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Actualité philosophique et réflexion philosophique sur l'actualité

Articles Tagués ‘philosophie’

Un avant goût de Saint Valentin

Publié par Hervé Moine le 12 février 2011

 

Amour, couple et philosophie

Publié dans la Dépèche Rozès et sa région

 

Dans le cadre du week-end littéraire organisé par les quatre associations culturelles de Bonas, Bezolles, Rozès et Valence, « Confluences » était hébergé par le charmant village de Lagardère. Plus de 60 personnes ont assisté à une très intéressante et passionnante conférence-débat de Patrick Dupouey, professeur de philosophie. Elle a porté sur le thème : « L’amour, le couple, le mariage », s’inspirant des écrits des philosophes Alain et Sartre. La clôture de ce week-end littéraire autour du verre de l’amitié a ensuite été l’occasion de remercier tous les bénévoles qui se sont investis sans compter pour la réussite de ce premier rendez-vous et plus particulièrement Fabienne Corby, la coordinatrice de ce week-end, qui ne demande qu’à être renouvelé. Les coprésidents de « Confluences », Bernard Delor et Christelle Thiriet, peuvent être satisfaits de leur initiative.

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Une introduction à Michel Foucault et le premier cours du maître au Collège de France

Publié par Hervé Moine le 12 février 2011

Michel Foucault

Leçons sur la volonté de savoir

Cours au Collège de France, 1970-1971

suivi de Le savoir d’Oedipe

Gallimard / Seuil

 

Michel Foucault (1926-1984) est le philosophe de la deuxième moitié du XXe siècle dont l’œuvre est la plus commentée dans le monde. Paraît aujourd’hui la transcription de son premier cours au Collège de France (1970), Leçons sur la volonté de savoir, centré sur l’étude de la tragédie de Sophocle Œdipe roi, dont il fait la matrice de toute forme de révolution : un souverain, atteint de démesure, est, sans le savoir, marqué d’une souillure : époux de sa mère, assassin de son père, père de ses frères. Il perd le pouvoir à mesure qu’il prend conscience de la vérité de son état. Il est destitué au profit d’une nouvelle souveraineté : celle du peuple et du sage.

Présentation de l’éditeur

Voici le premier cours de Michel Foucault, professé au Collège de France en 1971. Foucault fait suite ici à l’annonce de sa leçon inaugurale dans laquelle il déclarait vouloir établir une généalogie du savoir. Le véritable thème de ce cours est moins la possibilité de cette entreprise que ses effets sur notre conception de la vérité depuis Platon, c’est-à-dire sur la philosophie elle-même. D’Hésiode à Nietzsche, Foucault, Foucault poursuit une réflexion qui se nourrit aussi à des sources plus contemporaines, explicites ou implicites : Heidegger, Jean-Pierre-Vernant, Marcel Detienne, notamment. Michel Foucault a été professeur au Collège de France. Il est notamment l’auteur de Histoire de la folie à l’âge classique (Gallimard) et de Les Mots et les Choses (Gallimard).

Edition établie sous la direction de François Ewald, Alexandro Fontana et Daniel Defert. Gallimard/Seuil, “Hautes études”, 318 p.

Pour se procurer l’ouvrage Leçons sur la volonté de savoir : Cours au Collège de France (1970-1971) suivi de Le savoir d’Oedipe Cours donnés par Michel Foucault

CRITIQUE

Michel Foucault en toute liberté

Article de Elisabeth Roudinesco publié dans le Monde des livres du 10 février 2011, paru dans l’édition du 11

http://www.lemonde.fr/livres/article/2011/02/10/lecons-sur-la-volonte-de-savoir-cours-au-college-de-france-1970-1971-de-michel-foucault_1477793_3260.html#ens_id=1471279

LE MONDE DES LIVRES | 10.02.11 | 11h07 • Mis à jour le 11.02.11 | 17h18

Alors que paraissent ses premiers cours au Collège de France, plusieurs ouvrages permettent de réévaluer le legs de celui qui est aujourd’hui le philosophe le plus lu et le plus commenté de la deuxième moitié du XXe siècle. L’occasion pour son compagnon Daniel Defert de rappeler que “les pistes qu’il explorait étaient interprétables selon des idéologies conflictuelles” et qu’aucune lecture univoque ne saurait épuiser la richesse d’une telle oeuvre.

Considéré comme un extrémiste pour sa défense des minorités et des exclus, attaqué par les historiens qui le jugeaient trop philosophe et par les philosophes qui le trouvaient trop historien, accusé d’avoir soutenu la révolution islamique en Iran en 1979, voué aux gémonies par des puritains fous qui virent en lui un assassin transmettant le sida, Michel Foucault est aujourd’hui, plus de vingt-cinq ans après sa mort, le penseur de la deuxième moitié du XXe siècle le plus lu et le plus commenté dans le monde, autant par les spécialistes des études culturelles et les tenants du libéralisme que par les post-marxistes et les théoriciens de la littérature, de l’art et de l’histoire des sciences. Aucune lecture univoque ne saurait épuiser la richesse d’une telle oeuvre.

Proche de la deuxième gauche, Foucault a laissé un immense héritage conceptuel, permettant une nouvelle approche universelle de la sexualité, de la folie, de la médecine, de la psychopathologie, de la philosophie et des grands savoirs institués : science, économie, politique, droit. Il est mort trop tôt pour avoir le temps d’aborder tous les thèmes qui le hantaient. Du coup, le rassemblement des textes et entretiens (Dits et écrits, Gallimard, 1994) et l’établissement des cours qu’il donna au Collège de France, de 1970 à 1984, qui s’ajoutent à des ouvrages classiques somptueusement écrits, n’en sont que plus fascinants : on y trouve pêle-mêle toutes les formes d’une pensée en perpétuelle effervescence.

En 1970-1971, pour la première année de son cours au Collège de France – ces Leçons sur la volonté de savoir qui paraissent aujourd’hui et annoncent l’ensemble à venir -, Foucault décide de montrer, à travers un commentaire des grands textes de la Grèce ancienne (Hésiode, Aristote, Homère, Sophocle, les Sophistes), éclairés par Kant, Spinoza et Nietzsche, comment chaque époque produit des discours visant à départager le vrai et le faux, le juste et l’injuste, le pur et l’impur. En un mot, il s’agit pour lui de mettre en évidence comment, derrière l’ordre apparent des mots et des choses, se constituent des énoncés transgressifs : désordres, rituels, césures, failles.

Ainsi s’affrontent sans cesse plusieurs types de savoirs, entre volonté de souveraineté et désir de vérité : haute autorité monarchique de l’Un, d’une part, disparité engendrée par la négation de toute unité, de l’autre.

Au coeur de ces Leçons, Foucault consacre un chapitre entier à la pièce de Sophocle, Œdipe roi, qui témoigne, selon lui, et de façon emblématique, d’un moment originel d’affrontement, pour la pensée occidentale, de tous les types de savoirs. Il donnera six variantes de ce commentaire, après la conférence du 12 mars 1971, “Le savoir d’Œdipe”, ajoutée ici par l’éditeur dans ce volume programmatique.

Pour éviter que ne se réalise l’oracle d’Apollon, qui lui avait prédit qu’il serait tué par son fils, Laïos, époux de Jocaste et descendant de la famille des Labdacides, remet son nouveau-né à un serviteur après lui avoir percé les pieds. Au lieu de le conduire au mont Cithéron, celui-ci le confie à un berger qui le donne à Polybe, roi de Corinthe sans descendance. Parvenu à l’âge adulte, Œdipe, croyant fuir l’oracle, se rend à Thèbes. Sur le chemin, il croise Laïos et le tue au cours d’une rixe. Il résout l’énigme de la Sphinge puis épouse Jocaste qu’il n’aime ni ne désire et dont il aura quatre enfants. Quand la peste s’abat sur la cité, il enquête pour savoir la vérité que Tirésias, le devin aveugle, connaît. Un messager, l’ancien serviteur, lui annonce la mort de Polybe mais lui raconte aussi comment il l’a recueilli autrefois des mains du berger. Jocaste se pend et Œdipe se crève les yeux.

Pour les Grecs, Œdipe est un héros tragique atteint de démesure. Il se croit puissant par son savoir et sa sagesse mais il est contraint de se découvrir autre que lui-même, une souillure qui trouble l’ordre des générations, un “boiteux”, fils et époux de sa mère, père et frère de ses enfants, assassin de son géniteur.

Michel Foucault 1926 - 1984

Lorsque Freud s’empare de cette affaire en 1896, il détourne la signification grecque de la tragédie pour faire d’Œdipe un héros coupable de désirer inconsciemment sa mère au point de vouloir tuer son père, liant ainsi la psychanalyse au destin de la famille bourgeoise moderne : destitution du père par les fils, volonté d’une fusion avec la mère, comme figure première de tous les attachements affectifs.

Critiquant cette réinvention freudienne, Foucault affirme que la tragédie oedipienne met en scène l’affrontement entre différents types de savoirs : procédure judiciaire de l’enquête, loi divinatoire, souveraineté transgressive, savoir des hommes d’en-bas (le messager, le berger), connaissance vraie du devin. Et il en tire la conclusion qu’il s’agit là d’un schème fondateur : tout savoir unificateur peut être battu en brèche par le savoir d’un peuple et par celui du sage (Tirésias). En devenant impur, Œdipe perd le savoir sur la vérité, il ne peut plus gouverner : “Œdipe ne raconte pas la vérité de nos instincts et de notre désir, affirme Foucault, mais un système de contrainte auquel obéit, depuis la Grèce, le discours de vérité dans les société occidentales.”

On voit donc ici de quelle manière Foucault se confronte au discours psychanalytique, dont il fait un moment de la constitution d’un nouveau savoir sur l’homme. Et c’est pourquoi, en 1976, dans La Volonté de savoir, premier volume d’une Histoire de la sexualité, dont le titre est emprunté à ce premier cours, il transformera Freud en une sorte d’Œdipe réinstituant le pouvoir symbolique d’une souveraineté perdue (la loi du père) mais affrontant la montée en puissance des trois figures rebelles de la femme hystérique, de l’enfant masturbateur et de l’homosexuel. Manière de penser les fondements d’une histoire de la psychanalyse.

Mais, au-delà de cette confrontation, ce superbe commentaire d’Œdipe traduit la conception politique de Foucault. Loin de tout anti-humanisme – terme dont il avait horreur -, il fait de la liaison entre le savoir du sage et celui de la société civile la condition de l’émergence d’un véritable discours démocratique capable de renverser les souverainetés archaïques.

