Freud
Le maître du Moi
Le récit de sa vie
Ses concepts clés
La psychanalyse aujourd’hui
“Soixante-dix ans après sa mort que sait-on vraiment de l’inventeur de la psychanalyse ? Le personnage fascine toujours autant. Etait-il « un bon père de famille inventeur d’une science hors du commun, ou un menteur qui n’a jamais guéri un patient ?» La psychanalyse a suscité la polémique depuis son invention par Freud. Est-elle une science ou relève-t-elle davantage de la pensée religieuse ? Qu’en pense-t-on en France ?
Ce hors-série du Point fait ici la part du vrai et du faux, chassant la légende et rétablissant les faits. Sans prendre parti.
Hors-série N° 4 – Les maîtres penseurs 122 pages”
Pour se procurer ce numéro : http://boutique.lepoint.fr/produit/183/freud-le-maitre-du-moi?
Archive pour octobre 2009
Le point sur Freud
Publié par Hervé Moine le 24 octobre 2009
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Philosophie et Sciences : L’Univers, un espace de dialogue
Publié par Hervé Moine le 24 octobre 2009
Colloque de Lyon
Philosophie et Cosmologie. Formes et Origines de l’Univers
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Une première en France : des astrophysiciens, des philosophes et des épistémologues autour d’une réflexion commune sur notre cosmologie.
Comme nous l’avions annoncé dernièrement, les 12, 13 et 14 octobre derniers s’est tenu, à l’Amphithéâtre Huvelin de l’Université Jean Moulin, dans un « espace de dialogue », le colloque entre philosophie et cosmologie sur la question « des formes et des origines de l’Univers », colloque organisé par Aurélien Barrau et Daniel Parrochia. Il s’agit d’un événement puisqu’il s’agit d’une véritable première en France. Heureuse initiative donc de la part des organisateurs que celles de permettre de réunir les spécialistes des différentes disciplines autour d’une réflexion commune sur l’état actuel de la cosmologie et sur ses liens avec l’histoire des représentations du cosmos.
Parmi les personnalités présentes se trouvaient des chercheurs tels que : le directeur de recherches au CNRS, membre du Laboratoire Univers et Théories (LUTH) de l’observatoire de Paris-Meudon, Jean-Pierre Luminet, véritable référence mondiale au sujet des trois noirs et de la cosmologie ; Etienne Klein, directeur de recherches au Commissariat à l’énergie Atomique CEA et du Laboratoire de Recherches sur les Sciences de la Matière installé à Saclay ; l’éclectique astrophysicien Michel Cassé, au CEA et à l’Institut d’Astrophysique de Paris (CNRS), passionné des relations entre l’homme et l’univers ; le professeur à l’Ecole Centrale, Marc Lachièze-Rey, auteur de nombreuses publications scientifiques et de vulgarisation, dont son Initiation à la Cosmologie paru en 2004 ; les philosophes Christian Godin, maître de conférences de philosophie à l’Université de Clermont-Ferrand, connu par son impressionnante encyclopédie philosophique sur la notion de totalité qu’il a publiée, et, Jean Seidengart, professeur à l’Université de Paris-X-Nanterre où il enseigne la philosophie et l’histoire des sciences, consacrant l’essentiel de ses travaux à la pensée cosmologique dans ses relations avec les sciences et la philosophie.
Dans un article de Futura-Sciences(*), Laurent Sacco, dans lequel il se pose la question savoir si les philosophes ont besoin de connaître la cosmologie et si les cosmologistes peuvent-ils profiter de discussions avec les philosophes, fait un retour éclairé sur l’évènement en donnant des éléments de compréhension permettant de comprendre les débats. Et pour ceux qui n’ont pas eu la chance d’assister au colloque, Futura-Sciences promet de mettre en ligne prochainement les exposés du colloque. En attendant, on pourra se référer à cet excellent article qui donne les clés pour comprendre ces débats qui nous emmènent aux confins de l’Univers et de la connaissance.
Hervé Moine
(*)Voir l’article de Laurent Sacco sur Futura science : http://www.futura-sciences.com/fr/news/t/astronomie/d/cosmologie-scientifique-et-philosophie-peuvent-elles-dialoguer_20953/
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Faire connaître Georges Canguilhem, le philosophe de la vie
Publié par Hervé Moine le 23 octobre 2009
Georges Canguilhem, génie de la pensée
Vendredi 23 octobre 2009
à la médiathèque de Castelnaudary
avec Jean-Claude Pariente et Camille Limoge
Pour quiconque s’est initié quelque peu à l’épistémologie, le nom de Georges Canguilhem, avec celui de Gaston Bachelard et de François Dagognet, ne peut être inconnu notamment en ce qui concerne la réflexion sur l’histoire de la biologie et de la connaissance du vivant, pensons notamment à la “Connaissance de la Vie”, le “Normal et le Pathologique” et “Idéologie et Rationalité”. Il est fort possible que la pensée de ce philosophe ne soit connue que des spécialistes.
L’important n’est-il pas de faire connaître au grand public ce philosophe incontournable ? C’est justement l’occasion, la chance, qui est donnée aux Chauriens de faire connaissance avec cet homme admirable et ce philosophe d’envergure, c”e génie de la pensée” comme l’affirme la Dépêche dans un article que nous reproduisons ci-dessous. Heureuse initiative en tout cas !
Hervé Moine
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Une journée est consacrée à ce professeur, résistant, philosophe chaurien

Georges Canguilhem, génie de la pensée (photo DDM)
Le très universel Larousse lui a fait une place parmi les grands de ce monde. Dans le paragraphe qui lui est consacré, en face de Canguilhem (Georges) : Castelnaudary 1904-Marly-le-Roi 1995, philosophe français, on peut lire « Rénovateur de l’épistémologie en France (études d’Histoire et de philosophie des sciences 1968), il s’est particulièrement intéressé aux sciences de la vie (« Le Normal et le pathologique », 1966) ».
