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Etude du livre 1 du Contrat Social de Rousseau Cours n°7

Publié par Hervé Moine le 6 février 2009

Chapitre 2 du livre I

Dans ce chapitre, Rousseau cherche à montrer que l’autorité ne se fonde pas sur quelque droit naturel. Il se heurte, par cette thèse, à la position d’un certain nombre de penseurs tels que Bossuet par exemple, position monarchiste, pourrait-on dire, position absolutiste.

(suite du cours en cours de rédaction…)

Merci pour votre indulgence

Hervé Moine

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Etude du livre I du Contrat Social de Rousseau Cours n°6

Publié par Hervé Moine le 5 février 2009

Dans ce cours nous allons voir de plus près quelles seront les grandes thématiques du livre 1

2°) Etude du 2ème paragraphe : annonce du plan du livre I

-          La force et le droit

-          Le prétendu droit du plus fort

-          La force du droit

-          Droit naturel et droit conventionnel

-          « Je dois établir ce que je viens d’avancer »

Dans le deuxième paragraphe, Rousseau indique le plan qu’il va observer dans ce livre I. [Voir début du cours n°5] Nous avons évoqué déjà ce plan tout au début de ce cours. Ici, nous approfondirons certains points.

Ce sont les chapitres V et VI qui montreront que c’est par une convention que passe la légitimité du droit. Auparavant, Rousseau examinera d’autres hypothèses, telle que la force ou la nature. Son but sera celui de montrer que ces hypothèses ne sont pas tenables et qu’il s’agit de les réfuter. En somme, Rousseau commence par étudier ce que la justice, chapitres II, III et IV n’est pas avant d’étudier ce qu’elle est.

-          La force et le droit

C’est une thèse assez répandue celle qui considère que c’est la force qui fait le droit, que la force constituer un principe de légitimité du droit. En effet, ne parle-t-on pas de droit du plus fort ? N’est-ce pas le plus fort qui impose sa loi ? Rousseau entend montrer que la force n’est absolument pas un droit, et, pour ce faire, il va opposer le point de vue de la force et le point de vue du droit.

On peut certes constater que le recours de la force est possible, et, que peut-on faire face à la force ? Devant la force on ne peut s’incliner ou mourir, on retrouve là la thèse stoïcienne de la nécessité. Mais pour Rousseau se constat ne prouve rien, il montre seulement que le recours de la force est seulement de l’ordre du possible d’un point de vue factuel mais en aucun car qu’il est légitime. La force ne peut aucunement se justifier, car elle est toujours dans son usage temporaire. La force ne peut aucunement se justifier car dès lors qu’on est plus fort qu’elle, elle n’a plus de justification. Le plus fort n’est jamais assez fort pour être toujours le maître. Si la loi du plus fort est fondée, se révolter contre cette loi est tout aussi fondée. Si une révolte réussit, elle fait preuve de sa force. On le voit aucune force ne peut se justifier car toute force qui la dépasse la rend injustifiable. En revanche le droit lui est universel, il est indépassable.

-          Le prétendu droit du plus fort

Si l’on convient que la force est un droit et que doit régner la loi du plus fort, alors c’est qu’on a le droit de se révolter contre ce prétendu droit du plus fort, par la force. La révolte prend en quelque sorte aux mots le droit du plus fort par les mêmes armes que lui, à savoir, la force.

D’autre part, s’il l’on convient en revanche que le droit du plus fort n’est pas tenable en tant que droit, c’est-à-dire si la loi du plus fort n’est pas légitime, alors c’est qu’on le droit de se révolter contre l’injustice. Se révolter contre l’injustice est tout à fait légitime car combattre contre l’injustice est juste.

Pour Rousseau, c’est la force qui a ravi la liberté au peuple, c’est donc par la force qu’il recouvre sa liberté. On peut penser que les futurs révolutionnaires vont s’inspirer de cette idée. En fait ce que veut dire Rousseau, et nous l’avons déjà compris, c’est que si l’on se place sur le point de vue de l’hypothèse de la prééminence des rapports de force, hypothèse bien sûr contestable pour notre philosophe, alors en toute logique tous les coups sont permis. On peut d’ailleurs remarquer cette logique dans le cas des guerres civiles notamment. Est-ce à dire que la force est pour autant un droit ? En fait, Rousseau emploie ici le terme de « droit » par dérision. En effet la force, en tant que pouvoir physique ne peut en aucun cas conférer un quelconque pouvoir moral, aucun droit. Cette idée sera établie et développée dans le chapitre III du Contrat Social. Dans le cas de la guerre civile où règne le droit du plus fort, le mot droit n’a pas le sens de droit, car la guerre civile est plutôt le lieu du non-droit. Rousseau on le verra s’oppose radicalement à la pensée de Hobbes. [Vous pouvez d'ailleurs dès à présent travailler sur la pensée politique de Hobbes.]

