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Articles Tagués ‘morale’

Les manipulations génétiques, la traçabilité, le spam, l’égalité des sexes, le créationnisme, les jeux vidéos…

Publié par Hervé Moine le 21 février 2011

Michael LaBossiere

Provocations Philosophiques

éditions Yago

La philosophie provoquante

Marx regrettait que la philosophie ne fasse qu’interpréter le monde. Mais la philosophie n’est pas et n’a jamais été simplement proposition de représentation du réel confortable pour l’esprit conformiste, bien au contraire, elle a toujours été un excellent stimulant pour penser autrement, pour rompre avec la manière ordinaire de penser, laquelle se contentant de préjuger et d’adhérer aux opinions ambiantes. Cette rupture critique avec l’opinion, ce combat contre l’adhésion facile, cette inlassable remise en question de ce qui pourtant semble aller de soi, caractérisant si bien l’effort philosophique a toujours su jouer la provocation.

La philosophie est provocation : elle agace, agressive, elle attaque, par bravade, elle défie et pour finir elle incite. En effet, elle agace, à l’instar de Socrate, ceux qui s’installent dans l’illusion des croyances qui bercent ou ceux qui ont tout intérêt à l’immobilisme, elle ne s’arrête pas à l’idée qui plaît ou qui peut plaire ; agressive pour ceux qui suivent la mode ou ce qui est dans l’air du temps en se positionnant à contre courant, agressive également en ne lâchant pas si facilement le mors, elle attaque comme l’acide peut attaquer et s’attaque avec courage aux évidences, aux dogmes et à toute forme de certitude ; Par bravade, elle défie les bien-pensants, les trop sûrs d’eux ainsi ceux qui ont le pouvoir, elle est défi pour l’esprit et l’intelligence en posant les bonnes questions, celles qui posent problème. Provocante, elle n’est pas un laisser-être ni un laisser-penser ou faire. Elle réduit à néant toute ambition de ceux qui ont intérêt à fournir et diffuser un prêt-à-penser. En tout cela, elle incite à aller plus loin et donc à refuser la facilité et à se laisser provoquer pour provoquer à son tour.

Cependant, si la provocation philosophique peut impressionner par sa force, elle peut toutefois se faire dans le plaisir, la bonne humeur. Et c’est notamment avec son sens de l’humour décalé, que Michel LaBossiere, provoque dans son stimulant ouvrage le questionnement des thèmes les plus graves ou plus légers des problèmes les plus classiques aux moindres faits du quotidien. Provocations philosophiques de Michel LaBossiere parait le 24 février 2011 aux éditions Yago.

Hervé Moine,  ActuPhilo, le 19 février 2011

Un livre pour populariser la philosophie

Les Éditions Yago publient ce mois-ci un ouvrage de philosophie à destination du grand public. David König, des éditions Yago vante les mérites d’ « un livre qui montre qu’il est possible d’appliquer la philosophie à des questions actuelles et quotidiennes ».

Propos recueillis par Hervé Moine, pour ActuPhilo

Hervé Moine : Vous publiez ce mois-ci un ouvrage de philosophie à destination du grand public. Tout d’abord peut-on savoir pourquoi un ouvrage de philosophie alors que les éditions Yago semblent s’être cantonnées pour l’instant dans des domaines qui sont ceux plutôt du roman, du polar et des essais ? et pourquoi cette destination « grand public » ?

David König : Le but des éditions Yago est celui de rejoindre celui de nombreux “professionnels”, chercheurs et professeurs : populariser la philosophie, afin qu’elle sorte des cercles étroits où elle se trouve cantonnée. Ceux qui sont concernés par la recherche philosophique, qui savent à quel point elle est passionnante, “utile” et salvatrice, constatent chaque jour son absence du champ du quotidien. Hors de l’école et de l’université, point de philosophie…

HM : Pour quelles raisons votre choix s’est-il porté sur l’ouvrage de Michael LaBossiere, intitulé « Provocations philosophiques », traduit de l’anglais « Philosophical Provocations, what don’t you know ? » ?

DK : Dans son ouvrage, Michael LaBossiere applique à des thèmes actuels et variés l’esprit de curiosité et de questionnement propre au philosophe, auquel se mêle un humour parfois décapant. Nous avons décidé de publier cet essai, car nous pensons que son style est suffisamment attractif pour gagner à la philosophie un nouveau public. D’une lecture légère et agréable, ce livre peut introduire à la philosophie de nombreux lecteurs.

HM : Même aux élèves qui se préparent à l’épreuve de philosophie du baccalauréat ?

DK : Effectivement peut-être peut-il intéresser les élèves de terminales.

HM : Mais alors est-ce à dire que l’ouvrage de Michael LaBossiere est un ouvrage de vulgarisation de la philosophie ? Un de plus donc !

DK : En fait, il ne s’agit pas d’un ouvrage de vulgarisation. Des ouvrages de vulgarisation, oui c’est vrai, il y en a déjà beaucoup. Mais avec « Provocations philosophiques » il s’agit d’un livre qui montre qu’il est possible d’appliquer la philosophie à des questions actuelles et quotidiennes, telles que le spam, la discrimination, la nourriture, l’information, Internet, etc.

Hervé Moine, pour ActuPhilo


Le livre

En bon philosophe Michael LaBossiere s’intéresse aux grands thèmes classiques, comme la valeur du scepticisme ou la nature de l’esprit, mais aussi aux questions les plus actuelles : les manipulations génétiques, la traçabilité, le spam, l’égalité des sexes, le créationnisme, les jeux vidéos… Et il le fait avec humour !

Du foie gras à l’existence de Dieu, en passant par la pornographie et le clonage humain, ses Provocations Philosophiques abordent les sujets les plus sérieux comme les plus anecdotiques.

Véritable appel à la philosophie, ce livre montre qu’il est possible d’appliquer notre réflexion à tous les sujets, avec sérieux et ironie. Cet ouvrage s’adresse à des lecteurs curieux et joueurs, aux passionnés de philosophie et jusqu’aux professeurs de philo qui désespèrent de captiver leurs élèves.

L’auteur

Originaire du Maine, professeur de Philosophie à l’Université A&M de Floride, Michael LaBossiere est connu pour être un champion de la dérision et de la course à pied.

Il pratique plusieurs arts martiaux (qu’il avoue être utiles lorsqu’il est à cours d’arguments), est un grand admirateur de Socrate et de Robocop, et s’intéresse tout aussi bien à la Critique de la raison pure de Kant qu’au dernier Star Wars.

Il écrit une chronique régulière dans Philosopher’s Magazine et dans le populaire Talking Philosophy.

Table des matières

Introduction

Première partie Métaphysique et épistémologie. Ce qui existe et ce que vous (ne) savez (pas)

  • L’esprit
  • L’esprit dans tous ses états
  • Le clonage et l’esprit
  • Fantômes et esprits
  • L’esprit et la médecine
  • La politique et l’opinion

Les bonnes (et mauvaises) intentions de Dieu

  • Dieu éprouve-t-il de la haine ?
  • Évolution, analogie et complexité
  • D’abord Dieu, ensuite l’esprit
  • Science et intelligent design
  • Un dessein menaçant ?
  • L’inefficacité de la prière

Le scepticisme

  • L’imbattable sceptique
  • La valeur du scepticisme extrême

L’amour

  • Qui aimez-vous ?
  • Un argument transcendant en faveur de l’amour vrai

Le temps et le hasard

  • Se rencontrer soi-même
  • Pas de chance pour le hasard
  • L’improbable secret

Seconde partie L’éthique et la pensée politique et sociale. Bien, Mal, Politique et tutti quanti

  • L’éthique et l’identité sexuelle
  • Du genre et du nombre dans le sport et l’éducation
  • De (bien) vilaines filles
  • Le cerveau féminin
  • La question de la mixité dans la scolarité
  • Le prince charmant et le porno
  • Moralité du mariage homosexuel

Éthique et technologie

  • Spams et « pourriels » nuisibles
  • L’Internet, espace de neutralité
  • V comme jeux Vidéo… et Violence
  • Violence virtuelle et Valeurs éthiques
  • Encore plus de jeux violents ?
  • Un cerveau plus performant
  • Mémoire et morale
  • L’avantage des armes nanotechnologiques
  • IRF et vie privée
  • La thérapie génique et le sport
  • La sélection du sexe
  • Droits de propriété et gènes baladeurs
  • Le biomimétisme est-il condamnable ?

L’éthique médicale

  • Les acides gras, les bactéries et l’État
  • Le mensonge… le meilleur remède ?