Sommité de la philosophie, mondialement reconnue, Georges Canguilhem n’a jamais recherché les ors des palais, les apparitions promotionnelles et tout ce qui, pour lui, pouvait s’apparenter au superficiel.
Lorsqu’il séjournait, ici, chez son frère André, tailleurs au n° 5 de la rue Maréchal-Foch, à deux pas de notre agence,Georges Canguilhem devenait un Chaurien comme les autres. Seuls quelques voisins arrivaient à l’apercevoir, élégant et l’air pressé, se dirigeant ou revenant de la maison de la Presse, un fagot de journaux régionaux et nationaux sous le bras. Il n’a jamais rien oublié de la terre lauragaise, des parfums paysans qui embaumaient la ferme de ses grands-parents maternels du côté de « Béziat », de la cohue colorée des marchés du lundi à Castenaudary, quand les volailles et le bétail étaient encore au centre du négoce.
Antifasciste déclaré, on sait que ses prises de position courageuses l’amenèrent à devenir « membre du directoire des mouvements unifiés de la Résistance ». En juin 1944, il participa à l’un des plus durs combats contre les forces allemandes, au mont Mouchet. Des engagements patriotiques dont il ne tirait aucune vanité, en préférant travailler sur ses « Nouvelles réflexions concernant le normal et le pathologique » et toutes ses œuvres philosophiques en général. Jusqu’à son dernier souffle, Georges Canguilhem a vécu pleinement sa passion.
Jean-Claude Pariente, à 16 heures, et Camille Limoges, philosophes, à 20h30, sauront mieux vous faire connaître, ce soir la vie et l’œuvre de notre illustre concitoyen. Ces conférences, avec accès libre et gratuit, à la médiathèque.
Publié le 23/10/2009 13:59 | LaDepeche.fr
Voir l’article de La Dépêche :
http://www.ladepeche.fr/article/2009/10/23/699904-Georges-Canguilhem-genie-de-la-pensee.html
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Le bonheur ou la quête de soi
Publié par Hervé Moine le 22 octobre 2009
Après L’homme est-il l’aboutissement de l’évolution ? samedi 3, La Bioéthique : enjeux et perspectives samedi 10, Quel monde après la crise ? samedi 17
Dernier volet ce samedi des colloques de Menton
Le bonheur ou la quête de soi
Samedi 24 octobre 2009
Intervenants : Pascal Bruckner, Jean Salem et Robert Misrahi
« Le bonheur est une idée neuve en Europe » clamait Saint-Just en 1793. Aujourd’hui, chaque individu désire le bonheur. Mais comment le définir et, surtout, comment l’atteindre ? Scientifiques, économistes, psychologues, sociologues, tous veulent savoir pourquoi certains hommes se sentent heureux et d’autres pas. Est-on plus ou moins doué pour le bonheur ? Suffit-il de décider de chercher le bonheur pour le trouver ? Le bonheur est-il dans le travail, le mouvement, ou bien dans la contemplation ? Autant de questions auxquelles les philosophes invités tenteront de répondre.
- Robert Misrahi, philosophe, grand spécialiste de Spinoza. Professeur émérite de philosophie éthique à l’Université de Paris I (Sorbonne)
- Jean Salem, philosophe, directeur du Centre d’Histoire des Systèmes de Pensée Moderne.
- Pascal Bruckner, romancier et essayiste
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Augustin lecteur de Cicéron dans le contra Academicos
Publié par Hervé Moine le 22 octobre 2009
Contribution latiniste à l’histoire de la philosophie : Cicéron à travers les lunettes augustiniennes.
Dans la dernière publication de la Revue des Études Anciennes, Tome n°111, Anne Isabelle Bouton Touboulic, de l’Université Bordeaux 3 / Centre de recherche Ausonius, se penche sur la lecture augustinienne des Academia de Cicéron. Comment l’évèque d’Hiponne, auteur du Contra Academicos, interprète-t-il l’œuvre du célèbre avocat romain ?
Voici un résumé de l’article : “L’article étudie quelques procédés de lecture des Academica de cicéron dans le Contra Academicos d’Augustin. Augustin prétend trouver dans le texte cicéronien des indices rhétoriques et linguistiques d’une adhésion secrète des Académiciens sceptiques au platonisme dogmatique. Ce mode d’examen, qui s’inscrit dans une histoire de la philosophie, présente des analogies avec une interprétation allégorique de l’Ancien Testament, et relève d’une conception de la lecture qui fait primer la vérité dévoilée par le texte sur le sens visé par son auteur.”
Abstract. – This paper will examine Augustine’s reading of Cicero’s Academica in his Contra Academicos. He argues that certain rhetorical and linguistic signs in the Ciceronian text show that the New Academicians, who claimed to be Sceptics, were secretly dogmatic Platonists. His historical and allegorical interpretation of the Old Testament and his general conception of reading throw further light on this idea.
Le Tome n°111 de la Revue des Anciennes contient un dossier sur une tradition sceptique : la réception des Academica de Cicéron dans l’Antiquité
Pour le sommaire complet du numéro, les résumés des articles du dossier, les comptes-rendus publiés ou pour commander le numéro, voir : http://www.rea.u-bordeaux3.fr/
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Hobbes, Spinoza ou les politiques de la parole
Publié par Hervé Moine le 21 octobre 2009
Sous la direction de Julie Saada, Hobbes, Spinoza ou les politiques de la parole
, ENS Editions
Qu’entendre par modernité ?
Résulte-t-elle d’une transposition des schèmes théologiques et des dispositifs théologico-politiques propres au christianisme médiéval, ou bien s’est-elle affirmée contre son propre passé théologique, en rupture avec les formes héritées du passé ? Et comment situer, dans ce processus, les philosophies de Hobbes et de Spinoza, comprises tantôt comme héritières des théologies de la toute-puissance divine, de l’augustinisme ou de la Réforme, tantôt comme inaugurant les Lumières radicales qui se sont par la suite diffusées dans toute l’Europe jusqu’à culminer à la fin du XVIIIe siècle ? S’inspirant des thèses théoriques de Blumenberg et Koselleck, cet ouvrage se propose de faire apparaître que la philosophie politique de l’âge classique, en particulier Hobbes et Spinoza, annonce la modernité philosophique non pas en tant que forme sécularisée du théologico-politique médiéval mais, au contraire, en tant que rupture avec celui-ci.”Présentation de l’éditeur.
