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Archive pour le 30 octobre 2009

La naissance de la pensée scientifique

Publié par Hervé Moine le 30 octobre 2009

Aux origines de la pensée scientifique

Article paru sur Non Fiction jeudi 29 octobre 2009

Couverture ouvrage
ANAXIMANDRE DE MILET OU LA NAISSANCE DE LA PENSÉE SCIENTIFIQUE
Carlo Rovelli
Éditeur : Dunod
192 pages /
Résumé : Une étude riche et documentée qui porte un regard historique, scientifique et philosophique, sur l’héritage d’Anaximandre de Milet, qui posa il y a de cela vingt-six siècles les pierres d’angle de la pensée scientifique.

On a coutume d’identifier la naissance de la pensée et la de méthodologie scientifique aux travaux de Newton, de Galilée ou encore aux idées, bien plus anciennes, de Platon et Pythagore. Cependant, on mentionne peu souvent l’héritage colossal du grec Anaximandre, qui vécut au VIe siècle avant notre ère dans la cité grecque ionienne de Milet, et fut littéralement l’initiateur du processus de refonte et de repensée de notre perception du monde. Par sa volonté de repenser systématiquement les récits cosmogoniques dans une perspective rationnelle et naturaliste, Anaximandre donna naissance à l’investigation de la nature et ouvrit la voie à la physique, la géographie et la biologie.

Carlo Rovelli est l’auteur rêvé pour nous guider le long des lignes historiques qui racontent et analysent la science ainsi que la philosophie d’Anaximandre de Milet. Physicien théoricien et philosophe des sciences, Carlo Rovelli est professeur à l’université de la Méditerranée à Marseille, membre de l’institut universitaire de France, et professeur associé du département d’histoire et de philosophie des sciences de l’Université de Pittsburgh. Il est l’un des pères fondateurs de la gravité quantique à boucles, une théorie visant à fournir une description conjointe des deux grandes théories du vingtième siècle que sont la relativité générale d’Einstein et la mécanique quantique. De fait, il est un habitué des questions portant sur la nature de l’espace et du temps, et nous propose ici une lecture scientifique très éclairée et richement détaillée de la démarche d’Anaximandre ainsi que des bouleversements dont elle est à l’origine.

La pensée du philosophe grec se structure et s’articule autour de la refonte des concepts qui peuplent à l’époque l’imaginaire collectif et nourrissent les croyances de la Grèce archaïque. Avant Anaximandre, les textes et cosmologies décrivent un monde structuré et façonné par la volonté et l’intervention des dieux, perceptible uniquement à la lumière des croyances religieuses. La révolution introduite par celui qui fut l’élève de Thalès consiste en une explication systématique des phénomènes de la nature par des arguments physiques ne faisant aucunes références à la divinité. Le monde devient ainsi  intelligible dans un cadre rationnel où l’on s’efforce de relier les conséquences à des causes naturelles. Cela constitue une scission radicale par rapport à la lecture religieuse du monde ; c’est pour ainsi dire la naissance de la recherche scientifique. Simplicius 1 cite la parole suivante d’Anaximandre :

“Toutes choses ont racines l’une dans l’autre
et périssent l’une dans l’autre,
selon la nécessité.
Elles se rendent justice l’une dans l’autre,
et se récompensent pour l’injustice,
conformément à l’ordre du temps.”

