Actuphilo

Actualité philosophique et réflexion philosophique sur l'actualité

Articles Tagués ‘éthique’

Des mots pour les maux de la société : inégalités, injustices, violences sociales

Publié par Hervé Moine le 20 mai 2012

Centre de Culture Scientifique, Technique et IndustrielleInégalités et violences sociales :

“Dire l’injustice”

Du 31 mai au 2 juin 2012

Université de Poitiers

En partenariat avec l’espace Mendès-France (Poitiers), L’Observatoire des inégalités et la revueRaison publique et avec le soutien de la Région Poitou-Charentes, du Grand Poitiers, de l’Université de Poitiers, du laboratoire Forell, de l’Équipe d’Accueil MAPP, et de l’Association culturelle de l’UFR Lettres et Langues. L’entrée est libre.

À quoi reconnaît-on l’injustice d’une société ? Depuis le début des années 1980, un pan important de la recherche contemporaine et une part non moins significative des discours relayés ou construits par la littérature, l’art et les médias ont répondu à cette question essentiellement à travers le prisme de la misère et de l’exclusion. Tout en s’inscrivant dans la continuité de cette préoccupation éthique et politique, ce colloque tentera de penser dans un cadre plus vaste l’injustice sociale et ses représentations. Plutôt que la seule catégorie de l’exclusion, c’est la notion d’inégalité qui nous permettra d’interroger le caractère juste ou injuste de l’ordre social pris dans son ensemble. Plutôt que la figuration de l’opprimé en tant qu’exclu du champ social, ce sont les représentations de l’écart, de la cohabitation, des « misères de position » qui se trouveront au centre de la réflexion. L’ambition sera ici de saisir et de questionner, dans l’écriture et la forme elles-mêmes, telle que celles-ci se déploient en philosophie, en littérature, en art et dans le champ des sciences sociales, la diction de l’inégalité et le répertoire des perceptions, émotions, sentiments, représentations et idéaux à travers lequel elle se constitue comme injustice et comme violence. En proposant une analyse critique des représentations dominantes, des formes artistiques et des discours savants, on réfléchira ainsi autant aux mécanismes à travers lesquels se construisent des figurations communes de l’injustice qu’à la forme non pleinement figurée de la violence sociale (forme partielle, partiale, perverse, opaque, etc.).”

Contacts :

Au programme du colloque

Un colloque sur les inégalités et les injustices ne saurait se concevoir à l’écart du public. Toutes les communications seront donc conçues dans la mesure du possible dans un esprit d’ouverture au public non spécialiste et seront prolongées par un débat sous forme de table ronde.

Jeudi 31 mai 2012

  • 18h30-20h, conférence d’ouverture du colloque, Maison de la Région : Pierre Rosanvallon (Professeur au Collège de France), suivie d’un apéritif dînatoire.

Vendredi 1er juin 2012

  • Matinée, 9h-11h, Espace Mendès-France :

INJUSTICES ET SOUFFRANCES SOCIALES : REPENSER LES INEGALITES

Les représentations traditionnelles des inégalités associaient l’inégalité à la lutte des classes ou limitaient la souffrance sociale à l’expérience des exclus. Comment repenser les inégalités dans un cadre élargi, qui permette d’appréhender l’ensemble des expériences contemporaines de l’injustice ?

Président de séance : Patrick Savidan (Pr. de philosophie, Université de Poitiers)

Intervenants : Anne-Laure Bonvalot (doctorante en Littérature espagnole, Université Montpellier III), Nicolas Duvoux (MCF sociologie, Université Paris Descartes), Louis Maurin (directeur de l’observatoire des inégalités).

11h-12h30 : Représentations théâtrales des inégalités, espace Mendès-France : rencontre avec Didier Bezace (acteur, metteur en scène, directeur du Théâtre de la Commune d’Aubervilliers) animée par Monique Le Roux (MCF Littératures comparées à l’Université de Poitiers, critique théâtrale à La Quinzaine Littéraire).

  • Après-midi, 14h-16h30, Espace Mendès-France :

DE L’INEGALITE COMME INJUSTICE, CONSTRUCTIONS D’UN IMAGINAIRE COMMUN

Comment se construit l’imaginaire commun des violences sociales d’une époque ? Quels sont les instruments de légitimation qui participent à la reconnaissance d’une inégalité comme injustice, ou qui conduisent inversement à masquer certaines souffrances sociales ? Quels sont les rôles des écrivains, des artistes, des experts ou des témoins ?

Président de séance : Emmanuel Bouju (Pr de Littérature comparée, Université de Rennes II)

Intervenants : Christine Baron (Pr. de Littérature comparée, Université de Poitiers), Jean-Paul Engélibert (Pr. de Littérature comparée, Bordeaux 3), Sylvie Laurent (MCF Littérature américaine Sciences po, Harvard), Ruwen Ogien (philosophe, directeur de recherche CNRS, CERCES).

20h30, Filmer les inégalités, TAP Cinéma : projection du film de Sylvain George, Qu’ils reposent en révolte, suivie d’un débat avec le réalisateur animé par Marie Martin (MCF études cinématographiques, Poitiers).

Samedi 2 juin 2012

  • Matinée, 10h-12h30, Espace Mendès-France

OBSERVER LES INEGALITES

Quoi de commun entre l’expérience de la pauvreté dans un pays développé et dans un pays du tiers-monde ? Quels liens entre inégalités sociales et inégalités sexuelles, raciales, territoriales ? Quels instruments statistiques, rhétoriques ou artistiques pour appréhender l’écart et la similitude des situations de souffrance sociale ?

Président de séance : Cédric Rio (Observatoire des inégalités,  coordonnateur de Inequality Watch)

Intervenants : Vincent Bonnecase (historien, Chargé de recherche CNRS, section 40 Science politique et sociologie des organisations), Coline Cardi (MCF en sociologie, Université Paris 8), Raphaëlle Guidée (MCF en littérature comparée, Université de Poitiers), Wilfried Serisier (Institut français de géopolitique).

  • Après-midi, 14h30-17h, Espace Mendès-France

EPROUVER L’INJUSTICE SOCIALE

Quels sont les idées, les idéaux, les émotions qui peuvent nous conduire à voir dans un écart donné une forme inacceptable d’inégalité ? Comment articuler émotions et action, éthique et politique ?

Présidente de séance : Raphaëlle Guidée (Université de Poitiers)

Intervenants : Solange Chavel (MCF philosophie, Université de Poitiers), Lucie Campos (Docteure en littérature comparée, Paris 8), Inès Cazalas (Docteure en Littérature comparée, ATER à l’Université de Provence), Marie Martin (MCF Etudes cinématographiques, Université de Poitiers).

18h-20h, Vernissage de l’exposition « Photographier les inégalités » au Plan B (30-32, Blvd du Grand Cerf, Poitiers) : apéritif de clôture du colloque et remise des prix du concours photo.

Adresse : Université de Poitiers,15 rue de l’Hôtel Dieu86000 PoitiersEspace Mendès France1 place de la Cathédrale, 86000 POITIERS

Publié dans annonces, Colloque, philosophe, philosophie | Tagué: , , , , , , , , , , | Laisser un Commentaire »

Vers une culture éthique à l’école publique

Publié par Hervé Moine le 9 novembre 2011

Colloque Ethique à l’Ecole publique

25 et 26 novembre 2011

Au Salon de l’Education

Porte de Versailles. Paris. Pavillon 7 niveau 3 Salle Véga.

Pourquoi et comment faut-il développer une culture éthique à l’école publique ?

 

Vendredi 25 novembre 2011 

  • Valeurs républicaines en questions, avec Jean Paul Delahaye, inspecteur général de l’éducation nationale. auteur de « L’autonomie de l’établissement public local d’enseignement » ; Pierre Ognier, docteur en sciences de l’éducation, auteur de « Une école sans Dieu ? L’invention d’une morale laïque sous la III° République» et Jean Baubérot, professeur émérite d’histoire et sociologie de la laïcité, auteur de « Laïcités et sociétés » (avec Micheline Milot).
  • Acteurs de l’éducation face aux questions éthiques, avec Philippe Joutard, Historien, professeur à l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS), auteur de « Réussir l’école », avec Claude Thélot ; Pierre Funk, conseiller principal d’éducation dans un collège parisien ; Marie-Noëlle Mercier, inspectrice de l’Education nationale, auteure de « Cent idées pour former la conscience morale » et Nicolas Renard, proviseur vie scolaire, ex principal d’un collège ambition-réussite.

