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Articles Tagués ‘esthétique’

Une histoire de la modernité artistique éloignée du dogme moderniste

Publié par Hervé Moine le 31 octobre 2011

Jacques Rancières

Aisthesis

Scènes du régime esthétique de l’art

Aux éditions Galilée

Le philosophe Jacques Rancière nous livre une approche plus concrète des régimes d’identification de l’art dont il a conçu le concept, et notamment du régime esthétique de l’art.

Présentation de l’ouvrage par l’éditeur

Du Torse du Belvédère analysé par Winckelmann au décor des métayers de l’Alabama décrit par James Agee, en passant par une visite de Hegel au musée, une conférence d’Emerson à Boston, une soirée de Mallarmé aux Folies-Bergère, une exposition à Paris ou New York, une mise en scène à Moscou ou la construction d’une usine à Berlin, Jacques Rancière examine une quinzaine d’événements ou de moments, célèbres ou obscurs, où l’on se demande ce qui fait l’art et ce qu’il fait.

À travers ces épisodes on voit un régime de perception et d’interprétation de l’art se constituer et se transformer  en effaçant les spécificités des arts et les frontières qui les séparaient de l’expérience ordinaire. On apprend comment une statue mutilée peut devenir une oeuvre parfaite, une image d’enfants pouilleux une représentation de l’idéal, une culbute de clowns l’envol dans le ciel poétique, un meuble un temple, un escalier un personnage, une salopette rapiécée un habit de prince, les circonvolutions d’un voile une cosmogonie, et un montage accéléré de gestes la réalité sensible du communisme : une histoire de la modernité artistique bien éloignée du dogme moderniste.

Se procurer l’ouvrage de Jacques Rancières : Aisthesis : Scènes du régime esthétique de l’art

Extraits de l’ouvrage de Jacques Rancière – Prélude

“Ce livre traite en quatorze scènes un seul sujet. Ce sujet est donné dans le titre même : Aisthesis. « Esthétique » est le nom de la catégorie qui, depuis deux siècles, désigne en Occident le tissu sensible et la forme d’intelligibilité de ce que nous appelons l’«Art ». J’ai déjà eu, en d’autres ouvrages, l’occasion d’y insister : même si les histoires de l’art commencent leur récit dans la nuit des temps avec les peintures rupestres, l’Art comme notion désignant une forme d’expérience spécifique n’existe en Occident que depuis la fin du XVIIIe siècle. Il existait assurément auparavant toutes sortes d’arts, toutes sortes de manières de faire, parmi lesquelles un petit nombre jouissait d’un statut privilégié, qui tenait non à leur excellence intrinsèque mais à leur place dans le partage des conditions sociales. Les beaux-arts étaient fi ls des arts dits libéraux. Et ces derniers se distinguaient des arts mécaniques parce qu’ils étaient le passe-temps d’hommes libres, d’hommes de loisir que leur qualité même devait détourner de chercher trop de perfection dans des performances matérielles qu’un artisan ou un esclave pouvait accomplir. L’art a commencé à exister comme tel en Occident quand cette hiérarchie des formes de vie a commencé à vaciller. Les conditions de cette émergence ne se déduisent pas d’un concept général de l’art ou de la beauté fondé sur une pensée globale de l’homme ou du monde, du sujet ou de l’être. De tels concepts dépendent eux-mêmes d’une mutation des formes d’expérience sensible, des manières de percevoir et d’être affecté. Ils formulent un mode d’intelligibilité de ces reconfigurations de l’expérience. (…)

Le terme Aisthesis désigne le mode d’expérience selon lequel, depuis deux siècles, nous percevons des choses très diverses par leurs techniques de production et leurs destinations comme appartenant en commun à l’art. Il ne s’agit pas de la « réception » des œuvres d’art. Il s’agit du tissu d’expérience sensible au sein duquel elles sont produites. (…)

Ce livre est donc à la fois fi ni et inachevé. Il est tel parce qu’il est susceptible d’extension future mais aussi parce qu’il se prête à la constitution d’intrigues diverses, propres à relier ses épisodes isolés. En suivant le chemin qui va du Torse du Belvédère, expression du peuple libre, aux baraques des métayers de l’Alabama, en passant par les mendiants de Murillo, les quinquets des Funambules, les errances urbaines d’un vagabond affamé ou les nomades filmés par les Kinoks au fi n fond de l’Asie soviétique, le lecteur pourra voir autant de ces courts voyages au pays du peuple auxquels j’ai consacré un autre ouvrage (1). De la statue mutilée du Belvédère au lapin de porcelaine cassé de la fille du métayer, en passant par les corps démantibulés des Hanlon Lees, le corps introuvable de Loïe Fuller, les membres sans corps et les corps sans membres de Rodin ou l’extrême fragmentation des gestes assemblés par Dziga Vertov, il pourra construire l’histoire d’un régime de l’art comme celle d’un grand corps fragmenté et de la multiplicité des corps inédits nés de cette fragmentation même. Il pourra suivre aussi les multiples métamorphoses de l’ancien dont se nourrit le moderne : comment les dieux olympiens se transforment en gamins du peuple, le temple antique en meuble de salon ou en praticable de théâtre, la peinture de vase grecque en danse célébrant la nature américaine, et bien d’autres métamorphoses encore. (…)

diable écart entre l’utopie esthétique et l’action politique et révolutionnaire réelle. J’y ai plutôt reconnu le même paradoxe que j’avais rencontré dans les pratiques et les pensées de l’émancipation sociale. Les ouvriers émancipés ne pouvaient répudier le modèle hiérarchique gouvernant la distribution des activités sans prendre de la distance à l’égard de la capacité de faire qui les y subordonnait et des programmes d’action des ingénieurs de l’avenir. Aux militants de la religion saint-simonienne du travail réhabilité qui venaient recruter les soldats de l’armée industrielle nouvelle, tous auraient pu opposer les paroles ingénues de l’un d’entre eux : « Quand je pense aux beautés du saint-simonisme, ma main s’arrête ». Et l’expression achevée de la collectivité ouvrière combattante s’appellera grève générale, équivalence exemplaire de l’action stratégique et de l’inaction radicale. La révolution scientifique marxiste a certes voulu en fi nir avec les rêveries ouvrières comme avec les programmes utopiques. Mais en y opposant les effets du développement réel de la société, elle soumettait encore les fi ns et les moyens de l’action au mouvement de la vie, au risque de découvrir que le propre de ce mouvement est de ne rien vouloir et de n’autoriser aucune stratégie à s’en prévaloir. Au cinéaste qui leur présente le communisme réalisé comme symphonie de mouvements enchaînés, les critiques soviétiques répondent que son prétendu communisme est voué à l’oscillation sans fin entre l’adoration panthéiste du cours sans raison des choses et le pur volontarisme formaliste. Mais que pouvaient-ils opposer à ce double défaut sinon le retour des artistes aux vieilles fonctions de l’illustration morale dont Rousseau et Schiller avaient, un siècle et demi plus tôt, montré l’inanité ? Le cinéaste faisait-il autre chose en effet que de présenter à ses juges le miroir où ils pouvaient reconnaître le dilemme de leur science ? La révolution sociale est fille de la révolution esthétique et n’a pu dénier cette filiation qu’en transformant en police d’exception une volonté stratégique qui avait perdu son monde.”

Jacques Rancières

Se procurer l’ouvrage de Jacques Rancières : Aisthesis : Scènes du régime esthétique de l’art

Note 1 : Jacques Rancière, Courts voyages au pays du peuple, Paris, Le Seuil, 1990.

La logique du régime esthétique

Article de Christian Ruby paru dans nonfiction.fr du 26 octobre 2011

http://www.nonfiction.fr/article-5138-la_logique_du_regime_esthetique_de_lart.htm

Jacques Rancière

Cet ouvrage récent publié par le philosophe Jacques Rancière, résultat de nombreux séminaires et articles donnés et rédigés durant les décennies précédentes, passionnera les lecteurs avides de comprendre avec plus de finesse et précision les articulations de la pensée de ce philosophe construite autour de la notion renouvelée d’esthétique (1). Il contribue par conséquent à livrer au public une partie du fond d’études et de travaux particuliers sur lequel s’appuie chacun des ouvrages plus théoriques de l’auteur. Sous-titré Scènes du régime esthétique de l’art, il est organisé autour de quatorze de ces scènes qui réfèrent chacune à un événement, daté et situé dans l’espace et le temps, à partir duquel la question de la mutation constante de ce qui s’appelle “Art” depuis l’émergence de l’esthétique peut être mise en avant. Si “Aisthesis”, ce terme forgé sur le grec, est bien le nom de la catégorie qui, depuis trois siècles (Baumgarten et Kant), désigne en Occident le tissu sensible et la forme d’intelligibilité de ce que nous appelons l’”Art”, c’est bien aussi parce que, d’une part, cette notion relie, d’après Rancière, des dispositifs, des formes de la sensibilité et des discours sur les révolutions artistiques, et que d’autre part, “Art” (insistons sur la majuscule) est une notion qui désigne une forme d’expérience spécifique du sensible. Cette dernière n’existe en Occident que depuis le XVIIIe siècle, le siècle même de l’esthétique, alors même qu’elle vide le concept général de beauté tel que nous en héritons des Grecs.

