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Articles Tagués ‘justice’

Bac philo 2009 : Sujets nationaux des séries Technologiques 2009

Publié par Hervé Moine le 18 juin 2009

Sujet 1

Peut-on être sûr d’avoir raison ?

Sujet 2

La technique s’oppose-t-elle à la nature ?

Sujet 3

Pour expliquer ce texte, vous répondrez aux questions suivantes, qui sont destinées principalement à guider votre rédaction. Elles ne sont pas indépendantes les unes des autres et demandent que le texte soit d’abord étudié dans son ensemble.

« La loi ne consiste pas tant à limiter un agent libre et intelligent qu’à le guider vers ses propres intérêts, et elle ne prescrit pas au-delà de ce qui conduit au bien général de ceux qui sont assujettis à cette loi. S’ils pouvaient être plus heureux sans elle, la loi s’évanouirait comme une chose inutile ; et ce qui nous empêche seulement de tomber dans les marais et les précipices mérite mal le nom de contrainte. De sorte que, quelles que soient les erreurs commises à son propos, la finalité de la loi n’est pas d’abolir ou de restreindre mais de préserver et d’élargir la liberté ; et dans toutes les conditions des êtres créés qui sont capables de vivre d’après des lois, là où il n’y a pas de loi, il n’y a pas de liberté. Car la liberté consiste à être délivré de la contrainte et de la violence exercées par autrui, ce qui ne peut être lorsqu’il n’y a point de loi ; mais la liberté n’est pas ce que l’on nous dit, à savoir une liberté, pour tout homme, de faire ce qui lui plaît (car qui peut être libre quand n’importe quel homme peut nous imposer ses humeurs ?). Mais c’est une liberté de disposer et d’ordonner comme on l’entend sa personne, ses actions, ses biens et l’ensemble de sa propriété, dans les limites de ce qui est permis par les lois auxquelles on est soumis ; et, dans ces limites, de ne pas être assujetti à la volonté arbitraire de quiconque, mais de suivre librement sa propre volonté. »

Locke

Questions :

1. Dégagez la thèse de ce texte et mettez en évidence les étapes de son argumentation.

2.

a. Précisez la conception de la liberté à laquelle Locke s’oppose dans ce texte.

b. En vous appuyant sur l’image de la ligne 4, expliquez : « guider [un agent libre et intelligent] vers ses propres intérêts ».

c. Comment Locke définit-il la liberté ? Expliquez cette définition en vous appuyant précisément sur le texte.

3. La loi est-elle la condition de la liberté ?

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Bac philo juin 2009 : Les sujets nationaux

Publié par Hervé Moine le 18 juin 2009

Je viens de recevoir par mes collègues métropolitains, les sujets de l’épreuve de philosophie du baccalauréat sur les quels ont planché, aujourd’hui, les candidats de la France hexagonale. Aussi, je vous les soumets, avant d’aller chercher mon lot de copies à corriger. C’est la 20ème session de bac que je corrige : ça se fête !

Je n’ai pas les sujets des séries technologiques.

Hervé Moine

Série L

Sujet 1

Le langage trahit-il la pensée ?

Sujet 2

L’objectivité de l’histoire suppose-t-elle l’impartialité de l’historien ?

Sujet 3

Un extrait du «Monde comme volonté et comme représentation» de SCHOPENHAUER.

Il n’y a pas de satisfaction qui d’elle-même et comme de son propre mouvement vienne à nous ; il faut qu’elle soit la satisfaction d’un désir. Le désir, en effet, la privation, est la condition préliminaire de toute jouissance. Or avec la satisfaction cesse le désir et par conséquent la jouissance aussi. Donc la satisfaction, le contentement ne sauraient être qu’une délivrance à l’égard d’une douleur, d’un besoin ; sous ce nom, il ne faut pas entendre en effet seulement la souffrance effective, visible, mais toute espèce de désir qui, par son importunité, trouble notre repos, et même cet ennui qui tue, qui nous fait de l’existence un fardeau.

Or c’est une entreprise difficile d’obtenir, de conquérir un bien quelconque ; pas d’objet qui ne soit séparé de nous par des difficultés, des travaux sans fin ; sur la route, à chaque pas, surgissent des obstacles. Et la conquête une fois faite, l’objet atteint, qu’a-t-on gagné ? Rien assurément, que de s’être délivré de quelque souffrance, de quelque désir, d’être revenu à l’état où l’on se trouvait avant l’apparition de ce désir.

Le fait immédiat pour nous, c’est le besoin tout seul c’est-à-dire la douleur. Pour la satisfaction et la jouissance, nous ne pouvons les connaître qu’indirectement ; il nous faut faire appel au souvenir de la souffrance, de la privation passée, qu’elles ont chassées tout d’abord. Voilà pourquoi les biens, les avantages qui sont actuellement en notre possession, nous n’en avons pas une vraie conscience, nous ne les apprécions pas ; il nous semble qu’il n’en pouvait être autrement ; et, en effet, tout le bonheur qu’ils nous donnent, c’est d’écarter de nous certaines souffrances. Il faut les perdre pour en sentir le prix ; le manque, la privation, la douleur, voilà la chose positive, et qui sans intermédiaire s’offre à nous.

Série ES

Sujet 1

Que gagne-t-on à échanger ?

Sujet 2

Le développement technique transforme-t-il les hommes ?

Sujet 3

Un extrait d’ «Essai sur l’entendement humain» de John LOCKE

Quant à savoir s’il existe le moindre principe moral qui fasse l’accord de tous, j’en appelle à toute personne un tant soit peu versée dans l’histoire de l’humanité, qui ait jeté un regard plus loin que le bout de son nez. Où trouve-t-on cette vérité pratique universellement acceptée sans doute ni problème aucun, comme devrait l’être une vérité innée ? La justice et le respect des contrats semblent faire l’accord du plus grand nombre ; c’est un principe qui, pense-t-on, pénètre jusque dans les repaires de brigands, et dans les bandes des plus grands malfaiteurs ; et ceux qui sont allés le plus loin dans l’abandon de leur humanité respectent la fidélité et la justice entre eux.

Je reconnais que les hors-la-loi eux-mêmes les respectent entre eux ; mais ces règles ne sont pas respectées comme des lois de nature innées : elles sont appliquées comme des règles utiles dans leur communauté ; et on ne peut concevoir que celui qui agit correctement avec ses complices mais pille et assassine en même temps le premier honnête homme venu, embrasse la justice comme un principe pratique.