Les médias et l’éthique

  • Un million de (pas si) petits mensonges
  • Éthique anonyme
  • La question des sources anonymes
  • Des meurtres, de l’argent et des médias
  • Le secret immoral

Les animaux

  • Laissons périr les espèces. En faveur de l’extinction
  • Foie gras et philosophie

L’art et l’éthique

  • Lumières, caméras et hémoglobine
  • Les droits des artistes

Philosophes, athées, fines bouches et imposteurs

  • La pratique de la philosophie est-elle immorale ?
  • Dieu, l’éthique et l’athéisme
  • Est-il mauvais de choisir ?
  • L’imposture, la science et l’éthique

Réflexions politiques et sociales

  • Moteurs (de recherche) de répression
  • Solidarité
  • Bizutage et dissuasion
  • Liberté forcée
  • John Locke et l’auto-défense informatique
  • Terrorisme et torture
  • L’intrusion, rançon de la sécurité ?
  • Jeux patriotiques
  • Terrorisme et médecine
  • Sauver ou non les apparences

Conclusion

Pour commander l’ouvrage de Michael LaBossiere rdv sur http://www.editions-yago.com/




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Stéphane Vial : Design, Kierkegaard et réduplication

Publié par Hervé Moine le 15 février 2011

La prochaine édition du salon du livre de Paris sera l’occasion de présenter des auteurs, des livres et des événements relatifs à la philosophie. Aussi, nous commencerons aujourd’hui par la présentation de Stéphane Vial, philosophe, auteur de deux ouvrages.
Le Court traité du design de Stéphane Vial, sera au Salon du Livre de Paris le 20 mars 2011, de 18h30 à 19h30, sur le stand des Presses Universitaires de France. Rencontre animée par le journaliste Jean-Antoine Loiseau sur le thème « Le design, vrai ou faux concept », en compagnie de Samuel Zarka, auteur du livre “Art contemporain, le concept”.
Stéphane Vial est né en Isère à Bourgoin Jailleu en 1975. Stéphane Vial est notamment titulaire d’un DESS de Psychologie clinique et pathologique. Philosophe, enseignant la philosophie appliquée au design (en DSAA design d’espace et design de produits) et le multimédia interactif à l’Université Paris 1 Panthéon Sorbonne, au sein de l’UFR Arts plastiques et sciences de l’art (en Licence 3 et Master 1 “Métiers des Arts et de la Culture”), Stéphane Vial est directeur de création et architecte Drupal au sein de LEKTUM qu’il crée en 2007. LEKTUM est un atelier de design de contenus qui crée des identités interactives et des stratégies éditoriales en ligne pour les métiers de la création et le monde de la recherche, le secteur culturel et les institutions (http://www.lektum.com/).
Les thèmes de recherches de Stéphane Vial sont les suivants : la philosophie du numérique et de la technologie, la philosophie du design et du design interactif et la psychologie de la créativité et l’intellectualité. En outre, il est l’auteur d’un blog http://www.reduplikation.net/fr/reduplication.
Nous présentons son dernier ouvrage ainsi que celui qu’il a publé il y a quelques temps déjà sur le philosophe Kierkegaard, Kierkegaard, écrire ou mourir et un article de l’auteur lui-même qui définit la philosophie de la réduplication. Nous terminerons ce billet par un article paru dans le Figaro Nos états d’âme n’ont rien à voir avec la philosophie.
Hervé Moine
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Stéphane Vial

Court traité du design

PUF

Préface par Patrick Jouin

Le design, c’est quoi ? Cette activité reste difficile à définir comme si on ne voyait que son reflet troublé par les jeux de ses acteurs ou par les antagonismes de ses buts. Doit-on s’en tenir à la simple forme-fonction, si pratique mais pas si évidente à atteindre ? Ou réinventer ce qui existe déjà ? Faire de beaux objets bien stylés ? Donner envie d’acheter des produits écologiquement responsables ? Faut-il croire encore un peu au progrès ?

L’auteur nous dit que le designer serait comme un schizophrène. Il a raison. C’est aussi un équilibriste tentant d’impossibles figures où doivent s’unir des contraintes, d’un côté le marché, de l’autre l’être humain, le plastique et la nature, la fabrique et la légèreté, les pauvres et les riches. C’est infini. Voila où réside l’intérêt de ce métier, qui tente concrètement d’apporter des solutions au réel dans ce flux d’ambiguïtés. Quel designer suis-je ? Quel designer voulez-vous être ?

Le design contemporain a enfin sa philosophie par Laurent de Sutter

Le design est l’art d’enchanter l’existence quotidienne par les formes. Mais cet enchantement n’a rien de magique, ni même d’artistique : il est l’effet concret d’un certain nombre d’opérations techniques spécifiques au projet poursuivi par chaque designer. Car le designer est un projeteur. Et parce qu’il est un projeteur, l’effet qu’il cherche à produire ne se limite pas à concevoir des objets. Il implique aussi une vision complète du monde, incluant jusqu’au rêve de son futur. De ce rêve, chaque création d’un designer est la réalisation anticipée. Il ne reste plus au monde qu’à suivre. Ou pas ?

Lorsqu’il lui a soumis le manuscrit de son Court traité du design, Stéphane Vial s’est entendu répondre par le grand designer Patrick Jouin (qui en signe la belle préface) :

“C’est le livre que, étudiant, j’aurais voulu lire !”

Difficile de souligner avec plus de force combien l’ouvrage de Stéphane Vial vient combler un vide inimaginable : le design contemporain, phénomène capital de notre temps, n’avait encore fait l’objet d’aucun livre tentant d’en penser la spécificité ! Des histoires, oui des manifestes, oui mais pas encore de philosophie — pas encore de pensée. Avec ce Court traité du design, c’est désormais chose faite. Le design contemporain, dans toute sa complexité et dans toute son ambiguïté, s’y trouve pensé à la hauteur de son importance pour notre époque. Qu’il s’agisse de ses relations avec le capitalisme, la technique, le numérique ou la création tout court, Stéphane Vial en décrypte tous les enjeux avec une élégance et une originalité qui laissent pantois.

Culminant dans une magnifique théorie de « l’effet de design », ainsi que dans une théorie de la création prenant acte de ce que le design a transformé dans notre manière de comprendre l’art, son Court traité du design, seul du genre en langue française, est le livre à partir duquel tous les débats sur la question devront, dans les années à venir, prendre position.

Pour se procurer l’ouvrage de Stéphane Vial Court traité du design

Table des matières

Préface de Patrick Jouin

I. – Le paradoxe du design : Où l’on montre que le design pense, mais ne se pense pas

II. – Le désordre du discours ; Où l’on déconstruit et reconstruit le mot « design »

III. – Design, crime et marketing ; Où l’on raconte l’alliance très horrifique du design et du capital

IV. – Par-delà le capital ; Où l’on énonce la loi morale du designer

V. – L’effet de design ; Où l’on réduit la quiddité du design à trois critères

VI. – Faire du projet ; Où l’on montre que le designer n’est pas un artiste

VII. – L’idée de design numérique ; Où l’on examine les conséquences de la révolution interactive

VIII. – Inventer le futur : quelle innovation ? ; Où l’on s’interroge sur le rôle du design aujourd’hui

Postface de l’auteur. – Le système du design ; Où l’auteur ordonne ses principes dans le style géométrique

Pour se procurer l’ouvrage de Stéphane Vial Court traité du design

Stéphane Vial

Kierkegaard, écrire ou mourir

PUF

De 1838, année où paraît son premier livre, à 1855, année de sa mort, Kierkegaard écrit et publie pas moins de trente-quatre ouvrages, dont dix-sept d’entre eux en l’espace de trois ans ! Sans compter cette masse énorme de notes personnelles qu’il écrit parallèlement à son œuvre publique dès 1834, et qui remplissent les treize volumes des Papiers dont on a tiré son Journal. Pourquoi Kierkegaard a-t-il donc autant écrit ? Pourquoi l’écriture occupe-t-elle dans sa vie tant de place, au détriment d’une vie amoureuse et maritale qui lui tend les bras ? Quel est le sens de “l’hypergraphie” kierkegaardienne ? Telles sont les questions qui jalonnent cette méditation très personnelle, au carrefour de la biographie philosophique et de la psychanalyse, qui transporte le lecteur au cœur du drame privé de celui qu’on a parfois appelé ” le solitaire de Copenhague “.

Pour se procurer L’ouvrage de Stéphane Vial, Kierkegaard, écrire ou mourir

La réduplication

Une nouvelle approche de la philosophie

Consulter le blog de Stéphane Vial : http://www.reduplikation.net/fr/home

La réduplication est une méthode philosophique que je tente de définir depuis 2005 et dont j’ai tiré le nom d’un concept issu de la pensée de Søren Kierkegaard : « Rédupliquer, c’est être ce qu’on dit », écrit-il dans son Journal. Cette méthode consiste, pour la philosophie, à se détourner du seul « plaisir de pensée » pour se mettre au service de la société et agir sur l’existence concrète, en renonçant à la déréalisation métaphysique et l’abstraction gratuite. C’est pourquoi je l’appelle aussi parfois plus simplement philosophie appliquée afin de souligner son intention fondamentalement « alloplastique ». En voici le texte fondateur, rédigé en 2007.

Que veut dire « réduplication » ?

Du latin reduplicatio, « redoublement, réduplication », lui-même issu du verbe duplicare, « doubler, répéter, renouveler » , le terme réduplication signifie « répétition, recommencement, redoublement ». Par exemple, on dit d’un deuxième coup d’État qu’il est la réduplication du premier. À l’origine, il s’agit en fait d’un terme de rhétorique qui désigne soit le redoublement d’un mot ou d’un élément (par ex., en latin, les termes jamjam, « à l’instant, maintenant », ou quidquid, « n’importe quelle chose, n’importe quoi ») soit une figure de style consistant à répéter consécutivement un mot dans une même phrase ou portion de phrase (par ex., en français, les expressions « ce n’est pas joli joli » ou « il est un peu fou fou »). Dans un registre plus littéraire, on trouve aussi chez Verlaine (1) :

Ô triste, triste était mon âme

À cause, à cause d’une femme

En biologie, le terme réduplication désigne l’autoreproduction des organites cellulaires, en tant que celle-ci est une caractéristique fondamentale de la vie.

On parle aussi de réplication de l’ADN pour désigner le processus par lequel une molécule d’ADN se reproduit en deux molécules d’ADN identiques. De même, en informatique, la réplication est le « mécanisme de copie automatique d’une base de données vers une autre, permettant de rapprocher des données de l’utilisateur, dans un système distribué ».

Par là, on voit bien que la notion de réduplication, quel que soit son domaine d’application, désigne l’acte de dupliquer en redoublant, c’est-à-dire l’acte répétitif de produire une réplique, une copie, un double.