Sous la direction de Julie Saada, Hobbes, Spinoza ou les politiques de la parole
, ENS Editions
Table des matières
Introduction
- La guerre juste, ou le choix d’un objet
- Qu’est-ce que la guerre ?
- Doctrines de la guerre juste et droit des conflits armés
- Contre les doctrines de la guerre juste
- Les distinctions conceptuelles
- Pourquoi une histoire des doctrines ?
Chapitre premier. — Le jus ad bellum
- Les critères du jus ad bellum
- La juste cause dans l’histoire du droit de la guerre
- De la guerre juste à la guerre régulière
- Guerres préventives, guerres préemptives et interventions humanitaires
Chapitre II. — Le jus in bello
- Du jus ad bellum au jus in bello
- L’approche juridique. Le jus in bello, entre principe de nécessité et principe d’humanité
- L’approche historique. Limiter la guerre : par la morale ou par l’étatisation des conflits ?
- Les critères du jus in bello
- Le problème des « dommages collatéraux » et la doctrine du double effet
- Crimes et effectivité du jus in bello
Chapitre III. — Le jus post bellum
- Les critères du jus post bellum
- Sortie de guerre, restauration, reconstruction
- La justice pénale internationale
- Justice rétroactive et justice transitionnelle
- Mémoire collective, jugements moraux et jus post bellum
Conclusion
Bibliographie
Julie Saada est professeure agrégée à l’Iufm de l’université de Paris 4 où elle enseigne la philosophie, et, la science politique à l’université de Paris 9 Dauphine. Elle est l’auteur de La tolérance, Paris, Garnier-Flammarion, 1999 ; et avec Christian Nadeau de Guerre juste, guerre injuste. Histoire, théories, critiques, Paris, PUF, 2009.
Sous la direction de Julie Saada, Hobbes, Spinoza ou les politiques de la parole
, ENS Editions
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Broché: 192 pages
Editeur : ENS EDITIONS CENTRE DE PUBLICATIONS (30 septembre 2009)
Collection : La croisée des chemins
Langue : Français
ISBN-10: 2847881751
ISBN-13: 978-2847881752
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Ecole et laïcité : état des lieux
Publié par Hervé Moine le 21 octobre 2009
Voici le compte-rendu de Fabrice Dalongeville d’un colloque sur le thème de la laïcité à l’école, organisé au Sénat le 26 septembre dernier. A noter l’intervention de Catherine Kintzler, professeur de philosophie de Lille 3.
Organisé par l’Observatoire International de la Laïcité contre les dérives communautaires, un premier colloque traitant de la Laïcité à l’école en France a permis de dresser un état des lieux particulièrement inquiétant. Entre les déclarations du président de la République affirmant la supériorité du curé sur l’instituteur et l’adoption de l’amendement Carle banalisant le financement des écoles privées par les communes, les avancées d’une contre-réforme conservatrice sont multiples et bien réels.
La laïcité à l’école : sous un air de résistance
Laïcité et Ecole se conjuguent-elles encore au présent en France ? Si la réponse n’apparait plus évidente, cela signifie qu’elle mérite qu’on y consacre suffisamment de temps pour apprécier ce qui sous-tend ce questionnement.C’est à cet objectif que se sont attelés avec un bel appétit intellectuel les participants au premier colloque organisé par l’Observatoire international de la laïcité contre les dérives communautaires*.
A la tribune de la salle Gaston Monnerville du Sénat se côtoyaient ainsi Antoine Sfeir, journaliste, rédacteur en chef de la revue Les cahiers de l’Orient, Paul Stouder, inspecteur d’Académie, Philippe Guittet, secrétaire général du SNPDEN, Charles Conte, chargé de mission Laïcité à la Ligue de l’enseignement et Catherine Kintzler, philosophe, professeur à l’Université Lille III. Invitée à lancer le débat, la sénatrice radicale de gauche de Haute-Garonne Françoise Laborde a très rapidement confirmé que son groupe RDSE avait bien déposé un référé auprès du Conseil d’Etat pour dénoncer la convention signée entre le gouvernement français et le Vatican portant « reconnaissance mutuelle des grades et diplômes de l’enseignement supérieur délivrés sous l’autorité de l’une des deux parties. »
Pour Antoine Sfeir, journaliste, rédacteur en chef de la revue Les cahiers de l’Orient, la question de la laïcité est intrinsèquement liée à celle de l’école de la République. Si l’histoire des religions y est enseignée, la laïcité n’y occupe pas une place particulière. Ni plus, ni moins. Pourtant, ne mériterait-elle pas « davantage de considération ? »
Ceci étant, il ne s’agit pas pour Antoine Sfeir d’imaginer devoir encore recourir à un nouvel arsenal législatif. « La République dispose de tous les textes. Ce qui fait défaut est davantage lié à leur non application ». Au delà, Antoine Sfeir avance tout de même que la laïcité doit redevenir une « valeur » de la République, cette « République que de nombreux pays d’Amérique latine ou du Maghreb nous envient. L’ennemi du modèle républicain est le communautarisme. » Pour y parvenir, l’école revêt une importance considérable puisqu’elle représente le « début de la transmission du savoir ». L’ignorance étant forte autour de la laïcité selon lui, il s’agit de mieux « former les instituteurs sur cette question. »
Ce faisant, l’école doit avoir comme finalité de « re-fabriquer du citoyen, un citoyen laïc peu sensible aux sirènes du communautarisme », insiste-t-il. « Aucun texte de l’Islam ne parle de contraindre une personne à revêtir une burka par exemple. Il est donc fondamental de connaitre l’autre pour mieux le reconnaître ».