La justice et la vérité sont les liens élémentaires de toute société : même les hors-la-loi et les voleurs, qui ont par ailleurs rompu avec le monde, doivent donc garder entre eux la fidélité et les règles de l’équité, sans quoi ils ne pourraient rester ensemble. Mais qui soutiendrait que ceux qui vivent de fraude et de rapine ont des principes innés de vérité et de justice, qu’ils acceptent et reconnaissent ?

Série S

Sujet 1

Est-il absurde de désirer l’impossible ?

Sujet 2

Y a-t-il des questions auxquelles aucune science ne répond ?

Sujet 3

Un extrait de «De la démocratie en Amérique» de TOCQUEVILLE

Les affaires générales d’un pays n’occupent que les principaux citoyens. Ceux-là ne se rassemblent que de loin en loin dans les mêmes lieux ; et, comme il arrive souvent qu’ensuite ils se perdent de vue, il ne s’établit pas entre eux de liens durables. Mais quand il s’agit de faire régler les affaires particulières d’un canton par les hommes qui l’habitent, les mêmes individus sont toujours en contact, et ils sont en quelque sorte forcés de se connaître et de se complaire.

On tire difficilement un homme de lui-même pour l’intéresser à la destinée de tout l’État, parce qu’il comprend mal l’influence que la destinée de l’État peut exercer sur son sort. Mais faut-il faire passer un chemin au bout de son domaine, il verra d’un premier coup d’œil qu’il se rencontre un rapport entre cette petite affaire publique et ses plus grandes affaires privées, et il découvrira, sans qu’on le lui montre, le lien étroit qui unit ici l’intérêt particulier à l’intérêt général.

C’est donc en chargeant les citoyens de l’administration des petites affaires, bien plus qu’en leur livrant le gouvernement des grandes, qu’on les intéresse au bien public et qu’on leur fait voir le besoin qu’ils ont sans cesse les uns des autres pour le produire.

On peut, par une action d’éclat, captiver tout à coup la faveur d’un peuple ; mais, pour gagner l’amour et le respect de la population qui vous entoure, il faut une longue succession de petits services rendus, de bons offices obscurs, une habitude constante de bienveillance et une réputation bien établie de désintéressement. Les libertés locales, qui font qu’un grand nombre de citoyens mettent du prix à l’affection de leurs voisins et de leurs proches, ramènent donc sans cesse les hommes les uns vers les autres, en dépit des instincts qui les séparent, et les forcent à s’entraider.

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Sujet : Le pouvoir de l’Etat est-il facteur de liberté ou d’oppression ?

Publié par Hervé Moine le 4 avril 2009

Je vous propose sur ce sujet des éléments pour rédiger une dissertation. Il s’agit d’une démarche possible qui demande à être travailler davantage. D’ailleurs c’est l’exercice que je demande, celui, de développer, notamment l’analyse conceptuelles des différentes notions importantes : “pouvoir”, “État”, “liberté”, “oppression”, “démocratie”, “totalitarisme”, “individu”, “société”, “état de nature” et “état de société, “pacte social”, “volonté générale”, “séparation des pouvoirs”… d’articuler ces notions dans le cadre du problème que soulève le sujet. D’autre part, il est possible de nourrir ce travail par l’étude de certaines références : l’état de nature selon Hobbes et selon Rousseau ; la nécessité d’un pacte social, selon Hobbes et selon Rousseau ; la critique anarchiste de l’État ; la critique marxiste de l’État ; La volonté générale selon Rousseau… Bien sûr cette liste n’est aucunement exhaustive et exclusive…

Autrement dit, au lieu de prendre ce qui suit comme un corrigé, il est préférable d’y voir l’occasion de travailler à la fois sur le plan des connaissances des notions et des auteurs et sur le plan de la méthode de la dissertation, l’expérience pour ce type d’exercice.

Sujet : Le pouvoir de l’Etat est-il facteur de liberté ou d’oppression ?

Proposition d’élément pour la construction de l’introduction :

L’État semble ou bien nous interdire ou bien nous contraindre. Ainsi est-il fréquent que l’individu ressente la présence de l’État comme un poids faisant obstacle à ses désirs spontanés, mais exigeant par contre des comportements qui ne sont pas toujours ressentis comme agréables, le paiement des impôts ou la surveillance. De tels comportements qui se fondent sur une conception immédiate, et par conséquent souvent peu réfléchie, de la liberté, suffisent-ils pour affirmer que l’État utilise tout son pouvoir pour nous opprimer et nous contraindre ? Ne doit-on pas, au contraire, admettre qu’il favorise, plutôt la liberté du citoyen ? Mais si tel est le cas qu’est-ce qui fait que l’on n’est pas persuadé ? Qu’en est-il exactement ? Le pouvoir de l’État est-il facteur de liberté ou d’illusion ?

Proposition d’une démarche possible pour la rédaction d’un développement :

Partie 1 : Hors de l’Etat, l’homme apparaît indépendant.

1°) La liberté élémentaire de l’homme naturel.

On peut vraisemblablement affirmer avec les théoriciens du droit naturel qu’il existe dans l’homme premier, une liberté élémentaire.

On peut penser, par exemple, avec Rousseau, que la solitude de l’homme à l’état de nature s’accompagne de la faculté de pouvoir satisfaire ses désirs à sa guise, sans tenir compte de la présence d’autrui.

2°) Aliénation de la liberté initiale exigée par le Contrat social

Dès que les premiers groupes sociaux se constituent, la cohabitation entraine nécessairement une transformation de cette liberté naturelle. On ne peut plus vivre comme si autrui n’existait pas. Ma liberté naturelle se heurte alors avec celle d’autrui.

Si la vie en société est nécessaire ; s’il est nécessaire d’ériger un pacte, un contrat social, il est donc nécessaire également d’aliéner sa liberté initiale. On ne vit collectivement qu’à la condition d’une aliénation absolue de la liberté initiale.

Il semble donc bien qu’à ce niveau que le pouvoir de l’Etat est plutôt facteur d’oppression que de liberté, puisque l’Etat exige la dépossession de ce bien naturel qu’est la liberté.

3°) Avantages de la vie en collectivité

Si l’homme, dans la vie en société se voit dépossédé de sa liberté originelle et que par cette dépossession n’est aucunement contrainte mais voulue de manière contractuelle, il faut bien qu’il y ait une contrepartie, un avantage. Quelle est cette contrepartie ?