Cette catégorie, “Art”, renvoie donc à des formes d’expérience sensible, des manières de percevoir et d’être affecté, à un mode d’expérience “selon lequel, depuis deux siècles, nous percevons des choses très diverses par leurs techniques de production et leurs destinations comme appartenant en commun à l’art”. Par ce dernier trait, il faut entendre des conditions matérielles (exposition, circulation, reproduction) et des conditions de perception ou des régimes d’émotion. Encore ne doit-on pas croire que Rancière restaure par là une quelconque réflexion d’essence. Le régime de perception, de sensation et d’interprétation de l’art se constitue et se transforme en permanence.

On sait que la reconfiguration par Rancière de la pensée de l’esthétique a produit toute une nouvelle série de réflexions sur les rapports esthétique et politique. L’auteur a montré par ailleurs que la rencontre entre les deux, l’esthétique et la politique, n’était pas contingente, mais inscrite dans le concept même de la politique. C’est le concept de ”partage du sensible” qui en a donné les linéaments. Restait cependant, à donner un statut à cette notion d’”Art”, à l’extraire du sous-bassement traditionnel de l’imitation. L’Art, supprimons désormais les guillemets, existe, en effet, comme monde à part depuis que n’importe quoi peut y entrer, depuis que l’esthétique a permis le théâtre sans action, le roman sur rien, l’émergence de la surface plastique de la sculpture…

Au cœur de cette exposition nouvelle d’une thèse élaborée depuis longtemps, la notion de “scène”. Par là, il convient d’entendre de ”petites machines optiques”, chacune d’elles nous montrant “la pensée occupée à tisser les liens unissant des perceptions, des affects, des noms et des idées, à constituer la communauté sensible que ces liens tissent et la communauté intellectuelle qui rend le tissage pensable” (2). Les scènes en question présentent un événement singulier (une performance, une conférence, une visite de musée…) à partir du réseau interprétatif qui lui donne sa signification. Elles s’étalent entre 1764 et 1941, d’Italie à Dresde et New York, de la sculpture antique regardée par Winckelmann au cinéma hollywoodien, en passant par les explorations de la Loïe Fuller qui nous montrent trois choses essentielles : un corps produisant un milieu sensible qui ne lui ressemble en rien, un corps produisant lui-même l’espace de son apparition, et la suppression de l’écart entre l’artiste et l’oeuvre. On se souvient de Stéphane Mallarmé écrivant ce spectacle ; ce que Rancière commente fort bien.

Fichier:Kazimir Malevich - 'Suprematist Composition- White on White', oil on canvas, 1918, Museum of Modern Art.jpg

Carré Blanc sur fond blanc de Malévitch - The Museum of Modern Art (NY)

Au fur et à mesure du déroulement de ces scènes, et de la lecture qu’on en fait, une histoire interne du régime esthétique de l’art se compose. Le lecteur le voit se constituer, se transformer, inclure des territoires inédits, et forger des schèmes nouveaux à partir des lieux nouveaux fréquentés par les artistes et écrivains. Mais, simultanément, c’est une histoire qui renverse toutes les conceptions dominantes tant de la modernité que de ses rythmes ou des oeuvres de référence qui se constitue. Dans les conceptions les plus courantes, les repères constitutifs de notre définition du moderne sont Olympia, Fontaine, et Carré blanc sur fond blanc (Manet, Duchamp, Malevitch), et chacun de ces repères est compris à partir de l’idée selon laquelle il instaurerait l’autonomie du champ de l’art. Ces œuvres exemplaires sont censées marquer les ruptures qui fondent notre époque. Or, tout le travail de Rancière montre qu’il n’en est rien et que ces œuvres sont avant tout la condensation de “régimes de perception et de pensée qui leur préexiste et se sont formés ailleurs”. Si notre régime esthétique des images prolifère de nos jours ce n’est pas le résultat de ces œuvres “majeures” ou emblématiques, c’est le résultat d’un mouvement plus souterrain qui a tendu à effacer les spécificités des arts et à brouiller les frontières qui les séparent entre eux. Et ce mouvement souterrain oblige le commentateur de la modernité à privilégier les œuvres qui brouillent les frontières antérieures des arts, qui tracent un écart avec l’expérience ordinaire des sens. Où l’on retrouve les cabarets, les Folies Bergère, et autres lieux nouveaux.

D’une certaine manière, Rancière met au jour sa procédure de travail et montre que ses recherches de jadis, portant sur les nuits des prolétaires, se reconfigurent ici en analyse des révolutions subreptices conduites par le “peuple” des funambules, des Folies Bergère, ou constitué par la Loïe Fuller ou Charlie Chaplin. Autant dire qu’il dessine par ces scènes une sorte de contre-histoire de la modernité que le lecteur aura à sa charge de constituer plus globalement s’il le souhaite, dans la mesure où cet ouvrage n’a aucune prétention à l’exhaustivité, sinon à brasser avec doigté les écarts les plus significatifs par lesquels la géographie et l’histoire des deux derniers siècles en matière d’art se sont redessinés.

Torse du Belvédère du Vatican

Alors, “Art” ? Qu’en est-il de cette notion ? Cet usage du terme sans complément de nom s’est bien imposé historiquement. Rancière le fait naître chez Winckelmann (3). Il ne renvoie aucunement à une compétence (celle des créateurs), mais à l’existence d’un “milieu sensible de coexistence des œuvres”. Pour aboutir à un tel montage, il a fallu dérouler de nombreuses opérations. L’une a consisté à extraire le concept d’Art de l’horizon de la vie de l’artiste et de celui des arts ; l’Art devait devenir Art en soi ; puis prendre la figure d’une histoire, d’un schéma temporel et causal, inscrivant le beau dans un processus de progrès ; pour finir par être offert à un regard désintéressé dans le cadre des musées. Ainsi l’Art est-il devenu une réalité autonome, rapportée à un milieu (formes de vie collectives et possibilités d’invention individuelle). Autant dire que l’analyse du Torso du Belvédère (Vatican) au travers des textes de Winckelmann qui le font advenir à l’art en le rattachant au régime esthétique sont fondateurs. Bien plus, à certains égards, que l’analyse par Friedrich von Schiller de la tête de la Junon Ludovisi.

Qu’appellera-t-on de surcroît “modernité”, puisqu’en voici déplacées les lignes ? Rien d’autre que ce moment d’indétermination qui dynamise l’histoire de l’art : ” cet âge où les artistes s’emploieront à déchaîner les puissances sensibles cachées dans l’inexpressivité, l’indifférence ou l’immobilité, à composer les mouvements contrariés des corps dansant mais aussi bien de la phrase, du plan ou de la touche colorée qui arrêtent l’histoire en la racontant, suspendent le sens en le faisant passer ou dérobent la figure même qu’ils désignent “. Où l’on voit apparaître au côté du Torso, la main de Rodin (et les membres découpés de la Porte des enfers), les mises en scène de Wagner par Adolphe Appia, les vases de Gallé, les bijoux de Lalique, le design de Peter Behrens, les photographies de Walker Evans, et les débuts du cinéma.

Le régime esthétique de l’art s’oppose au régime représentatif. Le premier nous révèle que “la volonté s’épuise pour ce qu’elle croit être ses buts et qui n’est en réalité que la marche obstinée d’une vie qui ne veut rien”. L’art n’a plus à imiter la nature physique ou les passions humaines. Il s’attache désormais à épouser la puissance propre des choses ou de la phrase, sa “pure puissance de produire ou de disparaître dans sa production”. Rancière nous le montre dans chacune des scènes, par exemple, en détaillant la manière dont Emerson, en 1841, à Boston, formule dans toute sa radicalité l’idéal moderniste d’une poésie nouvelle de l’homme nouveau4, qui ne s’engage finalement dans la matérialité vulgaire que pour les rendre à la vie de la pensée et du tout.

On remarquera cependant, au cours de la lecture de cet ouvrage, que Rancière ne se départit pas non plus de la question du spectateur émancipé, même si elle semble ici secondaire. En corrélant les œuvres à des auteurs (Winckelmann, Mallarmé, Emerson…), il permet de saisir comment ces derniers voient les œuvres, ce qu’ils en voient, s’emploient à en dire et à en faire, ainsi que les décalages qu’ils assument. Si la question des spectateurs est peu évoquée, elle se transcrit ici en processus de déplacements et d’écarts, dont on aurait cependant aimé une analyse plus détaillée.

