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Articles Tagués ‘démocratie’

Les régimes Ben Ali et Moubarak arrangeaient-ils les occidentaux ?

Publié par Hervé Moine le 2 février 2011

Toulouse. Conférence : Marcel Gauchet décrypte la démocratie

Article publié dans la Dépêche Toulouse et sa région le 2 février 2011 par Philippe Rioux

http://www.ladepeche.fr/article/2011/02/02/1004335-Marcel-Gauchet-decrypte-la-democratie.html

Philosophe et historien, Marcel Gauchet donnera une conférence La démocratie à l’épreuve des totalitarismes, à l’invitation de l’Université Toulouse I-Capitole, en partenariat avec la Fondation La Dépêche*.

Quel regard portez-vous sur les événements en Tunisie et en Égypte ?

Cela montre que la démocratie est le grand fait structurant du monde contemporain et apparaît là où l’on pensait qu’elle n’arriverait jamais pour des raisons sociales, religieuses, etc. Pour autant, il n’y a pas de similitudes entre la Tunisie et l’Égypte. Il y a deux régimes autocratiques dans des situations très différentes. Ce qui est frappant c’est que le bouchon a sauté et que l’onde se propage. Ces mouvements peuvent s’étendre à d’autres pays de la région, c’est sûr.

Les démocraties occidentales doivent-elles soutenir plus avant ces mouvements ?

Il faut comprendre que des contraintes pèsent sur les politiques, qui ne peuvent pas appeler au renversement des régimes, ce serait ridicule. Il faut trouver la bonne attitude entre le soutien et la prise en compte des risques de déstabilisation.

Ce qui me désole en revanche, c’est que l’on a sous-estimé les situations dans ces pays et que l’on a été pris par surprise. On était mal informé, sans doute parce que les diplomaties ont accompagné une forme de consensus sur ces régimes qui arrangeait bien les occidentaux.

* Jeudi 3 février à 17 h 30, amphi Couzinet. Renseignements : contact@fondationladepeche.com

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Chasse aux sorcières contre des philosophes en Hongrie

Publié par Hervé Moine le 29 janvier 2011

László Tengelyi : “de récents événements arrivés en Hongrie qui s’apparentent à une chasse aux sorcières contre des philosophes”.

Une lettre ouverte

Nous publions la lettre ouverte de László Tengelyi, professeur de philosophie à l’Université de Wuppertal en Allemagne, à propos de la situation dans laquelle se trouvent les philosophes en Hongrie, lettre traduite de l’allemand par Yves Mayzaud. Cette lettre datée du 19 janvier 2011 est adressée à divers membres d’associations allemandes influentes de la philosophie, la Société Allemande de Philosophie, la Société pour la Philosophie Analytique, la Société allemande pour la Recherche Phénoménologique et la Société Germano-hongroise pour la philosophie.

La situation évoquée  dans cette lettre relatives aux évènements récents survenus en Hongrie à propos d’une nouvelle législation sur les médias non conforme aux normes européennes ressemble fort, selon László Tengelyi, à une chasse aux sorcières contre des philosophes d’origine hongroise. Ces philosophes sont notamment Agnes Heller, Mihály Vajda, Sándor Radnóti.

Jürgen Habermas sur la question  : “Schützt die Philosophen !” : Protégeons les philosophes !

D’autre part, en suivant ce lien, on pourra lire l’intervention de Jürgen Habermas sur la question : http://www.sueddeutsche.de/kultur/aufruf-von-habermas-und-nida-ruemelin-schuetzt-die-philosophen-1.1050449. Le philosophe s’inquiète avec Julian Nida Rümelin, “wir machen uns Sorgen” du sort des philosophes en question.

Une pétition

Après avoir lu cette lettre qui explique la situation, il est possible de signer la pétition qui se trouve à l’adresse suivante : http://www.petitiononline.com/logosz/

Hervé Moine

________________________

Wuppertal, le 19 janvier 2011

À

monsieur Julian Nida-Rümelin, président de la Société Allemande de Philosophie

monsieur Wolfram Hogrebe, ancien président de la Société Allemande de Philosophie et éditeur du recueil “Philosophia Hungarica”

monsieur Thomas Spitzley, président de la Société pour la Philosophie Analytique

madame Iris Därmann, présidente de la Société Allemande pour la Recherche Phénoménologique

monsieur Klaus-Michael Kodalle, président de la Société Germano-hongroise pour la Philosophie

À tous mes estimés collègues,

Chers collègues,

J’aimerai porter à votre connaissance de récents événements arrivés en Hongrie qui s’apparentent à une chasse aux sorcières contre des philosophes comme Agnes Heller, Mihály Vajda, Sándor Radnóti et d’autres.

Comme vous le savez, le parlement hongrois a adopté il y a peu de temps une loi sur les médias qui n’est pas conforme aux normes européennes. Cette loi n’est que le sommet de l’iceberg. Il n’est que la partie visible de toute une série de mesures prises depuis la victoire du Fidesz le 25 avril 2010, et qui dissimule la déconstruction réelle des institutions démocratiques en Hongrie. Le parti des « jeunes démocrates » (Fidesz), élu avec une majorité des deux tiers au Parlement, a commencé par régulièrement modifier la constitution (plus de dix fois). Le tribunal constitutionnel a été dépossédé d’une part essentielle de ses droits. L’organe nommé « conseil du budget », indépendant du gouvernement, composé par des économistes compétents, et dont la fonction est de surveiller la politique économique du gouvernement, a été dissous après les premières prises de position critiques. Tous ses membres ont été remplacés par des partisans du parti au pouvoir. Il en est de même avec la position de haut juge de la cour suprême, elle aussi occupée à présent par un affilié du Fidesz. Le principe de la séparation des pouvoirs est menacé en Hongrie. Les fonctionnaires travaillant dans l’administration d’État, et qui n’étaient pas adhérents du parti au pouvoir actuellement, ou qui ne le sont pas devenus, ont été et sont licenciés en masse – sans justification. Parmi eux, il n’y a pas seulement des postes-clés politiques mais, fondamentalement, c’est l’ensemble de l’administration publique qui se trouve menacée. L’éminent économiste János Kornai en a ainsi conclu, dans un article publié le 06.01.2011 dans le journal « Népszabadsàg » – adoptant un ton au demeurant tout à fait posé et circonspect – qu’aujourd’hui la Hongrie n’était plus une démocratie mais une « autocratie ».

