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Articles Tagués ‘art’

La philosophie a-t-elle le monopole de la pensée ?

Publié par Hervé Moine le 31 octobre 2011

2011

Les 15èmes semaines européennes de la philosophie

Citéphilo2011

du 8 au 29 novembre 2011

“L’art de faire”

Le propre d’une civilisation technicienne est de s’appuyer sur une conception du faire conçu généralement en termes d’application, où faire ne serait qu’exécuter ce que la pensée a préalablement conçu et élaboré. Placé sous la dépendance de la pensée et sous le signe de la séparation, le faire se voit alors retirer toute fécondité, toute inventivité. Une telle conception est caractéristique d’un abaissement général des activités pratiques, à quoi n’a longtemps échappé que la sphère à la fois préservée et magnifiée de l’Art.

C’est à penser autrement et à réconcilier la pensée et le faire que la présente édition de Citéphilo aimerait s’employer, ce qui va bien au- delà d’une simple réhabilitation de l’activité pratique ou technique. Cela nous incite plutôt à concevoir, à la manière de Valéry, une sorte de « poïétique générale » où l’on s’intéresserait aux multiples façons dont la pensée – toujours simultanément pratique – et le faire – toujours simultanément théorique – élaborent, conçoivent, imaginent, en un mot : inventent.

Programme qui suppose de convoquer, plus encore que dans les éditions précédentes, toutes sortes de pratiques, d’expérimentations, de performances – cinématographiques, plastiques, paysagères, chorégraphiques, analytiques, pédagogiques, sportives, médicales, musicales, littéraires, scientifiques, historiennes – qui viennent contester à la philosophie le monopole qu’elle s’accorde parfois sur ce qu’on appelle penser.

Il en résulte du même coup un bougé dans les traçages disciplinaires que nous ne pouvions mieux illustrer qu’en choisissant cette année de nous intéresser plus particulièrement à l’œuvre de Carlo Ginzburg, l’un des historiens contemporains qui a le plus fait pour renouveler à la fois l’art de faire et l’art d’écrire l’histoire – théoricien exemplaire de sa propre pratique, capable de faire dialoguer au plus près pensée théorique et fiction.

Thématique qui est loin d’épuiser le programme de cette édition 2011, où l’on fera, comme à l’accoutumée, leur place tant à l’actualité éditoriale qu’aux interrogations qui ne cessent de travailler notre présent.

Pour de plus amples informations : http://www.citephilo.org/

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Une histoire de la modernité artistique éloignée du dogme moderniste

Publié par Hervé Moine le 31 octobre 2011

Jacques Rancières

Aisthesis

Scènes du régime esthétique de l’art

Aux éditions Galilée

Le philosophe Jacques Rancière nous livre une approche plus concrète des régimes d’identification de l’art dont il a conçu le concept, et notamment du régime esthétique de l’art.

Présentation de l’ouvrage par l’éditeur

Du Torse du Belvédère analysé par Winckelmann au décor des métayers de l’Alabama décrit par James Agee, en passant par une visite de Hegel au musée, une conférence d’Emerson à Boston, une soirée de Mallarmé aux Folies-Bergère, une exposition à Paris ou New York, une mise en scène à Moscou ou la construction d’une usine à Berlin, Jacques Rancière examine une quinzaine d’événements ou de moments, célèbres ou obscurs, où l’on se demande ce qui fait l’art et ce qu’il fait.

À travers ces épisodes on voit un régime de perception et d’interprétation de l’art se constituer et se transformer  en effaçant les spécificités des arts et les frontières qui les séparaient de l’expérience ordinaire. On apprend comment une statue mutilée peut devenir une oeuvre parfaite, une image d’enfants pouilleux une représentation de l’idéal, une culbute de clowns l’envol dans le ciel poétique, un meuble un temple, un escalier un personnage, une salopette rapiécée un habit de prince, les circonvolutions d’un voile une cosmogonie, et un montage accéléré de gestes la réalité sensible du communisme : une histoire de la modernité artistique bien éloignée du dogme moderniste.

Se procurer l’ouvrage de Jacques Rancières : Aisthesis : Scènes du régime esthétique de l’art

Extraits de l’ouvrage de Jacques Rancière – Prélude

“Ce livre traite en quatorze scènes un seul sujet. Ce sujet est donné dans le titre même : Aisthesis. « Esthétique » est le nom de la catégorie qui, depuis deux siècles, désigne en Occident le tissu sensible et la forme d’intelligibilité de ce que nous appelons l’«Art ». J’ai déjà eu, en d’autres ouvrages, l’occasion d’y insister : même si les histoires de l’art commencent leur récit dans la nuit des temps avec les peintures rupestres, l’Art comme notion désignant une forme d’expérience spécifique n’existe en Occident que depuis la fin du XVIIIe siècle. Il existait assurément auparavant toutes sortes d’arts, toutes sortes de manières de faire, parmi lesquelles un petit nombre jouissait d’un statut privilégié, qui tenait non à leur excellence intrinsèque mais à leur place dans le partage des conditions sociales. Les beaux-arts étaient fi ls des arts dits libéraux. Et ces derniers se distinguaient des arts mécaniques parce qu’ils étaient le passe-temps d’hommes libres, d’hommes de loisir que leur qualité même devait détourner de chercher trop de perfection dans des performances matérielles qu’un artisan ou un esclave pouvait accomplir. L’art a commencé à exister comme tel en Occident quand cette hiérarchie des formes de vie a commencé à vaciller. Les conditions de cette émergence ne se déduisent pas d’un concept général de l’art ou de la beauté fondé sur une pensée globale de l’homme ou du monde, du sujet ou de l’être. De tels concepts dépendent eux-mêmes d’une mutation des formes d’expérience sensible, des manières de percevoir et d’être affecté. Ils formulent un mode d’intelligibilité de ces reconfigurations de l’expérience. (…)

