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Posts Tagged ‘humanité’

Suffit-il d’être homme pour être digne ?

Posted by Hervé Moine le 2 novembre 2011

Eric Fiat

« La dignité »

Lundi 7 novembre 2011 à 20h30

Auditorium de la Chambre de Commerce et de l’Industrie de Castres

Castres. Une conférence par un philosophe de renom

Article de La Dépêche du Midi paru le 2 novembre 2011

http://www.ladepeche.fr/article/2011/11/02/

A l’initiative de l’Association pour le développement des soins palliatifs du Tarn (ASP) et du réseau soins palliatifs et douleur du Tarn (Résopalid81), Eric Fiat, maître de conférences de l’université Paris-Est et professeur au centre de formation du personnel hospitalier à Paris, présentera une conférence sur une question essentielle dans notre société, celle de la dignité lundi 7 novembre à 20 h 30 à l’auditorium de la chambre de commerce et d’industrie à Castres. Au nom de cette valeur s’engagent souvent les polémiques les plus virulentes. Avec le talent qu’on lui connaît, fait de vivacité et d’humour mêlés, Eric Fiat tentera de répondre aux questions suivantes : Tous les hommes sont-ils dignes, ou seulement les meilleurs d’entre eux ? La dignité est-elle intrinsèque à la personne humaine ? Ou relationnelle, c’est-à-dire émanant d’autrui ? L’accompagnement de la personne mourante est-il un devoir de civilisation ? L’entrée est libre.

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Court extrait du colloque « Maltraitances et dignité à travers les différents âges de la vie » :

La dignité en question

par Eric Fiat

Eric Fiat

La dépendance vous est présentée comme un risque. Certes, si la dépendance est un risque, cela veut dire que nous sommes indépendants. Mais, mon Dieu, nous sommes infi niment dépendants ! Mon bonheur, en particulier, dépend infiniment de l’amitié de quelques-uns et de l’amour, plus ou moins, de quelques-unes. Par conséquent, présenter la dépendance comme un risque, la vulnérabilité comme une chute et la précarité comme un écueil dans lequel il faudrait éviter de tomber me paraît scandale et une erreur anthropologique fondamentale. Mais évidemment nous ne sommes pas tous également dépendants, pas tous également précaires, pas tous également vulnérables. Celui qui ne peut pas manger par ses propres moyens, qui n’a plus maîtrise de ses sphincters et peut-être de sa mémoire est sans doute plus dépendant que je ne le suis, plus vulnérable que je ne le suis, plus précaire que je ne le suis. Mais de grâce, ne présentons pas dépendance, précarité et vulnérabilité comme des dysfonctionnements ! Elles font partie de la condition humaine comme telles.

Voilà pourquoi, quel que soit son état, quelle que soit la pauvreté des moyens que nature et cité lui ont donnés, l’homme que vous rencontrerez tout à l’heure est aussi digne que vous, quelle que soit la richesse des moyens que nature et cité vous ont donnés.

La problématique fondamentale de la dignité me paraît être la suivante : la dignité est-elle intrinsèque à la personne humaine ? Suffit-il d’être homme pour être digne ? Ou bien dépend-elle de la possession d’un certain nombre de qualités ? Telle me paraît être la problématique centrale de la dignité, en tout cas celle dont j’ai envie de parler aujourd’hui. Je crois, en effet, qu’un petit travail mi-historique, mi-philosophique sur la notion de dignité nous montrera qu’à cette question – la dignité est-elle intrinsèque ou dépend-elle de la possession de qualités ?

– les réponses sont très diverses.

Eric Fiat est professeur agrégé de philosophie et maître de conférences en philosophie. Il travaille sur des thèmes variés de la philosophie de la nature à l’éthique médicale en passant par l’éthique du travail social. Il est par ailleurs directeur du laboratoire Institut Hannah Arendt/Espaces Ethiques et Politiques.

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Le monde contemporain a-t-il rompu le contrat moral tacite entre l’homme et l’animal ?

Posted by Hervé Moine le 19 mars 2011

La question animale

Entre science, littérature et philosophie

Presses Universitaires de Rennes

Sous la direction de Jean-Paul, Lucie Campos, Catherine Coquio et Georges Chapouthier

Présentation de l’ouvrage

Y a-t-il eu un jour entre les animaux et les hommes un contrat moral implicite que l’homme aurait détruit ? Ici, l’articulation de la littérature et des sciences fait problème, tandis que les philosophes sont loin de s’accorder entre eux : les débats internes à l’éthique animale anglo-saxonne reposent sur des prémisses étrangers à la déconstruction que radicalise aujourd’hui la philosophie continentale de l’animalité. Réouvrir la question de l’animal, longtemps sacrifiée au primat d’un logos anthropocentrique, c’est comme l’a dit Derrida réouvrir la « question du pathos » pour se diriger ailleurs : un ailleurs reconnu et parcouru déjà en littérature.

Quatrième de couverture

Une « question animale » se pose avec insistance aujourd’hui : découvertes majeures en éthologie, avec la mise en évidence de cultures animales ; prolifération de discours philosophiques, d’essais littéraires, de récits consacrés aux bêtes, multipliant les protocoles de relecture qui questionnent les rapports entre la raison et le sensible ; développement d’une « éthique animale » et « environnementale ». Car cet intérêt se dessine sur fond de catastrophe écologique et d’extinction des espèces. Alors que les avancées scientifiques font apparaître des mondes perceptifs communs aux animaux et aux hommes, que l’imagination littéraire avait sondés autrement, leurs communautés vécues reculent, voire disparaissent, produisant une inquiétude nouvelle. L’idée surgit d’un « contrat » moral entre humains et animaux que l’époque moderne aurait rompu. Faut-il construire un tel contrat pour notre présent, et avec quels instruments ? Ou faut-il repenser de fond en comble nos rapports avec le monde animal ? Sur ces questions se confrontent utilitarisme anglosaxon et déconstruction continentale, les uns parlant de droits, de devoirs et d’intérêts mutuels, les autres oeuvrant à « rouvrir la question du pathos » et faisant entendre le « silence des bêtes », tandis qu’une nouvelle littérature, fictionnelle ou non, requestionne les pouvoirs et les limites de l’empathie et de la compassion. Au risque d’alimenter un nouveau mythe : celui de l’animal victime, témoin muet d’une faute humaine universelle, qui viendrait rejoindre et représenter les victimes des catastrophes historiques du XXe siècle. Ce livre tente d’accompagner ces questions et ce mythe sur un mode critique, qui nous invite à penser à nouveaux frais nos similitudes et nos différences.