La réduplication kierkegaardienne

Dans la pensée de Søren Kierkegaard, ce terme a acquis un sens très particulier, dont la portée n’a pas encore été pleinement mesurée. La réduplication, pour Kierkegaard, c’est l’acte de reproduire sa pensée dans l’existence concrète. « Rédupliquer, c’est être ce qu’on dit », écrit-il magnifiquement dans son Journal (2). Autrement dit, la réduplication, c’est ce que j’appellerais l’adaequatio vitae et intellectus (3), c’est-à-dire le redoublement de la pensée dans la vie. Pour bien en saisir la portée, il faut dire un mot de la théorie kierkegaardienne de la vérité. Pour Kierkegaard, « La vérité ne consiste pas à la savoir, mais à l’être » (4). En effet :

L’être de la vérité n’est pas le redoublement direct de l’être rapporté à la pensée […]. Non, l’être de la vérité est son redoublement en toi, en moi, en lui de sorte que ta vie, la mienne, la sienne, dans l’effort où elle s’en approche est l’être de la vérité, comme la vérité fut en Christ une vie, car il fut la vérité. (5)

Au-delà de la référence religieuse à la personne du Christ, que l’on peut ici mettre de côté si on le souhaite, il faut relever la dimension intrinsèquement existentielle de toute vérité selon Kierkegaard, ce qui n’est pas sans faire écho à l’héritage socratique. Ainsi, il n’y a de vérité que de ce qui peut être redoublé dans la vie pratique ou l’existence concrète et, en se redoublant, se dire effectivement comme vérité. Il n’y a de vérité que rédupliquée. La vérité ne peut se dire que de manière indirecte et pratique, par les actes et le comportement (6), plutôt que de cette manière directe et théorique qui est celle de la pensée et du discours.

En ce sens, la réduplication appartient à ce que Kierkegaard appelle la « communication indirecte », qui s’oppose à la simple « communication de savoir », laquelle consiste seulement à dire les choses sans mettre à exécution ce qu’on dit. La communication indirecte, en effet, c’est l’art de communiquer ses idées par des actes et non par des discours (7). Sur ce point, Kierkegaard est une fois de plus on ne peut plus socratique. On se souvient en effet avec quelle magnanimité, après avoir été condamné à mort, Socrate refuse la proposition de Criton de s’évader de la prison où il attend sa mise à mort (8) : par son comportement — le choix de subir la peine de mort par respect pour les Lois de la cité —, il communique bien mieux ce qu’est la justice que ne le ferait un traité théorique sur le même sujet. Autrement dit, en termes kierkegaardiens, il réduplique. Force est de constater d’ailleurs avec Nietzsche que le souci de rédupliquer n’est plus tellement celui des philosophes d’aujourd’hu :

[ Aujourd’hui ] on pense, on écrit, on imprime, on parle, on enseigne philosophiquement ; dans cette mesure, tout est à peu près toléré : c’est seulement dans les actes, dans la vie, comme on dit, qu’il en va autrement. […] Sont-ce là des hommes, se demande-t-on alors, ou seulement des machines à penser, à écrire et à parler ? […] Personne n’ose appliquer à soi-même la loi de la philosophie, personne ne vit en philosophe, avec cette probité simple et virile qui obligeait un Ancien, une fois qu’il avait juré fidélité à la Stoa, à se conduire toujours et partout en stoïcien. (9)

La réduplication philosophique

Si la pensée ne devient vraie qu’en se rédupliquant dans la vie, ce que je crois très juste et très profond, alors il est possible de concevoir, en allant plus loin que l’inspiration kierkegaardienne, le projet général d’une « philosophie réduplicative ». Par là, j’entends une philosophie qui se reproduit dans la vie, la société, le réel. Une philosophie qui aboutit à l’action, la réalisation, la rencontre. Une philosophie qui augmente les possibilités d’expérience vécue, d’existence agie, d’échanges interactifs. Une philosophie qui augmente la vie.

Cela implique un renoncement au jargon schizophrénique de l’ontologie et aux objets déréalisants de la métaphysique. En ce sens, la philosophie réduplicative est une « philosophie positive » car elle se propose d’étudier dans sa pleine positivité tout objet psychologique, social ou culturel constitutif du réel humain. Par positivité, il faut entendre ici « consistance de réalité » par opposition à la déréalité métaphysique. La philosophie réduplicative est donc une « philosophie de l’homme », comme l’on parle de « sciences de l’homme » ou une « philosophie culturelle », comme jadis l’on parlait inversement de « philosophie naturelle ». C’est une philosophie de la culture, et non de la nature.

Une telle philosophie ne peut se porter que sur des objets exogènes, c’est-à-dire qui lui sont extérieurs et étrangers. Ainsi le premier axiome de la philosophie réduplicative tient tout entier dans cette déclaration de Georges Canguilhem : « La philosophie est une réflexion pour qui toute matière étrangère est bonne, et nous dirions volontiers pour qui toute bonne matière doit être étrangère » (10). En effet, la philosophie académique n’a guère de contenu propre et « positif ». Celui qu’on lui attribue généralement en Sorbonne n’est soit qu’un exercice scolastique et stérile — l’histoire de la philosophie et sa dérive commentariste qui fait que les « philosophes » de notre temps ont tendance à n’être plus que des auteurs de fiches de lecture savantes — soit une forme de pensée fantomatique et déréalisante inaccessible aux mortels — la métaphysique et sa vacuité psychique, qui n’est la plupart du temps que le résultat indigeste d’une intellectualisation et d’une rationalisation de fantasmes et d’idéaux inconscients.

À l’opposé de cela, la philosophie réduplicative déclare que le seul objet légitime de la philosophie est le réel humain dans sa pleine positivité et que sa tâche consiste à révéler les logiques invisibles qui oeuvrent en lui.

Investir le champ exceptionnel que l’Internet ouvre aux possibilités de l’intelligence collective est l’une des manières par laquelle la philosophie elle-même parvient à se « rédupliquer », pour une culture à la fois actuelle et virtuelle, locale et mondiale, individuelle et collective.

Stéphane Vial, http://www.reduplikation.net/fr/reduplication

Notes

1. P. Verlaine, Romances sans paroles, Gallimard, 1973, coll. Poésie, « Ariettes oubliées », VII, p. 132.

2. S. Kierkegaard, Journal, Paris, Gallimard, 1941-1961, vol. II, p. 292.

3. Traduisez : « l’adéquation de l’intellect et de la vie ». Pastiche de la célèbre phrase de Thomas d’Aquin définissant la vérité comme adaequatio rei et intellectus (« adéquation de l’intellect et de la chose »).

4. S. Kierkegaard, L’École du christianisme, in Oeuvres Complètes, éd. de l’Orante, 1982, vol. 17, p. 180-182.

5. Ibid.

6. Sur ce point, Kierkegaard n’est pas tellement éloigné de la conception pragmatiste de la vérité selon William James. D’après James, en effet, « La vérité d’une idée n’est pas une propriété qui se trouverait lui être inhérente et qui resterait inactive ». Au contraire, « la vérité est un événement qui se produit pour une idée. Celle-ci devient vraie ; elle est rendue vraie par certains faits ». Autrement dit, l’idée vraie, c’est l’idée véri-fiée, c’est-à-dire, étymologiquement, l’idée qui est faite vraie. Et James de conclure : « La vérité est une chose qui se fait ».

7. S. Kierkegaard, La dialectique de la communication, Paris, Payot et Rivages, 2004, p. 54 et 73-76. La « dialectique de la communication » consiste alors dans le mariage de la communication directe et de la communication indirecte, ibid., p. 64 et 76.

8. Lire à ce sujet le Criton de Platon, in Apologie de Socrate – Criton, Paris, GF-Flammarion, 1997, p. 201-228.

9. F. Nietzsche, Considérations inactuelles, Seconde considération, Paris, Gallimard, coll. folio-essais, 1990, p. 124.

10. G. Canguilhem, Le normal et le pathologique (1966), Paris, PUF, Quadrige, 1996, p. 7.

Stéphane Vial est né en Isère à Bourgoin Jailleu en 1975. Philosophe, enseignant et designer interactif, il est directeur de création et architecte Drupal au sein de LEKTUM. Il enseigne la philosophie appliquée au design à l’École Boulle (en DSAA design d’espace et design de produits) et le multimédia interactif à l’Université Paris 1 Panthéon Sorbonne, au sein de l’UFR Arts plastiques et sciences de l’art (en Licence 3 et Master 1 “Métiers des Arts et de la Culture”). Ses thèmes de recherche sont les suivants : la philosophie du numérique et de la technologie, la philosophie du design et du design interactif et la psychologie de la créativité et l’intellectualité

 

 

«Nos états d’âme n’ont rien à voir avec la philosophie»
Article de Pascal Senk, paru le 15 février 2011 dans le Figaro

Ci-contre Stéphane Vial: «La philosophie nous donne le courage d’affronter la complexité des choses.»

INTERVIEW – Stéphane Vial, professeur de philosophie à l’école Boulle et ancien psychologue clinicien à l’hôpital Tenon, a publié Kierkegaard, écrire ou mourir et Court traité du design aux PUF.

LE FIGARO. – Dans votre parcours personnel, vous avez fait des allers-retours entre philosophie et psychologie. Pourquoi ?

Stéphane VIAL. – Comme beaucoup, à l’adolescence, je suis entré en philosophie comme on entre en religion. La sagesse des stoïciens, le réalisme existentiel de Sartre, tout cela m’aidait à l’époque à comprendre ce que je croyais être et croyais devoir être dans un monde que je ne comprenais pas. J’en ai donc fait un métier, en devenant prof de philo. Mais quand, des années après, j’ai vécu des événements vraiment difficiles, la philosophie ne m’a été d’aucun secours.

J’en ai été profondément déçu. Nos états d’âme n’ont rien à voir avec la philosophie. Ils ont à voir avec nous-mêmes, notre enfance, notre histoire, nos souffrances et nos échecs personnels. Seule une psychanalyse, longue et attentive, peut conduire à modifier ces états d’âme, chez ceux qui y sont prêts ou préparés. Fatigué et rebuté par la pure spéculation intellectuelle des philosophes, je me suis donc tourné vers la psychologie et notamment la psychanalyse.

