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Articles Tagués ‘morale’

Ruwen Ogien visionnaire : Vers une profonde transformation de nos idées morales ?

Publié par Hervé Moine le 28 octobre 2011

Ruwen Ogien, spécialiste de philosophie morale et de philosophie des sciences sociales

“Les innovations biomédicales peuvent seulement modifier nos conceptions de la vie bonne, pas de la vie juste.” Ruwen Ogien

Ci-dessous un article de Ruwen Ogien, titré “Ruwen Ogien, philosophe inquiet, paru dans le blog des InRocks à l’occasion du 25ème anniversaire des Inrockuptibles, dans lequel il exprime sa vision du onde pour les 25 ans à venir.

Ruwen Ogien, philosophe inquiet

Si le génie génétique permet d’améliorer dans des proportions considérables notre taille, nos capacités athlétiques, notre vision, notre mémoire et notre intelligence, l’idée que nous nous faisons de ce qu’est un être humain « normal » pourra-telle rester la même ? S’il devient possible de surveiller et de manipuler les pensées à volonté, d’induire chimiquement dans les esprits toutes sortes de croyances, de désirs, de sensations, les notions d’expérience personnelle et de liberté de conscience intérieure pourront-elles résister ?

Si la transplantation d’organes naturels ou artificiels ne pose plus aucun problème technique, conserverons-nous l’idée que le corps humain est sacré, indivisible, hors commerce, ou finirons-nous par le voir comme un assemblage de pièces détachées qu’on peut librement vendre et acheter ? Si le clonage reproductif humain devient possible, pourrons-nous encore penser qu’un avenir personnel dont on ne sait presque rien est constitutif de notre identité ? Si le processus de vieillissement est mieux compris et mieux contrôlé, si nous vivons infiniment plus longtemps en bonne santé, nos conceptions de ce qu’est une vie « ratée » ou « réussie » pourront-elles être les mêmes ?

S’il devient possible de créer des êtres transhumains, posthumains, subhumains, cyborgs ou chimères, les idées que nous nous faisons des limites de la communauté morale, c’est-à-dire des êtres que nous avons choisi de ne pas traiter comme des choses, juste bonnes à exploiter et à consommer, ne risquent-elles pas d’être profondément transformées ? Si tout cela se réalise, nos idées morales seront-elles modifiées ? Il est probable que ces innovations biomédicales changeront nos idées de ce qu’est une vie bonne, heureuse, réussie, accomplie. Mais pourquoi devraient-elles changer nos idées de la justice sociale ? Pourquoi devraient-elles annuler l’exigence que chacun puisse avoir accès à ce que la technique propose, dans la mesure de ses désirs ou de ses besoins, sans discrimination selon l’âge, la condition sociale ou l’orientation sexuelle ? En fait, les innovations biomédicales peuvent seulement modifier nos conceptions de la vie bonne, pas de la vie juste. Elles ne seront donc pas très importantes du point de vue moral, tout au moins pour ceux qui, comme c’est mon cas, accordent une priorité à la vie juste sur la vie bonne.

Paru dans le 28 octobre : http://blogs.lesinrocks.com/25ans/2011/10/28/ruwen-ogien-philosophe-inquiet/

Dernier ouvrage de Ruwen Ogien

L’influence de l’odeur des croissants chauds sur la bonté humaine

Klinde éditions

Vous trouverez dans ce livre des histoires de criminels invisibles, de canots de sauvetage  qui risquent de couler si on ne sacrifie pas un passager, des machines à donner du plaisir que personne n’a envie d’utiliser, de tramways fous qu’il faut arrêter par n’importe quel moyen, y compris en jetant un gros homme sur la voie.
Vous y lirez des récits d’expériences montrant qu’il faut peu de choses pour se comporter comme un monstre, et d’autres expériences prouvant qu’il faut encore moins de choses pour se comporter quasiment comme un saint : une pièce de monnaie qu’on trouve dans la rue par hasard, une bonne odeur de croissants chauds qu’on respire en passant.
Vous y serez confrontés à des casse-tête moraux. Est-il cohérent de dire : “ma vie est digne d’être vécue, mais j’aurais préféré de ne pas naître” ? Est-il acceptable de laisser mourir une personne pour transplanter ses organes sur cinq malades qui en ont un besoin vital ? Vaut-il mieux vivre la vie brève et médiocre d’un poulet d’élevage industriel ou ne pas vivre du tout ?
Cependant, le but de ce livre n’est pas de montrer qu’il est difficile de savoir ce qui est bien ou mal, juste ou injuste. Il est de proposer une sorte de boîte à outils intellectuels pour affronter le débat moral sans se laisser intimider par les grands mots (“Dignité”, “vertu”, “Devoir”, etc.), et les grandes déclarations de principe (“Il ne faut jamais traiter une personne comme un simple moyen”, etc.).
C’est une invitation à faire de la philosophie morale autrement, à penser l’éthique librement.

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La morale une histoire entre adultes consentants ou la quête de la réalisation de soi comme citoyen du monde

Publié par Hervé Moine le 21 septembre 2011

Ruwen Ogien

L’influence de l’odeur des croissants chauds

sur la bonté humaine

et autres questions de philosophie morale expérimentale

Grasset

“La plupart des philosophes prétendent que, si l’on s’intéresse à la pensée morale, il faut commencer par lire et relire les grands textes de l’histoire des idées pour avoir des « bases solides ». Il n’est pourtant pas évident que le meilleur moyen d’inviter le lecteur à la réflexion éthique soit de lui donner le sentiment qu’il peut se reposer tranquillement sur les doctrines élaborées par les « géants de la pensée ».

Partant de ce principe, Rowen Ogien propose, dans un livre qui se présente comme une sorte d’antimanuel de philosophie, une série de problèmes concrets, de dilemmes, de paradoxes, afin de mettre à l’épreuve les jugements du lecteur. Nous y trouvons des expériences de pensée dont les conclusions nous font douter de la robustesse ou de l’universalité de nos intuitions morales.
Ces matériaux forment le corpus d’une philosophie morale expérimentale qui nous aide à comprendre que rien dans les concepts et les méthodes de la philosophie morale n’est à l’abri de la contestation et de la révision. Pourquoi en effet faudrait-il « fonder la morale » sur un principe unique et inaltérable ? Qui a besoin d’une telle « sécurité » ? Telle est la question que ce livre alerte, drôle et profond, nous invite à poser.”

Marc Escola pour fabula.org http://www.fabula.org/

Présentation de l’ouvrage de Ruwen Ogien par l’éditeur

Vous trouverez dans ce livre des histoires de criminels invisibles, de canots de sauvetage  qui risquent de couler si on ne sacrifie pas un passager, des machines à donner du plaisir que personne n’a envie d’utiliser, de tramways fous qu’il faut arrêter par n’importe quel moyen, y compris en jetant un gros homme sur la voie.

Vous y lirez des récits d’expériences montrant qu’il faut peu de choses pour se comporter comme un monstre, et d’autres expériences prouvant qu’il faut encore moins de choses pour se comporter quasiment comme un saint : une pièce de monnaie qu’on trouve dans la rue par hasard, une bonne odeur de croissants chauds qu’on respire en passant.
Vous y serez confrontés à des casse-tête moraux. Est-il cohérent de dire : “ma vie est digne d’être vécue, mais j’aurais préféré de ne pas naître” ? Est-il acceptable de laisser mourir une personne pour transplanter ses organes sur cinq malades qui en ont un besoin vital ? Vaut-il mieux vivre la vie brève et médiocre d’un poulet d’élevage industriel ou ne pas vivre du tout ?
Cependant, le but de ce livre n’est pas de montrer qu’il est difficile de savoir ce qui est bien ou mal, juste ou injuste. Il est de proposer une sorte de boîte à outils intellectuels pour affronter le débat moral sans se laisser intimider par les grands mots (“Dignité”, “vertu”, “Devoir”, etc.), et les grandes déclarations de principe (“Il ne faut jamais traiter une personne comme un simple moyen”, etc.).
C’est une invitation à faire de la philosophie morale autrement, à penser l’éthique librement.

L’Influence de l’odeur des croissants chauds sur la bonté humaine et autres questions de philosophie morale expérimentale“, de Ruwen Ogien : loufoque éthique

Article de Roger-Pol Droit, paru dans le Monde du 15 septembre 2011

http://www.lemonde.fr/livres/

Un matin, au réveil, curieuse surprise. Non seulement il y a un inconnu dans votre lit – ce sont des choses qui arrivent -, mais il est branché dans votre dos par un réseau de tubes qui, entre vous et lui, font circuler du sang et d’autres liquides – ce qui est quand même plus rare. L’homme est un grand violoniste, un génie absolu. Il est atteint d’une maladie des reins, et vous étiez le seul organisme compatible. Ses admirateurs vous ont donc kidnappé, endormi, opéré. Vous en avez pour neuf mois. Si vous le débranchez, le violoniste mourra. Mais, après tout, vous n’avez vraiment rien demandé. En un sens, c’est même un cas de légitime défense. Si vous exigiez qu’on le débranche, seriez-vous moralement monstrueux ? Quelle que soit votre réponse, sachez qu’elle sera transposable à la question de l’avortement…

Ne vous croyez pas trop vite sorti d’affaire. En effet, si vous résolvez ce dilemme, dix-huit autres vous attendent. Celui du tramway fou, qui va écraser cinq traminots, sauf si vous déviez la machine sur une voie où ne travaille qu’un seul homme. Celui du type qui pique le parapluie d’un inconnu à la sortie du restaurant, juste parce qu’il n’a pas envie de se mouiller. Celui des adolescents, frère et soeur, qui font l’amour un soir d’été en étant sûrs de n’avoir pas d’enfant et que personne n’en saura rien. Chaque fois, les questions sont : que faire ? Au nom de quoi approuver ou condamner ? Quel genre de règles, de raisonnements et d’évidences mettez-vous en oeuvre pour vous prononcer ?

C’est échevelé, mais seulement en apparence. Ruwen Ogien, spécialiste de philosophie morale, chercheur au CNRS, auteur d’une douzaine d’essais incisifs, est un délirant méthodique. Les machineries mentales qu’il construit sont des expériences de pensée, des praticables destinés à vous faire réfléchir. Dire qu’on ne trouve jamais de violoniste branché dans son dos le matin serait donc la meilleure façon de montrer qu’on n’a rien compris. Car ce qui est réel, dans ces loufoques histoires, ce ne sont évidemment pas les circonstances, mais les problèmes qu’elles posent. Ce sont des casse-tête, mais à solutions multiples, avec presse-évidences intégré.

But du jeu : montrer que tout, en morale, peut et doit être questionné. Que les intuitions dont on se réclame ne sont jamais si claires qu’on croit ni si assurées qu’on dit. Que les doctrines se contredisent toujours, les principes parfois. Et que l’entraide et la bénévolence tiennent à peu de chose : dans un centre commercial, montre une étude savante, les gens exposés aux effluves du four du boulanger rendent significativement plus de menus services que les autres. On pourrait en tirer cette conclusion économique : ne donnez pas de croissants aux gens bons, l’odeur suffit à les moraliser. On attend l’aérosol.