Ces réformes pour le pire touchent aussi la philosophie. Le nouveau directeur de l’Institut de philosophie de l’Académie des sciences hongroise a renvoyé quatre collègues et a déclaré que 15 de ses 23 collègues étaient « incompétents dans leur matière ». Cette évaluation s’étendait aussi à des collègues qui avaient obtenu, en Hongrie, un grade scientifique équivalent à l’habilitation. Contre ces licenciements, des philosophes et des scientifiques de disciplines voisines sont intervenus en novembre de l’année dernière. Le professeur Sádor Radnóti a commencé une protestation sur Internet. Près de 2000 signatures ont été rassemblés, non seulement d’académiciens, de professeurs d’universités et de chercheurs hongrois, mais aussi de philosophes et de politiciens étrangers éminents. Pour la défense des collègues licenciés, j’ai moi-même, fin novembre, publié un article dans l’hebdomadaire ”ÉS” dans lequel j’ai exigé du président de l’Académie des sciences hongroise, qu’une enquête soit réalisée à l’Institut de philosophie sur ce renvoi complètement arbitraire et, au moins en quelques cas, apparemment infondé. Rien n’a été fait pour le moment. Il y a dix jours (08.01.2011) qu’est paru un article dans le journal « Magyar Nemzet » (« Nation hongroise ») contre un “cercle libéral” de philosophes. « Magyar Nemzet » est en Hongrie l’organe de presse proche du gouvernement Fidesz. Le mot “libéral” renvoie au parti, en coalition avec lequel les socialistes ont formé le gouvernement précédent. Ainsi, l’article attaque sans circonlocutions des adversaires politiques qui se trouvent parmi les philosophes. On reproche même à certains d’entre eux (comme par exemple Béla Bacsó) d’avoir été le conseiller d’un ministre libéral du gouvernement précédent. Un autre philosophe attaqué est même qualifié d’« ami » de ce conseillé. Il faut savoir qu’en Hongrie aujourd’hui, le mot “libéral” et “libéral de gauche” n’est pas employé sans une connotation claire d’antisémitisme. Ce “cercle libéral” de philosophes – parmi lesquels se trouvent en majorité des collègues qui n’ont jamais exercé la moindre fonction politique et qui n’ont été le conseiller de personne, mais qui se sont toujours consacrés entièrement à leur enseignement et à leurs recherches – se voient à présent accusés d’avoir reçu des financements illicites pour leurs recherches. Sous l’égide du ministre libéral évoqué, une candidature pour le financement d’un programme de recherche (d’une valeur de 360 000 euros) aurait bénéficié d’un traitement de faveur. Dans le cas d’une telle plainte, il est évidemment très difficile pour quelqu’un d’extérieur à cette situation d’élever des protestations fondées. Il est néanmoins troublant que les six projets du programme de recherche qui ont été mis en cause soient tous dirigés par des philosophes classés dans ce ”cercle libéral”. D’autres domaines n’ont pas été concernés par ces attaques. En outre, les projets étaient à ce moment déjà réalisés et les rapports conclusifs déjà publiés sur la page Internet de l’organe étatique qui a financé les candidatures.

Suite à cette première attaque est parue toute une série d’articles supplémentaires sur les six projets de recherche dans le journal « Magyar Nemzet ». On peut parler d’une chasse aux sorcières attisée un peu plus chaque jour. Mercredi dernier (12.01.2011), l’opinion publique apprenait qu’un représentant autorisé du gouvernement avait ordonné une enquête sur ces six projets. Il a été rapporté samedi (15.01.2011), dans le journal « Magyar Nemzet » que ce représentant autorisé du gouvernement avait ensuite transféré l’affaire à la police, laquelle a ordonné une enquête après avoir reconnu pour au moins un des six projets « une présomption fondée ». Hier (18.01.2011), il a aussi été suggéré dans le même journal qu’il y aurait pour les autres projets une enquête policière.

Il est évident que je ne peux pas prendre une responsabilité personnelle pour l’irreprochabilité des projets de recherche incriminés. Je ne connais pas les détails de ces projets. Je vis et enseigne depuis dix ans en Allemagne et je ne participe à la vie hongroise que par des conférences et des publications. Mais mes relations personnelles de longue date avec les philosophes concernés par les plaintes sont une raison pour laquelle je me permets d’exprimer mes doutes sur la crédibilité de ces accusations.

Je voudrais faire valoir en outre quelques faits (au-delà de la prévention à caractère politique qui marque toute l’affaire) :

1. Il est faux – et il peut bien induire en erreur – d’affirmer que les six candidatures n’auraient pas rempli les exigences de l’inscription. L’accusation prend souvent pour appui le titre complet du cinquième programme de recherche annoncé par lòrgan d’État en question: “Recherche de l’héritage national et des défis sociaux contemporains”. Il apparaît cependant clairement du texte même du programme comment ce thème global doit être compris dans le détail : “La demande de candidature soumise sous le signe de l’intégration européenne doit présenter d’un côté les thèmes déterminants jusqu’à aujourd’hui des cadres de la scientificité européenne, et d’autre part l’intégration de questions contemporaines fondamentales des sciences humaines”. Les projets incriminés, qui s’attachent à des thèmes classiques de la philosophie, correspondent en tout point à cette description.