Le terme Aisthesis désigne le mode d’expérience selon lequel, depuis deux siècles, nous percevons des choses très diverses par leurs techniques de production et leurs destinations comme appartenant en commun à l’art. Il ne s’agit pas de la « réception » des œuvres d’art. Il s’agit du tissu d’expérience sensible au sein duquel elles sont produites. (…)

Ce livre est donc à la fois fi ni et inachevé. Il est tel parce qu’il est susceptible d’extension future mais aussi parce qu’il se prête à la constitution d’intrigues diverses, propres à relier ses épisodes isolés. En suivant le chemin qui va du Torse du Belvédère, expression du peuple libre, aux baraques des métayers de l’Alabama, en passant par les mendiants de Murillo, les quinquets des Funambules, les errances urbaines d’un vagabond affamé ou les nomades filmés par les Kinoks au fi n fond de l’Asie soviétique, le lecteur pourra voir autant de ces courts voyages au pays du peuple auxquels j’ai consacré un autre ouvrage (1). De la statue mutilée du Belvédère au lapin de porcelaine cassé de la fille du métayer, en passant par les corps démantibulés des Hanlon Lees, le corps introuvable de Loïe Fuller, les membres sans corps et les corps sans membres de Rodin ou l’extrême fragmentation des gestes assemblés par Dziga Vertov, il pourra construire l’histoire d’un régime de l’art comme celle d’un grand corps fragmenté et de la multiplicité des corps inédits nés de cette fragmentation même. Il pourra suivre aussi les multiples métamorphoses de l’ancien dont se nourrit le moderne : comment les dieux olympiens se transforment en gamins du peuple, le temple antique en meuble de salon ou en praticable de théâtre, la peinture de vase grecque en danse célébrant la nature américaine, et bien d’autres métamorphoses encore. (…)

diable écart entre l’utopie esthétique et l’action politique et révolutionnaire réelle. J’y ai plutôt reconnu le même paradoxe que j’avais rencontré dans les pratiques et les pensées de l’émancipation sociale. Les ouvriers émancipés ne pouvaient répudier le modèle hiérarchique gouvernant la distribution des activités sans prendre de la distance à l’égard de la capacité de faire qui les y subordonnait et des programmes d’action des ingénieurs de l’avenir. Aux militants de la religion saint-simonienne du travail réhabilité qui venaient recruter les soldats de l’armée industrielle nouvelle, tous auraient pu opposer les paroles ingénues de l’un d’entre eux : « Quand je pense aux beautés du saint-simonisme, ma main s’arrête ». Et l’expression achevée de la collectivité ouvrière combattante s’appellera grève générale, équivalence exemplaire de l’action stratégique et de l’inaction radicale. La révolution scientifique marxiste a certes voulu en fi nir avec les rêveries ouvrières comme avec les programmes utopiques. Mais en y opposant les effets du développement réel de la société, elle soumettait encore les fi ns et les moyens de l’action au mouvement de la vie, au risque de découvrir que le propre de ce mouvement est de ne rien vouloir et de n’autoriser aucune stratégie à s’en prévaloir. Au cinéaste qui leur présente le communisme réalisé comme symphonie de mouvements enchaînés, les critiques soviétiques répondent que son prétendu communisme est voué à l’oscillation sans fin entre l’adoration panthéiste du cours sans raison des choses et le pur volontarisme formaliste. Mais que pouvaient-ils opposer à ce double défaut sinon le retour des artistes aux vieilles fonctions de l’illustration morale dont Rousseau et Schiller avaient, un siècle et demi plus tôt, montré l’inanité ? Le cinéaste faisait-il autre chose en effet que de présenter à ses juges le miroir où ils pouvaient reconnaître le dilemme de leur science ? La révolution sociale est fille de la révolution esthétique et n’a pu dénier cette filiation qu’en transformant en police d’exception une volonté stratégique qui avait perdu son monde.”

Jacques Rancières

Se procurer l’ouvrage de Jacques Rancières : Aisthesis : Scènes du régime esthétique de l’art

Note 1 : Jacques Rancière, Courts voyages au pays du peuple, Paris, Le Seuil, 1990.