On ne peut exagérer le caractère bénéfique de cette liberté naturelle. En effet, non seulement cette liberté première est hypothétique mais s’accompagne surtout de désavantages. (Cf. Hobbes, Rousseau et Kant)

Pour Rousseau, la solitude est une faiblesse ; bien difficile en effet de se défendre contre les dangers extérieurs. Pour Hobbes, l’état de nature, l’individu se retrouve sous la menace de l’autre.

[Il serait intéressant de préciser la conception de Hobbes de l'homme à l'état de nature]

Au contraire, la collectivité aura au moins, pour compenser la perte de la liberté d’origine, l’avantage d’assurer la sécurité par l’addition des forces de chacun. Si l’homme, hors de l’Etat vit dans l’indépendance et de liberté, dans l’Etat, il se voit certes dessaisi de ce bien précieux mais c’est pour recevoir, en contrepartie la sécurité (Hobbes).

Cet échange, liberté contre sécurité, n’aliène-t-il pas l’homme lui-même ? L’homme semble accepter ce « troc » pour des raisons de survie. Pour ne pas perdre la vie, l’homme ne perd-il pas son âme ?

Toujours est-il que le pouvoir ne semble pas ainsi être un facteur de liberté. Et, sur ce point, l’Ettat a souvent fait l’objet de critique.

Partie 2 : Critique de la machine étatique.

1°) Le point de vue anarchiste

L’Etat est par définition hostile à l’individu et à sa liberté (cf. Stirner ; Bakounine…). Pour la théorie anarchiste, rien ne vaut, pour l’homme, en dehors de sa liberté. L’Etat est obligatoirement contraignant. Il exige, en effet, la participation laborieuse, économique, à des tâches qui ne correspondent absolument pas aux désirs du sujet, de l’individu ;

C’est pourquoi, il faut donc détruire l’Etat, son pouvoir étant facteur d’oppression et d’aliénation. L’Etat, par la contrainte qu’il fait peser sur l’individu est liberticide, l’empêchant de se réaliser pleinement.

Il convient de substituer à l’Etat, l’association d’unités plus petites, plus limitées. Les hommes s’unissant spontanément sans qu’il soit besoin de les y contraindre ou de leur montrer qu’un pacte social est nécessaire pour leur bien.

2°) Le point de vue marxiste

On peut penser comme Marx et Engels que le pouvoir de l’Etat est forcément facteur de liberté et d’oppression, en tant que l’Etat lui-même ne représente pas d’autres intérêts que ceux de la classe dirigeante. L’Etat de son côté fait croire, grâce à l’idéologie qu’il diffuse, notamment par l’enseignement, le droit, la morale, etc., que les intérêts de l’Etat sont les intérêts universels.

Marx estime en effet que l’Etat ne peut représenter qu’une fraction d’une classe déterminée, par exemple, les financiers sous Louis-Philippe, ou qu’une classe peut contrôler l’Etat au détriment d’une autre. Dans cette optique, l’Etat n’est qu’une manifestation de la lutte des classes.

Dans cette perspective, la disparition de l’Etat est programmée après le socialisme dans le communisme, la lutte des classes devant cesser faute de combattant après la lutte finale qui voit la plus basse des classes sociale, le prolétariat, parvenir au pouvoir. La lutte des classes disparaitra avec  l’Etat lui-même : fin de l’Histoire !

Cette fin de l’Etat suppose une transformation radicale des citoyens qui devraient réagirent, après la révolution prolétarienne en termes d’intérêts immédiatement collectifs.

3°) Insuffisance de la critique anarchiste et de la critique marxiste

Le point de vue anarchiste et le point de vue marxiste s’oppose radicalement : l’anarchisme prône le tout pour l’individu alors que le marxisme, tout pour l’individu, mais, ces deux conceptions se retrouvent sur l’idée selon laquelle le pouvoir de l’Etat est facteur d’oppression et recherchent une solution pour de sortir de son carcan.

Mais, on peut voir, aussi bien dans l’anarchisme que dans le marxisme, une certaine nostalgie à l’égard d’une situation antérieure qui n’a sans doute jamais existée : le désir de l’anarchisme de retrouver un paradis perdu dans lequel l’homme en tant qu’individu est un être libre et qui aime son semblable ; le désir marxisme de retrouver un état antérieure à la lutte des classes et à l’histoire elle-même.

Certainement peut-on voir le pouvoir de l’Etat comme facteur de liberté et d’oppression, certainement peut-on en avoir l’impression. C’est justement cette impression qui fait que l’Etat a bien souvent mauvaise réputation. Il est vrai que cette impression peut se fonder sur une certaine réalité d’un Etat opprimant le citoyen. Cela est même évident dans les régimes totalitaires.

Cependant, s’il arrive que le pouvoir de l’Etat puisse être facteur de liberté et d’oppression ne devons-nous pas penser, que dans ce cas précis, il dévie de sa véritable destination, qu’il ne correspond pas à ce qu’il devrait être, à sa véritable définition ?

Le pouvoir de l’Etat ne doit-il pas être facteur de liberté, c’est-à-dire favoriser la liberté du citoyen ? La question est celle de savoir comment doit-on penser en droit l’Etat ?

Partie 3 : Etat et liberté

1°) L’Etat doit assurer l’égalité des citoyens et la liberté de tous

Si la loi est arbitraire, ou, si la loi est fondée sur l’autorité arbitraire d’un tyran, comme c’est le cas dans les pays totalitaires, il est certain que l’Etat sera facteur d’oppression et générateur d’inégalités et d’injustices en tout genre. Par contre, si la loi émane de la « volonté générale », elle assure l’égalité et la liberté. Dans ce cas, en effet, aucun désir n’est privilégié, le bonheur de chacun passe par la réalisation du bonheur collectif.

L’Etat de droit s’inscrit dans le cadre de lois qui définissent aussi bien les droits que les devoirs : à la liberté comme un droit pour chaque homme, correspond ses devoirs envers autrui. Dans un Etat de droit, il n’est pas admissible que certains puissent jouir de la liberté au détriment d’autres.  L’obéissance à la loi qu’on s’est prescrite est liberté, pourrait-on dire à l’instar de Rousseau.

2°) Le pouvoir de l’Etat doit défendre la volonté générale

[Cf. Rousseau, le Contrat Social]

La volonté générale est la volonté de chacun en tant que citoyen. L’Etat exige du citoyen de conformer sa propre volonté particulière à la volonté générale, comportement qui le conduit hors de lui-même, hors de l’égocentrisme et conduit vers le bonheur collectif.

