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Etude du Livre 1 du Contrat Social de Rousseau Cours n°1

Posted by Hervé Moine le 30 janvier 2009

Une oeuvre pour l’épreuve orale et pour l’épreuve écrite

Le Contrat Social de Jean-Jacques Rousseau a déjà été, pour vous, l’objet d’un travail de lecture. Cette oeuvre ne vous est donc pas inconnue. D’autre part, vous avez certainement étudié Rousseau en cours de littérature.

Il est temps maintenant de nous adonner à l’étude de cette oeuvre, oeuvre qui sera celle présentée à l’oral du second groupe d’épreuves du baccalauréat, dit de rattrapage. S’il nous faut préparer cette épreuve, pour parer à toute éventualité, cependant, il sera important d’envisager cette étude aussi et surtout même dans la perspective de l’épreuve écrite. Nous verrons ultérieurement les modalités de l’épreuve orale de philosophie.

Une oeuvre pour enrichir sa pensée

Travailler une oeuvre philosophique, c’est enrichir sa culture philosophique et c’est se donner davantage de moyens pour philosopher. Cela est tout bénéfice pour l’épreuve écrite de philosophie. Rappelons-nous que si philosopher c’est « penser par soi-même », on ne peut prétendre penser philosophiquement à partir de rien ou comme si on était seul au monde. Les grands philosophes sont pour nous des maîtres de pensée et de méthode et se serait une erreur de faire l’économie de leur étude. Cela dit, il faut s’entendre sur ce qu’est étudier un philosophe ou une philosophie. Kant disait qu' »il n’y a pas de philosophie que l’on puisse apprendre, on ne peut apprendre qu’à philosopher ». Notre effort ne sera pas celui de l’érudit qui collectionne les connaissances, mais celui du philosophe qui cherche à nourrir sa pensée par l’étude des grands penseurs.

Je vous propose de commencer par un détour sur la vie et l’oeuvre du philosophe Rousseau. Préalable important pour dénoncer les préjugés dont fait l’objet couramment Rousseau, j’y reviendrai. Préalable important  également si l’on veut comprendre le Contrat Social, c’est ce que l’on va voir dans ce cours. Et, pour les raisons citées précédemment, nous tâcherons de ne pas séparer l’oeuvre et la vie de Rousseau, et, il ne sera pas question pour nous de  présenter un travail scolaire et érudit, mais d’envisager les racines du Contrat Social dans la vie même du philosophe. Dans le cas de Rousseau, il est difficile de ne pas l’oeuvre de sa vie. Notre but : nous intéresser à la vie de Rousseau pour comprendre sa philosophie.

Portrait de Jean-Jacques Rousseau

Biographie et bibliographie de Rousseau

  • Une vie vagabonde

Jean-Jacques Rousseau est né à Genève, le 28 juin 1712. Genève était une République démocratique, telle une île noyée dans l’océan européen de la Monarchie absolue. En France régnait le Roi Soleil, Louis XIV.  Rousseau, dans le Contrat Social, rappellera qu’il est né libre et citoyen dans un Etat libre…

Rousseau était le fils d’un horloger. Avec son père, il lit les auteurs anciens, notamment Plutarque qui est sa lecture favorite. C’est grâce à cette lecture qu’il gardera une admiration profonde pour les grandeurs et la vertu des cités grecques et de leurs héros. Né d’une famille calviniste, il reçut une éducation calviniste. Rousseau mena une vie particulièrement troublée et vagabonde qui commença assez tôt pour ne jamais véritablement cesser. En 1728,, il n’avait alors que 16 ans, le jeune Rousseau quitta définitivement Genève pour échapper à la tyrannie d’un patron graveur chez qui on l’avait mis en apprentissage. Doit-on y voir là une certaine origine de son opposition au despotisme? Si on ne peut l’affirmer avec une certitude, c’est une remarque qui est loin d’être insensée.

Dans cette vie vagabonde, Rousseau fit l’expérience de la société, notamment en tant que petit immigré ne devant sa subsistance qu’à la dépendance et de la charité ou de la générosité des « Grands », c’est-à-dire des puissants. Par exemple, Rousseau fût laquais à Turin en Italie. Cette expérience lui a certainement fait sentir tout le poids de la pauvreté et celui des privilèges. Ainsi, après bien des aventures, en 1728, il arriva à Paris. Et, c’est une toute expérience que va faire dès lors Rousseau.