Samedi 26 novembre 2011

  • Comment accorder une culture éthique commune avec les diversités ? avec Martine Pretceille, professeure des universités, auteure de nombreux ouvrages dont « L’éducation interculturelle » ; Hugues Derycke, ex secrétaire général adjoint de l’enseignement catholique, coordinateur du livre « Pour l’éducation et pour l’école » ; Nicole Mosconi, professeure émérite en sciences de l’éducation à l’Université de Paris Ouest La Défense, spécialiste des rapports sociaux de sexe et de la mixité, auteure de « Femmes et savoir, La société, l’école et la division sexuelle des savoirs ».
  • Le refus de l’éthique dans l’enseignement : comment en sortir ? avec Marcel Gauchet, philosophe, historien, directeur d’études à l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales ; Marie-Claude Blais, professeure à l’université de Rouen, auteure de « La solidarité : Histoire d’une idée »

 

Présentation du Colloque

Pour une culture éthique à l’école publique ?

Faut-il, et comment, développer une culture éthique à l’école publique ? Cette question fait partie de celles qui fâchent. Et pourtant, quand on interroge les citoyens sur l’importance de l‘éthique dans l’éducation, ils sont nombreux à reconnaître qu’il s’agit là d’un problème important. Cette question entre dans le programme d’un grand débat nécessaire sur l’éducation dans ce pays, et particulièrement sur l’éducation scolaire.

Un véritable débat sur l’éthique à l’école peut-il être lancé en France ? Une comparaison doit être faite avec ce qui s’est passé pour l’étude des faits religieux à l’école. Quand au début des années 80 la Ligue de l’enseignement engagea le débat sur cette question, on pouvait également penser que c’était là toucher à un thème tabou. Pourtant, l’opinion publique se montra très vite favorable. Un grand débat eut lieu, si l’on en juge par le nombre des colloques, des conférences, des dossiers, des articles traitant de cette présence d’une étude des religions à l’école. La richesse du débat eut quelque chose d’exceptionnel et contribua à une prise de conscience qui ne fut pas sans effet sur l’évolution de l’école.

Même si l’on estime que la présence de l’étude des faits religieux dans la culture scolaire n’est pas encore ce qu’elle devrait être, c’est un fait que le débat a gagné : l’accord sur sa nécessité est largement acquis. On peut souhaiter la réédition de l’expérience vécue en ce qui concerne les religions pour la culture éthique à l’école. Cependant, l’actualité montre bien que la question est bien de celles qui fâchent. Avant même l’ouverture du débat il ne manque pas de gens pour penser, et le dire, qu’avant de « faire la morale » à l’école il faudrait que les responsables de cette société balaient d’abord devant leur porte. En clair : ce ne sont pas les enfants qu’il faut « moraliser » mais le monde adulte. L’objection est parfaitement justifiée quand elle évoque l’état de la société du point de vue moral. Elle est juste également quand elle suggère que l’état de la société au regard de la morale et des valeurs est susceptible d’avoir les effets les plus désastreux dans le système éducatif.

Mais pour l’essentiel, le refus, a priori, d’examiner la question d’un développement de la culture éthique à l’école repose sur un malentendu et sur une vue restrictive de l’enjeu. Car dans l’esprit de ceux qui plaident pour un grand débat sur cette question, il ne s’agit pas de « faire la morale aux enfants » ou de les inciter à se conformer dans leur vie à une morale particulière. Là remonte à la surface l’image que l’on se fait souvent de ce que fut au début de l’école laïque l’éducation morale à l’école. Du coup c’est le fantasme du « retour » des leçons de morale qui bloque la réflexion. Mais cette image qui résulte d’ailleurs d’une vision très déformée de ce que fut la morale laïque de Jules Ferry ou celle de Ferdinand Buisson, est aux antipodes de l’enjeu d’une culture éthique aujourd’hui.

La culture éthique à l’école devrait avoir pour premier enjeu non pas de conditionner les enfants à un conformisme moral mais de leur donner les moyens de construire, librement, une capacité de réfléchir sur les enjeux moraux dans leur vie personnelle et sociale. Loin de viser à imposer des jugements tout faits il s’agit de développer chez les écoliers et collégiens l’aptitude à choisir de manière raisonnée une option d’ordre éthique. Il importe qu’ils apprennent que leur vraie liberté suppose, pour s’exercer, une culture de la conscience morale, et que celle-ci est nécessaire à leur liberté, dans une société où les conditionnements sont puissants. L’aptitude à l’autonomie morale est la forme accomplie de la liberté. La culture éthique est une arme indispensable du citoyen pour l’exercice de ses responsabilités en démocratie, à l’heure où elles se complexifient du fait par exemple des techno sciences et s’exercent dans des espaces nouveaux, plus étendus et interdépendants.

Cette culture suppose une réflexion sur les critères d’une action moralement légitime. Elle implique une élucidation de la question des valeurs éthiques, et une maîtrise du vocabulaire de base de la réflexion éthique. Elle passe notamment par des échanges, des dialogues, des lectures empruntées à la littérature et à la philosophie morale, par des études des cas, et des débats. Cependant la culture éthique comporte un second volet : dans la mesure où la société laïque doit chercher sa cohésion dans des repères communs et dans la reconnaissance simultanée de la diversité des cultures et de l’unité de la condition humaine, il est indispensable d’inventorier et d’approfondir les valeurs communes, celles dont il importe qu’un maximum de citoyens puissent les partager, pour éviter que la vie sociale se dégrade en cynisme voire en déchaînement de violence. Cet aspect de la culture éthique est déjà présent de manière implicite dans la réflexion sur les droits de l’homme, dans les cursus concernant la citoyenneté. Mais la solidité de la réflexion sur les droits de l’homme serait renforcée si elle s’adossait à une réflexion éthique. Il en va de même de toute l’initiation à la citoyenneté. Notons le, ce second aspect de la culture éthique sera d’autant mieux assumé s’il peut s’appuyer sur une culture éthique personnelle.

L’ampleur de la tâche proposée est telle que dans ce domaine, des initiatives précipitées pourraient compromettre le résultat recherché. C’est un vaste débat citoyen qui serait susceptible de faire apparaître un consensus le plus large. Et celui-ci est indispensable à l’instauration d’une culture éthique à l’école. L’initiative récente du ministre de l’éducation nationale sur « l’instruction » morale, dans les conditions où elle a été lancée, est contre productive, apparaissant comme essentiellement normative. De plus elle se restreint à l’école élémentaire et émerge quand disparaît la formation des enseignants. Or, un effort de formation des enseignants est un préalable à la mise en place d’une culture éthique à l’école.

On peut craindre qu’une telle initiative précipitée, peu compréhensible, ait pour effet de développer le malentendu sur le sens de la culture éthique à l’école. On peut imaginer qu’avant de propulser des initiatives nationales, sans prise en compte des conditions d’application, il faille passer par une phase d’expérimentation. Il reste que cette initiative est une raison de plus d’ouvrir un vaste débat. Car même critiquable, elle est le signe de la perception d’un réel problème. C’est pourquoi l’initiative de la Ligue de l’enseignement et de Confrontations dans le cadre du prochain salon de l’éducation est d’une brûlante actualité. Elle consiste à mener pendant deux jours un travail de réflexion sur une seule question : faut-il et comment développer une culture éthique à l’école publique ? Cette question fait problème, il est d’autant plus urgent d’y réfléchir. C’est de la compétence de tout citoyen d’avoir à se prononcer sur ce sujet.

Eric Favey, secrétaire général adjoint de la Ligue de l’enseignement

Guy Coq, philosophe. Auteur de « La laïcité, principe universel » (Éditions Le Félin)

=> Inscriptions au colloque auprès de Charles Conte : cconte@laligue.org

Publié dans annonces, Colloque | Tagué: , , , , , | Laisser un Commentaire »

La politique : servir ou se servir ?

Publié par Hervé Moine le 9 novembre 2011

Giacomo Marramao, philosophe italien

Silvio Berlusconi, dirigeant politique milliardaire italien

Brève. A propos de l’annonce de la démission du chef du gouvernement italien, Silvio Berlusconi, on peut se poser la question de savoir s’il s’agit de l’épilogue de la saga d’un personnage charismatique, issu de la petite bourgeoisie milanaise, initialement vendeur d’aspirateurs et animateur de croisières puis constructeur et fondateur de chaînes privées de télévision, devenu l’un des hommes les plus riches d’Italie qui a marqué la vie politique italienne des 17 dernières années ?

Pour Giacomo Marramao, qui enseigne la philosophie politique à l’université Rome 3, il se peut que la démission de M. Berlusconi ne soit pas immédiate. ”Il faut tenir compte du caractère et de la nature particulière de Berlusconi : il pourra poser la question de sa démission seulement s’il reçoit des garanties pour ses entreprises, pour sa sécurité, notamment judiciaire”. (source : Le Parisien)

Publié dans brève, Lu sur la toile, Point de vue | Tagué: , , | Laisser un Commentaire »

Revenir au face-à-face, délaisser quelque peu les écrans, les relations “virtuelles” de type Facebook

Publié par Hervé Moine le 9 novembre 2011

Paul-Marcel Lemaire

Communiquer

Pour quoi faire ?