Afin d’étudier la pensée d’Anaximandre et d’évaluer l’influence de ses idées en s’efforçant de comprendre le cadre historique et la conjecture socio-religieuse du monde méditerranéen de l’époque, Carlo Rovelli ne manque pas de ponctuer son livre de nombreuses indications historiques et de dresser un portrait de l’environnement dans lequel le penseur a évolué. C’est en l’an 610 avant J.-C. que Milet voit la naissance d’Anaximandre. Athènes en a fini avec le règne de Dracon et l’Aréopage vient d’élire Solon pour établir la première constitution démocratique. Babylone quant à elle sort de la domination assyrienne et atteint son apogée, redevenant ainsi la plus grande ville du monde. Le monde grec se caractérise par la présence d’une multitude de cités indépendantes, ce qui est à l’origine d’une grande diversité culturelle et d’un dynamisme tout particulier. Milet est alors une cité portuaire ionienne très importante, lieu de nombreux échanges commerciaux et culturels, et se situe au carrefour entre les routes venant d’Egypte et du Moyen Orient. Il est très intéressant de voir l’influence qu’a eu le contexte politique et social de la Grèce d’Anaximandre sur les origines et l’évolution des idées scientifiques et méthodologiques de l’école de Milet. En particulier, il est fabuleux de constater l’apparition non seulement de l’idée que le monde puisse évoluer dans le temps selon des lois naturelles, mais également de l’intuition que ces lois peuvent être comprises en repensant notre vision du monde, en acceptant que celui-ci puisse être différent des conceptions jusqu’alors admises. Il s’agit là d’une démocratisation radicale de la science. Alors que l’histoire de l’écriture connaît des tournants majeurs, les échanges et mélanges culturels sont de plus en plus intenses, et la critique s’associe au dialogue pour donner l’accès à une nouvelle forme de pensée. Ainsi s’ouvre la voie vers la science moderne.

Anaximandre est à l’origine de changements de paradigmes tout à fait exceptionnels. Tout particulièrement, il est le premier à comprendre que la Terre n’est pas un disque de dimension infinie mais qu’il s’agit d’un corps de taille finie qui flotte dans l’espace. La structure de cette découverte est tout à fait singulière pour l’époque, elle se fonde sur la remise en question des croyances pré-établies. Il s’agit d’une véritable refonte de la vision du monde, qui est méthodologiquement appuyée par l’observation et la déduction scientifique. Si la Terre ne tombe pas, c’est parce qu’elle n’a pas de direction privilégiée vers laquelle tomber. La cosmologie d’Anaximandre est réfléchie, et propose une alternative structurée et tout à fait cohérente aux modèles antérieurs. Carlo Rovelli analyse en détail le cheminement de pensée qui amène le philosophe grec à cette idée, en mettant un relief tout particulier sur les bouleversements conceptuels et intellectuels qui accompagnent son introduction. Il présente également les autres contribution d’Anaximandre, qui concernent des domaines aussi variés que la météorologie, la géographie et la biologie. Selon lui, les phénomènes climatiques ne sont plus le fait de la volonté des dieux, mais une manifestation d’effets physiques naturels tels que l’évaporation de l’eau ou l’influence de la chaleur du soleil. Anaximandre est également à l’origine de la première carte géographique du monde, et de l’idée tout à fait visionnaire que tous les animaux vivaient au départ dans la mer et que les hommes ne peuvent pas être apparus sous leur forme actuelle.

Nous l’avons bien compris, la méthodologie d’Anaximandre est toute nouvelle et contient les éléments clés de la pensée scientifique moderne. A l’instar de Copernic, il redessine en profondeur la vision du monde jusqu’alors admise. L’observation s’associe à la raison pour franchir un pas conceptuel important et se libérer d’une vision erronée. C’est la même démarche qui plus tard sera reprise par Galilée, Newton, ou encore Einstein, pour modifier, affiner et rendre plus rigoureuse notre compréhension de la nature. Il s’agit d’une filiation méthodologique remarquable, qui trouve ses origine dans les travaux et dans les idées géniales d’Anaximandre de Milet.

Les derniers chapitres du livre abordent à la lumière de cette analyse de nombreuses idées et questions liées à la nature de la pensée scientifique. Elle est incontestablement née du désir de comprendre la nature et d’”explorer les formes de pensée du monde”2, et a connu vingt-six siècles d’évolution. Plus que jamais, il faut aujourd’hui nous interroger sur les fondements de la pensée scientifique, à l’heure ou elle fait l’objet d’un anti-scientisme parfois acharné et primaire, d’une véritable technocratisation qui nous en fait oublier le sens profond et nous éloigne de la légitimité de sa démarche. Il est indispensable de comprendre que la science ne se réduit pas uniquement à un ensemble de prédictions quantitatives, mais qu’elle offre une démarche pour construire une vision du monde, un cadre conceptuel dans lequel il nous est possible de penser le monde et le rendre intelligible. Anaximandre est en ce sens l’un de nos contemporains, il faut nous imprégner de sa pensée et des questions avec lesquelles il interrogeait le monde afin de poursuivre sur le chemin qu’il a ouvert il y a de cela vingt-six siècles, le chemin de la Science.

