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Archive pour le 14 février 2009

Julien Mérion : la crise en Guadeloupe illustre un réveil historique, identitaire, de la société civile.

Publié par Hervé Moine le 14 février 2009

Je vous soumets ici le point de vue de Julien Mérion, politologue, est professeur à l’université des Antilles-Guyane, paru dans un article du Monde les propos étant recueillis par Béatrice Gurrey. Pour lui, la crise en Guadeloupe illustre un réveil historique, identitaire, de la société civile.

“La société civile bouscule la classe politique”

LE MONDE | 14.02.09 | 13h24  •  Mis à jour le 14.02.09 | 14h16

Pointe-à-Pitre Envoyée spéciale

Comment analysez-vous la situation que vit la Guadeloupe depuis plusieurs semaines ?

C’est une crise profonde, à la fois sociale et intime. Si elle a pris cette ampleur, c’est qu’elle est porteuse de revendications qui s’appuient sur une réelle légitimité. Dans le collectif Liyannaj kont pwofitasyon (LKP), se sont unis ceux qui ne l’avaient jamais été, sur un terrain social et identitaire et, je dirais, surtout identitaire. Les organisations syndicales n’avaient jamais réussi l’unité entre elles. La grande nouveauté, c’est aussi le lien entre le mouvement syndical et les mouvements culturels. Enfin, l’irruption de la jeunesse, très présente, ancre encore davantage cette action collective dans la société réelle.

Jamais on a connu une telle convergence, même en 1985 lors de l’affaire Faisan, lorsqu’une grande partie de la Guadeloupe s’était mobilisée en faveur de cet instituteur en grève de la faim. C’était la mouvance indépendantiste qui avait porté ce mouvement, alors qu’il est aujourd’hui beaucoup plus large. Il est vraiment populaire dans son essence. Contre un processus de dépossession, qui dure depuis des lustres, on assiste à une volonté de réappropriation. C’est ce réveil de la société civile qui bouscule l’échiquier politique.

Que pensez-vous de la réaction de la classe politique ?

On vivait depuis cinquante ans sous le paternalisme gaulliste. Nicolas Sarkozy n’est pas du tout dans cette démarche. Il est là pour appliquer une logique libérale, sans se soucier ni du haut ni du bas de la société. L’Etat providence est en train de s’écrouler sous nos yeux et la situation prend de revers la classe politique locale.

Celle-ci paraît un peu perdue face à la situation…

Elle n’a pas su anticiper la crise et elle n’a pas mesuré, dans ses premières déclarations, l’ampleur et la profondeur du mouvement. Elle vit la crise avec trois temps de retard : le premier, c’est le retard social. Les revendications qui ont été formulées n’avaient pas été prises en compte dans les orientations politiques et les budgets récemment définis. Le deuxième, c’est un retard sur l’identité. Il apparaît évident que depuis une quinzaine d’années, l’émergence identitaire constitue l’une des clés de compréhension de cette société. Elle se substitue dans une large mesure au mouvement indépendantiste. C’est ce que la classe politique locale n’a pas été capable de porter.

Le troisième temps de retard, c’est celui de la responsabilité politique qui lui est propre. Depuis le référendum du 7 décembre 2003 sur l’évolution institutionnelle, on avait enterré le débat sur l’évolution du statut et sur la question de la responsabilité politique locale. Or les récents événements démontrent à merveille que l’un des points-clés de cette crise est le problème de la domiciliation de la décision politique.

Cette classe politique locale, gauche et droite confondues, a du mal à rétablir son équilibre. Elle est déstabilisée par rapport à cette forte poussée qui vient du bas. Mais une chose est certaine : rien ne sera plus jamais comme avant.

Propos recueillis par Béatrice Gurrey

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“La violence n’est pas seulement une des réponses possibles à la souffrance, elle est son produit”.

Publié par Hervé Moine le 14 février 2009

L’auteur de la Théorie de la violence s’est éteint.

labica
Georges Labica (1930-2009)

Nous apprenons le décès de Georges Labica survenu, il y a deux jours, le 12 février 2009, à l’âge de 79 ans.