Pour se procurer La question animale : Entre science, littérature et philosophie

Les auteurs

5 philosophes, parmi 19 auteurs, ont participé à La question animale : Entre science, littérature et philosophie et en particulier Georges Chapouthier pour lequel nous avions notamment dresser un portrait à l’occasion d’une de ses interventions  Jusqu’où sommes-nous des singes philosophes ? en février dernier.

Georges Chapouthier, de double formation biologiste et philosophe, est directeur de recherches au CNRS.

Georges Chapouthier a notamment publié L’homme, ce singe en mosaïque (Odile Jacob, 2001) et Kant et le chimpanzé. Essai sur l’être humain, la morale et l’art, (Belin, 2009).

dans La question animale : Entre science, littérature et philosophie, Georges Chapouthier à écrit l’article qui s’intitule En morale, sommes-nous des philosophes ou des chimpanzés ?

Florence Burgat est directrice de recherche en philosophie (INRA-RITME/Paris I-ExeCo). Elle travaille actuellement sur les approches phénoménologiques de la vie animale et a publié sur ce thème Liberté et inquiétude de la vie animale (Kimé, 2006) ainsi qu’un volume collectif Comment penser le comportement animal ? Contribution à une critique du réductionnisme (Paris MSH/Quæ, 2010).Article dans La question animale : Entre science, littérature et philosophieLa disparition

Catherine Larrère est professeur à l’université de Paris I-Panthéon Sorbonne et spécialiste de philosophie morale et politique. Elle s’intéresse aux questions éthiques et politiques liées à la crise environnementale et aux nouvelles technologies (protection de la nature, prévention des risques, développement des biotechnologies). Elle a publié notamment Les Philosophies de l’environnement (PUF, « Philosophies », 1997), Du bon usage de la nature, Pour une philosophie de l’environnement, (en collaboration avec Raphael Larrère), Aubier, 1997 (rééd. Champs-Flammarion, 2009) et co-dirigé La Crise environnementale (en collaboration avec Raphael Larrère, Éditions de l’INRA, 1997) et ature vive (MNHN Fernand Nathan, 2000).

Article dans La question animale : Entre science, littérature et philosophieEthique environnementale et éthique animale avec Raphaël Larrère

Lucie Campos, docteur en littérature comparée, enseigne à l’université de Poitiers. Ses travaux portent sur le traitement de la conscience historique dans la pensée contemporaine, sur l’histoire de la critique et de la théorie littéraire aux XIX e et XX e siècles, et sur la relation entre littérature et philosophie. Elle a publié divers articles portant sur la politique de la mémoire et du patrimoine, sur W. G. Sebald, I. Kertész, et J. M. Coetzee, sur la pensée de G. Agamben, sur les questions de l’interprétation et de la traduction, ainsi que sur différents aspects de la pensée postcoloniale.

Article dans La question animale : Entre science, littérature et philosophie : Poétiques philosophiques de l’animal avec W. G. Sebald & J. M. Coetzée

Jean-Baptiste Jeangène Vilmer, philosophe et juriste, est maître de conférences en relations internationales au département de War Studies du King’s College de Londres. Il est l’auteur d’Éthique animale (PUF, 2008, préfacé par Peter Singer), L’éthique animale (PUF, Que sais-je ?, 2011) et Apologies des bêtes. Anthologie historique d’éthique animale (PUF, 2011).

Article dans lLa question animale : Entre science, littérature et philosophieLes principaux courants en éthique animale

 

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Nicolas Grimaldi : « Etre un homme, c’est sans cesse s’efforcer de l’être ».

Posted by Hervé Moine le 1 mars 2011

Nicolas Grimaldi

L’inhumain

PUF (2011)

Présentation de l’éditeur

Qu’y a-t-il de plus semblable à un homme qu’un autre homme ? Mais qu’y a-t-il de plus irréductible à l’humain que l’inhumain ? Or, il n’y a qu’un homme pour être inhumain. L’un des plus singuliers paradoxes de l’inhumain est qu’il n’est pas en dehors de l’humain. Pour être inhumain, il n’est pas besoin d’avoir perdu tout sens de l’humain. Tout au contraire, l’inhumain est une des manières fort communes qu’ont les hommes d’assumer leur humanité. Quoique notre conscience morale s’en révolte et quoique notre logique s’en scandalise, il nous faut donc en reconnaître le fait : l’inhumain est une catégorie de l’humain.

Rien ne paraît plus monstrueux. Rien nest pourtant plus banal. Il suffit à chaque fois de ne pas reconnaître son semblable dans l’autre.

« Indéfiniment perpétré, le massacre des innocents n’a jamais cessé. Aussi l’histoire de l’inhumain est-elle coextensive à celle de l’humanité. Or le paradoxe de l’inhumain est que chacun croit bien faire en faisant aux autres tout le mal possible.
Il suffit pour cela de ne pas reconnaître son semblable dans l’autre. Car seul est notre semblable celui qui appartient au même monde que nous.
Propre à l’imaginaire de chacun, de chaque parti, de chaque religion, de chaque secte, ce monde intérieur est celui de nos croyances. Quiconque ne les partage pas en est exclu.
Comment aurait-on alors conscience d’être inhumain envers des êtres dont l’humanité ne nous paraît qu’une dérision, une provocation, ou un malentendu de plus?
Rien ne paraît plus monstrueux. Rien n’est pourtant plus banal. » En quatrième de couverture Presse Université de France

Pour se procurer l’ouvrage de Nicolas Grimaldi L’inhumain

Table des matières

I. — Un laboratoire de l’inhumain
II. — Banalité de l’inhumain
III. — Irrationalité de l’inhumain. Mal empirique et mal radical
IV. — La déshumanisation
V. — Quel autre est mon semblable ? L’ennemi ; Le barbare ; L’étranger
VI. — La guerre des mondes : Différentes humanités ou des espèces différentes ; Des mondes incompatibles ; La tolérance : une communauté de différences


“Comment un être humain peut-il sombrer dans l’inhumain ?”, interroge le philosophe Nicolas Grimaldi.