En échos, après un synthétique rappel historique prenant comme point de départ la richesse de la production de Condorcet et en rappelant les principaux points de repères que sont les loi Ferry (1882), loi Goblet (1886), la loi de séparation de l’église et de l’Etat (1905), puis la consécration constitutionnelle du principe de laïcité (1946) et confirmée par la suite dans la Constitution de 1958, Paul Stouder, inspecteur d’Académie, a estimé lui aussi que l’arsenal législatif était « largement suffisant » pour traiter de la question de la laïcité à l’école. Cependant, Paul Stouder considère que si la question des signes distinctifs s’est posée à l’école, c’est avant tout parce que l’Etat s’est d’abord attaché à régler très vite la question du programme, puis la question de l’enseignant mais pas celle de l’élève. Chose faite le 15 mars 2004 avec l’adoption du texte concernant le port de signes ou de tenues manifestant une appartenance religieuse, une loi dans l’ensemble « bien appliquée aujourd’hui ».
Au delà, face à une certaine forme de crise de la transmission de la culture, de l’affirmation toujours plus forte de l’aspiration à être soi-même, à refuser les normes, il est plus que nécessaire pour favoriser le « vivre ensemble » de valoriser la laïcité. Ainsi, dans l’Education nationale, Paul Stouder avance-t-il l’idée que si certains sujets appellent à la « prudence », il s’agit d’être ferme dans le fait « qu’aucune question pédagogique ne doit être écartée du questionnement scientifique ». Plus concrètement, lorsqu’un enseignant aborde la question de la religion, de son histoire, il se doit de distinguer ce qui relève du récit symbolique d’un texte qui est « objet de foi et non de vérité ». Ainsi, les sources doivent-elles être confrontées avec les données de l’archéologie par exemple. En d’autres termes, « l’étude de la bible passe d’abord par la contextualisation de l’écriture de la bible. »
Au delà, l’enseignement de la laïcité doit permettre aux élèves d’apprendre à débattre, d’apprendre à argumenter pour mieux appréhender leur liberté d’expression.
Sur le terrain de la pratique, le témoignage de Philippe Guittet, proviseur du lycée parisien Maurice-Ravel, secrétaire général du SNPDEN, souligne que l’espace à reconquérir par la laïcité est considérable, les attaques ne cessant de se multiplier depuis le discours de Latran. Philippe Guittet en veut pour preuve par exemple la forte valorisation des partenariats publics/privés qui, d’une certaine manière, accrédite l’idée de la mise en place d’un « chèque éducation ». Dans un autre domaine, la convention signée entre le gouvernement français et le Vatican en décembre 2008 parachève à ses yeux finalement les propos tenus par le Président de la République dans son discours de Latran.
Au delà, Philipe Guittet estime qu’il est devenu urgent de créer à l’échelon de chaque département des « indicateurs » pour apprécier la qualité du travail conduit dans les établissements, qu’ils soient publics ou bien privés. « Les établissements privés refusent de communiquer des éléments statistiques les concernant, fustige le secrétaire général du SNPDEN. Depuis deux ans, on constate que les établissements privés profitent d’un effet d’aubaine lié au désengagement de l’Etat de l’enseignement public. Les financements sont remis à plat. On peut particulièrement le constater d’ailleurs dans les établissements agricoles. »
Pour Charles Conte, chargé de mission laïcité à la Ligue de l’enseignement, si la question du financement est effectivement centrale lorsqu’on radiographie l’école en France, il avance lui aussi que l’Etat ne remplit pas son rôle de « contrôle » à l’égard des établissements privés.
Rappelant que la seule école possible pour la République est laïque, il dénonce également ces notions fumeuses de « laïcité plurielle » ou autre « laïcité positive ».
Dans un environnement particulièrement troublé où se combinent retour du religieux, désacralisation de la République, privatisation de l’enseignement public et assèchement de la
laïcité, la pensée de Catherine Kintzler, professeur de philosophie à Lille III et spécialiste reconnue de Condorcet et de la laïcité, a permis de fixer un cadre symbolique pertinent.
La philosophe admet sans ambages que « la laïcité est difficile à appréhender. » Mais elle voit dans les attaques qui se multiplient contre elle l’occasion de la « revisiter » et de nous obliger à « de nouveau la penser ».
Précisant tout d’abord que sa réflexion porte davantage sur la « laïcité de l’école » et non sur la « laïcité à l’école », Catherine Kintzler a tenu à distinguer l’école comme « institution » et l’école comme « concept ». Ceci afin de mettre aussi en perspective ce qui relève de la notion « d’espace public » et de la notion « d’espace privé ». Autrement dit, les élèves ne sont en aucune manière des « usagers de l’école »; Catherine Kintzler illustre son propos en évoquant la notion d’une « double vie », à l’intérieur et à l’extérieur de l’école. Ainsi n’y acquiert-on pas une formation mais des éléments pour devenir citoyen.
Catherine Kintzler s’interroge : « L’école fabrique-t-elle alors des citoyens pour la République ? Non, elle le doit pour la liberté, pour l’indépendance humaine ». A charge pour l’Etat, dans le cadre de l’école de la République, de permettre à chacun de pouvoir avoir accès à « l’ensemble d’un contenu universel, un contenu universel qui fait échos à la notion d’encyclopédie » qui a si bien irrigué le siècle des Lumières.
Les récents et multiples signes extérieurs de remise en cause de la laïcité en France sont indéniables. Ils sont d’autant plus graves qu’ils sont souvent portés par le président de la République, Nicolas Sarkozy, qui, pourtant, doit être le garant de la constitution : « La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. »
Au delà, ces attaques traduisent d’une certaine manière la volonté politique des esprits conservateurs d’accélérer encore le cycle d’une restauration réactionnaire qui n’a jamais abandonné le combat contre les Lumières.
Jean-Michel Quillardet, président de l’Observatoire international de la laïcité contre les dérives communautaires, a d’ailleurs insisté sur l’importance de combattre les tenants du relativisme culturel et à veiller à favoriser la diffusion de l’esprit des Lumières sans pour autant tomber dans les dérives du passé. « Face aux dérives communautaires, il est fondamental de défendre la liberté de conscience ».
