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Hobbes, Spinoza ou les politiques de la parole

Publié par Hervé Moine le 21 octobre 2009

hobbes spinoza ou politique de paroleSous la direction de Julie Saada, Hobbes, Spinoza ou les politiques de la parole, ENS Editions

Qu’entendre par modernité ?

Résulte-t-elle d’une transposition des schèmes théologiques et des dispositifs théologico-politiques propres au christianisme médiéval, ou bien s’est-elle affirmée contre son propre passé théologique, en rupture avec les formes héritées du passé ? Et comment situer, dans ce processus, les philosophies de Hobbes et de Spinoza, comprises tantôt comme héritières des théologies de la toute-puissance divine, de l’augustinisme ou de la Réforme, tantôt comme inaugurant les Lumières radicales qui se sont par la suite diffusées dans toute l’Europe jusqu’à culminer à la fin du XVIIIe siècle ? S’inspirant des thèses théoriques de Blumenberg et Koselleck, cet ouvrage se propose de faire apparaître que la philosophie politique de l’âge classique, en particulier Hobbes et Spinoza, annonce la modernité philosophique non pas en tant que forme sécularisée du théologico-politique médiéval mais, au contraire, en tant que rupture avec celui-ci.”
Présentation de l’éditeur.

Sous la direction de Julie Saada, Hobbes, Spinoza ou les politiques de la parole, ENS Editions

Table des matières

Introduction

  • La guerre juste, ou le choix d’un objet
  • Qu’est-ce que la guerre ?
  • Doctrines de la guerre juste et droit des conflits armés
  • Contre les doctrines de la guerre juste
  • Les distinctions conceptuelles
  • Pourquoi une histoire des doctrines ?

Chapitre premier. — Le jus ad bellum

  • Les critères du jus ad bellum
  • La juste cause dans l’histoire du droit de la guerre
  • De la guerre juste à la guerre régulière
  • Guerres préventives, guerres préemptives et interventions humanitaires

Chapitre II. — Le jus in bello

  • Du jus ad bellum au jus in bello
  • L’approche juridique. Le jus in bello, entre principe de nécessité et principe d’humanité
  • L’approche historique. Limiter la guerre : par la morale ou par l’étatisation des conflits ?
  • Les critères du jus in bello
  • Le problème des « dommages collatéraux » et la doctrine du double effet
  • Crimes et effectivité du jus in bello


Chapitre III. — Le jus post bellum

  • Les critères du jus post bellum
  • Sortie de guerre, restauration, reconstruction
  • La justice pénale internationale
  • Justice rétroactive et justice transitionnelle
  • Mémoire collective, jugements moraux et jus post bellum

Conclusion

Bibliographie

Julie Saada est professeure agrégée à l’Iufm de l’université de Paris 4 où elle enseigne la philosophie, et, la science politique à l’université de Paris 9 Dauphine. Elle est l’auteur de La tolérance, Paris, Garnier-Flammarion, 1999 ; et avec Christian Nadeau de Guerre juste, guerre injuste. Histoire, théories, critiques, Paris, PUF, 2009.

Sous la direction de Julie Saada, Hobbes, Spinoza ou les politiques de la parole, ENS Editions

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Broché: 192 pages
Editeur : ENS EDITIONS CENTRE DE PUBLICATIONS (30 septembre 2009)
Collection : La croisée des chemins
Langue : Français
ISBN-10: 2847881751
ISBN-13: 978-2847881752

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“Colloque pour le bicentenaire de la naissance de Proudhon” à Besançon du 15 au 17 octobre 2009

Publié par Hervé Moine le 24 septembre 2009

Le« Colloque pour le bicentenaire de la naissance de Proudhon » aura lieu les 15 et 16 octobre prochain à l’Opéra-théâtre de Besançon et le 17 octobre au Petit Kursaal,

Il est organisé par la ville de Besançon, l’Université de Franche-Comté (Laboratoire Logiques de l’agir), la MSH Claude Nicolas Ledoux, le Conseil Régional de Franche-Comté, Le Conseil Général du Doubs.

Pour plus de détails sur le colloque, voir l’article publié dans la Revue du MAUSS permanente, le 23 septembre 2009 :

http://www.journaldumauss.net/spip.php?article549

Pierre Joseph Proudhon (1809-1865)« Pierre-Joseph Proudhon, né le 15 janvier 1809 à Besançon dans le Doubs et mort le 19 janvier 1865 à Passy, était un polémiste, publiciste, économiste, et sociologue français, le premier à se qualifier d’anarchiste. Proudhon est célèbre pour sa fameuse formule « la propriété, c’est le vol ! » dans son mémoire Qu’est ce que la propriété ? Ou recherches sur le principe du droit et du gouvernement qui fut son premier ouvrage majeur, publié en 1840.