Il n’empêche, si l’on devait achever ce trop bref compte-rendu d’une phrase, ce serait pour signaler que ces scènes du régime esthétique de l’art constituent une formidable machinerie pour incorporer la compréhension de ce concept. Le philosophe ranciérien à venir, pourrait-on conclure, ne doit rien céder à l’effort incessant de s’exercer à démentir les verdicts hérités concernant l’histoire de la modernité. Il doit construire pas à pas les écarts qui lui permettront à la fois de susciter une nouvelle histoire de cette dernière et de devenir contemporain, en s’affirmant dans le choc entre des temporalités hétérogènes et dans un écart radical avec ce qui est seulement..

rédacteur : Christian RUBY

Illustration : ActuPhilo ; The Museum of Modern Art (NY)

Notes :
1 - Le Partage du sensible et Malaise dans l’esthétique, pour ne citer que deux des ouvrages dans lesquels la notion est réélaborée
2 – p. 12
3 – “l’un des premiers, sinon le premier”
4 – “J’explore le familier et le bas et je m’incline devant eux “

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Une lecture de l’art africain à travers les époques

Publié par Hervé Moine le 7 octobre 2011

Babacar Mbaye Diop

Critique de la notion d’art africain

8 octobre 2011

à partir de 15h à la Librairie 4-Vents à Mermoz

Babacar Mbaye Diop

Critique de la notion d’art africain

Approches historiques, ethno-esthétiques et philosophiques

Préface de Yves Michaud

Editions connaissances et savoirs, Paris

Babacar Mbaye Diop, enseignant au département de philosophie de l’université Cheikh Anta Diop de Dakar au Sénégal, présente samedi 8 octobre 2011, son essai “Critique de la notion d’art africain” aux éditions connaissances et savoirs. Il y propose “une lecture de l’art africain à travers les époques” en opérant une distinction entre une distinction entre l’art traditionnel, l’art ancien et l’art contemporain.

Il revient notamment sur les grandes figures africaines comme Lépold sédar Senghor ou le Martiniquais Aimé Césaire qui ont conduit l’art africain jusqu’au monde occidental.

Babacar Mbaye Diop s’interroge également sur l’esprit et la place de l’art africain. “L’ancien et le traditionnel ne sont-ils pas la mémoire du contemporain ? Existe-t-il une esthétique et une critique d’art en Afrique noire ? Comment lire et comprendre les arts négro-africains ?”, autant de questions auxquelles il tente de répondre.

Babacar Mbaye DIOP

Docteur en esthétique et philosophie de l’Art de l’université française de Rouen, Babacar Mbaye Diop est actuellement au Département de philosophie de l’UCAD de Dakar après avoir enseigné la philosophie en France. Il s’intéresse aux arts de l’Afrique noire, à la diversité culturelle, aux concepts de diaspora, d’identité, de mondialisation et de branchements.

Il est en outre fondateur et co-rédacteur en chef de FIKIRA-Revue Africaine. Il a publié de nombreux articles sur les arts africains.

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Godard philosophe : “Je pense, donc le cinéma existe”

Publié par Hervé Moine le 18 mai 2011

Dominique Chateau

Cinéma et Philosophie

Nathan Cinéma 2009

Présentation de l’éditeur

En exposant le mythe de la caverne, Platon prépare, sans le savoir, un rapprochement entre cinéma et philosophie que Godard formulera de façon impérative : ” Je pense, donc le cinéma existe “. Pourtant, le cinéaste fabrique des images et des sons bien matériels quand le philosophe manie des concepts invisibles et abstraits. Et lorsque le cinéma naît à la fin du XIXe siècle, il est considéré comme un divertissement populaire et les philosophes ne se précipitent guère sur son berceau. Comment ces deux domaines hétérogènes, jeune art du mouvement d’un côté, connaissance conceptuelle ancestrale de l’autre, ont-ils fini par se rencontrer ? C’est ce que Juliette Cerf nous raconte à la manière d’une ” comédie du remariage “, chère à Stanley Cavell. Passé le temps des désaccords, vient celui du ” réaccord “. André Bazin, philosophe ” d’occasion ” selon le mot de Jacques Rancière, pose la question de l’essence du cinéma. Au temps de la cinéphilie, Godard, Rivette, Rohmer, Douchet, Daney convoquent Platon, Kierkegaard ou Merleau-Ponty au chevet des ” auteurs “, Rossellini, Lang, Hawks ou Hitchcock. La philosophie investit désormais le cinéma, Deleuze, renouant avec Bergson, crée le concept de l’image-temps, et Matrix est évalué à l’aune de la pensée grecque. Cet ouvrage révèle des rapports passionnés et souvent surprenants entre Sartre et John Huston, Heidegger et Resnais, Slavoj Zizek et John Woo… Sans oublier les débats de ” cinéphilo “, qui ont pris place aujourd’hui dans ces cavernes modernes que sont aussi bien salles d’Art et d’Essai que multiplexes.

L’auteur

Juliette Cerf est critique de cinéma et journaliste à ” Philosophie Magazine “. Elle collabore au ” Magazine littéraire ” et à ” Regards “. Elle a préfacé ” Musique pour caméléons ” de Truman Capote et participé à l’encyclopédie ” La Ville au cinéma ” (Éd. Cahiers du cinéma, 2005).

Pour se procurer l’ouvrage de Dominique Chateau Cinéma et philosophie

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Les débats, querelles et autres spéculations philosophiques autour de Van Gogh

Publié par Hervé Moine le 10 avril 2011

Florence de Mèredieu

Van Gogh

L’or, le cuivre, la couleur

Editions Blusson (avril 2011)

 

Présentation de l’éditeur

L’argent, l’or, la couleur, la dette, le sacrifice, la religion et le commerce d’art dans la vie et l’œuvre de Vincent Van Gogh.

« avec un soleil qui inonde tout d’une pluie d’or fin » (Vincent Van Gogh)

Descendant de « tireurs d’or » et de marchands d’art, Van Gogh opte pour la peinture et la pauvreté. L’argent hante cependant son œuvre et sa vie. D’où une équivalence entre la peinture et l’argent, entre la couleur (pigment, matière colorée) et la richesse. Vincent produit une peinture « riche », qui vaudra un jour de l’or, et couvre ses toiles de couleurs solaires, métalliques et dorées. De joailleries. De couleurs de bronze et d’or fondus.

La double dimension solaire et sombre de la peinture de Van Gogh se décline à l’aune de l’argent, de la dette et du sacrifice. Et s’articule ici au travers des œuvres de Claude Lévi-Strauss, Max Weber et Antonin Artaud.

Art, argent et religion se rejoignent. Vincent se retrouve écartelé entre une éducation protestante, qui justifie la richesse temporelle et le catholicisme d’un Bossuet privilégiant ce qu’il nomme une « céleste monnaie ».

Pour se procurer l’ouvrage de Florence de Mèredieu Van Gogh : L’argent, l’or, le cuivre, la couleur


Florence de Mèredieu

“L’être de l’étant”, de la tatane de Van Gogh

Editions Blusson

Retour sur la fameuse querelle Heidegger, Meyer Schapiro et Derrida, autour des « Souliers » de Van Gogh. Le tout revisité sur le mode d’un décapant petit théâtre.

« Les Souliers » ou « Bottines noires » de Van Gogh (1886) ont donné lieu à des interprétations en cascade. Martin Heidegger (1935), Meyer Schapiro (1968), Jacques Derrida (1977) se commentent, s’autocommentent et se renvoient le soulier. Sans compter les innombrables reprises et commentaires du commentaire des épigones.
La relecture de ces textes a provoqué en moi un doute certain et un irrésistible fou rire. Que se passe-t-il quand la philosophie se penche sur la peinture ? Et sur une toile comme celle de Van Gogh ? Quelle relation y a-t-il entre un acte de peinture et le discours des historiens d’art et des philosophes ?
Plus prosaïquement, un philosophe peut-il avoir des pieds (et des chaussures), lui dont l’existence pourrait se résumer à celle d’un homme tronc, ou au socle d’un beau « port de tête » ?
Quels sont donc ces pieds et ces souliers qu’arborent nos philosophes ? — On tentera une analyse sociologique et critique du soulier, du godillot, de la chaussure, de la « tatane »… Celle de Van Gogh, bien sûr, mais celle aussi de nos brillants philosophes et historiens… de l’art.

L’auteur

Philosophe de formation, Florence de Mèredieu met en œuvre une histoire de l’art pluridisciplinaire. Enrichie de l’apport des sciences humaines et des techniques (Histoire matérielle et immatérielle de l’art moderne, Larousse, 1994-2008 ; Antonin Artaud, Portraits et Gris-gris, 1984-2008).