Références :
- Qu’est-ce que le temps ? Qu’est-ce que l’espace ?, Carlo Rovelli. Bernard Gilson éditeur.
- Galilée et les Indiens : Allons-nous liquider la science ?, Etienne Klein. Flammarion.
- Itinéraire de l’égarement : Du rôle de la science dans l’absurdité contemporaine, Olivier Rey. Seuil.

rédacteur : Marc GEILER, Critique à nonfiction.fr
Illustration : bazylek100/flickr.com

Notes :
1 – p.37 Commentaire sur la Physique d’Aristote, XXIV, 13.
2 – p. 111

Titre du livre : ANAXIMANDRE DE MILET OU LA NAISSANCE DE LA PENSÉE SCIENTIFIQUE
Auteur : Carlo Rovelli
Éditeur : Dunod
Collection : UniversSciences
Date de publication : 17/06/09
N° ISBN : 2100529390

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A l’heure de la grippe A, l’hygiène publique

Publié par Hervé Moine le 30 octobre 2009

Mardi 3 novembre 2009

à l’Espace Jacques 1er d’Aragon

Philosophie de l’hygiène publique

Par Anne Fagot Largeault

En partenariat avec l’Université Montpellier 1, La ville de Montpellier organise une conférence qui aura lieu le 3 novembre 2009 à 18h30 – Espace jacques 1er d’Aragon, sous la présidence de Philippe Augé, Président de l’Université Montpellier 1 et de Laurence Vian, Doyen de la Faculté de Pharmacie.   “Philosophie de l’hygiène publique” Conférence du Pr Anne Fagot Largeault, Philosophe & Médecin, Chaire de philosophie des Sciences Biologiques et Médicales du Collège de France    Médecin et Philosophe, Anne Fagot Largeault tracera les évolutions survenues au cours des siècles en matière d’hygiène publique et de prévention, une évolution parallèle à l’évolution des mentalités et de la connaissance.

La perception de la prévention a été modifiée du fait de la disponibilité des agents thérapeutiques. Les comportements ont évolué avec les risques de pandémies. D’abord initiée par les professionnels de santé, l’hygiène publique devient une préoccupation pour les décideurs institutionnels et  le grand public. Plusieurs savants montpelliérains ont apporté une contribution significative à l’avancée de cette discipline.

Entre les peurs inscrites dans l’inconscient collectif par les grandes épidémies meurtrières et l’illusion du ‘’zéro risque’’ espérée par nos contemporains, cette conférence permettra de comprendre les ressors de l’hygiène publique au cours des siècles et les enjeux de notre prévention moderne, avec ses avantages et ses limites.   Elle permettra à chacun de se positionner dans cette démarche où l’on oscille en permanence entre responsabilité institutionnelle et individuelle. Illustrée par de nombreux exemples, cette présentation, accessible à tous les publics, sera suivie d’une discussion animée par le Pr Jacques Touchon, adjoint au Maire, délégué au rayonnement international.

Cette conférence est organisée  par Perla Danan, Adjointe au Maire, déléguée au Conseil des Sages, et Claude Casellas, professeur à la faculté de Pharmacie, UMR Hydrosciences.

=> Pour en savoir davantage :

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Découverte du monde de Benjamin Fondane

Publié par Hervé Moine le 30 octobre 2009

Benjamin Fondane,

un poète roumain déporté à découvrir au Mémorial de la Shoah

Article paru dans le blog des sortie culturelles : laboiteasorties.com : http://www.laboiteasorties.com/2009/10/benjamin-fondane-un-poete-roumain-deporte-a-decouvrir-au-memorial-de-la-shoah/

A l’occasion d’une belle exposition littéraire et dont l’entrée est libre, le mémorial de la Shoah invite à découvrir le monde de Benjamin Fondane, poète et philosophe roumain arrivé à Paris au début des années 1920, très actif dans les milieux d’avant-garde, aux marges du surréalisme, et dont la préface en prose au recueil “L’exode”  (1942) pourrait servir de testament à tout poète juif assassiné.