L’établissement du cours par Daniel Defert à partir de notes manuscrites, sa présentation, la bibliographie et les index – dont un des termes grecs – sont parfaits. Voilà donc une belle restitution de la parole foucaldienne, à travers laquelle on a l’impression d’entendre la voix métallique du philosophe s’adressant à la foule de ses auditeurs, sans le moindre effet oratoire, avec parfois ses deux mains posées le long de son visage.

Elisabeth Roudinesco

Pour se procurer l’ouvrage Leçons sur la volonté de savoir : Cours au Collège de France (1970-1971) suivi de Le savoir d’Oedipe Cours donnés par Michel Foucault

 

Jean-François Bert

Introduction à Michel Foucault

Collection Repères / Sociologie

Editions La Découverte

 

Présentation de l’éditeur

Michel Foucault (1926-1984) aura été en France le plus novateur des maîtres à penser, maître par défaut, sans programme articulé, qui a su pourtant offrir à ses nombreux lecteurs issus des disciplines les plus variées une « boîte à outils » qu’il dévoile par fragments (entretiens, cours, articles, livres…).

A plus d’un titre, les modes d’investigation développés par Foucault ont des points communs avec certaines démarches des sciences sociales : sa rupture explicite d’avec la problématique classique de la souveraineté, ses attentions portées aux micromécanismes de la domination, sa façon d’interroger les institutions ou les manières de gouverner… Pourtant, les notions clés qu’il développe, (« archéologie », « généalogie », « discipline », « gouvernementalité », « subjectivation »…), redéfinies tout au long de son parcours, n’ont pas fait l’unanimité chez les historiens, les sociologues ou les anthropologues, ou encore les criminologues ou les spécialistes du droit, passés ou modernes.

Foucault n’est pas de ceux qui se laissent facilement saisir et l’objectif de cet ouvrage est d’éclairer, dans toute leur richesse et leur diversité, les enjeux de ses travaux pour en faire ressortir l’intérêt actuel pour les sciences sociales et, pourquoi pas, aider à penser différemment l’enfermement, les institutions et la société, le rapport à soi et le dire-vrai.

L’auteur Jean-François Bert

Jean-François Bert est sociologue à l’Institut interdisciplinaire d’anthropologie du contemporain (IIAC). II est l’un des animateurs du Centre Michel-Foucault. Ses principaux travaux portent sur la réception de l’oeuvre du philosophe ainsi que sur l’histoire de la sociologie et de l’anthropologie françaises.

Pour se procurer l’ouvrage de Jean-François Bert Introduction à Michel Foucault


Dans les boîtes à outils de Michel Foucault

Article de l’historien des sciences Jérôme Lamy, publié dans l’Humanité Quotidien du 14 Février 2011

Une introduction aux thématiques d’analyses du philosophe disparu il y a près de trente ans et qui se définissait comme un « archéologue » des savoirs et des systèmes de pensée. Introduction à Michel Foucault, de Jean-François Bert.

L’œuvre de Michel Foucault occupe une place particulière dans le champ de la philosophie et des sciences sociales : irréductible aux canons disciplinaires classiques, elle nourrit des secteurs très variés d’analyse. Le sociologue Jean-François Bert propose dans son livre de saisir en un même mouvement les grandes lignes du corpus foucaldien et leurs usages ultérieurs.

Le parcours initial très classique de Foucault (la rue d’Ulm et l’agrégation) bifurque rapidement vers des thématiques originales : la psychologie et la maladie mentale. Cette première tentative d’échapper aux questionnements classiques de la philosophie inaugure, d’une certaine manière, la méthode Foucault reposant tout à la fois sur des expériences personnelles et une volonté de déplacer les objets étudiés. Ainsi, s’il puise dans le structuralisme le schème des ruptures temporelles, il interroge surtout les modes d’exclusion qui travaillent chaque culture.

Les « institutions disciplinaires » forment un premier noyau de thématiques que Foucault décline dans ses études sur la folie et la prison. La réception de son Histoire de la folie à l’âge classique est transdisciplinaire : les Annales y voient un rapprochement possible avec les interrogations sur le jeu des temporalités, les sociologues cherchent des rapprochements avec les travaux d’Erving Goffman, Ivan Illich s’en nourrit pour proposer une « déprofessionnalisation » de la médecine. Surveiller et punir suscite davantage de critiques : des rapprochements avec Weber sont envisagés, mais Foucault les réfute, certains historiens s’irritent des chronologies audacieuses du philosophe. Le pouvoir constitue un autre point d’appui de la démarche foucaldienne. Décrit comme un enchevêtrement de relations organisant la société en « archipels », le pouvoir s’incarne dans trois régimes distincts, la puissance du souverain, l’ordre disciplinaire et la biopolitique. Par la suite, Foucault théorise la notion de gouvernementalité comme capacité à organiser le champ d’action des autres. La fécondité de cette approche a permis l’émergence du concept de bio-écologisme ou le renouvellement de la question du risque. Les pratiques des soi, thématisées dans les trois volumes de l’Histoire de la sexualité, organisent un troisième noyau de l’œuvre foucaldienne qui permet de dépasser l’opposition trop commode répression-libération.

La philosophie foucaldienne est une pratique intellectuelle du « déplacement » que décrit admirablement Jean-François Bert : soucieux d’ancrer ses recherches dans l’histoire, Foucault a mené un travail d’archéologue des discours qui irrigue désormais l’ensemble des sciences sociales.

Jérôme Lamy, article que l’on peut retrouver sur le site de l’Humanite (http://www.humanite.fr)

Pour se procurer l’ouvrage de Jean-François Bert Introduction à Michel Foucault

En outre, nous informons qu’un Cahier de L’Herne consacré à Michel Foucault paraîtra le 2 mars prochain. Nous tâcherons d’en rendre compte.


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La philosophie comme école de la liberté

Publié par Hervé Moine le 10 février 2011

L’UNESCO préconise l’enseignement de la philosophie

« Dans la mesure où elle construit les outils intellectuels nécessaires pour pouvoir analyser et comprendre des concepts essentiels comme la justice, la dignité et la liberté, dans la mesure où elle aide à développer des capacités de réflexion et de jugement indépendants et où elle stimule les facultés critiques indispensables pour comprendre le monde et s’interroger sur les problèmes qu’il pose, dans la mesure enfin où elle favorise la réflexion sur les valeurs et les principes, la philosophie est une « école de la liberté ». » Stratégie intersectorielle de l’UNESCO concernant la philosophie (2005).

La dernière réunion de la série de réunions régionales de haut niveau se concentrera sur l’état de l’enseignement de la philosophie et ses défis en Europe et en Amérique du Nord et sera organisée à Milan (Italie) du 14 au 16 février 2011.

Depuis la publication de l’étude sur l’état de l’enseignement de la philosophie à travers le monde intitulée La Philosophie : une école de la liberté (2007, PDF, 15 MB), l’UNESCO a donné à l’enseignement de la philosophie un élan international en l’encourageant à tous les niveaux d’éducation, comme une contribution significative à l’éducation de qualité.

Parce que l’enseignement de la philosophie et ses défis varient d’une région à l’autre, l’UNESCO a lancé en 2009 une série de réunions régionales de haut niveau sur l’enseignement de la philosophie, en partenariat avec les États membres et les acteurs académiques.

L’objectif en est double :

  • Discuter de l’état de l’enseignement de la philosophie dans les différents pays de la région, ainsi que des défis à relever ;
  • Formuler des recommandations à l’attention des acteurs concernés, et plus particulièrement des pouvoirs publics en charge de l’éducation, afin d’inclure la philosophie dans les cursus où elle n’est pas présente et de renforcer et améliorer son enseignement là où elle l’est.

À chaque réunion, les États membres ont envoyé des représentants et des experts, permettant ainsi des discussions approfondies sur la façon dont l’enseignement de la philosophie peut être introduit ou amélioré.

Ont déjà eu lieu les réunions suivantes :

  • Région arabe : Tunis, Tunisie, 11-12 mai 2009 ;
  • Asie-Pacifique : Manille, Philippines, 25-26 mai 2009 ;
  • Amérique latine et Caraïbes : Saint Domingue, République dominicaine, 8-9 juin 2009 ;
  • Afrique : Bamako, Mali, 1-2 septembre 2009 (pays francophones), et Port Louis, Maurice, 7-8 septembre 2009 (pays anglophones).

À chaque réunion, des documents de travail sur les spécificités et défis relatifs à l’enseignement de la philosophie dans les régions concernées ont été discutés.

Des publications régionales ont été produites par l’UNESCO, relatant les questions et défis abordés à chaque réunion, et contenant des recommandations régionales.

Ces publications peuvent être téléchargées :

 

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Philosophie hors les murs : se construire une réflexion personnelle

Publié par Hervé Moine le 9 février 2011

 « La pause philo » attire la foule.  photo J.-A. B.

Libourne : La philo hors les murs

La médiathèque Condorcet proposait mardi la deuxième « pause philo » sur le thème «Comment bien vivre ? ».

Article de Jules Antoine Bourgeois paru le 9 février dans Sud-Ouesthttp://www.sudouest.fr/2011/02/09/la-philo-hors-les-murs-313663-2966.php

La médiathèque Condorcet organisait mardi, en partenariat avec le GEM (Groupe d’entraide mutuelle), sa deuxième « pause philo ». La trentaine de personnes présentes a confirmé le succès de ce rendez-vous, autour du thème « Comment bien vivre ? »

Lumières tamisées et fauteuils confortables, petite collation prévue par le GEM : tout était fait pour rendre le moment convivial. L’invité, Hervé Parpaillon, semble ravi d’être là et salue les arrivants sans perdre le fil de la discussion. « La pause philo n’est ni un cours ni une conférence, insiste-t-il. c’est un échange autour du thème proposé. Toutes les questions et remarques sont les bienvenues, et même nécessaires. On s’écoute, se répond, on avance comme ça dans la réflexion. » À sa charge d’introduire au moment opportun des bouts de textes, dont il amorce la lecture, avant de laisser aux participants le soin de poursuivre. Un exercice particulier dans lequel le quadra semble à l’aise. « J’ai l’habitude des publics non-initiés », confie-t-il.