-          La force du droit

Ainsi l’on voit que ce n’est pas sur la force qu’il convient de fonder le droit mais sur le droit « sacré ». Que signifie « droit sacré » ici ? Le sacré est ce qui est inviolable, tabou. Il s’agit de l’ordre social qui est légitime, c’est-à-dire le droit qui s’accorde avec les exigences de la morale. Mais en quoi cet ordre légitime est-il « sacré » ? La réponse est simple. Cet ordre légitime, au fondement duquel se trouve la raison universelle qui fonde elle-même la morale, est un droit « sacré » en ce qu’il est à la fois le garant de l’existence même de la société et la raison d’être de la société. A supposer que ce droit ne fût pas sacré, il serait alors permis de le transgresser, et, cette violation mènerait nécessairement au péril de la société.

Par conséquent, on ne peut justifier l’ordre social, par un état de fait, un état de fait étant potentiellement « violable » mais par un droit inviolable. Il est important de bien insister. Imaginons un état civil juste, que cet état civil juste soit juste en tant ou parce qu’il est état de fait, alors un renversement de cet état est également juste, car il ne fait que remplacer un état de fait par un autre état de fait. En revanche, un état de droit étant inviolable est toujours valable. Violer un état de droit c’est détruire le droit et passer au non-droit et non à un autre état de droit.

-          Droit naturel et droit conventionnel

Enfin, pour Rousseau, le droit qui consacre l’ordre social, droit qui, comme on vient de le voir, ne peut se fonder ni sur l’ordre des faits, ni sur celui de la force, ne peut trouver non plus son fondement dans la nature. Selon lui, le droit ne peut venir effectivement de la nature, pour la simple et bonne raison que dans l’état de nature, la société n’est pas instituée. Ainsi, Si le droit n’est pas naturel et qu’il ne peut se fonder sur la force alors il ne peut être que conventionnel. Et qu’est ce que cela signifie ? Cela signifie-t-il que toute convention a valeur de droit ? Toute convention n’a pas valeur de droit. Dire que le droit est de l’ordre de la convention c’est dire qu’il repose sur un pacte social, un consensus social, c’est-à-dire encore sur un contrat librement souscrit.

-          « Je dois établir ce que je viens d’avancer »

Rousseau, on le voit est en recherche de légitimation. Il convient pour lui de démontrer par des arguments philosophiques se fondant sur la raison et non de simples opinions dans un débat passionnel.

Hervé Moine

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Etude du livre 1 du Contrat Social de Rousseau Cours n°5

Publié par Hervé Moine le 5 février 2009

Chapitre I “sujet du premier livre”

Résumé du chapitre I

Etudions dès à présent le chapitre I du livre 1, intitulé « Sujet de ce premier livre ». Nous savons que la question à laquelle répond ce premier livre est : « Quels sont les fondements légitimes de l’ordre social ? »

Le chapitre II nous apprend que cela ne peut être la nature et les chapitres III et IV que cela ne peut être non plus la force. Pour trouver les fondements légitimes de l’ordre social, il faut remonter à une première convention Chapitre V. Le chapitre VI nous apprend que cette première convention c’est le pacte social dont les principes seront développés dans les trois derniers chapitres du livre I, chapitres VII, VIII et IX.

Le premier chapitre comporte deux paragraphes : dans le premier, Rousseau précise le problème qui sera examiné dans le livre 1 et dans le second, Rousseau donne la solution à ce problème, solution qu’il faudra démontrer.

1°) Etude du premier paragraphe : le problème

a) L’homme est né libre

b) L’homme naturellement libre, en dépit de sa liberté inaliénable est pourtant partout dans les fers

c) L’esclave n’est pas celui qu’on croit

d) Comment le passage de l’état de nature à l’état civil s’est-il effectué ?

e) Le problème n’est pas celui de rendre à l’homme sa liberté naturelle.