2. Les aides financières accordées aux six projets furent allouées par un organe d’État au cours d’une procédure publique et sur la base de la décision d’une commission composée de spécialistes de haut niveau.

3. L’utilisation des financements se fait par l’administration de chaque université ou par celle de l’Académie des sciences hongroise, et est soumise au règlement habituel de ces institutions en ce qui concerne les affaires financières.

4. Seuls les six philosophes ont été inquiétés dans l’enquête sur la distribution des fonds ; le système global de la distribution des financements n’a pas été pour sa part l’objet d’une investigation de la part du représentant autorisé du gouvernement.

5. Ces six projets ont été projetés sur le devant de la scène, parce que quelqu’un a porté plainte contre leurs directeurs et certains participants. Il faut souligner que dans deux articles du « Magyar Nemzet » le directeur de l’Institut de philosophie – contre les mesures duquel les protestations de novembre ont été organisées – est le seul spécialiste en matière de philosophie cité. De même, il est étrange que l’un des principaux accusés soit monsieur Radnóti qui, en novembre dernier, a initié la protestation sur Internet.

6. Les directeurs de projets ne tirent de ces fonds que des revenus minimes pour lesquels ils sont responsables ; la somme de ces revenus est strictement réglementée.

7. Les six projets de philosophie ont permis d’employer pendant trois ans des collègues et des doctorants (au total plus d’une centaine de personnes). L’argent fut réparti sur de nombreux travaux particuliers, de telle sorte que les collègues concernés, dont le salaire, au cas des professeurs, dépasse à peine, encore aujourd’hui, 1000 € par mois, ne pouvaient à chaque fois que recevoir des montants modestes.

8. Entretemps les résultats des projets mis en cause se trouvent sur Internet, présentés au grand public au travers de brefs résumés. Les directeurs des projets incriminés peuvent tous faire valoir une dizaine d’ouvrages publiés et toute une série de publications scientifiques. Parmi eux, il n’y a pas seulement des traductions philosophiques et des recueils d’articles, mais un nombre non négligeable de monographies. En plus de nouvelles traductions de Platon, de Nietzsche et de Heidegger, quelques nouvelles monographies ont attiré mon attention. A côté des ouvrages de Gyula Rugási, György Tatár, Gábor Borbély je voudrais évoquer un livre de 600 pages sur Winckelmann de Sándor Radnóti et une remarquable monographie sur Kant d’un jeune collègue. La publication d’un monograph n’a mobilisé même pas un dixième de la subvention totale d’un projet, du fait que nombre de contributions furent écrites dans le cadre d’articles et d’essais. Ces fonds furent aussi employés pour équiper les institutions en ordinateurs et en livres, sans compter qu’une part considérable de ce financement a permis de payer les administrations de ces instituts.

9. A ces six projets ont participé tellement de collègues talentueux que c’est la philosophie en Hongrie toute entière que l’on menace par la menée de ces actions. Je suis désolé de vous faire part de telles nouvelles. Je vous serai reconnaissant si vous pouviez faire suivre cette lettre afin d’informer le plus possible l’opinion publique sur la situation de la philosophie en Hongrie et de soutenir la philosophie hongroise.

Cordialement,

László Tengelyi

Professeur de philosophie

Bergische Universität Wuppertal

Gaußstr. 20

42119 Wuppertal

Allemagne

(Traduit par Yves Mayzaud)

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La révolution tunisienne, et après ?

Publié par Hervé Moine le 27 janvier 2011

A propos de la révolution de Jasmin

Tunisie : «la révolution a fait renaître l’espoir chez les voisins»

Publié dans Nord Eclair, le jeudi 27 janvier 2011 à 10h02 – Propos recueillis par Noémie Coppin

http://www.nordeclair.fr/Sans_detour/2011/01/27/nef-1345750.shtml

Ahmed Hosny, maître de conférences en philosophie à l'université de Tunis.
Ci-contre Ahmed Hosny, maître de conférences en philosophie à l’université de Tunis.

Ahmed Hosny est maître de conférences en philosophie à l’université de Tunis. Il animait hier soir, à Sciences Po Lille, une conférence sur le thème « La révolution tunisienne, et après ? ». Il s’est prêté au jeu des questions-réponses.

Quel bilan tirez-vous de cette Révolution du jasmin ?

Autant d’enthousiasme que d’inquiétude. Une telle révolution est unique : le peuple, uni, sans leader, la main dans la main, met fin à un régime despotique et de terreur. On déplore tout de même 120 morts et plusieurs blessés graves hospitalisés. Quelques membres des clans Ben Ali et Trabelsi ont pu être arrêtés, même si beaucoup ont réussi à fuir le pays.

Justement, pour reconstruire un pays stable, il faudra nettoyer le pouvoir de toute trace de la nébuleuse Ben Ali. Est-ce possible ?

C’est nécessaire. Deux chantiers sont incontournables. D’abord, poursuivre en justice les membres des deux clans, et restituer au peuple toutes les richesses qui lui ont si longtemps été confisquées. J’ai foi en la justice tunisienne, d’ailleurs les avocats ont été à la base du soulèvement populaire. Mais pourquoi ne pas aussi recourir à la justice internationale ? Ensuite, il me paraît incontournable que tous les anciens ministres de Ben Ali quittent le gouvernement, y compris le Premier ministre, Ghannouchi.