La logique du régime esthétique

Article de Christian Ruby paru dans nonfiction.fr du 26 octobre 2011

http://www.nonfiction.fr/article-5138-la_logique_du_regime_esthetique_de_lart.htm

Jacques Rancière

Cet ouvrage récent publié par le philosophe Jacques Rancière, résultat de nombreux séminaires et articles donnés et rédigés durant les décennies précédentes, passionnera les lecteurs avides de comprendre avec plus de finesse et précision les articulations de la pensée de ce philosophe construite autour de la notion renouvelée d’esthétique (1). Il contribue par conséquent à livrer au public une partie du fond d’études et de travaux particuliers sur lequel s’appuie chacun des ouvrages plus théoriques de l’auteur. Sous-titré Scènes du régime esthétique de l’art, il est organisé autour de quatorze de ces scènes qui réfèrent chacune à un événement, daté et situé dans l’espace et le temps, à partir duquel la question de la mutation constante de ce qui s’appelle “Art” depuis l’émergence de l’esthétique peut être mise en avant. Si “Aisthesis”, ce terme forgé sur le grec, est bien le nom de la catégorie qui, depuis trois siècles (Baumgarten et Kant), désigne en Occident le tissu sensible et la forme d’intelligibilité de ce que nous appelons l’”Art”, c’est bien aussi parce que, d’une part, cette notion relie, d’après Rancière, des dispositifs, des formes de la sensibilité et des discours sur les révolutions artistiques, et que d’autre part, “Art” (insistons sur la majuscule) est une notion qui désigne une forme d’expérience spécifique du sensible. Cette dernière n’existe en Occident que depuis le XVIIIe siècle, le siècle même de l’esthétique, alors même qu’elle vide le concept général de beauté tel que nous en héritons des Grecs.

Cette catégorie, “Art”, renvoie donc à des formes d’expérience sensible, des manières de percevoir et d’être affecté, à un mode d’expérience “selon lequel, depuis deux siècles, nous percevons des choses très diverses par leurs techniques de production et leurs destinations comme appartenant en commun à l’art”. Par ce dernier trait, il faut entendre des conditions matérielles (exposition, circulation, reproduction) et des conditions de perception ou des régimes d’émotion. Encore ne doit-on pas croire que Rancière restaure par là une quelconque réflexion d’essence. Le régime de perception, de sensation et d’interprétation de l’art se constitue et se transforme en permanence.

On sait que la reconfiguration par Rancière de la pensée de l’esthétique a produit toute une nouvelle série de réflexions sur les rapports esthétique et politique. L’auteur a montré par ailleurs que la rencontre entre les deux, l’esthétique et la politique, n’était pas contingente, mais inscrite dans le concept même de la politique. C’est le concept de ”partage du sensible” qui en a donné les linéaments. Restait cependant, à donner un statut à cette notion d’”Art”, à l’extraire du sous-bassement traditionnel de l’imitation. L’Art, supprimons désormais les guillemets, existe, en effet, comme monde à part depuis que n’importe quoi peut y entrer, depuis que l’esthétique a permis le théâtre sans action, le roman sur rien, l’émergence de la surface plastique de la sculpture…

Au cœur de cette exposition nouvelle d’une thèse élaborée depuis longtemps, la notion de “scène”. Par là, il convient d’entendre de ”petites machines optiques”, chacune d’elles nous montrant “la pensée occupée à tisser les liens unissant des perceptions, des affects, des noms et des idées, à constituer la communauté sensible que ces liens tissent et la communauté intellectuelle qui rend le tissage pensable” (2). Les scènes en question présentent un événement singulier (une performance, une conférence, une visite de musée…) à partir du réseau interprétatif qui lui donne sa signification. Elles s’étalent entre 1764 et 1941, d’Italie à Dresde et New York, de la sculpture antique regardée par Winckelmann au cinéma hollywoodien, en passant par les explorations de la Loïe Fuller qui nous montrent trois choses essentielles : un corps produisant un milieu sensible qui ne lui ressemble en rien, un corps produisant lui-même l’espace de son apparition, et la suppression de l’écart entre l’artiste et l’oeuvre. On se souvient de Stéphane Mallarmé écrivant ce spectacle ; ce que Rancière commente fort bien.

Fichier:Kazimir Malevich - 'Suprematist Composition- White on White', oil on canvas, 1918, Museum of Modern Art.jpg

Carré Blanc sur fond blanc de Malévitch - The Museum of Modern Art (NY)

Au fur et à mesure du déroulement de ces scènes, et de la lecture qu’on en fait, une histoire interne du régime esthétique de l’art se compose. Le lecteur le voit se constituer, se transformer, inclure des territoires inédits, et forger des schèmes nouveaux à partir des lieux nouveaux fréquentés par les artistes et écrivains. Mais, simultanément, c’est une histoire qui renverse toutes les conceptions dominantes tant de la modernité que de ses rythmes ou des oeuvres de référence qui se constitue. Dans les conceptions les plus courantes, les repères constitutifs de notre définition du moderne sont Olympia, Fontaine, et Carré blanc sur fond blanc (Manet, Duchamp, Malevitch), et chacun de ces repères est compris à partir de l’idée selon laquelle il instaurerait l’autonomie du champ de l’art. Ces œuvres exemplaires sont censées marquer les ruptures qui fondent notre époque. Or, tout le travail de Rancière montre qu’il n’en est rien et que ces œuvres sont avant tout la condensation de “régimes de perception et de pensée qui leur préexiste et se sont formés ailleurs”. Si notre régime esthétique des images prolifère de nos jours ce n’est pas le résultat de ces œuvres “majeures” ou emblématiques, c’est le résultat d’un mouvement plus souterrain qui a tendu à effacer les spécificités des arts et à brouiller les frontières qui les séparent entre eux. Et ce mouvement souterrain oblige le commentateur de la modernité à privilégier les œuvres qui brouillent les frontières antérieures des arts, qui tracent un écart avec l’expérience ordinaire des sens. Où l’on retrouve les cabarets, les Folies Bergère, et autres lieux nouveaux.