Pourtant, la psychanalyse aussi peut être abstraite et jargonnante…

C’est vrai, parce que pour faire entendre des idées nouvelles il faut parfois jargonner! Mais les concepts psychanalytiques sont toujours étayables, observables sur des cas concrets alors que les constructions théoriques de certains philosophes, qui s’apparentent parfois à des délires, naissent seulement dans la vie mentale et obscure de leurs auteurs.

Si ceux-ci nous fascinent ou nous délectent, c’est en partie grâce à ce que la psychanalyste Sophie de Mijolla-Mellor, elle-même de formation philosophique, appelle «le plaisir de pensée», c’est-à-dire «la capacité dont font preuve certains sujets pour retirer du plaisir de leur fonction d’intellection et de leur activité discursive».

Autrement dit, c’est le plaisir pur que l’on prend à l’abstraction pure. Ceux qui n’y ont pas accès appellent cela «masturbation intellectuelle» ou «prise de tête». Il faut dire qu’un tel plaisir est difficile à obtenir. Pour pouvoir se donner, le plaisir de pensée requiert du travail, de la méthode, de la rigueur. Et le simple fait de réussir à l’atteindre devient, par fierté, un plaisir qui s’ajoute au plaisir.

Reconnaissez-vous encore à la philosophie quelques effets bénéfiques ?

Bien sûr! Elle nous donne le courage d’affronter la complexité des choses et de «nuire à la bêtise», comme disait Nietzsche. Parfois même, elle peut être le «quelque chose qui sauve»: mais, dans ce cas, ce n’est pas selon moi en raison de ce qu’elle est ou de ce qu’elle a à offrir en tant que philosophie. C’est seulement en proportion de ce que l’on vient chercher en elle. Elle peut donc nous aider à aller mieux si l’on s’accroche à elle comme quelque chose à quoi on s’accroche pour survivre. Mais, dans ce cas, elle ne fait rien de plus pour nous aider à aller mieux que ce que peut faire le sport, l’art ou le travail.

Et aujourd’hui vous êtes revenu vers elle…

Oui, mais je ne crois désormais qu’à la philosophie appliquée à des objets concrets ou à des secteurs tangibles de la vie sociale: philosophie du soin dans les hôpitaux ou philosophie appliquée au design, telle que je l’enseigne aujourd’hui.

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Bioéthique : plusieurs ouvrages qui interrogent les lois actuelles

Publié par Hervé Moine le 11 février 2011

La bioéthique : questionnements et débats

Article publié dans non-fiction vendredi 11 février 2011 par Margaux Loire

http://www.nonfiction.fr/article-4242-la_bioethique__questionnements_et_debats.htm

Alors que les discussions au Parlement de la nouvelle loi de bioéthique commencent enfin, sortent plusieurs ouvrages qui interrogent les lois actuelles, mais aussi le projet de révision. Parmi ces ouvrages, deux ont particulièrement retenus notre attention. Il s’agit de l’ouvrage d’Irène Théry Des humains comme les autres et de celui de Sylvie et Dominique Mennesson La gestation pour autrui, l’improbable débat.

Le premier de ces ouvrages aborde la question de l’anonymat des donneurs dans le cadre de la procréation médicalement assistée. A travers cette réflexion, la sociologue Irène Théry, retrace le cadre historique et conceptuel du particularisme bioéthique français et élargit son propos, à la fois, aux questions de filiation juridique, d’homoparenté et de gestation pour autrui.

Le second ouvrage a été rédigé par des parents français d’enfants nées d’une gestation pour autrui en Californie en 2000 et qui ont connu les difficultés à la fois du parcours d’une gestation pour autrui et des suites judiciaires en France pour faire reconnaître la filiation, notamment maternelle. Leurs filles sont enregistrées à l’état civil de Californie comme étant nées de Sylvie et Dominique Mennesson et ont la nationalité américaine, alors que la Cour d’appel de Paris en 2010 a conclu à l’annulation des actes de naissance français des deux enfants.

Ce dossier a pour but de susciter un débat en donnant un maximum d’informations et non pas en confisquant le débat avec des idéologies ou des présupposés. Ces ouvrages doivent permettre d’ouvrir un débat qui n’aura pas réellement lieu au sein de l’hémicycle puisque les articles du projet de loi de bioéthique relatifs à la question de l’anonymat des donneurs de gamètes ont été supprimés par la Commission spéciale chargée d’examiner le projet de loi relatif à la bioéthique et que la question de la gestation pour autrui a été exclue très rapidement de tout projet.

Je m’étonne que ces questions ne fassent pas l’objet d’un débat auprès de notre représentation nationale, alors que dans le premier projet soutenu par Mme Bachelot-Narquin, alors ministre de la Santé, il était prévu de lever l’anonymat des dons de gamètes. La nomination de M. Xavier Bertrand comme ministre a eu pour conséquence de renvoyer le projet de loi en commission pour le rediscuter.

Dans un entretien accordé au journal Libération paru le 8 février 2011, Xavier Bertrand montre toute la personnalisation à l’œuvre dans les lois de bioéthique. En effet, tout comme pour d’autres lois qui touchent au vivant (bioéthique, fin de vie, peine de mort, etc.), il semble que la conviction d’une personne doive prévaloir sur la question du bien commun, la définition du bien commun n’étant pas unanime. Pourquoi les valeurs ou les modèles prônés par Xavier Bertrand ou par d’autres acteurs de la bioéthique (et pas toujours clairement explicitées) devraient-elles primer ?

C’est pour vous permettre de vous forger votre propre conviction que nous vous proposons une présentation de la révision des lois de bioéthique, du livre de Sylvie et Dominique Mennesson sur la gestation pour autrui et de celui d’Irène Théry sur l’anonymat du don de gamètes et la bioéthique plus largement.

rédacteur : Margaux LOIRE , Critique à nonfiction.fr

Illustration : Flickr / DeSarahaIsis

 

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Y a-t-il des recettes du bonheur ?

Publié par Hervé Moine le 10 février 2011

«On ne donne pas sens à sa vie mais on découvre le sens de la vie». D'après une photo d'Alexandre MARCHI

Regard sur un collègue, professeur de philosophie dans ma région natale, un enseignant semble-t-il heureux. Son bonheur, il entend bien le faire partager dans un monde et une époque se caractérisant par la morosité et le pessimisme voire l’indignation, en publiant un “Petit traité de la joie“. Y aurait-il des recettes du bonheur ? La réponse certainement dans le petit traité de Martin Steffens, mais pour l’heure, nous reprenons simplement ici, l’article de l’Est Républicain rédigé par Pierre Perotto qui a rencontré notre jeune philosophe à l’occasion de la sortie de son ouvrage plein d’espoir.

Hervé Moine

Cadeau – Dans son «Petit traité de la joie», Martin Steffens, qui enseigne la philosophie à Metz, pense que « la vie mérite qu’on lui donne le meilleur de soi-même »

Professeur de bonheur

Article de Patrick Perotto paru dans l’Est Républicain du 10 février 2011

http://www.estrepublicain.fr/fr/france/info/4598250-Cadeau-Dans-son-petit-traite-de-la-joie-Martin-Steffens-qui-enseigne-la-philosophie-a-Metz-pense-que-la-vie-merite-qu-on-lui-donne-le-meilleur-de-soi-meme-Professeur-de-bonheur

SES YEUX PÉTILLENT et s’illuminent dès qu’il parle. Martin Steffens est heureux et cela se sent. La vie, il la prend comme elle vient. Un «consentement» qui ne s’apparente surtout pas à du fatalisme, mais plutôt aux petites gorgées de bière de Delerm, ces petits riens qui, mis bout à bout, finissent par écrire une destinée. «Non, il n’y a pas de recette du bonheur», sourit le professeur de philosophie. «C’est plutôt un geste qui consiste à ouvrir les bras, à écouter quelqu’un», à se laisser modeler par le cours de choses. Et accepter de croquer la vie à pleines dents sans se poser d’infinies questions : «Si on s’en pose trop, on ne tranche jamais. Il faut plutôt sauter dans le vide pour voir quelque chose se dessiner». Comme lorsque naît l’amour et que l’on se lance dans la merveilleuse aventure du couple.

«Consentir à la vie», ainsi que le dit Martin Steffens, n’est pas pour autant se résigner. L’indignation y garde toute sa place, à condition de se révolter « par amour du monde». Pour lui, Stéphane Hessel appartient à cette catégorie, alors que tant, à notre époque, sombrent dans l’individualisme. Le bonheur, la capacité à s’émerveiller, ne relève pas de «la conquête, mais de l’accueil», poursuit l’enseignant du lycée messin Georges de la Tour. «On passe sa vie à l’attendre si l’on pose des conditions. Si l’on est heureux de ce que l’on a, on obtiendra encore plus», parce que quelles que soient les épreuves, «toute vie en elle-même vaut la peine d’être vécue».

« Nous sommes dans une société des larmes et des nez qui coulent. Nous devons être des aristos de la vie quotidienne, montrer notre plus beau visage face aux difficultés »

Engagé auprès d’ATD-Quart monde, le philosophe lorrain reste attentif à la souffrance, au scandale de la misère qu’il faut combattre. Convaincu qu’«on ne souffre qu’à la mesure de ce que l’on aime», il admet dans une contradiction qu’il souhaite pleine d’espérance «la joie douloureuse de vivre». Chrétien, rockeur inspiré par le groupe américain Violent femmes et par Cure, Martin Steffens dit avoir tout appris de ses élèves du lycée technique Louis Vincent à Metz et puise son optimisme dans le film «La vie est belle» de Frank Capra. «Lorsque je me lève, je ne sais pas ce que je vais apporter aux gens, mais je vais au-devant d’eux», rappelle le jeune homme.