Sinon, on risque le coup d’État ?

Pour l’instant, l’armée dit : « Essayez de vous entendre. » Mais le peuple ne veut plus de ces ministres qui symbolisent l’ère Ben Ali. Ce qui risque de se passer, s’ils ne quittent pas le gouvernement, c’est une armée qui prend provisoirement le pouvoir, en attendant l’élection présidentielle dans six mois.

On parle beaucoup de contagion vers les pays voisins du Maghreb.

En effet, la Tunisie a su mener une révolution exemplaire, elle fait renaître l’espoir. De nombreux peuples voisins expriment un ras-le-bol vis-à-vis de leur situation socio-économique et politique. En Algérie, la situation est compliquée car les militaires veillent. Mais en Égypte ou en Libye par exemple, la possibilité d’une contagion est plus que probable.

Mais les Américains continuent de tirer les ficelles…

C’est vrai. En Tunisie, leur rôle a été crucial. C’est notamment grâce à leur intervention que le général Rachid Ammar n’a pas obéi à l’ordre de Ben Ali de réprimer les foules contestataires. Mais les Américains n’ont pas de forts intérêts stratégiques en Tunisie. En Égypte, la situation est tout autre. Malgré la contestation populaire de l’oligarchie Moubarak, les Américains ne laisseront pas l’Égypte basculer. Elle touche Israël, l’Arabie Saoudite, la Jordanie, c’est une porte d’entrée dorée au Moyen-Orient et un régulateur de la stabilité régionale.

 

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De l’homme démocratique à l’homme Grégaire

Publié par Hervé Moine le 11 février 2010

Lundi 15 février

à l’EHESS,

communication de

Monique Dixsaut

philosophe spécialiste de la philosophie antique

De “l’homme démocratique” à “l’homme grégaire”: Platon et Nietzsche

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  • à 19h00
  • à l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS), salle 1, au 105 bd. Raspail,
  • Maison des sciences de l’homme.

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Bibliographie de Monique Dixsaut

Le Naturel philosophe : essai sur les dialogues de Platon, Paris, Les Belles lettres/Vrin, 1985.
Métamorphoses de la dialectique dans les dialogues de Platon, Paris, Vrin, “Bibliothèque d’histoire de la philosophie” (poche), 2001.
Platon et la question de la pensée, Paris, Vrin, Paris, Vrin, “Bibliothèque d’Histoire de la philosophie”, 2000.
Platon : le désir de comprendre, Paris, Vrin, “Bibliothèque des philosophies”, 2003.
Nietzsche : par-delà les antinomies, Chatou, Édition de la transparence, 2006.

«Une pensée libératrice»

Par Monique Dixsaut

On peut lire les «Dialogues» pour y chercher des théories ou des réponses. Mais on découvre bientôt que toute thèse platonicienne est hypothèse, toute réponse en attente du réexamen qui la récusera ou en modifiera le sens. Telle est la pensée quand elle ne renonce à aucune de ses exigences: être à la fois acharnement et inspiration, ironie et enthousiasme, dur travail et seul vrai plaisir.

Lire Platon, c’est alors être sensible aux risques pris, à la diversité des chemins frayés, à la soudaineté des bifurcations, s’exposer à une pensée déroutante que ne décourage ni petit ni grand problème et que ne paralyse ou même ne semble lier aucun de ses résultats. La liberté de cette pensée a pour effet de nous délivrer de nos certitudes logiques, de nos plates convictions baptisées sagesse, de nos insignifiantes audaces. Elle se révèle être aussi le moyen de conférer unité et valeur à une vie qui autrement ne serait qu’un chaos de contradictions et de péripéties, à un discours qui ne serait qu’un défilé plus ou moins habile mais incohérent d’opinions. L’intelligence doit leur imposer sa loi mais ne doit se soumettre à aucune, qu’on la lui impose ou qu’elle se l’impose à elle-même. En d’autres termes, la liberté est la condition de rencontre avec la vérité.

La seule chose que la pensée intelligente ne soit pas libre de faire est de renoncer à comprendre. Qu’elle aboutisse ou non, sa recherche l’aura du moins débarrassée de croyances et de valeurs dont elle est incapable de rendre raison et qui sont, en conséquence, tyranniques. L’opinion aliène, le désir de savoir est libérateur si l’on comprend que savoir signifie apprendre, donc ne plus croire que l’on sait, et que désirer la vérité n’est pas vouloir la posséder mais être capable de l’engendrer. Ce savoir-là, Platon l’a à jamais nommé «science des hommes libres».

Philosophe et helléniste, professeur émérite à la Sorbonne, Monique Dixsaut, est notamment l’auteur du “Naturel philosophe. Essai sur les Dialogues de Platon” Vrin).

Monique Dixsaut


Source: «Nouvel Observateur» du 13 novembre 2008.

http://bibliobs.nouvelobs.com/20081113/8536/une-pensee-liberatrice

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Pourquoi des régimes autoritaires ?

Publié par Hervé Moine le 2 novembre 2009

Café Philo

vendredi 27 novembre 2009 à 20 h 15

à Margency

Le thème de la soirée : Pourquoi des régimes autoritaires ?

Ce café-philo est préparé et animé par  Catherine Delaunay et Pierre Haller.

