d’une utopie résignée, celle du «rien de mieux à proposer» que ce que connaissait un Occident en marasme politique, apathie civique, panne d’idées, pour réformer ou relancer son modèle socio-économique de l’après-guerre. C’est donc dans un marché que l’Europe de l’Est a été reçue. Le monde que nous connaissons a pris forme à ce moment-là, c’est celui qui a congédié la politique et vit une mondialité quasi mécanique dont l’Occident est le foyer, même (là est la différence) s’il ne la maîtrise plus.

Edgar Morin : L’effondrement du mur de Berlin fut une liesse incroyable. J’avais le sentiment d’un nouveau commencement, la démocratie triomphait. C’était l’Europe enfin unie. Il y avait une soif d’Europe dans tous les pays sous hégémonie communiste. Mais, on n’avait pas prévu le déferlement du capitalisme et ses conséquences désastreuses. La direction de l’URSS a cru candidement au message des Chicago boys, du libéralisme économique qui a introduit le déchaînement des mafias et non la libre concurrence. L’unification techno-économique du globe allait produire en réaction un phénomène contraire de recroquevillement ethno-religieux. On aurait dû être averti par la guerre de Yougoslavie. Cette nation composée de Slaves parlant la même langue, qui semblait presque accomplie, se disloque sous des poussées ethno-religieuses. Le processus d’homogénéisation suscite des résistances et des retours aux racines pour sauvegarder l’identité. Cela est stimulé par le fait que l’on perd la foi dans le progrès et dans le futur. Quand le futur est perdu, quand l’aujourd’hui est angoissé, il reste le retour aux racines vraies ou fausses. En Europe, mondialisation économique et régressions ethno-nationales ont ravagé la social-démocratie, alors que l’implosion de l’URSS a ravalé le Parti communiste à l’état d’étoile naine. La culture républicaine, la culture socialiste ont dépéri. Les enseignants ont cessé d’en être les propagateurs. Les politiques ont perdu toute culture, toute capacité de comprendre le présent donc de penser à l’avenir. En France, le peuple de gauche est mort.

Paul Thibaud : Le peuple en général ! En 1989, prévalait l’idée d’une conjonction naturelle entre l’économie de marché et la démocratie. Cette idée est aujourd’hui démentie, ne serait-ce qu’à cause de l’exemple chinois. Et pourtant nous pratiquons la mondialisation comme si nous croyions encore aux implications démocratiques du marché, comme si la démocratisation de la Chine était imminente, alors que le Parti communiste monopolise le pouvoir politique et accapare une part énorme des bénéfices. La «pensée 89» reste fixée sur l’événement de l’unification du monde, sans voir que cette unité est menacée par les nouvelles identités. Nous continuons de croire que notre manière de pratiquer la mondialisation ne peut que l’emporter. Si les inquiétantes prédictions écologiques ont tant d’écho, c’est sans doute parce qu’elles sont notre seule manière de problématiser l’avenir. Cette gloriole, celle de croire être l’universel, nous désarme devant les événements qui surviennent et les nouveaux acteurs qui se présentent. Nous nous querellons par exemple sur l’identité française sans prendre garde à ce mot qui nous met sur le terrain des autres, ceux qui veulent rester dans le grief et la répétition. Le mot qu’il faudrait employer c’est celui de peuple, parce qu’il évoque un mouvement, une espérance, donc une capacité d’intégrer des nouveaux venus. Comment le goût de préparer l’avenir ensemble a-t-il été détruit chez nous ? «L’antinationisme» des élites à travers la construction européenne est en cause. A réclamer de l’universel, comme s’il était advenu chez nous, nous devenons incapables d’affronter les autres. Cette prétention fait de nous des coupables autodésignés : les Chinois peuvent nous accuser de protectionnisme, les musulmans d’intolérance sans se croire obligés de pratiquer des principes que nous nous mettons à la boutonnière. L’universalisme, disons kantien, qui n’a pas de mains, est le poison actuel de l’Occident, il le rend incapable de réformer et de canaliser les particularités pour la préparation d’un avenir.