Roger-Pol Droit

Se procurer l’ouvrage de Ruwen Ogien : L’influence de l’odeur des croissants chauds sur la bonté humaine

La morale introuvable de Ruwen Ogien

Article de Philippe Chevallier, paru dans l’Express le 20 septembre 2011

http://www.lexpress.fr/culture/livre/l-influence-de-l-odeur-des-croissants-chauds-sur-la-bonte-humaine_1031744.html

Le philosophe français Ruwen Ogien confronte les théories aux expériences sur la morale. L’américaine Martha Nussbaum, elle, recherche ce que peut bien être la “vie bonne”.

Ruwen Ogien, spécialiste de philosophie morale et de philosophie des sciences sociales

Il doit y avoir de bonnes raisons de faire ceci plutôt que cela. Même s’ils se chamaillent depuis des siècles, les philosophes qui croient à l’existence d’un bien absolu et ceux qui préfèrent évaluer au cas par cas les gains et les pertes en termes de bonheur collectif sont d’accord sur un point : les problèmes moraux ont leur solution. Les premiers sont majoritairement issus d’une tradition européenne, avec Kant en figure tutélaire ; les seconds, plus pragmatiques, parlent l’anglais de John Stuart Mill. A ces deux approches traditionnelles Ruwen Ogien, chercheur au CNRS, oppose une philosophie expérimentale.

Pas de grands principes, juste des petits faits têtus permettant de répondre le plus concrètement possible. Existe-t-il des intuitions morales universelles ? La culture ou l’éducation influent-elles sur nos jugements ? Sa conviction : la philosophie morale, obnubilée par ce que l’on doit faire, a oublié de regarder ce que les gens faisaient. Kant marchait confiant dans les rues de Königsberg, la loi morale dans son coeur et le ciel étoilé au-dessus de sa tête ; Ogien avance à tâtons, ses contemporains devant les yeux.

“Frankenstein ministre de la Santé”

Démonstration par l’exemple, avec 19 casse-tête moraux ayant fait l’objet d’études statistiques, simples enquêtes d’opinion ou véritables reality-shows scientifiques. Ogien revient sur l’expérience de Milgram, débutée en 1960, au cours de laquelle de bons pères de famille américains acceptèrent d’administrer des décharges de 450 volts à leur concitoyen – en fait un excellent acteur, capable d’imiter les hurlements de l’agonisant. Moins sensationnelles, les enquêtes d’opinion n’en sont pas moins raffinées dans leurs scénarios : Tueriez-vous un homme pour en sauver 10 ? 100 ? Et si cet homme était un salaud ? Et s’il vous fallait le tuer de vos propres mains ?

Voici le premier livre de philosophie adaptable au cinéma, catégorie série Z, comme l’indiquent les titres de chapitres : “Le tramway qui tue”, “Frankenstein ministre de la Santé”. Au final : non seulement tous les raisonnements moraux volent en éclats, mais l’humanité se révèle veule, lâche, inconséquente.

Avec un sérieux implacable, Ogien découpe nos morales au scalpel, cherchant leur plus petit commun dénominateur, cet atome de certitude qu’il ne trouve pas. Finalement, entre adultes consentants, tout serait moralement acceptable.

Fichier:Nussbaum Martha2.jpg

Martha Naussbaum par Jerry Bauer

D’autres approches restent possibles, comme en témoigne l’oeuvre déjà riche de Martha Nussbaum, professeure de droit et d’éthique à Chicago, dont l’avant-dernier ouvrage vient d’être traduit (“La connaissance de l’amour” paru aux éditions du Cerf note d’ActuPhilo) : la morale n’est pas seulement une question d’actes permis ou défendus, mais également de réalisation de soi comme citoyen du monde.

Une vie bonne n’a pas seulement besoin de savoirs rationnels pour se développer, mais également d’émotions et d’imagination. Son plaidoyer en faveur d’une éducation qui réhabilite les arts et les humanités convainc, et permet de ne pas désespérer de la créativité en philosophie morale.

Philippe Chevallier pour l’Express

Le 20 septembre 2011

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Martha C. Nausbaum

La connaissance de l’amour

Essai sur la philosophie et la littérature

Cerf

Sur certains sujets, la quête de connaissance ne peut se passer de la littérature. Quand il s’agit de réfléchir sur ce qu’est la vie bonne pour un être humain, sur ce que les émotions – et l’amour tout particulièrement – peuvent avoir de déconcertant et d’éclairant, la philosophie ne peut se satisfaire d’un style plat et analytique. Elle doit se mettre à l’école d’une forme littéraire qui cherche à capturer, dans son mouvement même, la surprise, la confusion, l’illumination propre à une vie humaine et à la richesse des sentiments qui y trouvent place. Dans La Connaissance de l’amour, Martha Nussbaum entreprend ainsi un double exercice. Il s’agit d’abord de défendre une thèse de philosophie morale. Une thèse qui insiste sur la complexité irréductible des situations, sur l’importance des choses et des êtres particuliers, sur le fait que la vie humaine bonne n’est ni réductible à un critère unique du bien, ni exempte de vulnérabilité et de conflits. La ” connaissance de l’amour ” consiste à la fois à tenter de comprendre quelle place occupe l’amour dans une vie humaine accomplie, mais également à être attentif à l’enseignement propre de l’amour, parce qu’il est sensible à ce que les choses et les êtres ont d’irréductiblement singulier. Mais il s’agit, ensuite, de mettre en lumière l’importance du style pour la connaissance philosophique : au fil de ces essais, qui interrogent successivement les oeuvres de Platon et d’Aristote, les romans de Henry James. de Proust ou encore de Beckett, se dessine une philosophie attentive à la narration, à la pluralité des voix, à la diversité de leur adresse au lecteur.

Pour se procurer l’ouvrage de Martha C. Naussbaum La connaissance de l’amour : Essais sur la philosophie et la littérature

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Le désir d’enfant, entre intime et politique

Publié par Hervé Moine le 6 avril 2011

« Le désir d’enfant, entre intime et politique »

Conférence de Marie Gaille

Mercredi 6 avril 2011

à l’Université de Bordeaux 2

La prochaine conférence “l’invité du mercredi” de Bordeaux Ségalen aura lieu ce mercredi 6 avril 2011, sur le thème : “Le désir d’enfant, entre intime et politique”, par Marie Gaille, philosophe, Chargée de recherches au CNRS, l’auteur de La valeur de la vie. Du désir d’enfant au droit à l’enfant, de l’aspiration personnelle au débat public, les champs de réflexion se sont considérablement élargis ces dernières années. Les progrès de la procréation médicalement assistée se sont accompagnés d’un vaste débat sur la scène publique autour du sens à donner à ce désir d’enfant. Débats d’ordre éthique, juridique, philosophique, l’intime a rejoint le politique. Quel lien existe-t-il entre ce désir personnel et l’espace public? Quels sont les enjeux sociaux et politiques autour de ces débats ? C’est à ces questions sensibles que Marie Gaille nous apportera quelques éléments de réponse et sujets de réflexion.

Infos pratiques

La conférence « Le désir d’enfant, entre intime et politique » aura lieu à 18h30, sur le site de Carreire de Bordeaux Ségalen, dans l’amphi P.A Louis de l’ISPED, 146 rue Leo Saignat à Bordeaux.

Contact :

Françoise impérial, Médiatrice Culturelle, Vice Présidente communication des Carabins de Bordeaux: service.culturel@u-bordeaux2.fr

La valeur de la vie selon Marie Gaille

Marie Gaille, docteur en philosophie, chargée de recherche au CERSES (Centre de recherche sens, éthique et société, CNRS-Université Paris Descartes), travaille depuis 1998 sur la manière dont la philosophie politique et morale est investie par la question de ses rapports avec la médecine. Elle est l’auteur de plusieurs essais sur Machiavel, traductrice d’ouvrages politiques en langue italienne, elle a co-signé avec Claire Crignon, dans la collection Médecine & Sciences humaines, A qui appartient le corps humain ? Médecine, politique et droit (2004). Paraît en février 2010, toujours dans la collection Médecine et Sciences Humaines aux édition des Belles Lettres “La valeur de la vie” de Marie Gaille :

« Ce n’est plus une vie », « je veux encore vivre, même avec cette maladie », « ma vie n’a plus de valeur » : confronté à la maladie, à la déchéance physique, à la perte provisoire ou définitive de certaines capacités, chacun d’entre nous peut être conduit à énoncer de tels propos. Quoi de plus délicat cependant, que l’évaluation de la valeur de la vie ? Cet ouvrage aborde le sens et la portée de cette réflexion dans une situation où elle s’impose dans toute sa radicalité : celle des décisions de maintien ou d’interruption de la vie prises au chevet du patient dans les hôpitaux. En choisissant d’aborder ainsi la question de la valeur de la vie, ce livre fait le pari qu’une approche philosophique nourrie par une rencontre avec l’univers de la médecine contemporaine éclairera davantage le sens de cette notion, son fondement et ses limites, qu’une approche abstraite de tout contexte.

La démarche cherche aussi à établir un dialogue entre philosophes et médecins en proposant une analyse des différents contextes thérapeutiques où une décision de maintien ou d’interruption de la vie doit être prise. À la lumière de cette analyse, l’ouvrage propose une réflexion critique sur les usages de l’idée de valeur de la vie pour en désavouer la pertinence et en nier la légitimité éthique. Les patients, malades mais aussi citoyens, doivent forger en concertation avec les médecins d’autres critères pour fonder une décision aussi déterminante que celle de maintenir ou d’interrompre le cours d’une vie humaine.

La réflexion de Marie Gaille sur le « désir d’enfant » prolonge celle menée dans La valeur de la vie au sujet de la décision de maintien ou d’interruption de la vie et l’approfondir dans le cas spécifique de la procréation. Elle se situe sur le plan de la philosophie politique et morale sur le désir d’enfant, en prenant appui, du point de vue empirique, sur une observation de consultation de conseil génétique et, du point de vue théorique, en développant une analyse des discours anthropologiques et psychanalytiques et de leur place dans le débat social contemporain sur la procréation. Dans le cadre de ce travail, Marie Gaille s’intéresse également à l’argument de la souffrance, notamment celle des parents ou de l’enfant à naître, afin d’examiner de façon descriptive et normative le rôle qu’il joue dans la décision d’interruption de grossesse ou de renoncement au projet d’enfant.

Les 5 points importants de la réflexion de Mari Gaille à propos du désir d’enfant :

  • une interrogation sur la nature et la légitimité du « désir d’enfant » et le renoncement à réaliser ce désir face au risque ou à la certitude de la transmission d’une maladie génétique
  • une réflexion sur l’identité parentale (qu’est-ce qu’être mère ? qu’est-ce qu’être père ? qu’est-ce qu’être parent ?) (engendrer/porter/mettre au monde/élever)
  • une analyse des modalités de construction de la famille autour d’un individu atteint ou susceptible d’être atteint par une maladie génétique (dans le sens des ascendants et des descendants déjà nés ou à venir)
  • un examen de la question de « l’amélioration » et notamment de la pertinence de l’idée de « bébé parfait » pour penser la manière dont le diagnostic prénatal est pratiqué dans la société contemporaine
  • une analyse des effets du droit de la filiation dans le débat bioéthique.

Le livre de Marie Gaille « Désir d’enfant, entre intime et politique » va paraître prochainement aux PUF, nous en reparlerons sur ActuPhilo. En attendant, on pourra lire avec profit l’ouvrage de Marie Gaille La valeur de la vie.