  • Rousseau et les « philosophes »

Par la sympathie, l’amour, l’amitié qu’il a su inspirer, également par ses talents musicaux, mais surtout par sa conversation au catholicisme, Rousseau a su se doter d’une formation solide dans l’esprit nouveau de son époque. Il allait compter parmi ceux qu’on appelait les « philosophes ». Il trouva un soutien considérable auprès de Madame de Warens grâce à laquelle il put apprendre la musique, le latin et s’adonner à la lecture des philosophes. Comme Rousseau le dira lui-même dans ses Confessions, son séjour chez elle, en 1736, aux Charmettes près de Chambéry, fut une des seules périodes de sa vie vraiment heureuses.

En 1741, Rousseau se fixe à Paris et essaye de se faire publier un essai de notation musicale dont il était l’inventeur. Mais cette entreprise s’avèrera vaine. Il quitte alors Paris pour s’installer à Venise, ville dans laquelle il trouve un emploi de secrétaire de l’ambassade de France. Il sera alors le témoin direct de la vie et des actions des hommes de pouvoir et donc de l’inégalité entre les hommes. Il y a les privilégiés dans ce monde et les autres qui sont à leur service. En 1745, Rousseau est de retour à Paris. Avec Thérèse Levasseur, lingère de son état, il aura cinq enfants. Ceux-ci seront tous confiés aux « Enfants trouvés ». Rousseau sera souvent attaqué sur ce point. Comment l’auteur de l’Emile ou De l’éducation, a pu abandonner ainsi ses enfants ? Peut-être aurons-nous l’occasion de discuter de ce qui semble être une incohérence impardonnable.

Toujours est-il que c’est à cette époque qu’il commence à rencontrer des philosophes, notamment Denis Diderot. Il deviendra l’ami de l’encyclopédiste. Grâce à lui et à D’Alembert, il se verra confier les articles concernant l’art de la musique dans l’Encyclopédie.

  • Le succès

C’est en allant rendre visite à Diderot qui était alors emprisonné au fort de Vincennes, après la publication de la Lettre sur les aveugles, que Rousseau prend fortuitement connaissance dans un numéro du Mercure de France de la question mise au concours de l’Académie de Dijon :

« Si le progrès des sciences des arts a contribué à corrompre ou à épurer les moeurs« . Nous sommes en 1749.

Rousseau rédigea alors sa première oeuvre importante, publiée l’année suivante en 1750, Discours sur les sciences et les arts. Ce discours fut couronné et l’ouvrage valut à son auteur un éclatant succès. En effet, il suscita des objections et des polémiques qui donnèrent lieu à des réponses de Rousseau dans le Mercure de France. En 1752, le Devin du village obtient également un vif succès, devant le roi et à l’Opéra où il est joué. Encouragé par son précédent succès, Rousseau décide de répondre à la question nouvellement pose par l’Académie de Dijon :

« Quelles est l’origine de l’inégalité parmi les hommes et si elle est autorisée par la loi naturelle?« 

Et c’est ainsi, que parut en 1754, son deuxième discours, Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes, publié en 1755. Si son discours ne remporta pas le prix, il apportera cependant à Rousseau et définitivement la notoriété.

  • L’hostilité

Les deux Discours qui l’ont fait connaître comme philosophe ne lui ont pourtant pas facilité ses rapports avec le cercle des Encyclopédistes, loin s’en faut. Rousseau, sceptique au sujet des bienfaits des progrès culturels, se trouva en butte aux sarcasmes et à l’hostilité. Il se brouilla même avec ses amis. Son amitié avec Diderot, pourtant vieille de quinze ans, n’y résista pas.

Toujours en 1756, Rousseau commence un Essai sur l’origine des langues, mais celle-ci resta inachevé. En 1756, il séjourne à l’Ermitage, dans une maison que Madame d’Epinay avait mis à sa disposition, près de la forêt de Montmorency. En 1758, il écrivit la Lettre à d’Alembert sur les spectacles. Celle-ci marqua définitivement la rupture avec Diderot. En 1760, paraît à Londres puis à Paris et à Genève la Nouvelle Héloïse. Cet ouvrage fera de Rousseau un auteur à succès. Mais paradoxalement, Rousseau senfonça dans une grande solitude et ses derniers ouvrages vont l’isoler davantage.