Il aura lieu à la boulangerie Piérol, 29, avenue Georges Pompidou – 95580 MARGENCY

Plan d’accès : http://tinyurl.com/margency

Pour plus de renseignement :

http://cheminphilo.blogspot.com

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Raymond Aron, respect minimum pour les personnes en démocratie…

Publié par Hervé Moine le 17 octobre 2009

Raymond Aron (1905-1983)

Raymond Aron (1905-1983)

En guise d’hommage, une citation de Raymond Aron, mort un 17 octobre à propos de la démocratie :

« Ce qui est essentiel dans l’idée d’un régime démocratique, c’est d’abord la légalité : régime où il y a des lois et où le pouvoir n’est pas arbitraire et sans limites. Je pense que les régimes démocratiques sont ceux qui ont un minimum de respect pour les personnes et ne considèrent pas les individus uniquement comme des moyens de production ou des objets de propagande. »

Raymond Aron, Machiavel et les tyrannies modernes, éd. Livre de Poche, 1995, p. 187

Citation qui nous donne à penser et qui peut nous laisser perplexe sur l’état de notre démocratie actuelle qui semble se laisser manger par plus fort qu’elle, à moins qu’elle en soit complice, l’idéologie de la consommation et du profit et tout ce qui s’en suit, tant sur le plan du travail que celui des loisirs, compétition dont les règles sont fixées par les vainqueurs, objectifs atteindre, propagande publicitaire…

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Pour vous procurer l’ouvrage :

Aron2

Machiavel et les tyrannies modernes

Parmi les nombreux ouvrages de Raymond Aron traitant de la démocratie, on pourra lire :

Aron1

Démocratie et totalitarisme

Aron3

Penser la liberté, penser la démocratie

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J’ai bien travaillé, je veux une Rolex !

Publié par Hervé Moine le 11 octobre 2009

Yves Michaud Qu'est-ce que le mérite.Si à 50 ans on n’a pas de Rolex, on a quand même raté sa vie ?

A l’occasion de la parution du livre d’Yves Michaud, Qu’est-ce que le mérite ?,  intéressons-nous à la notion de mérite.

J’ai bien travaillé, je veux une Rolex !

Article d’Hervé Moine

On ne peut pas ne pas remarquer l’omniprésence du mérite. Que ce soit dans le milieu scolaire ou celui de l’entreprise, on demande la réhabilitation du mérite. Nombreux sont les discours des hommes politiques qui portent sur cette demande. Ce vieil adage « toute peine mérite salaire » n’a pas pris une ride. La question est de savoir ce que signifie exactement le mérite. C’est ce à quoi Yves Michaud s’attache à répondre dans son dernier ouvrage, Qu’est-ce que le mérite ? Il y montre les contradictions de notre société actuelle : Les revendications égalitaires pour tous les citoyens semblent se réduire à une revendication sur les salaires, un juste salaire étant une rémunération correspondant à la dose d’efforts fournis. Or, doit-on confondre mérite et rémunération par l’effort? N’y-a-t-il pourtant pas là une distinction conceptuelle importante à opérer ?

Le mérite ne doit pas se réduire au bien de l’individu.

Rappelons-nous le fameux « Travailler plus pour gagner plus ! » de Mr. Nicolas Sarkozy, lors de la dernière campagne présidentielles dans laquelle le thème du mérite était central. Mise à part Marie-Georges Buffet, tous les candidats à l’élection de 2007 prônaient « l’effort individuel ». Il fallait donc comprendre ce phénomène.  Ce fut là l’origine de la recherche d’Yves Michaud qui aura mis deux ans pour aboutir à la publication de cet ouvrage.

Il s’agit bel et bien d’un ouvrage d’actualité. En 2009, le mérite a pris une forme importante, mais il s’agit selon son auteur d’une forme devenue aplatie, elle est trop schématique. Il y a une sorte de réductionnisme, celui du mérite à la simple rémunération. Doit-on mesurer comme il est fait partout le mérite en fonction du salaire de l’individu et donc de l’individualisme ?

Selon l’expression d’Yves Michaud le mérite est caricaturé sous une « forme Rolex ». On aura compris, en passant, l’allusion, le clin d’œil ! Selon le philosophe, c’est au bien de la communauté que le mérite devrait contribuer.

Et à la récente question de la rétribution des élèves de certains établissements en fonction de leurs comportements, Yves Michaud répond de manière surprenante en affirmant qu’il y est favorable. On aurait pu penser qu’il soit farouchement opposé à cette mesure en ce que cette rémunération induirait dans l’esprit des élèves l’idée que tout effort fournit, y compris scolaire, exige salaire. « Il s’agit de récompenser collectivement la classe en cas de bon comportement. C’est une bonne idée, on retrouve le sens de la communauté. Je ne comprends pas pourquoi les gens sont contre alors qu’ils ne cessent de donner de l’argent de poche à leurs enfants. »

C’est l’idée de collectif qui est donc essentiel.

Aujourd’hui, affirme Yves Michaud, « beaucoup de personnes sont méritantes (…), celles qui s’occupent d’enfants handicapés par exemple, les infirmiers en soins palliatifs ou encore les pompiers. » Dans ces exemples que l’on pourrait prolonger aisément la liste, on retrouve bien cette idée d’un mérite qui dépasse le salaire de l’effort et de l’individualisme. En effet, on retrouve dans tous ces exemples bien plus l’idée de dévouement collectif dans le mérite. « Cette idée de collectif semble être essentielle. » La contribution à la collectivité semble effectivement quelque chose d’important, selon Yves Michaud.

Au regard de l’histoire, la notion de mérite n’est pas récente, elle est même un thème récurrent pendant la Révolution. En effet, les capacités des uns et des autres étaient utiles à la République. Ensuite, la société est devenue plus matérialiste et de ce fait, le mérite est devenu une caricature de lui-même et s’est matérialisé. Il n’est pas difficile de comprendre ce phénomène puisque nous le savons tous, dans notre société actuelle, chacun revendique un mérite personnel. Yves Michaud nous montre le comble de ce réductionnisme du mérite à l’individualisme dans le fait que « même les démérités connaissent le mérite ». Les émissions de téléréalité n’illustrent-elles pas en effet ce phénomène ? » Tous les candidats de ces programmes méritent de passer à la télévision. »

Vers une société de plus en plus individualiste ?

