Initialement prévu pour informer sur l'actualité philosophique et donner de quoi philosopher à partir de l'actualité, le site Actu Philo est devenu, par la force des choses, un espace hébergeant la Classe Virtuelle de Philosophie pour les élèves de terminales du lycée de Pointe Noire,
Si leur permettre de poursuivre leur travail de préparation à l'épreuve de philosophie du baccalauréat est le but du site, celui-ci est cependant ouvert à tous ceux qui veulent s'initier à la réflexion philosophique ou partager ses pensées en les mettant à l'épreuve du jugement d'autrui.
ActuPhilo est "néthique"
Auteur d’Actu Philo
Hervé Moine, auteur et animateur d'ActuPhilo.
Enseignant, professeur certifié de philosophie, actuellement en poste au lycée Polyvalent de Pointe-Noire en Guadeloupe, précédemment au lycée des îles-sous-le-vent à Raiatea en Polynésie française.
Une lacune à combler
"Hans Jonas est paradoxalement un des philosophes qui reste assez peu étudié et assez peu travaillé en France. Il n’est d’ailleurs pas inscrit au programme de philosophie des classes de Terminale, lors même qu’il nous propose une analyse de premier plan du phénomène gnostique, une ontologie, une éthique générale et appliquée, des perspectives cosmogoniques et théologiques." Eric Pommier
Donner le meilleur de soi
«Actuellement, on se prend au sérieux sans prendre la vie au sérieux, alors qu’elle mérite qu’on lui donne le meilleur de soi. Le jeu en vaut la chandelle» Martin Steffens, Petit traité de la joie.
Je viens de recevoir par mes collègues métropolitains, les sujets de l’épreuve de philosophie du baccalauréat sur les quels ont planché, aujourd’hui, les candidats de la France hexagonale. Aussi, je vous les soumets, avant d’aller chercher mon lot de copies à corriger. C’est la 20ème session de bac que je corrige : ça se fête !
Je n’ai pas les sujets des séries technologiques.
Hervé Moine
Série L
Sujet 1
Le langage trahit-il la pensée ?
Sujet 2
L’objectivité de l’histoire suppose-t-elle l’impartialité de l’historien ?
Sujet 3
Un extrait du «Monde comme volonté et comme représentation» de SCHOPENHAUER.
Il n’y a pas de satisfaction qui d’elle-même et comme de son propre mouvement vienne à nous ; il faut qu’elle soit la satisfaction d’un désir. Le désir, en effet, la privation, est la condition préliminaire de toute jouissance. Or avec la satisfaction cesse le désir et par conséquent la jouissance aussi. Donc la satisfaction, le contentement ne sauraient être qu’une délivrance à l’égard d’une douleur, d’un besoin ; sous ce nom, il ne faut pas entendre en effet seulement la souffrance effective, visible, mais toute espèce de désir qui, par son importunité, trouble notre repos, et même cet ennui qui tue, qui nous fait de l’existence un fardeau.
Or c’est une entreprise difficile d’obtenir, de conquérir un bien quelconque ; pas d’objet qui ne soit séparé de nous par des difficultés, des travaux sans fin ; sur la route, à chaque pas, surgissent des obstacles. Et la conquête une fois faite, l’objet atteint, qu’a-t-on gagné ? Rien assurément, que de s’être délivré de quelque souffrance, de quelque désir, d’être revenu à l’état où l’on se trouvait avant l’apparition de ce désir.
Le fait immédiat pour nous, c’est le besoin tout seul c’est-à-dire la douleur. Pour la satisfaction et la jouissance, nous ne pouvons les connaître qu’indirectement ; il nous faut faire appel au souvenir de la souffrance, de la privation passée, qu’elles ont chassées tout d’abord. Voilà pourquoi les biens, les avantages qui sont actuellement en notre possession, nous n’en avons pas une vraie conscience, nous ne les apprécions pas ; il nous semble qu’il n’en pouvait être autrement ; et, en effet, tout le bonheur qu’ils nous donnent, c’est d’écarter de nous certaines souffrances. Il faut les perdre pour en sentir le prix ; le manque, la privation, la douleur, voilà la chose positive, et qui sans intermédiaire s’offre à nous.