La publication de Qu’est-ce que la propriété ? attire l’attention des autorités françaises mais aussi de Karl Marx qui entame une correspondance avec Proudhon. Les deux hommes s’influencent mutuellement ; ils se rencontrent à Paris où Marx est en exil. Leur amitié s’achève quand, en réponse à La Philosophie de la misère de Proudhon, Marx écrit La Misère de la philosophie. Au sein de l’Association internationale des travailleurs (première Internationale), il y eut une scission entre les anarchistes de Bakounine et ceux de Proudhon. Les mutualistes proudhoniens pensaient que la propriété collective était indésirable et que la révolution sociale pouvait être atteinte pacifiquement.

Proudhon donna dans son Système des contradictions économiques publié en 1846 une explication de la société fondée sur l’existence de réalités contradictoires. Ainsi la propriété manifeste l’inégalité mais est l’objet même de la liberté, le machinisme accroît la productivité mais détruit l’artisanat et soumet le salarié, in fine la liberté elle-même est à la fois indispensable mais cause de l’inégalité. Ces contradictions sont éternelles et n’annoncent nullement l’autodestruction du capitalisme qu’aurait annoncée Marx.

Dans son livre Les Confessions d’un révolutionnaire pour servir à l’histoire de la Révolution de Février, Proudhon écrit entre autres choses la fameuse phrase « l’anarchie c’est l’ordre sans le pouvoir ». Il tenta de créer une banque nationale qui donne des prêts sans intérêts, similaire d’une certaine façon aux mutuelles d’aujourd’hui. » Wikipedia

Pour en savoir davantage sur Pierre-Joseph Proudhon voir notamment la page qui lui est consacrée dans Wikipedia : http://fr.wikipedia.org/wiki/Pierre-Joseph_Proudhon

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Bac philo 2009 : Sujets nationaux des séries Technologiques 2009

Publié par Hervé Moine le 18 juin 2009

Sujet 1

Peut-on être sûr d’avoir raison ?

Sujet 2

La technique s’oppose-t-elle à la nature ?

Sujet 3

Pour expliquer ce texte, vous répondrez aux questions suivantes, qui sont destinées principalement à guider votre rédaction. Elles ne sont pas indépendantes les unes des autres et demandent que le texte soit d’abord étudié dans son ensemble.

« La loi ne consiste pas tant à limiter un agent libre et intelligent qu’à le guider vers ses propres intérêts, et elle ne prescrit pas au-delà de ce qui conduit au bien général de ceux qui sont assujettis à cette loi. S’ils pouvaient être plus heureux sans elle, la loi s’évanouirait comme une chose inutile ; et ce qui nous empêche seulement de tomber dans les marais et les précipices mérite mal le nom de contrainte. De sorte que, quelles que soient les erreurs commises à son propos, la finalité de la loi n’est pas d’abolir ou de restreindre mais de préserver et d’élargir la liberté ; et dans toutes les conditions des êtres créés qui sont capables de vivre d’après des lois, là où il n’y a pas de loi, il n’y a pas de liberté. Car la liberté consiste à être délivré de la contrainte et de la violence exercées par autrui, ce qui ne peut être lorsqu’il n’y a point de loi ; mais la liberté n’est pas ce que l’on nous dit, à savoir une liberté, pour tout homme, de faire ce qui lui plaît (car qui peut être libre quand n’importe quel homme peut nous imposer ses humeurs ?). Mais c’est une liberté de disposer et d’ordonner comme on l’entend sa personne, ses actions, ses biens et l’ensemble de sa propriété, dans les limites de ce qui est permis par les lois auxquelles on est soumis ; et, dans ces limites, de ne pas être assujetti à la volonté arbitraire de quiconque, mais de suivre librement sa propre volonté. »

Locke

Questions :

1. Dégagez la thèse de ce texte et mettez en évidence les étapes de son argumentation.

2.

a. Précisez la conception de la liberté à laquelle Locke s’oppose dans ce texte.

b. En vous appuyant sur l’image de la ligne 4, expliquez : « guider [un agent libre et intelligent] vers ses propres intérêts ».

c. Comment Locke définit-il la liberté ? Expliquez cette définition en vous appuyant précisément sur le texte.

3. La loi est-elle la condition de la liberté ?

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Bac philo juin 2009 : Les sujets nationaux

Publié par Hervé Moine le 18 juin 2009

Je viens de recevoir par mes collègues métropolitains, les sujets de l’épreuve de philosophie du baccalauréat sur les quels ont planché, aujourd’hui, les candidats de la France hexagonale. Aussi, je vous les soumets, avant d’aller chercher mon lot de copies à corriger. C’est la 20ème session de bac que je corrige : ça se fête !

Je n’ai pas les sujets des séries technologiques.

Hervé Moine

Série L

Sujet 1

Le langage trahit-il la pensée ?

Sujet 2

L’objectivité de l’histoire suppose-t-elle l’impartialité de l’historien ?

Sujet 3

Un extrait du «Monde comme volonté et comme représentation» de SCHOPENHAUER.