Article de Jean-Marie Durand paru dans le site des InRocks le 27 février 2011

http://www.lesinrocks.com/livres-arts-scenes/livres-arts-scenes-article/t/60476/date/2011-02-27/article/linhumain-un-essai-essentiel-sur-les-fondements-de-lhumanite/

De Robert Antelme (L’Espèce humaine) à Primo Levi (Si c’est un homme), l’expérience concentrationnaire nourrit les réflexions les plus fortes sur la définition de l’humanité et de son envers, l’inhumanité. Pour le philosophe français Nicolas Grimaldi, rien n’est en fait plus humain que l’inhumain. C’est ce paradoxe apparent qu’il soulève et interroge.

« Comment des hommes ont-ils jamais pu agir envers des hommes comme s’ils n’en étaient pas ? », se demande-t-il dans une riche digression philosophique nourrie de ses lectures d’Antelme, Levi, Hannah Arendt, Christopher Browning, Sebastian Haffner (Allemand antinazi) et Stendhal.

L’autre au fondement de la question de l’humanité

Il n’y a qu’une seule cause de l’inhumain, avance Grimaldi : « Elle consiste dans le fait d’être si insensible à l’autre qu’il nous devient indifférent. » Il y a à l’origine de l’inhumain « une sorte d’aveuglement ». En ne reconnaissant pas son semblable dans l’autre, en refusant la possibilité d’un monde commun, l’homme ouvre la voie de l’inhumanité.

Car ce qui est humain dans l’homme, c’est de se sentir profondément uni à tous les autres, ne serait-ce que « par la pathétique détresse qui leur est commune ». Pour Grimaldi, « l’humanité consiste à porter la vie des autres comme une partie de la sienne et à leur communiquer la sienne comme une partie de la leur ».

Mais pourquoi et comment naît parfois en l’homme ce sentiment d’appartenir à une espèce différente qui le rendrait incompatible, au point de vouloir éliminer l’autre ? A l’origine d’une personnalité, avance Grimaldi, « il est vraisemblable qu’il y ait un choix originaire, secret, implicite, informulé, peutêtre même aussi inconscient qu’inavoué, par lequel chacun définit le type d’homme qu’il voudrait être, en l’ayant imaginé ». Chacun d’entre nous se forme en effet « l’image d’un type humain » qui oriente et détermine la plupart de ses attitudes.

Nos réactions restent orientées et réglées par ce choix originel d’une certaine tonalité. Ce choix se construit notamment à travers la lecture, qui « nous fait vivre mille fois, avant que la vie nous y invite, les attitudes par lesquelles s’exprime l’humanité ».

A chacun d’inventer sa propre humanité

Car l’humanité n’est donnée à aucun homme, il revient à chacun de l’inventer pour soi ; à la différence des autres espèces, l’humanité est « une tâche » : « Etre un homme, c’est sans cesse s’efforcer de l’être (…). C’est en imaginant ce qu’elle pourrait être que chacun choisit le modèle de la sienne. »

Il existe donc autant d’humanités que d’individus : les diverses manières que chacun a d’envisager les rapports amoureux ou sociaux sont la trace de cette multitude. La grande question non élucidée, qui est aussi un défi politique, reste de savoir comment maintenir une communauté possible entre des individus « qui récusent d’avoir en commun aucune sorte d’humanité ».

Dans une langue à la fois dépouillée et habitée, ouverte au doute de la pensée autant qu’à l’affirmation d’attentes vitales, Nicolas Grimaldi nous souffle que l’humanité, « c’est l’horizon sur lequel se profile la façon singulière qu’a chacun d’improviser la sienne ». Cette articulation entre nos libertés et nos obligations, entre nos indifférences et nos reconnaissances, forme le coeur de la tension entre l’humain et l’inhumain, cet horizon flottant dont il appartient à chacun de conjurer les menaces.

Pour se procurer l’ouvrage de Nicolas Grimaldi L’inhumain

Nicolas Grimaldi, l’enquêteur de nos expériences de la subjectivité.

Né en 1933, Nicolas Grimaldi est philosophe, auteur de nombreux ouvrages et essais philosophiques. Agrégé de philosophie et docteur es-lettres, il enseigna d’abord en Khâgne à Janson de Sailly et à Jules Ferry à Paris puis à l’université de 1971 à 1983 successivement à Brest, Poitiers et Bordeaux. Il est actuellement professeur émérite à l’université Paris IV-Sorbonne où il a enseigné de 1983 à 1994. Il y a occupé successivement les chaires d’histoire de la philosophie moderne et de métaphysique.

Spécialiste de Descartes, Nicolas Grimaldi, il publie sur l’auteur du Discours de la Méthode, en 1978, L’Expérience de la pensée dans la philosophie de Descartes, en 1988, Six études sur la volonté et la liberté chez Descartes, en 1992, Descartes. La morale, et en 2006 Descartes et ses fables.

Nicolas Grimaldi ne s’en tient pas à l’étude de l’illustre philosophe ni ne révèle un esprit de système. Au contraire, sa réflexion apparaît plutôt libre et les sujets qu’il aborde divers et variés, ceux-ci portant, en effet aussi bien sur l’imaginaire, le désir, la solitude, le temps, le travail, le jeu, la liberté, le religieux, que l’amour et la jalousie, le moi et à présent l’inhumain c’est-à-dire l’humain. La plupart de ses ouvrages cherche à élucider nos expériences de la subjectivité comme le montre l’Ontologie du temps en 1993, le Traité des solitudes en 2003, l’Essai sur la jalousie. L’enfer proustien en 2010, ou encore les récentes Métamorphoses de l’amour en 2011.