 

Le désir d’enfant

Entretien avec Marie Gaille, paru dans Sud Ouest le 6 avril 2011

La philosophe Marie Gaille analyse le passage de cette question intime vers le politique et donc le public

« Sud Ouest ». Vous êtes philosophe chargée de recherche au CNRS. Et vous animez ce soir un débat sur le désir d’enfant. Allez-vous évoquer l’évolution du désir vers le droit à l’enfant ?

Marie Gaille. Je tiens à parler de désir et pas du tout de droit à l’enfant. Cette expression pour moi n’a pas de crédit. Juridiquement, elle ne veut pas dire grand-chose. En revanche, je travaille depuis longtemps sur ce désir d’enfant que l’on peut envisager sous l’angle biologique, social ou de parcours de vie. Souvent, les différents aspects se combinent, et les situations sont différentes pour chaque personne.

J’en ai discuté avec des généticiens, mais aussi avec des psychanalystes et des psychologues. Le désir d’enfant peut tenir à celui de fonder une famille, de s’inscrire dans une chaîne générationnelle. En revanche, je n’envisage pas l’enfant comme désir d’objet de consommation, en essayant de trancher si c’est bon ou mauvais. Ce type de débat me paraît douteux.

Et je comprends mal qu’il y ait des parents qui manifestent un désir d’enfant en exigeant carrément une garantie sur facture.

« Sud Ouest ». L’expression publique de ce désir d’enfant n’est-elle pas quelque chose de relativement récent ?

Marie Gaille. Dans un premier temps, dans les années 1960-1970, le mouvement féministe a exprimé un besoin d’émancipation, d’appropriation de son corps. On parlait alors d’un enfant si on voulait, quand on voulait. Le désir d’enfant est apparu suite à ce premier temps.

« Sud Ouest ». La question touche-t-elle n’importe quelle classe sociale ou certaines en particulier ?

Marie Gaille. Cela touche surtout les femmes qui ont fait des études longues et qui ont socialement réussi un parcours professionnel. Elles se sont tardivement posé la question de l’enfant. Mais nous ne possédons pas d’enquête sur ce sujet et je ne tiens pas à réduire la question par rapport à des classes sociales.

« Sud Ouest ». Le désir d’enfant est-il réservé aux femmes ?

Marie Gaille. Pendant longtemps, il n’a été évoqué et pris en compte que par rapport aux femmes. Mais depuis dix ou vingt ans, un certain nombre d’études ont évoqué clairement le désir de paternité. C’est le cas de « La Part du père », de Geneviève Delaisi de Parseval.

« Sud Ouest ». Comment la question intime est-elle devenue publique et politique ?

Marie Gaille. Pour comprendre l’articulation, il faut redéfinir la frontière entre vie privée et politique. C’est un choix de société qui a donné la priorité à la procréation et à un certain type de vie familiale. Les pouvoirs publics ont ainsi décidé d’accompagner trois tentatives d’aide à la procréation médicalement assistée. Mais ils favorisent aussi les couples hétérosexuels. Les décisions collectives sont prises en droit et sous un certain regard social.

« Sud Ouest ». Le choix des politiques est-il moral ?

Marie Gaille. Je parlerais plutôt de mœurs sociales de fermeture. Ce n’est pas un vrai travail de gouvernants capables d’introduire une grande variabilité dans le débat. Quant à la question du non-désir d’enfant, qui est aussi développée, celles qui ne souhaitent pas être mères sont soumises à la morale diffuse de la norme majoritaire.

Désir d’enfant et maladie génétique

Marie Gaille, participait, il y a quelques mois en novembre 2010 à l’état des lieux de bioéthique. Elle évoquait alors la notion du désir d’enfant. Nous publions les prises de notes de Caroline Laplace-Jourdain et de Patrice Fabre

La notion du désir d’enfant ne concerne qu’une très petite fraction de la population mondiale car cela suppose l’accès à la contraception et à l’assistance à la procréation. L’enfant devient un choix, l’absence d’enfant, peut donc aussi l’être. Ce discours sur le désir d’enfant a donc émergé dans les années 70 avec les techniques de contraception et elle est devenue une revendication. Le désir d’enfant s’inscrit dans le temps, succédant à un temps où il était inévitable d’avoir un enfant : il était naturel pour la femme de se réaliser dans la procréation, naturel pour le couple de procréer, naturel pour l‘espèce de se perpétuer. C’est une conception très naturaliste. Aujourd’hui le désir est mis au devant de la scène car ces notions de naturel ont partiellement vécu à travers la technique. On a la tendance aux désirs, recevables ou non.

Les objets du désir d’enfant sont multiples : une femme peut avoir le désir de l’expérience de la grossesse, de l’enfantement, d’avoir un enfant sans ces étapes (problématique des mères porteuses, voire de l’utérus artificiel si c’était possible) ; femme ou homme peuvent vouloir fonder une famille avec des variations très importantes dans la conception de ce qu’est la famille (seul, en couple homo ou hétérosexuel, avec un ou plusieurs enfants), que la famille soit le fruit de mes gènes et donc refuser l’adoption ou les donneurs génétiques ou encore peu importent les gènes et avoir recours à un donneur mais au moins un des deux du couple restant géniteur ou encore à travers l’adoption afin de garder une « transmission culturelle ». Bref tous les cas sont imaginables, cette énumération montre l‘extrême diversité des objets possibles du désir d’enfant. Quelques niveaux sont toutefois importants : la continuité génétique et l’appartenance sociale et psychique (situation de l‘individu dans le groupe d’appartenance).

Les fluctuations du désir d’enfant : si l’enfant est l’expression du narcissisme, comme le suggère Freud, le bébé peut se trouver dans un rapport de soi à soi et donc avoir la possibilité de décevoir les attentes narcissique du parent. Le désir peut donc varier selon le diagnostic établi pendant la grossesse. Sur des diagnostics prénataux spécifiques (liés à recherche de pathologie à cause d’histoires familiales) : l’annonce d’un diagnostic de problème génétique peut susciter un désinvestissement maternel et briser le rêve de maternité, cet état est réversible. Il y a ambivalence, un enfant oui… mais anormal… Blessure narcissique difficilement surmontable, incapacité à faire aussi bien que ce que sa propre mère a fait… miroir brisé. Divers cas possibles : le maintien du désir d’enfant aussi fort ; désir plus instable voire qui disparaît.

Pour se procurer l’ouvrage de Marie Gaille La valeur de la vie

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Comment la danse peut aborder les concepts de la philosophie morale de Spinoza

Publié par Hervé Moine le 2 avril 2011

Danse – Philosophie

L’Ethique, d’après Baruch Spinoza

Pièce pour 20 danseurs

Conception de Benoît Baltus

Chorégraphie d’Anne Mayer

Mercredi 6 avril 2011

Théâtre Bernard Marie Koltès de Nanterre

 

C’est un bel édifice, quoi qu’un peu mystérieux, mais le travail et l’émotion sont bel et bien présents !

L’Ethique, pièce pour 20 danseurs est la dernière création de la Compagnie Maztek. L’évènement commence à 19h30 à la Faculté de Nanterre, toutefois comme c’est une soirée partagée, l’Ethique passera vers 20h30.

Épousant la structure du texte de Spinoza, l’Ethique invite à découvrir comment la danse peut aborder les concepts de sa philosophie morale : que faire des mots de « liberté », « moi », « je », dans un monde où « Dieu = la nature », où tout est « la nature » ? Au sein s’une foule de corps qui détourne et reproduit leurs gestes et leurs actions, trois individus sont confrontés à l’énigme du sens éthique de leur existence. Au fil de la danse, des mots, et des bribes d’une vie oubliée, leur identité se compose et se décompose sans cesse. Mais cette trame tissée sans relâche est un chemin qui les mène, au-delà d’eux-mêmes, à renouer avec « une sort d’éternité».

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Le monde contemporain a-t-il rompu le contrat moral tacite entre l’homme et l’animal ?

Publié par Hervé Moine le 19 mars 2011

La question animale

Entre science, littérature et philosophie

Presses Universitaires de Rennes

Sous la direction de Jean-Paul, Lucie Campos, Catherine Coquio et Georges Chapouthier

Présentation de l’ouvrage

Y a-t-il eu un jour entre les animaux et les hommes un contrat moral implicite que l’homme aurait détruit ? Ici, l’articulation de la littérature et des sciences fait problème, tandis que les philosophes sont loin de s’accorder entre eux : les débats internes à l’éthique animale anglo-saxonne reposent sur des prémisses étrangers à la déconstruction que radicalise aujourd’hui la philosophie continentale de l’animalité. Réouvrir la question de l’animal, longtemps sacrifiée au primat d’un logos anthropocentrique, c’est comme l’a dit Derrida réouvrir la « question du pathos » pour se diriger ailleurs : un ailleurs reconnu et parcouru déjà en littérature.

Quatrième de couverture

Une « question animale » se pose avec insistance aujourd’hui : découvertes majeures en éthologie, avec la mise en évidence de cultures animales ; prolifération de discours philosophiques, d’essais littéraires, de récits consacrés aux bêtes, multipliant les protocoles de relecture qui questionnent les rapports entre la raison et le sensible ; développement d’une « éthique animale » et « environnementale ». Car cet intérêt se dessine sur fond de catastrophe écologique et d’extinction des espèces. Alors que les avancées scientifiques font apparaître des mondes perceptifs communs aux animaux et aux hommes, que l’imagination littéraire avait sondés autrement, leurs communautés vécues reculent, voire disparaissent, produisant une inquiétude nouvelle. L’idée surgit d’un « contrat » moral entre humains et animaux que l’époque moderne aurait rompu. Faut-il construire un tel contrat pour notre présent, et avec quels instruments ? Ou faut-il repenser de fond en comble nos rapports avec le monde animal ? Sur ces questions se confrontent utilitarisme anglosaxon et déconstruction continentale, les uns parlant de droits, de devoirs et d’intérêts mutuels, les autres oeuvrant à « rouvrir la question du pathos » et faisant entendre le « silence des bêtes », tandis qu’une nouvelle littérature, fictionnelle ou non, requestionne les pouvoirs et les limites de l’empathie et de la compassion. Au risque d’alimenter un nouveau mythe : celui de l’animal victime, témoin muet d’une faute humaine universelle, qui viendrait rejoindre et représenter les victimes des catastrophes historiques du XXe siècle. Ce livre tente d’accompagner ces questions et ce mythe sur un mode critique, qui nous invite à penser à nouveaux frais nos similitudes et nos différences.

Pour se procurer La question animale : Entre science, littérature et philosophie

Les auteurs

5 philosophes, parmi 19 auteurs, ont participé à La question animale : Entre science, littérature et philosophie et en particulier Georges Chapouthier pour lequel nous avions notamment dresser un portrait à l’occasion d’une de ses interventions  Jusqu’où sommes-nous des singes philosophes ? en février dernier.

Georges Chapouthier, de double formation biologiste et philosophe, est directeur de recherches au CNRS.

Georges Chapouthier a notamment publié L’homme, ce singe en mosaïque (Odile Jacob, 2001) et Kant et le chimpanzé. Essai sur l’être humain, la morale et l’art, (Belin, 2009).

dans La question animale : Entre science, littérature et philosophie, Georges Chapouthier à écrit l’article qui s’intitule En morale, sommes-nous des philosophes ou des chimpanzés ?