Il n’y a pas de satisfaction qui d’elle-même et comme de son propre mouvement vienne à nous ; il faut qu’elle soit la satisfaction d’un désir. Le désir, en effet, la privation, est la condition préliminaire de toute jouissance. Or avec la satisfaction cesse le désir et par conséquent la jouissance aussi. Donc la satisfaction, le contentement ne sauraient être qu’une délivrance à l’égard d’une douleur, d’un besoin ; sous ce nom, il ne faut pas entendre en effet seulement la souffrance effective, visible, mais toute espèce de désir qui, par son importunité, trouble notre repos, et même cet ennui qui tue, qui nous fait de l’existence un fardeau.

Or c’est une entreprise difficile d’obtenir, de conquérir un bien quelconque ; pas d’objet qui ne soit séparé de nous par des difficultés, des travaux sans fin ; sur la route, à chaque pas, surgissent des obstacles. Et la conquête une fois faite, l’objet atteint, qu’a-t-on gagné ? Rien assurément, que de s’être délivré de quelque souffrance, de quelque désir, d’être revenu à l’état où l’on se trouvait avant l’apparition de ce désir.

Le fait immédiat pour nous, c’est le besoin tout seul c’est-à-dire la douleur. Pour la satisfaction et la jouissance, nous ne pouvons les connaître qu’indirectement ; il nous faut faire appel au souvenir de la souffrance, de la privation passée, qu’elles ont chassées tout d’abord. Voilà pourquoi les biens, les avantages qui sont actuellement en notre possession, nous n’en avons pas une vraie conscience, nous ne les apprécions pas ; il nous semble qu’il n’en pouvait être autrement ; et, en effet, tout le bonheur qu’ils nous donnent, c’est d’écarter de nous certaines souffrances. Il faut les perdre pour en sentir le prix ; le manque, la privation, la douleur, voilà la chose positive, et qui sans intermédiaire s’offre à nous.

Série ES

Sujet 1

Que gagne-t-on à échanger ?

Sujet 2

Le développement technique transforme-t-il les hommes ?

Sujet 3

Un extrait d’ «Essai sur l’entendement humain» de John LOCKE

Quant à savoir s’il existe le moindre principe moral qui fasse l’accord de tous, j’en appelle à toute personne un tant soit peu versée dans l’histoire de l’humanité, qui ait jeté un regard plus loin que le bout de son nez. Où trouve-t-on cette vérité pratique universellement acceptée sans doute ni problème aucun, comme devrait l’être une vérité innée ? La justice et le respect des contrats semblent faire l’accord du plus grand nombre ; c’est un principe qui, pense-t-on, pénètre jusque dans les repaires de brigands, et dans les bandes des plus grands malfaiteurs ; et ceux qui sont allés le plus loin dans l’abandon de leur humanité respectent la fidélité et la justice entre eux.

Je reconnais que les hors-la-loi eux-mêmes les respectent entre eux ; mais ces règles ne sont pas respectées comme des lois de nature innées : elles sont appliquées comme des règles utiles dans leur communauté ; et on ne peut concevoir que celui qui agit correctement avec ses complices mais pille et assassine en même temps le premier honnête homme venu, embrasse la justice comme un principe pratique.

La justice et la vérité sont les liens élémentaires de toute société : même les hors-la-loi et les voleurs, qui ont par ailleurs rompu avec le monde, doivent donc garder entre eux la fidélité et les règles de l’équité, sans quoi ils ne pourraient rester ensemble. Mais qui soutiendrait que ceux qui vivent de fraude et de rapine ont des principes innés de vérité et de justice, qu’ils acceptent et reconnaissent ?

Série S

Sujet 1

Est-il absurde de désirer l’impossible ?

Sujet 2

Y a-t-il des questions auxquelles aucune science ne répond ?

Sujet 3

Un extrait de «De la démocratie en Amérique» de TOCQUEVILLE

Les affaires générales d’un pays n’occupent que les principaux citoyens. Ceux-là ne se rassemblent que de loin en loin dans les mêmes lieux ; et, comme il arrive souvent qu’ensuite ils se perdent de vue, il ne s’établit pas entre eux de liens durables. Mais quand il s’agit de faire régler les affaires particulières d’un canton par les hommes qui l’habitent, les mêmes individus sont toujours en contact, et ils sont en quelque sorte forcés de se connaître et de se complaire.

On tire difficilement un homme de lui-même pour l’intéresser à la destinée de tout l’État, parce qu’il comprend mal l’influence que la destinée de l’État peut exercer sur son sort. Mais faut-il faire passer un chemin au bout de son domaine, il verra d’un premier coup d’œil qu’il se rencontre un rapport entre cette petite affaire publique et ses plus grandes affaires privées, et il découvrira, sans qu’on le lui montre, le lien étroit qui unit ici l’intérêt particulier à l’intérêt général.

C’est donc en chargeant les citoyens de l’administration des petites affaires, bien plus qu’en leur livrant le gouvernement des grandes, qu’on les intéresse au bien public et qu’on leur fait voir le besoin qu’ils ont sans cesse les uns des autres pour le produire.