Si par le contrat social les hommes perdent leur liberté originaire, ils y gagnent en liberté raisonnable (Cf. Kant)

3°) La nécessaire séparation des pouvoirs

Sur un point de vue moins philosophique, sur le plan de l’analyse sociopolitique, on peut dire que l’Etat est le garant de la liberté du citoyen lorsqu’il y a séparation des pouvoirs. En effet, les excès éventuels du pouvoir exécutif sont corrigés par le pouvoir judiciaire tandis que le pouvoir législatif est déterminé par la volonté générale.

Sans cette séparation des pouvoirs, tous les excès sont possibles.

La démocratie semble ainsi être le régime étatique le meilleur, ou, en tout cas celui dans lequel, il y a plus de chance que soit garanties liberté et égalité.

Proposition d’un bilan en vue de la construction d’une conclusion :

Nous savons que l’Etat a bien souvent mauvaise réputation, et si tel est le cas, c’est certainement du fait même qu’il ne correspond pas toujours à ce qu’il devrait être. Il est vrai, que son pouvoir peut très bien être facteur d’oppression. Le cas est évident dans les régimes despotiques.

Sauf à verser dans une utopie ou dans la nostalgie d’un bonheur perdu, on doit considérer l’Etat comme une nécessité dès lors que l’être humain vit en collectivité. Toute la difficulté dans la pratique est d’empêcher l’Etat de ne devenir que le représentant d’une minorité, et de garantir qu’il défend, au contraire les intérêts de tous. Dans ce cas, sans doute idéal, il est facteur de liberté réelle puisque c’est lui qui en définit le cadre et l’exercice possible.

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Bac Blanc pour la terminale ES

Publié par Hervé Moine le 3 avril 2009

Vous traiterez l’un des trois sujets de dissertation :

  1. Désobéir peut-il être un devoir ?

  2. Puis-je juger la culture à laquelle j’appartiens ?

  3. Peut-on critiquer la démocratie ?

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La fracture raciale est-elle un état de fait aux Antilles ?

Publié par Hervé Moine le 12 février 2009

On entend de-ci de-là des propos que je qualifierais de racistes, les blancs ceci les noirs cela. Pour ma part ces propos m’étonnent, car je croyais, trop naïvement certainement, que le racisme était chose ancienne ou l’expression de poches de résistance dans la bêtise humaine hélas universelle. Je suis d’autant plus surpris que les Antilles me donnent à voir l’expression même du métissage [1]. Depuis que je me trouve en Guadeloupe je m’aperçois cependant de la lourdeur d’un passé qui n’est pas vraiment digéré. Il y a certes ceux qui pensent que seul compte l’avenir et qu’il faut savoir tracer un trait sur le passé pour envisager sereinement présent et futur mais il y a aussi ceux qui estiment qu’il faut régler ce qui n’a pas été encore réglé.

Si le racisme existant est résiduel, se fondant sur le passé, on finira par en venir, à bout et parce qu’il faut en venir à bout, le travail de mémoire, la reconnaissance des responsabilités devant faire leur œuvre. Peut-être que je pêche ici par excès d’optimisme. Mais si des injustices demeurent sur des inégalités entre « races »[2] alors c’est que le mal est plus profond.  Peut-on considérer qu’il y a en Guadeloupe particulièrement et aux Antilles de manière générale une fracture raciale.

Fracture raciale est-elle un état de fait aux Antilles ?

© Guillaume Paumier / Wikimedia Commons

© Guillaume Paumier / Wikimedia Commons

Cette question, l’ex-candidate aux présidentielle, députée de Guyane Christiane Taubira répond par l’affirmative. Elle estime, en effet, que le conflit que nous connaissons aujourd’hui aux Antilles fait renaître ce qu’elle appelle la « fracture raciale » et elle dénonce de manière vigoureuse les inégalités dont sont victimes les « descendants d’esclaves ».

« Le conflit est profondément social », dit-elle. La société antillaise est une société dans laquelle règnent des dynasties. En effet, selon elle, « les ligne de démarcation font que les positionnements rappellent qu’en fait il y a des dynasties dans ces société, en Guadeloupe et en Martinique notamment, des dynasties qui restent propriétaires foncières. » Elle poursuit en affirmant que « c’est à partir de certains positionnement que ré-émerge la question, effectivement, de ce qu’on peut appeler la fracture raciale ».

Cette fracture sociale est-ce alors une nouvelle fracture, ou bien alors n’a-t-elle pas été réparé ou mal soudée ? Christiane Taubira, en déplorant « la réalité incontestable et incontournable », considère que « le problème, c’est que la société est restée duale » : Blancs et Noirs chacun de leur côté ; les premiers possédant, les seconds non.

La députée cependant modère ses propos pour éviter toute généralisation abusive qui est gênante intellectuellement et humainement, « gênante également pour l’avenir ». Certains Blancs se battent aux côtés des « descendants d’esclaves ».

Quelles solutions pour remédier à ce qu’elle considère comme état de fait ? Madame Taubira plaide pour « une réforme foncière » en Guadeloupe et en Martinique, déclare que « l’Etat doit prendre acte du fait que l’accès à la propriété foncière est pratiquement impossible pour les personnes qui généalogiquement justement, descendent des esclaves. » Ce fait étant intolérable il faut le dénoncer comme « injustices profondes », comme « inégalités qui se reproduisent, qui frappent toujours les mêmes ».

d’après les propos de Madame Taubira sur i>télé, rapportés par l’Associed Press le 12 février.  Le Nouvel Observateur titrait « Guadeloupe: le conflit social fait renaître la “fracture raciale”, selon Christiane Taubira ».

Pour terminer, nous pouvons rappeler que Christiane Taubira a donné son nom à une loi française [3], qui reconnaît comme crimes contre l’humanité la traite négrière transatlantique et l’esclavage qui en a résulté. Cette loi a été votée le 10 mai 2001.

Les propos de Mme Taubira m’interpelle et je m’interroge. Qu’en est-il pour vous ? Qu’est-ce que cet article vous donne à penser ?

Hervé Moine

[1]Métissage comme l’avenir de l’homme, cf. Michel Serre

[2] j’emploie ce mot de manière provisoire, le mot « race » n’ayant selon moi aucun sens chez les humains / si un débat s’instaure, il faudra s’expliquer sur ce point important

[3] cf. Loi taubira ; notons que cette loi a fait l’objet d’un certain nombre de critiques, nous aurons cxertainement l’occasion d’en parler

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Il y a d’autres chemins possibles que celui de l’injustice !