D’une certaine manière, Rancière met au jour sa procédure de travail et montre que ses recherches de jadis, portant sur les nuits des prolétaires, se reconfigurent ici en analyse des révolutions subreptices conduites par le “peuple” des funambules, des Folies Bergère, ou constitué par la Loïe Fuller ou Charlie Chaplin. Autant dire qu’il dessine par ces scènes une sorte de contre-histoire de la modernité que le lecteur aura à sa charge de constituer plus globalement s’il le souhaite, dans la mesure où cet ouvrage n’a aucune prétention à l’exhaustivité, sinon à brasser avec doigté les écarts les plus significatifs par lesquels la géographie et l’histoire des deux derniers siècles en matière d’art se sont redessinés.

Torse du Belvédère du Vatican

Alors, “Art” ? Qu’en est-il de cette notion ? Cet usage du terme sans complément de nom s’est bien imposé historiquement. Rancière le fait naître chez Winckelmann (3). Il ne renvoie aucunement à une compétence (celle des créateurs), mais à l’existence d’un “milieu sensible de coexistence des œuvres”. Pour aboutir à un tel montage, il a fallu dérouler de nombreuses opérations. L’une a consisté à extraire le concept d’Art de l’horizon de la vie de l’artiste et de celui des arts ; l’Art devait devenir Art en soi ; puis prendre la figure d’une histoire, d’un schéma temporel et causal, inscrivant le beau dans un processus de progrès ; pour finir par être offert à un regard désintéressé dans le cadre des musées. Ainsi l’Art est-il devenu une réalité autonome, rapportée à un milieu (formes de vie collectives et possibilités d’invention individuelle). Autant dire que l’analyse du Torso du Belvédère (Vatican) au travers des textes de Winckelmann qui le font advenir à l’art en le rattachant au régime esthétique sont fondateurs. Bien plus, à certains égards, que l’analyse par Friedrich von Schiller de la tête de la Junon Ludovisi.

Qu’appellera-t-on de surcroît “modernité”, puisqu’en voici déplacées les lignes ? Rien d’autre que ce moment d’indétermination qui dynamise l’histoire de l’art : ” cet âge où les artistes s’emploieront à déchaîner les puissances sensibles cachées dans l’inexpressivité, l’indifférence ou l’immobilité, à composer les mouvements contrariés des corps dansant mais aussi bien de la phrase, du plan ou de la touche colorée qui arrêtent l’histoire en la racontant, suspendent le sens en le faisant passer ou dérobent la figure même qu’ils désignent “. Où l’on voit apparaître au côté du Torso, la main de Rodin (et les membres découpés de la Porte des enfers), les mises en scène de Wagner par Adolphe Appia, les vases de Gallé, les bijoux de Lalique, le design de Peter Behrens, les photographies de Walker Evans, et les débuts du cinéma.

Le régime esthétique de l’art s’oppose au régime représentatif. Le premier nous révèle que “la volonté s’épuise pour ce qu’elle croit être ses buts et qui n’est en réalité que la marche obstinée d’une vie qui ne veut rien”. L’art n’a plus à imiter la nature physique ou les passions humaines. Il s’attache désormais à épouser la puissance propre des choses ou de la phrase, sa “pure puissance de produire ou de disparaître dans sa production”. Rancière nous le montre dans chacune des scènes, par exemple, en détaillant la manière dont Emerson, en 1841, à Boston, formule dans toute sa radicalité l’idéal moderniste d’une poésie nouvelle de l’homme nouveau4, qui ne s’engage finalement dans la matérialité vulgaire que pour les rendre à la vie de la pensée et du tout.

On remarquera cependant, au cours de la lecture de cet ouvrage, que Rancière ne se départit pas non plus de la question du spectateur émancipé, même si elle semble ici secondaire. En corrélant les œuvres à des auteurs (Winckelmann, Mallarmé, Emerson…), il permet de saisir comment ces derniers voient les œuvres, ce qu’ils en voient, s’emploient à en dire et à en faire, ainsi que les décalages qu’ils assument. Si la question des spectateurs est peu évoquée, elle se transcrit ici en processus de déplacements et d’écarts, dont on aurait cependant aimé une analyse plus détaillée.