Une autre philosophie

Professeur de philosophie, mais aussi conseiller d’éducation dans un Centre de formation d’apprentis (CFA Aquitaine), Hervé Parpaillon se revendique de ce mouvement né dans les années 90 avec les cafés-philo de Marc Sautet. Une philosophie hors les murs, qui se saisit des débats contemporains et se pratique dans un esprit de tolérance et d’ouverture. Il est vrai que, même avec de la bonne volonté, les cours ou conférences proposés lors d’universités libres et d’événements dédiés restent difficilement accessibles au quidam.

Parmi ces événements, le Festival Philosophia de Saint-Émilion, dont la quatrième édition s’est tenue en mai 2010. « C’est à cette occasion que j’ai rencontré Hervé Parpaillon, se rappelle Marie-Thérèse Pellerin, directrice de la médiathèque. Je lui ai expliqué mon intention d’organiser ces “pauses philo”, et lui ai proposé d’être notre invité. » Attentive aux attentes de ses adhérents, Marie-Thérèse Pellerin constate un regain d’intérêt pour ce genre littéraire souvent boudé. Un phénomène qui ne doit pas être étranger aux apparitions médiatiques répétées de personnalités telles Bernard-Henri Lévy ou Michel Onfray, qui ramènent la philosophie et le philosophe au goût du jour.

Dans les étals des librairies aussi, la tendance est évidente. Ils sont nombreux à publier des ouvrages accessibles au plus grand nombre. Une démarche critiquée par quelques-uns, saluée par beaucoup d’autres. « Il y a de vraies richesses dans la philosophie, assure Marie-Thérèse Pellerin, et une volonté de ces philosophes de les partager. »

Du plaisir des deux côtés

À Libourne, en tout cas, ils en redemandent. Pour cette deuxième rencontre avec Hervé Parpaillon, la timidité n’est plus de mise. Les questions fusent, on se confronte, on s’explique. Certains restent silencieux, plus à l’aise dans le rôle de spectateurs, mais n’en perdent pas une miette pour autant.

« Les questions en appellent d’autres, explique le philosophe, il arrive qu’on aille très en profondeur dans un sujet ou qu’on en survole plusieurs. Le but n’est pas de trouver des réponses, mais de se construire une base de réflexion personnelle ».

Le choix des thèmes n’est d’ailleurs pas innocent. « Comment bien vivre ? », proposé lors de ces deux premiers rendez-vous, appelle certainement davantage à la participation de tout un chacun que les traditionnels sujets du baccalauréat.

Le 22 mars, une troisième pause philo est prévue pour traiter de « Vivre avec autrui ».

 

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Philo-Théâtre. Une question simple et abyssale : “qu’est-ce que le temps ?”

Publié par Hervé Moine le 8 février 2011

Du 10 au 12 février 2011 au Centre dramatique régional de Haute-Normandie / Théâtre des deux rives à Rouen

Qu’est-ce que le temps ?

d’après Le Livre XI des Confessions d’Augustin

mise en scène Denis Guénoun

création / coproduction du Centre dramatique régional de Haute-Normandie / Théâtre des deux rives

- avec Stanislas Roquette

- nouvelle traduction Frédéric Boyer

- direction technique Patrick Delacroix et l’équipe technique du Centre dramatique

Retour aux textes fondateurs dans un monde où les repères vacillent. La question posée est à la fois simple et abyssale : qu’est-ce que le temps ?

Fidèles complices, Denis Guénoun et Stanislas Roquette se de la pensée et son incarnation sur scène. Les Confessions, de Saint Augustin, sont un des écrits les plus célèbres de la culture occidentale. Augustin y invente le genre de l’autobiographie, livre des souvenirs bouleversants sur son enfance, sa mère, sa conversion, dans une prose très intense. Dans un langage contemporain qui restitue toute sa verdeur à la première autobiographie de tous les temps, Frédéric Boyer en propose une remarquable traduction.

À travers les mots, dits, montrés, portés, Denis Guénoun et Stanislas Roquette nous font suivre avec humour le cheminement philosophique de Saint Augustin et donnent corps à sa réflexion. L’épure de cette expérience théâtrale invite à un voyage intime dans le temps et la mémoire de soi.

production Artépo ; coproduction Centre dramatique régional de Haute-Normandie / Théâtre des deux rives, avec l’aide du TNP de Villeurbanne et des Rencontres de Brangues.

Ce spectacle a été présenté en avant-première dans le cadre des Rencontres de Brangues, à l’invitation de Christian Schiaretti.

Les Aveux, nouvelle traduction des Confessions de Saint Augustin (2008, P.O.L) a obtenu le Prix Jules Janin de l’Académie française.

Fichier:AugustineLateran.jpg« Qu’est-ce donc que le temps ? Si personne ne me le demande, je le sais ; mais que je veuille l’expliquer à la demande, je ne le sais pas ! Et pourtant – je le dis en toute confiance – je sais que si rien ne sepassait, il n’y aurait pas de temps passé, et si rien n’advenait, il n’y aurait pas d’avenir, et si rien n’existait, il n’y aurait pas de temps présent.

Mais ces deux temps, passé et avenir, quel est leur mode d’être alors que le passé n’est plus et que l’avenir n’est pas encore ? Quant au présent, s’il était toujours présent sans passer au passé, il ne serait plus le temps mais l’éternité. Si donc le présent, pour être du temps, ne devient tel qu’en passant au passé, quel mode d’être lui reconnaître, puisque sa raison d’être est de cesser d’être, si bien que nous pouvons dire que le temps a l’être seulement parce qu’il tend au néant. [...] Enfin, si l’avenir et le passé sont, je veux savoir où ils sont. Si je ne le puis, je sais du moins que, où qu’ils soient, ils n’y sont pas en tant que choses futures ou passées, mais sont choses présentes. Car s’ils y sont, futur il n’y est pas encore, passé il n’y est plus. Où donc qu’ils soient, quels qu’ils soient, ils n’y sont que présents. Quand nous racontons véridiquement le passé, ce qui sort de la mémoire, ce n’est pas la réalité même, la réalité passée, mais des mots, conçus d’après ces images qu’elle a fixées comme des traces dans notre esprit en passant par les sens. Mon enfance par exemple, qui n’est plus, est dans un passé qui n’est plus, mais quand je me la rappelle et la raconte, c’est son image que je vois dans le présent, image présente en ma mémoire.

En va-t-il de même quand on prédit l’avenir ? Les choses qui ne sont pas encore sont-elles pressenties grâce à des images présentes ? Je confesse, mon Dieu, que je ne le sais pas. Mais je sais bien en tout cas que d’ordinaire nous préméditons nos actions futures et que cette préméditation est présente, alors que l’action préméditée n’est pas encore puisqu’elle est à venir. Quand nous l’aurons entreprise, quand nous commencerons d’exécuter notre projet, alors l’action existera mais ne sera plus à venir, mais présente. [...]

Il est dès lors évident et clair que ni l’avenir ni le passé ne sont et qu’il est impropre de dire: il y a trois temps, le passé, le présent, l’avenir, mais qu’il serait exact de dire: il y a trois temps, un présent au sujet du passé, un présent au sujet du présent, un présent au sujet de l’avenir. Il y a en effet dans l’âme ces trois instances, et je ne les vois pas ailleurs: un présent relatif au passé, la mémoire, un présent relatif au présent, la perception, un présent relatif à l’avenir, l’attente. Si l’on me permet ces expressions, ce sont bien trois temps que je vois et je conviens qu’il y en a trois ».

Saint Augustin, Confessions (vers 400), trad. E Khodoss, livre XI, § XIV, XVIII et XX.

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Environnement : pragmatisme écologique ou l’émergence de nouvelles pratiques morales et politiques

Publié par Hervé Moine le 4 février 2011

Emilie Hache

Ce à quoi nous tenons

Propositions pour une écologie pragmatique

Les empêcheurs de tourner en rond : La Découverte

Présentation de l’éditeur

La crise écologique est tout à la fois une crise scientifique, politique et morale. Il suffit de penser à la réaction suscitée chez des millions de gens par les abattages d’animaux d’élevages lors de la maladie de la vache folle, ou à la crainte partagée par de plus en plus de monde à l’égard des générations futures concernant l’état du monde que nous sommes en train de leur laisser. C’est dire aussi que l’eau que nous buvons, l’air que nous respirons, les forêts qui nous entourent ne sont plus des ressources inépuisables parce qu’ils ne sont plus non plus des ressources tout court, au sens de simples moyens mais exigent aujourd’hui d’être traités comme des fins. Comment définir alors notre responsabilité morale dans cette recomposition du monde ? Il nous faut pour cela apprendre à parler aussi bien (aussi sérieusement) de l’hypothèse Gaïa que de l’effet de serre, des OVNI que des trous noirs, mais aussi du Gange, mère sacrée des Indiens que d’une manifestation sociale. Une des façons d’y arriver passe par la construction d’une différence entre des propositions morales et des positions moralistes, les premières cherchant à prendre soin de ce à quoi nous tenons, tandis que les secondes au contraire justifient les pires décisions sous couvert de bonnes intentions. La philosophie pragmatique est ici un recours car elle est une pensée du monde en train de se faire. Face à cette crise, il ne s’agit pas en effet de dire ce qu’il faudrait faire mais d’essayer de décrire au mieux ce que les gens font, non de prescrire ce qu’il faut changer dans nos modes de vie, mais d’accompagner les changements en train de se produire.

De fait, ce livre cherchera à rendre compte de l’émergence de nouvelles pratiques indissociablement morales et politiques. Et ces expérimentations, amenant les acteurs concernés à « se mêler de ce qui n’est pas censé nous regarder », nous donnent quelques raisons d’espérer.

Pour se procurer l’ouvrage d’Emilie Hache Ce à quoi nous tenons : Propositions pour une écologie pragmatique

Table des matières

Introduction

Crises écologiques / Hériter d’une histoire européenne / Une responsabilité écologique pragmatique

I / Faire une différence

1. Changer de question : Une responsabilité morale « écologisée » – Réouvrir la question des fins – Répondre à des appels – Changer de question

2. Comment répondre ? Une nouvelle figure du philosophe moral – Relativiser – Faire appel à l’expérience – Élaborer des compromis /Maintenir « portes et fenêtres ouvertes »

II / Se mêler de ce qui n’est pas censé nous regarder

3. « Crise des valeurs ? Non, crise des faits ! » Qui compose notre collectif ? – Un compromis moral à inventer – Une figure de la nature imprévisible et indifférente : Gaïa – Une insurmontable faute logique ?