Fabrice Dalongeville*Le colloque a été organisé au Sénat le 26 septembre 2009, sous le haut patronage de Jean-Michel Baylet, président du Parti Radical de Gauche.
Reportage Laïcité et République réalisé par Fabrice Dalongeville
http://www.formation-elu.fr/news.php?extend.73
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L’hospitalité s’invite aux Journées de Tours
Publié par Hervé Moine le 21 octobre 2009
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Les 21 et 22 novembre prochains
auront lieu
Les Journées de Tours 2009
De l’hospitalité
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Les journées de Tours 2009 auront pour thème l’hospitalité. Cette question aussi ancienne qu’actuelle sera explorée en la soumettant aux éclairages de personnalités issues de domaines différents – religion, philosophie, psychanalyse, architecture,…
De l’hospitalité
L’hospitalité, qu’elle soit donnée ou reçue, suppose un lieu. Lieu de l’hôte, lieu de l’autre, lieu sacré au lieu de l’Autre toujours en défaut, toujours marqué du défaut, d’une certaine absence (personne n’est là pour répondre d’autrui, ni de moi-même, mais, l’un comme l’autre, nous nous fondons dans ce rapport au tiers que constitue le langage). Est-ce à partir de cette absence, de ce « silence » que s’accomplit l’accueil hospitalier ? En serait-ce la condition, intime, voire secrète, celle d’une certaine intériorité, d’une certaine intimité que Lévinas rassemblera sous l’effigie du féminin, de la Femme, condition du recueillement, de la Maison et de l’habitation ? Si l’hospitalité se « donne », elle se reçoit en se donnant, on ne peut véritablement l’habiter qu’à être habité par elle, qu’à se convaincre d’être « chez soi » chez l’autre, toujours étranger en soi-même. Ainsi, comme l’écrit Derrida1, l’invitant devient-il l’invité de l’invité, l’hôte devient-il l’hôte de l’hôte, l’un et l’autre étant alors dans un rapport paradoxal et complexe d’appropriation et d’expropriation, dans un rapport d’altération réciproque dans lequel chacun serait tout à la fois hôte et otage de l’autre. Telle serait peut-être la condition de l’aporie désignée sous le vocable d’ « l’hospitalité inconditionnelle », condition plus langagière que légalement instituée, l’hospitalité, par l’altération qu’elle provoque dans les rapports entre les hôtes, marquant de fait, un certain rapport à la langue, soulignant un fait de langue tenant lieu du symbolique et de la division du sujet. « Si on peut se sentir chez soi dans la langue et se considérer (en même temps) l’hôte de la langue, c’est qu’il y a une division essentielle à la démocratie comme il y a une division essentielle du sujet.2 » Si la langue fait lieu, c’est qu’elle est d’abord la langue de l’autre au sein de laquelle chacun s’approprie sa propre grammaire pour échapper à l’emprise de son « origine ». « L’hospitalité de la langue s’étend à la mort qui dénombre nos mots » disait alors Jabès3. La langue comme l’hospitalité, peut-être n’existeraient-elles vivantes, que véritablement déliées, déliées de l’illusion du « propre », du « religieux », de « l’unique », d’une langue « une », d’une « inconditionnalité » sans conditions préalables à la structure qui en accueillerait la possibilité même, que celles-ci soient politiques ou délimitant la souveraineté absolue d’une position subjective ?
« L’obsession » de « l’hospitalité inconditionnelle » vient donc hanter naturellement le discours et la pratique analytique et ce depuis que Freud est venu démontrer que l’inconscient est la demeure de l’esprit. Si l’inconscient est l’ombre de la conscience, sa nuit, comme aurait pu le dire Nietzsche, il offre à penser comme l’hospitalité, ce rapport ambivalent au lieu, d’un lieu n’appartenant ni à l’invitant, ni à l’invité, mais au geste, au mouvement par lequel l’un donne accueil à l’autre. « Où ? » serait donc la question première, celle par laquelle le sujet advient. Elle conforterait la proposition lacanienne définissant la position de l’analyste en lui faisant partager quelque chose de sa position avec la position féminine.
1. Jacques Derrida, De l’hospitalité, Calmann-Lévy, 1997.
2. René Major, Je veux être chez moi, in La démocratie en cruauté, Galillée, 2003.
3. E. Jabès, Le livre de l’hospitalité, Gallimard,1991.
4. Voir à ce sujet, Anne Dufourmantelle, De l’hospitalité, op. cit.
Liste des intervenants
- Laurent LEMOINE, prêtre, exerçant la psychanalyse à Paris, rédacteur en chef de la revue d’Ethique et de Théologie Morale éditée par Le Cerf.
“L’hospitalité de l’analyste : s’il n’y a d’Autre de l’Autre, peut-il exister l’hôte de l’hôte ?”
- Marie GAILLE, Philosophe, chargée de recherche au CERSES (Centre de recherche sens, éthique et société), CNRS-université de Paris Descartes.
“La condition de sans-patrie”
- Anne DUFOURMANTELLE, docteur en philosophie exerçant la psychanalyse, dirige la collection «L’autre pensée» chez Stock.
“L’hospitalité, entre compassion et violence”
- Jean COOREN, médecin psychiatre, exerçant la psychanalyse à Lille.
“Quand il n’y a plus de lieu où l’autre peut s’inviter” (à propos du drame palestinien)
- Pascal SANSON, professeur en sémiotique de l’architecture à l’université de Tours répondra à Albert LEVY, architecte urbaniste, chercheur au CNRS, IFU à l’université de Paris 8, sur le thème de :
L’accueil de l’autre : hospitalité et espace public
Déroulement des Journées
Samedi 21 Novembre :
- 9h : Accueil des participants
- 9h45 : Ouverture des journées
- 10H – 12H : Laurent LEMOINE : Prêtre, exerçant la psychanalyse à Paris, rédacteur en chef de la revue d’Ethique et de Théologie Morale éditée par Le Cerf.