Série ES
Sujet 1
Que gagne-t-on à échanger ?
Sujet 2
Le développement technique transforme-t-il les hommes ?
Sujet 3
Un extrait d’ «Essai sur l’entendement humain» de John LOCKE
Quant à savoir s’il existe le moindre principe moral qui fasse l’accord de tous, j’en appelle à toute personne un tant soit peu versée dans l’histoire de l’humanité, qui ait jeté un regard plus loin que le bout de son nez. Où trouve-t-on cette vérité pratique universellement acceptée sans doute ni problème aucun, comme devrait l’être une vérité innée ? La justice et le respect des contrats semblent faire l’accord du plus grand nombre ; c’est un principe qui, pense-t-on, pénètre jusque dans les repaires de brigands, et dans les bandes des plus grands malfaiteurs ; et ceux qui sont allés le plus loin dans l’abandon de leur humanité respectent la fidélité et la justice entre eux.
Je reconnais que les hors-la-loi eux-mêmes les respectent entre eux ; mais ces règles ne sont pas respectées comme des lois de nature innées : elles sont appliquées comme des règles utiles dans leur communauté ; et on ne peut concevoir que celui qui agit correctement avec ses complices mais pille et assassine en même temps le premier honnête homme venu, embrasse la justice comme un principe pratique.
La justice et la vérité sont les liens élémentaires de toute société : même les hors-la-loi et les voleurs, qui ont par ailleurs rompu avec le monde, doivent donc garder entre eux la fidélité et les règles de l’équité, sans quoi ils ne pourraient rester ensemble. Mais qui soutiendrait que ceux qui vivent de fraude et de rapine ont des principes innés de vérité et de justice, qu’ils acceptent et reconnaissent ?
Série S
Sujet 1
Est-il absurde de désirer l’impossible ?
Sujet 2
Y a-t-il des questions auxquelles aucune science ne répond ?
Sujet 3
Un extrait de «De la démocratie en Amérique» de TOCQUEVILLE
Les affaires générales d’un pays n’occupent que les principaux citoyens. Ceux-là ne se rassemblent que de loin en loin dans les mêmes lieux ; et, comme il arrive souvent qu’ensuite ils se perdent de vue, il ne s’établit pas entre eux de liens durables. Mais quand il s’agit de faire régler les affaires particulières d’un canton par les hommes qui l’habitent, les mêmes individus sont toujours en contact, et ils sont en quelque sorte forcés de se connaître et de se complaire.
On tire difficilement un homme de lui-même pour l’intéresser à la destinée de tout l’État, parce qu’il comprend mal l’influence que la destinée de l’État peut exercer sur son sort. Mais faut-il faire passer un chemin au bout de son domaine, il verra d’un premier coup d’œil qu’il se rencontre un rapport entre cette petite affaire publique et ses plus grandes affaires privées, et il découvrira, sans qu’on le lui montre, le lien étroit qui unit ici l’intérêt particulier à l’intérêt général.
C’est donc en chargeant les citoyens de l’administration des petites affaires, bien plus qu’en leur livrant le gouvernement des grandes, qu’on les intéresse au bien public et qu’on leur fait voir le besoin qu’ils ont sans cesse les uns des autres pour le produire.
On peut, par une action d’éclat, captiver tout à coup la faveur d’un peuple ; mais, pour gagner l’amour et le respect de la population qui vous entoure, il faut une longue succession de petits services rendus, de bons offices obscurs, une habitude constante de bienveillance et une réputation bien établie de désintéressement. Les libertés locales, qui font qu’un grand nombre de citoyens mettent du prix à l’affection de leurs voisins et de leurs proches, ramènent donc sans cesse les hommes les uns vers les autres, en dépit des instincts qui les séparent, et les forcent à s’entraider.
Pourquoi vouloir à tout prix connaître la vérité ?
Sujet 2
Le droit doit-il être fondé sur la nature ?
