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Articles en rapport avec : « race »

Rapports de pouvoir, sexe, race, classe…

Posté par Hervé Moine le 7 novembre 2009

Comment penser l’articulation des rapports de pouvoir ? Comment penser la domination? Tel est l’objet de cet ouvrage, écrit sous la direction d’Elsa Dorlin qui s’intitule Sexe, Race, Classe, pour une épistémologie de la domination, publié chez Actuel Marx.

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sexe, race, classeL’ouvrage

La pensée féministe s’est historiquement attachée, depuis — voire en dehors de — la tradition matérialiste, à montrer que le rapport de classe n’épuise pas l’expérience de la domination vécue par les femmes et, plus généralement, par les minorités sexuelles. Plus encore, en élaborant des outils d’analyse tels que le « mode de production domestique », les « rapports sociaux de sexe » ou le « rapport de genre », la pensée féministe a travaillé sur l’imbrication des rapports de pouvoir, dénaturalisant la catégorie de « sexe » à l’aune de ses déterminations historico-sociales.
Depuis quelques années en France, la réflexion sur l’imbrication des rapports de pouvoir s’est complexifiée davantage, notamment sous l’influence des travaux nord et sud-américains, mais aussi caribéens ou indiens. Les problématiques relatives aux identités sexuelles, aux régimes de sexualité, mais aussi celles articulant le genre et la nation, la religion et/ou la couleur, ont permis de développer un véritable champ de réflexion. La question cruciale de l’articulation du sexisme et du racisme, notamment, a ainsi renouvelé tout autant l’agenda des mouvements féministes que la recherche universitaire.

Cet ouvrage a pour but d’interroger les différents outils critiques pour penser l’articulation des rapports de pouvoir. Tout en interrogeant leur mode propre de catégorisation (les catégories de « sexe » et de « race » ont-elles méthodologiquement le même statut que la classe ? À quelles conditions utiliser la catégorie de « race » comme une catégorie d’analyse ? L’analyse en termes de classe a-t-elle été éclipsée par l’analyse croisée du sexisme et du racisme, après les avoir longtemps occultés ?…) cet ouvrage discute les différents modes de conceptualisation de ce que l’on pourrait appeler « l’hydre de la domination » : analogique, arithmétique, géométrique, généalogique.

À partir de différentes traditions disciplinaires (sociologie, science politique, philosophie, psychologie, littérature…), les contributions ici réunies présentent un état des lieux des diverses appréhensions de l’imbrication des rapports de pouvoir — « intersectionnalité », « consubstantialité », « mondialité », « postcolonialité », … et, ce faisant, (re)dessinent les contours d’une véritable épistémologie de la domination.

Table des matières

Introduction
Vers une épistémologie des résistances, par Elsa Dorlin

I. Division sexuelle et raciale du travail

De la servitude au travail de service : les continuités historiques de la division raciale du travail reproductif payé, par Evelyn Nakano Glenn

La règle du jeu. Repenser la co-formation des rapports sociaux de sexe, de classe et de « race » dans la mondialisation néolibérale, par Jules Falquet

Clivages ethniques, domination économique et rapports sociaux de sexe. Le cas des Chinois de Paris, par Marylène Lieber

II. L’intersectionnalité en débat

  • Dynamique et consubstantialité des rapports sociaux, par Danièle Kergoat
  • Différences, pouvoir, capital. Réflexions critiques sur l’intersectionnalité, par Patricia Purtschert et Katrin Meyer

III. Féminisme et orientalisme

  • Sous le regard de l’Occident : recherche féministe et discours colonial, par Chandra Talpade Mohanty
  • Sexe, race et colonialité. Point de vue d’une épistémologie postcoloniale latino-américaine féministe, par Sabine Masson
  • Antigone, le foulard et la République, par Sarah Bracke

IV. Généalogie de la « blanchité »

  • « Gare au Juif ! » : Le Gorille d’Oscar Méténier, portrait du Sémite enleveur de femmes, par Sarah Al-Matary
  • Autre chose qu’un désir de peau… Le Nègre, la Blanche et le Blanc dans deux romans de Dany Laferrière, par Pascale Molinier
  • Les défis des Critical Whiteness Studies, par Ina Kerner

V. Violence du pouvoir et pouvoir de la violence

  • Différences locales, générationnelles et biographiques dans les identités masculines en Colombie, par Mara Viveros
  • Les frontières de la violence sexuelle, par Eric Fassin

A propos de l’auteur

Elsa Dorlin est maître de conférences, UFR de philosophie, Université Paris I Panthéon-Sorbonne. Elle est également l’auteur de Sexe, genre et sexualités (PUF, « Philosophies », 2008).