Publié par Hervé Moine le 9 février 2009

Juste une idée formulée, par le philosophe Michel Onfray, à l’occasion d’une visite à la Réunion où il donne une série de quatre conférences. Idée qui peut nous donner à penser sur les fondements mêmes de la réflexion philosophique. Idée qui, d’autre part, pourrait être reliée à la maïeutique socratique contre les sophistes ou bien à la démarche de Rousseau dans le Contrat Social, oeuvre que nous sommes entrain d’étudier.

“Le philosophe trouve injuste l’injustice”

Michel Onfray, philosophe de combat

Michel Onfray, philosophe de combat

“Le philosophe trouve injuste l’injustice. Il dit qu’il y a d’autres chemins possibles. Tout se fait aujourd’hui dans l’obsession de l’argent, de la consommation, de l’apparence etc… Ce sont des fausses valeurs.

La vérité dans l’existence, c’est ce que l’on est. C’est faire le bonheur des siens et de soi. Il faut par exemple avoir résolu le problème de la mort, ne craindre rien ni personne, surtout pas les dieux et les puissants.” Michel Onfray, interviewer par Romain Latournerie, pour Clicanoo, le journal de l’île de la Réunion, le 9 février 2009.

Michel Onfray est un philosophe à succès mais s’affirme comme un philosophe de combat à contre courant de la pensée dominante. En effet, la philosophie ne doit-elle pas aller à l’encontre de la pensée unique, véritable dictature.

Hervé Moine


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Etude du livre I du Contrat Social de Rousseau Cours n°6

Publié par Hervé Moine le 5 février 2009

Dans ce cours nous allons voir de plus près quelles seront les grandes thématiques du livre 1

2°) Etude du 2ème paragraphe : annonce du plan du livre I

-          La force et le droit

-          Le prétendu droit du plus fort

-          La force du droit

-          Droit naturel et droit conventionnel

-          « Je dois établir ce que je viens d’avancer »

Dans le deuxième paragraphe, Rousseau indique le plan qu’il va observer dans ce livre I. [Voir début du cours n°5] Nous avons évoqué déjà ce plan tout au début de ce cours. Ici, nous approfondirons certains points.

Ce sont les chapitres V et VI qui montreront que c’est par une convention que passe la légitimité du droit. Auparavant, Rousseau examinera d’autres hypothèses, telle que la force ou la nature. Son but sera celui de montrer que ces hypothèses ne sont pas tenables et qu’il s’agit de les réfuter. En somme, Rousseau commence par étudier ce que la justice, chapitres II, III et IV n’est pas avant d’étudier ce qu’elle est.

-          La force et le droit

C’est une thèse assez répandue celle qui considère que c’est la force qui fait le droit, que la force constituer un principe de légitimité du droit. En effet, ne parle-t-on pas de droit du plus fort ? N’est-ce pas le plus fort qui impose sa loi ? Rousseau entend montrer que la force n’est absolument pas un droit, et, pour ce faire, il va opposer le point de vue de la force et le point de vue du droit.

On peut certes constater que le recours de la force est possible, et, que peut-on faire face à la force ? Devant la force on ne peut s’incliner ou mourir, on retrouve là la thèse stoïcienne de la nécessité. Mais pour Rousseau se constat ne prouve rien, il montre seulement que le recours de la force est seulement de l’ordre du possible d’un point de vue factuel mais en aucun car qu’il est légitime. La force ne peut aucunement se justifier, car elle est toujours dans son usage temporaire. La force ne peut aucunement se justifier car dès lors qu’on est plus fort qu’elle, elle n’a plus de justification. Le plus fort n’est jamais assez fort pour être toujours le maître. Si la loi du plus fort est fondée, se révolter contre cette loi est tout aussi fondée. Si une révolte réussit, elle fait preuve de sa force. On le voit aucune force ne peut se justifier car toute force qui la dépasse la rend injustifiable. En revanche le droit lui est universel, il est indépassable.

-          Le prétendu droit du plus fort

Si l’on convient que la force est un droit et que doit régner la loi du plus fort, alors c’est qu’on a le droit de se révolter contre ce prétendu droit du plus fort, par la force. La révolte prend en quelque sorte aux mots le droit du plus fort par les mêmes armes que lui, à savoir, la force.

D’autre part, s’il l’on convient en revanche que le droit du plus fort n’est pas tenable en tant que droit, c’est-à-dire si la loi du plus fort n’est pas légitime, alors c’est qu’on le droit de se révolter contre l’injustice. Se révolter contre l’injustice est tout à fait légitime car combattre contre l’injustice est juste.

Pour Rousseau, c’est la force qui a ravi la liberté au peuple, c’est donc par la force qu’il recouvre sa liberté. On peut penser que les futurs révolutionnaires vont s’inspirer de cette idée. En fait ce que veut dire Rousseau, et nous l’avons déjà compris, c’est que si l’on se place sur le point de vue de l’hypothèse de la prééminence des rapports de force, hypothèse bien sûr contestable pour notre philosophe, alors en toute logique tous les coups sont permis. On peut d’ailleurs remarquer cette logique dans le cas des guerres civiles notamment. Est-ce à dire que la force est pour autant un droit ? En fait, Rousseau emploie ici le terme de « droit » par dérision. En effet la force, en tant que pouvoir physique ne peut en aucun cas conférer un quelconque pouvoir moral, aucun droit. Cette idée sera établie et développée dans le chapitre III du Contrat Social. Dans le cas de la guerre civile où règne le droit du plus fort, le mot droit n’a pas le sens de droit, car la guerre civile est plutôt le lieu du non-droit. Rousseau on le verra s’oppose radicalement à la pensée de Hobbes. [Vous pouvez d'ailleurs dès à présent travailler sur la pensée politique de Hobbes.]

-          La force du droit

Ainsi l’on voit que ce n’est pas sur la force qu’il convient de fonder le droit mais sur le droit « sacré ». Que signifie « droit sacré » ici ? Le sacré est ce qui est inviolable, tabou. Il s’agit de l’ordre social qui est légitime, c’est-à-dire le droit qui s’accorde avec les exigences de la morale. Mais en quoi cet ordre légitime est-il « sacré » ? La réponse est simple. Cet ordre légitime, au fondement duquel se trouve la raison universelle qui fonde elle-même la morale, est un droit « sacré » en ce qu’il est à la fois le garant de l’existence même de la société et la raison d’être de la société. A supposer que ce droit ne fût pas sacré, il serait alors permis de le transgresser, et, cette violation mènerait nécessairement au péril de la société.