Cerf

Présentation de l’ouvrage de Paul-Marcel Lemaire : Communiquer : Pour quoi faire ?

“La communication a été dépouillée de ses traits propres, pour mieux envahir la culture collective”.

Cette observation, apparemment banale, provient d’une longue expérience de l’auteur, vécue au Canada surtout, puis en France, où il a enseigné les sciences sociales, fréquenté les milieux sociaux, religieux, politiques, celui des médias traditionnels, et approché celui des nouvelles technologies. Cette observation est ici décortiquée scrupuleusement, avec les instruments des sciences humaines, ceux de la psychologie, de la sociologie et de la philosophie, principalement. L’enquête se développe librement, sur des terrains aussi variés que la filmographie de Bergman, la communication interculturelle ou des textes de Paul Ricoeur… Trois appréhensions complémentaires président à cette recherche : les pratiques rhétoriques de la parole ont supplanté celles du dialogue ; l’information et la transmission ont prévalu depuis longtemps sur la communication proprement dite ; les technologies récentes ont favorisé les télécommunications, c’est-à-dire les rencontres à distance, au détriment du “corps-à-corps” que constitue la communication interpersonnelle, premier facteur constitutif du lien social et de la personnalité elle-même. Les divers abus de la “communication” contemporaine, notamment en politique et dans les technologies de réseaux, nous invitent à revenir au face-à-face, à délaisser un peu les écrans, les relations “virtuelles” créées par Facebook (ou n’importe quel autre réseau social), pour le réinventer. Il s’agit en quelque sorte de repartir de zéro, de s’initier de nouveau à l’élémentaire commerce humain, qui ne va plus de soi aujourd’hui, même s’il a toujours été exigeant.

Né en 1928, Paul-Marcel Lemaire est spécialiste de la philosophie du langage. Il  a été professeur au Département de Communication de l’Université d’Ottawa.

Pour se procurer l’ouvrage de Paul-Marcel Lemaire : Communiquer : Pour quoi faire ?

L'actualité du livre et du DVD

Il y a communiquer et communiquer…

A la fin des années 1960, le philosophe Marshall McLuhan théorisait ce qu’il appelait «le village planétaire» (Global Village). Il s’agissait alors de rendre compte des effets du développement de la mondialisation et des progrès des médias et des technologies de l’information et de la communication sur la vie des hommes. Ceux-ci vivraient dans un monde unifié. Il n’y aurait plus qu’une culture. Le monde ne serait qu’un seul et unique village, une seule et même communauté, «où l’on vivrait dans un même temps, au même rythme et donc dans un même espace».

Cette façon de considérer le monde parait optimiste à bien des égards. D’aucuns n’hésitent pas à brocarder son excessive naïveté, son caractère bel et bien utopique. C’est notamment le cas de Paul-Marcel Lemaire, qui dans son récent ouvrage Communiquer. Pour quoi faire ? défend l’idée que «la communication a été dépouillée de ses traits propres, pour mieux envahir la culture collective». Car si la communication, dans son acceptation la plus large et la plus sibylline, est l’un des domaines les plus labourés et retournés en tous sens, un certain nombre de questions essentielles sont rarement traitées.

C’est cette sorte d’érème, ce territoire délaissé à la fois par les études savantes et par les manuels de confection rapide que Paul-Marcel Lemaire aborde dans cet essai. Les grandes interrogations auxquelles l’enseignant s’efforce de répondre relèvent tant des sciences humaines que de la philosophie. En effet, l’auteur combine diverses perspectives, si bien que son approche est multidisciplinaire. Toutefois, prévient l’essayiste au cours de son propos introductif, il répugne à employer franchement cette épithète tant elle a été galvaudée. «Plus modestement, écrit-il, nous nous rattachons à l’écriture d’essai, à l’école des grands maîtres de ce genre littéraire, comme Montaigne, Pascal et d’autres, avec tous les risques de l’engagement personnel que comporte cette décision».

Suivant cette méthode, Paul-Marcel Lemaire consacre son ouvrage à la préoccupation constante de desserrer les liens des langages spécialisés. Il s’agit au surplus de retourner à l’usage du langage courant et ordinaire pour l’amener à exprimer des questions capitales. En cela, l’auteur entend se situer dans la continuité de Ludwig Wittgenstein. Au fil des pages, sont abordés de nombreux thèmes comme les ailleurs de la communication, l’indépassable principe d’incertitude, les enseignements à tirer de la féconde réflexion de Paul Ricœur, les liens entre relation(s) et communication ainsi que la place finalement très résiduelle de la communication dans le monde actuel.

Si le constat parait sombre, Paul-Marcel Lemaire esquisse quelques pistes éthiques afin de retrouver la communication, laquelle se fonde entre autre sur une sage modération, sur la reconnaissance de l’altérité et de «la transcendance de l’autre». P.-M. Lemaire recommande en sus de «privilégier la parole chercheuse de sens». L’auteur affirme d’autre part qu’il n’est pas de communication «sans sensibilité spirituelle» ni «courage de l’espérance». Il s’agit finalement de résoudre les tensions inhérentes à l’insociable sociabilité des hommes. Pour ce faire, indique l’auteur, il importe de se replonger dans la Bible et plus spécialement dans les textes du Livre de la Genèse…

Jean-Paul Fourmont ( Mis en ligne le 08/11/2011 )

Droits de reproduction et de diffusion réservés © Parutions 2011

www.parutions.com

Pour se procurer l’ouvrage de Paul-Marcel Lemaire : Communiquer : Pour quoi faire ?

Publié dans Les parutions, philosophie | Tagué: , , , , , | Laisser un Commentaire »

Ruwen Ogien visionnaire : Vers une profonde transformation de nos idées morales ?

Publié par Hervé Moine le 28 octobre 2011

Ruwen Ogien, spécialiste de philosophie morale et de philosophie des sciences sociales

“Les innovations biomédicales peuvent seulement modifier nos conceptions de la vie bonne, pas de la vie juste.” Ruwen Ogien

Ci-dessous un article de Ruwen Ogien, titré “Ruwen Ogien, philosophe inquiet, paru dans le blog des InRocks à l’occasion du 25ème anniversaire des Inrockuptibles, dans lequel il exprime sa vision du onde pour les 25 ans à venir.

Ruwen Ogien, philosophe inquiet

Si le génie génétique permet d’améliorer dans des proportions considérables notre taille, nos capacités athlétiques, notre vision, notre mémoire et notre intelligence, l’idée que nous nous faisons de ce qu’est un être humain « normal » pourra-telle rester la même ? S’il devient possible de surveiller et de manipuler les pensées à volonté, d’induire chimiquement dans les esprits toutes sortes de croyances, de désirs, de sensations, les notions d’expérience personnelle et de liberté de conscience intérieure pourront-elles résister ?

Si la transplantation d’organes naturels ou artificiels ne pose plus aucun problème technique, conserverons-nous l’idée que le corps humain est sacré, indivisible, hors commerce, ou finirons-nous par le voir comme un assemblage de pièces détachées qu’on peut librement vendre et acheter ? Si le clonage reproductif humain devient possible, pourrons-nous encore penser qu’un avenir personnel dont on ne sait presque rien est constitutif de notre identité ? Si le processus de vieillissement est mieux compris et mieux contrôlé, si nous vivons infiniment plus longtemps en bonne santé, nos conceptions de ce qu’est une vie « ratée » ou « réussie » pourront-elles être les mêmes ?

S’il devient possible de créer des êtres transhumains, posthumains, subhumains, cyborgs ou chimères, les idées que nous nous faisons des limites de la communauté morale, c’est-à-dire des êtres que nous avons choisi de ne pas traiter comme des choses, juste bonnes à exploiter et à consommer, ne risquent-elles pas d’être profondément transformées ? Si tout cela se réalise, nos idées morales seront-elles modifiées ? Il est probable que ces innovations biomédicales changeront nos idées de ce qu’est une vie bonne, heureuse, réussie, accomplie. Mais pourquoi devraient-elles changer nos idées de la justice sociale ? Pourquoi devraient-elles annuler l’exigence que chacun puisse avoir accès à ce que la technique propose, dans la mesure de ses désirs ou de ses besoins, sans discrimination selon l’âge, la condition sociale ou l’orientation sexuelle ? En fait, les innovations biomédicales peuvent seulement modifier nos conceptions de la vie bonne, pas de la vie juste. Elles ne seront donc pas très importantes du point de vue moral, tout au moins pour ceux qui, comme c’est mon cas, accordent une priorité à la vie juste sur la vie bonne.