4. Moraliser l’économie ? « Pas en son nom », mais pas sans elle – Internaliser l’écologie = moraliser l’économie ? – Évaluer le « prix juste » – Le calcul de la surpopulation – Annexe. Shallow /deep ecology : une polémique française

Une situation tragique

III / Composer un monde commun

5. Changer de temporalité : (re)faire attention à l’avenir / Éthique de la responsabilité versus éthique du progrès – Réexpérimenter un souci pour l’avenir – Les scénarios : un lieu de cohabitation entre les générations ? – Une responsabilité morale hyperbolique

6. Écologies politiques : Réarticuler la politique et la morale – L’émergence de nouveaux publics – La proposition de responsabilité partagée face à l’épidémie de sida – Cultiver une intelligence collective – Reclaiming Commons

Ralentir / Dogville, ou le récit d’une hospitalité ratée

Bibliographie

Pour se procurer l’ouvrage d’Emilie Hache Ce à quoi nous tenons : Propositions pour une écologie pragmatique

 

Biographie de l’auteur

Emilie Hache est philosophe, maître de conférences à l’université Paris Ouest-Nanterre.

Pour se procurer l’ouvrage d’Emilie Hache Ce à quoi nous tenons : Propositions pour une écologie pragmatique

 

Critique

“Ce à quoi nous tenons Propositions pour une écologie pragmatique”, d’Emilie Hache : pour une morale écologique

Article de Hervé Kempf paru dans le Monde des Livres, le 3 février 2011

http://www.lemonde.fr/livres/article/2011/02/03/ce-a-quoi-nous-tenons-propositions-pour-une-ecologie-pragmatique-d-emilie-hache_1474363_3260.html

Comment penser la morale en temps de crise écologique – qui est à la fois scientifique, politique et morale – sans verser dans le moralisme ? Est-il même possible de définir une morale écologique ? La philosophe Emilie Hache tente de répondre à ces questions, dans un travail rapprochant les inspirations du philosophe allemand Hans Jonas (1903-1993) et du sociologue Bruno Latour.

Le premier, rappelle l’auteur, “a découvert une autre dimension de la morale”, en explorant les nouvelles responsabilités que la puissance de l’action humaine générait à l’égard des générations futures. Quant à Bruno Latour, il a montré que l’écologie n’était pas un problème de “nature”, parce que ce que les Occidentaux appellent, depuis Descartes, la nature, ne peut pas être pensé indépendamment des relations que les humains établissent avec les non-humains.

Le propos d’Emilie Hache est de se dégager de la “deep ecology” (écologie profonde), qui présente la nature comme une valeur en soi, sans retomber dans la schizophrénie moderniste, qui oppose humains et nature, et ne pense celle-ci que de façon utilitaire. Pour ce faire, l’auteur “emprunte” à l’écologie “son idée centrale de relation entre les êtres” et entreprend une “écologisation de la morale”, soit une morale qui cherche à prendre en compte les associations d’êtres qui composent notre collectif .

Ainsi, ceux qui composent ce que nous appelons encore “nature” trouvent leur valeur par la relation qu’ils nouent avec les humains. De cette relation – dans laquelle les humains écoutent les non-humains, mais où ceux-ci se manifestent aussi à l’entendement humain – découle la responsabilité morale, puisque “selon l’étymologie de ce mot, on devient responsable en répondant à quelqu’un/quelque chose”.

La démarche d’Emilie Hache est intéressante. Pourtant, elle peine à convaincre. Sans doute parce que, impressionnée par les auteurs sur lesquels elle s’appuie – Jonas, Latour, mais aussi John Dewey, Jacques Derrida, Jean-Pierre Dupuy, Donna Haraway, etc. -, Emilie Hache ne forme pas une pensée achevée.

Elle évite aussi les questions que suscitent les thèmes abordés ici : on attendrait par exemple d’une philosophe qu’elle explique pourquoi elle récuse l’” opposition entre les éthiques animale et environnementale”, ou qu’elle évoque la question métaphysique que suggère “l’hypothèse Gaïa” développée par James Lovelock, et qui considère la biosphère comme un tout maintenant spontanément la vie.

Des maladresses affaiblissent aussi le propos, comme de noter qu’on trait les vaches cinq fois par jour, que “c’est lors d’un voyage spatial pour chercher la vie sur Mars que Lovelock s’est intéressé à la vie sur Terre”, ou quand les externalités économiques sont présentées comme “notamment composées de ce qu’on appelle communément les ressources naturelles”.

Ce livre n’en demeure pas moins suggestif, quoique modeste dans sa démarche, s’il est vrai que “la tâche du philosophe moral est (…) d’accompagner, de rendre compte des événements moraux”.

Hervé Kempf

Pour se procurer l’ouvrage d’Emilie Hache Ce à quoi nous tenons : Propositions pour une écologie pragmatique

 

 

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Le gouvernement hongrois est-il le seul en Europe à prendre des mesures antidémocratiques ?

Publié par Hervé Moine le 2 février 2011

Une chasse aux sorcières contre les philosophes en Europe, c’est possible !

En publiant la lettre ouverte László Tengelyi, et les propos, qui s’apparentent à un coup de gueule de Jürgen Habermas, “schützt die Philosophen !” (protégeons les philosophes !), nous évoquions, dans un article du 29 janvier dernier, la chasse aux sorcières contre les philosophes et intellectuels en Hongrie, laquelle Hongrie est actuellement pour 6 mois à la tête de l’Union Européenne. Nous publions aujourd’hui l’article paru ce jour dans Hulala, site d’actualité hongrois en français, article dans lequel on évoque un rassemblement autour du philosophe Tamás Gáspár Miklós dénonçant la politique du gouvernement hongrois et notamment sa récente législation des médias. N’oublions pas la pétition qui nous permet, à notre niveau, de soutenir la philosophie hongroise, les philosophes visés en exprimant ainsi notre solidarité, et de combattre toute censure antidémocratique.

Pour signer la pétition : http://www.petitiononline.com/logosz/

D’autre part, la question que Tamás Gáspár Miklós nous permet de nous poser est la suivante : le gouvernement hongrois est-il e seul en Europe à prendre des mesures antidémocratiques. La crise n’a-t-elle pas bon dos ?

Hervé Moine, ActuPhilo

Zöld Baloldal dénonce un gouvernement « anti-démocratique »

Hulala le 2 février 2011

Un peu plus de deux cent sympathisants du parti de la gauche de la gauche hongroise, Zöld Baloldal, se sont rassemblés autour du philosophe Tamás Gáspár Miklós, mardi soir devant le siège de la Fidesz, pour le “No Orbán day” et dénoncer sa politique gouvernementale, marquée par la loi sur les médias et le changement de Constitution.

Nous disons non à la dictature !“. C’est sous ce slogan que militants et sympathisants du petit parti qui se définit lui-même comme « marxiste-féministe-écologiste », se sont rassemblés autour de leur philosophe et écrivain de Président (depuis mai 2010), Tamás Gáspár Miklós.

Selon « TGM », le principal orateur de la soirée, “La censure des médias prépare les plans les plus répugnants du gouvernement“. Cette figure bien connue de la gauche hongroise a aussi déclaré que le gouvernement hongrois qui répond par ces mesures à la crise économique, n’est pas le seul gouvernement anti-démocratique en Europe, mentionnant l’Italie  et…la France.

Tamás Gáspár Miklós, Budapest, le 1er février (Hulala)

L’écrivain Márton László a déclaré pour sa part que, en quelques mois seulement : “Ils [le gouvernement] ont réussi à détruire la réputation de la Hongrie” et que “La tête du gouvernement hongrois est devenue ridicule“.

Budapest, le 1er février (Hulala)

Article lié :

Le 1er février en Hongrie, c’est le « No Orbán Day »

 

HONGRIE

Viktor Orbán, kouroutz des temps modernes

1 février 2011 NÉPSZABADSÁG BUDAPEST

Article d’Edit Inotai traduit, paru dans presseurope : http://www.presseurop.eu/fr/content/article/485991-viktor-orban-kouroutz-des-temps-modernes

 

En affrontant le reste de l’Europe, le Premier ministre hongrois flatte la fibre contestataire de ses compatriotes envers les pouvoirs extérieurs. Mais cela ne marche pas à tous les coups, remarque le quotidien Népszabadság.
Comme un mauvais garnement, le gouvernement d-e Viktor Orbán semble tester ceux qui l’entourent La société hongroise a tout supporté jusqu’ici, mais l’Europe est une autre affaire. Qui eût cru qu’une loi sur les médias provoquerait une telle escarmouche ? Que les plumitifs hongrois soient soutenus de l’étranger et que les presses française, allemande ou britannique s’intéressent à la liberté de la presse en Hongrie ? Et que la Commission européenne pense réellement examiner le texte ?

On nous a inscrits à l’ordre du jour au Parlement européen. En belle compagnie : les députés ont examiné la situation en Tunisie, les violences à l’encontre des chrétiens au Proche-Orient, la situation en Biélorussie – et le fonctionnement de la démocratie en Hongrie.

On peut s’en offusquer. C’est ce que fait le gouvernement. Viktor Orbán, outré, a récusé  les “accusations portées contre la Hongrie”. Prouvant d’emblée qu’il ne comprend pas toujours bien l’Europe. Son secrétaire d’Etat chargé de la communication – qui prétendait que Neelie Kroes, la commissaire en charge de la société numérique, n’avait que des objections techniques concernant la loi sur les médias – ne voulait pas comprendre que la Commission ait de sérieux doutes sur sa conformité avec la charte européenne des droits fondamentaux. Mais ce subterfuge ne marche pas à l’époque d’Internet et de WikiLeaks. Orbán s’est pris les pieds dans la loi sur les médias et il aura du mal à se tirer d’affaire.

Une révolte contre le capital et les commentateurs occientaux

On peut bien sûr espérer que l’affaire se tasse et que l’Europe ait d’autres chats à fouetter. Espérer que nous accomplirons un travail si formidable pendant notre présidence que dans six mois, tout sera oublié, ou mieux, qu’on nous demandera même pardon.

Mais il est beaucoup plus probable que Viktor Orbán en fasse un message d’ordre politique intérieure : en tenant tête à l’Europe, il démontre que le monde entier enquiquine ce petit pays. Il titille la fibre kouroutz des Hongrois*, qui se rebellent contre le capital et les commentateurs politiques occidentaux. Dans ces conditions, la présidence sera un exercice difficile, car Orbán va continuellement devoir négocier et trouver des compromis.  Quel dommage, se disent peut-être les hommes de la communication. Réglementer l’Union ne nous déplairait pourtant pas. Malheureusement, l’Europe veille.