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Sexe, race, classe

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La notion de race a-t-elle un sens ?

Posté par Hervé Moine le 2 octobre 2009

Appel à la vigilance

article publié sur nonfiction.fr, jeudi 01 octobre 2009

Philosophie
Couverture ouvrage
Race sans histoire
Maurice Olender
Éditeur : Points
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Résumé : Un ouvrage de portée épistémologique, politique mais aussi « militante », qui s’attache à défaire la notion de race.

Le livre Race sans histoire de Maurice Olender, historien et maître de conférence à l’EHESS, doit en partie son existence à l’ouvrage intitulé La Chasse aux évidences paru en 2005 aux éditions Galaade, dont il reprend les analyses, enrichi de chapitres inédits en ouverture et en clôture de l’ouvrage, nommés respectivement: “ “Race” sans histoire” et “Post scriptum pour Günter Grass”.

La présence de ces deux nouveaux chapitres, en ouverture et en clôture de l’ouvrage, donne précisément tout son sens aux analyses proposées dans le livre.

Paradoxe du titre du premier chapitre, d’abord, qui est aussi celui de l’ouvrage tout entier : “Race sans histoire”. Titre qui fait directement écho au texte Race et histoire de Claude Lévi-Strauss, commandé par l’Unesco en 1951 et publié en 1952, qui invalide de façon définitive la notion de race. Le titre du livre de Maurice Olender ne signifie rien moins que tracer l’histoire d’une catégorie qui se prétend anhistorique et se présente comme un principe d’intelligibilité des modes d’évolution des communautés humaines et de leur diversité. La “race”  se construit avant tout au XIXe siècle comme une catégorie scientifique qui, à chaque caractère physique visible ( géographie, couleur, climat) d’un peuple, associe des qualités morales et intellectuelles invisibles et immuables. Le vocable de la “race” opère une correspondance entre le physique et le métaphysique, attribuant à chaque groupe humain selon ses caractéristiques visibles une nature propre, intemporelle, innée, qui signe son identité et sa place dans l’échelle de l’humanité. Avec la race, comprendre l’homme, c’est avant tout comprendre ce qui l’origine, de manière essentielle, en deçà du mouvement conçu comme simplement passager et accidentel de l’histoire. Ainsi la catégorie inaltérable de “race” propose une “conception qui pétrifie l’autre, l’incruste dans une immobilité sans issue”1. La catégorie de race se construit donc sur la négation même de l’historicité de l’homme contribuant ainsi à une “naturalisation des rapports sociaux et politiques”2.

Ce discours de la race, qui se constitue autour d’un certain nombre d’invariants3 (l’autre est absolument “irréductible” ; les caractéristiques morales et intellectuelles de chaque type humain sont “indélébiles”, “inamovibles”, et “invariables” ; chaque type humain est déterminé une fois pour toute par ce qui l’origine), s’est présenté comme un discours scientifique au XIXe siècle où se mêlaient érudition savante et mystification. En insistant sur la volonté de scientificité du discours de la race, c’est proprement la construction du savoir dans les sciences humaines que questionne Maurice Olender.

C’est ainsi que se précise la triple portée du livre. Portée d’abord épistémologique : il s’agit de comprendre comment la catégorie délirante de la race a pu gouverner toute pensée de l’altérité au XIXe siècle et au début du XXe siècle, malgré la présence d’ observations critiques qui vont en se multipliant4. Comment la raison s’est-elle laissée fasciner, subjuguer par des correspondances, des corrélations folles, sans souci de conséquence, laissant ainsi apparaître une “porosité des frontières”5 entre raison et déraison ? Le savant, aveuglé par les fantasmes et les mythes, construit des types humains ( l’aryen, le sémite etc.) attribuant à chacun d’eux un “instinct” ( par exemple “l’instinct monothéiste” des Sémites chez Renan), une âme qui l’ essentialise et le détermine, justifiant ainsi sa domination ou son extermination.