 

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La Poétique d’Aristote, l’occasion d’une table ronde autour de la nouvelle traduction

Publié par Hervé Moine le 10 avril 2011

L’aventure “Poétique”

Table ronde autour de la traduction Dupont-Roc et Lallot

de La Poétique d’Aristote

29 avril 2011 – École normale supérieure

45, rue d’Ulm – 75005 Paris

Salle W, 16h-19h

« On n’exagérerait pas beaucoup en disant que l’histoire de la poétique coïncide, dans ses grandes lignes, avec l’histoire de la Poétique », écrivait Tzvetan Todorov préfaçant Aristote. Contrairement à ce que l’on peut parfois lire ou penser, la poétique n’est pas un « moment » de l’histoire des idées qui aurait duré vingt ans en France ; c’est une manière de parler de la littérature, forte de deux millénaires d’existence, et qui n’a cessé d’interroger et d’infléchir l’héritage de celui qui l’a portée sur les fonts baptismaux.

Il y a quarante ans étaient fondées la revue et la collection « Poétique » ; il y a trente ans paraissaient dans cette même collection la traduction et le commentaire du traité d’Aristote par Roselyne Dupont-Roc et Jean Lallot, ouvrage qui a fait date pour toute une génération et qui reste une référence pour les théoriciens de la littérature, les hellénistes et les philosophes. Une réflexion sur le passé, le présent et (surtout) l’avenir de la poétique ne saurait trouver meilleure occasion. Conçue comme une discussion à partir de passages et de termes clefs (mimèsis, muthos, historia, catharsis…), à laquelle le public sera invité à prendre part, cette table ronde sera tout à la fois une contribution à la philologie aristotélicienne et à l’histoire de la théorie littéraire, mais aussi une réflexion sur ce que signifie pour nous le mot « poétique » et sur les manières dont, aujourd’hui, on s’intéresse aux catégories formelles et génériques qui transcendent les oeuvres littéraires singulières.

Les actes de cette table ronde paraîtront dans un numéro de la revue en ligne Fabula-LHT (http://www.fabula.org/lht) intitulé « L’aventure “Poétique” ».

La table ronde réunira autour des deux traducteurs, Roselyne Dupont-Roc et Jean Lallot, et de leur éditeur, Tzvetan Todorov, des chercheurs en littérature générale et comparée, Bérenger Boulay, Yves Chevrel et Françoise Graziani, ainsi que des hellénistes spécialistes d’Aristote, Pierre Destrée et Claudio Veloso.

Cette table ronde organisée par Bérenger Boulay, Frédérique Fleck et Florian Pennanech et avec le soutien du Département des Sciences de l’Antiquité de l’ENS et de l’Équipe « Recherches sur la pluralité esthétique » EA 1575 (Université Paris 8).

 

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Exposition. Les philosophes à l’honneur : “Les portraits de la pensée”

Publié par Hervé Moine le 11 mars 2011

Palais des Beaux-Arts de Lille.

Velasquez, Ribera, Giordano et Bill Viola invitent à la réflexion

Article publié par Marie Tranchant sur Nord-Eclair, le vendredi 11 mars 2011

http://www.nordeclair.fr/Sorties/Bons_plans/2011/03/11/velasquez-ribera-giordano-et-bill-viola.shtml

Sur les toiles, de grands penseurs sont représentés, comme ici René Descartes peint par Jan Baptist Weenix en 1647-1648.

Sur les toiles, de grands penseurs sont représentés, comme ici René Descartes peint par Jan Baptist Weenix en 1647-1648.

Sur les toiles, de grands penseurs sont représentés, comme ici René Descartes peint par Jan Baptist Weenix en 1647-1648.

Pendant trois mois et ce dès aujourd’hui, le Palais des Beaux-Arts de Lille propose l’exposition « Portraits de la pensée ». Où cinquante portraits de philosophes peints au XVIIe siècle côtoient une oeuvre vidéo contemporaine.

Des regards qui se croisent. Celui d’Alain Tapié, directeur du Palais des Beaux-Arts de Lille, celui de Régis Cotentin, chargé de la programmation contemporaine du même musée, celui de Gilbert Glasman, délégué général de Citéphilo. Des points de vue qui se confrontent et donnent naissance à « Portraits de la pensée ». Inaugurée hier, l’exposition ouvre ce matin au grand public pour trois mois. Elle est donc le fruit d’une réflexion autour de la pensée et invite le visiteur à regarder l’invisible.

Car ici, toutes les oeuvres présentes se penchent sur la pensée. Avec des regards croisés, encore une fois. Celui de ces jeunes peintres du XVIIe siècle (Giordano, Ribera…) qui représentent en séries des philosophes grecs. Celui du visiteur confronté à ces portraits imaginaires, où attitudes, attributs, vêtements donnent au philosophe l’image qu’on attend de lui – ce vieux barbu l’air si concentré sur son livre. Celui, enfin, de l’artiste contemporain Bill Viola, qui s’est intéressé, lui, à la pensée de Saint-Jean de la Croix et en a fait une oeuvre qui incite à la méditation. À vous d’y ajouter votre propre regard.

Marie Tranchant

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Stéphane Vial : Design, Kierkegaard et réduplication

Publié par Hervé Moine le 15 février 2011

La prochaine édition du salon du livre de Paris sera l’occasion de présenter des auteurs, des livres et des événements relatifs à la philosophie. Aussi, nous commencerons aujourd’hui par la présentation de Stéphane Vial, philosophe, auteur de deux ouvrages.
Le Court traité du design de Stéphane Vial, sera au Salon du Livre de Paris le 20 mars 2011, de 18h30 à 19h30, sur le stand des Presses Universitaires de France. Rencontre animée par le journaliste Jean-Antoine Loiseau sur le thème « Le design, vrai ou faux concept », en compagnie de Samuel Zarka, auteur du livre “Art contemporain, le concept”.
Stéphane Vial est né en Isère à Bourgoin Jailleu en 1975. Stéphane Vial est notamment titulaire d’un DESS de Psychologie clinique et pathologique. Philosophe, enseignant la philosophie appliquée au design (en DSAA design d’espace et design de produits) et le multimédia interactif à l’Université Paris 1 Panthéon Sorbonne, au sein de l’UFR Arts plastiques et sciences de l’art (en Licence 3 et Master 1 “Métiers des Arts et de la Culture”), Stéphane Vial est directeur de création et architecte Drupal au sein de LEKTUM qu’il crée en 2007. LEKTUM est un atelier de design de contenus qui crée des identités interactives et des stratégies éditoriales en ligne pour les métiers de la création et le monde de la recherche, le secteur culturel et les institutions (http://www.lektum.com/).
Les thèmes de recherches de Stéphane Vial sont les suivants : la philosophie du numérique et de la technologie, la philosophie du design et du design interactif et la psychologie de la créativité et l’intellectualité. En outre, il est l’auteur d’un blog http://www.reduplikation.net/fr/reduplication.
Nous présentons son dernier ouvrage ainsi que celui qu’il a publé il y a quelques temps déjà sur le philosophe Kierkegaard, Kierkegaard, écrire ou mourir et un article de l’auteur lui-même qui définit la philosophie de la réduplication. Nous terminerons ce billet par un article paru dans le Figaro Nos états d’âme n’ont rien à voir avec la philosophie.
Hervé Moine
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Stéphane Vial

Court traité du design

PUF

Préface par Patrick Jouin

Le design, c’est quoi ? Cette activité reste difficile à définir comme si on ne voyait que son reflet troublé par les jeux de ses acteurs ou par les antagonismes de ses buts. Doit-on s’en tenir à la simple forme-fonction, si pratique mais pas si évidente à atteindre ? Ou réinventer ce qui existe déjà ? Faire de beaux objets bien stylés ? Donner envie d’acheter des produits écologiquement responsables ? Faut-il croire encore un peu au progrès ?

L’auteur nous dit que le designer serait comme un schizophrène. Il a raison. C’est aussi un équilibriste tentant d’impossibles figures où doivent s’unir des contraintes, d’un côté le marché, de l’autre l’être humain, le plastique et la nature, la fabrique et la légèreté, les pauvres et les riches. C’est infini. Voila où réside l’intérêt de ce métier, qui tente concrètement d’apporter des solutions au réel dans ce flux d’ambiguïtés. Quel designer suis-je ? Quel designer voulez-vous être ?

Le design contemporain a enfin sa philosophie par Laurent de Sutter

Le design est l’art d’enchanter l’existence quotidienne par les formes. Mais cet enchantement n’a rien de magique, ni même d’artistique : il est l’effet concret d’un certain nombre d’opérations techniques spécifiques au projet poursuivi par chaque designer. Car le designer est un projeteur. Et parce qu’il est un projeteur, l’effet qu’il cherche à produire ne se limite pas à concevoir des objets. Il implique aussi une vision complète du monde, incluant jusqu’au rêve de son futur. De ce rêve, chaque création d’un designer est la réalisation anticipée. Il ne reste plus au monde qu’à suivre. Ou pas ?