Sujet 3
Nous sentons la douleur, mais non l’absence de douleur; le souci, mais non l’absence de souci ; la crainte, mais non la sécurité. Nous ressentons le désir, comme nous ressentons la faim et la soif ; mais le désir est-il satisfait, aussitôt il en advient de lui comme de ces morceaux goûtés par nous et qui cessent d’exister pour notre sensibilité, dès le moment où nous les avalons. Nous remarquons douloureusement l’absence des jouissances et des joies, et nous les regrettons aussitôt; au contraire, la disparition de la douleur, quand bien même elle ne nous quitte qu’après longtemps, n’est pas immédiatement sentie, mais tout au plus y pense-t-on parce qu’on veut y penser, par le moyen de la réflexion. Seules, en effet, la douleur et la privation peuvent produire une impression positive et par là se dénoncer d’elles-mêmes : le bien-être, au contraire, n’est que pure négation. Aussi n’apprécions-nous pas les trois plus grands biens de la vie, la santé, la jeunesse et la liberté, tant que nous les possédons ; pour en comprendre la valeur, il faut que nous les ayons perdus, car ils sont aussi négatifs. Que notre vie était heureuse, c’est ce dont nous ne nous apercevons qu’au moment où ces jours heureux ont fait place à des jours malheureux. Autant les jouissances augmentent, autant diminue l’aptitude à les goûter : le plaisir devenu habitude n’est plus éprouvé comme tel. Mais par là-même grandit la faculté de ressentir la souffrance; car la disparition d’un plaisir habituel cause une impression douloureuse. Ainsi la possession accroît la mesure de nos besoins, et du même coup la capacité de ressentir la douleur.
Schopenhauer, Le monde comme volonté et représentation
La connaissance de la doctrine de l’auteur n’est pas requise. Il faut et il suffit que l’explication rende compte, par la compréhension précise du texte, du problème dont il est question.
Je vous propose ici une introduction et une démarche possible pour le développement. Il conviendrait de poursuivre ce travail en creusant le développement et en rédigeant une conclusion.
Sujet : “Le langage est-il une invention humaine ?”
Proposition d’une introduction rédigée.
Le langage apparaît, de toute évidence, comme technique de communication. En ce sens, ne fait-il pas partie des inventions humaines, au même titre que toutes celles qui font de l’homme un être de culture, que toutes celles qui font de lui un être distinct de tous les autres êtres de la nature ? Inventer, c’est produire du nouveau, c’est faire apparaître quelque chose qui n’existait pas encore, c’est créer.
Mais, dans quelle mesure, le langage serait-il une invention proprement humaine ? S’agit-il d’une pure invention émanant de l’esprit humain, une création de quelque chose que la nature elle-même n’offrirait pas ? Pourtant, d’une part, si le langage est faculté propre à l’homme, ne doit-on pas alors penser celle-ci comme innée et donc naturelle en l’homme ? D’autre part, force est de constater que, dans la nature, l’homme est loin d’être le seul à communiquer. Et, pour ne pas aller jusqu’à dire que dans la nature tout communique, il est possible tout du moins d’affirmer que cette capacité à échanger des informations et à utiliser des codes pour des fins de communication est largement partagée.
Ainsi, peut-on alors toujours dire que le langage est une invention humaine ? En fait, toute la question est de savoir si le langage provient ou non d’une disposition naturelle, ou bien alors, s’il est de l’ordre de la création de l’esprit humain ? En un mot, le langage relève-t-il de la nature ou de la culture ?
Proposition d’un cheminement en vue de la rédaction du développement de la dissertation.
Nous nous proposerons de penser le problème que soulève le sujet en trois temps :
1. Tout d’abord, il conviendra dans un premier temps de montrer que le langage est, une faculté naturelle c’est-à-dire une disposition innée que l’on trouve chez l’homme, chez tout homme mais pas seulement chez lui. Cette première partie montrera que le langage est partagé par tous les êtres de la nature et par conséquent qu’il est alors bien difficile de parler d’une invention humaine. Cette thèse, selon laquelle, l’homme ne se donne pas lui-même la faculté de langage ne résout cependant pas le problème : si en tant que faculté, il n’apparaît pas possible d’affirmer le langage en terme d’invention humaine, cela ne veut pas dire pour autant qu’en terme de réalisation, de codes de communication, il soit de l’ordre de la nature. C’est ce que s’efforcera de démontrer le deuxième temps du développement.