Georges Labica était philosophe et a enseigné la philosophie politique à Paris X Nanterre.

Il était spécialiste de philosophie politique et notamment de la théorie marxiste.

Intellectuel engagé, militant anti colonialiste et anti impérialiste, il était fin connaisseur du monde et de la culture arabes.

Il était Président honoraire du Comité de Vigilance pour une Paix Réelle au Proche-Orient (CVPR-PO), Président de Résistance démocratique internationale, membre de l’Appel franco-arabe, du Forum des alternatives et de En Defensa de la Humanidad.

Auteur de nombreuses publications, Georges Labica s’est d’abord intéressé à la pensée de Ibn Khaldoun, Politique et religion chez Ibn Khaldoun. Essai sur l’idéologie musulmane, Alger, Société nationale d’édition et de diffusion, 1968, mais aussi celle de Robespierre Robespierre : une politique de la philosophie, Paris, Presses universitaires de France, « Philosophie », 1990 ; de Lénine ou encore d’Antonio Labriola.

Citons :

  • Dictionnaire critique du marxisme (PUF) en codirection avec Gérard Bensussan
  • L’oeuvre de Marx, un siècle après (PUF)
  • Démocratie et Révolution , le Temps des cerises,
  • La pensée et l’histoire, 2007
  • Théorie de la violence, La Citta del Sole, 2007

Un extrait de la Théorie de la violence :

De la souffrance : La violence n’est pas seulement une des réponses possibles à la souffrance, elle est son produit.

« Et elle est spécifique, s’il est vrai qu’il existe des « voies nerveuses de la souffrance…différentes des voies de la douleur comme sensation discriminante ».

Job souffre, l’imprécateur, soulevé de révolte et frémissant de colère contre l’injustice qui le frappe. Prométhée, tout Dieu qu’il est, souffre. Médée, la chthonienne, fille du soleil, souffre quand elle tue ses enfants, auxquels elle veut épargner les frivolités de la vie citadine. Caïn, le fils méprisé, souffre. Oreste et Electre, les enfants maudits souffrent. Et Titus lui-même. Et la digne Lucrèce. Et Jésus, le juste, acquittant d’avance les dettes qui ne sont pas les siennes. Et Catherine, Georges et tous ceux auxquels leur sainteté valut le martyre. Les démences qui hantent les théâtres grec et shakespearien sont autant d’expressions de souffrances, infligées par des Dieux capricieux ou des tyrans cruels. L’éventail des violences répond à l’éventail des souffrances. »

Personnellement, j’avoue mal connaître la pensée de Georges Labica, mais peut-être peut-il être un philosophe permettant de décrypter notre temps. Je terminerai juste par une citation de Franci Combes :

“Ceux qui ont eu la chance de la fréquenter et de travailler avec lui ressentent une grande peine et une énorme perte. Georges était un homme fraternel, à l’intelligence toujours en éveil, un intellectuel ouvert et combatif, un pédagogue et un orateur hors pairs, un esprit libre et un militant dont l’internationalisme et l’engagement ne se sont jamais démentis. Il était certainement l’un des penseurs marxistes les plus marquants d’aujourd’hui.” Francis Combes, sur lahaine.org/labica

Pour en savoir plus sur ce philosophe marxiste, je vous suggère quelques une de ses textes sur la violence, la mondialisation et sur le marxisme.

La page “Georges Labica”

Hervé Moine

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Un sujet de saint Valentin : l’amour peut-il être un devoir?

Publié par Hervé Moine le 14 février 2009

La Goulue et Valentin lithographie de Toulouse Lautrec

La Goulue et Valentin lithographie de Toulouse Lautrec

Outre le texte d’Alain extrait des Arts et des Dieux, qui fait l’objet d’une étude déjà commencée, ayant pour thème l’amour, voici pour poursuivre notre travail d’apprentissage à la dissertation philosophique, un autre sujet sur ce thème tant célébré le 14 février. Libre à vous de faire votre déclaration d’amour à l’être aimé. En ce qui nous concerne, tentons de travailler ce sujet. Ce serait bien d’arriver au moins à une ébauche de dissertation philosophique.