Il n’empêche, si l’on devait achever ce trop bref compte-rendu d’une phrase, ce serait pour signaler que ces scènes du régime esthétique de l’art constituent une formidable machinerie pour incorporer la compréhension de ce concept. Le philosophe ranciérien à venir, pourrait-on conclure, ne doit rien céder à l’effort incessant de s’exercer à démentir les verdicts hérités concernant l’histoire de la modernité. Il doit construire pas à pas les écarts qui lui permettront à la fois de susciter une nouvelle histoire de cette dernière et de devenir contemporain, en s’affirmant dans le choc entre des temporalités hétérogènes et dans un écart radical avec ce qui est seulement..

rédacteur : Christian RUBY

Illustration : ActuPhilo ; The Museum of Modern Art (NY)

Notes :
1 - Le Partage du sensible et Malaise dans l’esthétique, pour ne citer que deux des ouvrages dans lesquels la notion est réélaborée
2 – p. 12
3 – “l’un des premiers, sinon le premier”
4 – “J’explore le familier et le bas et je m’incline devant eux “

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La culture et la politique destinées aux élèves de classes préparatoires littéraires, aux étudiants en IEP comme aux candidats au CAPES

Publié par Hervé Moine le 26 octobre 2011

Cours particuliers de philosophie

Culture et politique

Charles-Eric de Saint Germain

Aux éditions Ellipses

Au sommaire de ce volume 1 à paraître en novembre 2011 :

  • La culture
  • L’art
  • Technologie et écologie
  • Le travail
  • Dieu et la religion
  • L’Etat et le pouvoir politique
  • La politique
  • Le droit et la justice.

Destinées aux élèves de Classes préparatoires littéraires, aux étudiants en IEP comme aux candidats au CAPES, ces leçons offrent une présentation globale et complète de l’ensemble des questions philosophiques du programme sous une forme pédagogiquement claire et accessible.

L’auteur propose dans ce premier volume consacré à la Culture et la Politique un traitement ” exhaustif ” des grandes notions (La Culture, l’Art, Technique et Ecologie, le Travail, Dieu et la Religion, l’Etat et le Pouvoir politique, la Politique, le Droit et la Justice). Pour cela, il a mobilisé quasiment l’intégralité des philosophes de la longue tradition qui est celle de la philosophie, depuis les présocratiques jusqu’à ses développements les plus contemporains.

Outre les philosophes ” classiques “, qui nourrissent la substance de ces cours, il mobilise des sociologues dont l’étude est désormais un ” passage obligé ” pour tout candidat un peu sérieux mais aussi des philosophes contemporains dont la connaissance s’impose aujourd’hui à tous ceux qui souhaitent se familiariser avec les enjeux de la réflexion contemporaine.

Leçons Particulières de Philosophie Volume 1 Culture & Politique (Culture Art Technique Ecologie)

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Une lecture de l’art africain à travers les époques

Publié par Hervé Moine le 7 octobre 2011

Babacar Mbaye Diop

Critique de la notion d’art africain

8 octobre 2011

à partir de 15h à la Librairie 4-Vents à Mermoz

Babacar Mbaye Diop

Critique de la notion d’art africain

Approches historiques, ethno-esthétiques et philosophiques

Préface de Yves Michaud

Editions connaissances et savoirs, Paris

Babacar Mbaye Diop, enseignant au département de philosophie de l’université Cheikh Anta Diop de Dakar au Sénégal, présente samedi 8 octobre 2011, son essai “Critique de la notion d’art africain” aux éditions connaissances et savoirs. Il y propose “une lecture de l’art africain à travers les époques” en opérant une distinction entre une distinction entre l’art traditionnel, l’art ancien et l’art contemporain.

Il revient notamment sur les grandes figures africaines comme Lépold sédar Senghor ou le Martiniquais Aimé Césaire qui ont conduit l’art africain jusqu’au monde occidental.

Babacar Mbaye Diop s’interroge également sur l’esprit et la place de l’art africain. “L’ancien et le traditionnel ne sont-ils pas la mémoire du contemporain ? Existe-t-il une esthétique et une critique d’art en Afrique noire ? Comment lire et comprendre les arts négro-africains ?”, autant de questions auxquelles il tente de répondre.

Babacar Mbaye DIOP

Docteur en esthétique et philosophie de l’Art de l’université française de Rouen, Babacar Mbaye Diop est actuellement au Département de philosophie de l’UCAD de Dakar après avoir enseigné la philosophie en France. Il s’intéresse aux arts de l’Afrique noire, à la diversité culturelle, aux concepts de diaspora, d’identité, de mondialisation et de branchements.

Il est en outre fondateur et co-rédacteur en chef de FIKIRA-Revue Africaine. Il a publié de nombreux articles sur les arts africains.

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Etat des lieux sur la relation entre les arts et les sciences

Publié par Hervé Moine le 3 septembre 2011

Colloque Arts et Sciences

“La relation entre Arts et Sciences dans les territoires”

7 octobre 2011

à l’amphi MINATEC à Grenoble

Ce colloque se propose d’interroger la relation entre les arts et les sciences et vise d’abord à constituer un état des lieux actuels de cette relation ; le périmètre de cet état des lieux inclut les expériences rhône-alpines, et aussi nationales et internationales. Il repose sur la volonté de convoquer quelques témoignages considérés comme des propositions fortes, qui serviront à la fois de points de départ pour documenter le registre arts-sciences et de matériau pour une mise en problèmes lors de tables rondes-ateliers. La restitution et l’analyse des expériences offre l’opportunité d’une réflexion soucieuse de contourner l’illusion d’une théorisation définitive de celles-ci.