2. Ensuite, dans un deuxième temps en effet, des arguments qui attestent l’idée du langage comme invention humaine seront avancés : la diversité et le caractère arbitraire et conventionnel des langues sont bel et bien signes d’invention proprement humaine. Sur le plan des codes de communication, le langage animal apparaît limité et borné à la différence de celui de l’homme sans cesse ouvert. L’aspect conventionnel du langage humain montre à l’évidence qu’il est le fait de son invention. Cependant, cette thèse qui fait de l’existence des langues la preuve même du langage humain une invention humaine ne permet pas de répondre à la difficile question de l’origine du langage humain.
3. Enfin, peut-on vraiment penser l’origine du langage comme pure convention, pose problème. Et c’est ce problème qui sera creusé dans un dernier temps. Comment penser la langue des origines ? Celle-ci peut-elle avoir été inventée ? Cette partie montrera notamment que le langage tient en fait à la fois de la nature et de la culture.
“L’homme ne peut devenir homme que par l’éducation. Il n’est que ce que l’éducation fait de lui. Il faut bien remarquer que l’homme n’est éduqué que par des hommes et par des hommes qui ont également été éduqués. C’est pourquoi le manque de discipline et d’instruction (que l’on remarque) chez quelques hommes fait de ceux-ci de mauvais éducateurs pour les éléves. Si seulement un être d’une nature supérieure se chargeait de notre éducation, on verrait alors ce que l’on peut faire de l’homme.
Mais comme l’éducation d’une part ne fait qu’apprendre certaines choses aux hommes et d’autre part ne fait que développer en eux certaines qualités, il est impossible de savoir jusqu’où vont les dispositions naturelles de l’homme. Si du moins avec l’appui des grands de ce monde et réunissant les forces de beaucoup d’hommes on faisait une expérience, cela nous donnerait déjà beaucoup de lumières pour savoir jusqu’où il est possible que l’homme s’avance?”
Il apparaît évident que l’obéissance s’oppose à la liberté. En effet, obéir est se soumettre à une volonté, à une loi extérieure à soi, alors qu’être libre c’est être soi-même le sujet de sa propre volonté, de sa propre loi.
Cependant, à y réfléchir de plus près, on peut faire apparaître un jugement tout à fait inverse. On peut également observer en effet que la soumission à la volonté étrangère peut ou bien volontaire ou bien forcée. Si elle est volontaire, elle est donc acceptée, et, dans ce cas, il n’y a pas renonciation à la liberté, puisque l’obéissance provient d’un choix qui a été fait à partir d’une libre décision du sujet. Et, si elle est au contraire forcée, il n’y a pas plus renonciation à la liberté, celle-ci ne pouvant plus simplement s’exercer. Ou bien j’accepte volontairement d’obéir et je renonce nullement à ma liberté ou bien on me force par la contrainte d’obéir et je ne peux l’exercer ce qui ne veut pas dire que j’y ai renoncé.
Mais n’est-il pas un type d’obéissance remettant en cause la liberté ? Puis-je décider à mon gré d’obéir ou de ne pas obéir aux lois du déterminisme naturel ? Les lois de la nature ne me laissent pas le choix. Et les lois politiques et juridiques ainsi que les lois morales ne me mettent-elles pas, de la même manière, dans l’obligation de m’y soumettre ? Y a-t-il contradiction entre être libre et être soumis aux lois ? En d’autres termes, obéir, est-ce renoncer à sa liberté ?
Pour illustrer le cours : qu’en est-il de la nature humaine ?
Que penser de cette croyance couramment soutenue, croyance en l’existence d’une nature humaine, d’une essence de l’homme indépendante du contexte social ?
On ne peut certes nier que l’homme possède des facultés innées, c’est-à-dire naturelles qui permettent de le définir comme un être pensant, parlant et fabricateur d’outils et de techniques. L’homme est bien Homo Sapiens, Homo Loquax et Homo Faber. Mais, l’homme ne réalise ses facultés, ses aptitudes naturelles que dans une forme d’organisation donnée, à la différence de l’animal, dont tous les comportements, chez lui, sont inscrit à l’avance dans le programme génétique et sont, de ce fait, héréditaires.