Florence Burgat est directrice de recherche en philosophie (INRA-RITME/Paris I-ExeCo). Elle travaille actuellement sur les approches phénoménologiques de la vie animale et a publié sur ce thème Liberté et inquiétude de la vie animale (Kimé, 2006) ainsi qu’un volume collectif Comment penser le comportement animal ? Contribution à une critique du réductionnisme (Paris MSH/Quæ, 2010).Article dans La question animale : Entre science, littérature et philosophieLa disparition

Catherine Larrère est professeur à l’université de Paris I-Panthéon Sorbonne et spécialiste de philosophie morale et politique. Elle s’intéresse aux questions éthiques et politiques liées à la crise environnementale et aux nouvelles technologies (protection de la nature, prévention des risques, développement des biotechnologies). Elle a publié notamment Les Philosophies de l’environnement (PUF, « Philosophies », 1997), Du bon usage de la nature, Pour une philosophie de l’environnement, (en collaboration avec Raphael Larrère), Aubier, 1997 (rééd. Champs-Flammarion, 2009) et co-dirigé La Crise environnementale (en collaboration avec Raphael Larrère, Éditions de l’INRA, 1997) et ature vive (MNHN Fernand Nathan, 2000).

Article dans La question animale : Entre science, littérature et philosophieEthique environnementale et éthique animale avec Raphaël Larrère

Lucie Campos, docteur en littérature comparée, enseigne à l’université de Poitiers. Ses travaux portent sur le traitement de la conscience historique dans la pensée contemporaine, sur l’histoire de la critique et de la théorie littéraire aux XIX e et XX e siècles, et sur la relation entre littérature et philosophie. Elle a publié divers articles portant sur la politique de la mémoire et du patrimoine, sur W. G. Sebald, I. Kertész, et J. M. Coetzee, sur la pensée de G. Agamben, sur les questions de l’interprétation et de la traduction, ainsi que sur différents aspects de la pensée postcoloniale.

Article dans La question animale : Entre science, littérature et philosophie : Poétiques philosophiques de l’animal avec W. G. Sebald & J. M. Coetzée

Jean-Baptiste Jeangène Vilmer, philosophe et juriste, est maître de conférences en relations internationales au département de War Studies du King’s College de Londres. Il est l’auteur d’Éthique animale (PUF, 2008, préfacé par Peter Singer), L’éthique animale (PUF, Que sais-je ?, 2011) et Apologies des bêtes. Anthologie historique d’éthique animale (PUF, 2011).

Article dans lLa question animale : Entre science, littérature et philosophieLes principaux courants en éthique animale

 

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Les cours de philosophie de Stanley Cavell

Publié par Hervé Moine le 11 mars 2011

Stanley Cavell

Philosophie des salles obscures

Lettres pédagogiques sur un registre de la vie morale

Bibliothèques des savoirs

Flammarion (2011)

traduit de l’américain par Mathias Girel, Nathalie Ferron, Élise Domenach

 

Présentation de l’éditeur de Philosophie des salles obscures : Lettres pédagogiques sur un registre de la vie morale

Ce livre-somme, qui rassemble les cours de Cavell à ses étudiants de Harvard, convoque toute l’histoire de la philosophie, de Platon à Nietzsche. C’est de philosophie morale qu’il s’agit ici : qu’est-ce que la vie bonne, qu’est-ce que le bonheur ? qu’est-ce qui nous rend meilleurs ? Cette philosophie, que Cavell baptise « perfectionnisme » d’après le philosophe américain Emerson, trouve une brillante illustration dans les comédies de l’âge d’or américain, ces screwball comedies que Woody Allen appelle les « tuxedo movies » parce qu’ils élèvent le spectateur au plaisir de la conversation et subliment les tracas du quotidien en réflexions morales sur ce qu’il est juste de faire ou pas. A chaque chapitre de philosophie répond donc un chapitre cinématographique, dans lequel Cavell décrit et analyse avec brio la morale des grands classiques du cinéma américain.

L’auteur, Stanley Cavell

“Né en 1926 à Atlanta, en Géorgie, d’une famille juive polonaise venue en Amérique pour fuir les pogroms, Stanley Cavell abandonna des études de musique pour se tourner vers la philosophie.

La rencontre, à Harvard, de l’un des principaux penseurs du langage, John Austin, fut déterminante : avec Ludwig Wittgenstein, Austin conduisit Stanley Cavell à développer un “ton” nouveau en philosophie. Devenu professeur à Harvard, il s’attacha à décrire, à partir de “classiques” (depuis Platon ou Shakespeare jusqu’aux films de l’âge d’or hollywoodien) des moments où nous éprouvons des difficultés à “vouloir dire ce que nous disons”, à être les auteurs de nos vies, ou à nous rendre intelligibles aux autres – manifestations d’un “scepticisme vécu”. Désormais, grâce au travail de passeur effectué par les philosophes Sandra Laugier, Christian Fournier, Marc Cerisuelo ou Elise Domenach, son audience est considérable en France.” Jean-Louis Jeannelle

Pour se procurer l’ouvrage de Stanley Cavell Philosophie des salles obscures : Lettres pédagogiques sur un registre de la vie morale

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A propos de Philosophie des salles obscures : Lettres pédagogiques sur un registre de la vie morale

“Philosophie des salles obscures”, de Stanley Cavell : quand Hollywood “fait” la morale

Article de Jean-Louis Jeannelle, paru dans le Monde des Livres le jeudi 10 mars 2011

http://www.lemonde.fr/livres/article/2011/03/10/philosophie-des-salles-obscures-de-stanley-cavell_1490936_3260.html

L’intime et le public, l’individu et la communauté, le savant et le populaire, etc. Stanley Cavell fait se croiser des domaines que les philosophes mêlent rarement. Le cours dispensé durant quinze ans à Harvard, dans le Massachusetts, deux fois par semaine, et aujourd’hui publié sous le titre Philosophie des salles obscures, articule commentaire philosophique et analyse de films. Le mardi était consacré à la lecture suivie de Platon, d’Aristote, de Locke, de Kant ou de Rawls ; le jeudi à un film emprunté aux deux genres hollywoodiens privilégiés par Cavell, les “comédies de remariage”, où un couple confronté à une crise fait l’expérience de se ré-unir, et les “mélodrames de la femme inconnue”, d’ordinaire dédaignés pour leur côté “tire-larmes”.

Le livre respecte cette alternance. Non que le cinéma y soit l’occasion d’illustrer quelque leçon de sagesse ou y serve à faire passer un savoir jugé trop ardu. Les chapitres consacrés à New York-Miami (1934), de Frank Capra, ou à La Dame du vendredi (1940), d’Howard Hawks, loin de se réduire à une fonction apéritive, illustrent l’une des thèses les plus fortes de Cavell : le cinéma appartient de plein droit au champ de la philosophie morale.

A travers ces films émerge, en effet, un courant méconnu, distinct des deux modèles dominants : l’approche déontologique, fondée sur les notions de juste et d’injuste (l’impératif catégorique de Kant en est la formulation la plus connue), et l’approche téléologique, s’attachant aux conséquences ou à l’utilité des actions plutôt qu’aux intentions (comme dans la pensée utilitariste d’un John Stuart Mill, 1806-1873). Cette troisième voie, Cavell la qualifie de “perfectionniste” et l’ancre chez le philosophe américain Ralph Waldo Emerson (1803-1882). Elle traverse toute la pensée occidentale, mais comme un fil conducteur jusqu’ici ignoré en raison de son apparente banalité. Libre de toute idée préconçue sur le juste ou le bien, elle a pour unique objet d’apprécier la valeur de nos vies, attentive au besoin que nous éprouvons de devenir ce que nous sommes dans la confrontation ou la conversation, moyens de déterminer “notre capacité à vivre ensemble, à nous accepter les uns les autres, dans les aspirations qui guident nos vies”.

Pour suivre ce fil rouge, nul besoin de respecter un ordre chronologique ou une quelconque préséance. Dans les chapitres consacrés aux philosophes, Emerson précède Platon ou Locke ; Ibsen et Freud dialoguent avec Aristote et Nietzsche. Plus frappants, les continuels échos avec les films placés en regard, preuves par l’exemple qu’à travers les crises que traversent quelques couples chacun peut découvrir, grâce à l’autre ou malgré lui, les moyens d’être fidèle à ce qu’il désire être. Ici, le mariage – et ses préoccupations – devient le laboratoire de la réflexion morale, véritable entrelacs d’obligations, de préoccupations et de contraintes où chacun s’engage, faisant appel aux mots de l’autre (ou des autres) afin de trouver sa voie. Car, pour une part, le mariage est bien une “aventure intellectuelle qui implique une certaine exigence de compréhension” ; y entre en jeu ce que Stuart Mill nomme “l’admiration mutuelle”, à l’oeuvre lorsque “les partenaires lèvent l’un vers l’autre un regard plein d’admiration”.

Quel intérêt y aurait-il à philosopher si l’exercice de la pensée n’était “le compagnon invisible des vies ordinaires” ? Et ces vies ordinaires, nul art n’en offre de meilleur témoignage que le cinéma. Qu’on en juge d’après Madame porte la culotte (1949), de George Cukor : une femme tire sur son mari qui la trompait ; Amanda, brillante avocate, décide de prendre sa défense afin de démontrer à son procureur de mari, chargé de l’affaire, que le droit des femmes prime sur l’application stricte de la loi. Voici le couple idéal des Bronner au bord du divorce, à la “une” des journaux.

“Dans une démocratie, le bonheur est une émotion politique, tout comme la dépression”, note Stanley Cavell. Il suffit qu’un fait divers s’immisce dans un bonheur conjugal et le dialogue des genres sexués connaît brusquement quelques couacs. A la faveur de cette dispute étalée au grand jour, le point de contact entre privé et public est mis à nu : il tient à la notion de consentement, dont dépend la légitimité d’un couple comme celle de la démocratie, engagés l’un comme l’autre dans un perpétuel processus de réforme.

L’apparente simplicité de Cavell ne doit pas tromper. Sinueuse et faite de circonvolutions, sa pensée semble sans cesse se perdre en digressions, puis surprend par son extraordinaire capacité à ressaisir les enjeux d’une oeuvre. La “lecture de l’art, écrit-il, est elle-même un art.” Cet art, que peu de philosophes pratiquent avec cette constance, atteint son point d’orgue dans la lecture croisée de La Bête dans la jungle (1903), d’Henry James, et Lettre d’une inconnue (1948), de Max Ophüls, cas exemplaires d’un “perfectionnisme moralement dévoyé”. Deux hommes y attendent de femmes qu’elles leur révèlent ce qu’eux seuls en réalité peuvent dire ou décider. Stanley Cavell y fait résonner les questions qu’affrontent les personnages afin de les rendre nôtres : “A côté de quoi suis-je en train de passer ?”

Jean-Louis Jeannelle

Pour se procurer l’ouvrage de Stanley Cavell Philosophie des salles obscures : Lettres pédagogiques sur un registre de la vie morale

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Il y a dix ans, paraissaient, Stanley Cavell, cinéma et philosophie, un ouvrage idéal pour s’initier à l’oeuvre du philosophe américain en général et de ses travaux sur le cinéma. Ouvrage rédigé sous la direction de Sandra Laugier et Marc Cerisuelo.