Les points sur lesquels la réflexion se concentrera sont de plusieurs sortes. Premièrement, il s’agit de préciser la place respective des artistes, des scientifiques, des industriels et des politiques dans le système de création, de production et de dégagement de valeur et de richesses propre à la relation arts-sciences. Dans celle-ci, ces acteurs aux intérêts très variés s’associent et interagissent de manière originale dans un même type d’activités, dont l’analyse s’avère de ce fait très intéressante.

Cette dimension recouvre de plus un aspect géopolitique fondamental du monde actuel : comme Rhône-Alpes, d’autres site dans le monde semblent capables de constituer à un haut niveau des synergies arts-sciences susceptibles de coordonner création artistique, production industrielle et dégagement de valeur économique – il s’agit ici de comprendre la manière dont des acteurs différents organisent un territoire innovant grâce à la relation arts-sciences. A cet égard, l’Atelier Arts-Sciences de Grenoble s’inscrit dans un modèle qu’il est intéressant de comparer avec les autres modèles. Une comparaison de la dynamique de ces sites et de leur évolution récente apparaît d’un grand intérêt pour comprendre les relations entre création, innovation et production dans le monde aujourd’hui.

Deuxièmement, il apparaît opportun de questionner le type d’engagement esthétique propre à la relation arts-sciences. La science et la technologie interviennent-elles de la même manière dans le processus de création ? L’artiste maîtrise-il souverainement son travail lorsqu’il recoure à la science et utilise la technologie ? Ou bien celles-ci interviennent-elles dans le processus de création ? Comment s’ouvrent des horizons à partir de la relation arts-sciences ? Peut-on constituer une même séquence, qui considère de manière homogène le design des produits, celui des existences et celui des politiques ?

Enfin, quelle est la place de l’entreprise dans le processus de mise en lien entre art et industrie ? De quelles manières la création stimule-t-elle l’innovation sur le plan entrepreneurial ? Que révèlent sur ce point les exemples d’entreprises ayant réussi à un haut niveau à associer les artistes et les scientifiques ?

Au programme de ce colloque :

Thierry Ménissier et Valérie Chanal, acteurs universitaires de l’innovation présideront cette journée de conférences et de tables-rondes.

  • Introduction par Yann Moulier-Boutang, économiste et Gilles Roussi, artiste : « Comment crée-t-on un espace créatif dans la société ? »
  • Table-ronde animée par Philippe Quinton, Maison de la Création. « Quelle vision nationale pour la relation Arts-Sciences en France ? » Avec Antoine Conjard, directeur de l’Hexagone Scène nationale de Meylan, Grégoire Harel, chargé du programme Arts et Sciences à Universcience (Paris) et Pierre-Alain Four, docteur en science politique.
  • Intervention de Fabienne Martin-Juchat, professeur des universités, Institut de la Communication et des Médias. « Sciences humaines et sociales et Arts-Sciences »
  • Intervention de Thierry Ménissier, maître de conférence de philosophie politique. « L’innovation entre conquête et invention. Un point de vue géopolitique sur la R&D »
  • Table-ronde animée par Laurent Chicoineau, directeur du CCSTI-La Casemate. « Les expériences européennes Arts-Sciences » Avec Pia Arebald, responsable développement Tillt (Suède), Horts Hörtner, directeur du Futurelab d’Ars Electronica (Autriche), Pascal Keiser, directeur du Centre des Ecritures Contemporaines et Numériques (Belgique).
  • Conclusion de Dominique DAVID, chercheur au CEA

Programme à télécharger

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Godard philosophe : “Je pense, donc le cinéma existe”

Publié par Hervé Moine le 18 mai 2011

Dominique Chateau

Cinéma et Philosophie

Nathan Cinéma 2009

Présentation de l’éditeur

En exposant le mythe de la caverne, Platon prépare, sans le savoir, un rapprochement entre cinéma et philosophie que Godard formulera de façon impérative : ” Je pense, donc le cinéma existe “. Pourtant, le cinéaste fabrique des images et des sons bien matériels quand le philosophe manie des concepts invisibles et abstraits. Et lorsque le cinéma naît à la fin du XIXe siècle, il est considéré comme un divertissement populaire et les philosophes ne se précipitent guère sur son berceau. Comment ces deux domaines hétérogènes, jeune art du mouvement d’un côté, connaissance conceptuelle ancestrale de l’autre, ont-ils fini par se rencontrer ? C’est ce que Juliette Cerf nous raconte à la manière d’une ” comédie du remariage “, chère à Stanley Cavell. Passé le temps des désaccords, vient celui du ” réaccord “. André Bazin, philosophe ” d’occasion ” selon le mot de Jacques Rancière, pose la question de l’essence du cinéma. Au temps de la cinéphilie, Godard, Rivette, Rohmer, Douchet, Daney convoquent Platon, Kierkegaard ou Merleau-Ponty au chevet des ” auteurs “, Rossellini, Lang, Hawks ou Hitchcock. La philosophie investit désormais le cinéma, Deleuze, renouant avec Bergson, crée le concept de l’image-temps, et Matrix est évalué à l’aune de la pensée grecque. Cet ouvrage révèle des rapports passionnés et souvent surprenants entre Sartre et John Huston, Heidegger et Resnais, Slavoj Zizek et John Woo… Sans oublier les débats de ” cinéphilo “, qui ont pris place aujourd’hui dans ces cavernes modernes que sont aussi bien salles d’Art et d’Essai que multiplexes.