La preuve que l’homme ne peut vivre en dehors du contexte social, condition sans laquelle ses dispositions naturelles ne sont rien, c’est Lucien Malson qui nous la donne dans son ouvrage Les enfants sauvages 10/18. En effet, à travers ses nombreuses études cliniques d’enfants ou d’adolescents ayant vécu tout ou une partie de leur vie sans contact avec leurs congénères humains, il démontre que « le comportement chez l’homme ne doit pas à l’hérédité spécifique ce qu’il lui doit chez l’animal » (p.8).
Par exemple, un chat domestique lâché dans la nature, retrouvera d’instinct comme on dit, les comportements naturels propres à son espèce, par exemple, ses instincts de chasse, de reproduction etc. instincts qu’il n’a d’ailleurs pas totalement perdus dans sa domestication. L’être humain, au contraire, lorsqu’il est privé dès ses premières années de son environnement culturel, sera incapable de survivre, si ce n’est dans certains cas à la faveur de circonstances exceptionnelles, et restera en deçà même de l’animalité, et ce définitivement, si la société le récupère trop tard.
Lucien Malson, Les enfants sauvages, Mythe et réalité
« C’est une idée désormais conquise que l’homme n’a point de nature mais qu’il a – ou plutôt qu’il est – une histoire. Ce que l’existentialisme affirmait et qui fit scandale, on ne sait pas trop pourquoi, naguère, apparaît comme une vérité qu’on peut voir annoncée en tous les grands courants de pensée contemporaine », (p.7).
« Les enfants privés trop tôt de tout commerce social, – ces enfants qu’on appelle « sauvages » – demeurent démunis dans leur solitude au point d’apparaître comme des bêtes dérisoires, comme de moindres animaux. Au lieu d’un état de nature où l’homo sapiens et l’homo faber rudimentaires se laisseraient apercevoir, il nous est donné d’observer une simple condition aberrante, au niveau de laquelle toute psychologie vire en tératologie. » (p.8)
“Avant la rencontre d’autrui, et du groupe, l’homme n’est rien que des virtualités aussi légères qu’une transparente vapeur. Toute condensation suppose un milieu, c’est-à-dire le monde des autres.” (p.9)
“La vérité que proclame en définitive tout ceci c’est que l’homme, avant l’éducation, n’est qu’une simple éventualité, c’est-à-dire moins, même, qu’une espérance” (p.99).
Nous terminons notre lecture de l’ouvrage de Descartes, par cette dernière partie, le deuxième volet de la “connaissance de la nature”. Et comme c’était le cas, dans les cours précédents, nous terminerons par des questions dont le but est de vous accompagner dans votre lecture et pour vous permettre de l’approfondir.
René Descartes
IV CONNAISSANCE DE LA NATURE (suite)
F. Sixième partie du Discours de la Méthode
“Et en la dernière, quelles choses il croit être requises pour aller plus en avant en la recherche de la nature qu’il n’a été, et quelles raisons l’ont fait écrire.”
Le but de Descartes, dans l’ultime partie de cette préface, est de chercher à susciter la curiosité du public et de rechercher des mécènes. En douze paragraphes et deux mouvements, l’auteur déploie sa stratégie.
1°) [para.1 à 3] Le premier moment montre que la connaissance doit maîtriser la nature.
Pour Descartes, la philosophie doit être pratique et rendre maître les hommes “comme maîtres et possesseurs de la nature”. Pour cela, il faut combiner les raisonnements théoriques et les observations expérimentales. Il insiste sur la nécessité des expérimentations pour la recherche scientifique.
2°} [para.4 à 12] Le second moment nous montre les hésitations de Descartes à publier ou ne pas publier.
D’abord, Descartes passe en revue les motifs qui pourraient encore le forcer à publier, puis il reprend les raisons tout aussi fortes qui le retiennent (la confrontation de ses thèses avec celles des autres lui fait courir le risque d’être attaqué et dérangé dans ses recherches), et enfin, il dit pourquoi il ne livre que des fragments et des aperçus de sa physique.