Spécialiste de Nietzsche, il en est l’antithèse. A la vision tragique du philosophe allemand, il préfère celle, conséquente, de Leibniz et encore plus, la sienne, chrétienne. «Si je dis merci, j’ai une relation à Dieu», convient-il. «La personne humaine est bien plus grande que la matière. Avoir la foi, c’est voir le sens de ma vie», dominée par l’amour : «Je demande à la religion de m’ouvrir le plus grand angle de perspectives, pas de m’enfermer. L’amour est plus fort que la haine. Même la souffrance reste une occasion d’aimer. Nous sommes dans une société des larmes et des nez qui coulent. Nous devons être des aristos de la vie quotidienne, montrer notre plus beau visage face aux difficultés».

Dans une France pessimiste sur son propre avenir, Martin Steffens propose un chemin opposé, à l’instar du «petit bonheur» du chanteur canadien Félix Leclerc. «Actuellement, on se prend au sérieux sans prendre la vie au sérieux, alors qu’elle mérite qu’on lui donne le meilleur de soi. Le jeu en vaut la chandelle», pense-t-il. Avec tout le monde, loin de l’individualisme ou du «No life» (pas de vie) des ados vissés à leurs jeux vidéo. Parce qu’«il n’existe pas de maillon faible. Chacun est utile». Et même si «l’homme est l’espèce la plus risquée, l’aventure vaut le coup d’être vécue».

Patrick PEROTTO, Est Républicain

Pour se procurer l’ouvrage de Martin Steffens Petit traité de la joie

Martin Steffens

Petit traité de la joie

Consentir à la vie

forum / Salvator

Présentation de l’éditeur

“Il est un fait universel : tous, nous avons reçu la vie sans l´avoir demandée. Notre propre vie ne nous est pas propre: elle s’est d´abord faite en nous, sans nous. Puis vient le jour où, l’homme ayant appris à se posséder mieux, lui revient le pouvoir de refuser cette vie passivement reçue. N’est-ce pas là la liberté proprement humaine: dire non à ce qui s’impose sans se proposer ? Mais il est une autre liberté, plus généreuse, plus pleine de risques : consentir à la vie. Non pas d’un oui du bout des lèvres : la question du consentement à l’existence est, selon le mot de Nietzsche, “la question primordiale”. D’une telle question dépend notre façon d’accueillir le passé comme d’engager l’avenir. Elle exige donc, en guise de réponse, que nous offrions à l’existence un oui à la mesure de nos vies : ample comme nos peines, plein comme nos joies. Alors le présent sera ce qu´il a toujours été : un présent, c’est-à-dire un don qui n’attendait que d´être pleinement reçu.

Biographie de l’auteur

Martin Steffens (né en 1977) est professeur agrégé de philosophie. Il est l’auteur d’études sur Descartes, Simone Weil (Gallimard 2006 et 2007) et Nietzsche (Ellipses 2008). Son appétit spirituel et philosophique le porte tout autant à penser le quotidien (Une journée philosophique Ellipses 2010) qu’à mettre ses pas dans ceux d´une grande mystique (Prier 15 jours avec Simone Weil Nouvelle Cité 2009). Père de deux enfants, il enseigne la philosophie à Metz, au lycée, en classes préparatoires ainsi qu’aux résidents d’un foyer d’accueil pour handicapés physiques.”

Pour se procurer l’ouvrage de Martin Steffens Petit traité de la joie

 

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Hans Jonas, une éthique fondée dans la vie et portant sur la vie

Publié par Hervé Moine le 9 février 2011

L’Ethique de la vie chez Hans Jonas

colloque international

25 et 26 février 2011

Organisé par PhiCo, laboratoire de philosophie contemporaine de Paris I,

Catherine Larrère et Eric Pommier


Vendredi 25 salle 1 panthéon de 13h à 17h45

Samedi 26 amphithéâtre 2B Panthéon de 9h à 18h

Centre Panthéon, 12 place du Panthéon – 75005 Paris


L’Ethique de la vie chez Hans Jonas

Alors que l’humanisme dans sa dimension pratique instaure une opposition entre l’ordre de la vie et celui du devoir, au point que seul l’homme puisse être considéré comme sujet de respect, Hans Jonas s’efforce de définir une responsabilité de l’homme, en tant que vivant et pour la vie. S’il y a « une éthique de la vie chez Hans Jonas, c’est bien à la fois dans le sens où c’est par la vie que l’homme acquiert son statut de sujet moral et à la vie qu’il montre le respect auquel, en tant qu’objet éthique, elle a droit. C’est ainsi que Hans Jonas entend réconcilier la morale et la vie dans l’impératif éthique qu’il énonce, entre autres, de la manière suivante : « Agis de façon que les effets de ton action soient compatibles avec la permanence d’une vie authentiquement humaine sur terre ». On peut en effet se demander si la crise environnementale sans précédent que nous connaissons aujourd’hui, ainsi que les risques de « dévalorisation » que l’homme court, notamment dans le domaine des nouvelles techniques « médicales » ne résultent pas de la forme anthropocentrique que l’éthique a prise depuis l’avènement de la modernité, en faisant de la nature et de la vie un type d’être dépourvu de valeur. Ce colloque a donc pour objectif d’interroger la pertinence du dispositif jonassien qui propose une éthique fondée dans la vie et portant sur la vie. Une des pièces centrales de cette démarche, la question de la relation au nourrisson, sera examinée ainsi que ses conséquences au plan bioéthique.

Au programme de la première journée du colloque, 4 interventions sur le thème du fondement de l’éthique jonassienne :

Jeudi 24 février 2011

M. Regenaldo Da Costa, professeur à l’Université de l’Etat du Ceara au Brésil : « L’éthique de la responsabilité comme défense morale de la vie dans le contexte de la crise écologique du XXIème siècle (A ética da responsabilidade como defesa moral da vida no contexto da crise ecologica do Século XXI). »

M. Roberto Franzini Tibaldeo, Docteur et associé scientifique de l’Université de Turin : « From Dualism to the preservation of Ambivalence. Hans Jonas « ontological revolution » as the background for his ethics of responsability. »

M. Frédérick Bruneault, Docteur en philosophie : « Fondement de la valeur et de la finalité chez Hans Jonas. Le passage du bien au devoir-être dans le Principe de responsabilité peut-il faire l’économie d’une déduction transcendantale ? »

M. Etienne Bimbenet, Maître de Conférence à l’Université de Lyon III : « Reductio ad absurdum : la structure de l’argumentation antiréductionniste chez Hans Jonas. »

Vendredi 25 février 2011

Deux thématiques partageront la deuxième journée du colloque consacré à Hans Jonas, la première intitulée « Du soin du nouveau-né au respect envers les générations futures » et la seconde, « Dans le prolongement du Principes responsabilité : cosmogonie et bioéthique ». Pas moins de 8 intervenants se succèderont :

M. Philippe Descamps, Post-doctorant au CERSES : «  Le paradigme du nouveau-né chez Jonas ».

M. Hicham-Stéphane Afeissa, Directeur de programme au CIPh : « Nos enfants nous accuseront. Négligence coupable, repantance préventive et inversion de la flèche du temps ».

Mme Sylvie Courtine-Denamy, Docteur en philosophie de l’Université de Paris IV, chercheure associée au Centre Alberto Benveniste pour les études séraphades et au CEVIPOF : Natalité chez Hans Jonas et Hannah Arendt ».

Eric Pommier, Docteur en philosophie : « Le Principe responsabilité est-il un humanisme ? »

M. Jean-Claude Gens, Professeur à l’Université de Bourgogne : « Du Principe responsabilité aux conjectures de Matière, esprit et création ».

Mme Marie-Geneviève Pinsart, Professeur à l’Université libre de Bruxelles : « Mise en perspective bioéthique de la relation entre le « bio » et la « technique » chez Hans Jonas ».

M. Jacques Dewitte, Philosophe : « La critique existentielle du clonage de Hans Jonas ».

Mme Laura Bossi, Neurologue : « Hans Jonas et la polémique sur les critères de la mort à l’ère des greffes d’organes ».

Les deux journées du colloque s’achèveront chacune par une discussion générale.

Le programme complet du colloque international sur Hans Jonas (fichier PDF)

Contacts :

L’intérêt de Hans Jonas aujourd’hui

Philosophe d’envergure paradoxalement peu étudié en France et non-inscrit au programme de philosophie des classes de terminale, une lacune à combler. Eric Pommier, spécialiste du philosophe insiste sur l’intérêt de Jonas aujourd’hui.

“Hans Jonas est l’un des premiers, et même peut-être le premier philosophe de cette envergure, à avoir mis au cœur de sa pensée le souci de la nature et de la vie, souci qui occupe désormais une place de premier choix au sein des enjeux sociaux, économiques et politiques du moment. Sans lui nous ne parlerions probablement pas de la même façon du respect que nous devons aux générations futures, de la responsabilité que nous avons à l’égard de l’environnement ou des espèces, des précautions qu’il nous faut prendre en vue d’éviter des catastrophes qui affecteraient aussi bien l’homme que la possibilité de la vie en général.

Mais Hans Jonas est aussi paradoxalement un des philosophes qui reste assez peu étudié et assez peu travaillé en France. Il n’est d’ailleurs pas inscrit au programme de philosophie des classes de Terminale, lors même qu’il nous propose une analyse de premier plan du phénomène gnostique, une ontologie, une éthique générale et appliquée, des perspectives cosmogoniques et théologiques.

C’est cette lacune que ce colloque international, consacré à la dimension pratique de sa pensée, voudrait contribuer à combler. ” Eric Pommier

La lecture même du Principe responsabilité, convaincra assurément de l’intérêt de la pensée de Hans Jonas aujourd’hui.