Stanley Cavell

Cinéma et Philosophie

Presse de la Sorbonne Nouvelle (2001)

L’ouvrage Stanley Cavell, cinéma et philosophie est issu d’un colloque consacré à l’œuvre du philosophe américain Stanley Cavell et à son travail sur le cinéma. Le cinéma donne au spectateur une image réfléchie du monde rivalisant en cela avec celle que donne la philosophie. Le cinéma possède sa propre intelligence : il nous dit et nous montre quelque chose. A l’instar de la philosophie, le cinéma est un mode d’approche du monde. C’est donc comme expérience, et non pas comme objet, que le cinéma nous intéresse. Ces rapports novateurs que Cavell noue avec le cinéma sont analysés ici par des chercheurs venus des différents domaines de la connaissance, du cinéma bien sûr, mais aussi de la littérature, de la sociologie, en passant par la psychanalyse ou l’histoire.

Des riches heures de la cinéphilie aux ouvrages de Gilles Deleuze, les noces du cinéma et de la philosophie semblent une spécialité française, en dépit de la forte présence du cinéma américain.

Mais le spectateur éloigné n’a pas l’exclusivité du regard critique. Il appartenait à un philosophe américain de prendre la juste mesure du “seul grand art aux racines authentiquement populaire” (E. Panofsky). Les trois ouvrages que Stanley Cavell, professeur à Harvard University, a consacrés au cinéma (La Projection du Monde, A la recherche du bonheur, ContestingTears) ont puissamment renouvelé de l’intérieur le statut de cette ” forme qui pense ” appelée cinéma.

Préférant la projection à l’enregistrement, la mémoire subjective et partagée à l’examen érudit, et plaçant la comédie hollywoodienne au centre de sa réflexion, Cavell considère les films comme un chapitre essentiel de notre éducation. Ce ne sont pas des objets offerts au regard théorique et critique ; ils proposent une expérience et une vision du monde. Ils s’intègrent par-là à l’ensemble de son œuvre philosophique.

Celle-ci s’interroge sur le scepticisme et la tragédie, la signification de la vie ordinaire et des conversations quotidiennes. Elle sonde l’univers des relations à deux, la contribution de l’Amérique à la culture. Dans l’horizon d’une telle diversité, les contributions ici réunies font se côtoyer la philosophie et les études cinématographiques, la sociologie, la littérature, la psychanalyse et l’histoire de l’art.Stanley Cavell, cinéma et philosophie

Elles tentent d’illustrer tous les aspects de la ” pensée du cinéma ” découverte par Stanley Cavell.

Pour se procurer Stanley Cavell, cinéma et philosophie

 

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Après son fameux “indignez-vous !”, Stéphane Hessel nous invite à nous engager !

Publié par Hervé Moine le 11 mars 2011

Stéphane Hessel

Engagez-vous !

entretiens avec Gilles Vanderpooten

Collection Conversation pour l’avenir

aux Editions de l’Aube (mars 2011)

Présentation de l’éditeur

Dans la lignée d’Indignez-vous !, l’ouvrage Engagez-vous ! reprend et développe, sous la forme d un entretien entre deux générations (Gilles Vanderpooten, 25 ans et Stéphane Hessel, 93 ans), le parcours singulier de cet homme au grand coeur, de cet humaniste authentique et présent sur tous les fronts.

Cet ouvrage est l’occasion d’aller plus loin, à travers un échange permettant de mieux saisir l’originalité de sa personnalité, la profondeur de ses engagements, et les multiples raisons qu’a Stéphane Hessel de nous inciter à nous indigner. Il nous livre des pistes pour agir, et s’engager.

À 93 ans, Stéphane Hessel reste engagé sur tous les fronts : droits de l’homme, des sans-papiers et des sans-logis, lutte contre les inégalités, écologie « l’un des principaux défi du XXIe siècle ». Il appelle de ses voeux une Organisation Mondiale de l’Environnement.

Eternel optimiste, il croit la nature « riche en ruses multiples » et enjoint les jeunes générations à faire vivre l’idée de résistance contre les choses scandaleuses qui les entourent et qui doivent être combattues avec vigueur. « Indignez-vous ! » nous interpelle-t-il.

Conversation avec une personnalité attachante, enthousiaste et humaniste, qui éclaire l’avenir.

Pour se procurer l’entretien entre Gilles Vanderpooten et Stéphane Hessel Engagez-vous !

L’auteur

Stéphane Hessel naît en 1917, en même temps que débute la Révolution russe. Mais plutôt que la rébellion, il préférera la voie de la diplomatie et des organisations internationales.

Grand résistant puis diplomate, convaincu par la nécessité de s unir pour prévenir de nouvelles catastrophes et croyant à la nécessité d’une organisation internationale du monde, il contribue à la rédaction de la Déclaration universelle des droits de l’homme de 1948. « Ce sera peut-être la période la plus ambitieuse de ma vie, avec le sentiment prenant de travailler non pour l’éternité mais pour l’avenir » nous livre-t-il.

Il est ici interrogé par Gilles Vanderpooten, diplômé d une grande école qui s attache à promouvoir des solutions aux enjeux écologiques, économiques et sociétaux qui engagent notre responsabilité collective. Il crée en 2005 le Festival Eidos du film de l’environnement (volet grand public des 4e Assises nationales du développement durable. Il interpelle les décideurs économiques et politiques avec l’Appel pour une France durable (2009) auquel se joignent Isabelle Autissier, Alain Bougrain-Dubourg, Dominique Bourg, Jean Jouzel, Amélie Nothomb, Jéromine Pasteur ou encore Nicolas Vanier. Il vient de publier Tour de France du développement durable aux Editions Alternatives, en septembre 2010. Vous pouvez le retrouver sur www.vivelavenir.org

Stéphane Hessel ©UNESCO/Michel Ravassard

 

L’ancien résistant évoque les combats à mener dans un livre d’entretiens.

Article de Solène Cordier paru sur Youphil.com le 10 mars dernier

http://www.youphil.com/fr/article/03610-engagez-vous-stephane-hessel-livre-entretien?ypcli=ano

C’est le prolongement du pamphlet Indignez-vous!, énorme succès en librairie paru fin octobre. Dans l’ouvrage Engagez-vous! (éditions de l’Aube, mars 2010), l’ancien résistant Stéphane Hessel évoque, au cours d’un entretien avec Gilles Vanderpooten, les perspectives qui s’offrent à la jeunesse. Et pour une fois, l’éternel optimiste perd son sourire :

“La jeune génération manifeste peu de résistance par rapport à ce qui la scandalise et contre quoi elle devrait réagir”, déplore-t-il. En premier lieu, “le scandale” des inégalités sociales, “de la juxtaposition de l’extrême richesse et de l’extrême pauvreté sur une planète interconnectée”.

Pour lutter contre, Stéphane Hessel suggère aux jeunes “d’agir pour le développement en coopération avec les pays pauvres”, mais reconnaît la complexité accrue des modes de résistances aux injustices :

“Aujourd’hui, c’est en réfléchissant, en écrivant, en participant démocratiquement à l’élection des gouvernants que l’on peut espérer faire évoluer intelligemment les choses… bref, par une action de très long terme.”

L’environnement, combat prioritaire

Invité à détailler ses indignations, Stéphane Hessel insiste particulièrement dans ce texte sur la nécessité de défendre l’environnement. Engagé auprès d’Europe Ecologie- Les Verts, l’ancien diplomate livre ici sa conversion tardive, qu’il explique en partie par des raisons générationnelles :

“Etre écologiste, c’est se rendre compte – ce qui depuis est devenu une évidence – que l’homme n’est pas le maître de la nature mais qu’il est un objet naturel, et par conséquent que l’évolution de la planète est un cadre dans lequel lui-même évolue.”

Fervent partisan des institutions internationales, le co-rédacteur de la Déclaration universelle des droits de l’Homme appelle de ses vœux la création d’une Organisation mondiale de l’Environnement (OME) et salue la stratégie de Nicolas Hulot, qui “a eu l’intelligence de ne pas se mettre à l’intérieur d’un parti”.

L’importance de la société civile

Décidément abonné aux formats courts – la conversation d’Engagez-vous! fait une soixantaine de pages, contre une trentaine pour Indignez-vous!- Stéphane Hessel ne manque pas de rappeler à nouveau l’importance des acquis sociaux de la résistance mais aussi la voie que peut représenter l’économie sociale.

Point d’angélisme à cet égard cependant; l’ami de Claude Alphandéry, qu’il cite d’ailleurs, est convaincu que “des formes d’économie solidaire peuvent exister au côté de formes capitalistiques”.

Sans relâche, Stéphane Hessel redit sa confiance dans la société civile et les organisations interétatiques. Lui-même engagé auprès de l’ONG Agrisud et du Collegium International éthique et politique, il considère que le changement ne pourra passer que par des actions collectives et pacifiques.

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La révolution tunisienne, objet d'un colloque à Tunis en présence de Stéphane Hessel

La révolution tunisienne, objet d’un colloque à Tunis en présence de Stéphane Hessel

Le corédacteur de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme de 1948 et cofondateur avec Gisèle Halimi du Tribunal Russel sur la  Palestine, Stéphane Hessel, 95 ans, sera parmi nous ce week end à l’occasion de la tenue à l’hôtel Sheraton à Tunis du colloque « Passions, pouvoirs et institutions » organisé par l’Association de vigilance et d’engagement pour la révolution tunisienne et son immunité ». Y prendront part également  Youssef Seddik, président de l’Association, Hichem Djaït, Seddik Jeddi, Kaïs Hammami, Mohamed Ali Halouani, Raja Ben Ammar, Yassine Essid et le psychaliste canadien, Michel Peterson.

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Peut-on être courageux mais injuste ? Sage mais intempérant ? Juste mais ignorant ?

Publié par Hervé Moine le 26 février 2011

Colloque international à Bruxelles

Unité et origine des vertus dans la philosophie de l’Antiquité

Les 24 et 25 mars 2011

Peut-on être courageux mais injuste ? Sage mais intempérant ? Juste mais ignorant ? A ces questions, Socrate le premier répondit que c’était impossible. Le plongeur amateur qui se jette tête en avant dans un puits sans savoir ce qu’il fait n’est pas courageux. Seulement téméraire et stupide. Savoir. Tout est là. Mais comment savoir quand il n’y a personne pour vous instruire, seulement des charlatans ou des inspirés qui ne savent pas ce qu’ils disent, même quand il leur prend de dire vrai ? S’il n’y a personne pour enseigner la vertu, comment pourrait-elle être un savoir ? Socrate se gratte la tête et nous avec lui. Socrate n’est pas, cependant, à un paradoxe près et ce sont ses paradoxes qui vont nourrir des générations successives de philosophes, depuis Platon et Aristote jusqu’aux stoïciens et aux platoniciens tardifs. Les versions de l’unité des vertus vont ainsi se multiplier, certains assurant qu’il n’y a qu’une vertu, dont seul le nom peut changer, d’autres que les vertus sont multiples et possèdent des qualités différentes, mais n’en restent pas moins mutuellement inséparables. Quant à l’aporie sur l’origine des vertus (instruction ? inspiration divine ? nature ?), elle ne cessera de provoquer l’interrogation des philosophes, notamment à propos des prérequis nécessaires à l’émergence des vertus (éducation, bonne nature, appropriation à soi, etc.). Le présent colloque a pour but de se pencher sur l’histoire de ces questions et de faire ainsi revivre l’un des plus célèbres paradoxes de Socrate qui, aujourd’hui comme hier, ne cesse d’interpeler.