Mais quel regard doit-on porter sur l’avenir ? N’y a-t-il pas un risque société de tomber dans un individualisme dangereux pour la démocratie ? Ou bien le mérite garde la finalité qui est la sienne à savoir le bien de la communauté ou bien on la réduit à une fonction individualiste, utilitaire et matérialiste. Finalement, toute la question est de savoir que l’on mettra au centre des préoccupations : les relations humaines ou l’individualisme. « Si on conserve les relations humaines au centre des préoccupations futures, la notion de mérite sera présente. Si le mérite finit par avoir une fonction uniquement utilitaire, il n’en sera plus question, on sera en plein cauchemar. »

Ainsi, il nous appartient à faire en sorte que la fiction d’Aldous Huxley, Le meilleur des mondes, (1932), ne devienne pas, dans un avenir (proche) prophétie qui se réalise, à savoir, « une société dictatoriale avec toutes les apparences de la démocratie. »

Saluons cet ouvrage d’Yves Michaud, méritant, dans le sens où il fait du bien à toute la communauté.

Hervé Moine, “J’ai bien travaillé, je veux une Rolex”, d’après notamment l’article de Julie Philippe, Entretien avec Yves Michaud, auteur de l’essai « Qu’est-ce que le mérite ? » (Bourin Éditeur), paru sur dijonscope.

=> voir le site dijonscope : http://www.dijonscope.com/001084-mediter-le-merite

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Sujet : Le pouvoir de l’Etat est-il facteur de liberté ou d’oppression ?

Publié par Hervé Moine le 4 avril 2009

Je vous propose sur ce sujet des éléments pour rédiger une dissertation. Il s’agit d’une démarche possible qui demande à être travailler davantage. D’ailleurs c’est l’exercice que je demande, celui, de développer, notamment l’analyse conceptuelles des différentes notions importantes : “pouvoir”, “État”, “liberté”, “oppression”, “démocratie”, “totalitarisme”, “individu”, “société”, “état de nature” et “état de société, “pacte social”, “volonté générale”, “séparation des pouvoirs”… d’articuler ces notions dans le cadre du problème que soulève le sujet. D’autre part, il est possible de nourrir ce travail par l’étude de certaines références : l’état de nature selon Hobbes et selon Rousseau ; la nécessité d’un pacte social, selon Hobbes et selon Rousseau ; la critique anarchiste de l’État ; la critique marxiste de l’État ; La volonté générale selon Rousseau… Bien sûr cette liste n’est aucunement exhaustive et exclusive…

Autrement dit, au lieu de prendre ce qui suit comme un corrigé, il est préférable d’y voir l’occasion de travailler à la fois sur le plan des connaissances des notions et des auteurs et sur le plan de la méthode de la dissertation, l’expérience pour ce type d’exercice.

Sujet : Le pouvoir de l’Etat est-il facteur de liberté ou d’oppression ?

Proposition d’élément pour la construction de l’introduction :

L’État semble ou bien nous interdire ou bien nous contraindre. Ainsi est-il fréquent que l’individu ressente la présence de l’État comme un poids faisant obstacle à ses désirs spontanés, mais exigeant par contre des comportements qui ne sont pas toujours ressentis comme agréables, le paiement des impôts ou la surveillance. De tels comportements qui se fondent sur une conception immédiate, et par conséquent souvent peu réfléchie, de la liberté, suffisent-ils pour affirmer que l’État utilise tout son pouvoir pour nous opprimer et nous contraindre ? Ne doit-on pas, au contraire, admettre qu’il favorise, plutôt la liberté du citoyen ? Mais si tel est le cas qu’est-ce qui fait que l’on n’est pas persuadé ? Qu’en est-il exactement ? Le pouvoir de l’État est-il facteur de liberté ou d’illusion ?

Proposition d’une démarche possible pour la rédaction d’un développement :

Partie 1 : Hors de l’Etat, l’homme apparaît indépendant.

1°) La liberté élémentaire de l’homme naturel.

On peut vraisemblablement affirmer avec les théoriciens du droit naturel qu’il existe dans l’homme premier, une liberté élémentaire.

On peut penser, par exemple, avec Rousseau, que la solitude de l’homme à l’état de nature s’accompagne de la faculté de pouvoir satisfaire ses désirs à sa guise, sans tenir compte de la présence d’autrui.

2°) Aliénation de la liberté initiale exigée par le Contrat social

Dès que les premiers groupes sociaux se constituent, la cohabitation entraine nécessairement une transformation de cette liberté naturelle. On ne peut plus vivre comme si autrui n’existait pas. Ma liberté naturelle se heurte alors avec celle d’autrui.

Si la vie en société est nécessaire ; s’il est nécessaire d’ériger un pacte, un contrat social, il est donc nécessaire également d’aliéner sa liberté initiale. On ne vit collectivement qu’à la condition d’une aliénation absolue de la liberté initiale.

Il semble donc bien qu’à ce niveau que le pouvoir de l’Etat est plutôt facteur d’oppression que de liberté, puisque l’Etat exige la dépossession de ce bien naturel qu’est la liberté.

3°) Avantages de la vie en collectivité

Si l’homme, dans la vie en société se voit dépossédé de sa liberté originelle et que par cette dépossession n’est aucunement contrainte mais voulue de manière contractuelle, il faut bien qu’il y ait une contrepartie, un avantage. Quelle est cette contrepartie ?