Car, et c’est bien là le problème du discours de la race, les savants ont pu façonner et créer un discours  permettant de légitimer des idéologies politiques meurtrières, dangereuses. Les représentations de la race nourrissent des programmes politiques, qu’il s’agisse de l’idéologie nazie, ou de la rhétorique génocidaire du Hutu power au Rwanda6 etc. Toute étude portant sur la déconstruction de la catégorie de race est donc nécessairement politique. Elle doit  analyser les liens entre la production du discours savant et sa réinscription, parfois simplifiée, dans le discours politique. Elle doit s’attacher à comprendre comment une catégorie pseudo-scientifique,  fausse, peut posséder une efficacité pratique, c’est-à-dire pousser des individus à l’action.  Elle doit mettre en avant les effets concrets de certains types de représentations sur la vie quotidienne de groupes humains donnés, et sur l’organisation du vivre-ensemble, de la société. Les analyses de l’utilisation inconséquente de l’œuvre de Dumézil, des usages politiques de l’idée indo-européenne par l’extrême droite7, de la construction du mythe du complot juif à travers le faux que sont Les Protocoles des Sages de Sion, ont pour tâche de mettre en lumière ce lien ténu qui s’organise entre la “rationalité scientifique” et la sphère du politique au sein de la rhétorique de la race.

Ainsi, à cette double portée épistémologique et politique de l’ouvrage de Maurice Olender, s’ajoute une troisième dimension, à la fois éthique et, nous voudrions risquer le terme, militante. La question qui sous-tend toute l’étude est posée explicitement dès les premières pages du livre : “Pourra-t-on un jour invalider l’usage, redevenu si courant en ce début de XXIe siècle, de la notion de “race”, comme Mauss l’a fait pour celle de “peuples non civilisés”, désormais rangée au magasin des vieilleries ? Loin d’avoir déserté l’imaginaire des usagers, cette idée de “race”, si malléable, infirmée par des scientifiques de renom depuis plus d’un siècle, a toujours cours, en Europe comme ailleurs.”8 Invalider la notion de race est nécessaire, car la catégorie pseudo-scientifique de “race” n’a pas qu’une existence livresque et savante, comme le rappelle à plusieurs reprises l’auteur, mais possède une existence concrète capable de motiver des actes qui visent la négation radicale d’autrui. En ce sens, la déconstruction de la catégorie de race excède la simple problématique épistémologique et dépasse le monde scientifique ; elle exige une certaine publicité pour être véritablement efficiente.

Le chapitre “Insoumission” prend en charge cette troisième dimension de l’ouvrage. Il décrit d’abord la trajectoire d’intellectuels “insoumis”, au sens où l’insoumission de l’intellectuel (ici insoumission au discours devenu populaire et dominant de la race) est essentiellement l’effet d’une profonde lucidité, qui refuse toute fascination envers l’irrationnel, le sacré, le pouvoir, les mythes de l’origine9. L’engagement de Marcel Mauss, “savant et citoyen”10, qui inaugure, en 1901, son enseignement à l’Ecole pratique des hautes études par cette déclaration : “Il n’existe pas de peuples non civilisés. Il n’existe que des peuples de civilisations différentes.11 contre la distinction, si présente en son temps, entre “mentalité primitive” et “pensée logique” au fondement de l’anthropologie de Lévy-Bruhl ( 1857-1939), traduit la nécessité d’une confrontation du savoir théorique avec l’action sociale. Ses prises de position en faveur du capitaine Dreyfus, son adhésion à la SFIO, sa condamnation du bolchevisme et du fascisme, sa démission de professeur au Collège de France en octobre 1940 dès la parution des instructions visant à exclure les Juifs des universités, permettent de comprendre, philosophiquement, la nature du travail de Marcel Mauss. Son action politique n’est pas un complément facultatif à son activité théorique : elle ne vise pas à soulager la conscience inquiète du savant. Au contraire, comme le montrent les Écrits politiques de Mauss, dans la mesure où toute pensée scientifique est en droit émancipatrice (la pensée scientifique a pour tâche de mettre fin à une certaine fascination pour l’irrationnel), son corollaire immédiat est l’action12.