On peut, par une action d’éclat, captiver tout à coup la faveur d’un peuple ; mais, pour gagner l’amour et le respect de la population qui vous entoure, il faut une longue succession de petits services rendus, de bons offices obscurs, une habitude constante de bienveillance et une réputation bien établie de désintéressement. Les libertés locales, qui font qu’un grand nombre de citoyens mettent du prix à l’affection de leurs voisins et de leurs proches, ramènent donc sans cesse les hommes les uns vers les autres, en dépit des instincts qui les séparent, et les forcent à s’entraider.

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Baccalauréat 2009 Antilles-Guyane Série ES

Publié par Hervé Moine le 16 juin 2009

Sujet 1

Pourquoi vouloir à tout prix connaître la vérité ?

Sujet 2

Le droit doit-il être fondé sur la nature ?

Sujet 3

Nous sentons la douleur, mais non l’absence de douleur; le souci, mais non l’absence de souci ; la crainte, mais non la sécurité. Nous ressentons le désir, comme nous ressentons la faim et la soif ; mais le désir est-il satisfait, aussitôt il en advient de lui comme de ces morceaux goûtés par nous et qui cessent d’exister pour notre sensibilité, dès le moment où nous les avalons. Nous remarquons douloureusement l’absence des jouissances et des joies, et nous les regrettons aussitôt; au contraire, la disparition de la douleur, quand bien même elle ne nous quitte qu’après longtemps, n’est pas immédiatement sentie, mais tout au plus y pense-t-on parce qu’on veut y penser, par le moyen de la réflexion. Seules, en effet, la douleur et la privation peuvent produire une impression positive et par là se dénoncer d’elles-mêmes : le bien-être, au contraire, n’est que pure négation. Aussi n’apprécions-nous pas les trois plus grands biens de la vie, la santé, la jeunesse et la liberté, tant que nous les possédons ; pour en comprendre la valeur, il faut que nous les ayons perdus, car ils sont aussi négatifs. Que notre vie était heureuse, c’est ce dont nous ne nous apercevons qu’au moment où ces jours heureux ont fait place à des jours malheureux. Autant les jouissances augmentent, autant diminue l’aptitude à les goûter : le plaisir devenu habitude n’est plus éprouvé comme tel. Mais par là-même grandit la faculté de ressentir la souffrance; car la disparition d’un plaisir habituel cause une impression douloureuse. Ainsi la possession accroît la mesure de nos besoins, et du même coup la capacité de ressentir la douleur.

Schopenhauer, Le monde comme volonté et représentation

La connaissance de la doctrine de l’auteur n’est pas requise. Il faut et il suffit que l’explication rende compte, par la compréhension précise du texte, du problème dont il est question.

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Sujet : Le pouvoir de l’Etat est-il facteur de liberté ou d’oppression ?

Publié par Hervé Moine le 4 avril 2009

Je vous propose sur ce sujet des éléments pour rédiger une dissertation. Il s’agit d’une démarche possible qui demande à être travailler davantage. D’ailleurs c’est l’exercice que je demande, celui, de développer, notamment l’analyse conceptuelles des différentes notions importantes : “pouvoir”, “État”, “liberté”, “oppression”, “démocratie”, “totalitarisme”, “individu”, “société”, “état de nature” et “état de société, “pacte social”, “volonté générale”, “séparation des pouvoirs”… d’articuler ces notions dans le cadre du problème que soulève le sujet. D’autre part, il est possible de nourrir ce travail par l’étude de certaines références : l’état de nature selon Hobbes et selon Rousseau ; la nécessité d’un pacte social, selon Hobbes et selon Rousseau ; la critique anarchiste de l’État ; la critique marxiste de l’État ; La volonté générale selon Rousseau… Bien sûr cette liste n’est aucunement exhaustive et exclusive…

Autrement dit, au lieu de prendre ce qui suit comme un corrigé, il est préférable d’y voir l’occasion de travailler à la fois sur le plan des connaissances des notions et des auteurs et sur le plan de la méthode de la dissertation, l’expérience pour ce type d’exercice.

Sujet : Le pouvoir de l’Etat est-il facteur de liberté ou d’oppression ?

Proposition d’élément pour la construction de l’introduction :

L’État semble ou bien nous interdire ou bien nous contraindre. Ainsi est-il fréquent que l’individu ressente la présence de l’État comme un poids faisant obstacle à ses désirs spontanés, mais exigeant par contre des comportements qui ne sont pas toujours ressentis comme agréables, le paiement des impôts ou la surveillance. De tels comportements qui se fondent sur une conception immédiate, et par conséquent souvent peu réfléchie, de la liberté, suffisent-ils pour affirmer que l’État utilise tout son pouvoir pour nous opprimer et nous contraindre ? Ne doit-on pas, au contraire, admettre qu’il favorise, plutôt la liberté du citoyen ? Mais si tel est le cas qu’est-ce qui fait que l’on n’est pas persuadé ? Qu’en est-il exactement ? Le pouvoir de l’État est-il facteur de liberté ou d’illusion ?