Edgar Morin : Il y a effectivement un universalisme européen abstrait. L’universalisme communiste était aussi abstrait, il niait les réalités singulières des nations. Pour moi, le grand universalisme européen est autocritique. C’est celui de Montaigne qui montrait que les conquistadors étaient les vrais barbares et non pas les Indiens cannibales. Son héritier est Claude Levi-Strauss. Le véritable universalisme est celui qui respecte les diversités : son trésor, c’est la diversité, mais le trésor des diversités, c’est l’unité ; c’est ça qui est oublié. La Genèse fait du Créateur un singulier pluriel : Elohim. Dès le début de l’univers, l’unité comporte la pluralité. C’est là que réside la force créatrice. Quand on se rue dans les singularités, on oublie l’universel. Lorsqu’on oublie les singularités, on reste dans l’abstrait. La pensée dominante est incapable de saisir le lien unité-diversité.

Paul Thibaud : Il y a une culture franco-européenne d’autocritique qui fait notre fierté et notre créativité. «Notre histoire n’est pas notre code», disait Rabaud-Saint-Etienne, elle ne nous enferme pas. Mais l’autocritique doit aller avec un projet d’avenir. Seule, elle devient malsaine, comme actuellement. Nous sommes incapables de dire quelles «diversités» sont acceptables ou non, parce que ne nous savons pas à quel titre nous devons les refuser ou les accepter, d’où la montée du chantage dans les pratiques sociales. Le marché contraint nos politiques, mais sa prépondérance est indissociable de notre perte de l’idée d’un avenir à faire. Nous sommes, croyons-nous, au bout de nos peines. On s’appuie sur le cadavre du christianisme pour se dire qu’on en est enfin à l’aboutissement de l’histoire. Mais cela ne nous rend pas aptes à discuter avec les autres. Notre laïcité a été non seulement un cantonnement de l’autorité religieuse, mais aussi une transposition en politique de certaines valeurs chrétiennes. Cela supposait que le politique soit assez riche de convictions pour prendre le catholicisme de front. Aujourd’hui notre suffisance confond la tolérance et l’ignorance en matière de religion. Sommes-nous capables de faire vivre la laïcité avec d’autres religions que le christianisme, non pas sur le voile ou les minarets, mais sur les valeurs humaines de base ?

Edgar Morin : L’Europe moderne est post-chrétienne. Ni la démocratie, ni la science, ni la technique ne sont chrétiennes. Qu’est-ce qui est d’origine chrétienne ? La fraternité évangélique devenue laïcisée.

Paul Thibaud : L’Europe ne vient pas seulement de la chrétienté mais particulièrement de la chrétienté parce qu’elle s’affirme celle-ci. «Tu aimeras ton prochain comme toi-même» est un commandement juif énoncé dans le Lévitique auquel Jésus a donné une portée universelle. Mais l’articulation la plus importante entre le christianisme et la modernité est sans doute l’idée que chacun fait son salut personnellement, que tous nous sommes des personnes.

Edgar Morin : Le christianisme est la préhistoire de l’Europe moderne. Celle-ci procède de la renaissance qui, avec la revitalisation du message grec, a reproblématisatisé le monde, la vie, l’homme, Dieu. La laïcité à la française a été animée par la foi dans le progrès, la raison et la démocratie. Ce sont les éléments de cette foi qui aujourd’hui se désintègrent. La laïcité doit revenir à sa source, la Renaissance, et reproblématiser, y compris le progrès, la science, la raison.


Retranscrit par Anastasia Vécrin

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Jules Vuillemin et les systèmes philosophiques

Posté par Hervé Moine le 26 novembre 2009

Journée d’études

JULES VUILLEMIN ET LES SYSTEMES PHILOSOPHIQUES

samedi 12 décembre 2009, 10h15-17h30

Salle internationale
MSH Lorraine
91 avenue de la Libération
54000 Nancy

Cette journée d’étude sur Jules Vuillemin est organisé par le Laboratoire d’Histoire des Sciences et de Philosophie – Archives Henri Poincaré (UMR 7117 CNRS/Nancy-Université) et le Master Philosophie, Sciences et Arts, avec le soutien de l’Institut Universitaire de France et dans le cadre des Archives Jules Vuillemin.