Ainsi, le travail scientifique de déconstruction du discours de la race ne peut faire l’économie d’un engagement dans la sphère publique, car “la haine et la vision fantasmée de l’autre [...] peuvent métamorphoser les mots et les sentences en actes sanglants.”13 C’est la raison pour laquelle le chapitre “Insoumission” débutant avec la figure de Marcel Mauss puis mettant en avant les travaux des historiens Pierre Vidal-Naquet, Léon Poliakov, ou de l’écrivain Jean-Claude Grumberg, se clôt sur un “appel à la vigilance”, paru dans Le Monde du 13 juillet 1993, signé par une quarantaine d’intellectuels français. Appel à la vigilance contre un discours de la race, qui trouve une nouvelle vigueur à l’occasion d’un retour des thématiques de la nation et de l’identité culturelle ou nationale dans les espaces publics européens. Appel à la vigilance, encore, contre un discours à la mode, dénonçant “l’antiracisme comme à la fois “ringard” et dangereux”14. Résurgences du discours de la race, résurgences de nouvelles inconséquences, cherchant leur légitimation dans des revues universitaires, des colloques, des collaborations intellectuelles.

La fascination pour la rhétorique raciste ne meurt pas avec les découvertes de la science. L’invalidation scientifique de la catégorie de race n’a pas mis fin, dans les imaginaires, à l’antisémitisme, ni au désir de hiérarchiser et de classer les peuples, d’établir des correspondances magiques entre une donnée physique et des vertus morales prétendument naturelles, originelles. Le discours de la race possède encore une efficacité, contre laquelle bute la rationalité scientifique.  C’est en ce sens qu’il y a appel à la vigilance, contre les séductions d’un discours qui enchante par sa simplicité, ne requérant qu’observations spontanées, immédiates, et niant la réalité même de tout processus historique.

Cet appel à la vigilance est d’autant plus crucial qu’il fait émerger ce douloureux paradoxe pour les chercheurs, les penseurs : c’est au sein même des pratiques scientifiques et universitaires que s’est construit un discours niant toute rationalité scientifique. Le dernier chapitre de l’ouvrage qui suit l’appel à la vigilance peut ainsi se comprendre de la manière suivante. Intitulé “le silence d’une génération”, ce chapitre cherche à prendre “la mesure du silence des intellectuels engagés dans le nazisme”15, qu’il s’agisse d’historiens, de philosophes, d’écrivains. Ce chapitre ne propose aucunement une tentative de réduction des œuvres produites par ces intellectuels à l’idéologie nazie, ni, en un sens inverse, de sauver la “pureté” du travail intellectuel d’une histoire qui la mettrait en péril. Particulièrement, ce qui devient signifiant dans le type d’engagement de ces intellectuels n’est pas ce qui s’est dit, à travers œuvres et discours, mais justement ce qui ne s’est jamais dit, faute de savoir comment le dire, après la Deuxième Guerre mondiale. Étrangeté d’une parole intellectuelle devenue muette au moment même où on lui sommait de rendre des comptes et d’expliquer son incompréhensible naufrage. Günter Grass, à l’occasion de la parution de Pelures d’oignon en 2006, dont l’analyse fait l’objet du dernier chapitre de Race sans histoire, revient sur le silence de sa génération, “ génération de taiseux”16 , dont la mémoire porte le fardeau  de tout ce qui a été accepté pendant la Seconde Guerre mondiale. Il avoue, à propos de son engagement dans les S.S. : “Ce que j’avais accepté avec la stupide fierté de ma jeunesse, je voulais, après la guerre, le cacher à mes propres yeux car la honte revenait sans cesse.”17 La honte d’avoir participé à une entreprise d’extermination d’une partie de l’humanité. La honte, aussi, d’avoir succombé et d’avoir été fasciné par le délire récitant et fanatique du discours de la race, prenant la forme d’une culpabilité qui ne peut être allégée.