QUESTIONS
Que signifie “procurer autant qu’il est en nous le bien général de tous les hommes” [2ème paragraphe] ? Quel est ce bien ?
Comment interpréter la célèbre formule : “nous rendre comme maître et possesseur de la nature” ? Dieu n’est-il pas le seul à maîtriser et à posséder la nature ?
Un seul homme peut-il venir à bout de la connaissance des forces naturelles ? Descartes pense-t-il épuiser ces ressources à lui seul ?
A quoi sert l’image du lierre, et que prouve-t-elle contre les scolastiques qui cherchent à expliquer la nature à partir des livres du maître ?
Maîtrise et démiurgie : peut-on tout se permettre envers ce qu’on maîtrise ?
La brièveté de la vie et ses conséquences éthiques ?
Devoirs de l’homme privé, devoirs de l’homme public : que doit-on à l’humanité ?
Vous pouvez utiliser la fonction commentaire ci-dessous et y déposer vos contributions relatives à la lecture de cette première partie de l’ouvrage et concernant les réponses aux questions.
Nous abordons à présent la dernière grande partie du Discours de la méthode, à savoir “la connaissance de la nature”, celle-ci est traitée dans la 5ème et 6ème partie de l’ouvrage. Ce cours aura pour objectif de lire la cinquième et avant dernière partie de l’œuvre. Et pour compléter ce cours, vous trouverez des questions.
René Descartes
IV CONNAISSANCE DE LA NATURE
E. Cinquième partie du Discours de la Méthode
“En la cinquième, l’ordre des questions de physique qu’il a cherchées, et particulièrement l’explication du mouvement du cœur et de quelques autres difficultés qui appartiennent à la médecine, puis aussi la différence qui est en notre âme et celle des bêtes.”
La cinquième partie du Discours ébauche le développement de la vision mécaniste du monde corporel par des aperçus sur la physique et sur sa physiologie. Le monde sensible étant justifié (4ème partie), il s’agit de montrer d’abord, comment l’optique de la certitude s’applique à la nature ; ensuite, comment elle permet de poser rationnellement le mécanisme ; et enfin, comment seule cette thèse permet d’effectuer une différentiation entre la machine, l’animal et l’homme. Ce triple mouvement est déployé dans cette présente partie, en onze paragraphes.
1°) [para. 1 à 3} Descartes montre, dans un premier moment, que la nature peut être connue par l'homme.
Pour éviter les controverses, Descartes indique à grands traits le contenu du Traité du Monde qu'il n'avait pu terminer en 1633, à cause de la condamnation de Galilée. Ce livre contenait les fondements de la physique : les lois de la nature, établies par Dieu en nos âmes, déduites, donc, des premières vérités métaphysiques. Descartes affirme qu'en connaissant Dieu et en suivant la raison on peut reconstruire intellectuellement le monde. Mais il se contente ici d'affirmations générales par crainte de heurter les autorités religieuses.
2°) [para.4 à 9] Le deuxième mouvement de cette partie présente la théorie du corps-machine.
Descartes explique le mouvement du sang en faisant du cœur une chaudière qui chauffe le sang et le rend fluide. Le mouvement du sang s’explique de façon purement mécanique, ce qui signifie par extension que tous les corps sont des machines.
3°) [para. l0 et 11] Le troisième mouvement a pour idée essentielle que seul l’homme est doté d’une âme.
Selon Descartes, si les animaux ne sont que des machines, car ils ne sont que corps et n’ont point de raison (d’ailleurs, le fait qu’ils n’aient pas de langage en est la preuve), seul l’homme a une raison et donc une âme. L’homme est un être composé d’un corps et d’une âme.
QUESTIONS
Une fois établi le principe de la vérité de la pensée, pourquoi la connaissance de la nature devient-elle possible ?
Comment Descartes entend-il traiter des lois de la nature et dans quelles limites ?
Y a-t-il un enjeu de méthode à concevoir le mouvement du coeur comme l’effet d’un bouillonnement du sang ?
La physique est-elle rendue possible par la véracité divine ?