  • Rousseau traqué

En 1762, paraissent successivement l’Emile et le Contrat Social. Alors qu’il était, à ce moment, retiré chez le Duc du Luxembourg à Montmorency, Rousseau fut décrété de prise de corps. Il dut s’enfuir pour échapper à l’arrestation. En effet, Rousseau est condamné dans un mandement de l’archevêque de Paris. Il est mis à l’index à Rome par le Pape. Il est censuré à la Sorbonne. Il est anathématisé par les ministres de Berne, de Neuchâtel et de Genève. Il est brouillé avec un certain nombre de philosophes. Traqué, il trouve finalement refuge en Suisse à Montiers-Travers. Mais, lapidé, il en est chassé. Il s’enfuit alors, outre-Manche, en Angleterre, chez le philosophe écossais David Hume. Mais en moins de six mois, Rousseau réussit à se fâcher avec son nouvel ami.

  • La solitude et la maladie

Il revient finalement à Paris où, seul et malade, il mena une existence inquiète et tourmentée, convaincu de l’existence d’un véritable complot fomenté contre lui par Voltaire et Grimm. Etait-ce pure paranoïa ? Manifestement, les suites de la réception de l’Emile et du Contrat Social avaient affecté sa raison. Cette existence inquiète et tourmentée sera décrite dans ses Rêveries du promeneur solitaire. Précisons, qu’auparavant, il avait écrit les Confessions, afin de tenter de construire une véritable image de lui-même. En 1772, Rousseau entreprit de composer les dialogues Rousseau juge de Jean-Jacques qu’il achêvera en 1776, année justement où il commença à ébaucher Les Rêveries du promeneur solitaire.

Enfin, Rousseau fut recueilli à Ermenonville chez le marquis de Girardin où il mourut en  1778, en laissant les Rêveries inachevées.

Des textes de Rousseau seront publiés après sa mort, ce sont des travaux de politique appliquée : Projet de constitution pour la Corse et Considérations sur le Gouvernement de Pologne. Ces textes sont important en ce qui nous concerne, nous y reviendrons. Disons pour l’instant, alors que ces textes sont des textes de politique appliquée, le Contrat Social est un texte de philosophie politique, c’est-à-dire de théorie politique.

En 1794, les restes de Rousseau furent transportés au Panthéon à Paris.

Voilà en ce qui concerne le premier cours consacré à la biographie et à la bibliographie de Rousseau. Je vous propose d’approfondir cette étude par la lecture des Confessions de Rousseau.

Hervé Moine

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6 Réponses to “Etude du Livre 1 du Contrat Social de Rousseau Cours n°1”

  1. Kenny Rg. said

    …Je vais relire encore une fois le cours.
    La question n’est peut-être pas lié, et il ne faut pas voir ici la prétention d’un élève qui n’a pas encore ‘vécu’, mais, est-ce que c’est bien d’étudier un homme qui cherche à réformer (lien avec sa religion?), et qui fuit ses responsabilités? Parce qu’on voit qu’il édite beaucoup de théories, concepts, et essais sur des sujets importants, mais toujours en fuyant les retombés (arrestations, condamnations, enfants…). Voltaire, lui, avait une grande bouche mais a fait de la prison.
    Ce que je veux dire c’est que ça met un coup à sa crédibilité quand on le lit. :s