Le livre de Maurice Olender, s’il se construit autour de la réunion de plusieurs articles écrits entre 1981 et 2009 (ce qui lui donne une certaine apparence de discontinuité), trouve de fait son unité autour de cette triple problématique épistémologique, politique et “militante” qui traverse nécessairement toute tentative de déconstruction du discours de la race. Cette archéologie du discours raciste rappelle que toute pensée conséquente porte en elle l’exigence de sa mise à l’épreuve et est indissociable d’une intervention politique, non au sens où il s’agirait de produire un discours a priori légitimant telle action, telle prise de position publique, mais au sens où il faudrait identifier les points précis du réel qui requièrent l’urgence d’une transformation18. C’est à ce titre, seulement, qu’une pensée véritable peut “ tenir ses promesses”19.

Titre du livre : Race sans histoire
Auteur : Maurice Olender
Éditeur : Points
Collection : Points essais
Date de publication : 07/05/09
N° ISBN : 2757806858

rédacteur : Yala KISUKIDI, Critique à nonfiction.fr
Illustration : Races humaines dans un manuel d’histoire naturelle de 1885

Notes :
1 – Race sans histoire, p. 351
2 – ibid., p. 35
3 – cette forme du discours est explicitée dans le chapitre intitulé “ Un instinct devenu destin” , p. 25-28
4 – ibid., p. 42
5 – ibid., p.21
6 – ibid., p. 20: “ Des siècles passent et, tout près de nous, une politique de la “race” aboutit à un génocide au Rwanda (1994)”
7 – ibid., p. 128 : “De l’éloge contemporain des vertus politiques des Indo-européens de la préhistoire, vertus sur lesquelles nul linguiste, nul archéologue ne peut aujourd’hui tenir un discours circonstancié, à l’éloge du F.N. ou au soutien d’une entreprise niant l’existence des chambres à gaz, il existe une logique dont il faudra bien un jour décrire les mécanismes.”
8 – ibid., p.14
9 – ibid., p. 203
10 – ibid., p. 196
11 – ibid., cité p. 206
12 – Maurice Olender cite ce passage de Mauss, dans lequel ce dernier explique pourquoi il a refusé d’exclure de son curriculum vitae ses textes politiques lors de la présentation de sa candidature au Collège de France en 1930 : “ Je ne crois pas que mes publications et même mon action scientifique et didactique dans le monde coopératif …, que les extraits que j’ai publiés d’un ouvrage manuscrit sur le bolchevisme …, mes communications sur la notion de nation et d’internationalisme aient été dénués d’intérêt scientifique et philosophique.” – texte cité p. 206
13 – ibid., p. 213
14 – ibid. p. 245
15 – ibid., p. 268
16 – ibid., p. 284
17 – ibid., cité p. 290
18 – nous reprenons ici les analyses commentées du texte Qu’est-ce que les Lumières de Michel Foucault par Olivier Dekens, Paris, Éditions Bréal, 2004, p. 116: ce commentaire propose une compréhension renouvelée des liens entre philosophie et intervention politique chez Foucault: “ … L’effort conceptuel de la philosophie est indissociable de l’intervention politique, il en est la théorisation, non au sens d’un discours donnant a priori légitimité à une telle intervention, mais au sens d’un lent travail préparatoire, identifiant les points faibles du réel à transformer.”
19 – rappelons cette formule de M. Olender à propos de Marcel Mauss qui conclut toute la section qui lui est consacrée : “Entre action et théorie, le citoyen Mauss a tenu ses promesses.”

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La fracture raciale est-elle un état de fait aux Antilles ?