Lorsqu’il lui a soumis le manuscrit de son Court traité du design, Stéphane Vial s’est entendu répondre par le grand designer Patrick Jouin (qui en signe la belle préface) :

“C’est le livre que, étudiant, j’aurais voulu lire !”

Difficile de souligner avec plus de force combien l’ouvrage de Stéphane Vial vient combler un vide inimaginable : le design contemporain, phénomène capital de notre temps, n’avait encore fait l’objet d’aucun livre tentant d’en penser la spécificité ! Des histoires, oui des manifestes, oui mais pas encore de philosophie — pas encore de pensée. Avec ce Court traité du design, c’est désormais chose faite. Le design contemporain, dans toute sa complexité et dans toute son ambiguïté, s’y trouve pensé à la hauteur de son importance pour notre époque. Qu’il s’agisse de ses relations avec le capitalisme, la technique, le numérique ou la création tout court, Stéphane Vial en décrypte tous les enjeux avec une élégance et une originalité qui laissent pantois.

Culminant dans une magnifique théorie de « l’effet de design », ainsi que dans une théorie de la création prenant acte de ce que le design a transformé dans notre manière de comprendre l’art, son Court traité du design, seul du genre en langue française, est le livre à partir duquel tous les débats sur la question devront, dans les années à venir, prendre position.

Pour se procurer l’ouvrage de Stéphane Vial Court traité du design

Table des matières

Préface de Patrick Jouin

I. – Le paradoxe du design : Où l’on montre que le design pense, mais ne se pense pas

II. – Le désordre du discours ; Où l’on déconstruit et reconstruit le mot « design »

III. – Design, crime et marketing ; Où l’on raconte l’alliance très horrifique du design et du capital

IV. – Par-delà le capital ; Où l’on énonce la loi morale du designer

V. – L’effet de design ; Où l’on réduit la quiddité du design à trois critères

VI. – Faire du projet ; Où l’on montre que le designer n’est pas un artiste

VII. – L’idée de design numérique ; Où l’on examine les conséquences de la révolution interactive

VIII. – Inventer le futur : quelle innovation ? ; Où l’on s’interroge sur le rôle du design aujourd’hui

Postface de l’auteur. – Le système du design ; Où l’auteur ordonne ses principes dans le style géométrique

Pour se procurer l’ouvrage de Stéphane Vial Court traité du design

Stéphane Vial

Kierkegaard, écrire ou mourir

PUF

De 1838, année où paraît son premier livre, à 1855, année de sa mort, Kierkegaard écrit et publie pas moins de trente-quatre ouvrages, dont dix-sept d’entre eux en l’espace de trois ans ! Sans compter cette masse énorme de notes personnelles qu’il écrit parallèlement à son œuvre publique dès 1834, et qui remplissent les treize volumes des Papiers dont on a tiré son Journal. Pourquoi Kierkegaard a-t-il donc autant écrit ? Pourquoi l’écriture occupe-t-elle dans sa vie tant de place, au détriment d’une vie amoureuse et maritale qui lui tend les bras ? Quel est le sens de “l’hypergraphie” kierkegaardienne ? Telles sont les questions qui jalonnent cette méditation très personnelle, au carrefour de la biographie philosophique et de la psychanalyse, qui transporte le lecteur au cœur du drame privé de celui qu’on a parfois appelé ” le solitaire de Copenhague “.

Pour se procurer L’ouvrage de Stéphane Vial, Kierkegaard, écrire ou mourir

La réduplication

Une nouvelle approche de la philosophie

Consulter le blog de Stéphane Vial : http://www.reduplikation.net/fr/home

La réduplication est une méthode philosophique que je tente de définir depuis 2005 et dont j’ai tiré le nom d’un concept issu de la pensée de Søren Kierkegaard : « Rédupliquer, c’est être ce qu’on dit », écrit-il dans son Journal. Cette méthode consiste, pour la philosophie, à se détourner du seul « plaisir de pensée » pour se mettre au service de la société et agir sur l’existence concrète, en renonçant à la déréalisation métaphysique et l’abstraction gratuite. C’est pourquoi je l’appelle aussi parfois plus simplement philosophie appliquée afin de souligner son intention fondamentalement « alloplastique ». En voici le texte fondateur, rédigé en 2007.

Que veut dire « réduplication » ?

Du latin reduplicatio, « redoublement, réduplication », lui-même issu du verbe duplicare, « doubler, répéter, renouveler » , le terme réduplication signifie « répétition, recommencement, redoublement ». Par exemple, on dit d’un deuxième coup d’État qu’il est la réduplication du premier. À l’origine, il s’agit en fait d’un terme de rhétorique qui désigne soit le redoublement d’un mot ou d’un élément (par ex., en latin, les termes jamjam, « à l’instant, maintenant », ou quidquid, « n’importe quelle chose, n’importe quoi ») soit une figure de style consistant à répéter consécutivement un mot dans une même phrase ou portion de phrase (par ex., en français, les expressions « ce n’est pas joli joli » ou « il est un peu fou fou »). Dans un registre plus littéraire, on trouve aussi chez Verlaine (1) :

Ô triste, triste était mon âme

À cause, à cause d’une femme

En biologie, le terme réduplication désigne l’autoreproduction des organites cellulaires, en tant que celle-ci est une caractéristique fondamentale de la vie.

On parle aussi de réplication de l’ADN pour désigner le processus par lequel une molécule d’ADN se reproduit en deux molécules d’ADN identiques. De même, en informatique, la réplication est le « mécanisme de copie automatique d’une base de données vers une autre, permettant de rapprocher des données de l’utilisateur, dans un système distribué ».

Par là, on voit bien que la notion de réduplication, quel que soit son domaine d’application, désigne l’acte de dupliquer en redoublant, c’est-à-dire l’acte répétitif de produire une réplique, une copie, un double.

La réduplication kierkegaardienne

Dans la pensée de Søren Kierkegaard, ce terme a acquis un sens très particulier, dont la portée n’a pas encore été pleinement mesurée. La réduplication, pour Kierkegaard, c’est l’acte de reproduire sa pensée dans l’existence concrète. « Rédupliquer, c’est être ce qu’on dit », écrit-il magnifiquement dans son Journal (2). Autrement dit, la réduplication, c’est ce que j’appellerais l’adaequatio vitae et intellectus (3), c’est-à-dire le redoublement de la pensée dans la vie. Pour bien en saisir la portée, il faut dire un mot de la théorie kierkegaardienne de la vérité. Pour Kierkegaard, « La vérité ne consiste pas à la savoir, mais à l’être » (4). En effet :

L’être de la vérité n’est pas le redoublement direct de l’être rapporté à la pensée […]. Non, l’être de la vérité est son redoublement en toi, en moi, en lui de sorte que ta vie, la mienne, la sienne, dans l’effort où elle s’en approche est l’être de la vérité, comme la vérité fut en Christ une vie, car il fut la vérité. (5)

Au-delà de la référence religieuse à la personne du Christ, que l’on peut ici mettre de côté si on le souhaite, il faut relever la dimension intrinsèquement existentielle de toute vérité selon Kierkegaard, ce qui n’est pas sans faire écho à l’héritage socratique. Ainsi, il n’y a de vérité que de ce qui peut être redoublé dans la vie pratique ou l’existence concrète et, en se redoublant, se dire effectivement comme vérité. Il n’y a de vérité que rédupliquée. La vérité ne peut se dire que de manière indirecte et pratique, par les actes et le comportement (6), plutôt que de cette manière directe et théorique qui est celle de la pensée et du discours.

En ce sens, la réduplication appartient à ce que Kierkegaard appelle la « communication indirecte », qui s’oppose à la simple « communication de savoir », laquelle consiste seulement à dire les choses sans mettre à exécution ce qu’on dit. La communication indirecte, en effet, c’est l’art de communiquer ses idées par des actes et non par des discours (7). Sur ce point, Kierkegaard est une fois de plus on ne peut plus socratique. On se souvient en effet avec quelle magnanimité, après avoir été condamné à mort, Socrate refuse la proposition de Criton de s’évader de la prison où il attend sa mise à mort (8) : par son comportement — le choix de subir la peine de mort par respect pour les Lois de la cité —, il communique bien mieux ce qu’est la justice que ne le ferait un traité théorique sur le même sujet. Autrement dit, en termes kierkegaardiens, il réduplique. Force est de constater d’ailleurs avec Nietzsche que le souci de rédupliquer n’est plus tellement celui des philosophes d’aujourd’hu :

[ Aujourd’hui ] on pense, on écrit, on imprime, on parle, on enseigne philosophiquement ; dans cette mesure, tout est à peu près toléré : c’est seulement dans les actes, dans la vie, comme on dit, qu’il en va autrement. […] Sont-ce là des hommes, se demande-t-on alors, ou seulement des machines à penser, à écrire et à parler ? […] Personne n’ose appliquer à soi-même la loi de la philosophie, personne ne vit en philosophe, avec cette probité simple et virile qui obligeait un Ancien, une fois qu’il avait juré fidélité à la Stoa, à se conduire toujours et partout en stoïcien. (9)

La réduplication philosophique

Si la pensée ne devient vraie qu’en se rédupliquant dans la vie, ce que je crois très juste et très profond, alors il est possible de concevoir, en allant plus loin que l’inspiration kierkegaardienne, le projet général d’une « philosophie réduplicative ». Par là, j’entends une philosophie qui se reproduit dans la vie, la société, le réel. Une philosophie qui aboutit à l’action, la réalisation, la rencontre. Une philosophie qui augmente les possibilités d’expérience vécue, d’existence agie, d’échanges interactifs. Une philosophie qui augmente la vie.