* Les Kouroutz sont des insurgés contre le pouvoir des Habsbourg, conduits par le prince François II Rákóczi de 1703 à 1711. Pour sa Marche hongroise, Berlioz s’est inspiré d’un air kouroutz.

LOI SUR LES MÉDIAS

Bruxelles s’érige en gardien des droits fondamentaux

Le gouvernement hongrois s’est dit prêt à amender la loi controversée sur les médias, si Bruxelles estime qu’elle viole le droit communautaire. Les modifications porteraient notamment sur les aspects les plus contestés de la loi, comme l’exigence d’une “couverture équilibrée” de l’information par les médias, ainsi que la possibilité pour le gouvernement de sanctionner également les médias étrangers. L’annonce fait suite à un échange de lettres entre la commissaire européenne à l’Agenda numérique Neelie Kroes et le vice-Premier ministre hongrois Tibor Navracsics. Peu après le vote de la loi, Mme Kroes avait fait part de ses doutes quant à la compatibilité du texte avec la directive européenne sur les médias et avec les libertés fondamentales, comme la liberté d’expression et de la presse. “Faute de réponse satisfaisante, la commissaire”, note Dagens Nyheter“avait menacé d’entamer une procédure pouvant se terminer devant la Cour européenne de justice”.  Le quotidien suédois souligne le caractère exceptionnel de cette menace, car “jamais auparavant la Commission ne s’était engagée dans une procédure vis-à-vis d’un pays membre pour violations de la liberté d’expression”. L’initiative de Neelie Kroes démontre toutefois également “à quel point la protection des droits de l’homme est encore faible au sein de l’UE, car la Charte des droits fondamentaux ne s’applique aux Etats membres que pour les mesures relevant du droit communautaire”.

 

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La mort du politique

Publié par Hervé Moine le 29 janvier 2011

Vincent Peillon

Eloge du politique

Une introduction au XXIe siècle

Seuil

Qu’est-ce qui est actuel ? Qu’est-ce qui est contemporain ? Qu’est-ce qui fait sens dans notre monde ? Aux grandes réponses traditionnelles, la mort de Dieu, la mort de l’homme, dont il réfute la pertinence, Vincent Peillon substitue une autre piste de lecture. Ce qui se joue dans notre temps, c’est la mort du politique. La politique, réduite à l’économie, à la morale, à la science ou bientôt à la seule communication, est même devenue antipolitique. Mais qu’est-ce que le politique dont il s’agit ici ? L’Occident démocratique s’est construit autour d’une alliance entre philosophie et politique, un mode d’organisation de la cité et un type de rationalité critique. Socrate apostrophant les puissants, hommes d’argent, de pouvoir ou de verbe, sur leur autorité et sur leur savoir, illustre le fondement de cette histoire. Celle-ci s’est déployée à travers l’humanisme civique de la Renaissance, les Lumières et la Révolution, la fondation de la troisième République, toujours dans la lutte et l’affrontement avec ceux qui prétendent posséder la vérité, qui veulent exercer le pouvoir et se prennent pour des dieux. Nourrie d’une méditation continue des oeuvres des philosophes classiques et modernes, particulièrement de Merleau-Ponty, mais aussi d’une expérience unique d’homme politique, Vincent Peillon propose ici de retrouver un rapport du politique à l’action et à la vérité, mais aussi de la philosophie à la cité, qui seul pourrait garantir, en un temps où la démocratie est fragilisée, un autre avenir que de ténèbres, de démission et de retour de la barbarie.

Présentation de l’éditeur

Aux réponses traditionnelles relatives au sens de notre modernité – la mort de Dieu, la mort de l’homme – dont il réfute la pertinence, Vincent Peillon substitue une autre piste de lecture. Ce qui se joue dans notre temps, c’est la mort du politique. Réduite à l’économie, à la morale ou à la seule communication, la politique n’est-elle pas elle-même devenue antipolitique “ ? Mais qu’est-ce que le politique dont il s’agit ici ? Nos traditions démocratiques se sont construites autour d’une alliance entre philosophie et politique, un mode d’organisation de la Cité et un type de rationalité critique. Socrate apostrophant les puissants – hommes d’argent, de pouvoir ou de verbe – illustre le fondement de cette histoire. Celle-ci s’est déployée à travers l’humanisme civique de la Renaissance, les Lumières et la Révolution, la fondation de la troisième République, toujours dans la lutte et l’affrontement avec ceux qui veulent exercer le pouvoir, prétendent posséder la vérité et se prennent pour des dieux. Nourri d’une méditation continue des oeuvres des philosophes classiques et modernes, particulièrement de Merleau-Ponty, mais aussi d’une expérience d’homme politique, Vincent Peillon propose de renouer les liens du politique à l’action et à la vérité, de la philosophie à la Cité, qui seuls pourraient permettre, en un temps où la démocratie est fragilisée, un autre avenir que de ténèbres.

Pour se procurer le livre de Vincent Peillon, Eloge du politique : Une introduction au XXIe siècle

Vincent Peillon, né en 1960 à Suresnes, député européen. Agrégé et docteur en philosophie, il est notamment l’auteur de “Pierre Leroux et le socialisme républicain” (2003). Il est également l’auteur de livres sur Merleau-Ponty (1994, 2004, 2008), Jean Jaurès (2000).

Dernièrement, il a publié au Seuil “La Révolution française n’est pas terminée” (2008) et “Une religion pour la République. La foi laïque de Ferdinand Buisson” (” La Librairie du XXe siècle “, 2010).

 

Vincent Peillon, le philosophe du PS

Chargé par Martine Aubry de la dimension idéologique de la présidentielle, Vincent Peillon publie un nouvel essai où il fait l’«éloge du politique». Rencontre

« Pourquoi à un moment donné décide-t-on de transgresser ? » Une question que Vincent Peillon s’adresse à lui-même ce matin-là, au café Le Rostand, près du Luxembourg, à deux pas de son domicile. Il y a tout juste un an, invité à débattre de l’identité nationale face à Eric Besson, le député européen avait posé à Arlette Chabot un retentissant lapin, envoyant à l’AFP un communiqué en cours d’émission pour dénoncer un « exercice d’abaissement national ». La meute des éditorialistes lui fit payer très cher ce hors-piste, pourtant rafraîchissant. Certains camarades aussi: nouveau coup de cœur de Pierre Bergé depuis fin 2009, son aura commençait à agacer. Aujourd’hui encore, on trouve des traces de « Peillon bashing » sur le Net, où un groupe Facebook bon enfant s’intitule: « Faire une Vincent Peillon le jour de son mariage ». Doit-on en déduire que le philosophe en politique, à force de lever le nez vers le ciel des idées, finit toujours par tomber gauchement dans un puits ?

A l’évidence, la piste n’est pas la bonne. Allure de JFK du 6e arrondissement, cet agrégé de philosophie entré en politique auprès d’Henri Emmanuelli en 1992 a en effet davantage la réputation d’un redoutable tacticien de l’appareil socialiste que d’un doux spéculatif. Successivement proche d’Arnaud Montebourg, avec qui il lança l’éphémère NPS, puis de Ségolène Royal dont il fut porte-parole en 2007, voici aujourd’hui le fondateur de l’Espoir à Gauche parmi les partisans d’une candidature Strauss-Kahn pour 2012. Des tâtonnements pratiques qui cohabitent chez Peillon avec une ligne théorique ferme et non dénuée de courage, qui se traduisit notamment par un engagement en faveur du non au Traité européen en 2005, ou plus récemment, dans un livre intitulé « La Révolution française n’est pas terminée », par une déconstruction des thèses de Furet devenues des tables de la loi libérales indiscutées à gauche comme à droite.

On ne le sait pas forcément, mais l’ancien prof de terminale à Calais est un intellectuel très estimé depuis son premier livre sur Merleau-Ponty paru en 1994. Spécialiste des socialistes prémarxistes comme Pierre Leroux ou Ferdinand Buisson, Vincent Peillon est déjà l’auteur d’une dizaine d’essais. Pas des livres de nègre fournis clés en main, de vrais livres argumentés et nourris d’une vaste culture. Très rare dans les dîners en ville – « Je suis assez pantoufles, finalement » –, longtemps Peillon s’est levé vers 4 heures du matin pour préserver coûte que coûte sa double vie de député philosophe. Une discipline devenue difficile à tenir passé 50 ans, s’amuse-t-il, mais qu’il préserve, notamment en emportant ses livres dans sa chambre d’hôtel à Bruxelles. Ce soir, ce sera Hartmut Rosa, le sociologue allemand auteur d’une réflexion remarquée sur la société de « l’accélération ». Une « vie de garnison » dans la capitale européenne à laquelle il s’est attaché depuis 2004.

Dans son nouvel essai, le hussard noir du Thalys revient longuement vers ses premières amours, le philosophe Maurice Merleau-Ponty, découvert l’été de ses 20 ans. Le Merleau-Ponty politique, celui qui rompit avec « les Temps modernes » de Sartre pour réinventer un socialisme républicain, pas le phénoménologue que l’université préfère retenir. Ce livre, « Eloge du politique », Peillon l’a écrit pour penser« la mort du politique », sa défaite devant le règne « conjoint et complice, de la politique opportuniste et de la morale des bons sentiments ». Un constat étonnamment spectral pour celui que Martine Aubry vient de charger plus ou moins officiellement de « la dimension culturelle et idéologique » pour la campagne de 2012 ? Une certaine honnêteté plutôt, face à l’ampleur de la tâche à accomplir pour sortir d’un marasme qui a livré la France à des thèmes selon lui néofascistes.

Chaque fois que la politique l’a blessé, il a pu compter sur la philosophie. L’an dernier, en plein tabassage médiatique ou en 2007, lors de la grande dépression socialiste. C’est à ce moment-là qu’il fonde une collection dans la maison d’édition Le Bord de l’Eau, située dans la banlieue de Bordeaux. De Christophe Prochasson à Serge Audier en passant par des proches du Mauss, Peillon y fait collaborer la fine fleur des essayistes qui, très critiques à l’égard de la génération Mitterrand, cherchent à remettre « la question sociale » au cœur des préoccupations de la gauche. S’il devenait à l’automne le candidat du PS, DSK s’y montrerait-il sensible ? Peillon veut le croire. Récemment réuni avec ses quatre enfants, âgés de 13 à 20 ans, celui-ci a pu constater qu’aucun ne s’emballait pour le même impétrant socialiste que les autres. Il est hélas à craindre que la bataille des primaires soit aussi rude dans la famille socialiste qu’au Politburo des Peillon.