On ne peut exagérer le caractère bénéfique de cette liberté naturelle. En effet, non seulement cette liberté première est hypothétique mais s’accompagne surtout de désavantages. (Cf. Hobbes, Rousseau et Kant)

Pour Rousseau, la solitude est une faiblesse ; bien difficile en effet de se défendre contre les dangers extérieurs. Pour Hobbes, l’état de nature, l’individu se retrouve sous la menace de l’autre.

[Il serait intéressant de préciser la conception de Hobbes de l'homme à l'état de nature]

Au contraire, la collectivité aura au moins, pour compenser la perte de la liberté d’origine, l’avantage d’assurer la sécurité par l’addition des forces de chacun. Si l’homme, hors de l’Etat vit dans l’indépendance et de liberté, dans l’Etat, il se voit certes dessaisi de ce bien précieux mais c’est pour recevoir, en contrepartie la sécurité (Hobbes).

Cet échange, liberté contre sécurité, n’aliène-t-il pas l’homme lui-même ? L’homme semble accepter ce « troc » pour des raisons de survie. Pour ne pas perdre la vie, l’homme ne perd-il pas son âme ?

Toujours est-il que le pouvoir ne semble pas ainsi être un facteur de liberté. Et, sur ce point, l’Ettat a souvent fait l’objet de critique.

Partie 2 : Critique de la machine étatique.

1°) Le point de vue anarchiste

L’Etat est par définition hostile à l’individu et à sa liberté (cf. Stirner ; Bakounine…). Pour la théorie anarchiste, rien ne vaut, pour l’homme, en dehors de sa liberté. L’Etat est obligatoirement contraignant. Il exige, en effet, la participation laborieuse, économique, à des tâches qui ne correspondent absolument pas aux désirs du sujet, de l’individu ;

C’est pourquoi, il faut donc détruire l’Etat, son pouvoir étant facteur d’oppression et d’aliénation. L’Etat, par la contrainte qu’il fait peser sur l’individu est liberticide, l’empêchant de se réaliser pleinement.

Il convient de substituer à l’Etat, l’association d’unités plus petites, plus limitées. Les hommes s’unissant spontanément sans qu’il soit besoin de les y contraindre ou de leur montrer qu’un pacte social est nécessaire pour leur bien.

2°) Le point de vue marxiste

On peut penser comme Marx et Engels que le pouvoir de l’Etat est forcément facteur de liberté et d’oppression, en tant que l’Etat lui-même ne représente pas d’autres intérêts que ceux de la classe dirigeante. L’Etat de son côté fait croire, grâce à l’idéologie qu’il diffuse, notamment par l’enseignement, le droit, la morale, etc., que les intérêts de l’Etat sont les intérêts universels.

Marx estime en effet que l’Etat ne peut représenter qu’une fraction d’une classe déterminée, par exemple, les financiers sous Louis-Philippe, ou qu’une classe peut contrôler l’Etat au détriment d’une autre. Dans cette optique, l’Etat n’est qu’une manifestation de la lutte des classes.

Dans cette perspective, la disparition de l’Etat est programmée après le socialisme dans le communisme, la lutte des classes devant cesser faute de combattant après la lutte finale qui voit la plus basse des classes sociale, le prolétariat, parvenir au pouvoir. La lutte des classes disparaitra avec  l’Etat lui-même : fin de l’Histoire !

Cette fin de l’Etat suppose une transformation radicale des citoyens qui devraient réagirent, après la révolution prolétarienne en termes d’intérêts immédiatement collectifs.

3°) Insuffisance de la critique anarchiste et de la critique marxiste

Le point de vue anarchiste et le point de vue marxiste s’oppose radicalement : l’anarchisme prône le tout pour l’individu alors que le marxisme, tout pour l’individu, mais, ces deux conceptions se retrouvent sur l’idée selon laquelle le pouvoir de l’Etat est facteur d’oppression et recherchent une solution pour de sortir de son carcan.

Mais, on peut voir, aussi bien dans l’anarchisme que dans le marxisme, une certaine nostalgie à l’égard d’une situation antérieure qui n’a sans doute jamais existée : le désir de l’anarchisme de retrouver un paradis perdu dans lequel l’homme en tant qu’individu est un être libre et qui aime son semblable ; le désir marxisme de retrouver un état antérieure à la lutte des classes et à l’histoire elle-même.

Certainement peut-on voir le pouvoir de l’Etat comme facteur de liberté et d’oppression, certainement peut-on en avoir l’impression. C’est justement cette impression qui fait que l’Etat a bien souvent mauvaise réputation. Il est vrai que cette impression peut se fonder sur une certaine réalité d’un Etat opprimant le citoyen. Cela est même évident dans les régimes totalitaires.

Cependant, s’il arrive que le pouvoir de l’Etat puisse être facteur de liberté et d’oppression ne devons-nous pas penser, que dans ce cas précis, il dévie de sa véritable destination, qu’il ne correspond pas à ce qu’il devrait être, à sa véritable définition ?

Le pouvoir de l’Etat ne doit-il pas être facteur de liberté, c’est-à-dire favoriser la liberté du citoyen ? La question est celle de savoir comment doit-on penser en droit l’Etat ?

Partie 3 : Etat et liberté

1°) L’Etat doit assurer l’égalité des citoyens et la liberté de tous

Si la loi est arbitraire, ou, si la loi est fondée sur l’autorité arbitraire d’un tyran, comme c’est le cas dans les pays totalitaires, il est certain que l’Etat sera facteur d’oppression et générateur d’inégalités et d’injustices en tout genre. Par contre, si la loi émane de la « volonté générale », elle assure l’égalité et la liberté. Dans ce cas, en effet, aucun désir n’est privilégié, le bonheur de chacun passe par la réalisation du bonheur collectif.