On remarquera une réflexion nourrie de nombreuses références tant philosophiques que littéraires. En effet, des présocratiques et Socrate aux existentialistes et Hannah Arendt en passant par Descartes évidemment et Marx, les philosophes côtoient dans son œuvre Kafka, Baudelaire, Proust, Simenon ou Tolstoï pour ne citer qu’eux.

Hervé Moine, ActuPhilo

Les oeuvres de Nicolas Grimaldi

  • L’inhumain, PUF, 2011
  • Les métamorphoses de l’amour, Grasset, 2011
  • Essai sur la jalousie. L’enfer proustien, PUF, 2010
  • Une démence ordinaire, PUF, 2009
  • Proust, les horreurs de l’amour, PUF, 2008
  • Préjugés et paradoxes, PUF, 2007
  • Descartes et ses fables, PUF, 2006
  • Le Livre de Judas, PUF, 2006
  • Traité de la banalité, PUF, 2005
  • Bref traité du désenchantement, Livre de Poche, 2004 (réédition)
  • Socrate, le sorcier, PUF, 2004
  • Traité des solitudes, PUF, 2003
  • L’Homme disloqué, PUF, 2001
  • Ambiguïtés de la liberté, PUF, 1999
  • Bref Traité du désenchantement, PUF, 1998
  • Le Travail, communion et excommunication, PUF, 1998
  • Etudes cartésiennes: Dieu, le temps, la liberté, Vrin, 1996
  • Le Souffre et le Lilas. Essai sur l’esthétique de Van Gogh, La Versanne, 1995
  • L’ardent sanglot, La Versanne, 1995
  • Partie réservée à la correspondance, La Versanne, 1995
  • Ontologie du temps, PUF, 1993
  • La Jalousie, étude sur l’imaginaire proustien, Acte Sud, 1993
  • Le Désir et le temps, Vrin, 1992 (réédition)
  • Descartes. La morale, Vrin, 1992
  • Six études sur la volonté et la liberté chez Descartes, Vrin 1988
  • Introduccion a la filosofia de la historia de K. Marx, Dossat, 1986
  • L’Art ou la feinte passion. Essai sur l’expérience esthétique, 1983
  • L’Expérience de la pensée dans la philosophie de Descartes, Vrin, 1978
  • Aliénation et Liberté, Masson, 1972
  • Le Désir et le temps, PUF, 1971

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Réflexions croisées « sciences humaines & philosophie » sur l’Homme

Posted by Hervé Moine le 27 février 2010

Mercredi 2 juin 2010

Colloque de Cerisy-La-Salle (50)

L’homme, point aveugle des sciences de l’homme ?

Faire l’histoire des objets des sciences humaines et sociales

Sous la direction de Jacqueline Carroy, Nathalie Richard, et François Vatin et avec le soutien du Centre Alexandre Koyré (EHESS, MNHN, CNRS), de l’Université Paris Ouest/Nanterre (UMR « Institutions et dynamiques historiques de l’économie », Ecole doctorale « Economie, organisations, société »), de l’Université de Paris 1 (EA « Modernités et révolutions ») et de la SFHSH

Les sciences humaines ont-elles réellement l’homme pour objet? Elles se sont en général efforcées de ne jamais parler de « l’Homme », si ce n’est dans leurs intitulés programmatiques. Pour cela, elles ont décalé leur focale, en construisant des objets spécifiques: notamment l’homo economicus, la race ou l’ethnie, le fait social, l’inconscient, l’homme neuronal.

La discussion de ces figures scientifiques de l’homme ouvre la voie à un débat entre les sciences humaines, mais aussi avec la tradition philosophique. Ces sciences se sont-elles véritablement dégagées de leur soubassement philosophique? Réciproquement, la philosophie contemporaine n’est-elle pas nourrie de l’anthropologie portée par les sciences humaines?

Ce colloque réunira des spécialistes des diverses sciences humaines et sociales, des historiens des sciences et des philosophes. Il s’appuiera sur l’expérience de la Société française pour l’histoire des sciences de l’homme (SFHSH), qui, depuis sa création en 1989, s’est attachée à nourrir une réflexion croisant histoire et philosophie sur le temps déjà long maintenant de la modernité.

publié sur Calenda, par Delphine Cavallo le vendredi 26 février 2010 http://calenda.revues.org/nouvelle15872.html

Les intervenants et leur communication

  • Philippe Artières : La fabrique Foucault — inciser le livre
  • Daniel Becquemont : L’homme du possible et le point aveugle: Robert Musil
  • Gabriel Bergounioux: Du comparatisme au structuralisme, l’homme en linguistique ou: comment s’en débarrasser ?
  • Michel Bourdeau : Science de l’homme ou science de l’humanité ?
  • Jacqueline Carroy : L’homme qui dort est-il un homme? Réflexions à propos d’une anthropologie du sommeil et des rêves
  • Christiane Chauviré : Homme, Esprit, Sujet
  • Laurent Clauzade : Les rapports du physique et du moral ou l’idée d’une science de l’homme dans la philosophie française de Cabanis à Comte
  • Stéphanie Dupouy : L’observation de l’homme par l’homme: l’homme au creux des méthodes en sciences humaines
  • Jean-Louis Fabiani : Petits meurtres de l’homme entre amis
  • Olivier Favereau : De l’homo economicus à l’homme ordinaire: Wittgenstein, l’identité sociale et l’économie des conventions
  • Wolf Feuerhahn : L’homme tout entier (Der Ganze Mensch): un mot d’ordre philosophique des sciences de l’esprit allemandes
  • Claude Gautier : L’originalité humienne dans l’écriture de l’histoire de la révolution: du psychologisme des caractères à l’étude des circonstances d’action. L’exemple de la corruption et du fanatisme
  • Rose Goetz : La conception idéologique du seuil anthropologique: où passe la frontière entre l’animal et l’homme ?
  • Vincent Guillin : « In search of a True Knowledge of Human Nature »: John Stuart Mill et l’Anthropological Society de Londres
  • Frédéric Joulian : Anthropomorphisme méthodologique et hominisation
  • Christian Laval : De l’homme économique au sujet néolibéral
  • Rafael Mandressi : La proie et l’ombre dans la chasse à l’homme: anthropologie médicale et philosophie naturelle dans la première modernité
  • Laurent Martin : La culture contre la barbarie. Gilbert Gadoffre et la refondation des humanités européennes à Royaumont, 1947-1954
  • Andreas Mayer: Les articulations de la marche humaine au XIXe siècle
  • Marc Renneville : Homo criminalis, objet des sciences de l’homme? Sciences du crime, anthropologie criminelle, criminologie. Deux siècles de débats
  • Nathalie Richard: Existe-t-il un « homo historicus » ?
  • Philippe Steiner : L’homme comme point d’arrivée: l’homme et le fait social dans la sociologie durkheimienne
  • Christian Topalov : Pour une pratique réflexive des sciences sociales
  • Ludovic Tournes : La fondation Rockefeller et le projet d’une science totale de l’homme (1928-1939)
  • François Vatin: L’homme mécanique et l’homme social: une histoire de l’étude de l’homme au travail
  • Georges Vigarello : Les sensations « internes » dans l’histoire, le passage du « il » au « je »