Aude Lancelin

Eloge du politique : Une introduction au XXIe siècle,
par Vincent Peillon, Seuil, 216 p., 19 euros.

Source : « Le Nouvel Observateur » du 27 janvier 2011.

 

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Relire Voltaire avec les yeux de Nietzsche

Publié par Hervé Moine le 28 janvier 2011

Guillaume Métayer

Nietzsche et Voltaire,

de la liberté de l’esprit et de la civilisation

chez Flammarion

“Il a été un des derniers hommes qui saventréunir en eux la plus haute liberté d’esprit etune disposition d’esprit absolument non-révolutionnaire.”

Nietzsche, à propos de Voltaire.

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Nietzsche dédia à Voltaire son dernier ouvrage, le philosophe allemand mettant en avant l’importance du combat de Voltaire pour la liberté, contre l’oppression religieuse. Cet essai explique l’importance de la notion d’esprit libre dans la pensée de ces deux hommes.

Chez Nietzsche comme chez Voltaire, la question de l’anti-biblisme et l’anti-christianisme est posée. Tous deux ont un génie du ridicule et de la satire.

En quatrième de couverture de Nietzsche et Voltaire : De la liberté de l’esprit et de la civilisation:

“En 1878, à l’occasion du centenaire de la mort de Voltaire, Nietzsche lui dédie son dernier ouvrage, Humain, trop humain. Le philosophe allemand reconnaît là l’importance d’un esprit français qui a combattu en son temps pour que la liberté triomphe. Mais au juste qu’est-ce qu’un esprit libre ? Qu’en est-il de la société de cour ? Comment saisir l’influence du christianisme du XVIIIème jusqu’au début du XXème ? Cette religion dont Nietzsche écrit dans Par-delà le bien et le mal : « Le christianisme a fait boire du poison à Eros : il n’en est pas mort, mais il est devenu vicieux. » Voilà le nerf de la guerre au coeur des siècles et particulièrement dans la vie des deux penseurs. La vertu contre le vice, la santé contre le nihilisme, l’art contre la bassesse : balancement que Guillaume Métayer explore avec profondeur et enthousiasme dans son essai. En somme, pour ne pas sombrer avec l’Histoire, il est préférable de rire (rôle décisif de Dionysos, mais aussi d’Apollon), de danser et voyager. Et croire à l’aurore, autre nom du renouveau et de l’ironie.”

>>> Pour se procurer l’ouvrage de Guillaume Métayer, Nietzsche et Voltaire : De la liberté de l’esprit et de la civilisation

Ci-dessous un article de Jean-Louis Jeannelle à propos de Nietzsche et Voltaire de Guillaume Métayer.

Critique

Nietzsche et Voltaire : De la liberté de l’esprit et de la civilisation“, de Guillaume Métayer : Voltaire à coups de marteau

Article de paru dans Jean-Louis Jeannelle Le Monde des Livres du 27 janvier 2011

http://www.lemonde.fr/livres/article/2011/01/27/nietzsche-et-voltaire-de-la-liberte-de-l-esprit-et-de-la-civilisation-de-guillaume-metayer_1471251_3260.html

Nietzsche et Voltaire, et non Voltaire et Nietzsche. Peu importe ici la chronologie. Le but de Guillaume Métayer est moins de prouver l’influence de l’homme des Lumières sur le penseur du surhomme que de renverser la perspective. Autrement dit de relire Voltaire avec les yeux de Nietzsche. Car le patriarche de -Ferney s’éloigne irrémédiablement, peu à peu amputé des oeuvres qui firent sa gloire – une soixantaine de pièces, des essais sur l’histoire et une gigantesque correspondance – au profit des contes et du Dictionnaire philosophique (1764). “Ni philosophe au sens de l’université, ni moraliste au sens de La Rochefoucauld, ni écrivain au sens du romantisme”, Voltaire ne répond plus à nos attentes.

Brillant conteur et modèle de l’écrivain engagé… Voilà à quoi se résume désormais l’auteur de Candide pour les bacheliers. Contre ce cliché, Guillaume Métayer ose“un Voltaire nietzschéen”. Son enquête part des notes que Nietzsche prit à 18 ans à partir d’un manuel d’histoire littéraire de la France : La Vie et la personnalité de Voltaire et Voltaire philosophe. Elles montrent que, contrairement à ce qu’affirmait Elisabeth Förster, sa soeur, Nietzsche a très tôt lu l’écrivain français. Toutefois, l’examen de sa bibliothèque ne s’avère pas concluant : comment s’assurer de l’effet produit par une lecture, même lorsque celle-ci est attestée par des annotations ? Plus convaincante est la découverte de l’une des sources du premier essai de Nietzsche, La Naissance de la tragédie (1872) : l’épître dédicatoire de la tragédie Sémiramis (1748), dans laquelle Voltaire tentait de se représenter concrètement la scène tragique grecque.

De même Nietzsche emprunta-t-il à une lettre de son prédécesseur sur les mérites comparés des langues française et italienne une formule essentielle. “Vous dansez en liberté, et nous dansons avec nos chaînes”, écrivait Voltaire à son correspondant italien. “Danser dans les chaînes” résuma non seulement la conception nietzschéenne de l’art mais aussi cette “liberté dans les entraves” qui lui apparaissait être une condition à l’exercice de la “volonté de puissance”.

Entendu avec l’oreille de Nietzsche, le rire voltairien devient un défi à l’éthique de la mortification, une lutte permanente contre le christianisme. “Ecrasez l’infâme”trouve un écho dans “Dionysos contre le Crucifié” d’Ecce homo (1888). Un écho toutefois amplifié : contre le déisme conciliant de Voltaire, le philosophe allemand entendait refermer la parenthèse de l’ère morale de l’humanité.

Apparaît ainsi un Voltaire plus inattendu, parfois plus inquiétant. Un Voltaire auquel l’auteur d’Humain, trop humain (1878) emprunte cet aphorisme : “Quand la populace se mêle de raisonner, tout est perdu”, et chez qui liberté d’esprit n’équivaut jamais à licence, puisqu’à l’opposé de l’esprit révolutionnaire, il se fait le chantre de l’absolutisme louis-quatorzien.

Dès lors, l’enjeu d’une telle lecture croisée est, par-delà le déisme quelque peu lénifiant dont on a souvent crédité Voltaire, de réactiver la portée du combat contre les intégrismes. Lutter contre ce que Nietzsche nommait les “monotono-théismes”, voilà ce à quoi Voltaire peut encore servir, montre Guillaume Métayer, pour qui le“XXIe siècle sera voltairien ou ne sera pas”. Avec l’entremise de Nietzsche du moins…

>>> Pour se procurer l’ouvrage de Guillaume Métayer, Nietzsche et Voltaire : De la liberté de l’esprit et de la civilisation

 

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Une voie pour l’avenir, celle d’Edgar Morin

Publié par Hervé Moine le 24 janvier 2011

Edgar Morin

La Voie

Pour l’avenir de l’humanité

Chez Fayard

Présentation de l’éditeur

Le vaisseau spatial Terre, continue à toute vitesse sa course dans un processus à trois visages : mondialisation, occidentalisation, développement.

Tout est désormais interdépendant, mais tout est en même temps séparé. L’unification techno-économique du globe s’accompagne de conflits ethniques, religieux, politiques, de convulsions économiques, de la dégradation de la biosphère, de la crise des civilisations traditionnelles mais aussi de la modernité. Une multiplicité de crises sont ainsi enchevêtrées dans la grande crise de l’humanité, qui n’arrive pas à devenir l’humanité.

Où nous conduit la voie suivie ?

Vers un progrès ininterrompu ? Nous ne pouvons plus le croire. La mort de la pieuvre totalitaire a réveillé la pieuvre des fanatismes religieux et stimulé celle du capitalisme financier. Elles enserrent de plus en plus le monde de leurs tentacules. La diminution de la pauvreté se fait non seulement dans un accroissement de bien-être matériel, mais également dans un énorme accroissement de misère.

Allons-nous vers des catastrophes en chaîne ? C’est ce qui paraît probable si nous ne parvenons pas à changer de voie.

Edgar Morin pose ici les jalons d’une « Voie » salutaire qui pourrait se dessiner par la conjonction de myriades de voies réformatrices et nous conduire à une métamorphose plus étonnante encore que celle qui a engendré les sociétés historiques à partir des sociétés archaïques de chasseurs-cueilleurs.

Directeur de recherches émérite au CNRS, penseur transdisciplinaire et indiscipliné, l’auteur de La Voie est connu pour avoir conçu la “pensée complexe” dans son œuvre maîtresse, La Méthode. Il est docteur honoris causa de vingt-quatre universités à travers le monde.

Pour se procurer l’ouvrage d’Edgar Morin La Voie

Entretien avec l’ancien résistant et philosophe qui, dans son livre « La Voie », dresse un constat sévère des maux contemporains.

Edgar Morin chez lui à Paris, en janvier 2011 (Audrey Cerdan/Rue89).

A 89 ans, Edgar Morin continue de produire une réflexion riche et tournée vers l’avenir. Cet ancien résistant, ex-communiste, sociologue et philosophe, à qui, sans le savoir, Nicolas Sarkozy empruntait il y a quelques années le concept de « politique de civilisation », vient de produire un nouvel ouvrage, « La Voie », dans laquelle il fait à la fois un constat sévère et angoissant des maux de notre époque, et tente de donner quelques pistes pour l’avenir. Entretien avec Rue89.

Rue89 : Nous avons été frappés par votre pessimisme en lisant votre livre. Vous prédisez une catastrophe de l’humanité tout en disant que le pire n’est jamais sûr. La note d’espoir de la fin s’adresse à ceux qui survivront au cataclysme…

Edgar Morin : Ecrire 300 pages de propositions pour l’avenir n’est pas pessimiste. Si j’avais été pessimiste, j’aurais été Cioran, j’aurais écrit quelques maximes disant « tout est foutu ».

Je me place d’un point de vue qui est celui de la distinction entre le probable de l’improbable. Le probable, pour un observateur donné dans un lieu donné, consiste à se projeter dans le futur à partir des meilleures informations dont il dispose sur son temps.

Evidemment, si je projette dans le futur le cours actuel du devenir de la planète, il est extrêmement inquiétant. Pourquoi ?