En couverture : Paul Klee, Angelus Dubiosus, 1939

 

Hans Jonas

Le Principe responsabilité

Une éthique pour la civilisation technologique

Collection Champs essai chez Flammarion

En quatrième de couverture de l’édition Flammarion

Les morales traditionnelles sont devenues inopérantes en particulier pour les décideurs politiques. Hans Jonas propose une reformulation de l’éthique autour de l’idée de responsabilité, sous ses différents (naturelle et contractuelle), et voit dans les parents et les hommes d’Etat deux modèles essentiels ; il discute les idéaux de progrès et les utopies (d’où le titre qui rappelle Le Principe espérance d’Ernst Bloch) et dessine une philosophie de l’”espérance responsable” fondée sur le respect. L’accueil réservé à cette grande oeuvre – des philosophes aux décideurs politiques et des pédagogues aux scientifiques – témoigne de l’actualité d’une telle réflexion.

Présentation de Paul Klein, référence à l’édition reliée du Principe responsabilité du Cerf

L’homme moderne est désormais conscient que ses technologies peuvent aboutir à l’extinction de toute vie sur Terre. Cette éventualité n’est bien sûr qu’un possible, mais elle n’est pas improbable et la peur qu’elle provoque peut fonder une nouvelle éthique de la précaution qui invite l’humanité à empêcher que le pire ne se réalise.

Dans cet ouvrage, qui a participé au renouveau de la pensée éthique contemporaine, Hans Jonas approfondit une réflexion qui s’inscrit sans doute dans le courant écologiste, mais qui invite surtout à penser les devoirs qui nous lient aux générations futures. Si le monde nous a été prêté par nos petits-enfants, comme le rappelle un proverbe indien, il faut donc tout mettre en oeuvre pour que les conditions d’une vie future authentiquement humaine sur Terre ne soient pas compromises. Paul Klein

Extrait de la Préface

“Le Prométhée définitivement déchaîné, auquel la science confère des forces jamais encore connues et l’économie son impulsion effrénée, réclame une éthique qui, par des entraves librement consenties, empêche le pouvoir de l’homme de devenir une malédiction pour lui. La thèse liminaire de ce livre est que la promesse de la technique moderne s’est inversée en menace, ou bien que celle-ci s’est indissolublement alliée à celle-là. Elle va au-delà du constat d’une menace physique. La soumission de la nature destinée au bonheur humain a entraîné par la démesure de son succès, qui s’étend maintenant également à la nature de l’homme lui-même, le plus grand défi pour l’être humain que son faire ait jamais entraîné. (…) Ce que l’homme peut faire aujourd’hui et ce que par la suite il sera contraint de continuer à faire, dans l’exercice irrésistible de pouvoir, n’a pas son équivalent dans l’expérience passée. Toute sagesse héritée, relative au comportement juste, était taillée en vue de cette expérience. Nulle éthique traditionnelle ne nous instruit donc sur les normes du “bien” et du “mal” auxquelles doivent être soumises les modalités entièrement nouvelles du pouvoir et de ses créations possibles. La terre nouvelle de la pratique collective, dans laquelle nous sommes entrés avec la technologie de pointe, est encore une terre vierge de la théorie éthique. (…) La conscience croissante d’une crise qui nous menace suscite des livres tels que celui-ci. Quelle que soit la faiblesse de la parole face à la contrainte des choses et face à la poussée des intérêts, elle peut néanmoins contribuer à ce que cette conscience franchisse le pas de la crainte vers la responsabilité pour l’avenir menacé et que nous devenions ainsi un peu plus disponibles pour ce que la cause de l’humanité exigera de nous avec une urgence croissante.” Hans Jonas, Préface au Principe responsabilité, pp.15-16 et pp. 19-20 de l’édition Flammarion.

Pour se procurer l’ouvrage de Hans Jonas Le Principe responsabilité chez Flammarion ou Le principe responsabilité aux éditions du Cerf (édition relié)

 

 



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Philosophie hors les murs : se construire une réflexion personnelle

Publié par Hervé Moine le 9 février 2011

 « La pause philo » attire la foule.  photo J.-A. B.

Libourne : La philo hors les murs

La médiathèque Condorcet proposait mardi la deuxième « pause philo » sur le thème «Comment bien vivre ? ».

Article de Jules Antoine Bourgeois paru le 9 février dans Sud-Ouesthttp://www.sudouest.fr/2011/02/09/la-philo-hors-les-murs-313663-2966.php

La médiathèque Condorcet organisait mardi, en partenariat avec le GEM (Groupe d’entraide mutuelle), sa deuxième « pause philo ». La trentaine de personnes présentes a confirmé le succès de ce rendez-vous, autour du thème « Comment bien vivre ? »

Lumières tamisées et fauteuils confortables, petite collation prévue par le GEM : tout était fait pour rendre le moment convivial. L’invité, Hervé Parpaillon, semble ravi d’être là et salue les arrivants sans perdre le fil de la discussion. « La pause philo n’est ni un cours ni une conférence, insiste-t-il. c’est un échange autour du thème proposé. Toutes les questions et remarques sont les bienvenues, et même nécessaires. On s’écoute, se répond, on avance comme ça dans la réflexion. » À sa charge d’introduire au moment opportun des bouts de textes, dont il amorce la lecture, avant de laisser aux participants le soin de poursuivre. Un exercice particulier dans lequel le quadra semble à l’aise. « J’ai l’habitude des publics non-initiés », confie-t-il.

Une autre philosophie

Professeur de philosophie, mais aussi conseiller d’éducation dans un Centre de formation d’apprentis (CFA Aquitaine), Hervé Parpaillon se revendique de ce mouvement né dans les années 90 avec les cafés-philo de Marc Sautet. Une philosophie hors les murs, qui se saisit des débats contemporains et se pratique dans un esprit de tolérance et d’ouverture. Il est vrai que, même avec de la bonne volonté, les cours ou conférences proposés lors d’universités libres et d’événements dédiés restent difficilement accessibles au quidam.

Parmi ces événements, le Festival Philosophia de Saint-Émilion, dont la quatrième édition s’est tenue en mai 2010. « C’est à cette occasion que j’ai rencontré Hervé Parpaillon, se rappelle Marie-Thérèse Pellerin, directrice de la médiathèque. Je lui ai expliqué mon intention d’organiser ces “pauses philo”, et lui ai proposé d’être notre invité. » Attentive aux attentes de ses adhérents, Marie-Thérèse Pellerin constate un regain d’intérêt pour ce genre littéraire souvent boudé. Un phénomène qui ne doit pas être étranger aux apparitions médiatiques répétées de personnalités telles Bernard-Henri Lévy ou Michel Onfray, qui ramènent la philosophie et le philosophe au goût du jour.

Dans les étals des librairies aussi, la tendance est évidente. Ils sont nombreux à publier des ouvrages accessibles au plus grand nombre. Une démarche critiquée par quelques-uns, saluée par beaucoup d’autres. « Il y a de vraies richesses dans la philosophie, assure Marie-Thérèse Pellerin, et une volonté de ces philosophes de les partager. »

Du plaisir des deux côtés

À Libourne, en tout cas, ils en redemandent. Pour cette deuxième rencontre avec Hervé Parpaillon, la timidité n’est plus de mise. Les questions fusent, on se confronte, on s’explique. Certains restent silencieux, plus à l’aise dans le rôle de spectateurs, mais n’en perdent pas une miette pour autant.

« Les questions en appellent d’autres, explique le philosophe, il arrive qu’on aille très en profondeur dans un sujet ou qu’on en survole plusieurs. Le but n’est pas de trouver des réponses, mais de se construire une base de réflexion personnelle ».

Le choix des thèmes n’est d’ailleurs pas innocent. « Comment bien vivre ? », proposé lors de ces deux premiers rendez-vous, appelle certainement davantage à la participation de tout un chacun que les traditionnels sujets du baccalauréat.

Le 22 mars, une troisième pause philo est prévue pour traiter de « Vivre avec autrui ».

 

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L’éclectique Albert Jacquard kantien

Publié par Hervé Moine le 9 février 2011

L'humanisme selon Albert Jacquard

L’humanisme selon Albert Jacquard

Article paru dans Sud-Ouest : http://www.sudouest.fr/2011/02/09/l-humanisme-selon-albert-jacquard-313826-4344.php

Dans le cadre des Rendez-vous de la connaissance, le Groupe ESC Pau recevait hier soir, dans un amphithéâtre comble (300 personnes et retransmission dans une seconde salle de 200 personnes), l’humaniste mondialement reconnu Albert Jacquard.

Ancien directeur de l’Institut national de la démographie, généticien, mathématicien, philosophe, Albert Jacquard a développé la question de « l’importance de reconnaître l’autre comme un être humain porteur de ses propres désirs, et de l’importance de ne pas le prendre comme un objet ou moyen pour satisfaire nos désirs ».

Ci-contre Albert Jacquard photo de Guillaume Bonnaud

Pouvons-nous rapprocher le propos d’Albert Jacquard de celui d’Emmanuel Kant qui exprime ce célèbre impératif catégorique : “Agis de telle manière que tu traites l’humanité de ta personne dans la personne de tout autre non simplement comme un moyen mais toujours en même temps comme une fin” ? Fondements de la métaphysique des moeurs.

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Des humains comme les autres : un livre, une conférence

Publié par Hervé Moine le 8 février 2011

Irène Théry

Des humains comme les autres

Bioéthique, anonymat et genre du don

Editions EHESS

 

Présentation de l’éditeur

Faut-il lever l’anonymat des donneurs dans le cadre de l’assistance médicale à la procréation ? Alors que les premiers enfants nés grâce aux dons sont devenus de jeunes adultes et, pour certains, revendiquent l’accès à leurs origines, comment distinguer les places respectives des protagonistes du don d’engendrement : parents, enfants, donneurs ? L’enfant n’est-il pas le grand oublié de la perspective médicale traditionnelle assimilant don de gamètes et don du sang, au prix de l’effacement d’une partie de son histoire ?