BIBLIOGRAPHIE :

  • Apel Karl-Otto, La controverse expliquer-comprendre. Une approche pragmatico-transcendantale, traduit de l’allemand par S. Mesure, Paris, Cerf, 2000.
  • Blanckaert Claude, Blondiaux Loïc, Loty Laurent, Renneville Marc et Richard Nathalie (dir.), L’histoire des sciences de l’homme. Trajectoire, enjeux et questions vives, Paris, L’Harmattan, 1999.
  • Carroy Jacqueline et Richard Nathalie (dir.), Alfred Maury, érudit et rêveur. Les sciences de l’homme au milieu du XIXe siècle, Rennes, Presses Universitaires de Rennes, Collection Carnot, 2007.
  • Corbin Alain, Courtine Jean-Jacques, Vigarello Georges, Histoire du corps, 3 vol., Paris, Seuil, 2005-2006.
  • Foucault Michel, Les mots et les choses. Une archéologie des sciences humaines, Paris, Gallimard, 1966.
  • Gauchet Marcel, Philosophie des sciences historiques : le moment romantique, Paris, Seuil, 2002.
  • Goetz Rose, Destutt de Tracy : philosophie du langage et science de l’homme, Genève, Droz, 1993.
  • Gusdorf Georges, Les sciences humaines et la pensée occidentale, 12 vol., Paris, Payot, 1966-1985.
  • Laval Christian, L’homme économique, Paris, Gallimard.
  • Leblanc Guillaume, L’esprit des sciences humaines, Paris, Vrin, 2005.
  • Lepenies Wolf, Les trois cultures : entre science et littérature, l’avènement de la sociologie, Paris, Maison des sciences de l’homme, 1990.
  • Renneville Marc, Crime et folie : deux siècles d’enquêtes médicales, Paris, Fayard, 2003.
  • Smith Roger, Being human. Historical knowledge and the creation of human nature, Manchester, New York, Manchester University Press, 2007.
  • Steiner, Philippe, L’école durkheimienne et l’économie : sociologie, religion et connaissance, Genève, Droz, 2005.
  • Stoczkowski Wiktor, Anthropologies rédemptrices. Le monde selon Lévi-Strauss, Paris, Hermann, 2008.
  • Vatin François, Trois essais sur la genèse de la pensée sociologique, Paris, La Découverte, 2005.

Pour vous inscrire à ce colloque : cliquer ici

Contact : cliquez ici

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La question de l’altérité

Posted by Hervé Moine le 17 février 2010

Les Rencontres de Sophie 2010

du 5 au 7 mars

à Nantes

Les autres

“Les autres” ne se peuvent nommer qu’en référence à un “nous” ou un “moi”, en tout cas à un homme qui a mis des millénaires à s’identifier comme “animal raisonnable”, situé entre le tout autre (l’être minéral, végétal et animal) et le Grand Autre (Dieu). Mais la modernité démocratique, du fait même de sa tentative de faire vivre ensemble des hommes déclarés “semblables” et donc d’égale dignité, a déplacé au sein même de l’humanité la question de l’altérité : les hommes ne diffèrent-ils pas plus qu’ils ne se ressemblent ? Aujourd’hui, la rencontre des cultures due à la mondialisation, les controverses politiques, morales et religieuses, l’évolution des sciences et des techniques mais aussi de la littérature et des arts, tout comme la libéralisation des moeurs, réactivent ces questions en déplaçant nombre de lignes de démarcation entre “les autres”, “eux et nous”, “toi et moi”, aussi bien dans la vie publique (discrimination, exclusion, choc des civilisations…) que dans la vie privée (jusqu’en amour et en amitié).

C’est à l’examen de ces questions que la dixième édition des Rencontres de Sophie invite le public, lors de conférences et débats, d’un abécédaire, d’un atelier philo-enfants, de cinés-philo et de projections vidéo.

Avec Michel Agier, Jean-Marc Ferry, Gilles Geneviève,  Sylvain George, Patrick Lang, Michela Marzano, Robert Misrahi, Catherine Portevin, Ollivier Pourriol, Joëlle Proust, Marie-Hélène Prouteau, Myriam Revault d’Allonnes, Christian Ruby, Jean Schneider, Paul Thibaud, Yves Touchefeu…

En partenariat avec

Télérama Arte RadioPhilosophie TV

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Construire un monde plus digne de notre intelligence

Posted by Hervé Moine le 25 janvier 2010

Pierre Rabhi

L’humanité doit changer ou elle disparaîtra

Le philosophe Pierre Rabhi*, un des pionniers de l’agriculture biologique, revient sur l’échec de Copenhague et plus globalement sur l’incapacité des « grands sommets » à prendre des décisions rationnelles pour le bien collectif. Il rappelle que le temps n’est plus à l’aménagement de notre modèle, mais bien à un changement plus radical pour construire un monde plus digne de notre intelligence.