Cela implique un renoncement au jargon schizophrénique de l’ontologie et aux objets déréalisants de la métaphysique. En ce sens, la philosophie réduplicative est une « philosophie positive » car elle se propose d’étudier dans sa pleine positivité tout objet psychologique, social ou culturel constitutif du réel humain. Par positivité, il faut entendre ici « consistance de réalité » par opposition à la déréalité métaphysique. La philosophie réduplicative est donc une « philosophie de l’homme », comme l’on parle de « sciences de l’homme » ou une « philosophie culturelle », comme jadis l’on parlait inversement de « philosophie naturelle ». C’est une philosophie de la culture, et non de la nature.

Une telle philosophie ne peut se porter que sur des objets exogènes, c’est-à-dire qui lui sont extérieurs et étrangers. Ainsi le premier axiome de la philosophie réduplicative tient tout entier dans cette déclaration de Georges Canguilhem : « La philosophie est une réflexion pour qui toute matière étrangère est bonne, et nous dirions volontiers pour qui toute bonne matière doit être étrangère » (10). En effet, la philosophie académique n’a guère de contenu propre et « positif ». Celui qu’on lui attribue généralement en Sorbonne n’est soit qu’un exercice scolastique et stérile — l’histoire de la philosophie et sa dérive commentariste qui fait que les « philosophes » de notre temps ont tendance à n’être plus que des auteurs de fiches de lecture savantes — soit une forme de pensée fantomatique et déréalisante inaccessible aux mortels — la métaphysique et sa vacuité psychique, qui n’est la plupart du temps que le résultat indigeste d’une intellectualisation et d’une rationalisation de fantasmes et d’idéaux inconscients.

À l’opposé de cela, la philosophie réduplicative déclare que le seul objet légitime de la philosophie est le réel humain dans sa pleine positivité et que sa tâche consiste à révéler les logiques invisibles qui oeuvrent en lui.

Investir le champ exceptionnel que l’Internet ouvre aux possibilités de l’intelligence collective est l’une des manières par laquelle la philosophie elle-même parvient à se « rédupliquer », pour une culture à la fois actuelle et virtuelle, locale et mondiale, individuelle et collective.

Stéphane Vial, http://www.reduplikation.net/fr/reduplication

Notes

1. P. Verlaine, Romances sans paroles, Gallimard, 1973, coll. Poésie, « Ariettes oubliées », VII, p. 132.

2. S. Kierkegaard, Journal, Paris, Gallimard, 1941-1961, vol. II, p. 292.

3. Traduisez : « l’adéquation de l’intellect et de la vie ». Pastiche de la célèbre phrase de Thomas d’Aquin définissant la vérité comme adaequatio rei et intellectus (« adéquation de l’intellect et de la chose »).

4. S. Kierkegaard, L’École du christianisme, in Oeuvres Complètes, éd. de l’Orante, 1982, vol. 17, p. 180-182.

5. Ibid.

6. Sur ce point, Kierkegaard n’est pas tellement éloigné de la conception pragmatiste de la vérité selon William James. D’après James, en effet, « La vérité d’une idée n’est pas une propriété qui se trouverait lui être inhérente et qui resterait inactive ». Au contraire, « la vérité est un événement qui se produit pour une idée. Celle-ci devient vraie ; elle est rendue vraie par certains faits ». Autrement dit, l’idée vraie, c’est l’idée véri-fiée, c’est-à-dire, étymologiquement, l’idée qui est faite vraie. Et James de conclure : « La vérité est une chose qui se fait ».

7. S. Kierkegaard, La dialectique de la communication, Paris, Payot et Rivages, 2004, p. 54 et 73-76. La « dialectique de la communication » consiste alors dans le mariage de la communication directe et de la communication indirecte, ibid., p. 64 et 76.

8. Lire à ce sujet le Criton de Platon, in Apologie de Socrate – Criton, Paris, GF-Flammarion, 1997, p. 201-228.

9. F. Nietzsche, Considérations inactuelles, Seconde considération, Paris, Gallimard, coll. folio-essais, 1990, p. 124.

10. G. Canguilhem, Le normal et le pathologique (1966), Paris, PUF, Quadrige, 1996, p. 7.

Stéphane Vial est né en Isère à Bourgoin Jailleu en 1975. Philosophe, enseignant et designer interactif, il est directeur de création et architecte Drupal au sein de LEKTUM. Il enseigne la philosophie appliquée au design à l’École Boulle (en DSAA design d’espace et design de produits) et le multimédia interactif à l’Université Paris 1 Panthéon Sorbonne, au sein de l’UFR Arts plastiques et sciences de l’art (en Licence 3 et Master 1 “Métiers des Arts et de la Culture”). Ses thèmes de recherche sont les suivants : la philosophie du numérique et de la technologie, la philosophie du design et du design interactif et la psychologie de la créativité et l’intellectualité

 

 

«Nos états d’âme n’ont rien à voir avec la philosophie»
Article de Pascal Senk, paru le 15 février 2011 dans le Figaro

Ci-contre Stéphane Vial: «La philosophie nous donne le courage d’affronter la complexité des choses.»

INTERVIEW – Stéphane Vial, professeur de philosophie à l’école Boulle et ancien psychologue clinicien à l’hôpital Tenon, a publié Kierkegaard, écrire ou mourir et Court traité du design aux PUF.

LE FIGARO. – Dans votre parcours personnel, vous avez fait des allers-retours entre philosophie et psychologie. Pourquoi ?

Stéphane VIAL. – Comme beaucoup, à l’adolescence, je suis entré en philosophie comme on entre en religion. La sagesse des stoïciens, le réalisme existentiel de Sartre, tout cela m’aidait à l’époque à comprendre ce que je croyais être et croyais devoir être dans un monde que je ne comprenais pas. J’en ai donc fait un métier, en devenant prof de philo. Mais quand, des années après, j’ai vécu des événements vraiment difficiles, la philosophie ne m’a été d’aucun secours.

J’en ai été profondément déçu. Nos états d’âme n’ont rien à voir avec la philosophie. Ils ont à voir avec nous-mêmes, notre enfance, notre histoire, nos souffrances et nos échecs personnels. Seule une psychanalyse, longue et attentive, peut conduire à modifier ces états d’âme, chez ceux qui y sont prêts ou préparés. Fatigué et rebuté par la pure spéculation intellectuelle des philosophes, je me suis donc tourné vers la psychologie et notamment la psychanalyse.

Pourtant, la psychanalyse aussi peut être abstraite et jargonnante…

C’est vrai, parce que pour faire entendre des idées nouvelles il faut parfois jargonner! Mais les concepts psychanalytiques sont toujours étayables, observables sur des cas concrets alors que les constructions théoriques de certains philosophes, qui s’apparentent parfois à des délires, naissent seulement dans la vie mentale et obscure de leurs auteurs.

Si ceux-ci nous fascinent ou nous délectent, c’est en partie grâce à ce que la psychanalyste Sophie de Mijolla-Mellor, elle-même de formation philosophique, appelle «le plaisir de pensée», c’est-à-dire «la capacité dont font preuve certains sujets pour retirer du plaisir de leur fonction d’intellection et de leur activité discursive».

Autrement dit, c’est le plaisir pur que l’on prend à l’abstraction pure. Ceux qui n’y ont pas accès appellent cela «masturbation intellectuelle» ou «prise de tête». Il faut dire qu’un tel plaisir est difficile à obtenir. Pour pouvoir se donner, le plaisir de pensée requiert du travail, de la méthode, de la rigueur. Et le simple fait de réussir à l’atteindre devient, par fierté, un plaisir qui s’ajoute au plaisir.

Reconnaissez-vous encore à la philosophie quelques effets bénéfiques ?

Bien sûr! Elle nous donne le courage d’affronter la complexité des choses et de «nuire à la bêtise», comme disait Nietzsche. Parfois même, elle peut être le «quelque chose qui sauve»: mais, dans ce cas, ce n’est pas selon moi en raison de ce qu’elle est ou de ce qu’elle a à offrir en tant que philosophie. C’est seulement en proportion de ce que l’on vient chercher en elle. Elle peut donc nous aider à aller mieux si l’on s’accroche à elle comme quelque chose à quoi on s’accroche pour survivre. Mais, dans ce cas, elle ne fait rien de plus pour nous aider à aller mieux que ce que peut faire le sport, l’art ou le travail.