D’une plume résolument engagée, Irène Théry propose un regard critique sur le modèle bioéthique français qui a sacralisé l’anonymat du don de gamètes alors que tant de pays démocratiques ont su passer du modèle initial Ni vu ni connu à celui de Responsabilité où le donneur – homme ou femme – cesse d’être perçu comme un spectre menaçant.

La panique morale qui semble saisir la société française – corps médical, responsables politiques, religieux – devant une telle évolution révèle les préjugés et les résistances face aux nouvelles représentations de l’identité personnelle et de la filiation, transformées par l’égalité des sexes, le démariage et l’émergence sociale de l’homoparentalité.

Biographie de l’auteur

Irène Théry est directrice d’études l’EHESS. Elle a publié plusieurs ouvrages sur les mutations du droit de la famille, sur les familles recomposées et sur le masculin et le féminin.

Pour se procurer l’ouvrage d’Irène Théry Des humains comme les autres : Bioéthique, anonymat et genre du don

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Lundi 14 février 2011

à la Fondation Jean Jaurès

Débat autour du livre d’Irène Théry

Des humains comme des autres

Nonfiction.fr et la Fondation Jean-Jaurès vous invitent à un débat le lundi 14 février à 18h45 à la Fondation Jean-Jaurès, 12 Cité Malesherbes, 75009 Paris, avec Irène Théry, autour de son livre, Des humains comme les autres. Bioéthique, anonymat et genre du don (EHESS), et du modèle bioéthique français, avec Najat Vallaud-Belkacem, secrétaire nationale du PS aux questions de société, et Laurent Bouvet, professeur de science politique à Science-Po et l’université de Nice Sophia-Antipolis.

Le débat sera animé par Margaux Loire, coordinatrice du pôle Bioéthique de nonfiction.fr, et Frédéric Martel, rédacteur en chef de nonfiction.fr.

L’accès à la Cité se fait par la rue des Martyrs. Il suffit d’appuyer sur n’importe quel bouton du digicode pour ouvrir la grille d’entrée à la Cité. Le débat sera suivi d’une séance de dédicaces.

RSVP à citedeslivres@gmail.com. Places limitées.

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Environnement : pragmatisme écologique ou l’émergence de nouvelles pratiques morales et politiques

Publié par Hervé Moine le 4 février 2011

Emilie Hache

Ce à quoi nous tenons

Propositions pour une écologie pragmatique

Les empêcheurs de tourner en rond : La Découverte

Présentation de l’éditeur

La crise écologique est tout à la fois une crise scientifique, politique et morale. Il suffit de penser à la réaction suscitée chez des millions de gens par les abattages d’animaux d’élevages lors de la maladie de la vache folle, ou à la crainte partagée par de plus en plus de monde à l’égard des générations futures concernant l’état du monde que nous sommes en train de leur laisser. C’est dire aussi que l’eau que nous buvons, l’air que nous respirons, les forêts qui nous entourent ne sont plus des ressources inépuisables parce qu’ils ne sont plus non plus des ressources tout court, au sens de simples moyens mais exigent aujourd’hui d’être traités comme des fins. Comment définir alors notre responsabilité morale dans cette recomposition du monde ? Il nous faut pour cela apprendre à parler aussi bien (aussi sérieusement) de l’hypothèse Gaïa que de l’effet de serre, des OVNI que des trous noirs, mais aussi du Gange, mère sacrée des Indiens que d’une manifestation sociale. Une des façons d’y arriver passe par la construction d’une différence entre des propositions morales et des positions moralistes, les premières cherchant à prendre soin de ce à quoi nous tenons, tandis que les secondes au contraire justifient les pires décisions sous couvert de bonnes intentions. La philosophie pragmatique est ici un recours car elle est une pensée du monde en train de se faire. Face à cette crise, il ne s’agit pas en effet de dire ce qu’il faudrait faire mais d’essayer de décrire au mieux ce que les gens font, non de prescrire ce qu’il faut changer dans nos modes de vie, mais d’accompagner les changements en train de se produire.

De fait, ce livre cherchera à rendre compte de l’émergence de nouvelles pratiques indissociablement morales et politiques. Et ces expérimentations, amenant les acteurs concernés à « se mêler de ce qui n’est pas censé nous regarder », nous donnent quelques raisons d’espérer.

Pour se procurer l’ouvrage d’Emilie Hache Ce à quoi nous tenons : Propositions pour une écologie pragmatique

Table des matières

Introduction

Crises écologiques / Hériter d’une histoire européenne / Une responsabilité écologique pragmatique

I / Faire une différence

1. Changer de question : Une responsabilité morale « écologisée » – Réouvrir la question des fins – Répondre à des appels – Changer de question

2. Comment répondre ? Une nouvelle figure du philosophe moral – Relativiser – Faire appel à l’expérience – Élaborer des compromis /Maintenir « portes et fenêtres ouvertes »

II / Se mêler de ce qui n’est pas censé nous regarder

3. « Crise des valeurs ? Non, crise des faits ! » Qui compose notre collectif ? – Un compromis moral à inventer – Une figure de la nature imprévisible et indifférente : Gaïa – Une insurmontable faute logique ?

4. Moraliser l’économie ? « Pas en son nom », mais pas sans elle – Internaliser l’écologie = moraliser l’économie ? – Évaluer le « prix juste » – Le calcul de la surpopulation – Annexe. Shallow /deep ecology : une polémique française

Une situation tragique

III / Composer un monde commun

5. Changer de temporalité : (re)faire attention à l’avenir / Éthique de la responsabilité versus éthique du progrès – Réexpérimenter un souci pour l’avenir – Les scénarios : un lieu de cohabitation entre les générations ? – Une responsabilité morale hyperbolique

6. Écologies politiques : Réarticuler la politique et la morale – L’émergence de nouveaux publics – La proposition de responsabilité partagée face à l’épidémie de sida – Cultiver une intelligence collective – Reclaiming Commons

Ralentir / Dogville, ou le récit d’une hospitalité ratée

Bibliographie

Pour se procurer l’ouvrage d’Emilie Hache Ce à quoi nous tenons : Propositions pour une écologie pragmatique

 

Biographie de l’auteur

Emilie Hache est philosophe, maître de conférences à l’université Paris Ouest-Nanterre.

Pour se procurer l’ouvrage d’Emilie Hache Ce à quoi nous tenons : Propositions pour une écologie pragmatique

 

Critique

“Ce à quoi nous tenons Propositions pour une écologie pragmatique”, d’Emilie Hache : pour une morale écologique

Article de Hervé Kempf paru dans le Monde des Livres, le 3 février 2011

http://www.lemonde.fr/livres/article/2011/02/03/ce-a-quoi-nous-tenons-propositions-pour-une-ecologie-pragmatique-d-emilie-hache_1474363_3260.html

Comment penser la morale en temps de crise écologique – qui est à la fois scientifique, politique et morale – sans verser dans le moralisme ? Est-il même possible de définir une morale écologique ? La philosophe Emilie Hache tente de répondre à ces questions, dans un travail rapprochant les inspirations du philosophe allemand Hans Jonas (1903-1993) et du sociologue Bruno Latour.

Le premier, rappelle l’auteur, “a découvert une autre dimension de la morale”, en explorant les nouvelles responsabilités que la puissance de l’action humaine générait à l’égard des générations futures. Quant à Bruno Latour, il a montré que l’écologie n’était pas un problème de “nature”, parce que ce que les Occidentaux appellent, depuis Descartes, la nature, ne peut pas être pensé indépendamment des relations que les humains établissent avec les non-humains.

Le propos d’Emilie Hache est de se dégager de la “deep ecology” (écologie profonde), qui présente la nature comme une valeur en soi, sans retomber dans la schizophrénie moderniste, qui oppose humains et nature, et ne pense celle-ci que de façon utilitaire. Pour ce faire, l’auteur “emprunte” à l’écologie “son idée centrale de relation entre les êtres” et entreprend une “écologisation de la morale”, soit une morale qui cherche à prendre en compte les associations d’êtres qui composent notre collectif .

Ainsi, ceux qui composent ce que nous appelons encore “nature” trouvent leur valeur par la relation qu’ils nouent avec les humains. De cette relation – dans laquelle les humains écoutent les non-humains, mais où ceux-ci se manifestent aussi à l’entendement humain – découle la responsabilité morale, puisque “selon l’étymologie de ce mot, on devient responsable en répondant à quelqu’un/quelque chose”.

La démarche d’Emilie Hache est intéressante. Pourtant, elle peine à convaincre. Sans doute parce que, impressionnée par les auteurs sur lesquels elle s’appuie – Jonas, Latour, mais aussi John Dewey, Jacques Derrida, Jean-Pierre Dupuy, Donna Haraway, etc. -, Emilie Hache ne forme pas une pensée achevée.

Elle évite aussi les questions que suscitent les thèmes abordés ici : on attendrait par exemple d’une philosophe qu’elle explique pourquoi elle récuse l’” opposition entre les éthiques animale et environnementale”, ou qu’elle évoque la question métaphysique que suggère “l’hypothèse Gaïa” développée par James Lovelock, et qui considère la biosphère comme un tout maintenant spontanément la vie.

Des maladresses affaiblissent aussi le propos, comme de noter qu’on trait les vaches cinq fois par jour, que “c’est lors d’un voyage spatial pour chercher la vie sur Mars que Lovelock s’est intéressé à la vie sur Terre”, ou quand les externalités économiques sont présentées comme “notamment composées de ce qu’on appelle communément les ressources naturelles”.

Ce livre n’en demeure pas moins suggestif, quoique modeste dans sa démarche, s’il est vrai que “la tâche du philosophe moral est (…) d’accompagner, de rendre compte des événements moraux”.