Proposition d’une démarche possible pour la rédaction d’un développement :

Partie 1 : Hors de l’Etat, l’homme apparaît indépendant.

1°) La liberté élémentaire de l’homme naturel.

On peut vraisemblablement affirmer avec les théoriciens du droit naturel qu’il existe dans l’homme premier, une liberté élémentaire.

On peut penser, par exemple, avec Rousseau, que la solitude de l’homme à l’état de nature s’accompagne de la faculté de pouvoir satisfaire ses désirs à sa guise, sans tenir compte de la présence d’autrui.

2°) Aliénation de la liberté initiale exigée par le Contrat social

Dès que les premiers groupes sociaux se constituent, la cohabitation entraine nécessairement une transformation de cette liberté naturelle. On ne peut plus vivre comme si autrui n’existait pas. Ma liberté naturelle se heurte alors avec celle d’autrui.

Si la vie en société est nécessaire ; s’il est nécessaire d’ériger un pacte, un contrat social, il est donc nécessaire également d’aliéner sa liberté initiale. On ne vit collectivement qu’à la condition d’une aliénation absolue de la liberté initiale.

Il semble donc bien qu’à ce niveau que le pouvoir de l’Etat est plutôt facteur d’oppression que de liberté, puisque l’Etat exige la dépossession de ce bien naturel qu’est la liberté.

3°) Avantages de la vie en collectivité

Si l’homme, dans la vie en société se voit dépossédé de sa liberté originelle et que par cette dépossession n’est aucunement contrainte mais voulue de manière contractuelle, il faut bien qu’il y ait une contrepartie, un avantage. Quelle est cette contrepartie ?

On ne peut exagérer le caractère bénéfique de cette liberté naturelle. En effet, non seulement cette liberté première est hypothétique mais s’accompagne surtout de désavantages. (Cf. Hobbes, Rousseau et Kant)

Pour Rousseau, la solitude est une faiblesse ; bien difficile en effet de se défendre contre les dangers extérieurs. Pour Hobbes, l’état de nature, l’individu se retrouve sous la menace de l’autre.

[Il serait intéressant de préciser la conception de Hobbes de l'homme à l'état de nature]

Au contraire, la collectivité aura au moins, pour compenser la perte de la liberté d’origine, l’avantage d’assurer la sécurité par l’addition des forces de chacun. Si l’homme, hors de l’Etat vit dans l’indépendance et de liberté, dans l’Etat, il se voit certes dessaisi de ce bien précieux mais c’est pour recevoir, en contrepartie la sécurité (Hobbes).

Cet échange, liberté contre sécurité, n’aliène-t-il pas l’homme lui-même ? L’homme semble accepter ce « troc » pour des raisons de survie. Pour ne pas perdre la vie, l’homme ne perd-il pas son âme ?

Toujours est-il que le pouvoir ne semble pas ainsi être un facteur de liberté. Et, sur ce point, l’Ettat a souvent fait l’objet de critique.

Partie 2 : Critique de la machine étatique.

1°) Le point de vue anarchiste

L’Etat est par définition hostile à l’individu et à sa liberté (cf. Stirner ; Bakounine…). Pour la théorie anarchiste, rien ne vaut, pour l’homme, en dehors de sa liberté. L’Etat est obligatoirement contraignant. Il exige, en effet, la participation laborieuse, économique, à des tâches qui ne correspondent absolument pas aux désirs du sujet, de l’individu ;

C’est pourquoi, il faut donc détruire l’Etat, son pouvoir étant facteur d’oppression et d’aliénation. L’Etat, par la contrainte qu’il fait peser sur l’individu est liberticide, l’empêchant de se réaliser pleinement.

Il convient de substituer à l’Etat, l’association d’unités plus petites, plus limitées. Les hommes s’unissant spontanément sans qu’il soit besoin de les y contraindre ou de leur montrer qu’un pacte social est nécessaire pour leur bien.

2°) Le point de vue marxiste

On peut penser comme Marx et Engels que le pouvoir de l’Etat est forcément facteur de liberté et d’oppression, en tant que l’Etat lui-même ne représente pas d’autres intérêts que ceux de la classe dirigeante. L’Etat de son côté fait croire, grâce à l’idéologie qu’il diffuse, notamment par l’enseignement, le droit, la morale, etc., que les intérêts de l’Etat sont les intérêts universels.

Marx estime en effet que l’Etat ne peut représenter qu’une fraction d’une classe déterminée, par exemple, les financiers sous Louis-Philippe, ou qu’une classe peut contrôler l’Etat au détriment d’une autre. Dans cette optique, l’Etat n’est qu’une manifestation de la lutte des classes.

Dans cette perspective, la disparition de l’Etat est programmée après le socialisme dans le communisme, la lutte des classes devant cesser faute de combattant après la lutte finale qui voit la plus basse des classes sociale, le prolétariat, parvenir au pouvoir. La lutte des classes disparaitra avec  l’Etat lui-même : fin de l’Histoire !