« L’hospitalité de l’analyste: s’il n’y a d’Autre de l’Autre, peut-il exister l’hôte de l’hôte ? »
Discutante : Yolande Mille, Doctorante en philosophie, membre de la Société Psychanalytique de Tours, exerçant la psychanalyse à Saumur. - 14H 30 – 16H : Marie GAILLE, Philosophe, chargée de recherche au CERSES (Centre de recherche sens, éthique, et société), CNRS-Université de Paris Descartes.
« La condition de sans patrie »
Discutante : Christine Gutman, exerçant la psychanalyse à Rambouillet, membre de la Société Psychanalytique de Tours. - 16H30 – 18H30: Anne DUFOURMANTELLE, Docteur en philosophie, exerçant la psychanalyse à Paris, dirige la collection « L’autre pensée » chez Stock.
« L’hospitalité, entre compassion et violence »
Discutant : Francis Capron, exerçant la psychanalyse à Tours, Président de la société psychanalytique de Tours. - 19H : Cocktail de bienvenue
Dimanche 22 Novembre :
- 10H – 12H : Jean COOREN, médecin psychiatre, exerçant la psychanalyse à Lille.
« Quand il n’y a plus de lieu où l’autre peut s’inviter » (à propos du drame palestinien)
Discutant : Israël Goldberg, historien, auteur de « Prince d’Israël » et de divers écrits sur le conflit israélo-arabe. - 14H – 16H : Albert LEVY, architecte urbaniste, chercheur au CNRS, IFU à l’université Paris 8, répondra à Pascal SAMSON, professeur en sémiotique de l’architecture à l’université de Tours, sur le thème de : « L’accueil de l’autre : hospitalité et espace public »
=> Renseignements et inscriptions au secrétariat
06 32 96 47 66
=> Voir le site
http://www.lasocietepsychanalytiquedetours.net/
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Qu’est-ce que la Société Psychanalytique de Tours ?
La Société Psychanalytique de Tours est une association loi 1901. Elle s’inscrit dans le prolongement de l’œuvre de Freud et souhaite promouvoir l’exercice de la psychanalyse en tant que discipline indépendante de la médecine et des diverses formes de psychothérapies. Elle se dotera, à court et moyen termes, des outils de formation et de réflexion jugés indispensables à la connaissance de la psyché. Cette association a pour but de préserver l’indépendance et l’autonomie de l’exercice de la psychanalyse face aux asservissements de tous ordres qui menacent actuellement sa spécificité.
Consultez le site : http://www.lasocietepsychanalytiquedetours.net/
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La philosophie, affaire de spécialistes ?
Publié par Hervé Moine le 21 octobre 2009
C’est aussi le rôle que se propose de jouer Actu Philo que celui d’annoncer les initiatives qui promeuvent d’une manière ou d’une autre la réflexion philosophique. Celle-ci n’est pas seulement affaire de spécialistes et se réaliser seulement à l’occasion de colloques ou séminaires, de conférences, de journées d’études dont les intervenants sont des sommités ou encore de soutenances de thèses. Ici, par le biais d’un article signé Philippe Hemmert, du quotidien Sud-Ouest, nous souhaitons rendre compte et saluer une manifestation éloignée de toute université, dont le but est d’”ouvrir la philosophie au plus grand nombre”. Il s’agit d’un cycle de réflexion organisé et animé par Christophe Lamoure.
Mais si la philosophie ne doit pas être réserver aux seuls spécialistes cela signifie-t-il pour autant que l’on doit la réduire à du débat d’opinion ? La philosophie ouverte à tous n’en demeure pas moins exigeante.
Hervé Moine
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BAROJA. Christophe Lamoure propose un nouveau cycle de réflexion thématique
SUD OUEST | Mercredi 21 Octobre 2009
La philo ouverte à tous

Ouvrir la philo au plus grand nombre. Voila le défi que s’est fixé Christophe Lamoure dans le cadre du cycle de réflexion qu’il anime une fois par mois à Baroja. À l’aube d’une quatrième saison de Culture et philosophie, l’intéressé note avec satisfaction que les participants ont, à chaque fois, été plus nombreux à ces rendez-vous du mardi soir organisés avec le soutien du service des affaires culturelles de la Ville.
« Un public de curieux, très éclectique, qui a envie de savoir ce qu’est la philo et qui témoigne du fait qu’il y a un réel intérêt de la population pour cette matière », souligne ce prof de 41 ans, Angloy de longue date, et qui s’est mis en disponibilité de l’Éducation nationale. Il enseignait auparavant au lycée Ravel de Saint-Jean-de-Luz pour vivre différemment son art. Moins de pédagogie et davantage d’échanges. Avec le souci de faire partager la connaissance par l’homme de la rue.
« La philosophie ne doit pas être une affaire de spécialistes, ni le pré carré d’une certaine élite », commente Christophe Lamoure. « La philosophie pose tout simplement les questions que tout le monde se pose et répond à un besoin élémentaire du grand public de comprendre le monde dans lequel on vit. » Auteur de plusieurs ouvrages de vulgarisation dans la collection des « Petites philosophies de… » chez Milan, Christophe Lamoure anime par ailleurs des ateliers de lecture philosophique à la bibliothèque. Mais l’expérience des Mardis de Baroja reste en soi unique.
« À ne pas confondre avec un philo comptoir par exemple, insiste l’intéressé, car le but est de faire de la philo, non pas du débat. »
À quoi sert la culture ?
Pour cette quatrième saison, la réflexion portera à nouveau sur le lien entre la culture et la philosophie. « Parce que l’art ce n’est pas seulement un objet de contemplation, mais une matière à penser, qui nous renseigne sur nous-mêmes », dit le prof. « On essaye de creuser autour de cela. »
Comme toujours, un thème précis sera au menu de chaque rencontre, avec un invité, philosophe, écrivain, critique d’art, pour enrichir le propos… Avec deux têtes d’affiche au programme de ce cycle 2009-2010 : le philosophe Nicolas Grimaldi et l’écrivain Charles Juliet. Christophe Lamoure animera lui-même une séance sur deux, en alternance, avec une question unique en tant que fil rouge : « À quoi sert la culture ? » Tout un programme.