Paru dans le 28 octobre : http://blogs.lesinrocks.com/25ans/2011/10/28/ruwen-ogien-philosophe-inquiet/

Dernier ouvrage de Ruwen Ogien

L’influence de l’odeur des croissants chauds sur la bonté humaine

Klinde éditions

Vous trouverez dans ce livre des histoires de criminels invisibles, de canots de sauvetage  qui risquent de couler si on ne sacrifie pas un passager, des machines à donner du plaisir que personne n’a envie d’utiliser, de tramways fous qu’il faut arrêter par n’importe quel moyen, y compris en jetant un gros homme sur la voie.
Vous y lirez des récits d’expériences montrant qu’il faut peu de choses pour se comporter comme un monstre, et d’autres expériences prouvant qu’il faut encore moins de choses pour se comporter quasiment comme un saint : une pièce de monnaie qu’on trouve dans la rue par hasard, une bonne odeur de croissants chauds qu’on respire en passant.
Vous y serez confrontés à des casse-tête moraux. Est-il cohérent de dire : “ma vie est digne d’être vécue, mais j’aurais préféré de ne pas naître” ? Est-il acceptable de laisser mourir une personne pour transplanter ses organes sur cinq malades qui en ont un besoin vital ? Vaut-il mieux vivre la vie brève et médiocre d’un poulet d’élevage industriel ou ne pas vivre du tout ?
Cependant, le but de ce livre n’est pas de montrer qu’il est difficile de savoir ce qui est bien ou mal, juste ou injuste. Il est de proposer une sorte de boîte à outils intellectuels pour affronter le débat moral sans se laisser intimider par les grands mots (“Dignité”, “vertu”, “Devoir”, etc.), et les grandes déclarations de principe (“Il ne faut jamais traiter une personne comme un simple moyen”, etc.).
C’est une invitation à faire de la philosophie morale autrement, à penser l’éthique librement.

Publié dans débat, Lu sur la toile, philosophie, Point de vue | Tagué: , , , , , , , , | Laisser un Commentaire »

La morale une histoire entre adultes consentants ou la quête de la réalisation de soi comme citoyen du monde

Publié par Hervé Moine le 21 septembre 2011

Ruwen Ogien

L’influence de l’odeur des croissants chauds

sur la bonté humaine

et autres questions de philosophie morale expérimentale

Grasset

“La plupart des philosophes prétendent que, si l’on s’intéresse à la pensée morale, il faut commencer par lire et relire les grands textes de l’histoire des idées pour avoir des « bases solides ». Il n’est pourtant pas évident que le meilleur moyen d’inviter le lecteur à la réflexion éthique soit de lui donner le sentiment qu’il peut se reposer tranquillement sur les doctrines élaborées par les « géants de la pensée ».

Partant de ce principe, Rowen Ogien propose, dans un livre qui se présente comme une sorte d’antimanuel de philosophie, une série de problèmes concrets, de dilemmes, de paradoxes, afin de mettre à l’épreuve les jugements du lecteur. Nous y trouvons des expériences de pensée dont les conclusions nous font douter de la robustesse ou de l’universalité de nos intuitions morales.
Ces matériaux forment le corpus d’une philosophie morale expérimentale qui nous aide à comprendre que rien dans les concepts et les méthodes de la philosophie morale n’est à l’abri de la contestation et de la révision. Pourquoi en effet faudrait-il « fonder la morale » sur un principe unique et inaltérable ? Qui a besoin d’une telle « sécurité » ? Telle est la question que ce livre alerte, drôle et profond, nous invite à poser.”

Marc Escola pour fabula.org http://www.fabula.org/

Présentation de l’ouvrage de Ruwen Ogien par l’éditeur

Vous trouverez dans ce livre des histoires de criminels invisibles, de canots de sauvetage  qui risquent de couler si on ne sacrifie pas un passager, des machines à donner du plaisir que personne n’a envie d’utiliser, de tramways fous qu’il faut arrêter par n’importe quel moyen, y compris en jetant un gros homme sur la voie.

Vous y lirez des récits d’expériences montrant qu’il faut peu de choses pour se comporter comme un monstre, et d’autres expériences prouvant qu’il faut encore moins de choses pour se comporter quasiment comme un saint : une pièce de monnaie qu’on trouve dans la rue par hasard, une bonne odeur de croissants chauds qu’on respire en passant.
Vous y serez confrontés à des casse-tête moraux. Est-il cohérent de dire : “ma vie est digne d’être vécue, mais j’aurais préféré de ne pas naître” ? Est-il acceptable de laisser mourir une personne pour transplanter ses organes sur cinq malades qui en ont un besoin vital ? Vaut-il mieux vivre la vie brève et médiocre d’un poulet d’élevage industriel ou ne pas vivre du tout ?
Cependant, le but de ce livre n’est pas de montrer qu’il est difficile de savoir ce qui est bien ou mal, juste ou injuste. Il est de proposer une sorte de boîte à outils intellectuels pour affronter le débat moral sans se laisser intimider par les grands mots (“Dignité”, “vertu”, “Devoir”, etc.), et les grandes déclarations de principe (“Il ne faut jamais traiter une personne comme un simple moyen”, etc.).
C’est une invitation à faire de la philosophie morale autrement, à penser l’éthique librement.

L’Influence de l’odeur des croissants chauds sur la bonté humaine et autres questions de philosophie morale expérimentale“, de Ruwen Ogien : loufoque éthique

Article de Roger-Pol Droit, paru dans le Monde du 15 septembre 2011

http://www.lemonde.fr/livres/

Un matin, au réveil, curieuse surprise. Non seulement il y a un inconnu dans votre lit – ce sont des choses qui arrivent -, mais il est branché dans votre dos par un réseau de tubes qui, entre vous et lui, font circuler du sang et d’autres liquides – ce qui est quand même plus rare. L’homme est un grand violoniste, un génie absolu. Il est atteint d’une maladie des reins, et vous étiez le seul organisme compatible. Ses admirateurs vous ont donc kidnappé, endormi, opéré. Vous en avez pour neuf mois. Si vous le débranchez, le violoniste mourra. Mais, après tout, vous n’avez vraiment rien demandé. En un sens, c’est même un cas de légitime défense. Si vous exigiez qu’on le débranche, seriez-vous moralement monstrueux ? Quelle que soit votre réponse, sachez qu’elle sera transposable à la question de l’avortement…

Ne vous croyez pas trop vite sorti d’affaire. En effet, si vous résolvez ce dilemme, dix-huit autres vous attendent. Celui du tramway fou, qui va écraser cinq traminots, sauf si vous déviez la machine sur une voie où ne travaille qu’un seul homme. Celui du type qui pique le parapluie d’un inconnu à la sortie du restaurant, juste parce qu’il n’a pas envie de se mouiller. Celui des adolescents, frère et soeur, qui font l’amour un soir d’été en étant sûrs de n’avoir pas d’enfant et que personne n’en saura rien. Chaque fois, les questions sont : que faire ? Au nom de quoi approuver ou condamner ? Quel genre de règles, de raisonnements et d’évidences mettez-vous en oeuvre pour vous prononcer ?

C’est échevelé, mais seulement en apparence. Ruwen Ogien, spécialiste de philosophie morale, chercheur au CNRS, auteur d’une douzaine d’essais incisifs, est un délirant méthodique. Les machineries mentales qu’il construit sont des expériences de pensée, des praticables destinés à vous faire réfléchir. Dire qu’on ne trouve jamais de violoniste branché dans son dos le matin serait donc la meilleure façon de montrer qu’on n’a rien compris. Car ce qui est réel, dans ces loufoques histoires, ce ne sont évidemment pas les circonstances, mais les problèmes qu’elles posent. Ce sont des casse-tête, mais à solutions multiples, avec presse-évidences intégré.

But du jeu : montrer que tout, en morale, peut et doit être questionné. Que les intuitions dont on se réclame ne sont jamais si claires qu’on croit ni si assurées qu’on dit. Que les doctrines se contredisent toujours, les principes parfois. Et que l’entraide et la bénévolence tiennent à peu de chose : dans un centre commercial, montre une étude savante, les gens exposés aux effluves du four du boulanger rendent significativement plus de menus services que les autres. On pourrait en tirer cette conclusion économique : ne donnez pas de croissants aux gens bons, l’odeur suffit à les moraliser. On attend l’aérosol.

Roger-Pol Droit

Se procurer l’ouvrage de Ruwen Ogien : L’influence de l’odeur des croissants chauds sur la bonté humaine

La morale introuvable de Ruwen Ogien

Article de Philippe Chevallier, paru dans l’Express le 20 septembre 2011

http://www.lexpress.fr/culture/livre/l-influence-de-l-odeur-des-croissants-chauds-sur-la-bonte-humaine_1031744.html

Le philosophe français Ruwen Ogien confronte les théories aux expériences sur la morale. L’américaine Martha Nussbaum, elle, recherche ce que peut bien être la “vie bonne”.