Cette fin de l’Etat suppose une transformation radicale des citoyens qui devraient réagirent, après la révolution prolétarienne en termes d’intérêts immédiatement collectifs.

3°) Insuffisance de la critique anarchiste et de la critique marxiste

Le point de vue anarchiste et le point de vue marxiste s’oppose radicalement : l’anarchisme prône le tout pour l’individu alors que le marxisme, tout pour l’individu, mais, ces deux conceptions se retrouvent sur l’idée selon laquelle le pouvoir de l’Etat est facteur d’oppression et recherchent une solution pour de sortir de son carcan.

Mais, on peut voir, aussi bien dans l’anarchisme que dans le marxisme, une certaine nostalgie à l’égard d’une situation antérieure qui n’a sans doute jamais existée : le désir de l’anarchisme de retrouver un paradis perdu dans lequel l’homme en tant qu’individu est un être libre et qui aime son semblable ; le désir marxisme de retrouver un état antérieure à la lutte des classes et à l’histoire elle-même.

Certainement peut-on voir le pouvoir de l’Etat comme facteur de liberté et d’oppression, certainement peut-on en avoir l’impression. C’est justement cette impression qui fait que l’Etat a bien souvent mauvaise réputation. Il est vrai que cette impression peut se fonder sur une certaine réalité d’un Etat opprimant le citoyen. Cela est même évident dans les régimes totalitaires.

Cependant, s’il arrive que le pouvoir de l’Etat puisse être facteur de liberté et d’oppression ne devons-nous pas penser, que dans ce cas précis, il dévie de sa véritable destination, qu’il ne correspond pas à ce qu’il devrait être, à sa véritable définition ?

Le pouvoir de l’Etat ne doit-il pas être facteur de liberté, c’est-à-dire favoriser la liberté du citoyen ? La question est celle de savoir comment doit-on penser en droit l’Etat ?

Partie 3 : Etat et liberté

1°) L’Etat doit assurer l’égalité des citoyens et la liberté de tous

Si la loi est arbitraire, ou, si la loi est fondée sur l’autorité arbitraire d’un tyran, comme c’est le cas dans les pays totalitaires, il est certain que l’Etat sera facteur d’oppression et générateur d’inégalités et d’injustices en tout genre. Par contre, si la loi émane de la « volonté générale », elle assure l’égalité et la liberté. Dans ce cas, en effet, aucun désir n’est privilégié, le bonheur de chacun passe par la réalisation du bonheur collectif.

L’Etat de droit s’inscrit dans le cadre de lois qui définissent aussi bien les droits que les devoirs : à la liberté comme un droit pour chaque homme, correspond ses devoirs envers autrui. Dans un Etat de droit, il n’est pas admissible que certains puissent jouir de la liberté au détriment d’autres.  L’obéissance à la loi qu’on s’est prescrite est liberté, pourrait-on dire à l’instar de Rousseau.

2°) Le pouvoir de l’Etat doit défendre la volonté générale

[Cf. Rousseau, le Contrat Social]

La volonté générale est la volonté de chacun en tant que citoyen. L’Etat exige du citoyen de conformer sa propre volonté particulière à la volonté générale, comportement qui le conduit hors de lui-même, hors de l’égocentrisme et conduit vers le bonheur collectif.

Si par le contrat social les hommes perdent leur liberté originaire, ils y gagnent en liberté raisonnable (Cf. Kant)

3°) La nécessaire séparation des pouvoirs

Sur un point de vue moins philosophique, sur le plan de l’analyse sociopolitique, on peut dire que l’Etat est le garant de la liberté du citoyen lorsqu’il y a séparation des pouvoirs. En effet, les excès éventuels du pouvoir exécutif sont corrigés par le pouvoir judiciaire tandis que le pouvoir législatif est déterminé par la volonté générale.

Sans cette séparation des pouvoirs, tous les excès sont possibles.

La démocratie semble ainsi être le régime étatique le meilleur, ou, en tout cas celui dans lequel, il y a plus de chance que soit garanties liberté et égalité.

Proposition d’un bilan en vue de la construction d’une conclusion :

Nous savons que l’Etat a bien souvent mauvaise réputation, et si tel est le cas, c’est certainement du fait même qu’il ne correspond pas toujours à ce qu’il devrait être. Il est vrai, que son pouvoir peut très bien être facteur d’oppression. Le cas est évident dans les régimes despotiques.

Sauf à verser dans une utopie ou dans la nostalgie d’un bonheur perdu, on doit considérer l’Etat comme une nécessité dès lors que l’être humain vit en collectivité. Toute la difficulté dans la pratique est d’empêcher l’Etat de ne devenir que le représentant d’une minorité, et de garantir qu’il défend, au contraire les intérêts de tous. Dans ce cas, sans doute idéal, il est facteur de liberté réelle puisque c’est lui qui en définit le cadre et l’exercice possible.