Par conséquent, on ne peut justifier l’ordre social, par un état de fait, un état de fait étant potentiellement « violable » mais par un droit inviolable. Il est important de bien insister. Imaginons un état civil juste, que cet état civil juste soit juste en tant ou parce qu’il est état de fait, alors un renversement de cet état est également juste, car il ne fait que remplacer un état de fait par un autre état de fait. En revanche, un état de droit étant inviolable est toujours valable. Violer un état de droit c’est détruire le droit et passer au non-droit et non à un autre état de droit.

-          Droit naturel et droit conventionnel

Enfin, pour Rousseau, le droit qui consacre l’ordre social, droit qui, comme on vient de le voir, ne peut se fonder ni sur l’ordre des faits, ni sur celui de la force, ne peut trouver non plus son fondement dans la nature. Selon lui, le droit ne peut venir effectivement de la nature, pour la simple et bonne raison que dans l’état de nature, la société n’est pas instituée. Ainsi, Si le droit n’est pas naturel et qu’il ne peut se fonder sur la force alors il ne peut être que conventionnel. Et qu’est ce que cela signifie ? Cela signifie-t-il que toute convention a valeur de droit ? Toute convention n’a pas valeur de droit. Dire que le droit est de l’ordre de la convention c’est dire qu’il repose sur un pacte social, un consensus social, c’est-à-dire encore sur un contrat librement souscrit.

-          « Je dois établir ce que je viens d’avancer »

Rousseau, on le voit est en recherche de légitimation. Il convient pour lui de démontrer par des arguments philosophiques se fondant sur la raison et non de simples opinions dans un débat passionnel.

Hervé Moine

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Le «médecin de la mort» serait décédé depuis 1992

Publié par Hervé Moine le 5 février 2009

Si l’on en croit deux médias allemand et américain, le criminel nazi le plus recherché au monde, en cavale depuis plus de 60 ans, Aribert Heim, serait décédé en 1992 en Egypte.

Photo d'Aribert Heim datée de 1950 et diffusée par la police allemande (Photo Police/AFP)

Photo d'Aribert Heim datée de 1950 et diffusée par la police allemande (Photo Police/AFP)

Aribert Heim était surnommé le « médecin de la mort » ou encore le « boucher de Mauthausen ». Né l’année de la première guerre mondiale en Autriche, Heim a adhéré au parti nazi avant même l’annexion de l’Autriche par l’Allemagne en 1938 et avait rejoint les SS en 1940.

Selon Serge Klarsfeld, célèbre avocat traqueur de nazis, Heim n’était pas un grand criminel dans la hiérarchie des criminels nazis. Il ne faisait pas partie des maîtres d’oeuvre, comme Eichmann par exemple. Parmi les médecins nazis, il y avait des noms plus connus, comme Mengele ou Schumann. Heim était cependant le dernier criminel allemand réputé recherché. Les autres sont Croates, Hongrois, Lettons… On est dans la phase ultime des recherches. Les criminels encore en fuite ont plus de 90 ans. Mais il faut les chercher jusqu’à leur dernier souffle. C’est important et symbolique qu’il n’y ait aucune impunité. Mais aujourd’hui, on peut dire que dans l’ensemble, la justice est passée. L’essentiel des meurtriers nazis ont été jugés et condamnés. (à partir des propos de Serge Klarsfeld recueillis par Sylvain MOUILLARD, Libération 5 février Serge Klarsfeld: «Chercher les criminels nazis jusqu’à leur dernier souffle»)

La question que l’on pourrait poser est celle de savoir à quoi cela sert-il de rechercher les criminels nazis jusqu’au dernier et jusqu’à leur dernier souffle. Pourquoi est-il si important de poursuivre cette traque alors que comme le dit Serge Klarsfeld lui-même “on peut dire que dans l’ensemble, la justice est passée” ? Certains considèrent qu’ils faut qu’on arrête de remuer l’horreur passée d’autres considèrent qu’il est important de faire devoir de mémoire.

Hervé Moine

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Etude du livre 1 du Contrat Social de Rousseau Cours n°4

Publié par Hervé Moine le 4 février 2009

Dans ce premier paragraphe, on voit chez Rousseau une double préoccupation : souci de légitimité et souci de réalisme. Nous envisagerons cette double préoccupation en suivant le plan suivant :

1°) Recherche de règles d’administration légitimes et sûres

a.       La notion de règle d’administration

b.      Légitimité et fiabilité de ces règles

c.       Rapport de la Morale et de la Politique

2°) Les exigences de cette recherche

a.       Nécessité de prendre les hommes tels qu’ils sont

b.      Nécessité de prendre les lois telles qu’elles peuvent être

c.       Nécessité d’allier toujours justice et utilité

3°) Légitimité de cette recherche

a.       Prérogatives de l’homme politique

b.      Citoyenneté et liberté

c.       Droits et devoirs du citoyen

1°) Recherche de règles d’administration légitimes et sûres

a) La notion de règle d’administration

Une première distinction conceptuelle doit être faite pour éviter toute confusion, entre la notion de « règle d’administration » et celle de « règle et de gouvernement ».

Les règles d’administration concernent la constitution et l’établissement de l’Etat ainsi que ses lois fondamentales.  En effet, le gouvernement ne peut exister que lorsque l’Etat est déjà instauré. Si la question que se pose Rousseau est celle des conditions de possibilités d’un état social légitime, il s’agit pour lui d’envisager l’Etat à la racine, de penser les fondements même de l’Etat, ce qui le constitue et l’établit, ses lois. Ou si l’on veut dire les choses autrement, le but de sa recherche, c’est l’examen des principes du droit public, de l’ordre civil, ceux-là même qui fondent toute société. Ainsi, Rousseau n’est pas ici concerné par ce que l’on appelle le « droit positif », c’est-à-dire des différentes formes de gouvernement qui existent mais par la justice idéale, celle-ci étant valable pour toute société quel qu’en soit le gouvernement. Que ce dernier soit aristocratique, monarchique, démocratique ou autre, la justice idéale est universelle et ne connaît pas de versions particulières.

b) Légitimité et fiabilité de ses règles

-          Ces règles doivent donc être légitimes.