Ruwen Ogien, spécialiste de philosophie morale et de philosophie des sciences sociales

Il doit y avoir de bonnes raisons de faire ceci plutôt que cela. Même s’ils se chamaillent depuis des siècles, les philosophes qui croient à l’existence d’un bien absolu et ceux qui préfèrent évaluer au cas par cas les gains et les pertes en termes de bonheur collectif sont d’accord sur un point : les problèmes moraux ont leur solution. Les premiers sont majoritairement issus d’une tradition européenne, avec Kant en figure tutélaire ; les seconds, plus pragmatiques, parlent l’anglais de John Stuart Mill. A ces deux approches traditionnelles Ruwen Ogien, chercheur au CNRS, oppose une philosophie expérimentale.

Pas de grands principes, juste des petits faits têtus permettant de répondre le plus concrètement possible. Existe-t-il des intuitions morales universelles ? La culture ou l’éducation influent-elles sur nos jugements ? Sa conviction : la philosophie morale, obnubilée par ce que l’on doit faire, a oublié de regarder ce que les gens faisaient. Kant marchait confiant dans les rues de Königsberg, la loi morale dans son coeur et le ciel étoilé au-dessus de sa tête ; Ogien avance à tâtons, ses contemporains devant les yeux.

“Frankenstein ministre de la Santé”

Démonstration par l’exemple, avec 19 casse-tête moraux ayant fait l’objet d’études statistiques, simples enquêtes d’opinion ou véritables reality-shows scientifiques. Ogien revient sur l’expérience de Milgram, débutée en 1960, au cours de laquelle de bons pères de famille américains acceptèrent d’administrer des décharges de 450 volts à leur concitoyen – en fait un excellent acteur, capable d’imiter les hurlements de l’agonisant. Moins sensationnelles, les enquêtes d’opinion n’en sont pas moins raffinées dans leurs scénarios : Tueriez-vous un homme pour en sauver 10 ? 100 ? Et si cet homme était un salaud ? Et s’il vous fallait le tuer de vos propres mains ?

Voici le premier livre de philosophie adaptable au cinéma, catégorie série Z, comme l’indiquent les titres de chapitres : “Le tramway qui tue”, “Frankenstein ministre de la Santé”. Au final : non seulement tous les raisonnements moraux volent en éclats, mais l’humanité se révèle veule, lâche, inconséquente.

Avec un sérieux implacable, Ogien découpe nos morales au scalpel, cherchant leur plus petit commun dénominateur, cet atome de certitude qu’il ne trouve pas. Finalement, entre adultes consentants, tout serait moralement acceptable.

Fichier:Nussbaum Martha2.jpg

Martha Naussbaum par Jerry Bauer

D’autres approches restent possibles, comme en témoigne l’oeuvre déjà riche de Martha Nussbaum, professeure de droit et d’éthique à Chicago, dont l’avant-dernier ouvrage vient d’être traduit (“La connaissance de l’amour” paru aux éditions du Cerf note d’ActuPhilo) : la morale n’est pas seulement une question d’actes permis ou défendus, mais également de réalisation de soi comme citoyen du monde.

Une vie bonne n’a pas seulement besoin de savoirs rationnels pour se développer, mais également d’émotions et d’imagination. Son plaidoyer en faveur d’une éducation qui réhabilite les arts et les humanités convainc, et permet de ne pas désespérer de la créativité en philosophie morale.

Philippe Chevallier pour l’Express

Le 20 septembre 2011

________________________________

Martha C. Nausbaum

La connaissance de l’amour

Essai sur la philosophie et la littérature

Cerf

Sur certains sujets, la quête de connaissance ne peut se passer de la littérature. Quand il s’agit de réfléchir sur ce qu’est la vie bonne pour un être humain, sur ce que les émotions – et l’amour tout particulièrement – peuvent avoir de déconcertant et d’éclairant, la philosophie ne peut se satisfaire d’un style plat et analytique. Elle doit se mettre à l’école d’une forme littéraire qui cherche à capturer, dans son mouvement même, la surprise, la confusion, l’illumination propre à une vie humaine et à la richesse des sentiments qui y trouvent place. Dans La Connaissance de l’amour, Martha Nussbaum entreprend ainsi un double exercice. Il s’agit d’abord de défendre une thèse de philosophie morale. Une thèse qui insiste sur la complexité irréductible des situations, sur l’importance des choses et des êtres particuliers, sur le fait que la vie humaine bonne n’est ni réductible à un critère unique du bien, ni exempte de vulnérabilité et de conflits. La ” connaissance de l’amour ” consiste à la fois à tenter de comprendre quelle place occupe l’amour dans une vie humaine accomplie, mais également à être attentif à l’enseignement propre de l’amour, parce qu’il est sensible à ce que les choses et les êtres ont d’irréductiblement singulier. Mais il s’agit, ensuite, de mettre en lumière l’importance du style pour la connaissance philosophique : au fil de ces essais, qui interrogent successivement les oeuvres de Platon et d’Aristote, les romans de Henry James. de Proust ou encore de Beckett, se dessine une philosophie attentive à la narration, à la pluralité des voix, à la diversité de leur adresse au lecteur.

Pour se procurer l’ouvrage de Martha C. Naussbaum La connaissance de l’amour : Essais sur la philosophie et la littérature

Publié dans débat, Les parutions, Lu sur la toile, philosophie | Tagué: , , , , , , , | Laisser un Commentaire »

Le désir d’enfant, entre intime et politique

Publié par Hervé Moine le 6 avril 2011

« Le désir d’enfant, entre intime et politique »

Conférence de Marie Gaille

Mercredi 6 avril 2011

à l’Université de Bordeaux 2

La prochaine conférence “l’invité du mercredi” de Bordeaux Ségalen aura lieu ce mercredi 6 avril 2011, sur le thème : “Le désir d’enfant, entre intime et politique”, par Marie Gaille, philosophe, Chargée de recherches au CNRS, l’auteur de La valeur de la vie. Du désir d’enfant au droit à l’enfant, de l’aspiration personnelle au débat public, les champs de réflexion se sont considérablement élargis ces dernières années. Les progrès de la procréation médicalement assistée se sont accompagnés d’un vaste débat sur la scène publique autour du sens à donner à ce désir d’enfant. Débats d’ordre éthique, juridique, philosophique, l’intime a rejoint le politique. Quel lien existe-t-il entre ce désir personnel et l’espace public? Quels sont les enjeux sociaux et politiques autour de ces débats ? C’est à ces questions sensibles que Marie Gaille nous apportera quelques éléments de réponse et sujets de réflexion.

Infos pratiques

La conférence « Le désir d’enfant, entre intime et politique » aura lieu à 18h30, sur le site de Carreire de Bordeaux Ségalen, dans l’amphi P.A Louis de l’ISPED, 146 rue Leo Saignat à Bordeaux.

Contact :

Françoise impérial, Médiatrice Culturelle, Vice Présidente communication des Carabins de Bordeaux: service.culturel@u-bordeaux2.fr

La valeur de la vie selon Marie Gaille

Marie Gaille, docteur en philosophie, chargée de recherche au CERSES (Centre de recherche sens, éthique et société, CNRS-Université Paris Descartes), travaille depuis 1998 sur la manière dont la philosophie politique et morale est investie par la question de ses rapports avec la médecine. Elle est l’auteur de plusieurs essais sur Machiavel, traductrice d’ouvrages politiques en langue italienne, elle a co-signé avec Claire Crignon, dans la collection Médecine & Sciences humaines, A qui appartient le corps humain ? Médecine, politique et droit (2004). Paraît en février 2010, toujours dans la collection Médecine et Sciences Humaines aux édition des Belles Lettres “La valeur de la vie” de Marie Gaille :

« Ce n’est plus une vie », « je veux encore vivre, même avec cette maladie », « ma vie n’a plus de valeur » : confronté à la maladie, à la déchéance physique, à la perte provisoire ou définitive de certaines capacités, chacun d’entre nous peut être conduit à énoncer de tels propos. Quoi de plus délicat cependant, que l’évaluation de la valeur de la vie ? Cet ouvrage aborde le sens et la portée de cette réflexion dans une situation où elle s’impose dans toute sa radicalité : celle des décisions de maintien ou d’interruption de la vie prises au chevet du patient dans les hôpitaux. En choisissant d’aborder ainsi la question de la valeur de la vie, ce livre fait le pari qu’une approche philosophique nourrie par une rencontre avec l’univers de la médecine contemporaine éclairera davantage le sens de cette notion, son fondement et ses limites, qu’une approche abstraite de tout contexte.

La démarche cherche aussi à établir un dialogue entre philosophes et médecins en proposant une analyse des différents contextes thérapeutiques où une décision de maintien ou d’interruption de la vie doit être prise. À la lumière de cette analyse, l’ouvrage propose une réflexion critique sur les usages de l’idée de valeur de la vie pour en désavouer la pertinence et en nier la légitimité éthique. Les patients, malades mais aussi citoyens, doivent forger en concertation avec les médecins d’autres critères pour fonder une décision aussi déterminante que celle de maintenir ou d’interrompre le cours d’une vie humaine.