L’auteur

Juliette Cerf est critique de cinéma et journaliste à ” Philosophie Magazine “. Elle collabore au ” Magazine littéraire ” et à ” Regards “. Elle a préfacé ” Musique pour caméléons ” de Truman Capote et participé à l’encyclopédie ” La Ville au cinéma ” (Éd. Cahiers du cinéma, 2005).

Pour se procurer l’ouvrage de Dominique Chateau Cinéma et philosophie

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L’art, l’argent et la spéculation à l’époque des Impressionnistes

Publié par Hervé Moine le 10 avril 2011

Jean-Joseph Goux

L’art et l’argent

La rupture moderniste 1860 – 1920

Editions Blusson (avril 2011)

Présentation de l’éditeur

L’art, l’argent et la spéculation à l’époque des Impressionnistes, de Manet, Monet, Émile Zola, Tzara (Dada), Cocteau, etc. — Suivi d’un entretien : « Les Chaussettes de Mondrian » « un spéculateur, un boursier, qui se moquait radicalement de la bonne peinture ». (Émile Zola)

Entre 1860 (date de la rupture moderniste en peinture : Manet, les Impressionnistes, Cézanne, etc.) et 1920 (dans le sillage des prises de position de Tzara — Manifestes Dada — ou les engagements de Cocteau en direction des valeurs de l’avant-garde), tout bascule. Les rapports entre l’art et l’argent deviennent de plus en plus « étroits » et problématiques.

Naguère sous-estimées, les cotes des peintres vont atteindre des sommets exorbitants. Le modèle boursier de la valeur des œuvres se substitue au vieux modèle marchand où la hiérarchie des peintres était fixée par la fidélité aux normes académiques.

L’Œuvre (1886) d’Émile Zola est le fidèle écho de cette mutation. Cette rupture est contemporaine de l’émergence d’une nouvelle économie et d’une culture où le capitalisme, la banque, la finance et la consommation jouent un rôle décisif.

Jean-Joseph Goux retrace la naissance et le développement de ce nouvel univers — esthétique, économique et philosophique — où nous sommes toujours engagés.

L’auteur

Jean-Joseph Goux est philosophe, professeur à l’Université de Rice (Houston, USA). Entre philosophie, économie, psychanalyse et esthétique, son travail trace le champ d’une « économie symbolique ». Principaux ouvrages : Les Monnayeurs du langage (Galilée, 1984), Frivolité de la valeur, essai sur l’imaginaire du capitalisme (Blusson, 2000), Accrochages, conflits du visuel (Ed. Des Femmes, 2007), Renversements (Ed. Des Femmes, 2009).

Pour se procurer l’ouvrage de Jean-Joseph Goux L’art et l’argent : La rupture moderniste (1860-1920)

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Les débats, querelles et autres spéculations philosophiques autour de Van Gogh

Publié par Hervé Moine le 10 avril 2011

Florence de Mèredieu

Van Gogh

L’or, le cuivre, la couleur

Editions Blusson (avril 2011)

 

Présentation de l’éditeur

L’argent, l’or, la couleur, la dette, le sacrifice, la religion et le commerce d’art dans la vie et l’œuvre de Vincent Van Gogh.

« avec un soleil qui inonde tout d’une pluie d’or fin » (Vincent Van Gogh)

Descendant de « tireurs d’or » et de marchands d’art, Van Gogh opte pour la peinture et la pauvreté. L’argent hante cependant son œuvre et sa vie. D’où une équivalence entre la peinture et l’argent, entre la couleur (pigment, matière colorée) et la richesse. Vincent produit une peinture « riche », qui vaudra un jour de l’or, et couvre ses toiles de couleurs solaires, métalliques et dorées. De joailleries. De couleurs de bronze et d’or fondus.

La double dimension solaire et sombre de la peinture de Van Gogh se décline à l’aune de l’argent, de la dette et du sacrifice. Et s’articule ici au travers des œuvres de Claude Lévi-Strauss, Max Weber et Antonin Artaud.

Art, argent et religion se rejoignent. Vincent se retrouve écartelé entre une éducation protestante, qui justifie la richesse temporelle et le catholicisme d’un Bossuet privilégiant ce qu’il nomme une « céleste monnaie ».

Pour se procurer l’ouvrage de Florence de Mèredieu Van Gogh : L’argent, l’or, le cuivre, la couleur


Florence de Mèredieu

“L’être de l’étant”, de la tatane de Van Gogh

Editions Blusson

Retour sur la fameuse querelle Heidegger, Meyer Schapiro et Derrida, autour des « Souliers » de Van Gogh. Le tout revisité sur le mode d’un décapant petit théâtre.