1°) Etude du premier paragraphe : le problème

Commençons par lire et à analyser le premier paragraphe de ce chapitre. Cette analyse suivra quatre moments …

Tout d’abord, nous développerons l’idée selon laquelle est né libre pour ensuite comprendre ce qui fait que l’homme demeure cependant partout dans les fers, c’est-à-dire esclave. A ce propos, nous verrons que pour Rousseau que l’esclave n’est pas celui que l’on croit. Enfin nous poursuivrons, si la chose est possible, par l’étude du passage de l’état de nature à l’état civil, du passage de la liberté à l’esclavage. En effet, comprendre comment ce passage s’est effectué c’est comprendre comment l’homme pourtant naturellement libre et dans la société devenu esclave, c’est alors que nous pourrons saisir le problème que soulève Rousseau.

a) L’homme est né libre

Selon Rousseau, dans l’état de nature, l’homme était libre de jouir de ses forces, était libre de les employer sans entrave. Ce qu’il faut comprendre c’est que cette liberté initiale de l’homme était une conséquence du fait de la solitude originaire des hommes. Selon Rousseau, en effet, les hommes vivaient épars et isolés. Ainsi, dans cette solitude, nul ne pouvait s’opposer aux désirs des uns et des autres. L’homme pouvait donc jouir en toute quiétude et pleinement de ses forces, et ce, sans entrave. La question est donc de savoir ce qui a fait que les hommes se retrouvent dans l’état civil aussi peu libres.

-          La liberté naturelle n’est pas la liberté absolue

Il ne faut pas exagérer cette liberté naturelle en la considérant comme parfaite et absolue. Selon Rousseau cette liberté originaire de l’homme, cette liberté naturelle n’est pas liberté absolue. Il ne faut pas la voir comme une indépendance totale, cette indépendance n’est que par rapport aux autres hommes, puisqu’il vit de manière éparse et isolée. L’homme dépend de la nature. Que signifie cette dépendance de l’homme à l’état de nature vis-à-vis de la nature. On trouve la réponse à cette question au chapitre VIII du Contrat Social : « la liberté naturelle n’a pour bornes que les forces de l’individu ». Les forces de l’homme c’est bien la dimension naturelle de l’homme. Et il se trouve que les forces de l’homme sont plutôt limitées.  Il dépend donc de sa propre nature. Il dépend aussi de la nature extérieure, bêtes sauvages, aléas climatiques etc…  Ainsi, dire que l’homme est né libre, c’est dire que l’homme est naturellement indépendant par rapport à autrui et non par rapport à la nature.

-          Liberté naturelle, donc liberté inaliénable

Rousseau en exprimant cette idée de l’homme libre à l’état de nature s’oppose à l’affirmation de Bossuet que « les hommes naissent sujets ». Pour Bossuet, il y a l’idée parmi les hommes de l’existence d’un asservissement naturel. Il semble suivre la vieille idée d’Aristote qui considère qu’il y a des hommes qui naissent pour obéir et d’autres qui naissent pour commander. Chez ces deux auteurs, on ne peut pas dire que la liberté est ce qui appartient en propre à l’homme. C’est contre cette thèse que Rousseau affirme la sienne, à savoir celle de l’homme naturellement libre.

Pour Rousseau, l’important est d’affirmer que la liberté, à défaut d’être absolue, est naturelle, c’est-à-dire inaliénable. Dire que la liberté est inaliénable c’est affirmer qu’elle ne peut en aucun cas et pour aucune raison que ce soit être vendue ou donnée. Ce qui est absolue ce n’est pas la liberté elle-même dans le sens où la liberté ne connaîtrait aucune limite, serait sans borne, ce qui est absolue c’est son caractère inaliénable.