Hervé Kempf

Pour se procurer l’ouvrage d’Emilie Hache Ce à quoi nous tenons : Propositions pour une écologie pragmatique

 

 

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Bioéthique : points de vue croisés autour de l’épineuse question du suicide assisté

Publié par Hervé Moine le 31 janvier 2011

Débat proposé par le Monde

Le droit de mourir dignement

L’euthanasie, entre danger et humanité

Mercredi 26 janvier, les sénateurs ont finalement renoncé à instaurer une “assistance médicalisée pour mourir”. Mais le problème éthique demeure entier. Points de vue croisés autour de l’épineuse question du suicide assisté. Pour Robert Holcman, une chose est claire : riches et pauvres ne sont pas égaux devant la mort. C’est pour cela qu’il faut protéger et entourer les plus faibles plutôt que faciliter leur disparition, insistent Pierre Mazeaud et Didier Sicard, car toutes les vies valent d’être vécues, écrit Corine Pelluchon. Et pourtant, ceux qui soufrent ont droit à une autre mort, estime Pierre Zaoui. Mais pourquoi, s’interroge Jean-Louis Lejonc, faudrait-il que l’euthanasie et les soins palliatifs soient contradictoires ? On peut faire bouger un tout petit peu la loi sur l’euthanasie. Pour Thierry Calvat, ce débat législatif ne saurait nous exonérer de nos responsabilités, à nous citoyens, à l’endroit des plus âgés. Mais attention, prévient Danièle Klein-Laharie, car avec une nouvelle législation, il n’y aura plus de rattrapage possible, plus de possibilité de changer d’avis, ni de changer de vie. Gianni Vattimo en sait quelque chose, lui qui raconte qu’il a failli être complice d’un suicide assisté. Mais justement, au nom de la liberté, de l’humanité et de l’égalité, il faut une nouvelle loi sur l’euthanasie, souligne Geneviève Darmon.

http://wwwo.lemonde.fr/idees/ensemble/2011/01/28/l-euthanasie-entre-danger-et-humanite_1471575_3232.html

 

L’euthanasie, un débat sans cesse relancé

Article paru dans la Croix du 26/01/2011

http://www.la-croix.com/L-euthanasie-un-debat-sans-cesse-relance/article/2453314/4076

 

La loi Leonetti, qui proscrit l’acharnement thérapeutique sans légaliser de « permis de tuer », couvre l’immense majorité des situations de fin de vie délicates. Pourtant, en France, les partisans d’un droit à la mort ne désarment pas.

La proposition de loi relative à l’assistance médicalisée pour mourir a été écartée au Sénat dans la nuit de mardi à mercredi (photo ci-contre Demarthon/AFP).

C’est un paradoxe français. Depuis la loi Leonetti du 22 avril 2005, la France dispose d’une des législations sur la fin de vie les plus abouties, fruit d’un travail parlementaire de longue haleine, salué aussi bien par la droite que par la gauche. Une loi dont d’autres pays, comme l’Espagne, souhaitent s’inspirer ; une loi saluée jusque dans les rangs des partisans de l’euthanasie.

Ainsi, le sénateur Jean-Pierre Godefroy (PS, Manche), auteur d’une proposition de loi ouvrant un droit à la mort – texte rejeté en séance mardi 25 janvier –, reconnaît qu’elle « a marqué une avancée significative » et que « l’accès universel aux soins palliatifs est un combat qui nous unit tous ».

Refus de l’acharnement thérapeutique, droit à l’arrêt des traitements, soulagement de la douleur au risque d’abréger la vie, directives anticipées… Lacunaire jusqu’en 2005, le droit français est désormais dense et innovant, couvrant la quasi-totalité des cas où la question d’un arrêt des soins se pose.

Et pourtant, le débat n’est pas clos. Régulièrement, à la faveur de cas médiatisés comme ceux de Vincent Humbert ou de Chantal Sébire, ou du dépôt d’un texte au Parlement, la question de l’euthanasie revient sur le devant de la scène. Étrange, si l’on considère que les situations de fin de vie délicates trouvent une réponse dans la loi Leonetti, loi encore complétée par de nouvelles dispositions après l’affaire Sébire, en 2008.

Il existe plusieurs raisons à ce paradoxe. La première tient à la méconnaissance de cette loi, qui persiste six ans après son vote. Un chiffre, issu d’un sondage OpinionWay (1), en dit long : selon cette enquête, 68 % des Français ignorent qu’il existe une loi interdisant l’acharnement thérapeutique.

“Ce texte oblige les médecins à descendre de leur piédestal”

Or, comme l’a rappelé le ministre de la santé, Xavier Bertrand, mardi, « ce qui est en jeu, c’est l’angoisse de souffrir ». Ne sachant pas qu’un texte proscrit déjà la souffrance en fin de vie, il n’est pas étonnant que l’euthanasie (qui signifie littéralement « bonne mort ») apparaisse, pour beaucoup, comme une solution.

D’autant qu’il ne suffit pas d’inscrire un principe dans la loi pour qu’il s’applique. En la matière, le texte de Jean Leonetti est un triste cas d’école. Dans son rapport d’évaluation, en 2008, le député UMP des Alpes-Maritimes reconnaissait lui-même que sa loi était peu ou mal mise en œuvre.

« Il y a des résistances, car, en introduisant la collégialité, ce texte oblige les médecins à descendre de leur piédestal et à travailler en étroite collaboration avec les soignants », décrypte Jean-Marc La Piana, qui dirige la Maison de soins palliatifs de Gardanne (Bouches-du-Rhône).

De son côté, Louis Puybasset, responsable du service de neuroréanimation de la Pitié-Salpêtrière à Paris, y voit notamment l’effet de la tarification à l’acte dans les hôpitaux. « La tendance actuelle, c’est de faire des actes, ce qui favorise un certain acharnement thérapeutique », regrette ce médecin.

Sans parler du manque d’unités et d’équipes mobiles en soins palliatifs dans certaines régions, même si les choses s’améliorent. Conséquence : à l’heure actuelle, en dépit d’une législation adaptée, il arrive encore très souvent que l’on meure dans de mauvaises conditions. De quoi nourrir les revendications pro-euthanasie.

Mais ce n’est pas tout. Pour les militants d’un droit à la mort, la loi Leonetti, même bien appliquée, ne suffit pas. Ces derniers réclament « l’ultime liberté », au nom du droit de chacun de choisir sa destinée jusqu’au bout.

“Est-on vraiment libre lorsque l’on demande à mourir ?”

« L’autonomie de la volonté, consacrée en matière civile depuis la Révolution, s’est étendue progressivement à tous les domaines de la vie, a expliqué Jean-Pierre Godefroy, mardi, lors de l’examen de sa proposition de loi.

Ce texte propose de mettre fin à un paradoxe selon lequel le respect de la volonté de l’individu ne s’applique pas au moment de sa mort. » D’autant, ajoute-il, que l’on peut soulager la douleur sans parvenir à apaiser la souffrance, dont l’individu est seul juge, selon lui.

Liberté, autonomie, soit, mais « est-on vraiment libre lorsque l’on demande à mourir ? interroge Anne Richard, présidente de la Société française d’accompagnement et de soins palliatifs (Sfap). Quand on en arrive là, c’est que l’on n’a pas d’autre choix. »

Aux médecins, à l’entourage d’entendre ce qui se joue vraiment derrière cette demande, poursuit la chef du service des soins palliatifs au CHU de Saint-Étienne, qui constate que les demandes d’euthanasie disparaissent très souvent lorsque l’on offre au patient une prise en charge adaptée.

On trouve là un autre argument résumé par Jean Leonetti sur le site de l’espace éthique de l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP) : « L’homme en fin de vie et ses proches même sont traversés alternativement de désir de mort et de volonté de vie. Ainsi peuvent se succéder des moments où, devant une douleur intolérable, la mort est demandée, et d’autres où l’espoir renaît et l’attente d’une visite ou d’un événement heureux fait renoncer à ce désir mortifère. Les personnes qui ont réellement attenté à leur vie et qui sont sauvées ne réitèrent qu’exceptionnellement leur projet suicidaire. La liberté n’est-elle pas de pouvoir changer d’avis ? »

“Il faut légiférer pour que le patient prenne la décision”

À cette divergence de fond sur la notion de liberté s’en ajoute une autre : celle du sens donnée aux derniers jours de vie. Pour les uns, il est hypocrite, voire cruel de ne pas accorder « une mort rapide et sans douleur » à un patient en phase terminale d’une maladie incurable dont la souffrance ne peut être apaisée. Car si la loi Leonetti permet au médecin, dans de tels cas, de recourir à la sédation terminale, nul ne sait quand précisément le patient va mourir.

Pour les partisans de l’euthanasie, les heures, voire les jours d’agonie sont inutiles et douloureux, assure l’Association pour le droit de mourir dans la dignité (ADMD) : « Il faut légiférer pour que le patient et lui seul prenne la décision – et non son médecin ou ses proches – et pour que la mort arrive dès que l’acte médical est exécuté, alors qu’il n’intervient aujourd’hui – dans le cas d’une sédation terminale – qu’aux termes de plusieurs jours de souffrance abominables et inutiles, voire plusieurs semaines. »

Pour les autres, au contraire, ce temps est crucial, il a un sens, et il est bien moins cruel ou violent qu’une injection létale à effet immédiat. « Tous les jours, dans mon service, je constate qu’il se passe énormément de choses lors de ces derniers jours, témoigne Louis Puybasset, à la Pitié-Salpêtrière, dès lors que la douleur ou les signes d’inconfort sont pris bien pris en charge. »

Ce médecin évoque tout aussi bien « le passage de témoin entre le parent et son enfant » que « les liens qui se renouent dans des familles parfois déchirées ». L’enjeu : éviter les deuils pathologiques. « Au cours de ce temps-là, ceux qui restent font leur chemin, à leur rythme », ajoute Anne Richard, de la Sfap.

MARINE LAMOUREUX

(1) Sondage réalisé en ligne du 7 au 10 janvier auprès d’un échantillon de 1 015 personnes, représentatif de la population française de 18 ans et plus pour la Sfap.

 

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