On l’aura compris, là aussi il faut opérer une distinction conceptuelle. Il faut distinguer ce qui est légitime et ce qui est légal. Légitime en effet s’oppose à légal, en ce que la légitimité c’est la justice définit en rapport aux principes du droit valable partout et de tout temps, la légalité quant à elle c’est la justice établie, le droit positif. Dire que les règles doivent être légitimes c’est dire qu’elles doivent être en accord avec la morale.

-          En même temps ces règles doivent être sûres

En même temps ces règles doivent être sûres.  Ce « en même temps » ne va pas sans poser de problème. La difficulté en effet c’est de pouvoir allier la morale et l’efficacité. Dire que les règles d’administrations doivent être en même temps sûres, c’est dire qu’elles doivent être également politiquement efficaces, stables, fiables, et par ce fait, nécessairement durables. En effet, des règles sûres sont des règles ayant quelque garantie de durabilité.

c) Rapport de la morale et de la politique

-          Le problème d’une politique à la fois morale et efficace

Rousseau joint les préoccupations morales et politiques. Il convier, selon lui, d’élaborer une politique morale et une morale politique, inscrite dans la réalité. Rousseau n’entend pas rêver une politique idéale parfaite, mais de penser une politique réaliste, mais le réalisme ne doit pas pour autant tourner le dos aux exigences de la morale. Dans le livre IV de l’Emile, Rousseau écrit à ce propos ceci : « ceux qui voudront traiter séparément la politique et la morale n’entendront jamais rien à aucune des deux ».

-          Une bonne politique doit être morale

Ainsi, pour le philosophe, une politique est une bonne politique, si et seulement si, celle-ci se fonde sur des critères moraux. L’interrogation morale doit dominer et accompagner l’interrogation politique. Toutes les deux sont interdépendantes, la politique doit apporter à la morale son efficacité et le retentissement qui font défaut à la morale et cette dernière doit donner les directions à la politique. Rousseau cherche à concilier l’être et le devoir-être. Autrement dit, c’est sur ce qui doit être que l’on peut se prononcer sur ce qui est et non l’inverse, comme le pense en particulier Nicolas Machiavel et son réalisme politique. Ce dernier, au XVIème siècle, excluait cette possibilité : une politique morale a toutes les chances d’être inefficace ; une politique immorale a bien plus de chance d’être efficace.

Telle est la recherche que se fixe Rousseau dans le Contrat Social. La question est maintenant de savoir ce qu’exige cette recherche, autrement dit qu’exige la recherche de l’établissement d’une politique réaliste et d’une politique en même temps morale.

2°) Les exigences de cette recherche

a) Nécessité de prendre les hommes tels qu’ils sont

Lorsque nous avions abordé la vie de Rousseau, nous avons pu observer que la vie, peut-être plus que ses études intellectuelles a instruit Rousseau. Que lui a-t-elle enseigné ? La vie a révélé à Rousseau que toutes les tentatives de changer la nature de l’homme sont vaines, que l’on ne peut lutter que contre ce qu’il est.

-          Mais l’homme, qu’est-il ?

La question est bien de savoir si cette expression « les hommes tels qu’ils sont » désigne les hommes à l’état de nature ou les hommes à l’état social. Dans le Contrat Social, Rousseau envisage les hommes tels qu’ils sont devenus dans l’état social.

-          L’homme social = homme corrompu

Les hommes sont ce qu’ils sont devenus dans l’injuste état social, c’est-à-dire ; des hommes corrompus à jamais par le système de la propriété privée ; des hommes se déchirant pour extorquer aux autres les biens dont ils ont réussi à s’emparer. Les hommes tels qu’ils sont, sont les hommes égoïstes, poussés par leurs appétits, ayant perdu leur innocence originelle. Les hommes tels qu’ils sont, constituent le point de départ de la réflexion de Rousseau dans sa recherche.

-          L’homme social, corrompu mais susceptible de se conduire moralement

Cet homme, est, selon l’auteur du Contrat Social, un être de raison et plus exactement un être qui a acquis la raison et ainsi un être capable de comprendre et susceptible de se conduire moralement. Cet homme, irrémédiablement attaché à la propriété privée, ne pourra changer ; en revanche, il est possible, et c’est, justement ce que se propose de faire Rousseau, de modifier ce qui est encore possible d’améliorer, à savoir les lois, les institutions. Ce n’est que par ce biais que l’on peut penser la possibilité de fonder un Etat juste.

b) Les lois telles qu’elles peuvent être

Quand Rousseau affirme qu’il entend prendre les lois telles qu’elles peuvent être, il n’entend pas les lois injustes rendant l’état social injuste en tant qu’elles se fondent sur les égoïsmes particuliers et font le jeu des riches. Au contraire, il s’agit, pour lui, de considérer les lois justes, fondées sur la raison et qui ne sont pas jusqu’à présent établi dans l’état social mais qui pourrait pourtant l’être.

De telles lois devront contraindre les intérêts particuliers à se soumettre à la volonté générale. Cette notion de volonté générale fera l’objet d’une analyse ultérieurement.

Selon Rousseau, il est possible de créer un monde meilleur en changeant les lois à défaut des hommes. Ce qui importe de faire c’est d’adapter les lois à des conditions devenues incontournables depuis le passage de l’état de nature à l’état civil.

On voit bien quel est le souci réaliste qu’anime Rousseau : d’une part, il faut prendre en compte la réalité humaine, celle-ci étant ce sur quoi la justice va porter ; d’autre part, les lois doivent pouvoir exister, elles doivent être définies selon leurs possibilités d’existence. Rousseau rejette toute utopie.

c) Nécessité d’allier toujours justice et utilité

Il convient selon Rousseau d’allier le droit et l’intérêt, la justice et l’utilité, de trouver des règles non seulement conforme au droit, à la justice, mais aussi aux intérêts. En d’autres termes, il s’agit de concilier ces deux nécessités, de chercher une harmonie entre elles deux, d’allier les exigences de la raison, c’est-à-dire la justice et les exigences de la nature humaine, c’est-à-dire leurs passions.

Reprenons les notions importantes ici évoquées.

-          « ce que le droit permet »

Il s’agit ici de ce que l’on appelle le droit naturel qui est un droit moral et non le droit positif. Rousseau évoque non pas ce qui est mais ce qui doit être. « Je cherche le droit et la raison et ne dispute pas des faits ».