Cependant, il suffit d’ouvrir les yeux et de poser son regard sur l’homme à l’état civil pour constater que cette liberté pourtant inaliénable et partout bafouée. « L’homme est né libre et partout il est dans les fers ». La question est de savoir ce qui a bien pu se passer. Il convient pour nous d’envisager le passage de l’état de nature dans lequel l’homme est libre à l’état civil où l’homme se voit dépouillé de cette liberté.

b) L’homme naturellement libre, en dépit de sa liberté inaliénable est pourtant partout dans les fers

Selon Rousseau, le passage de l’état de nature à l’état social a complètement changé la donne initiale. En effet, selon lui, le passage à l’état social a instauré la contrainte. L’état civil est un état fondé sur la propriété privée. Celui qui possède va contraindre celui qui ne possède pas. Par exemple si le propriétaire possède dans son terrain le seul point d’eau de la contrée, il domine nécessairement celui qui ne possède rien et qui a besoin d’eau pour survivre. Cette exemple peut se généraliser et l’on peut ainsi comprendre les fondements de notre société qui instaure les inégalités et privent les hommes ou de nombreux hommes de leur liberté.

Les riches ont eu recours à la coercition pour forcer les pauvres au renoncement. Les lois sont faites en la faveur des premiers et oppriment les seconds. Les lois qui écrasent la classe dominée sont des lois scélérates. La police et l’armée sont au service de cet ordre établi favorable à ceux qui possèdent et asservissent le peuple. On le voit, à l’état civil, la liberté naturelle a disparu et ce sont les « fers » qui sont apparus. Les « fers » sont ce dont on se servait autrefois pour enchaîner les prisonniers. Ils sont donc le symbole de l’oppression subie par les pauvres. Ce que Rousseau veut mettre ici en évidence c’est l’urgence de la remise en cause de la société, c’est la nécessité d’une constitution afin de tenter de la réconcilier avec les hommes et ainsi de permettre à chacun d’entre eux de naître citoyen libre d’un Etat libre.

c) L’esclave n’est pas celui qu’on croit

Rousseau fait une constatation de fait : tout le monde est esclave, même les maître. Cette idée ne peut pas manquer de nous étonner. Pour Rousseau, soumettre la volonté d’autrui est contraire à la liberté. Pour lui on crée ses propres chaines en enchaînant les autres. Le maître (« dominus » = celui qui domine) normalement est celui qui domine l’esclave (« servus » = celui qui est au service du maître).  Or, pour Rousseau le maître est décrit comme davantage esclave que l’esclave lui-même.

-          La raison condamne l’esclavage

Essayons de comprendre cette position pour le moins surprenante. Outre l’idée selon laquelle maître est dépendant de l’esclave dépend matériellement de l’esclave, incapable est-il de se suffire à lui-même, Rousseau évoque également du point de vue de l’esprit. En effet, pour Rousseau, le maître, s’il accepte d’être le maître, c’est-à-dire, en d’autres termes, s’il tolère d’avoir des esclaves, c’est qu’il est esclaves lui-même de ses propres passions. La raison condamne l’esclavage. Il ne suffit d’interroger longtemps sa raison pour comprendre que l’esclavage ne peut être toléré. Pour être aussi sourd à aux préceptes de la raison, il faut vraiment être aveuglé par ses passions.

D’autre part, l’esclave lui-même, on ne peut rien lui reprocher, il ne fait aucun mal. L’esclave est la victime d’un contexte social et victime des passions du maître. L’esclave est esclave de corps et non d’esprit. Nul ni personne ne peut asservir l’esprit de l’homme, on peut tout au plus contraindre son corps afin de l’utiliser comme un machine ou un animal.

-          Le maître moralement inférieur à l’esclave

En revanche, en ce qui concerne le maître, en acceptant justement d’être maître, il ne fait pas autre chose que de perpétuer, l’immonde, l’injustice. Il succombe en fait à ses passions les plus égoïstes et égocentriques.

En conclusion, pour Rousseau, le maître est moralement très inférieur à l’esclave. L’esclave n’aliénant que son corps, le maître, lui, aliène son esprit.

Toute la question est maintenant de savoir ce qui a pu produire ce passage de l’état de nature, état dans lequel l’homme pouvait jouir de sa liberté sans entrave à cet état civil dans lequel règne injustices et inégalités, dans lequel l’esclavage à pu s’instituer ; comment a pu s’effectuer ce passage ?

d) Comment le passage de l’état de nature à l’état civil s’est-il effectué ?