La réflexion de Marie Gaille sur le « désir d’enfant » prolonge celle menée dans La valeur de la vie au sujet de la décision de maintien ou d’interruption de la vie et l’approfondir dans le cas spécifique de la procréation. Elle se situe sur le plan de la philosophie politique et morale sur le désir d’enfant, en prenant appui, du point de vue empirique, sur une observation de consultation de conseil génétique et, du point de vue théorique, en développant une analyse des discours anthropologiques et psychanalytiques et de leur place dans le débat social contemporain sur la procréation. Dans le cadre de ce travail, Marie Gaille s’intéresse également à l’argument de la souffrance, notamment celle des parents ou de l’enfant à naître, afin d’examiner de façon descriptive et normative le rôle qu’il joue dans la décision d’interruption de grossesse ou de renoncement au projet d’enfant.

Les 5 points importants de la réflexion de Mari Gaille à propos du désir d’enfant :

  • une interrogation sur la nature et la légitimité du « désir d’enfant » et le renoncement à réaliser ce désir face au risque ou à la certitude de la transmission d’une maladie génétique
  • une réflexion sur l’identité parentale (qu’est-ce qu’être mère ? qu’est-ce qu’être père ? qu’est-ce qu’être parent ?) (engendrer/porter/mettre au monde/élever)
  • une analyse des modalités de construction de la famille autour d’un individu atteint ou susceptible d’être atteint par une maladie génétique (dans le sens des ascendants et des descendants déjà nés ou à venir)
  • un examen de la question de « l’amélioration » et notamment de la pertinence de l’idée de « bébé parfait » pour penser la manière dont le diagnostic prénatal est pratiqué dans la société contemporaine
  • une analyse des effets du droit de la filiation dans le débat bioéthique.

Le livre de Marie Gaille « Désir d’enfant, entre intime et politique » va paraître prochainement aux PUF, nous en reparlerons sur ActuPhilo. En attendant, on pourra lire avec profit l’ouvrage de Marie Gaille La valeur de la vie.

 

Le désir d’enfant

Entretien avec Marie Gaille, paru dans Sud Ouest le 6 avril 2011

La philosophe Marie Gaille analyse le passage de cette question intime vers le politique et donc le public

« Sud Ouest ». Vous êtes philosophe chargée de recherche au CNRS. Et vous animez ce soir un débat sur le désir d’enfant. Allez-vous évoquer l’évolution du désir vers le droit à l’enfant ?

Marie Gaille. Je tiens à parler de désir et pas du tout de droit à l’enfant. Cette expression pour moi n’a pas de crédit. Juridiquement, elle ne veut pas dire grand-chose. En revanche, je travaille depuis longtemps sur ce désir d’enfant que l’on peut envisager sous l’angle biologique, social ou de parcours de vie. Souvent, les différents aspects se combinent, et les situations sont différentes pour chaque personne.

J’en ai discuté avec des généticiens, mais aussi avec des psychanalystes et des psychologues. Le désir d’enfant peut tenir à celui de fonder une famille, de s’inscrire dans une chaîne générationnelle. En revanche, je n’envisage pas l’enfant comme désir d’objet de consommation, en essayant de trancher si c’est bon ou mauvais. Ce type de débat me paraît douteux.

Et je comprends mal qu’il y ait des parents qui manifestent un désir d’enfant en exigeant carrément une garantie sur facture.

« Sud Ouest ». L’expression publique de ce désir d’enfant n’est-elle pas quelque chose de relativement récent ?

Marie Gaille. Dans un premier temps, dans les années 1960-1970, le mouvement féministe a exprimé un besoin d’émancipation, d’appropriation de son corps. On parlait alors d’un enfant si on voulait, quand on voulait. Le désir d’enfant est apparu suite à ce premier temps.

« Sud Ouest ». La question touche-t-elle n’importe quelle classe sociale ou certaines en particulier ?

Marie Gaille. Cela touche surtout les femmes qui ont fait des études longues et qui ont socialement réussi un parcours professionnel. Elles se sont tardivement posé la question de l’enfant. Mais nous ne possédons pas d’enquête sur ce sujet et je ne tiens pas à réduire la question par rapport à des classes sociales.

« Sud Ouest ». Le désir d’enfant est-il réservé aux femmes ?

Marie Gaille. Pendant longtemps, il n’a été évoqué et pris en compte que par rapport aux femmes. Mais depuis dix ou vingt ans, un certain nombre d’études ont évoqué clairement le désir de paternité. C’est le cas de « La Part du père », de Geneviève Delaisi de Parseval.

« Sud Ouest ». Comment la question intime est-elle devenue publique et politique ?

Marie Gaille. Pour comprendre l’articulation, il faut redéfinir la frontière entre vie privée et politique. C’est un choix de société qui a donné la priorité à la procréation et à un certain type de vie familiale. Les pouvoirs publics ont ainsi décidé d’accompagner trois tentatives d’aide à la procréation médicalement assistée. Mais ils favorisent aussi les couples hétérosexuels. Les décisions collectives sont prises en droit et sous un certain regard social.

« Sud Ouest ». Le choix des politiques est-il moral ?

Marie Gaille. Je parlerais plutôt de mœurs sociales de fermeture. Ce n’est pas un vrai travail de gouvernants capables d’introduire une grande variabilité dans le débat. Quant à la question du non-désir d’enfant, qui est aussi développée, celles qui ne souhaitent pas être mères sont soumises à la morale diffuse de la norme majoritaire.

Désir d’enfant et maladie génétique

Marie Gaille, participait, il y a quelques mois en novembre 2010 à l’état des lieux de bioéthique. Elle évoquait alors la notion du désir d’enfant. Nous publions les prises de notes de Caroline Laplace-Jourdain et de Patrice Fabre

La notion du désir d’enfant ne concerne qu’une très petite fraction de la population mondiale car cela suppose l’accès à la contraception et à l’assistance à la procréation. L’enfant devient un choix, l’absence d’enfant, peut donc aussi l’être. Ce discours sur le désir d’enfant a donc émergé dans les années 70 avec les techniques de contraception et elle est devenue une revendication. Le désir d’enfant s’inscrit dans le temps, succédant à un temps où il était inévitable d’avoir un enfant : il était naturel pour la femme de se réaliser dans la procréation, naturel pour le couple de procréer, naturel pour l‘espèce de se perpétuer. C’est une conception très naturaliste. Aujourd’hui le désir est mis au devant de la scène car ces notions de naturel ont partiellement vécu à travers la technique. On a la tendance aux désirs, recevables ou non.

Les objets du désir d’enfant sont multiples : une femme peut avoir le désir de l’expérience de la grossesse, de l’enfantement, d’avoir un enfant sans ces étapes (problématique des mères porteuses, voire de l’utérus artificiel si c’était possible) ; femme ou homme peuvent vouloir fonder une famille avec des variations très importantes dans la conception de ce qu’est la famille (seul, en couple homo ou hétérosexuel, avec un ou plusieurs enfants), que la famille soit le fruit de mes gènes et donc refuser l’adoption ou les donneurs génétiques ou encore peu importent les gènes et avoir recours à un donneur mais au moins un des deux du couple restant géniteur ou encore à travers l’adoption afin de garder une « transmission culturelle ». Bref tous les cas sont imaginables, cette énumération montre l‘extrême diversité des objets possibles du désir d’enfant. Quelques niveaux sont toutefois importants : la continuité génétique et l’appartenance sociale et psychique (situation de l‘individu dans le groupe d’appartenance).

Les fluctuations du désir d’enfant : si l’enfant est l’expression du narcissisme, comme le suggère Freud, le bébé peut se trouver dans un rapport de soi à soi et donc avoir la possibilité de décevoir les attentes narcissique du parent. Le désir peut donc varier selon le diagnostic établi pendant la grossesse. Sur des diagnostics prénataux spécifiques (liés à recherche de pathologie à cause d’histoires familiales) : l’annonce d’un diagnostic de problème génétique peut susciter un désinvestissement maternel et briser le rêve de maternité, cet état est réversible. Il y a ambivalence, un enfant oui… mais anormal… Blessure narcissique difficilement surmontable, incapacité à faire aussi bien que ce que sa propre mère a fait… miroir brisé. Divers cas possibles : le maintien du désir d’enfant aussi fort ; désir plus instable voire qui disparaît.

Pour se procurer l’ouvrage de Marie Gaille La valeur de la vie

Publié dans annonces, conférence, philosophie | Tagué: , , , , , , , , | Laisser un Commentaire »

Comment la danse peut aborder les concepts de la philosophie morale de Spinoza

Publié par Hervé Moine le 2 avril 2011

Danse – Philosophie

L’Ethique, d’après Baruch Spinoza

Pièce pour 20 danseurs

Conception de Benoît Baltus

Chorégraphie d’Anne Mayer

Mercredi 6 avril 2011

Théâtre Bernard Marie Koltès de Nanterre

 

C’est un bel édifice, quoi qu’un peu mystérieux, mais le travail et l’émotion sont bel et bien présents !