Auteur : PHILIPPE HEMMERT
p.hemmert@sudouest.com
- Sur la photo : Christophe Lamoure à l’aube d’une nouvelle saison aux Ecuries de Baroja. (PHOTO PATRICK BERNIERE)
- Pour se référer à l’article de Sud-Ouest : http://www.sudouest.com/pays-basque/actualite/anglet/article/744190/mil/5258280.html
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De nombreuses langues en danger
Publié par Hervé Moine le 20 octobre 2009
Doit-on assister, sans rien faire, à la mort inéluctable de nombreuses langues ?

“Unicité de l’espèce, pluralité des langues”
article d’Hervé Moine
Avec la mort en 2008 de Marie Smith Jones disparaît l'Eyak / © photo AP
“Unicité de l’espèce, pluralité des langues” [1]
“Alors que l’anglais s’internationalise, la richesse linguistique s’amenuise. En effet, d’après certaines prédictions, 90% des langues parlées cesseraient d’exister d’ici 90 ans[2]. Sommes-nous en train de vivre un retour à l’”anté-babel”? La diversité des langues qui est perçue dans la Bible comme un châtiment, peut être ressentie, comme une barrière entre les hommes, une entrave à une commune communication. Si bien que cet appauvrissement annoncé ne semble pas nous apitoyer outre mesure. Mis à part quelques marginaux, qui peut honnêtement considérer grave ce phénomène ? La mondialisation de la langue de Shakespeare ou de Bill Gates est non seulement un fait indiscutable mais un bienfait pour les échanges entre les hommes quelque soit leur origine. En effet, si une langue meure c’est tout simplement parce qu’elle n’est plus parlée, et si l’anglais progresse doit-on envisager, pour autant, cette progression comme la fossoyeuse des langues minoritaires. Si de nombreuses langues sont appelées à se taire, la diffusion de l’anglais apparaît bel et bien salutaire, ceci semblant répondre à l’éternel désir d’une langue universelle.
Cependant, cette passivité généralisée n’est-elle pas dommageable pour l’ensemble de l’humanité ? Devons-nous assister à la mort de la plupart des langues sans réagir. Cet appauvrissement n’est-elle pas celle de l’humanité elle-même ? Lorsqu’une espèce animale est menacée, publicité est faite et stratégies sont dessinées. Il est de bon ton aujourd’hui de verser dans l’écologie et de crier gare à la catastrophe généralisée. C’est ainsi que le rhinocéros blanc ou le panda devient le symbole de la richesse naturelle qu’il nous faut préserver à tout prix. Sans vouloir remettre en question le bien-fondé et les bons sentiments des luttes écologiques pourquoi le Toroto, le Chipaya ou le Bikya ne deviendraient-ils pas le symbole de la richesse culturelle ?
Selon notre linguiste national Claude Hagège, “si l’on ne prend pas garde à la progression de l’anglais, il pourrait bien tuer la plupart des autres langues.” Or, chaque langue est précieuse et la pluralité des langues fait la richesse culturelle de l’humanité, celle-ci n’ayant vraisemblablement jamais connue une langue unique. De même que la langue universelle est la solution à un faux problème, une langue unique originelle est de l’ordre du mythe, l’homme n’étant pas fait pour cette unicité, certes imaginée et espérée, mais impossible sans détruire la diversité culturelle. “Et la chair se fit verbe. Contrairement à l’idée courante, il est très probable que l’immense diversité des idiomes aujourd’hui attestés ne se ramène pas à une langue originelle unique pour toute l’humanité. S’il y a unicité, c’est celle de la faculté de langage propres aux hominiens, et non celle de la langue elle-même.” [3]
Hervé Moine
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Notes :
[1] “Unicité de l’espèce, pluralité des langues” est le titre du chapitre 1 du célèbre ouvrage de Claude Hagège, l’homme de parole.
[2] Voir ci-dessous l’article “Et si les langues disparaissaient” paru sur slate.fr, rédigé à partir d’un article de la BBC auquel on pourra se référer.
[3 ] Claude Hagège, L’homme de paroles, Contribution linguistique aux sciences humaines, 1985, chez Fayard, Folio Essais, p. 15
A propos de Marie Smith Jones :
Marie Smith Jones (1918-2008), chef de la nation Eyak, en Alaska, était le dernier locuteur de la langue eyak. “Elle avait participé, entre 2000 et 2005, à l’élaboration du « Eyak Language Project », projet visant à créer un mode d’apprentissage de la langue eyak accessible à tous. Elle travailla avec le linguiste Michael Krauss qui créa un dictionnaire et une grammaire de la langue. La dernière personne avec qui elle échangeait en eyak mourut dans les années 90. Après cela, Marie Smith Jones s’investit pour la défense des langues indiennes et la protection de l’environnement. Elle s’exprima deux fois aux Nations unies.” extrait de Wikipédia.
En savoir davantage sur Marie Smith Jones et la langue eyak :
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Halte à la mort des langues
Nous pourrons nous référer au dernier ouvrage de Claude Hagège, Halte à la mort des langues, traitant, comme le titre l’indique, ce phénomène d’extinction qui pèse sur de nombreuses langues. Nous ne manquerons pas également de lire ou de relire sa célèbre “contribution de la linguistique aux sciences humaines” qu’est L’homme de paroles.

Claude Hagège, Halte à la mort des langues, chez Odile Jacob.
«Dans la mythologie hindoue, l’extinction marque la fin du désespoir et de la souffrance. Salutaire, elle fait place à un monde nouveau et meilleur. Je ne suis pas certain que ceux qui parlent des langues menacées envisagent leur extinction comme la promesse d’un monde meilleur.Les linguistes, eux, sont le plus souvent inquiets de la situation actuelle des langues .» Claude Hagège
Chaque année, vingt-cinq langues s’éteignent. Et, avec elles, disparaissent des communautés, des cultures.