Et aujourd’hui vous êtes revenu vers elle…

Oui, mais je ne crois désormais qu’à la philosophie appliquée à des objets concrets ou à des secteurs tangibles de la vie sociale: philosophie du soin dans les hôpitaux ou philosophie appliquée au design, telle que je l’enseigne aujourd’hui.

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Histoire de l’image

Publié par Hervé Moine le 8 février 2011

Mercredi 16 février 2011

Conférence de Georges Didi-Huberman

à l’Ecole supérieure d’art des Pyrénées à Tarbes

L’Ecole supérieure d’art des Pyrénées à Tarbes organise une conférence, dans le cadre de son programme de recherche L’Observatoire des regards.

Georges Didi-Huberman sera à nouveau à l’honneur au sein du site de Tarbes de l’Ecole supérieure d’art des Pyrénées, le mercredi 16 février 2011, à partir de 17h30. En effet, le philosophe et historien de l’art interviendra pour la deuxième fois dans une conférence organisée par l’Ecole, dans le cadre de son programme de recherche L’observatoire des regards, à l’auditorium du Conservatoire Henri-Duparc.

“L’hiver dernier, lors de sa venue à Tarbes pour une conférence, son ouvrage le plus récent Quand les images prennent position – L’oeil de l’histoire 1 (2009), dévoilait une politique de l’image à travers une analyse des montages de Bertold Brecht.
Depuis, deux autres ouvrages sont parus : La survivance des lucioles qui, au malaise de notre culture, oppose la résistance de trouées lumineuses, et Remontages du temps subi – L’oeil de
l’histoire 2, qui interroge le rôle des images dans la lisibilité de l’histoire. C’est d’un chapitre de ce dernier livre consacré à la restitution des images par Harun Farocki que Georges Didi-Huberman était venu nous parler l’an dernier.” extrait du site de l’école esac-tarbes.com.

Enseignant à l’École des Hautes Études en Sciences Sociales, Georges Didi-Huberman a publié, depuis le début des années 80, pas moins d’une trentaine d’ouvrages.  Ceux-ci traitant de l’histoire et de la théorie des images, couvrent un large champ d’étude allant de la Renaissance à l’art contemporain. Grâce aux outils théoriques de l’histoire de l’art, de l’anthropologie, de la philosophie et de la psychanalyse, mais aussi à travers une forme de poétique, il ne renonce pas à articuler ce que les images les plus singulières nous enseignent, parfois au delà d’elles-mêmes.

Son oeuvre explore le rapport que nous entretenons avec l’image, et interroge ce que regarder veut dire.

L’entrée de la conférence est libre et dans la mesure des places disponibles.

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Gilles Moutot : Adorno une réflexion sur la souffrance

Publié par Hervé Moine le 6 janvier 2011

Parution de l’essai de Gilles Moutot,

Essai sur Adorno

Critique de la politique Payot

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Theodor Adorno à droite serrant la main à Max Horkheimer

Pour se procurer l’ouvrage de Gilles Moutot Essai sur T.W. Adorno

Présentation de l’éditeur

Interrogeant l’œuvre d’Adorno dans la variété de ses aspects, ce livre en dégage l’unité : celle d’une forme spécifique de matérialisme. Dans cette perspective, il prend comme point de départ la question de l’extension du fétichisme de la marchandise dans le capitalisme avancé. D’abord considéré à la lumière du dialogue mené avec Walter Benjamin au cours des années 30, ce thème est vite apparu comme un opérateur critique qu’Adorno mobilise tout en le remaniant, dans les champs les plus divers.
De l’esthétique à la politique, en passant par la sociologie et l’épistémologie, l’orientation matérialiste de la pensée d’Adorno revêt la forme d’une attention aiguë aux expériences de la non-identité, telles qu’elles se répartissent entre ces deux pôles : celui de la souffrance, exprimant une individuation mutilée par les normes de comportement qu’impose un mode de socialisation pathogène ; celui des objets et de l’expérience esthétiques, où s’ébauche un rapport à la différence qui cesserait de mesurer systématiquement celle-ci à l’aune de l’unité.

Essai sur T.W. Adorno“, de Gilles Moutot :

Adorno, une philosophie de la dislocation

LE MONDE DES LIVRES | 06.01.11 |

http://www.lemonde.fr/livres/article/2011/01/06/essai-sur-adorno-de-gilles-moutot_1461646_3260.html

Dans la constellation formée par les intellectuels allemands ayant connu l’exil après l’arrivée au pouvoir d’Hitler, le philosophe Theodor Adorno (1903-1969) a souvent eu mauvaise presse, notamment en France. Ainsi, alors qu’il était l’une des voix les plus écoutées de l’Allemagne d’après-guerre, ses conférences du début des années 1960 au Collège de France, tenues alors qu’il élaborait son maître ouvrage, Dialectique négative, n’attirèrent qu’une poignée d’auditeurs, échec que lui-même attribua à la domination d’Heidegger, son grand adversaire, sur la philosophie française du temps.

La réputation d’Adorno n’est pas toujours meilleure aujourd’hui. L’Italien Giorgio Agamben, par exemple, l’accuse d’avoir déformé les intuitions géniales de son ami Walter Benjamin par une “orthodoxie marxiste” de mauvais aloi. De même, son pessimisme culturel et sa méfiance vis-à-vis de la musique populaire et du jazz ont été abondamment stigmatisés par les révoltés de 1968.

Aujourd’hui les choses sont en train de changer. La “théorie critique” (une conception interdisciplinaire de la société qui vise à l’émancipation) dans sa version adornienne a été investie par toute une génération de philosophes français parmi lesquels Anne Boissière, Jean-Paul Olive et aujourd’hui Gilles Moutot, professeur de philosophie à l’université de Montpellier. Avec son Essai sur Adorno, celui-ci propose une vaste réinterprétation d’un parcours dont la popularité n’est pas encore à la mesure de son importance ni de son originalité. Cet ouvrage volumineux est publié dans la collection dirigée par le philosophe Miguel Abensour, l’un des foyers actifs où se traduisent les grands textes de l’école de Francfort, dont Adorno fut l’une des principales figures après Max Horkheimer (1895-1973), avant Habermas et, à sa suite, Axel Honneth.

La tendance des adeptes les plus récents de la théorie critique consiste à revisiter les thématiques des fondateurs par-delà la longue période habermasienne. Au scepticisme d’Adorno sur la rationalité issue des Lumières, Habermas tenta d’opposer une “raison communicationnelle” et une manière plus constructive de penser la démocratie comme un processus de délibération centré autour du droit.

Désormais, des notions comme la “réification” et l’”aliénation”, ou la question de la “reconnaissance”, qui agitaient la première génération de la théorie critique, sont reprises à nouveaux frais et c’est dans ce sillage qu’il faut inscrire le travail de Gilles Moutot.

En parcourant les multiples aspects d’une oeuvre qui va de la musicologie à la dialectique en passant par la sociologie, il entend montrer son unité : celle d’une réflexion sur la souffrance qui refuse de neutraliser ou de justifier le malheur du monde dans une conception totalisante de l’histoire. D’emblée, la philosophie d’Adorno se mesure au système hégélien pour qui un sujet qui souffre est une conscience qui a “mal vu” la totalité dans laquelle sa douleur est censée prendre sens. Pour Adorno, l’ultime incarnation du sujet hégélien était le cinéma hollywoodien et ses happy ends ! Du coup, cette pensée se voit restituée dans toute sa radicalité, plus radicale même que celle de Benjamin ou que cette théorie critique vulgarisée qu’est le situationnisme.

Ce rejet du système – et ici réside l’intérêt de la lecture proposée par Gilles Moutot – a des conséquences sur le style très particulier de la philosophie d’Adorno. Par exemple sur le choix de la forme fragmentaire adoptée pour Minima moralia, l’un de ses ouvrages les plus célèbres. Loin d’être un fragment à l’antique, ruine d’une cohérence ou d’un tout disparu, le fragment chez Adorno incarnerait la “crise du langage à l’époque du triomphe de la marchandise”. De même l’influence de la musique dodécaphonique, qui rejette l’opposition classique entre thème et variation, a eu des effets sur l’écriture d’un penseur qui récuse la hiérarchie entre un centre et une périphérie. Telle est aussi la raison pour laquelle cette oeuvre est difficile à saisir. Mais sa lucidité déconcertante, loin d’être frileuse, est bien celle du futur.

Nicolas Weill


Essai sur T.W. Adorno de Gilles Moutot. Payot, “Critique de la politique”, 656 p., 27,50 €.