Ce colloque international est organisé par le Groupe de philosophie ancienne du Centre de Philosophie (PHI) de l’Université Libre de Bruxelles, ULB, avec le concours du Fonds National de la Recherche Scientifique (FRS-FNRS), de la Faculté de Philosophie et lettres de l’Université libre de Bruxelles, du Centre de Philosophie (PHI) de l’Université libre de Bruxelles et de l’École doctorale en philosophie près le FNRS (ED 1). Il portera sur le thème suivant : “Unité et origine des vertus dans la philosophie de l’Antiquité”. De nombreuses interventions sont au programme :

Jeudi 24 mars 2011

  • M.-A. Gavray (FNRS, ULg) : « L’unité des vertus dans le Protagoras de Platon » ;
  • D. N. Sedley (University of Cambridge) : « Unity of the virtues in Plato’s Phaedo and Republic » ;
  • A. Giavatto (Université de Nantes) : « L’unité des vertus dans le Politique de Platon » ;
  • D. Lefebvre (Paris IV Sorbonne) : « Les vertus, ni par nature, ni contre nature: Aristote et Alexandre » ;
  • S. Delcomminette (ULB) : « Unité des vertus et unité du bien chez Aristote » ;
  • B. Collette-Ducic (Université Laval) : « L’unité des vertus chez Zénon de Citium et son interprétation chrysippéenne ».

Vendredi 25 mars 2011

  • J.-B. Gourinat (CNRS, Centre Léon Robin) : « Hétérodoxies stoïciennes sur l’unité des vertus : Ariston, Apollophane, Hécaton, Panétius, Posidonius» ;
  • G. Boys-Stones (Durham University) : « Unity and unification : Platonic Oikeiosis »
  • A. Schniewind (UNIL) : « Plotin et les émotions nobles : un accès privilégié par les vertus supérieures »
  • D. Cohen (FNRS, ULB) : « L’unité des vertus dans le Néoplatonisme tardif »
  • O. Gilon (ULB) : « Vertus cardinales et théologales chez saint Augustin»
  • M. Dixsaut (Paris IV Sorbonne) : « Conception aristocratique des vertus et vertus aristocratiques : Nietzsche avec Platon »

Informations :

Le colloque est ouvert à tous.

Pour davantage de détail sur le colloque et notamment le programme et ses horaires, vous pouvez consulter  : la brochure et l’affiche du colloque, en version pdf.

Contacts :

Lieu :

Bibliothèque du Centre Interdisciplinaire d’Étude des Religions et de la Laïcité

Avenue F.D. Roosevelt 17, 1050 Bruxelles

 

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Des pourceaux quittent le Jardin pour la Pléiade, les épicuriens dans la cour des grands

Publié par Hervé Moine le 26 février 2011

Vous prononcez le mot « épicurien », et aussitôt un mur de clichés et de préjugés s’interpose. Par définition, un « épicurien » est un individu sensuel grossier, une sorte de notable bourgeois de province qui ne pense qu’à manger, boire et baiser. Ce matérialiste borné est incapable de voir plus loin que son propre corps. Il faut croire que la philosophie d’Épicure (IIIe siècle avant notre ère) a fait, et fait encore, l’effet d’une bombe atomique dont il faut à tout prix se protéger. Un penseur profond dans un « Jardin » ? Quelqu’un qui vous dévoile, en toute sérénité, la nature des choses ? Qui accepte près de lui n’importe qui sans tenir compte de ses origines sociales ? Qui va même jusqu’à s’entourer de femmes ? Horreur. Lisez, et vous comprendrez pourquoi tous les systèmes de pensée tant vénérés, comme tous les pouvoirs, ont de sérieuses raisons de discréditer cette vision prophétique. Épicure, Lucrèce, deux noms qu’il vaut mieux éviter.

Philippe Sollers, Le Nouvel Observateur n°2398 du 21 octobre 2010 (voir ci-dessous)

Les Epicuriens

Bibliothèque de la Pléiade Gallimard nrf

Edition publiée sous la direction de Daniel Delattre et de Jackie Pigeaud

Présentation de l’éditeur

Débauché, flagorneur, pilleur des théories d’autres écoles, « diseur d’obscénités » pour Épictète, « pourceau » pour d’autres, Épicure a suscité des débats acharnés, c’est le moins que l’on puisse dire. Appel à la libération individuelle vis-à-vis des craintes et des illusions, mise en cause des institutions qui diffusent la superstition, sa philosophie était peut-être trop novatrice. Son projet : supprimer la douleur, et nous combler de joie ; son but : rechercher le bien-être, en d’autres termes la paix de l’âme. Un tel programme ne pouvait laisser indifférent.

La philosophie d’Épicure passa à la postérité grâce au De rerum natura de Lucrèce — un des plus grands poèmes de la langue latine—, et à la Vie d’Épicure de Diogène Laërce qui retranscrit les Abrégés philosophiques du maître (ses Lettres à Hérodote, Pythoclès et Idoménée) et ses Maximes capitales. Il aura fallu une circonstance improbable pour que les écrits des épicuriens de l’Antiquité nous parviennent : la découverte à Herculanum de la bibliothèque philosophique, unique en son genre, de Philodème de Gadara, disciple d’Épicure, conservée par la lave de l’irruption du Vésuve en 79. Outre les écrits de Philodème, ardent défenseur de la cause épicurienne auprès des nobles romains, cette bibliothèque renfermait plusieurs exemplaires de la somme du fondateur du Jardin : La Nature, ainsi que de nombreux écrits de ses disciples.

Ce volume s’ouvre sur l’indispensable témoignage de Diogène Laërce, puis il offre, pour la première fois en français, une traduction aussi complète que possible des fragments retrouvés de La Nature d’Épicure. Suivent les recueils de témoignages et de fragments relatifs aux disciples de la première génération (Métrodore, Hermarque, Idoménée, Polyène), dans une présentation identique à celle du volume que la Pléiade a consacré aux Présocratiques. Des disciples du Jardin qui fleurirent au tournant des IIe-Ier siècles avant notre ère, on donne les quelques textes, de Zénon de Sidon, de Démétrios Lacon et de Philodème, qui nous sont parvenus, sans oublier, bien sûr, le poème de Lucrèce, ici publié dans une nouvelle traduction. En contrepoint s’impose le témoignage de Cicéron, un des principaux détracteurs de l’épicurisme. Enfin, on s’attache à l’épicurisme des Ier-IIIe siècles, connu surtout à travers des témoignages (Plutarque, Sénèque, Galien) : peu de textes épicuriens de cette époque ont été retrouvés. Mais la polémique autour des doctrines du Jardin reste vive. Le volume se clôt sur Diogène d’Œnoanda qui voulut donner à lire aux habitants de sa cité — tous les jours et pendant des siècles — les préceptes épicuriens en les gravant sur un mur. Ainsi nous est restituée la philosophie épicurienne, avec laquelle s’est constituée toute une dimension de la modernité.

Pour se procurer le volume “Les Epicuriens” dans la Bibliothèque de la Pléiade

Les Epicuriens : traduction francaise en Pléiade

http://www.zetesis.fr/spip.php?article468

Le volume propose un regroupement de textes antiques, grecs et latins, couvrant l’espace de quelque sept siècles. Il s’ouvre sur le témoignage de Diogène Laërce et les abrégés et maximes d’Epicure qu’il a transmis ; puis il offre, pour la première fois en français, une traduction des fragments de La Nature d’Épicure retrouvés, à Herculanum, dans la bibliothèque de la Villa des papyrus.

Les recueils de témoignages et de fragments relatifs aux disciples de la première génération (Métrodore, Hermarque…) sont ensuite donnés, dans une présentation semblable à celle du volume de la Pléiade consacré aux Présocratiques. Suit un écrit peu banal de Polystrate, inédit en français. Des disciples du Jardin de la fin du IIe et du Ier siècles avant notre ère, on découvrira les témoignages et fragments de Zénon de Sidon, la traduction de quelques textes qui nous sont parvenus de Démétrios Lacon, un choix important de fins de rouleaux, parmi les mieux conservées, de Philodème de Gadara, pour la première fois accessibles en français, et le magnifique poème de Lucrèce, dans une nouvelle traduction. A quoi s’ajoute le témoignage incontournable de Cicéron, critique particulièrement bien informé de l’épicurisme.

L’épicurisme des Ier-IIIe s. de notre ère est ensuite présenté à travers le témoignage de Plutarque dont trois traités sont ici traduits en entier, puis un choix de lettres de Sénèque et de passages de Cléomède, Galien et Sextus Empiricus. Le volume se clôt par l’inscription monumentale que Diogène d’Œnoanda avait fait graver pour donner à lire aux habitants de sa cité lydienne les préceptes du Maître et d’autres textes épicuriens – dont une grande partie, encore enterrée, reste à découvrir.

Une Introduction générale à l’épicurisme, des Repères chronologiques, une carte des sites antiques et un Vocabulaire de l’épicurisme complètent avantageusement l’ensemble des textes traduits.

Édition sous la direction de Jackie Pigeaud avec la collaboration de Agathe Antoni, Clara Auvray-Assayas, Jacques Boulogne, Jacques Brunschwig, Christophe Darras, Daniel Delattre, Joelle Delattre-Biencourt, Tiziano Dorandi, Julie Giovacchini, José Kany-Turpin, Carlos Levy, Annick Monet, Pierre-Marie Morel, Robert Muller, Laurent Pernot, Jean-Louis Poirier, David N. Sedley, Voula Tsouna Traducteur : un collectif de traducteurs

Edition paru le 21 Octobre 2010, dans la Bibliothèque de la Pléiade, n° 564, 1552 pages , rel. Peau, 105 x 170 mm

Pour se procurer le volume “Les Epicuriens” dans la Bibliothèque de la Pléiade

On trouvera dans ce volume

  • Diogène Laërce : Vies et doctrines des philosophes illustres, X ;
  • Épicure : La Nature – [Sur la piété et le culte populaire] ;
  • Métrodore ;
  • Hermarque ;
  • Idoménée ;
  • Polyène ;
  • Polystrate : Le Mépris irraisonné des opinions répandues dans la multitude ;
  • Zénon de Sidon ;
  • Démétrios Lacon : Difficultés rencontrées dans la lecture des textes épicuriens – La Forme du dieu – Les Poèmes ;
  • Lucrèce : La Nature des choses ;
  • Philodème : Les [Phénomènes] et les Inférences – [Les Choix et les Rejets] – La Colère – [L'Économie] (Les Vices, IX) – [L'Arrogance] (Les Vices, X) – La Mort, IV – La Rhétorique, III – Les Poèmes, V – La Musique, IV – Les Stoïciens – À l’adresse des … ;
  • Cicéron : La Nature des dieux, I – Les Fins ultimes des biens et des maux, I et II ;
  • Sénèque : Lettres à Lucilius (choix) ;
  • Plutarque : Contre Colotès pour défendre les autres philosophes – Si l’on se conforme à Épicure, il n’est même pas possible de vivre plaisamment – Si l’expression «Vis caché» est bien dite ;
  • Cléomède : Théorie élémentaire du monde céleste, II ; Claude Galien : [Passages choisis] ;
  • Sextus Empiricus : Contre les philosophes (passages choisis) – Contre les professeurs (passages choisis) ;
  • Diogène d’Œnoanda

Ci dessous deux articles à propos de la sortie des épicuriens dans la Pléiade, celui de Philippe Sollers et de Georges Leroux…

Scandaleux Épicure

Article de Philippe Sollers paru dans le Nouvel Observateur, le 21 octobre 2010

http://bibliobs.nouvelobs.com/essais/20101027.BIB5861/scandaleux-epicure-par-philippe-sollers.html

Vous prononcez le mot « épicurien », et aussitôt un mur de clichés et de préjugés s’interpose. Par définition, un « épicurien » est un individu sensuel grossier, une sorte de notable bourgeois de province qui ne pense qu’à manger, boire et baiser. Ce matérialiste borné est incapable de voir plus loin que son propre corps. Il faut croire que la philosophie d’Épicure (IIIe siècle avant notre ère) a fait, et fait encore, l’effet d’une bombe atomique dont il faut à tout prix se protéger. Un penseur profond dans un « Jardin » ? Quelqu’un qui vous dévoile, en toute sérénité, la nature des choses ? Qui accepte près de lui n’importe qui sans tenir compte de ses origines sociales ? Qui va même jusqu’à s’entourer de femmes ? Horreur. Lisez, et vous comprendrez pourquoi tous les systèmes de pensée tant vénérés, comme tous les pouvoirs, ont de sérieuses raisons de discréditer cette vision prophétique. Épicure, Lucrèce, deux noms qu’il vaut mieux éviter.