-          « la justice »

Ici, il ne s’agit pas de la justice sociale, celle-ci étant souvent l’injustice masquée, instituée. Il s’agit, au contraire, de la justice morale. Selon notre philosophe, la justice morale est une exigence de la raison universelle. Celle-ci se trouve en germe dans la conscience des hommes et ne peut se développer que dans l’état civil. A l’état de nature, l’homme est sans raison. Une société est légitime si elle est conforme à la raison universelle.

-          « l’utilité »

Nous savons que pour Rousseau les lois morales (le droit naturel) doivent s’adapter aux conditions concrètes qui définissent telle ou telle société. Une justice qui négligerait les besoins de la société, l’intérêt resterait au stade de l’idéal et ne serait par conséquent pas utile. Et d’un autre côté, un utilitarisme sans borne qui ne tiendrait pas compte de la nécessité d’accomplir la justice serait condamnable. Pour Rousseau, la justice doit prendre en compte le critère de l’utilité ; il faut faire en sorte que ce qui est juste soit utile et que ce qui est utile soit juste. Une petite remarque en passant : Kant se séparera de Rousseau sur ce point, selon lui en effet, la justice ne doit aucune se préoccuper de l’avantageux ou de l’intérêt.

Rousseau recherche une constitution susceptible de réconcilier les lois sociales et les exigences morales, de réconcilier l’utilité et la justice, de réconcilier l’idéal moral et la nature humaine. C’est bien là un point capital, l’enjeu est d’importance En effet, si une conciliation entre le droit et la nature s’avèrerait impossible, il faudrait alors sacrifier ou bien la politique à la morale et ainsi sombrer dans l’angélisme et dans une bonne volonté dépourvue d’efficacité, ou bien, à l’inverse, sacrifier la morale à la politique et ainsi sombrer dans un cynique réalisme. Et, c’est dans le but d’éviter ce double écueil que Rousseau propose le contrat social, contrat social dans lequel les hommes pourront poser l’ordre social se fondant sur leur prise de conscience que leur véritable intérêt coïncide avec la justice morale.

3°) Légitimité de cette recherche

Après avoir montré l’objet de sa recherche, les exigences de celle-ci, Rousseau entend à présent, justifier sa démarche. Qu’est-ce qui légitime donc sa recherche ?

a) Prérogatives de l’homme politique

On pourrait à Rousseau de s’occuper de penser politique et parler de politique alors qu’il n’est pas lui-même homme politique. En quoi un homme qui n’est pas aux affaires publiques peut-il être au fait de la res publica ? Rousseau affirme qu’un homme politique doit se préoccuper d’action et non de beaux discours. Et lorsqu’on n’est pas au pouvoir, c’est-à-dire lorsqu’on n’a pas la possibilité matérielle de pratiquer ses idées, ce qui est le cas de Rousseau, on est obligé de les exposer.

b) Citoyenneté et liberté

- citoyen libre

Rousseau s’affirme de part sa naissance comme citoyen libre d’un Etat libre. Un citoyen n’est pas un sujet, dans le sens d’un être assujetti à un maître. Ceci est une façon pour lui de récuser l’absolutisme. Un citoyen, à la différence des sujets qui n’ont que des devoirs, a des droits. Un citoyen est nécessairement un être libre.

-          Etat libre

Faisons cependant une remarque : la République de Genève peut être considéré à l’époque comme une île démocratique dans l’immense océan de la monarchie absolue qu’est l’Europe. Cela dit, cet Etat libre auquel fait référence ici l’auteur du Contrat Social est largement idéalisé. En effet, les institutions de Genève ne sont pas conformes au Contrat Social. On pourra s’en rendre compte.

-          « membre du Souverain »

Rousseau dit qu’il est « membre du Souverain ». Qu’est-ce que cela signifie exactement ? Le Souverain est le Conseil Général, c’est-à-dire, l’assemblée souveraine de la république de Genève. Mais, dans le langage rousseauiste, le Souverain c’est le peuple. Ici, il s’agit d’une allusion à la démocratie, régime qui a la faveur de Rousseau ; « membre de Souverain » signifie donc membre du peuple. Selon lui, le peuple détient la souveraineté, le prince n’est quant à lui qu’un particulier, provisoirement chargé de gouverner. Le peuple a le pouvoir de renvoyer le Prince, si celui-ci ne donne pas satisfaction. Remarquons que la République de Genève condamnera le Contrat Social de Rousseau, celui-ci devant fuir la cité genevoise. On le voit bien, le Gouvernement de cette République n’est pas celui du Contrat Social. Il n’empêche  qu’il garde la faveur de Rousseau car il est le plus éloigné de la monarchie absolue. C’est en quelque sorte une démocratie tempérée car le peuple a accès au vote et la volonté générale a la possibilité de s’exprimer par suffrage, chaque votant ayant le pouvoir législatif et faisant partie du Souverain.

c) Droits et devoirs du citoyen

-          Le droit de vote

Dans les dernières lignes de ce préambule, Rousseau affirme sa préférence pour sa patrie. S’il aime son pays raisonnablement c’est parce que la forme de son gouvernement est proche de la conception du gouvernement juste. Cela lui permet d’évoquer le droit qui caractérise tout système démocratique. Le peuple élabore les lois et participe à la gestion des affaires publiques à l’occasion des votes.

-          Le devoir de s’informer

Le droit de vote est un thème fondamental de la philosophie du Contrat Social de Rousseau. Le droit de vote n’a de sens que si les individus participant au vote se sont au préalable informés. Les campagnes électorales sont là précisément dans ce but. En effet, les campagnes électorales qui précèdent le vote permettent de faire connaitre les opinions des candidats à tous ceux qui le désirent. Par conséquent, voter sans s’être auparavant informé est une absurdité, une faute. Autrement dit, la démocratie suppose que le peuple soit « éclairé ». L’absence d’informations peut aboutir à toutes les manipulations démagogiques et manœuvres technocratiques. Les démagogues ne sont-ils pas ceux qui flattent les passions du peuple ? Et les technocrates ne sont-ils pas ceux qui l’asservissent par leur décision éloignée de la réalité même du peuple.

C’est pourquoi, sachant qu’à un droit correspond un devoir, au droit de voter qui est celui de choisir correspond le devoir de s’informer et de s’instruire afin de bien choisir, en fonction de la volonté générale.

Ainsi s’achève l’étude du Préambule. Au prochain cours nous étudierons le premier chapitre, dans lequel il s’explique sur une des idées plus connues du philosophe « l’homme est né libre, partout il est dans les fers ».

Hervé Moine

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