La grande déconvenue de Copenhague est à la mesure de l’espoir que cette rencontre avait suscité. Après les grandes cérémonies précédentes, il fallait être singulièrement naïf pour croire qu’une quelconque décision – que la gravité des enjeux nécessite absolument – allait surgir d’une ambiance de hall de gare, où chaque nation veille avant tout sur ses intérêts propres. L’enjeu, lui, est des plus simples. Suite à des transgressions de l’espèce humaine, il se pose comme un ultimatum. L’humanité doit changer de comportement à l’égard de la planète qui l’héberge, si elle ne veut pas disparaître.

Sur une planète une et indivisible – et dont la diversité et la cohésion renforcent la vie et la survie -, notre espèce, en dépit de sa nature également unitaire, est fragmentée. L’avénement très récent du phénomène humain a instauré un vivre ensemble fondé sur l’antagonisme. Certains font appel aux théories de M. Darwin pour le justifier. Quoi qu’il en soit, contrairement aux autres espèces, il n’a pas pour seul mobile la lutte pour la survie – relativement facile à solutionner -, mais des causes plus subtiles : les mythes, les croyances, les symboles pour exorciser une sorte de peur primale. Ces paramètres sont omniprésents dans toutes les concertations lorsqu’il s’agit de résolutions communes.

La rivalité issue de l’insécurité est allée jusqu’à apposer un ordre cloisonné, fait de morceaux de planète appelés territoires, à l’origine de grands conflits. Ces territoires sont comme les éléments d’un puzzle mais qui, au lieu de rendre intelligible le tout, en exacerbent la confusion. C’est ainsi que les questions factuelles, censées être examinées à l’occasion de ces rencontres, se posent en occultant les mécanismes subjectifs qui les sous-tendent et les déterminent. Le sort commun est guidé par des préjugés, alors qu’il devrait au contraire transcender les intérêts particuliers des nations.

C’est aussi la même irrationalité qui fait que, au lieu d’exalter la splendeur d’une planète vivante et unique, elle est ravalée à un simple gisement de ressources à exploiter jusqu’à leur épuisement. Pour ce faire, un ordre anthropophagique mondial s’est imposé insidieusement, avec une règle du jeu qui permet aux plus voraces de dévorer légalement les plus démunis. Pire encore, des Etats corrompus vont même jusqu’à confisquer à leurs populations les biens légitimes indispensables à leur survie. Comme nous ne sommes pas à une perversion près, le tiers-monde suscite, comme contrepartie de son appauvrissement programmé, des dispositifs internationaux à caractère compassionnel, pour lui allouer quelques subsides. Par une sorte de cynisme moralisé, la politique du pompier pyromane devient un mécanisme normal, banalisé, comme l’humanitaire est devenu le moyen compensatoire aux défaillances de l’humanisme, seul en mesure de le rendre sans objet.

Le plus extraordinaire encore, c’est d’avoir réussi à donner le noble vocable d' »économie » – à savoir la régulation des échanges pour la satisfaction des besoins de tous – à ce qui est le déni même de l’économie. La croissance économique fondée sur la prédation et la dissipation des ressources provoque une multitude d’effets directs et collatéraux négatifs parmi lesquels, justement, le réchauffement climatique, objet de Copenhague.

Bien des problématiques, comme la faim dans le monde, mériteraient autant d’effervescence, mais on sait que les priorités sont définies, au-delà même de l’autorité politique, par la puissance insidieuse de l’argent. On entend souvent dire que ces rencontres permettent néanmoins de sensibiliser l’opinion aux grands enjeux écologiques. Cela est indéniable, comme est indéniable la sincérité de nombreuses personnes qui aspirent au changement de l’aventure humaine. Mais il faut cesser d’être naïf, car le temps n’est pas à l’aménagement de notre modèle de société, mais à un changement radical pour qu’enfin, en plaçant l’humain et la nature au cœur de nos préoccupations, nos talents et nos moyens puissent être mobilisés pour construire un monde digne de la vraie intelligence.

Nous en avons les moyens matériels, il ne nous manque que l’audace et la détermination. Ce qui donne de l’espoir, c’est que la société civile planétaire semble déjà s’être engagée activement pour que ce changement de paradigme puisse advenir.

*Pierre Rabhi, fondateur de Colibris, mouvement pour la terre et l’humanisme.

http://www.latribune.fr/opinions/20100125trib000466475/l-humanite-doit-changer-ou-elle-disparaitra.html

En savoir plus sur Pierre Rabhi :

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De nombreuses langues en danger

Posted by Hervé Moine le 20 octobre 2009

Doit-on assister, sans rien faire, à la mort inéluctable de nombreuses langues ?

the death of language

« Unicité de l’espèce, pluralité des langues »

article d’Hervé Moine

La mort en 2008 du Chef Marie Smith Jones la mort de sa langue

Avec la mort en 2008 de Marie Smith Jones disparaît l'Eyak / © photo AP

« Unicité de l’espèce, pluralité des langues » [1]

« Alors que l’anglais s’internationalise, la richesse linguistique s’amenuise. En effet, d’après certaines prédictions, 90% des langues parlées cesseraient d’exister d’ici 90 ans[2]. Sommes-nous en train de vivre un retour à l' »anté-babel »? La diversité des langues qui est perçue dans la Bible comme un châtiment, peut être ressentie, comme une barrière entre les hommes, une entrave à une commune communication. Si bien que cet appauvrissement annoncé ne semble pas nous apitoyer outre mesure. Mis à part quelques marginaux, qui peut honnêtement considérer grave ce phénomène ? La mondialisation de la langue de Shakespeare ou de Bill Gates est non seulement un fait indiscutable mais un bienfait pour les échanges entre les hommes quelque soit leur origine. En effet, si une langue meure c’est tout simplement parce qu’elle n’est plus parlée, et si l’anglais progresse doit-on envisager, pour autant, cette progression comme la fossoyeuse des langues minoritaires.  Si de nombreuses langues sont appelées à se taire, la diffusion de l’anglais apparaît bel et bien salutaire, ceci semblant répondre à l’éternel désir d’une langue universelle.