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Epicure DR Nouvel Obs

Personne n’a été plus injurié et censuré qu’Épicure (mais Platon brûlait déjà les livres de Démocrite, son prédécesseur). Ces atomes qui tombent éternellement dans le vide sont abominables. Pire : un petit saut de côté sans cause (le « clinamen »), et voilà l’origine de tout ce qui existe, vous compris. Pas de Dieu créateur, donc, pas de Big-Bang Father, pas de Jugement dernier, aucun au-delà. Nihilisme? Pas du tout, glorification de la vie et de la sensation, négation de la mort, apologie du plaisir. Penser et sentir sont une même substance, ce qui explique d’ailleurs que ceux qui ne sentent pas grand-chose pensent peu. Athéisme ? Mais non, il y a bel et bien des dieux, mais ils vivent, indestructibles et bienheureux, dans des « intermondes ». Ils ne s’occupent pas des humains, mais les mortels peuvent arriver, par la pensée, jusqu’à eux. Cet Épicure se prend donc pour un dieu? Il va jusqu’à soutenir cette fanfaronnade, cette insupportable rodomontade? Écoutez-le, il va décidément très mal : « Souviens-toi que, tout en ayant une nature mortelle et disposant d’un temps limité, tu t’es élevé, grâce aux raisonnements sur la nature, jusqu’à l’illimité et l’éternité, et que tu as observé ce qui est, ce qui sera et ce qui a été. »

Ici, les philosophes se déchaînent: Épicure (dont nous ne connaissons l’œuvre qu’en partie) est scandaleux, ignare, débauché, voleur, menteur, immoral, bâfreur, dépensier, plagiaire, habitué des prostituées, mégalomane. Le christianisme ira jusqu’à le traiter de porc, ce qui est tout à son honneur. « Les pourceaux d’Épicure » reste une formule célèbre. Diogène Laërce, dans ses Vies et doctrines des philosophes illustres, grâce à qui nous lisons ce grand dérangeur, rapporte ces insultes, et conclut sobrement : « Voilà ce que des écrivains ont osé dire d’Épicure, mais tous ces gens-là sont des fous. »

Les fous, apparemment normaux mais totalitaires en puissance, veulent que nous soyons soumis à la peur de la mort. Or : « Habitue-toi à penser que la mort n’est rien pour nous, puisque le bien et le mal n’existent que dans la sensation. D’où il suit qu’une connaissance exacte de ce fait que la mort n’est rien pour nous nous permet de jouir de cette vie mortelle, en évitant d’y ajouter une idée de durée éternelle et en nous enlevant le regret de l’immortalité. Car il n’y a rien de redoutable dans la vie pour qui a compris qu’il n’y a rien de redoutable dans le fait de ne plus vivre. Celui qui déclare craindre la mort non pas parce qu’une fois venue elle est redoutable, mais parce qu’il est redoutable de l’attendre est donc un sot. » Plus net : « La nécessité est un mal, mais il n’y a aucune nécessité de vivre avec la nécessité. »

La grande chance d’Épicure est d’avoir suscité un poète de génie : Lucrèce, et son De natura rerum. Là encore, que d’histoires ! Saint Jérôme nous assure qu’il est devenu fou sous l’effet d’un philtre d’amour, et qu’il s’est suicidé à l’âge de 43 ans. C’était fatal : Lucrèce fait d’Épicure le vainqueur de la religion, cette surveillance du haut du ciel, cette fausse tête « horrible » qui ne peut qu’entraîner des crimes. Il dédie ses vers à Vénus, « plaisir des hommes et des dieux ». Son charme agit partout, dans les fleurs, le rire de la mer, les oiseaux, la musique, « les semences innombrables dans l’univers profond». Épicure a, le premier, brisé les verrous serrés des portes de la nature, et « a parcouru le tout immense par l’âme et par l’esprit ». C’est donc le libérateur par excellence, un vrai dieu, incompatible avec une petite monnaie « hédoniste ». Lucrèce dit et redit son enthousiasme, tout en déroulant les lois qui règlent tous les phénomènes, des astres à l’ouïe ou à la vue. Il finira, sans trembler, par décrire la peste d’Athènes, les ravages de la maladie, l’amoncellement public des cadavres : «Alors la religion des dieux et leur puissance n’étaient pas d’un grand poids. Car la douleur présente dépassait tout. » La connaissance du plaisir n’est rien s’il n’y a pas, aussi, une connaissance de la douleur. Mais voici le quadruple remède : rien à craindre de la divinité, rien à redouter de la mort, on peut atteindre le bonheur, on peut supporter la douleur. Si la douleur est trop vive, la mort y met fin, et, de toute façon, la porte du suicide est ouverte.

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Lucrèce DR Nouvel Obs

Lucrèce a des accents inouïs, sa certitude est entière (on retrouve cette même fièvre chez Dante ou Lautréamont) : « Je marche là où personne n’a jamais marché, joie d’approcher aux sources inviolées, joie de cueillir des fleurs neuves pour en faire ma couronne. » Épicure a fait jaillir la lumière des ténèbres, c’est le découvreur du monde, ses écrits sont «des paroles d’or», grâce à elles, les terreurs de l’âme s’enfuient. « Je vois à travers le vide tout entier s’accomplir les choses. »La puissance des dieux apparaît dans les forces du temps immense, apparaissent aussi les «séjours de paix». Cette grande paix de la vraie pensée, au milieu des tourbillons et dans l’oeil des cyclones, est finalement un mystère éprouvé.

Malgré la censure, Épicure et Lucrèce ont pénétré dans l’Histoire. On les retrouve, plus ou moins sous le manteau, à la Renaissance. Il suffit ensuite de citer les noms de Montaigne, de Molière (qui aurait traduit le De natura), de Sade et, logique, du jeune Marx. Épicure aujourd’hui, sur une planète envahie par le contrôle constant des simulacres ? On peut penser qu’il serait un spectateur impassible devant ce déluge d’images et qu’il ferait même un pacte faustien méprisant, en connaissance de cause, avec l’illusion. Par-delà le bien et le mal, donc, comme Nietzsche, grand admirateur d’Épicure. Qu’est-ce que Généalogie de la morale sinon un acte suprême d’affranchissement ? Le Spectacle n’est rien, il n’y a pas lieu de s’en indigner le moins du monde. Restons maintenant avec La Fontaine, dans ce fervent hommage à Épicure : « Volupté, volupté, qui fut jadis maîtresse / Du plus bel esprit de la Grèce, / Ne me dédaigne pas, viens-t’en loger chez moi, / Tu n’y seras pas sans emploi. »

Philippe Sollers, Le Nouvel Observateur n°2398 du 21 octobre 2010

Site de Philippe Sollers : http://www.philippesollers.net/

Philosophie – «Tel un dieu parmi les hommes…»

Les épicuriens entrent dans la Bibliothèque de la Pléiade

Article de Georges Leroux paru dans le Devoir, le 26 février 2011

http://www.ledevoir.com/culture/livres/317620/philosophie-tel-un-dieu-parmi-les-hommes

La collection de la Pléiade répare aujourd’hui une injustice : les écrits des philosophes stoïciens y figurent depuis 1962, dans une édition dirigée par Pierre-Maxime Schuhl, à côté des présocratiques, dans la belle édition de Jean-Paul Dumont et des dialogues de Platon dans la traduction de Léon Robin, mais ni Aristote ni Plotin n’y sont encore. On peut donc se réjouir d’y trouver maintenant les épicuriens.

À ceux qui seraient tentés de croire que les textes de cette école se réduisent à quelques lettres et maximes, cette édition apporte un superbe démenti: les responsables de la publication, Daniel Delattre et Jackie Pigeaud, n’ont ménagé aucun effort pour tout rassembler, retraduire, présenter, annoter, et tout semble frais comme au premier jour.

Le résultat impressionne, qu’on en juge: les écrits doxographiques côtoient les textes transmis directement, de sorte qu’on peut lire aussi bien le livre X des Vies et doctrines de Diogène Laërce, à qui on doit d’avoir les trois lettres (à Hérodote, à Pythoclès, à Ménécée), et les Maximes capitales que les Sentences vaticanes, un recueil découvert à l’époque moderne dans un manuscrit du Vatican.

La grande nouveauté de cette édition est l’assemblage des textes anciens, comme ce fragment de son traité De la nature sur la piété ou les fragments doxographiques de Métrodore ou Hermarque. Ce premier morceau, joliment intitulé par les éditeurs «Le jardin d’Épicure», est suivi par un important recueil de textes du moyen épicurisme, une tradition qui va du second au premier siècle avant Jésus-Christ. La pièce de résistance est ici le poème de Lucrèce La nature des choses (De natura rerum), dans une magnifique traduction de Jackie Pigeaud: hommage au maître aimé, mais surtout hymne lyrique au cosmos, ce texte retrouve ici son rythme somptueux et presque une jeunesse oubliée. Il est suivi par le corpus de Philodème, cher aux logiciens: on y trouve tout, des fragments sur la mort et les poèmes au traité sur la musique.

Tradition romaine

Est-ce vraiment tout ? Non, les éditeurs ont étendu leur générosité à la tradition romaine, incluant une riche section sur le dernier épicurisme, celui que nous font connaître Plutarque, Galien, Sextus Empiricus. Chacun à sa manière, dans le pour et le contre, témoigne de la vitalité de l’école du Jardin.

Mais cela ne saurait être complet sans ce chef-d’oeuvre inusité que sont les fragments de Diogène d’Oenanda, présentés et traduits ici par Pierre-Marie Morel. Ce qu’on sait de ce disciple tardif ne nous permet pas vraiment de l’identifier, mais la vénération du maître dont il témoigne montre que, jusque tard dans l’Empire, la réputation d’Épicure demeurait sans tache. Chose stupéfiante, Diogène d’Oenanda fit graver sur un mur de près de quatre mètres de haut l’ensemble de ses lectures et de son interprétation. Hélas détruit dès l’Antiquité, ce mur ne saurait être reconstitué avec précision, mais environ le quart des inscriptions a pu être restauré par une équipe de l’École française d’Athènes! Un exploit sans précédent, encore inachevé puisqu’on ne cesse de retrouver des morceaux.