La réponse à cette question, Rousseau répond de manière très brève : « je l’ignore ». Là aussi, on ne peut pas ne pas s’étonner de voir Rousseau de répondre ainsi, de prétendre ignorer comment s’est effectuer ce passage de l’état de nature à l’état civil. Il est en effet étonnant de voir un auteur ignorer ce qui a fait l’objet d’une description dans un livre, le Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes. Comment peut-il ignorer ce qu’il a développé lui-même avec tant de minutie et de précision ? [D'ailleurs, soit dit en passant, je vous conseille la lecture de ce Discours de Rousseau.]

-          L’état de nature, un état hypothétique, non-historique

L’important est de dire que dans ce Discours, Rousseau n’entendait pas décrire ce qui s’est passé en réalité. Il ne faisait qu’une hypothèse sur ce que l’homme aurait pu être avant de devenir ce qu’il est. L’état de nature ainsi que le passage à l’état civile ne sont que fiction théorique afin de penser l’état civil. L’état de nature est en quelque sorte l’homme tel qu’il est dans l’état civil mais auquel on lui a enlevé tout ce qu’il a reçu par la société. Rien ne permet de dire que cette fiction théorique  soit conforme à la réalité. D’ailleurs, remarquons que cette conformité est tout à fait sans importance pour notre philosophe. Par ce « je l’ignore », il reconnaît même son ignorance dans ce domaine. Il avait d’ailleurs précisé dans son précédent Discours que l’état de nature « n’existe plus, n’a peut-être jamais existé et probablement n’existera jamais ».

-          L’important c’est l’état civil tel qu’il devrait être

La seule chose ici qu’il convient de retenir c’est qu’il importe peu de savoir ce qui a été effectivement. L’important c’est ce qui doit être ! C’est l’état tel qu’il devrait être. Ce qu’il est actuellement c’est un état où règne l’injustice les inégalités, l’esclavage. Or comme nous venons de le voir en ce qui concerne cette injustice qui marque une inégalité entre les hommes, à savoir l’esclavage, c’est précisément ce qui est mais qui ne devrait pas être. Cet état civil n’est pas légitime.

Alors que le Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes, indique le passage à l’esclavage, de manière théorique, le Contrat Social cherche à penser l’homme tel qu’il doit être dans une société juste, ce qui n’est pas.

e) Le problème n’est pas celui de rendre à l’homme sa liberté naturelle.

Tout le problème est maintenant de permettre la liberté civile et non de retourner dans un état de nature. Le tout est de savoir comment sera l’état social légitime.

L’état social actuel n’est pas légitime puisqu’il viole ce droit fondamental de la liberté. L’état civil est pourtant le seul état possible, l’état de nature étant invivable. Même dans un état civil injuste, l”état civil est préférable à l’état de nature. Il permet à l’homme notamment la survie, l’union faisant la force contre les bêtes sauvages par exemple. Cela dit, la tâche sera de rendre légitime cet état civil, non pas en légitimant l’esclavage mais en faisant en sorte que l’état civil garantisse la liberté humaine de tout homme sans exception. « Rendre légitime » cette expression implique la nécessité du changement. Le problème est de voir quelle pourrait être la liberté d’un homme dans la société afin de contraindre les faits aux droits. Pour résoudre ce problème il faudra trouver l’équivalent du de la liberté naturelle et de l’égalité naturelle dans l’état de société.

Hervé Moine

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Etude du livre 1 du Contrat Social de Rousseau Cours n°4

Publié par Hervé Moine le 4 février 2009

Dans ce premier paragraphe, on voit chez Rousseau une double préoccupation : souci de légitimité et souci de réalisme. Nous envisagerons cette double préoccupation en suivant le plan suivant :

1°) Recherche de règles d’administration légitimes et sûres

a.       La notion de règle d’administration

b.      Légitimité et fiabilité de ces règles

c.       Rapport de la Morale et de la Politique

2°) Les exigences de cette recherche

a.       Nécessité de prendre les hommes tels qu’ils sont

b.      Nécessité de prendre les lois telles qu’elles peuvent être

c.       Nécessité d’allier toujours justice et utilité

3°) Légitimité de cette recherche

a.       Prérogatives de l’homme politique

b.      Citoyenneté et liberté

c.       Droits et devoirs du citoyen

1°) Recherche de règles d’administration légitimes et sûres

a) La notion de règle d’administration

Une première distinction conceptuelle doit être faite pour éviter toute confusion, entre la notion de « règle d’administration » et celle de « règle et de gouvernement ».