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Bac Blanc pour la terminale ES

Publié par Hervé Moine le 3 avril 2009

Vous traiterez l’un des trois sujets de dissertation :

  1. Désobéir peut-il être un devoir ?

  2. Puis-je juger la culture à laquelle j’appartiens ?

  3. Peut-on critiquer la démocratie ?

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Obéir, est-ce renoncer à sa liberté ?

Publié par Hervé Moine le 23 mars 2009

Proposition d’une introduction

Il apparaît évident que l’obéissance s’oppose à la liberté. En effet, obéir est se soumettre à une volonté, à une loi extérieure à soi, alors qu’être libre c’est être soi-même le sujet de sa propre volonté, de sa propre loi.

Cependant, à y réfléchir de plus près, on peut faire apparaître un jugement tout à fait inverse. On peut également observer en effet que la soumission à la volonté étrangère peut ou bien volontaire ou bien forcée. Si elle est volontaire, elle est donc acceptée, et, dans ce cas, il n’y a pas renonciation à la liberté, puisque l’obéissance provient d’un choix qui a été fait à partir d’une libre décision du sujet. Et, si elle est au contraire forcée, il n’y a pas plus renonciation à la liberté, celle-ci ne pouvant plus simplement s’exercer. Ou bien j’accepte volontairement d’obéir et je renonce nullement à ma liberté ou bien on me force par la contrainte d’obéir et je ne peux l’exercer ce qui ne veut pas dire que j’y ai renoncé.

Mais n’est-il pas un type d’obéissance remettant en cause la liberté ? Puis-je décider à mon gré d’obéir ou de ne pas obéir aux lois du déterminisme naturel ? Les lois de la nature ne me laissent pas le choix. Et les lois politiques et juridiques ainsi que les lois morales ne me mettent-elles pas, de la même manière, dans l’obligation de m’y soumettre ? Y a-t-il contradiction entre être libre et être soumis aux lois ? En d’autres termes, obéir, est-ce renoncer à sa liberté ?

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Semaine d’éducation contre le racisme

Publié par Hervé Moine le 15 mars 2009

Du 16 mars au 21 mars, le Semaine d’éducation contre le racisme est marquée par de nombreuses manifestations organisées par le collectif pour la Semaine. L’occasion pour nous de réfléchir sur ce thème, pour comprendre certainement mais aussi pour trouver le moyen de lutter efficacement contre ce qui ne devrait plus être.

semracisme

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Etude du livre I du Contrat Social de Rousseau Cours n°14

Publié par Hervé Moine le 13 février 2009

Jean Jacques Rousseau

Jean Jacques Rousseau

Analyse du chapitre IX « Du domaine réel »

« Domaine réel »

Que signifie cette expression ? Rousseau entend par cette expression tout ce qui concerne les biens, les propriétés, par opposition à tout ce qui concerne les personnes. La possession est le terrain acquis par un individu dans des conditions plus ou moins légitimes (recours à la force, premier occupant, premier à avoir mis le terrain en valeur, etc.). Il doit souvent la défendre les armes à la main, car personne ne reconnaît la légitimité de son acquisition. La possession est fragile, menacée par les exclus ou les appétits féroces qui la convoitent. Lorsqu’un homme souscrit le contrat, il remet ses possessions à la communauté. On peut s’interroger sur l’utilité de cet acte, étant donné que cette dernière les restitue aussitôt sous forme de propriétés. En fait, cela permet à chaque membre de comprendre qu’il ne doit pas ses propriétés à lui-même, mais à la communauté. D’ailleurs celle-ci l’a fait « dépositaire » de la partie du bien public que nous appelons propriété et qui sera sa propriété. Or, ce que la communauté a laissé en dépôt, elle peut le reprendre si le propriétaire en fait mauvais usage ou ne respecte pas les lois. En ce sens, les biens sont les garants de la fidélité de chacun à la loi. Si un homme la transgresse, ses biens peuvent être confisqués. En outre, si l’intérêt général l’exige, il pourra être exproprié en étant dédommagé. Il s’agit donc d’une restriction de droit de propriété. Toutefois, à cet inconvénient sont liés des avantages. Une propriété étant une possession reconnue comme légitime par l’ensemble de la collectivité, elle cesse ainsi d’être convoitée. De plus, alors que le possédant ne peut compter que sur lui-même pour défendre sa possession, le propriétaire peut compter sur la force commune. Sa propriété est donc plus assurée.

Mais Rousseau va encore limiter le droit de propriété en indiquant que « l’acte positif qui le rend propriétaire de quelque bien l’exclut de tout le reste ». En d’autres termes, le propriétaire ne peut accroître ses propriétés, « il doit s’y borner ». Il devient impossible aux riches de s’enrichir davantage aux dépens des pauvres. Mais comme leurs biens sont reconnus, le contrat pour eux aussi s’avère avantageux. En outre, nouvelle limitation au droit de propriété, « on n’occupe que la quantité dont on a besoin pour subsister ». Or, comme les besoins des hommes sont à peu près identiques, Rousseau invite à un certain égalitarisme. « Que nul citoyen ne soit assez opulent pour pouvoir en acheter un autre, et nul assez pauvre pour être contraint de se vendre », dira-t-il au livre II, chapitre IX du Contrat.