Un livre n’est pas seulement une attitude, c’est une preuve d’amour.”
“Toute activité humaine, et fût-ce celle du commerce, est un cercle artificiel que l’on a tracé autour de soi, avec le ferme dessein de ne pas le franchir. Oui l’anarchie est chose réelle, mais non point ‘naturelle’ à l’homme pressé qu’il est de trouver au plus vite un cercle et de s’y tenir.”
Benjamin Fondane

Dans une petite rue près de la place Monge, à deux pas de la maison où habitait Hemingway, on trouve une plaque dédiée à Benjamin Fondane, déporté depuis son appartement qu’il n’a pas voulu quitter et assassiné à Auschwitz avec sa sœur.  Jusqu’à aujourd’hui le public parisien a peu entendu parler de Fondane, dont l”héritage est gardé par une  société d’étude réunissant derrière sa biographe, Monique Jutrin, un cercle de mordus de sa poésie “irrésignée”. Que ces fans érudits permettent à un large public de découvrir son œuvre et sa vie est donc une grande et bonne nouvelle.

Portrait de Benjamin Fondane par Man RayPortrait de Benjamin Fondane par Man Ray

Benjamin Wechsler (c’est son nom originel) émigre volontairement de Jassy (Moldavie) vers Paris où il arrive en 1923, à l’âge de 25 ans, avec un nom de plume Fundoianu (nom d’un domaine proche du lieu où habitaient ses grands-parents) qu’il francise en « Fondane ». Il a déjà commencé à publier des poèmes  dès l’âge de 14 ans, et a fondé en Roumanie le théâtre Insula avec sa sœur actrice et son beau-frère qui deviendra plus tard le directeur du Théâtre des Champs-Elysées. Il est envoyé en France comme correspondant de la revue roumaine Integral.

Fondane aime la langue française avec violence et consacre à la fin de sa vie deux essais aux poètes Rimbaud et Baudelaire. Fasciné par la capitale française, il dit n’avoir pas écrit un seul poème lors de ses quatre premières années à Paris. L’émigré roumain fréquente les avant-gardes dadas (et a laissé une correspondance avec Tristan Tzara) et surréalistes; mais ces derniers le déçoivent et il demeure proche de surréalistes marginaux comme le photographe Man Ray qui illustre ses ciné-poèmes, le poète Joë Bousquet, et le peintre Victor Brauner, un autre exilé roumain .

On peut découvrir le superbe portrait de Fondane par Brauner à l’exposition du mémorial :

Touche à tout génial, Benjamin Fondane travaille pour les studios Paramount comme scénariste et participe au film de Kirsanoff  tiré d’un roman de Ramuz : “Rapt”. Lors de son deuxième voyage en Argentine, en 1936, sur une invitation de Victoria Ocampo, il réalise son propre film : “Tararira”.

Si Fondane est aujourd’hui principalement connu comme un poète ayant transposé la figure d’Ulysse à l’errance juive à travers ses recueils “Ulysse” (1933), “Titanic” (1937), “Le mal des fantômes” et “L’exode” (tous deux posthumes), il a aussi été philosophe. En tant que disciple de Léon Chestov, Fondane s’est posé la question omniprésente des dangers de la raison et du “désenchantement du monde”, ce qu’il a évoqué dans ses essais, “L’homme devant l’histoire”, “La conscience malheureuse”, “Le lundi existentiel et le dimanche de l’histoire”, et “Baudelaire ou l’experience du gouffre” où Fondane dévoile la “soudaine vision que (ses) convictions les plus fermes, les plus assurées – étaient sans fondement et qu’il fallait, sans le pouvoir cependant, renoncer à elles, qu’on était soumis à une espèce d’envoûtement et que le monde est inexplicable sans l’hypothèse de cet envoûtement”.