L’Ethique, pièce pour 20 danseurs est la dernière création de la Compagnie Maztek. L’évènement commence à 19h30 à la Faculté de Nanterre, toutefois comme c’est une soirée partagée, l’Ethique passera vers 20h30.

Épousant la structure du texte de Spinoza, l’Ethique invite à découvrir comment la danse peut aborder les concepts de sa philosophie morale : que faire des mots de « liberté », « moi », « je », dans un monde où « Dieu = la nature », où tout est « la nature » ? Au sein s’une foule de corps qui détourne et reproduit leurs gestes et leurs actions, trois individus sont confrontés à l’énigme du sens éthique de leur existence. Au fil de la danse, des mots, et des bribes d’une vie oubliée, leur identité se compose et se décompose sans cesse. Mais cette trame tissée sans relâche est un chemin qui les mène, au-delà d’eux-mêmes, à renouer avec « une sort d’éternité».

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Publié dans annonces, philosophie, spectacle | Tagué: , , , , , | Laisser un Commentaire »

Le monde contemporain a-t-il rompu le contrat moral tacite entre l’homme et l’animal ?

Publié par Hervé Moine le 19 mars 2011

La question animale

Entre science, littérature et philosophie

Presses Universitaires de Rennes

Sous la direction de Jean-Paul, Lucie Campos, Catherine Coquio et Georges Chapouthier

Présentation de l’ouvrage

Y a-t-il eu un jour entre les animaux et les hommes un contrat moral implicite que l’homme aurait détruit ? Ici, l’articulation de la littérature et des sciences fait problème, tandis que les philosophes sont loin de s’accorder entre eux : les débats internes à l’éthique animale anglo-saxonne reposent sur des prémisses étrangers à la déconstruction que radicalise aujourd’hui la philosophie continentale de l’animalité. Réouvrir la question de l’animal, longtemps sacrifiée au primat d’un logos anthropocentrique, c’est comme l’a dit Derrida réouvrir la « question du pathos » pour se diriger ailleurs : un ailleurs reconnu et parcouru déjà en littérature.

Quatrième de couverture

Une « question animale » se pose avec insistance aujourd’hui : découvertes majeures en éthologie, avec la mise en évidence de cultures animales ; prolifération de discours philosophiques, d’essais littéraires, de récits consacrés aux bêtes, multipliant les protocoles de relecture qui questionnent les rapports entre la raison et le sensible ; développement d’une « éthique animale » et « environnementale ». Car cet intérêt se dessine sur fond de catastrophe écologique et d’extinction des espèces. Alors que les avancées scientifiques font apparaître des mondes perceptifs communs aux animaux et aux hommes, que l’imagination littéraire avait sondés autrement, leurs communautés vécues reculent, voire disparaissent, produisant une inquiétude nouvelle. L’idée surgit d’un « contrat » moral entre humains et animaux que l’époque moderne aurait rompu. Faut-il construire un tel contrat pour notre présent, et avec quels instruments ? Ou faut-il repenser de fond en comble nos rapports avec le monde animal ? Sur ces questions se confrontent utilitarisme anglosaxon et déconstruction continentale, les uns parlant de droits, de devoirs et d’intérêts mutuels, les autres oeuvrant à « rouvrir la question du pathos » et faisant entendre le « silence des bêtes », tandis qu’une nouvelle littérature, fictionnelle ou non, requestionne les pouvoirs et les limites de l’empathie et de la compassion. Au risque d’alimenter un nouveau mythe : celui de l’animal victime, témoin muet d’une faute humaine universelle, qui viendrait rejoindre et représenter les victimes des catastrophes historiques du XXe siècle. Ce livre tente d’accompagner ces questions et ce mythe sur un mode critique, qui nous invite à penser à nouveaux frais nos similitudes et nos différences.

Pour se procurer La question animale : Entre science, littérature et philosophie

Les auteurs

5 philosophes, parmi 19 auteurs, ont participé à La question animale : Entre science, littérature et philosophie et en particulier Georges Chapouthier pour lequel nous avions notamment dresser un portrait à l’occasion d’une de ses interventions  Jusqu’où sommes-nous des singes philosophes ? en février dernier.

Georges Chapouthier, de double formation biologiste et philosophe, est directeur de recherches au CNRS.

Georges Chapouthier a notamment publié L’homme, ce singe en mosaïque (Odile Jacob, 2001) et Kant et le chimpanzé. Essai sur l’être humain, la morale et l’art, (Belin, 2009).

dans La question animale : Entre science, littérature et philosophie, Georges Chapouthier à écrit l’article qui s’intitule En morale, sommes-nous des philosophes ou des chimpanzés ?

Florence Burgat est directrice de recherche en philosophie (INRA-RITME/Paris I-ExeCo). Elle travaille actuellement sur les approches phénoménologiques de la vie animale et a publié sur ce thème Liberté et inquiétude de la vie animale (Kimé, 2006) ainsi qu’un volume collectif Comment penser le comportement animal ? Contribution à une critique du réductionnisme (Paris MSH/Quæ, 2010).Article dans La question animale : Entre science, littérature et philosophieLa disparition

Catherine Larrère est professeur à l’université de Paris I-Panthéon Sorbonne et spécialiste de philosophie morale et politique. Elle s’intéresse aux questions éthiques et politiques liées à la crise environnementale et aux nouvelles technologies (protection de la nature, prévention des risques, développement des biotechnologies). Elle a publié notamment Les Philosophies de l’environnement (PUF, « Philosophies », 1997), Du bon usage de la nature, Pour une philosophie de l’environnement, (en collaboration avec Raphael Larrère), Aubier, 1997 (rééd. Champs-Flammarion, 2009) et co-dirigé La Crise environnementale (en collaboration avec Raphael Larrère, Éditions de l’INRA, 1997) et ature vive (MNHN Fernand Nathan, 2000).

Article dans La question animale : Entre science, littérature et philosophieEthique environnementale et éthique animale avec Raphaël Larrère

Lucie Campos, docteur en littérature comparée, enseigne à l’université de Poitiers. Ses travaux portent sur le traitement de la conscience historique dans la pensée contemporaine, sur l’histoire de la critique et de la théorie littéraire aux XIX e et XX e siècles, et sur la relation entre littérature et philosophie. Elle a publié divers articles portant sur la politique de la mémoire et du patrimoine, sur W. G. Sebald, I. Kertész, et J. M. Coetzee, sur la pensée de G. Agamben, sur les questions de l’interprétation et de la traduction, ainsi que sur différents aspects de la pensée postcoloniale.

Article dans La question animale : Entre science, littérature et philosophie : Poétiques philosophiques de l’animal avec W. G. Sebald & J. M. Coetzée

Jean-Baptiste Jeangène Vilmer, philosophe et juriste, est maître de conférences en relations internationales au département de War Studies du King’s College de Londres. Il est l’auteur d’Éthique animale (PUF, 2008, préfacé par Peter Singer), L’éthique animale (PUF, Que sais-je ?, 2011) et Apologies des bêtes. Anthologie historique d’éthique animale (PUF, 2011).

Article dans lLa question animale : Entre science, littérature et philosophieLes principaux courants en éthique animale

 

Publié dans Les parutions, Littérature, philosophe, philosophie | Tagué: , , , , , , , , , , | Laisser un Commentaire »

Hans Jonas, une éthique fondée dans la vie et portant sur la vie

Publié par Hervé Moine le 9 février 2011

L’Ethique de la vie chez Hans Jonas

colloque international

25 et 26 février 2011

Organisé par PhiCo, laboratoire de philosophie contemporaine de Paris I,

Catherine Larrère et Eric Pommier


Vendredi 25 salle 1 panthéon de 13h à 17h45

Samedi 26 amphithéâtre 2B Panthéon de 9h à 18h

Centre Panthéon, 12 place du Panthéon – 75005 Paris


L’Ethique de la vie chez Hans Jonas

Alors que l’humanisme dans sa dimension pratique instaure une opposition entre l’ordre de la vie et celui du devoir, au point que seul l’homme puisse être considéré comme sujet de respect, Hans Jonas s’efforce de définir une responsabilité de l’homme, en tant que vivant et pour la vie. S’il y a « une éthique de la vie chez Hans Jonas, c’est bien à la fois dans le sens où c’est par la vie que l’homme acquiert son statut de sujet moral et à la vie qu’il montre le respect auquel, en tant qu’objet éthique, elle a droit. C’est ainsi que Hans Jonas entend réconcilier la morale et la vie dans l’impératif éthique qu’il énonce, entre autres, de la manière suivante : « Agis de façon que les effets de ton action soient compatibles avec la permanence d’une vie authentiquement humaine sur terre ». On peut en effet se demander si la crise environnementale sans précédent que nous connaissons aujourd’hui, ainsi que les risques de « dévalorisation » que l’homme court, notamment dans le domaine des nouvelles techniques « médicales » ne résultent pas de la forme anthropocentrique que l’éthique a prise depuis l’avènement de la modernité, en faisant de la nature et de la vie un type d’être dépourvu de valeur. Ce colloque a donc pour objectif d’interroger la pertinence du dispositif jonassien qui propose une éthique fondée dans la vie et portant sur la vie. Une des pièces centrales de cette démarche, la question de la relation au nourrisson, sera examinée ainsi que ses conséquences au plan bioéthique.