Cependant, cette passivité généralisée n’est-elle pas dommageable pour l’ensemble de l’humanité ? Devons-nous assister à la mort de la plupart des langues sans réagir. Cet appauvrissement n’est-elle pas celle de l’humanité elle-même ? Lorsqu’une espèce animale est menacée, publicité est faite et stratégies sont dessinées. Il est de bon ton aujourd’hui de verser dans l’écologie et de crier gare à la catastrophe généralisée. C’est ainsi que le rhinocéros blanc ou le panda devient le symbole de la richesse naturelle qu’il nous faut préserver à tout prix. Sans vouloir remettre en question le bien-fondé et les bons sentiments des luttes écologiques pourquoi le Toroto,  le Chipaya ou le Bikya ne deviendraient-ils pas le symbole de la richesse culturelle ?

Selon notre linguiste national Claude Hagège, « si l’on ne prend pas garde à la progression de l’anglais, il pourrait bien tuer la plupart des autres langues. » Or, chaque langue est précieuse et la pluralité des langues fait la richesse culturelle de l’humanité, celle-ci n’ayant vraisemblablement jamais connue une langue unique. De même que la langue universelle est la solution à un faux problème, une langue unique originelle est de l’ordre du mythe, l’homme n’étant pas fait pour cette unicité, certes imaginée et espérée, mais impossible sans détruire la diversité culturelle. « Et la chair se fit verbe. Contrairement à l’idée courante, il est très probable que l’immense diversité des idiomes aujourd’hui attestés ne se ramène pas à une langue originelle unique pour toute l’humanité. S’il y a unicité, c’est celle de la faculté de langage propres aux hominiens, et non celle de la langue elle-même. » [3]

Hervé Moine

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Notes :

[1] « Unicité de l’espèce, pluralité des langues » est le titre du chapitre 1 du célèbre ouvrage de Claude Hagège, l’homme de parole.

[2] Voir ci-dessous l’article « Et si les langues disparaissaient » paru sur slate.fr, rédigé à partir d’un article de la BBC auquel on pourra se référer.

[3 ] Claude Hagège, L’homme de paroles, Contribution linguistique aux sciences humaines, 1985, chez Fayard, Folio Essais, p. 15

A propos de Marie Smith Jones :

Marie Smith Jones (1918-2008), chef de la nation Eyak, en Alaska, était le dernier locuteur de la langue eyak. « Elle avait participé, entre 2000 et 2005, à l’élaboration du « Eyak Language Project », projet visant à créer un mode d’apprentissage de la langue eyak accessible à tous. Elle travailla avec le linguiste Michael Krauss qui créa un dictionnaire et une grammaire de la langue. La dernière personne avec qui elle échangeait en eyak mourut dans les années 90. Après cela, Marie Smith Jones s’investit pour la défense des langues indiennes et la protection de l’environnement. Elle s’exprima deux fois aux Nations unies. » extrait de Wikipédia.

En savoir davantage sur Marie Smith Jones et la langue eyak :

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Halte à la mort des langues

Nous pourrons nous référer au dernier ouvrage de Claude Hagège, Halte à la mort des langues, traitant, comme le titre l’indique, ce phénomène d’extinction qui pèse sur de nombreuses langues. Nous ne manquerons pas également de lire ou de relire sa célèbre « contribution de la linguistique aux sciences humaines » qu’est L’homme de paroles.

Hagège Halte à la mort des langues

Claude Hagège, Halte à la mort des langues, chez Odile Jacob.

«Dans la mythologie hindoue, l’extinction marque la fin du désespoir et de la souffrance. Salutaire, elle fait place à un monde nouveau et meilleur. Je ne suis pas certain que ceux qui parlent des langues menacées envisagent leur extinction comme la promesse d’un monde meilleur.Les linguistes, eux, sont le plus souvent inquiets de la situation actuelle des langues .» Claude Hagège

Chaque année, vingt-cinq langues s’éteignent. Et, avec elles, disparaissent des communautés, des cultures.

Pourquoi autant de langues s’éteignent-elles ?

Comment peut-on expliquer ce processus d’extinction ?

Y a-t-il quelque chose à faire contre ce processus ? Que peut-on faire pour l’enrayer ?

Heureusement, peut-in remarquer, d’autres langues, parfois, naissent ou renaissent.

Toute la question est de savoir si nous parviendrons à conjurer le danger d’uniformisation qui menace l’humanité ?

Halte à la mort des langues de Claude Hagège, qui résonne comme un signal d’alarme, «Ce beau livre se lit aussi comme une longue méditation poétique inspirée par l’amour des langues. » Le Monde.

Homme de parole

Claude Hagège, L’homme de paroles, Contribution linguistique aux sciences humaines, chez Fayard, Folio/Essais.

« Cet ouvrage offre, sur le rapport entre l’homme et le langage à travers la diversité des langues humaines, une synthèse théorique nouvelles.

La première partie expose l’état présent de certaines des recherches principales sur le langage : unicité de la faculté de parler et pourtant diversité originelle des langues ; importance des créoles comme laboratoires naturels de naissance d’une langue ; enseignements qu’apporte la recherche des universaux linguistique ; intérêt historique et actuel de la relation entre l’écriture et l’oralité dans l’histoire.

La deuxième partie propose une visée anthropologique : elle étudie le signe linguistique, lieu des pressions contraire de l’expressif et de l’arbitraire, puis les rapport entre la langue d’une part, le réel, la logique d’autre part et le problème de l’ordre des mots comme distinct de l’ordre du monde, enfin l’utilisation de la parole à des fins de domination.

La troisième partie définit une théorie descriptive des langues qui fait sa place à la relation entre les participants du dialogue et à la production de sens, ainsi qu’à la variation.