Non contente de familiariser son public avec l’oeuvre de Fondane, l’exposition permet de mieux connaître les cercles dans lesquels il évoluait, et tout visiteur féru d’histoire intellectuelle et artistique de l’Entre-deux-guerre se trouve en terrain familier.

Benjamin Fondane, poète, essayiste, cinéaste et philosophe“, jusqu’au 31 janvier, Mémorial de la Shoah, tous les jours, sauf samedi 10h-18h, 17, rue Geoffroy l’Asnier, Paris 4e, m° Saint-Paul ou Pont Marie, entrée livre. Visites guidées gratuites les 5 novembre, 19 novembre, et 17 décembre à 19h30.

Une journée de lectures de poèmes de Fondane par Daniel Mesguich en présence de l’immense Claude Vigée est prévue le 3 décembre. Réservez vos places en ligne.

A la librairie du musée, foncez acheter la version Verdier poche du recueil “Le mal des fantômes” (qui contient aussi Ulysse et l’exode) et est préfacée par Henri Meschonnic.

Enfin, à partir du 10 novembre, le mémorial propose une exposition sur Hélène Berr.

“Oui, j’ai été un homme comme les autres hommes,
nourri de pain, de rêve, de désespoir. Eh oui,
j’ai aimé, j’ai pleuré, j’ai haï, j’ai souffert,
j’ai acheté des fleurs et je n’ai pas toujours
payé mon terme.

[…]

J’ai lu comme vous tous les journaux tous les bouquins,
et je n’ai rien compris au monde
et je n’ai rien compris à l’homme,
bien qu’il me soit souvent arrivé d’affirmer le contraire.

Et quand la mort, la mort est venue, peut-être

ai-je prétendu savoir ce qu’elle était mais vrai,
je puis vous le dire à cette heure,
elle est entrée toute en mes yeux étonnés,
étonnés de si peu comprendre –
¬avez-vous mieux compris que moi?

Et pourtant, non!
je n’étais pas un homme comme vous.
Vous n’êtes pas nés sur les routes,
personne n’a jeté à l’égout vos petits
comme des chats encore sans yeux,
vous n’avez pas erré de cité en cité
traqués par les polices,
vous n’avez pas connu les désastres à l’aube,
les wagons de bestiaux
et le sanglot amer de l’humiliation,
accusés d’un délit que vous n’avez pas fait,
d’un meurtre dont il manque encore le cadavre,
changeant de nom et de visage,
pour ne pas emporter un nom qu’on a hué
un visage qui avait servi à tout le monde
de crachoir!

Un jour viendra, sans doute, quand le poème lu
se trouvera devant vos yeux. Il ne demande
rien! Oubliez-le, oubliez-le! Ce n’est
qu’un cri, qu’on ne peut pas mettre dans un poème
parfait, avais-je donc le temps de le finir?
Mais quand vous foulerez ce bouquet d’orties
qui avait été moi, dans un autre siècle,
en une histoire qui vous sera périmée,
souvenez-vous seulement que j’étais innocent
et que, tout comme vous, mortels de ce jour-là,
j’avais eu, moi aussi, un visage marqué
par la colère, par la pitié et la joie,

un visage d’homme, tout simplement!”

______________________________________________________

EXPOSITION / MÉMORIAL DE LA SHOAH

Benjamin Fondane, une rétrospective remarquable de l’oeuvre du poète

par Valérie Marin La Meslée

Publié le 26/10/2009 à 17:28 Le Point.fr – Culture

“Benjamin Fondane”, jusqu’au 31 janvier au Mémorial de la Shoah/ 01.42.77.44.72 www.memorialdelashoah.org