Non seulement il y a la dégradation de la biosphère, la propagation de l’arme nucléaire mais il y a aussi une double crise : crise des civilisations traditionnelles sous le coup du développement et de la mondialisation, qui n’est rien d’autre que l’occidentalisation, et crise de notre civilisation occidentale qui produit ce devenir accéléré où la science et la technique ne sont pas contrôlées et où le profit est déchaîné.

La mort de l’hydre du totalitarisme communiste a provoqué le réveil de l’hydre du fanatisme religieux et la surexcitation de l’hydre du capital financier.

Ces processus semblent nous mener vers des catastrophes dont on ne sait pas si elles vont se succéder ou se combiner. Tous ces processus, c’est le probable.

Seulement, l’expérience de l’histoire nous montre que l’improbable bénéfique arrive. L’exemple formidable du monde méditerranéen cinq siècles avant notre ère : comment une petite cité minable, Athènes, a-t-elle pu résister deux fois à un gigantesque empire et donner naissance à la démocratie ?

J’ai vécu autre chose. En l’automne 1941, après avoir quasi détruit les armées soviétiques qu’il avait rencontrées, Hitler était arrivé aux portes de Leningrad et de Moscou. Or à Moscou, un hiver très précoce a congelé l’armée allemande. Les soviétiques étaient déjà partis de l’autre côté de l’Oural.

L’histoire aurait pu être différente si Hitler avait déclenché son offensive en mai comme il l’avait voulu et non pas en juin après que Mussolini lui eut demandé de l’aide, ou si Staline n’avait pas appris que le Japon n’attaquerait pas la Sibérie, ce qui lui a permis de nommer Joukov général sur le front du Moscou.

Le 5 décembre, la première contre-offensive soviétique a libéré Moscou sur 200 kilomètres et deux jours plus tard, les Américains sont entrés en guerre. Voilà un improbable qui se transforme en probable.

Aujourd’hui, quel est le nouvel improbable ? La vitalité de ce l’on appelle la société civile, une créativité porteuse d’avenir. En France, l’économie sociale et solidaire prend un nouvel essor, l’agriculture biologique et fermière, des solutions écologiques, des métiers de solidarité… Ce matin, j’ai reçu un document par e-mail sur l’agriculture urbaine.

Au Brésil où je vais souvent, des initiatives formidables transforment actuellement un bidonville voué à la délinquance et à la misère en organisation salvatrice pour les jeunes.

Beaucoup de choses se créent. Le monde grouille d’initiatives de vouloir vivre. Faisons en sorte que ces initiatives se connaissent et se croisent ! La grande difficulté est là, car nous sommes emportés à toute vitesse dans cette course vers les désastres, sans avoir conscience de cela.

La crise intellectuelle est peut-être la pire parce que nous continuons à penser que la croissance va résoudre tous les maux alors que la croissance infinie et accélérée nous projette dans un monde fini qui la rendrait impossible.

Il n’y a pas de pensée suffisamment complexe pour traiter cela ; notre éducation donne de très bons spécialistes mais ils sont incapables de transmettre leur spécialité aux autres. Or, il faut des réformes solidaires. Tout ceci montre la difficulté pour nous à changer de voie.

Mais l’humanité a changé souvent de voies. Comment se fait-il que le Bouddha, le prince Sakyamuni, qui réfléchit sur la souffrance, élabore sa conception de la vérité qui va devenir une religion ? Comment se fait-il que ce petit chaman juif, dissident et crucifié, donne grâce à Paul cette religion universaliste qu’est le christianisme ? Que Mohamed, chassé de la Mecque, soit à la source d’une gigantesque religion ?

Vous pensez qu’il faut un nouveau prophète ?

Non… mais il faut certainement des nouveaux penseurs. Il ne faut pas oublier que les socialistes, Marx, Proudhon, étaient considérés comme des farfelus, ignorés et méprisés par l’intelligentsia de l’époque. C’est à partir de la fin du XIXe que naissent le Parti social démocrate allemand, le socialisme réformiste, le communisme léninisme, etc. et qu’ils se développent comme des forces politiques formidables.

Même sur le plan de l’histoire, le capitalisme s’est développé comme un parasite de luxe du monde féodal. La monarchie luttait contre les féodaux, le monde bourgeois et capitaliste a donc pu se développer. L’histoire a changé de sens, c’est un facteur d’optimisme.

Je suis parti de l’idée que tout est à réformer et que toutes les réformes sont solidaires. Je suis obligé de le penser puisqu’une révolution radicale comme celle de l’URSS ou même de Mao, qui ont pensé liquider totalement un système capitaliste et bourgeois, une structure sociale, économique et étatique, n’ont finalement pas réussi à le faire. Ils ont provoqué à long terme la victoire de l’ennemi qu’ils pensaient avoir liquidé : c’est-à-dire un système capitaliste pire que celui de 1917 et le retour de la religion triomphale en Russie et, en Chine, la victoire du capitalisme lié à l’esclavagisme d’Etat.

Ce que vous dites accentue le pessimisme puisqu’on constate un vide de la pensée. Aucune force politique à la veille de 2012 n’est porteuse de cette complexité.

Dans chaque domaine, il existe des exemples positifs, marginaux peut-être même… Mais toutes les grandes réformes et les révolutions ont débuté par ces expériences marginales.

Mais ce qui n’est pas pessimiste, c’est que je lie l’espérance à la désespérance. Plus les choses s’aggraveront, plus il y aura une prise de conscience. Hölderlin dit : « Là où croît le péril, croît aussi ce qui sauve », c’est-à-dire qu’il y a des chances que soient provoquées les prises de conscience.

Vous savez, il faut dépasser la dualité optimiste-pessimiste. Je ne sais pas si je suis un « optipessimiste » ou un « pessimoptimiste ». Ce sont des catégories dans lesquelles il ne faut pas se laisser enfermer.

Que pensez-vous du succès du petit livre de Stéphane Hessel ?

La jeunesse d’esprit de Stéphane Hessel, sa vie très droite, la résistance, la déportation, sa fidélité au programme du Conseil de la résistance, son projet des droits de l’homme, la fondation pour aider des villages en Afrique…. C’est un humaniste planétaire !

Ce succès est quelque chose de très significatif, de très positif. Son petit livre a une fonction d’éveil mais il faut éviter le malentendu de se concentrer sur la notion d’indignation. Une indignation sans réflexion, c’est très dangereux. L’indignation n’est pas un signe de vérité, une indignation est vraie si elle est fondée sur une analyse. Evidemment, si vous prenez l’affaire Bettencourt, il y a de quoi s’indigner…

Ce livre est un déclic éveilleur qui va un peu au-delà de l’indignation. Il faut désormais dépasser ce stade pour un autre, celui de la pensée. Les journée de grève sur les retraites avaient un sens polyvalent, tous les mécontentements se cristallisaient. Il y avait un côté « éveil populaire ». Là aussi, le travail est énorme. Pourquoi ? A cause de la crise, de la stérilité du PS, du côté fermé ou sectaire des petits partis de gauche…en dépit de l’intérêt de l’écologie politique.

Nous sommes face à une crise de la pensée politique. Moi qui essaye de faire une injection de la pensée en politique, je constate mon échec total ! La chose est plus grave parce que je vois la mort lente du peuple de gauche et du peuple républicain.

Au début du XXe siècle, les instituteurs et les enseignants étaient les porteurs des idées républicaines, des idées de la révolution « liberté, égalité, fraternité » ensuite reprises en charge par le Parti socialiste puis par les communistes dans les écoles de formation. Dans le monde intellectuel, l’intelligentsia était universaliste et porteuse des grandes idées…

Or, c’est fini : les enseignements sont pour la plupart recroquevillés sur des spécialités, on parle de Le Pen aux présidentielles, la situation est grave.

Mais là encore, peut-être peut-on régénérer ceci avec le message d’Hessel. Ou avec celui de Claude Alphandéry, sur l’économie sociale et solidaire qui apporte de nombreuses idées.

Ces idées que nous défendons ont été élaborées dans de petits groupes, avec le docteur Robin, etc. On ne va pas remplacer le capitalisme par un coup de baguette magique mais on peut refouler sa zone de domination absolue. Des idées de monnaie locale ont même été expérimentées. Les idées sont partout, j’ai recueilli dans mon livre les expériences des uns et des autres.

Vous parliez de la croissance qui reste le credo de la classe politique alors qu’elle est l’un des vecteurs de l’aggravation des crises. Etes-vous pour autant converti à la décroissance ?

Non ! Il faut combiner croissance et décroissance. Je suis contre cette pensée binaire qui n’arrive pas à sortir d’une contradiction. Il faut distinguer ce qui doit croître et ce qui doit décroître. Ce qui va croître, c’est évidemment l’économie verte, les énergies renouvelables, les métiers de solidarité, les services étonnamment sous-développés comme les services hospitaliers.

On voit très bien ce qui doit décroître, c’est ce gaspillage énergétique et polluant, cette course à la consommation effrénée, ces intoxications consommationnistes…

Tout un monde d’idées est là, ce qui manque c’est son entrée dans une force politique nouvelle.

En 2008, il y a eu cet emprunt de Nicolas Sarkozy à votre « politique de civilisation ». Que s’est-il passé ?

Edgar Morin chez lui à Paris, en janvier 2011 (Audrey Cerdan/Rue89).C’est un malentendu. Pendant ses vœux, Nicolas Sarkozy a parlé de « politique de civilisation ». Son conseiller, Henri Guaino, qui connaissait au moins le titre, a eu cette idée. Quelques journaux ont dit que j’avais été pillé. Dans Le Monde, j’ai dit que je ne savais pas ce que Nicolas Sarkozy entendais par là et j’ai expliqué ce que j’entendais par « politique de civilisation ».

Comme je n’avais pas été très agressif, j’ai été invité à rencontrer Nicolas Sarkozy à l’Elysée. Il m’a dit que pour lui la civilisation, c’était l’identité, la nation, etc. J’ai expliqué : « C’est lutter contres les maux de notre civilisation tout en sauvegardant ses aspects positifs. » La discussion a été cordiale.

Il s’est trouvé qu’en le quittant, je lui ai dit : « Je suis sûr que dans vos discours, vous êtes sincère les trois quarts du temps, ce qui vous permet le dernier quart de dire autre chose. » C’était une petite blague.

Le lendemain, un journaliste l’interpelle sur la « politique de civilisation » et lui a répondu : « J’ai reçu Edgar Morin hier. Il m’a assuré être d’accord avec les trois quarts de ma politique. » Je n’ai jamais vu autant de micros me solliciter après ça.