Au programme de la première journée du colloque, 4 interventions sur le thème du fondement de l’éthique jonassienne :

Jeudi 24 février 2011

M. Regenaldo Da Costa, professeur à l’Université de l’Etat du Ceara au Brésil : « L’éthique de la responsabilité comme défense morale de la vie dans le contexte de la crise écologique du XXIème siècle (A ética da responsabilidade como defesa moral da vida no contexto da crise ecologica do Século XXI). »

M. Roberto Franzini Tibaldeo, Docteur et associé scientifique de l’Université de Turin : « From Dualism to the preservation of Ambivalence. Hans Jonas « ontological revolution » as the background for his ethics of responsability. »

M. Frédérick Bruneault, Docteur en philosophie : « Fondement de la valeur et de la finalité chez Hans Jonas. Le passage du bien au devoir-être dans le Principe de responsabilité peut-il faire l’économie d’une déduction transcendantale ? »

M. Etienne Bimbenet, Maître de Conférence à l’Université de Lyon III : « Reductio ad absurdum : la structure de l’argumentation antiréductionniste chez Hans Jonas. »

Vendredi 25 février 2011

Deux thématiques partageront la deuxième journée du colloque consacré à Hans Jonas, la première intitulée « Du soin du nouveau-né au respect envers les générations futures » et la seconde, « Dans le prolongement du Principes responsabilité : cosmogonie et bioéthique ». Pas moins de 8 intervenants se succèderont :

M. Philippe Descamps, Post-doctorant au CERSES : «  Le paradigme du nouveau-né chez Jonas ».

M. Hicham-Stéphane Afeissa, Directeur de programme au CIPh : « Nos enfants nous accuseront. Négligence coupable, repantance préventive et inversion de la flèche du temps ».

Mme Sylvie Courtine-Denamy, Docteur en philosophie de l’Université de Paris IV, chercheure associée au Centre Alberto Benveniste pour les études séraphades et au CEVIPOF : Natalité chez Hans Jonas et Hannah Arendt ».

Eric Pommier, Docteur en philosophie : « Le Principe responsabilité est-il un humanisme ? »

M. Jean-Claude Gens, Professeur à l’Université de Bourgogne : « Du Principe responsabilité aux conjectures de Matière, esprit et création ».

Mme Marie-Geneviève Pinsart, Professeur à l’Université libre de Bruxelles : « Mise en perspective bioéthique de la relation entre le « bio » et la « technique » chez Hans Jonas ».

M. Jacques Dewitte, Philosophe : « La critique existentielle du clonage de Hans Jonas ».

Mme Laura Bossi, Neurologue : « Hans Jonas et la polémique sur les critères de la mort à l’ère des greffes d’organes ».

Les deux journées du colloque s’achèveront chacune par une discussion générale.

Le programme complet du colloque international sur Hans Jonas (fichier PDF)

Contacts :

L’intérêt de Hans Jonas aujourd’hui

Philosophe d’envergure paradoxalement peu étudié en France et non-inscrit au programme de philosophie des classes de terminale, une lacune à combler. Eric Pommier, spécialiste du philosophe insiste sur l’intérêt de Jonas aujourd’hui.

“Hans Jonas est l’un des premiers, et même peut-être le premier philosophe de cette envergure, à avoir mis au cœur de sa pensée le souci de la nature et de la vie, souci qui occupe désormais une place de premier choix au sein des enjeux sociaux, économiques et politiques du moment. Sans lui nous ne parlerions probablement pas de la même façon du respect que nous devons aux générations futures, de la responsabilité que nous avons à l’égard de l’environnement ou des espèces, des précautions qu’il nous faut prendre en vue d’éviter des catastrophes qui affecteraient aussi bien l’homme que la possibilité de la vie en général.

Mais Hans Jonas est aussi paradoxalement un des philosophes qui reste assez peu étudié et assez peu travaillé en France. Il n’est d’ailleurs pas inscrit au programme de philosophie des classes de Terminale, lors même qu’il nous propose une analyse de premier plan du phénomène gnostique, une ontologie, une éthique générale et appliquée, des perspectives cosmogoniques et théologiques.

C’est cette lacune que ce colloque international, consacré à la dimension pratique de sa pensée, voudrait contribuer à combler. ” Eric Pommier

La lecture même du Principe responsabilité, convaincra assurément de l’intérêt de la pensée de Hans Jonas aujourd’hui.

En couverture : Paul Klee, Angelus Dubiosus, 1939

 

Hans Jonas

Le Principe responsabilité

Une éthique pour la civilisation technologique

Collection Champs essai chez Flammarion

En quatrième de couverture de l’édition Flammarion

Les morales traditionnelles sont devenues inopérantes en particulier pour les décideurs politiques. Hans Jonas propose une reformulation de l’éthique autour de l’idée de responsabilité, sous ses différents (naturelle et contractuelle), et voit dans les parents et les hommes d’Etat deux modèles essentiels ; il discute les idéaux de progrès et les utopies (d’où le titre qui rappelle Le Principe espérance d’Ernst Bloch) et dessine une philosophie de l’”espérance responsable” fondée sur le respect. L’accueil réservé à cette grande oeuvre – des philosophes aux décideurs politiques et des pédagogues aux scientifiques – témoigne de l’actualité d’une telle réflexion.

Présentation de Paul Klein, référence à l’édition reliée du Principe responsabilité du Cerf

L’homme moderne est désormais conscient que ses technologies peuvent aboutir à l’extinction de toute vie sur Terre. Cette éventualité n’est bien sûr qu’un possible, mais elle n’est pas improbable et la peur qu’elle provoque peut fonder une nouvelle éthique de la précaution qui invite l’humanité à empêcher que le pire ne se réalise.

Dans cet ouvrage, qui a participé au renouveau de la pensée éthique contemporaine, Hans Jonas approfondit une réflexion qui s’inscrit sans doute dans le courant écologiste, mais qui invite surtout à penser les devoirs qui nous lient aux générations futures. Si le monde nous a été prêté par nos petits-enfants, comme le rappelle un proverbe indien, il faut donc tout mettre en oeuvre pour que les conditions d’une vie future authentiquement humaine sur Terre ne soient pas compromises. Paul Klein

Extrait de la Préface

“Le Prométhée définitivement déchaîné, auquel la science confère des forces jamais encore connues et l’économie son impulsion effrénée, réclame une éthique qui, par des entraves librement consenties, empêche le pouvoir de l’homme de devenir une malédiction pour lui. La thèse liminaire de ce livre est que la promesse de la technique moderne s’est inversée en menace, ou bien que celle-ci s’est indissolublement alliée à celle-là. Elle va au-delà du constat d’une menace physique. La soumission de la nature destinée au bonheur humain a entraîné par la démesure de son succès, qui s’étend maintenant également à la nature de l’homme lui-même, le plus grand défi pour l’être humain que son faire ait jamais entraîné. (…) Ce que l’homme peut faire aujourd’hui et ce que par la suite il sera contraint de continuer à faire, dans l’exercice irrésistible de pouvoir, n’a pas son équivalent dans l’expérience passée. Toute sagesse héritée, relative au comportement juste, était taillée en vue de cette expérience. Nulle éthique traditionnelle ne nous instruit donc sur les normes du “bien” et du “mal” auxquelles doivent être soumises les modalités entièrement nouvelles du pouvoir et de ses créations possibles. La terre nouvelle de la pratique collective, dans laquelle nous sommes entrés avec la technologie de pointe, est encore une terre vierge de la théorie éthique. (…) La conscience croissante d’une crise qui nous menace suscite des livres tels que celui-ci. Quelle que soit la faiblesse de la parole face à la contrainte des choses et face à la poussée des intérêts, elle peut néanmoins contribuer à ce que cette conscience franchisse le pas de la crainte vers la responsabilité pour l’avenir menacé et que nous devenions ainsi un peu plus disponibles pour ce que la cause de l’humanité exigera de nous avec une urgence croissante.” Hans Jonas, Préface au Principe responsabilité, pp.15-16 et pp. 19-20 de l’édition Flammarion.

Pour se procurer l’ouvrage de Hans Jonas Le Principe responsabilité chez Flammarion ou Le principe responsabilité aux éditions du Cerf (édition relié)

 

 



Publié dans annonces, Colloque, philosophe, philosophie | Tagué: , , , , , | 1 commentaire »

 
Suivre

Get every new post delivered to your Inbox.

Joignez-vous à 716 followers