La distinction de l’étendue et de la pensée permet-elle de mieux comprendre le mouvements des corps ?
Qu’est-ce qu’une interprétation mécaniste de la vie ?
Vous pouvez utiliser la fonction commentaire ci-dessous et y déposer vos contributions relatives à la lecture de cette première partie de l’ouvrage et concernant les réponses aux questions.
1. Ce texte se situe au chapitre III, du livre I du Contrat social, intitulé Du droit du plus fort.
2. Précédemment Rousseau, dans le chapitre I du livre I du Contrat social, s’interroge sur ce qui fait que l’homme a perdu sa liberté originelle : « l’homme est né libre et partout il est dans les fers ». Et il en vient à examiner l’origine et la nature du droit du plus fort, au nom duquel justement disparaît cette liberté. Autrement dit, constatant que la société corrompt l’homme naturel et que le mal existe dans la société des hommes, Rousseau recherche un remède, non pas comme on le croit trop souvent par un retour à l’état de nature puisque l’homme ne peut vivre à l’état naturel et qu’il a besoin de relations sociales, mais en transformant la société corrompue. Pour cela, il faut, selon lui, tenter de trouver une forme de société dans laquelle l’homme puisse vraiment se réaliser et se reconnaître. Et c’est cette tentative qui est justement l’objectif du Contrat social. La question est de savoir sur quoi doit se fonder le vrai contrat. Selon lui le vrai contrat de se reposer sur le droit.
3. Ainsi la question que se pose Rousseau dans ce texte peut être formulée de la manière suivante : Peut-on fonder le droit sur la force ?
4. La réponse de Rousseau, dans cet extrait du chapitre III, du Livre I est claire : En aucun cas la force ne peut fonder et engendre le droit et que c’est le droit qui fait la force.
5. Rousseau, dans cet extrait vise et critique les partisans du droit du plus fort, tels Calliclès, personnage interlocuteur de Socrate dans le Gorgias de Platon et le philosophe Thomas Hobbes pour qui la force est au fondement du droit positif, c’est-à-dire au droit réel, tel qu’il est institué. Au contraire, pour Rousseau il existe un fossé d’une part entre la force et la contrainte, et d’autre part entre le droit et la valeur morale.
6. L’argumentation de Rousseau s’établit justement dans une critique de la thèse selon laquelle le droit se fonder sur la force, en montrant qu’elle est en pleine contradiction. En effet, afin de démontrer sa thèse, Rousseau montre tout d’abord que la force triomphante se perpétue en établissant un droit : « le plus fort n’est jamais assez fort pour être toujours le maître, s’il ne transforme sa force en droit et l’obéissance en devoir ». Mais à cela ensuite, il ajoute qu’une puissance physique ne peut créer en aucun cas ni moralité ni devoir ; « La force est une puissance physique ; je ne vois point quelle moralité peut résulter de ses effets (…) En quel sens pourra-ce être un devoir ? ». Enfin, il montre que le raisonnement selon lequel droit doit se fonder sur la force ne peut que constituer un cercle vicieux « un galimatias inexplicable » et qui par là se détruit lui-même en se contredisant : « un droit qui périt quand la force cesse (…) S’il faut obéir par force, on n’a pas besoin d’obéir par devoir, et si l’on est plus forcé d’obéir, on n’y est plus obligé ».
7. A voir
Conseil : Il conviendrait par exemple maintenant de construire une introduction (Contexte/ Question /Thèse) un développement qui développerait dans une partie l’argumentation de l’auteur par l’étude détaillée de la logique du texte, dans une deuxième partie une reprise du texte en suivant l’ordre de sa composition afin de l’expliquer dans le détail en prenant soin de conceptualiser les notions importantes et enfin de construire une dernière partie en dégageant l’intérêt philosophique et en prolongeant la connaissance de l’extrait en faisant référence avec ce que dit Rousseau dans la suite du Livre I . En outre, il sera possible de nourrir cette étude par la connaissance de la philosophie de Hobbes à laquelle s’oppose Rousseau.
Proposition d’un travail personnel : Rédiger le développement et s’entraîner à l’exposer oralement.