Article paru dans l’édition du Monde du 07.01.11

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La critique au crible

Publié par Hervé Moine le 18 mars 2010

Les facultés de juger

Critique et vérité

Du 7 avril 2010 au 10 avril 2010

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Les facultés de juger, Critique et vérité

Colloque organisé par le CERILAC/ Paris Diderot

Equipe Théorie Littéraire et Sciences Humaines
Centre Roland – Barthes

Responsables scientifiques:
Evelyne Grossman/ Martin Rueff

7, 8, 9, 10 Avril 2010

Université Paris Diderot-Paris 7/ site Paris Rive Gauche

Sous le titre Les facultés de juger (critique et vérité), on propose de faire se rencontrer des journalistes, des critiques professionnels, des critiques universitaires et des écrivains, pour parvenir à une formulation adéquate de la question du jugement esthétique aujourd’hui. Il s’agit de faire le point sur l’activité et la pensée critique : sur son sens, sur sa généalogie, sur sa portée. Mais aussi sur ses ambitions et sa nécessité : critique et vérité. Rien ne sert de déplorer une perte généralisée de l’esprit (ou du sens) critique, ou de se plaindre que la situation de la littérature (comme celle de l’art) soit de plus en plus difficile. Laissons la plainte aux idéologues. Critiquons et voyons comment on critique. Soyons résolument critiques.

La place du jugement dans l’exercice critique doit être repensée. Juger ce n’est pas expertiser (cf. la charge de Milner), c’est évaluer dans un accompagnement des oeuvres et des productions qui exige du tact, mais aussi des critères qui correspondent à des règles où le sensible et l’intelligible se mêlent d’une manière certainement complexe mais que rien n’interdit, en droit, de décrire. Les étudiants sont obsédés par cette question qui travaille tous les artistes.

On se souvient qu’en 1967 Georges Poulet dirigeait un ensemble décisif intitulé Les chemins actuels de la critique : il s’agissait d’exposer les avancées de la critique littéraire, de faire se croiser des approches différentes et parfois contradictoires. Les exposants les plus remarquables de la critique psychologique, de la critique formaliste, de la psychanalyse existentielle, mais aussi de la critique d’inspiration bachelardienne ou de la sociocritique se réunissaient pour exposer leurs thèses et en discuter. La pensée critique avançait. Avec quel profit on le sait.

Certes, on ne retracera plus les chemins actuels de la critique. Question d’époque. L’effort critique nécessite cependant qu’on pense le geste critique pour aujourd’hui.

On propose donc que se tienne un colloque de plusieurs jours consacrés à faire se rencontrer plusieurs corps de métier attachés à la critique : artistes, créateurs, enseignants de diverses disciplines, critiques journalistiques, éditeurs de revue critique, critiques universitaires. On pourrait peut-être essayer de lever les malentendus.

C’est pourquoi on propose un colloque qui porte sur les concepts, les supports, les effets de la critique.

Quant aux concepts, la chose est simple : il s’agit de se demander comment on juge, de conduire les participants à réfléchir sur les règles du goût, sur les conditions de possibilité du partage esthétique. On pourrait ici proposer une généalogie du geste critique dans laquelle Kant devrait occuper une place déterminante. Cette interrogation peut bien être mise sous le signe du titre ancien de Barthes : critique et vérité à condition qu’on la pense bien comme une interrogation dialectique et politique uniment.

Quant aux supports, il faudrait faire grand cas de la différence qui existe aujourd’hui entre plusieurs supports de l’activité critique : la critique de journal (quotidien ou hebdomadaire), le magazine, mais aussi la revue spécialisée doivent se confronter aujourd’hui à la critique sur support électronique : revues internet mais aussi blogs littéraires. A ce titre, nous pourrions profiter de la présence de nos collègues de cinéma et de théâtre pour nous interroger avec eux sur le rôle de la critique dans leurs disciplines.

Quant aux effets, il serait bon de s’interroger sur le rapport de la critique et de la création aujourd’hui. C’est aussi un moyen de penser la modernité des poétiques. Des écrivains pourraient être conduits à dire, en public, la manière dont s’articulent, dans leur création, la pensée critique et le jaillissement de l’oeuvre. Inutile de rappeler combien nos étudiants sont attachés à cette question. On mettrait peut-être fin aux soupçons anti-intellectuels qui animent une part de l’opinion publique et des médias.

Au programme du colloque

Mercredi 7 avril 2010 : Les concepts de la critique et les styles de la critique

  • Julia Kristeva (Paris Diderot – IUF) « D’un discours sans objet »
  • Martin Rueff (Paris-Diderot) « Les facultés de juger »
  • Evelyne Grossman (Paris Diderot – CIPh) « En finir avec le jugement ? »
  • Patrick Hochart (Paris Diderot) Juger (Hannah Arendt)
  • Pierre Zaoui (Paris Diderot) « De la critique à la position et à l’affirmation : un voyage sans retour? »
  • Laurent Jenny (Université de Genève) « Vies et morts de la critique »
  • Eric Marty (Paris Diderot) « Barthes, critique et philosophie »
  • Marielle Macé (CNRS/ EHESS) « Le tournant esthétique de la critique »
  • Marc Escola (Paris 8 ) « Petites querelles du Grand Siècle, ou l’accent circonflexe »
  • Pierre Pachet (Paris Diderot) « A la rencontre des écrits politiques d’André Chénier »
  • Florence Dupont (Paris Diderot), Malika Bastin-Hammou (Université Grenoble 3), Pierre Katuszewski (Université Bordeaux 3 et Paris Diderot) « Quand la critique théâtrale ‘fait théâtre’ : (Aristophane, Térence. Pasolini) »

Jeudi 8 avril 2010  : L’état critique de la critique,l’état critique de la littérature, les écrivains et la critique

  • Gilles Moutot (Montpellier) « “Faire des choses dont nous ne savons pas ce qu’elles sont” : esthétique et critique selon Adorno »
  • Laurent Dubreuil (Cornell University) « Literature now »
  • Bertrand Leclair (essayiste et romancier) « La communication triomphante ou la nécessité de redéfinir l’espace critique »
  • Jérémie Majorel (Paris Diderot) « La critique d’Albert Thibaudet »
  • Philippe Beck (Nantes) « Critique et poétique (la descendance de Genette) »
  • Jean Delabroy (Paris Diderot) « La tierce voix (voix de personne, voix de quelqu’un »
  • Philippe Forest (Nantes) « Du ‘surimpressionisme’ critique »
  • Tiphaine Samoyault (Paris 8 ) « Avons-nous des modèles ? »
  • Elisa Sclaunick (Paris Diderot) « La critique d’écrivain (Dupin et les peintres) »
  • Miguel Abensour (Paris Diderot) « Pour une philosophie politique critique »

Vendredi 9 avril 2010 : Les supports de la critique

  • Jean-Louis Jeannelle (Paris IV/ Le Monde des livres) « Les valeurs de la critique »
  • Table ronde animée par Evelyne Grossman avec Patrick Kéchichian (La Croix) Jean Louis Jeannelle (Paris IV/ Le Monde des livres) Alain Veinstein (France Culture)
  • Francis Marmande (Paris Diderot) « Critiques d’objets non identifiés »
  • Intervention d’Omar Merzoug (La Quinzaine Littéraire)
  • Table Ronde des revues (P Chartier) Michel Crépu pour la Revue des deux Mondes Thierry Guichard pour le Matricule des Anges Omar Merzoug pour La Quinzaine littéraire Jean-Baptiste Para pour Europe Philippe Roger pour Critique
  • Table ronde JP Courtois/ M. Rueff la critique sur le net – singularité exemplaire du poétique, avec Pierre Le Pillouër (poète, site sitaudis), Florence Trocmé (site pozibao) Sébastien Rongier (site remue.net) et François Rannou (poète, publie.net)

Samedi 10 avril 2010  : La critique est difficile : Les objets modernes de la critique et la critique d’art

  • Christophe Bident et Christophe Triau (Paris Diderot) « Critique théâtrale : une scène désertée ? »
  • Hervé Joubert-Laurencin (Amiens) « Sans rien changer, que tout soit différent ou Le renouvellement de l’objet critique comme éternelle continuation de la critique »
  • Yannick Seïté (Paris Diderot) « Habiliter un objet nouveau : la critique et le jazz »
  • Franz Anton Cramer (Université des Arts de Berlin) « Critique de sauvetage : à propos d’objets éphémères dansés et leur construction par le discours »
  • André Gunthert (EHESS) « Pourquoi l’art ne peut pas être numérique ? »
  • Baldine Saint-Girons (Paris 10) « Inventer ou juger? La tradition rhétorique »
  • Yan Ciret (France Culture, Art Press) « Figures de la critique désoeuvrée »
  • Bertrand Clavez (Rennes II) « Fluxus, un art critique de l’art du critique d’art ? »
  • Jean Pierre Cometti (Aix-en-Provence) « Pour une critique sans jugement »
  • Nathalie Heinich (CNRS) « Topiques de la critique en art contemporain »

Responsable : M. Rueff & E. Grossma

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