Les modernes ont lié le nom d’Épicure à la recherche de la jouissance, mais rien n’est moins épicurien que les délices qu’on imagine sous ce nom. Le maître avait certes présenté une doctrine des plaisirs, mais d’abord pour disqualifier ceux qui sont vains et inutiles et proposer ensuite une sagesse fondée sur un idéal de sérénité et de détachement. Sa physique met en question les fondements matériels de la liberté, qu’Épicure souhaitait protéger, et elle débouche sur une éthique d’une extraordinaire rigueur.

Au coeur de cet édifice complexe, on trouve une doctrine de l’amitié et de la communauté morale qui n’a pas d’équivalent dans la tradition philosophique: adopter le mode de vie philosophique, c’était non seulement se consacrer à la méditation sur les lois universelles de la nature, comme Lucrèce ne cesse de le rappeler, mais inscrire sa vie dans un réseau de soutien et d’amour (comment traduire autrement cet idéal de la philia?). C’est ce lien, de tous le plus précieux, qui rend possible pour le philosophe une communion avec la nature: «L’amitié danse autour du monde, nous ordonnant à tous, comme un héraut, de nous éveiller à ce qui constitue la béatitude» (Sentences vaticanes, 52).

Le matérialisme d’Épicure a fait le sujet de la thèse de doctorat de Marx, qui avait entrepris de le comparer à celui de Démocrite : qu’on soit le partisan de l’un ou de l’autre, l’important demeure dans la pensée épicurienne la priorité de la contemplation de l’univers matériel, seule source de la sérénité. Cicéron, qu’on retrouvera également ici, ne savait trop comment juger les dieux d’Épicure, ces êtres lointains, matériels et indifférents, mais il avait reconnu la force de cette théologie qui désamorçait la crainte et invitait d’abord à la piété. Tout cela, on le lira dans ce volume admirable, qui une fois encore nous fait saluer le travail des équipes de savants réunies par la collection.

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Les manipulations génétiques, la traçabilité, le spam, l’égalité des sexes, le créationnisme, les jeux vidéos…

Publié par Hervé Moine le 21 février 2011

Michael LaBossiere

Provocations Philosophiques

éditions Yago

La philosophie provoquante

Marx regrettait que la philosophie ne fasse qu’interpréter le monde. Mais la philosophie n’est pas et n’a jamais été simplement proposition de représentation du réel confortable pour l’esprit conformiste, bien au contraire, elle a toujours été un excellent stimulant pour penser autrement, pour rompre avec la manière ordinaire de penser, laquelle se contentant de préjuger et d’adhérer aux opinions ambiantes. Cette rupture critique avec l’opinion, ce combat contre l’adhésion facile, cette inlassable remise en question de ce qui pourtant semble aller de soi, caractérisant si bien l’effort philosophique a toujours su jouer la provocation.

La philosophie est provocation : elle agace, agressive, elle attaque, par bravade, elle défie et pour finir elle incite. En effet, elle agace, à l’instar de Socrate, ceux qui s’installent dans l’illusion des croyances qui bercent ou ceux qui ont tout intérêt à l’immobilisme, elle ne s’arrête pas à l’idée qui plaît ou qui peut plaire ; agressive pour ceux qui suivent la mode ou ce qui est dans l’air du temps en se positionnant à contre courant, agressive également en ne lâchant pas si facilement le mors, elle attaque comme l’acide peut attaquer et s’attaque avec courage aux évidences, aux dogmes et à toute forme de certitude ; Par bravade, elle défie les bien-pensants, les trop sûrs d’eux ainsi ceux qui ont le pouvoir, elle est défi pour l’esprit et l’intelligence en posant les bonnes questions, celles qui posent problème. Provocante, elle n’est pas un laisser-être ni un laisser-penser ou faire. Elle réduit à néant toute ambition de ceux qui ont intérêt à fournir et diffuser un prêt-à-penser. En tout cela, elle incite à aller plus loin et donc à refuser la facilité et à se laisser provoquer pour provoquer à son tour.

Cependant, si la provocation philosophique peut impressionner par sa force, elle peut toutefois se faire dans le plaisir, la bonne humeur. Et c’est notamment avec son sens de l’humour décalé, que Michel LaBossiere, provoque dans son stimulant ouvrage le questionnement des thèmes les plus graves ou plus légers des problèmes les plus classiques aux moindres faits du quotidien. Provocations philosophiques de Michel LaBossiere parait le 24 février 2011 aux éditions Yago.

Hervé Moine,  ActuPhilo, le 19 février 2011

Un livre pour populariser la philosophie

Les Éditions Yago publient ce mois-ci un ouvrage de philosophie à destination du grand public. David König, des éditions Yago vante les mérites d’ « un livre qui montre qu’il est possible d’appliquer la philosophie à des questions actuelles et quotidiennes ».

Propos recueillis par Hervé Moine, pour ActuPhilo

Hervé Moine : Vous publiez ce mois-ci un ouvrage de philosophie à destination du grand public. Tout d’abord peut-on savoir pourquoi un ouvrage de philosophie alors que les éditions Yago semblent s’être cantonnées pour l’instant dans des domaines qui sont ceux plutôt du roman, du polar et des essais ? et pourquoi cette destination « grand public » ?

David König : Le but des éditions Yago est celui de rejoindre celui de nombreux “professionnels”, chercheurs et professeurs : populariser la philosophie, afin qu’elle sorte des cercles étroits où elle se trouve cantonnée. Ceux qui sont concernés par la recherche philosophique, qui savent à quel point elle est passionnante, “utile” et salvatrice, constatent chaque jour son absence du champ du quotidien. Hors de l’école et de l’université, point de philosophie…

HM : Pour quelles raisons votre choix s’est-il porté sur l’ouvrage de Michael LaBossiere, intitulé « Provocations philosophiques », traduit de l’anglais « Philosophical Provocations, what don’t you know ? » ?

DK : Dans son ouvrage, Michael LaBossiere applique à des thèmes actuels et variés l’esprit de curiosité et de questionnement propre au philosophe, auquel se mêle un humour parfois décapant. Nous avons décidé de publier cet essai, car nous pensons que son style est suffisamment attractif pour gagner à la philosophie un nouveau public. D’une lecture légère et agréable, ce livre peut introduire à la philosophie de nombreux lecteurs.

HM : Même aux élèves qui se préparent à l’épreuve de philosophie du baccalauréat ?

DK : Effectivement peut-être peut-il intéresser les élèves de terminales.

HM : Mais alors est-ce à dire que l’ouvrage de Michael LaBossiere est un ouvrage de vulgarisation de la philosophie ? Un de plus donc !

DK : En fait, il ne s’agit pas d’un ouvrage de vulgarisation. Des ouvrages de vulgarisation, oui c’est vrai, il y en a déjà beaucoup. Mais avec « Provocations philosophiques » il s’agit d’un livre qui montre qu’il est possible d’appliquer la philosophie à des questions actuelles et quotidiennes, telles que le spam, la discrimination, la nourriture, l’information, Internet, etc.

Hervé Moine, pour ActuPhilo


Le livre

En bon philosophe Michael LaBossiere s’intéresse aux grands thèmes classiques, comme la valeur du scepticisme ou la nature de l’esprit, mais aussi aux questions les plus actuelles : les manipulations génétiques, la traçabilité, le spam, l’égalité des sexes, le créationnisme, les jeux vidéos… Et il le fait avec humour !

Du foie gras à l’existence de Dieu, en passant par la pornographie et le clonage humain, ses Provocations Philosophiques abordent les sujets les plus sérieux comme les plus anecdotiques.

Véritable appel à la philosophie, ce livre montre qu’il est possible d’appliquer notre réflexion à tous les sujets, avec sérieux et ironie. Cet ouvrage s’adresse à des lecteurs curieux et joueurs, aux passionnés de philosophie et jusqu’aux professeurs de philo qui désespèrent de captiver leurs élèves.

L’auteur

Originaire du Maine, professeur de Philosophie à l’Université A&M de Floride, Michael LaBossiere est connu pour être un champion de la dérision et de la course à pied.

Il pratique plusieurs arts martiaux (qu’il avoue être utiles lorsqu’il est à cours d’arguments), est un grand admirateur de Socrate et de Robocop, et s’intéresse tout aussi bien à la Critique de la raison pure de Kant qu’au dernier Star Wars.

Il écrit une chronique régulière dans Philosopher’s Magazine et dans le populaire Talking Philosophy.

Table des matières

Introduction

Première partie Métaphysique et épistémologie. Ce qui existe et ce que vous (ne) savez (pas)

  • L’esprit
  • L’esprit dans tous ses états
  • Le clonage et l’esprit
  • Fantômes et esprits
  • L’esprit et la médecine
  • La politique et l’opinion

Les bonnes (et mauvaises) intentions de Dieu

  • Dieu éprouve-t-il de la haine ?
  • Évolution, analogie et complexité
  • D’abord Dieu, ensuite l’esprit
  • Science et intelligent design
  • Un dessein menaçant ?
  • L’inefficacité de la prière

Le scepticisme

  • L’imbattable sceptique
  • La valeur du scepticisme extrême

L’amour

  • Qui aimez-vous ?
  • Un argument transcendant en faveur de l’amour vrai

Le temps et le hasard

  • Se rencontrer soi-même
  • Pas de chance pour le hasard
  • L’improbable secret

Seconde partie L’éthique et la pensée politique et sociale. Bien, Mal, Politique et tutti quanti

  • L’éthique et l’identité sexuelle
  • Du genre et du nombre dans le sport et l’éducation
  • De (bien) vilaines filles
  • Le cerveau féminin
  • La question de la mixité dans la scolarité
  • Le prince charmant et le porno
  • Moralité du mariage homosexuel

Éthique et technologie

  • Spams et « pourriels » nuisibles
  • L’Internet, espace de neutralité
  • V comme jeux Vidéo… et Violence
  • Violence virtuelle et Valeurs éthiques
  • Encore plus de jeux violents ?
  • Un cerveau plus performant
  • Mémoire et morale
  • L’avantage des armes nanotechnologiques
  • IRF et vie privée
  • La thérapie génique et le sport
  • La sélection du sexe
  • Droits de propriété et gènes baladeurs
  • Le biomimétisme est-il condamnable ?

L’éthique médicale

  • Les acides gras, les bactéries et l’État
  • Le mensonge… le meilleur remède ?

Les médias et l’éthique

  • Un million de (pas si) petits mensonges
  • Éthique anonyme
  • La question des sources anonymes
  • Des meurtres, de l’argent et des médias
  • Le secret immoral

Les animaux

  • Laissons périr les espèces. En faveur de l’extinction
  • Foie gras et philosophie

L’art et l’éthique

  • Lumières, caméras et hémoglobine
  • Les droits des artistes

Philosophes, athées, fines bouches et imposteurs

  • La pratique de la philosophie est-elle immorale ?
  • Dieu, l’éthique et l’athéisme
  • Est-il mauvais de choisir ?
  • L’imposture, la science et l’éthique

Réflexions politiques et sociales

  • Moteurs (de recherche) de répression
  • Solidarité
  • Bizutage et dissuasion
  • Liberté forcée
  • John Locke et l’auto-défense informatique
  • Terrorisme et torture
  • L’intrusion, rançon de la sécurité ?
  • Jeux patriotiques
  • Terrorisme et médecine
  • Sauver ou non les apparences

Conclusion

Pour commander l’ouvrage de Michael LaBossiere rdv sur http://www.editions-yago.com/




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