Pourquoi autant de langues s’éteignent-elles ?
Comment peut-on expliquer ce processus d’extinction ?
Y a-t-il quelque chose à faire contre ce processus ? Que peut-on faire pour l’enrayer ?
Heureusement, peut-in remarquer, d’autres langues, parfois, naissent ou renaissent.
Toute la question est de savoir si nous parviendrons à conjurer le danger d’uniformisation qui menace l’humanité ?
Halte à la mort des langues de Claude Hagège, qui résonne comme un signal d’alarme, «Ce beau livre se lit aussi comme une longue méditation poétique inspirée par l’amour des langues. » Le Monde.

Claude Hagège, L’homme de paroles, Contribution linguistique aux sciences humaines, chez Fayard, Folio/Essais.
“Cet ouvrage offre, sur le rapport entre l’homme et le langage à travers la diversité des langues humaines, une synthèse théorique nouvelles.
La première partie expose l’état présent de certaines des recherches principales sur le langage : unicité de la faculté de parler et pourtant diversité originelle des langues ; importance des créoles comme laboratoires naturels de naissance d’une langue ; enseignements qu’apporte la recherche des universaux linguistique ; intérêt historique et actuel de la relation entre l’écriture et l’oralité dans l’histoire.
La deuxième partie propose une visée anthropologique : elle étudie le signe linguistique, lieu des pressions contraire de l’expressif et de l’arbitraire, puis les rapport entre la langue d’une part, le réel, la logique d’autre part et le problème de l’ordre des mots comme distinct de l’ordre du monde, enfin l’utilisation de la parole à des fins de domination.
La troisième partie définit une théorie descriptive des langues qui fait sa place à la relation entre les participants du dialogue et à la production de sens, ainsi qu’à la variation.
Le tout s’achève sur un hymne aux langues, ces objets chatoyants d’une passion sans fin.” Fayard, Folio/Essais
L’homme de parole a reçu le prix de l’Académie française, 1986 ainsi que le prix de la Société des Gens de Lettres, 1986
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Et si les langues disparaissaient ?
LU SUR LA BBC
Slate.fr [1]
Sunday, 18 October 2009
7000 langues sont aujourd’hui parlées dans le monde, mais ce nombre pourrait bien se réduire rapidement et considérablement, dans les décennies à venir [2].
En 1992, un linguiste américain prédit que d’ici l’année 2100, 90% des langues parlées cesseraient d’exister, rapporte la BBC. Mais le sujet ne fait pas encore réagir, et demeure à la marge, selon le linguiste français Claude Hagège, qui prévient de ce que «si l’on ne prend pas garde à la progression de l’anglais, il pourrait bien tuer la plupart des autres langues»
Selon l’association américaine Ethnologue, 473 langues sont actuellement considérées comme en danger. Le Lipan Apache n’est plus parlé, par exemple, que par deux individus vivant aux Etats-Unis; le Totoro compte quatre locuteurs en Colombie et le Bikya n’en aurait plus qu’un seul, au Cameroun.
Claude Hagège souligne qu’avec la disparition d’une langue, c’est tout un système qui disparaît. Pas seulement des mots, mais «la façon dont une communauté exprime son humour, son amour, sa vie. C’est le témoignage de communautés humaines, extrêmement précieux».
Le philosophe Gaston Bachelard explique que la langue maternelle, celle de l’éducation, conditionne notre perception du monde. Une langue, par la richesse, la pauvreté, les nuances de ses signes, découpe le monde d’une façon ou d’une autre. Apprendre une autre langue, c’est apprendre à découper le monde autrement. Ainsi, certaines langues ont des nuances de couleurs innombrables : dès lors, il est possible de percevoir le monde de façon plus nuancée. Les bretons n’ont qu’un mot pour le bleu et le vert. Les Inuits ont 17 mots pour la neige. Les rapports sociaux peuvent aussi être transformés. Dans certaines cultures, le «je» n’existe pas, on n’existe alors que dans le rapport aux autres, on se définit comme étant le fils de quelqu’un, le frère, la femme.
A travers une langue, une communauté atteste de sa différence, et de sa variété. Dans son petit opuscule Race et Histoire, l’ethnologue et philosophe Claude Lévi-Strauss [3] expliquait ainsi que le progrès n’est possible, dans l’humanité, que grâce à l’échange de différentes valeurs et de différents talents des communautés. C’est du cumul de ces différences que naît le progrès. Les langues marquent ces différences.
Paul Lewis, de l’association Ethnologue, interviewé par la BBC, la culture et la langue d’une communauté sont si étroitement liés, que si une communauté commence à penser sa langue comme inutile, elle peut se sentir inutile elle-même. Et sombrer dans la dépression, ce qui conduit alors à une rupture du lien social, à des taux de suicide, de consommation de drogue, de dépression élevés, et à des problèmes de transmissions.
Jusqu’à mars dernier, à la Fondation Cartier, à Paris, le photographe Raymond Depardon [4]présentait un petit film d’une demie-heure [5] présentant des populations de toute la planète parlant des langues en voie de disparition [4]. Qu’il s’agisse de l’occitan ou de langues plus exotiques comme le chipaya de Bolivie, toutes les personnes filmées disaient leur douleur et leur angoisse à voir leur langue et donc leur culture, en voie de disparition.
[Lire l'article complet sur la BBC [2]]
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Image de Une: capture d’écran du film de R. Depardon, Terre natale
Source URL: http://www.slate.fr/story/11803/et-si-les-langues-disparaissaientLinks:
[1] http://www.slate.fr/source/slatefr
[2] http://news.bbc.co.uk/today/hi/today/newsid_8311000/8311069.stm
[3] http://fr.wikipedia.org/wiki/Claude_Lévi-Strauss
[4] http://www.evene.fr/culture/agenda/raymond-depardon-paul-virilio-26165.php
[5] http://www.dailymotion.com/video/x84d38_terre-natale-fondation-cartier_creation
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Pour Antoine Sfeir, journaliste, rédacteur en chef de la revue
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