Réflexe face à un sujet ? Son analyse. Dans quel but ? Pour lui donner du sens !

Partons de cette idée qu’un sujet de dissertation n’a pas de sens et qu’il convient de lui en donner un. Cela passe par une analyse du sujet lui-même afin d’être en mesure de formuler une question qui pose un problème philosophique. Ce problème, il s’agira ensuite de le creuser et de construire la problématique, interrogation qui jalonnera la réflexion, le dialogue entre différentes thèses. Ceci vaut pour tous les sujets de dissertation. Et c’est cette méthode qu’il convient d’acquérir par l’expérience et l’entrainement. Gageons que cette classe virtuelle de philosophie puisse autant qu’il est possible vous donner l’occasion de vous exercer à cet art difficile, mais ô combien enrichissant, de la dissertation philosophique.

L’amour peut-il être un devoir?

Je vous propose quelques pistes afin d’effectuer le travail préparatoire à l’étude de texte.

A. Tout d’abord un première remarque :

Le sujet met en rapport deux notions : amour et devoir. Sans doute voit-on dès le départ que ces deux notions ne sont pas du même registre et du coup ne semble pas faire bon ménage ensemble. On ne manquera pas d’être surpris par la formulation même du sujet. Faire son devoir c’est suivre une règle imposée, or il semble que l’amour n’est pas chose qui se décrète qui peut être imposer. Pourtant, nul ne méconnaît cette injonction “aime ton prochain!” Cette double remarque peut dors et déjà nous mettre sur la voie du problème que soulève le sujet.

B. Qu’est-ce que l’amour ? Qu’est-ce que le devoir? Il ne faudra pas omettre le “peut-il être”

1. Tout d’abord à quoi la notion d’amour peut-elle bien renvoyer? L’équivocité du terme peut renvoyer à des réalités différentes : amour maternel, amour filial, désir charnel, la charité au sens chrétien, l’amour du prochain, l’amour de la patrie, l’amour de la sagesse…

On peut remarquer le sujet évoque dans sa formulation, par l’article défini, l’amour dans un sens général. La question est alors de savoir à quoi peut bien renvoyer ces réalités différentes de manière générale?

Il est important à la fois de conceptualiser la notion d’amour afin d’en saisir un sens général permettant de penser les diverses réalités. Cependant il ne conviendra pas pour autant de les oublier dans le traitement même du sujet.

2. Un devoir est ce qui doit être. Un devoir est dans sa particularité même ce qui correspond au devoir comme forme ou idée. Qu’est-ce que le devoir? Le devoir est à distinguer du simple conseil. Il y a dans cette notion quelque chose de catégorique, d’impératif. Sur quoi se fonde sur le devoir? Le sentiment?

Une fois que la notion de devoir sera bien circonscrite, il s’agira de penser un devoir.

3. peut-il a deux sens. Lesquels ?

C. Une fois que ce travail de définition sera effectué, il s’agira d’interroger le sujet dans sa globalité, afin de ne pas en rester à une vision parcellaire, découpée. La question à laquelle on doit être en mesure de répondre c’est celle des présupposés du sujet. Si on interroge le sujet, quels sont les présupposés ?

On a déjà précédemment pressenti un présupposé lorsque nous avons remarqué une incompatibilité entre amour et devoir. Que signifie cette incompatibilité ?

D. Quel est le problème que soulève le sujet ? Travail délicat mais très important pour éviter tout hors-sujet. Mais avant d’en arriver là nous avons déjà de quoi travailler.

Ce serait bien de se mettre à plusieurs à cette tâche.

Hervé Moine

Publié dans Dissertation, Entr'aide, LPO Pointe-Noire, Philo bac, Sujet de dissertation, Term. ES, Term. L, Term. S, Term. STI | Tagué: , , , , , , | 5 Commentaires »

 
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