Posté par Hervé Moine le 12 février 2009

On entend de-ci de-là des propos que je qualifierais de racistes, les blancs ceci les noirs cela. Pour ma part ces propos m’étonnent, car je croyais, trop naïvement certainement, que le racisme était chose ancienne ou l’expression de poches de résistance dans la bêtise humaine hélas universelle. Je suis d’autant plus surpris que les Antilles me donnent à voir l’expression même du métissage [1]. Depuis que je me trouve en Guadeloupe je m’aperçois cependant de la lourdeur d’un passé qui n’est pas vraiment digéré. Il y a certes ceux qui pensent que seul compte l’avenir et qu’il faut savoir tracer un trait sur le passé pour envisager sereinement présent et futur mais il y a aussi ceux qui estiment qu’il faut régler ce qui n’a pas été encore réglé.

Si le racisme existant est résiduel, se fondant sur le passé, on finira par en venir, à bout et parce qu’il faut en venir à bout, le travail de mémoire, la reconnaissance des responsabilités devant faire leur œuvre. Peut-être que je pêche ici par excès d’optimisme. Mais si des injustices demeurent sur des inégalités entre « races »[2] alors c’est que le mal est plus profond.  Peut-on considérer qu’il y a en Guadeloupe particulièrement et aux Antilles de manière générale une fracture raciale.

Fracture raciale est-elle un état de fait aux Antilles ?

© Guillaume Paumier / Wikimedia Commons

© Guillaume Paumier / Wikimedia Commons

Cette question, l’ex-candidate aux présidentielle, députée de Guyane Christiane Taubira répond par l’affirmative. Elle estime, en effet, que le conflit que nous connaissons aujourd’hui aux Antilles fait renaître ce qu’elle appelle la « fracture raciale » et elle dénonce de manière vigoureuse les inégalités dont sont victimes les « descendants d’esclaves ».

« Le conflit est profondément social », dit-elle. La société antillaise est une société dans laquelle règnent des dynasties. En effet, selon elle, « les ligne de démarcation font que les positionnements rappellent qu’en fait il y a des dynasties dans ces société, en Guadeloupe et en Martinique notamment, des dynasties qui restent propriétaires foncières. » Elle poursuit en affirmant que « c’est à partir de certains positionnement que ré-émerge la question, effectivement, de ce qu’on peut appeler la fracture raciale ».

Cette fracture sociale est-ce alors une nouvelle fracture, ou bien alors n’a-t-elle pas été réparé ou mal soudée ? Christiane Taubira, en déplorant « la réalité incontestable et incontournable », considère que « le problème, c’est que la société est restée duale » : Blancs et Noirs chacun de leur côté ; les premiers possédant, les seconds non.

La députée cependant modère ses propos pour éviter toute généralisation abusive qui est gênante intellectuellement et humainement, « gênante également pour l’avenir ». Certains Blancs se battent aux côtés des « descendants d’esclaves ».

Quelles solutions pour remédier à ce qu’elle considère comme état de fait ? Madame Taubira plaide pour « une réforme foncière » en Guadeloupe et en Martinique, déclare que « l’Etat doit prendre acte du fait que l’accès à la propriété foncière est pratiquement impossible pour les personnes qui généalogiquement justement, descendent des esclaves. » Ce fait étant intolérable il faut le dénoncer comme « injustices profondes », comme « inégalités qui se reproduisent, qui frappent toujours les mêmes ».

d’après les propos de Madame Taubira sur i>télé, rapportés par l’Associed Press le 12 février.  Le Nouvel Observateur titrait « Guadeloupe: le conflit social fait renaître la « fracture raciale », selon Christiane Taubira ».

Pour terminer, nous pouvons rappeler que Christiane Taubira a donné son nom à une loi française [3], qui reconnaît comme crimes contre l’humanité la traite négrière transatlantique et l’esclavage qui en a résulté. Cette loi a été votée le 10 mai 2001.

Les propos de Mme Taubira m’interpelle et je m’interroge. Qu’en est-il pour vous ? Qu’est-ce que cet article vous donne à penser ?

Hervé Moine

[1]Métissage comme l’avenir de l’homme, cf. Michel Serre

[2] j’emploie ce mot de manière provisoire, le mot « race » n’ayant selon moi aucun sens chez les humains / si un débat s’instaure, il faudra s’expliquer sur ce point important

[3] cf. Loi taubira ; notons que cette loi a fait l’objet d’un certain nombre de critiques, nous aurons cxertainement l’occasion d’en parler

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