Le tout s’achève sur un hymne aux langues, ces objets chatoyants d’une passion sans fin. » Fayard, Folio/Essais

L’homme de parole a reçu le prix de l’Académie française, 1986 ainsi que le prix de la Société des Gens de Lettres, 1986

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Slate.fr

Et si les langues disparaissaient ?

LU SUR LA BBC

Slate.fr [1]

Sunday, 18 October 2009

7000 langues sont aujourd’hui parlées dans le monde, mais ce nombre pourrait bien se réduire rapidement et considérablement, dans les décennies à venir [2].

En 1992, un linguiste américain prédit que d’ici l’année 2100, 90% des langues parlées cesseraient d’exister, rapporte la BBC. Mais le sujet ne fait pas encore réagir, et demeure à la marge, selon le linguiste français Claude Hagège, qui prévient de ce que «si l’on ne prend pas garde à la progression de l’anglais, il pourrait bien tuer la plupart des autres langues»

Selon l’association américaine Ethnologue, 473 langues sont actuellement considérées comme en danger. Le Lipan Apache n’est plus parlé, par exemple, que par deux individus vivant aux Etats-Unis; le Totoro compte quatre locuteurs en Colombie et le Bikya n’en aurait plus qu’un seul, au Cameroun.

Claude Hagège souligne qu’avec la disparition d’une langue, c’est tout un système qui disparaît. Pas seulement des mots, mais «la façon dont une communauté exprime son humour, son amour, sa vie. C’est le témoignage de communautés humaines, extrêmement précieux».

Le philosophe Gaston Bachelard explique que la langue maternelle, celle de l’éducation, conditionne notre perception du monde. Une langue, par la richesse, la pauvreté, les nuances de ses signes, découpe le monde d’une façon ou d’une autre. Apprendre une autre langue, c’est apprendre à découper le monde autrement. Ainsi, certaines langues ont des nuances de couleurs innombrables : dès lors, il est possible de percevoir le monde de façon plus nuancée. Les bretons n’ont qu’un mot pour le bleu et le vert. Les Inuits ont 17 mots pour la neige. Les rapports sociaux peuvent aussi être transformés. Dans certaines cultures, le «je» n’existe pas, on n’existe alors que dans le rapport aux autres, on se définit comme étant le fils de quelqu’un, le frère, la femme.

A travers une langue, une communauté atteste de sa différence, et de sa variété. Dans son petit opuscule Race et Histoire, l’ethnologue et philosophe Claude Lévi-Strauss [3] expliquait ainsi que le progrès n’est possible, dans l’humanité, que grâce à l’échange de différentes valeurs et de différents talents des communautés. C’est du cumul de ces différences que naît le progrès. Les langues marquent ces différences.

Paul Lewis, de l’association Ethnologue, interviewé par la BBC, la culture et la langue d’une communauté sont si étroitement liés, que si une communauté commence à penser sa langue comme inutile, elle peut se sentir inutile elle-même. Et sombrer dans la dépression, ce qui conduit alors à une rupture du lien social, à des taux de suicide, de consommation de drogue, de dépression élevés, et à des problèmes de transmissions.

Jusqu’à mars dernier, à la Fondation Cartier, à Paris, le photographe Raymond Depardon [4]présentait un petit film d’une demie-heure [5] présentant des populations de toute la planète parlant des langues en voie de disparition [4]. Qu’il s’agisse de l’occitan ou de langues plus exotiques comme le chipaya de Bolivie, toutes les personnes filmées disaient leur douleur et leur angoisse à voir leur langue et donc leur culture, en voie de disparition.

[Lire l’article complet sur la BBC [2]]

Vous souhaitez proposer un lien complémentaire sur ce sujet ou sur tout autre sujet d’actualité? Envoyez-le à infos @ slate.fr

Image de Une: capture d’écran du film de R. Depardon, Terre natale


Source URL: http://www.slate.fr/story/11803/et-si-les-langues-disparaissaientLinks:
[1] http://www.slate.fr/source/slatefr
[2] http://news.bbc.co.uk/today/hi/today/newsid_8311000/8311069.stm
[3] http://fr.wikipedia.org/wiki/Claude_Lévi-Strauss
[4] http://www.evene.fr/culture/agenda/raymond-depardon-paul-virilio-26165.php
[5] http://www.dailymotion.com/video/x84d38_terre-natale-fondation-cartier_creation

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Multiculturalisme : comment vivre ensemble ?

Posted by Hervé Moine le 15 octobre 2009

Mardi 20 octobre à 20 h

Philosophies du multiculturalisme.

Comment pourrons-nous vivre ensemble ?

Conférence-débat avec Daniel Ramirez

Après la première séance en mai (éthique des identités et reconnaissance), nous aborderons ici le volet philosophie politique de ce vaste champ d’études et de problématiques qu’on nomme le multiculturalisme. La question de la diversité culturelle et de la coexistence de modèles différents, voire conflictuels, de mœurs et des valeurs, présente des options théoriques et choix de société que nous pouvons comprendre et mettre en dialogue, pourvu qu’on élucide les idées qui les sous-tendent. Ces options sont cruciales pour le futur de l’entente entre humains, pour la paix sociale et pour l’évolution de nos sociétés démocratiques. Le multiculturalisme ne doit pas rester « un spectre qui parcoure l’Europe ». La philosophie, qui est tout le contraire d’une attitude de repli, peut et se doit de percer la chape de plomb qui couvre ces problématiques de préjugés, dogmatismes, peurs et déni de la réalité.

L’avenir sera riche d’humanité ou invivable, selon les voies que l’on empruntera.

Daniel Ramirez est philosophe, chercheur en philosophie morale et politique.

  • P.A.F : visiteur : 8€, adhérent : 6€, chômeur et moins de 25 ans : 5€
  • au FORUM-104
  • 104, rue de Vaugirard,
  • Paris 6e, M° St-Placide
  • Informations, inscriptions: tél : 01 45 44 01 87

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