En France, j’ai eu une tribune assez importante pour que les gens comprennent que je n’étais pas devenu le féal de Sarkozy mais des amis me téléphonaient d’Italie et d’Espagne en me demandant : « Toi aussi, mon pauvre ami ? »

C’était après Kouchner, Amara… Remarquez, grâce à Sarkozy, le livre a été tiré à des milliers d’exemplaires. Ce qui est dommage, c’est que ça n’a pas eu d’influence du tout sur sa politique. Il n’avait pas compris.

Avez-vous des contacts avec avec des responsables de gauche ?

J’ai reçu le livre d’Arnaud Montebourg. Dans sa dédicace, il dit s’inspirer de certaines de mes idées. Si c’est vrai, je suis content. Ségolène Royal m’a défendu à l’époque du malentendu avec Sarkozy. Elle a montré un exemplaire du livre en disant que c’était ça la vraie politique de civilisation. Mais je n’ai pas de signe d’un renouveau de la pensée politique.

Vous défendez dans « La Voie » la démocratie participative, un concept de Royal.

Elle avait raison. Il y a des exemples au Brésil où la population examine certains budgets… Il doit y avoir je crois comme complément à la démocratie parlementaire et institutionnelle une démocratie de base qui puisse contrôler, voire décider de certains problèmes comme la construction d’un bout d’autoroute, l’installation d’une usine…

Je suis favorable à la démocratie participative mais je sais que ce n’est pas une solution magique. Le risque est que les populations les plus concernées en soit absentes, les vieux, les femmes, les jeunes, les immigrés…

Il y a aussi le risque que ces assemblées soient noyautées par des partis. Cette manie des petits partis trotskistes de toujours noyauter. Ils croient bien faire et en réalité, ils détruisent tout ! Voyez l’altermondialisme.

Souvent aussi, ce sont les forts en gueule qui jouent les rôles les plus importants et beaucoup se taisent. Il y a toute une éducation à faire sur la démocratie participative.

Si on amorce la pompe au renouveau citoyen, les choses peuvent se développer. Il faut créer des instituts où l’on enseigne aux citoyens les grands problèmes politiques. Comme il y a un dessèchement de la démocratie, la régénération de la démocratie compte.

Pourtant, la plus grande difficulté, c’est le désenchantement. Les vieilles générations ont cru à la révolution, au communisme, à la société dite industrielle, à la prospérité, à la fin des crises. Raymond Aron disait : « La société industrielle ferait la moins mauvaise société possible. » Il y avait des espoirs, le socialisme arabe, les révolutions… Tous ces espoirs se sont effondrés.

Au Brésil ou en Chine, cette croyance en la prospérité, la croissance, existent pourtant.

En Amérique latine, la gauche existe sous une forme plurielle. On doit dire les gauches. Lula, Kirchner, Bachelet, Correa… Pas Chavez, je ne dirais pas que c’est la gauche.

Le Brésil, ce grand pays qui a un grand potentiel industriel, met son avenir dans le développement, ce qui est dangereux pour l’Amazonie, etc. Bref, là aussi des modes de pensées sont introduits. Lula est partagé entre ceux qui disent qu’il faut sauvegarder l’Amazonie et ceux qui disent qu’il faut l’exploiter.

Correa ne veut pas exploiter les ressources de pétrole ; Morales en Bolivie reconstitue la société du « bien vivir », du « bien vivre », c’est-à-dire bien vivre avec la« pachamama », la terre mère. C’est tenter les symbioses entre les civilisations traditionnelles et les civilisations occidentales.

Les traditions apportent le rapport avec la nature, ces solidarités de famille, de voisinage, de village, le respect des vieilles générations ; les défauts, c’est souvent l’autoritarisme familial, le conservatisme. L’Occident apporte la démocratie, le droit des hommes et des femmes.

L’élément déclencheur de la popularité de Lula est la « bolsa familia », cette allocation famille pauvre pour permettre aux enfants d’aller à l’école et même pour avoir accès à la consommation. Cette idée commence à être étudiée au Maroc et ailleurs, c’est un moyen de lutter contre la pauvreté. C’est très bien. C’est un continent très vivant.

Mais en Chine, c’est une symbiose entre le capitalisme le plus terrible et l’autoritarisme le plus total ! Mais là aussi il y a des ferments : écologique, de liberté…

Nous parlions du désabusement. Pensez-vous qu’il est propre à l’Occident ou qu’il est global ?

C’est global. Je crois que la perte de la croyance en un progrès comme une voie historique est un des facteurs les plus importants de ce désabusement. Cette croyance, formulée par Condorcet, a été inoculée au monde entier. Or, on a perdu l’avenir. Le lendemain est incertitude, danger et angoisse. Lorsque le présent est angoissé, on reflue vers le passé, l’identité, la religion, d’où le réveil formidable des religions.

On a donné un prix, au jury du Monde dont je fais partie, à une Iranienne qui explique très bien comment une partie de l’intelligentsia de gauche a, après l’échec du Shah, soutenu Khomeiny. Une partie des nouvelles générations se convertit à l’intégrisme religieux dans les pays arabo-musulmans.

Regardez cette crise épouvantable en Tunisie : le régime s’est posé en rempart contre l’intégrisme et il a justifié la répression ainsi. Ils ont réussi à désintégrer les forces démocratiques qui existaient dans le pays. On se rend compte d’une situation tragique.

Vous savez, avec Stéphane Hessel et notre ami Claude Alphandéry, nous sommes des dinosaures. Avec Claude Alphandéry, nous étions résistants puis communistes puis nous nous sommes dégagés du communisme. Lui, malgré ses activités bancaires, n’a pas perdu ses aspirations.

Je l’ai connu après la Libération. Depuis, on s’est retrouvés souvent et on s’est rendu compte qu’on avait conservé nos aspirations, mais qu’on avait perdu nos illusions.

Certains se convertissent au cynisme…

Ou ils passent à droite ou au religieux.

Vous-même êtes un désabusé d’Obama ?

Non ! J’admire et je respecte Obama. L’état régressif du monde a provoqué l’échec de sa politique pour Israël et en Palestine, pour le reste du monde, l’Afghanistan… Il est un peu victime. Cet échec m’attriste mais je ne suis pas désabusé.

Ce que je crains, c’est le déchaînement d’une réaction américaine pire que celle de Bush. Quand on voit ces Tea Party, la réaction des républicains, c’est très inquiétant ! Le diagnostic de régression doit nous inciter à proposer un avenir. Pas un programme, un modèle de société… Non ! Il faut proposer une voie qui peut créer d’autres voies et cette voie peut créer la métamorphose. C’est le versant optimiste d’un constat pessimiste !

Vous dites que le désenchantement est la perte de la croyance au progrès. C’est proche du désenchantement lié à l’approche de sa propre mort…

Jamais il n’y a eu cette communauté de destin pour toute l’humanité, tous les humains ont les mêmes menaces mortelles, les mêmes problèmes de salut. La mondialisation est la pire et la meilleure des choses pour cela…

Le problème de la mort, je m’y suis intéressé dans « L’Homme et la mort ». Derrière cet intérêt, il y avait la mort de ma mère quand j’avais 10 ans, un événement atroce et absurde, puis mes amis proches morts fusillés ou déportés…

Bien sûr, vie et mort sont deux ennemis, mais la vie réussit à lutter contre la mort en s’aidant de la mort. Quand nous mangeons des animaux, nous les tuons. Nos cellules meurent sans arrêt et sont remplacées par des cellules jeunes. Cette dialectique permanente de la vie et de la mort où la mort triomphe à la fin sur des individus, voire sur la vie avec la mort du Soleil, cela ne fait que renforcer l’idée de l’importance du vivre.

On peut refouler les angoisses de mort par l’intensité de la vie, des forces de vie qui sont des forces d’amour, de poésie, d’art de communion. Il n’y a pas d’autre réponse donnée à la mort que celle de pouvoir vivre sa vie. Sauf pour ceux qui croient en une vie après la mort.

Vous insistez sur l’idée de la métamorphose, avec la parabole de la chenille et du papillon. Est-ce une version différente de la vie après la mort ?

Non. Après la mort, il y a soit la résurrection dans le christianisme ou l’islam, soit la réincarnation. Mon idée, c’est que quelque chose se passe sur Terre. Il n’y a pas seulement les nombreuses métamorphoses dans le monde animal, chez les batraciens, les insectes, mais aussi chez l’homme. Nous-mêmes, quand nous sommes fœtus, nous nous métamorphosons. Nous passons d’un état liquide à l’air.

Historiquement, l’humanité toute entière a connu la métamorphose ; des sociétés de chasseurs en quelques points du globe aux premières cités, l’agriculture, les grandes religions, les œuvres d’art, les techniques, la philosophie… Dès l’apparition des grands empires à aujourd’hui, ce sont de formidables métamorphoses.

Aujourd’hui, nous devons arriver à une métamorphose post-historique, à une civilisation planétaire dont on ne peut pas prévoir la forme. Je reste donc dans un univers très terrestre, pour ne pas dire terrien.

Edgar Morin chez lui à Paris, en janvier 2011 (Audrey Cerdan/Rue89).Est-ce que le conflit au Proche-Orient n’est pas le symbole des maux de la civilisation actuelle ?

Tout à fait. Il les porte même à son paroxysme. Deux nations se sont formées sur le même territoire, deux nationalismes se sont formés et ils tendent tous deux à prendre une coloration de plus en plus religieuse.

Beaucoup se demandent ce qu’est cette histoire face aux drames du Soudan… Ce n’est pas ainsi qu’il faut poser la question parce qu’elle considère des millions de musulmans, de juifs, de chrétiens à cause de Jérusalem. Je l’ai pensée comme une sorte de cancer, quelque chose qui produit des métastases : l’antijudaïsme dans le monde musulman se nourrit de l’antisémitisme occidental qui lui s’atténue au profit de l’anti-arabisme.

Cette histoire a aggravé la situation mondiale. Ce n’est pas le seul facteur du manichéisme et de l’intégrisme, mais c’est une dégradation générale, c’est sûr.

Nous retirons notre mot de pessimisme…

Il faut conjuguer optimisme et pessimisme. C’est cela la pensée complexe, c’est unir des notions qui se repoussent.

 

Zineb Dryef et Pierre Haski

Photos : Edgar Morin chez lui à Paris, en janvier 2011 (Audrey Cerdan/Rue89).

Pour se procurer l’ouvrage d’Edgar Morin La Voie

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