Tout le superflu doit être remis à la communauté. Enfin, encore une restriction, la propriété n’est légitime que mise en valeur, exploitée « par le travail et la culture », sinon la communauté peut la reprendre. Ainsi Rousseau accorde le droit de propriété mais lui impose de sérieuses limites.

Par le contrat social, les individus aliènent tous leurs droits et leurs biens à la communauté. Comme cette aliénation a été librement consentie, c’est légitimement, vis-à-vis de ses membres, que la communauté détient ces biens. Mais entre elle et les autres communautés, il n’y a pas de contrat social et, par conséquent, ses biens ne sont pas reconnus comme légitimes par les autres communautés. En effet, ces biens reposent soit sur le droit du plus fort, et nous avons vu que ce prétendu droit n’en est pas un, soit sur le droit du premier occupant, droit qui n’est légitime que reconnu par les autres communautés. Or il n’y a pas de contrat entre les communautés qui sont, les unes vis-à-vis des autres, dans l’état de nature. L’avantage du contrat est la défense des biens du peuple contre l’agression étrangère, non plus par des forces isolées, mais par la force commune.

Rousseau assure que la terre appartient à tous, un peu comme si Dieu l’avait mise à la disposition de l’ensemble de l’humanité. Dès lors, toute tentative pour s’approprier un territoire quelconque, qu’elle vienne d’un particulier ou d’un peuple, paraît illégitime. Un tel argument ferait apparaître Rousseau comme un penseur internationaliste opposé à la notion de nation. En fait, il n’en est rien. A l’individualisme et à l’universalisme, Rousseau préfère le civisme. Il rejette le cosmopolitisme qui nie les singularités. Il propose plutôt des Républiques aux dimensions modestes qui s’accordent avec l’expérience humaine et rendent possible la démocratie directe. Pourtant, une fois instaurées, ces Républiques excluent de leur territoire « le reste des hommes ». Mais cette exclusion serait légitime lorsque le peuple qui s’est approprié le territoire n’occupe que ce qui lui est nécessaire et le met en valeur par le travail.

Il ne suffit pas, pour assurer la possession légitime d’un territoire, d’être le premier à y avoir mis le pied, ou à avoir planté son drapeau. De même qu’il ne suffit pas d’avoir la force d’écarter les autres. Celui qui occupe un terrain disponible correspondant à ses besoins, en l’exploitant, en le mettant en valeur (triple condition), inscrit sa possession dans la réalité. Celui qui se contente d’être le plus fort et d’en écarter les autres a une attitude moins légitime. Cependant, seule la caution de la communauté transforme la possession en véritable droit de propriété.

Se prétendre roi des Français … , c’est lier son pouvoir au peuple de France, laisser supposer que son consentement est nécessaire. Aussi les régimes absolutistes préfèrent-ils l’expression « roi de France … » car dans cette perspective le consentement des Français paraît moins indispensable. Les mécontents peuvent toujours partir.

« Egalité naturelle – égalité conventionnelle »

Dans le dernier paragraphe du premier livre Rousseau distingue l’égalité naturelle de l’égalité conventionnelle. Tout d’abord, l’égalité naturelle tenait au fait que tous étaient placés dans les mêmes conditions, puisqu’ils pouvaient tous jouir librement de leurs propres forces. Mais une telle égalité recouvrait des inégalités dans la mesure où les forces de chacun étaient inégales comme leurs dons, leurs talents, leurs capacités. Ensuite, l’égalité conventionnelle, égalité de droit, égalité morale, est donc plus satisfaisante. Dans la communauté, la loi est la même pour tous, quelle que soit la force de chacun.

Remarques sur le droit de propriété selon Rousseau

La position de Rousseau, en ce qui concerne la propriété individuelle, a considérablement évolué. Dans le Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité, Rousseau faisait de la propriété la cause des malheurs de l’humanité. Il semblait condamner le droit de propriété. Mais, dans le Contrat Social, il reconnaît ce droit et charge même l’État de le défendre, en ayant recours à la force publique si besoin est. En fait, entre le Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité et le Contrat, quelques années se sont écoulées. Rousseau, qui pensait tout d’abord possible de changer les hommes, a renoncé à ses illusions. Il dit textuellement dans le Contrat Social qu’il prend « les hommes tels qu’ils sont et les lois telles qu’elles peuvent être ». Or, les hommes sont maintenant attachés à la propriété privée. Il n’essaiera pas de les changer car son expérience lui a fait comprendre la vanité d’une telle tentative.

Ne semble-t-il pas qu’en politique, le réalisme consiste à renoncer à la transformation des hommes et à s’occuper uniquement du changement des institutions. Encore, faut-il ne s’attaquer qu’à celles qui méritent réellement d’être changées ?

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