« Les Souliers » ou « Bottines noires » de Van Gogh (1886) ont donné lieu à des interprétations en cascade. Martin Heidegger (1935), Meyer Schapiro (1968), Jacques Derrida (1977) se commentent, s’autocommentent et se renvoient le soulier. Sans compter les innombrables reprises et commentaires du commentaire des épigones.
La relecture de ces textes a provoqué en moi un doute certain et un irrésistible fou rire. Que se passe-t-il quand la philosophie se penche sur la peinture ? Et sur une toile comme celle de Van Gogh ? Quelle relation y a-t-il entre un acte de peinture et le discours des historiens d’art et des philosophes ?
Plus prosaïquement, un philosophe peut-il avoir des pieds (et des chaussures), lui dont l’existence pourrait se résumer à celle d’un homme tronc, ou au socle d’un beau « port de tête » ?
Quels sont donc ces pieds et ces souliers qu’arborent nos philosophes ? — On tentera une analyse sociologique et critique du soulier, du godillot, de la chaussure, de la « tatane »… Celle de Van Gogh, bien sûr, mais celle aussi de nos brillants philosophes et historiens… de l’art.

L’auteur

Philosophe de formation, Florence de Mèredieu met en œuvre une histoire de l’art pluridisciplinaire. Enrichie de l’apport des sciences humaines et des techniques (Histoire matérielle et immatérielle de l’art moderne, Larousse, 1994-2008 ; Antonin Artaud, Portraits et Gris-gris, 1984-2008).

 

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La Poétique d’Aristote, l’occasion d’une table ronde autour de la nouvelle traduction

Publié par Hervé Moine le 10 avril 2011

L’aventure “Poétique”

Table ronde autour de la traduction Dupont-Roc et Lallot

de La Poétique d’Aristote

29 avril 2011 – École normale supérieure

45, rue d’Ulm – 75005 Paris

Salle W, 16h-19h

« On n’exagérerait pas beaucoup en disant que l’histoire de la poétique coïncide, dans ses grandes lignes, avec l’histoire de la Poétique », écrivait Tzvetan Todorov préfaçant Aristote. Contrairement à ce que l’on peut parfois lire ou penser, la poétique n’est pas un « moment » de l’histoire des idées qui aurait duré vingt ans en France ; c’est une manière de parler de la littérature, forte de deux millénaires d’existence, et qui n’a cessé d’interroger et d’infléchir l’héritage de celui qui l’a portée sur les fonts baptismaux.

Il y a quarante ans étaient fondées la revue et la collection « Poétique » ; il y a trente ans paraissaient dans cette même collection la traduction et le commentaire du traité d’Aristote par Roselyne Dupont-Roc et Jean Lallot, ouvrage qui a fait date pour toute une génération et qui reste une référence pour les théoriciens de la littérature, les hellénistes et les philosophes. Une réflexion sur le passé, le présent et (surtout) l’avenir de la poétique ne saurait trouver meilleure occasion. Conçue comme une discussion à partir de passages et de termes clefs (mimèsis, muthos, historia, catharsis…), à laquelle le public sera invité à prendre part, cette table ronde sera tout à la fois une contribution à la philologie aristotélicienne et à l’histoire de la théorie littéraire, mais aussi une réflexion sur ce que signifie pour nous le mot « poétique » et sur les manières dont, aujourd’hui, on s’intéresse aux catégories formelles et génériques qui transcendent les oeuvres littéraires singulières.

Les actes de cette table ronde paraîtront dans un numéro de la revue en ligne Fabula-LHT (http://www.fabula.org/lht) intitulé « L’aventure “Poétique” ».

La table ronde réunira autour des deux traducteurs, Roselyne Dupont-Roc et Jean Lallot, et de leur éditeur, Tzvetan Todorov, des chercheurs en littérature générale et comparée, Bérenger Boulay, Yves Chevrel et Françoise Graziani, ainsi que des hellénistes spécialistes d’Aristote, Pierre Destrée et Claudio Veloso.

Cette table ronde organisée par Bérenger Boulay, Frédérique Fleck et Florian Pennanech et avec le soutien du Département des Sciences de l’Antiquité de l’ENS et de l’Équipe « Recherches sur la pluralité esthétique » EA 1575 (Université Paris 8).

 

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Comment la danse peut aborder les concepts de la philosophie morale de Spinoza

Publié par Hervé Moine le 2 avril 2011

Danse – Philosophie

L’Ethique, d’après Baruch Spinoza

Pièce pour 20 danseurs

Conception de Benoît Baltus

Chorégraphie d’Anne Mayer

Mercredi 6 avril 2011

Théâtre Bernard Marie Koltès de Nanterre

 

C’est un bel édifice, quoi qu’un peu mystérieux, mais le travail et l’émotion sont bel et bien présents !

L’Ethique, pièce pour 20 danseurs est la dernière création de la Compagnie Maztek. L’évènement commence à 19h30 à la Faculté de Nanterre, toutefois comme c’est une soirée partagée, l’Ethique passera vers 20h30.

Épousant la structure du texte de Spinoza, l’Ethique invite à découvrir comment la danse peut aborder les concepts de sa philosophie morale : que faire des mots de « liberté », « moi », « je », dans un monde où « Dieu = la nature », où tout est « la nature » ? Au sein s’une foule de corps qui détourne et reproduit leurs gestes et leurs actions, trois individus sont confrontés à l’énigme du sens éthique de leur existence. Au fil de la danse, des mots, et des bribes d’une vie oubliée, leur identité se compose et se décompose sans cesse. Mais cette trame tissée sans relâche est un chemin qui les mène, au-delà d’eux-mêmes, à renouer avec « une sort d’éternité».

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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