Les règles d’administration concernent la constitution et l’établissement de l’Etat ainsi que ses lois fondamentales.  En effet, le gouvernement ne peut exister que lorsque l’Etat est déjà instauré. Si la question que se pose Rousseau est celle des conditions de possibilités d’un état social légitime, il s’agit pour lui d’envisager l’Etat à la racine, de penser les fondements même de l’Etat, ce qui le constitue et l’établit, ses lois. Ou si l’on veut dire les choses autrement, le but de sa recherche, c’est l’examen des principes du droit public, de l’ordre civil, ceux-là même qui fondent toute société. Ainsi, Rousseau n’est pas ici concerné par ce que l’on appelle le « droit positif », c’est-à-dire des différentes formes de gouvernement qui existent mais par la justice idéale, celle-ci étant valable pour toute société quel qu’en soit le gouvernement. Que ce dernier soit aristocratique, monarchique, démocratique ou autre, la justice idéale est universelle et ne connaît pas de versions particulières.

b) Légitimité et fiabilité de ses règles

-          Ces règles doivent donc être légitimes.

On l’aura compris, là aussi il faut opérer une distinction conceptuelle. Il faut distinguer ce qui est légitime et ce qui est légal. Légitime en effet s’oppose à légal, en ce que la légitimité c’est la justice définit en rapport aux principes du droit valable partout et de tout temps, la légalité quant à elle c’est la justice établie, le droit positif. Dire que les règles doivent être légitimes c’est dire qu’elles doivent être en accord avec la morale.

-          En même temps ces règles doivent être sûres

En même temps ces règles doivent être sûres.  Ce « en même temps » ne va pas sans poser de problème. La difficulté en effet c’est de pouvoir allier la morale et l’efficacité. Dire que les règles d’administrations doivent être en même temps sûres, c’est dire qu’elles doivent être également politiquement efficaces, stables, fiables, et par ce fait, nécessairement durables. En effet, des règles sûres sont des règles ayant quelque garantie de durabilité.

c) Rapport de la morale et de la politique

-          Le problème d’une politique à la fois morale et efficace

Rousseau joint les préoccupations morales et politiques. Il convier, selon lui, d’élaborer une politique morale et une morale politique, inscrite dans la réalité. Rousseau n’entend pas rêver une politique idéale parfaite, mais de penser une politique réaliste, mais le réalisme ne doit pas pour autant tourner le dos aux exigences de la morale. Dans le livre IV de l’Emile, Rousseau écrit à ce propos ceci : « ceux qui voudront traiter séparément la politique et la morale n’entendront jamais rien à aucune des deux ».

-          Une bonne politique doit être morale

Ainsi, pour le philosophe, une politique est une bonne politique, si et seulement si, celle-ci se fonde sur des critères moraux. L’interrogation morale doit dominer et accompagner l’interrogation politique. Toutes les deux sont interdépendantes, la politique doit apporter à la morale son efficacité et le retentissement qui font défaut à la morale et cette dernière doit donner les directions à la politique. Rousseau cherche à concilier l’être et le devoir-être. Autrement dit, c’est sur ce qui doit être que l’on peut se prononcer sur ce qui est et non l’inverse, comme le pense en particulier Nicolas Machiavel et son réalisme politique. Ce dernier, au XVIème siècle, excluait cette possibilité : une politique morale a toutes les chances d’être inefficace ; une politique immorale a bien plus de chance d’être efficace.

Telle est la recherche que se fixe Rousseau dans le Contrat Social. La question est maintenant de savoir ce qu’exige cette recherche, autrement dit qu’exige la recherche de l’établissement d’une politique réaliste et d’une politique en même temps morale.

2°) Les exigences de cette recherche

a) Nécessité de prendre les hommes tels qu’ils sont

Lorsque nous avions abordé la vie de Rousseau, nous avons pu observer que la vie, peut-être plus que ses études intellectuelles a instruit Rousseau. Que lui a-t-elle enseigné ? La vie a révélé à Rousseau que toutes les tentatives de changer la nature de l’homme sont vaines, que l’on ne peut lutter que contre ce qu’il est.

-          Mais l’homme, qu’est-il ?