L’Etat de droit s’inscrit dans le cadre de lois qui définissent aussi bien les droits que les devoirs : à la liberté comme un droit pour chaque homme, correspond ses devoirs envers autrui. Dans un Etat de droit, il n’est pas admissible que certains puissent jouir de la liberté au détriment d’autres.  L’obéissance à la loi qu’on s’est prescrite est liberté, pourrait-on dire à l’instar de Rousseau.

2°) Le pouvoir de l’Etat doit défendre la volonté générale

[Cf. Rousseau, le Contrat Social]

La volonté générale est la volonté de chacun en tant que citoyen. L’Etat exige du citoyen de conformer sa propre volonté particulière à la volonté générale, comportement qui le conduit hors de lui-même, hors de l’égocentrisme et conduit vers le bonheur collectif.

Si par le contrat social les hommes perdent leur liberté originaire, ils y gagnent en liberté raisonnable (Cf. Kant)

3°) La nécessaire séparation des pouvoirs

Sur un point de vue moins philosophique, sur le plan de l’analyse sociopolitique, on peut dire que l’Etat est le garant de la liberté du citoyen lorsqu’il y a séparation des pouvoirs. En effet, les excès éventuels du pouvoir exécutif sont corrigés par le pouvoir judiciaire tandis que le pouvoir législatif est déterminé par la volonté générale.

Sans cette séparation des pouvoirs, tous les excès sont possibles.

La démocratie semble ainsi être le régime étatique le meilleur, ou, en tout cas celui dans lequel, il y a plus de chance que soit garanties liberté et égalité.

Proposition d’un bilan en vue de la construction d’une conclusion :

Nous savons que l’Etat a bien souvent mauvaise réputation, et si tel est le cas, c’est certainement du fait même qu’il ne correspond pas toujours à ce qu’il devrait être. Il est vrai, que son pouvoir peut très bien être facteur d’oppression. Le cas est évident dans les régimes despotiques.

Sauf à verser dans une utopie ou dans la nostalgie d’un bonheur perdu, on doit considérer l’Etat comme une nécessité dès lors que l’être humain vit en collectivité. Toute la difficulté dans la pratique est d’empêcher l’Etat de ne devenir que le représentant d’une minorité, et de garantir qu’il défend, au contraire les intérêts de tous. Dans ce cas, sans doute idéal, il est facteur de liberté réelle puisque c’est lui qui en définit le cadre et l’exercice possible.

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Bac Blanc pour la terminale ES

Publié par Hervé Moine le 3 avril 2009

Vous traiterez l’un des trois sujets de dissertation :

  1. Désobéir peut-il être un devoir ?

  2. Puis-je juger la culture à laquelle j’appartiens ?

  3. Peut-on critiquer la démocratie ?

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Montesquieu : le lien nécesaire entre démocratie, vertu politique et éducation…

Publié par Hervé Moine le 15 février 2009

Ce texte de Montesquieu peut nous permettre de réfléchir sur la démocratie.

Charles de Secondat, baron de La Brede et de Montesquieu

Charles de Secondat, baron de La Brède et de Montesquieu

“C’est dans le gouvernement républicain que l’on a besoin de toute la puissance de l’éducation. La crainte des gouvernements despotiques  naît d’elle-même parmi les menaces et les châtiments; l’honneur des monarchies est favorisé par les passions, et les favorise a son tour: mais la vertu  politique est un renoncement à  soi-même, qui est toujours une chose très pénible.

On peut définir cette vertu, l’amour des lois et de la patrie. Cet amour, demandant une préférence continuelle de l’intérêt public au sien propre, donne toutes les vertus particulières ; elles ne sont que cette préférence.

Cet amour est singulièrement affecté aux démocraties. Dans elles seules, le gouvernement est confié a chaque citoyen. Or, le gouvernement est comme toutes les choses du monde : pour le conserver, il faut l’aimer.

On n’a jamais ouï  dire que les rois n’aimassent pas la monarchie, et que les despotes haïssent le despotisme.

Tout dépend donc d’établir dans la république cet amour; et c’est à l’inspirer que l’éducation doit être attentive. Mais, pour que les enfants puissent l’avoir, il y a un moyen sur : c’est que les pères l’aient eux-mêmes.

On est ordinairement le maître de donner à ses enfants ses connaissances; on l’est encore plus de leur donner ses passions.  Si cela n’arrive pas, c’est que ce qui a été fait dans la maison paternelle est détruit par les impressions du dehors.

Ce n’est point le peuple naissent qui dégénère; il ne se perd que lorsque les hommes faits sont déjà corrompus”.

Montesquieu, L’esprit des lois , Tome 1, Livre 4, chapitre 5

Dans ce texte Montesquieu commence par une thèse, celle selon laquelle la démocratie exige nécessairement la vertu politique. La démocratie c’est le “gouvernement républicain” et la vertu politique étant “l’amour des lois et de la patrie”. Il en donne ensuite l’explication. La crainte est le fondement même du despotisme. Par conséquent, la démocratie ne peut s’appuyer sur la crainte. D’autre part, elle ne peut pas non plus se fonder sur l’honneur. L’honneur favorisé par les passions est le fondement de la monarchie. La conclusion qu’en tire Montesquieu est en fait une double conséquence : la vertu politique est nécessaire à la conservation de la démocratie, l’éducation est le moyen par lequel se transmet la vertu politique.

Ce texte est intéressant philosophiquement parlant en ce qu’il nous permet de réfléchir sur le maintien de la démocratie et en articulant celle-ci avec la vertu politique et l’éducation.

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