http://www.lepoint.fr/guide-sorties/2009-10-26/exposition-benjamin-fondane

Benjamin Fondane, une rétrospective remarquable de l'oeuvre du poète

Benjamin Fondane vers 1935 © DR

“Mais quand vous foulerez ce bouquet d’orties qui avait été moi, dans un autre siècle, en une histoire qui vous sera périmée, souvenez-vous seulement que j’étais innocent et que, tout comme vous, mortels de ce jour-là , j’avais eu, moi aussi, un visage marqué par la colère, par la pitié et la joie, un visage d’homme, tout simplement !” La “préface en prose” de Benjamin Fondane date de 1942. Deux ans plus tard, le poète, cinéaste et essayiste juif d’origine roumaine (naturalisé français en 1938) meurt gazé à Birkenau. Il aurait pu être libéré grâce à Jean Paulhan, mais Fondane refusa de laisser sa soeur, Lise, arrêtée avec lui, mourir seule. Son oeuvre complète, que s’apprêtait à publier Jean Lescure, ne paraîtra pas aux éditions de Minuit après le départ de l’éditeur. Peu à peu, elle sortira toutefois de l’ombre, et il faut avoir fait le plongeon dans Le Mal des fantômes , recueil de ses recueils de poèmes, pour comprendre à quel écrivain on a à faire.C’est dire l’importance de la rétrospective que consacre le mémorial de la Shoah à cette figure de la première moitié du XXe siècle. Les documents sont nombreux et admirables : regardons grandir le jeune Weschler en Moldavie, dans la communauté juive de Roumanie en proie à un violent antisémitisme. Issu d’un milieu intellectuel, le poète fréquente assidûment les cénacles littéraires et prend pour pseudonyme le nom d’une terre de son grand-père “Fundoaia”. Il s’imprime dans toutes les gazettes culturelles de l’époque dont Rampa , et l’effervescence de ces années vingt est remarquablement rendue par les vitrines. Détenteur d’une bourse, voilà le jeune homme en partance pour Paris (1923), où il deviendra le correspondant de la revue d’avant-garde de Bucarest Intégral . Il fait l’année suivante à Paris une rencontre déterminante pour son parcours philosophique : celle de Léon Chestov, “le philosophe juif par excellence”, son maître à penser. L’oeuvre protéiforme de Fondane est présentée par discipline : poésie en langue française.

 

“Émigrants, diamants de la terre, fils sauvages, je suis de votre race”, lit-on dans Ulysse , dont on voit le manuscrit autographe avec la mention “édition sans fin” ! Théâtre et cinéma, puisqu’il va même tourner jusqu’en Argentine, essais littéraires de Rimbaud le voyou, à Baudelaire et l’expérience du gouffre (qu’il écrit pendant la guerre et ne pourra achever), et philosophie bien sûr.

Pour guider le visiteur dans cette galerie d’acteurs de la vie artistique et intellectuelle que Fondane a croisés (car si l’on ne présente pas Man Ray, Brauner, Brancusi ou Chagall, peut-être faut-il rappeler les rôles de René Daumal ou de Jean Lescure…), des photos et bibliographies servent de repères. Peut-être en trop bonne place au risque de distraire le regard qui a déjà fort à faire tant riche est le parcours… Dès le début, on sait comment celui-ci s’achève, et c’est avec une certaine tension qu’on pénètre dans la dernière salle. Fondane est arrêté sur dénonciation avec sa soeur, en 1944. De Drancy, il écrit son testament littéraire au printemps, et disparait à l’automne. Sa femme ne sait rien de lui, correspond avec tous ceux qui ont aidé son mari. Elle sera très entourée par le philosophe Jacques Maritain et tous ceux qui, à l’époque, de Jean Paulhan à José Corti, surent quel grand esprit était Fondane. Il n’est jamais trop tard pour le découvrir.

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Un café-philo autour de la déconstruction

Publié par Hervé Moine le 30 octobre 2009

Café-Philo à Saint Quentin

Mardi 3 novembre 2009

La déconstruction

 

Mardi prochain, à la Manufacture de Saint-Quentin, dans l’Aisne, le philosophe Pierre Jacob, ancien élève de l’Ecole Normale Supérieure de Saint-Cloud, animera un café-philo autour du thème de la déconstruction, concept du philosophe Jacques Derrida.

Notons que ce thème sera également abordé dans le spectacle A contrario, de la Compagnie Appel d’Air, présenté le vendredi 6 novembre prochain, à 20h30, à La Manufacture de Saint-Quentin.

Adresse :

La Manufacture.
35, rue de Flavigny.
02100 – Saint-Quentin

Tél. 03 23 65 04 90.

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