  2. Hervé Moine said

    Je comprends bien ce que tu veux dire Kenny, en ce qui concerne la crédibilité de Rousseau. D’un côté il semble développer des idées et des théories, qui apparaissent belles et généreuses et d’un autre côté, il semble, dans sa vie, être en contradiction avec elles.
    Il est vrai qu’il est important de mettre en accord les idées et les actes. Encore cela, pourrait donner lieu à une réflexion philosophique.
    Dirait-on également que cette conformité des idées et des actes a de la valeur dès lors que les actes réalisent des idées abjectes, monstrueuses. Nous pouvons noter que les « belles » idées sont certainement plus difficiles à réaliser que les « mauvaises », encore qu’il faudrait définir les bonne et les mauvaises idées. Mais revenons à Rousseau.
    Rousseau n’a jamais laissé indifférent, de son vivant comme après sa mort. Il a toujours subi le jugement d’autrui et a eu à souffrir certainement du sarcasme d’un Voltaire par exemple, ce dernier, sachant être franc lorsqu’il adressait des pamphlets, infligeait des piques à autrui. On pourrait dire que Rousseau a été et est toujours victime de lui-même, dans le sens où il a offert, à ceux qui en saisissent l’occasion, les batons pour se faire battre. Rousseau s’est dévoilé lui-même. C’est certainement son tort. Il aurait pu taire sa vie ou alors mentir en se montrant meilleur. On a souvent tous tendance, quand on parle de soi, de se révéler autre, en ne montrant que le meilleur ou en s’inventant un personnage que l’on est finalement pas.
    Rousseau a eu la franchise de se révéler dans ses contradictions. Il suffit de faire un tour notamment du côté de ses Confessions pou s’en rendre compte.
    D’autre part, il n’est pas certain que la critique qu’on lui adresse à l’égard de l’abandon de ses enfants soit recevable. En effet, peut-être juge-t-on l’homme du XVIIIème avec nos lunettes actuelles à partir de notre XXIème siècle. Rousseau vagabond pouvait-il s’occuper de ses enfants? Le fait de les placer dans une institution pouvait garantir notamment les soins… Et si Rousseau n’avait pas écrit l’Emile, ce fabuleux livre qui révolutionne la manière de penser l’enfance et donne à l’éducation toute la place qu’elle occupe aujourd’hui et qu’elle n’avait pas à cette époque, époque qui considérait l’enfant comme un adulte miniature et non pas comme un enfant qui doit pleinement vivre son enfance. Combien de gens ont-ils abandonné leurs enfants sans avoir écrit une seule ligne sur l’éducation. Alors que reproche-t-on à Rousseau ? d’avoir abandonné ses enfants ou d’avoir écrit ce monument, livre de référence en matière de pédagogie?
    Enfin, d’une manière plus générale, même si un philosophe dans sa vie se trouvait aux antipodes de ses idées qu’il développent dans sa réflexions et ses ouvrages, cela porterait-il pour autant un coup à leur crédibilité? Faut-il confondre l’homme et les idées que portent cet homme? D’un certain côté, on pourrait réfléchir sur la responsabilité que l’on a, lorsqu’on développe une idée…
    On le voit ta remarque, Kenny, soulève un certain nombre de questions qui méritent d’être posées… Je t’encourage à poursuivre ta réflexion…
    Hervé Moine

  3. charles angenick said

    en évoquant dans son titre le mots contrat n’est-il pas celui qui repose sur le droit et non sur la force,cartous cela est une association par laquelle chacun s’unit a touset,en meme temps obeit a lui meme.de plus en fesant des recherches on s’apercoit que le contrat social a servis de charte des révolutionnaires de 89 c’est-a-dire de Danton et de Robespierre aussi.

  4. Hervé Moine said

    Tu as tout à fait raison Angenick, dans l’idée de Contrat il y a bien l’idée de droit s’opposant à la force. Un contrat se fondant sur la force et s’imposant sur celle-ci, se nierait comme contrat ou serait un contrat caduque.
    La seule force légitime dans le contrat c’est la force du droit lui-même. Le droit étant le droit et non la force qui fait droit.
    Tous les contractants sont égaux, aucun ne peut imposer dans le contrat par la force et la menace son intérêt. La notion d’association, dont tu parles, prend ici tout son sens.
    Oui il y a bien eu une utilisation du Contrat Social de Rousseau lors de la Révolution française, par certains protagonistes de cette période.
    Pourrais-tu nous en dire plus en ce qui concerne le fruit de tes recherches.
    Voilà.
    Je suis entrain de rédiger le cours n°3. Publication certainement demain.

  5. Rodne kenny (term eS) said

    Pour connaître la vie de Rousseau il faut lire ses Confessions, qui lui a valu une mauvaise réputation. Sa vie va largement influencer sa philosophie. Aujourd’hui je comprends mieux pourquoi un homme comme Rousseau a toujours eu une attirance vis-à-vis de la société (de son fonctionnement, des mécanismes ou des inégalités entres les hommes). Il est passé du vagabondage à la grande puissance. Cela lui a permit d’observer la différence ou de voir la vie d’un autre angle puisqu’il était même le témoin. Sans nous évader de la thèse de Rousseau, Napoléon 1er disait que « le cœur d’un homme d’état doit être dans sa tête ». Mais si Rousseau n’avais pas eu un passé difficile et parfois même inquiétant au point d’avoir des différents avec le Pape ou ses amis (philosophe), aurait-il rédigé la Contrat Social ? Un œuvre de longue haleine qui révolutionnera par la suite. En étant convaincu de cette injustice social qui règne dans la société il a même finit par remettre en cause ses amis.

  6. gboyou said

    moi je cherche le theme du chapitre 2 dans Du contrat social

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