Le Programme de la journée

  • 10h15 Gerhard Heinzmann (Univ. Nancy 2, directeur de la MSH Lorraine) : Ouverture de la journée
  • 10h30 Jacques Bouveresse (Collège de France) : Vuillemin et Gueroult
  • 11h45 Joseph Vidal-Rosset (Univ. Nancy 2) : Jules Vuillemin et la fin des systèmes philosophiques
  • 14h30 Marwan Rashed (ENS, Paris) : Le « critère de vérité » comme outil hellénistique de classification des systèmes philosophiques
  • 15h45 Thomas Bénatouïl (Univ. Nancy 2 et IUF) : La genèse antique des systèmes philosophiques selon Jules Vuillemin
  • 16h45-17h30 Discussion générale

Participeront aux discussions G. Vuillemin-Diem, H. Barreau, H. Bouchilloux, G. Heinzmann, R. Pouivet

Contact : Thomas.Benatouil@univ-nancy2.fr
Page web de la journée : http://poincare.univ-nancy2.fr/Activites/?contentId=6745
Page web des Archives Jules Vuillemin : http://poincare.univ-nancy2.fr/Outilsetfonds/?contentId=1477

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La pensée utopique dans l’Antiquité

Posté par Hervé Moine le 25 novembre 2009

Université Paris-Sorbonne-Paris IV

Rome et ses renaissances

Table-ronde

La pensée utopique dans l’Antiquité

Vendredi 11 décembre 2009

Cette table ronde tournera autour de Chiara Carsana, Maria Teresa Schettino (ed.), « Utopia e utopie nel pensiero storico antico ». Centro di Ricerche e Documentazione sull’Antichità Classica. Monografie 30. Roma: « L’Erma » di Bretschneider, 2008.

Au programme de cette table ronde

Vendredi 11 décembre

  • de 14h30 à 16h30, à l’INHA, salle EPHE (RDC, Galerie Colbert, 2 rue Vivienne 75002)
  • 14h 30-14h 50: Présentation de l’ouvrage par G. Zecchini (Università Sacro Cuore, Milano)
  • 14h50-15h30 : « Les enjeux de l’utopie antique » C. Carsana (Università di Pavia) et M. T. Schettino (Université de La Rochelle, CRHIA)
  • 15h30-16h : « Questions aux utopistes antiques » C. Lévy (Université Paris-Sorbonne)
  • 16h-16h30 : Débat

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La cosmologie d’Averroès

Posté par Hervé Moine le 24 novembre 2009

Séminaire du Centre d’Histoire des Sciences et des Philosophies Arabes et Médiévales

(UMR 7219 – CNRS/ Université Paris-7 Denis Diderot/ EPHE/ Université Paris I)

 

La cosmologie d’Averroès : le Commentaire moyen au De caelo d’Aristote

Séance du vendredi 27 novembre 2009, 15h-17h:

Ahmad Hasnaoui (CNRS-UMR 7219)

L’unicité du monde

Salle des séminaires du Centre d’études anciennes
Ecole Normale Supérieure
45 rue d’Ulm, 75005 Paris

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La morale stoïcienne de Panétius et d’Hécaton de Rhodes

Posté par Hervé Moine le 23 novembre 2009

Cycle de conférences Léon-Robin 2009 – 2010

Le stoïcisme

27 Novembre 2009

Traditions et transformations de l’éthique stoïcienne : Panétius et Hécaton

de 14h00 à 17h30

  • Emmanuele VIMERCATI de l’Université du Latran à Rome : « L’éthique de Panétius et la tradition classique »
  • Christelle VEILLARD de l’Université de Paris X-Nanterre : « Le Portique et le problème de l’amour – Enquête sur une sentence d’Hécaton de Rhodes : Amicus esse mihi coepi »

Le séminaire a lieu à l’Ecole Normale Supérieure, 45, rue d’Ulm, 75005 Paris, salle Celan

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