La question est bien de savoir si cette expression « les hommes tels qu’ils sont » désigne les hommes à l’état de nature ou les hommes à l’état social. Dans le Contrat Social, Rousseau envisage les hommes tels qu’ils sont devenus dans l’état social.

-          L’homme social = homme corrompu

Les hommes sont ce qu’ils sont devenus dans l’injuste état social, c’est-à-dire ; des hommes corrompus à jamais par le système de la propriété privée ; des hommes se déchirant pour extorquer aux autres les biens dont ils ont réussi à s’emparer. Les hommes tels qu’ils sont, sont les hommes égoïstes, poussés par leurs appétits, ayant perdu leur innocence originelle. Les hommes tels qu’ils sont, constituent le point de départ de la réflexion de Rousseau dans sa recherche.

-          L’homme social, corrompu mais susceptible de se conduire moralement

Cet homme, est, selon l’auteur du Contrat Social, un être de raison et plus exactement un être qui a acquis la raison et ainsi un être capable de comprendre et susceptible de se conduire moralement. Cet homme, irrémédiablement attaché à la propriété privée, ne pourra changer ; en revanche, il est possible, et c’est, justement ce que se propose de faire Rousseau, de modifier ce qui est encore possible d’améliorer, à savoir les lois, les institutions. Ce n’est que par ce biais que l’on peut penser la possibilité de fonder un Etat juste.

b) Les lois telles qu’elles peuvent être

Quand Rousseau affirme qu’il entend prendre les lois telles qu’elles peuvent être, il n’entend pas les lois injustes rendant l’état social injuste en tant qu’elles se fondent sur les égoïsmes particuliers et font le jeu des riches. Au contraire, il s’agit, pour lui, de considérer les lois justes, fondées sur la raison et qui ne sont pas jusqu’à présent établi dans l’état social mais qui pourrait pourtant l’être.

De telles lois devront contraindre les intérêts particuliers à se soumettre à la volonté générale. Cette notion de volonté générale fera l’objet d’une analyse ultérieurement.

Selon Rousseau, il est possible de créer un monde meilleur en changeant les lois à défaut des hommes. Ce qui importe de faire c’est d’adapter les lois à des conditions devenues incontournables depuis le passage de l’état de nature à l’état civil.

On voit bien quel est le souci réaliste qu’anime Rousseau : d’une part, il faut prendre en compte la réalité humaine, celle-ci étant ce sur quoi la justice va porter ; d’autre part, les lois doivent pouvoir exister, elles doivent être définies selon leurs possibilités d’existence. Rousseau rejette toute utopie.

c) Nécessité d’allier toujours justice et utilité

Il convient selon Rousseau d’allier le droit et l’intérêt, la justice et l’utilité, de trouver des règles non seulement conforme au droit, à la justice, mais aussi aux intérêts. En d’autres termes, il s’agit de concilier ces deux nécessités, de chercher une harmonie entre elles deux, d’allier les exigences de la raison, c’est-à-dire la justice et les exigences de la nature humaine, c’est-à-dire leurs passions.

Reprenons les notions importantes ici évoquées.

-          « ce que le droit permet »

Il s’agit ici de ce que l’on appelle le droit naturel qui est un droit moral et non le droit positif. Rousseau évoque non pas ce qui est mais ce qui doit être. « Je cherche le droit et la raison et ne dispute pas des faits ».

-          « la justice »

Ici, il ne s’agit pas de la justice sociale, celle-ci étant souvent l’injustice masquée, instituée. Il s’agit, au contraire, de la justice morale. Selon notre philosophe, la justice morale est une exigence de la raison universelle. Celle-ci se trouve en germe dans la conscience des hommes et ne peut se développer que dans l’état civil. A l’état de nature, l’homme est sans raison. Une société est légitime si elle est conforme à la raison universelle.

-          « l’utilité »

Nous savons que pour Rousseau les lois morales (le droit naturel) doivent s’adapter aux conditions concrètes qui définissent telle ou telle société. Une justice qui négligerait les besoins de la société, l’intérêt resterait au stade de l’idéal et ne serait par conséquent pas utile. Et d’un autre côté, un utilitarisme sans borne qui ne tiendrait pas compte de la nécessité d’accomplir la justice serait condamnable. Pour Rousseau, la justice doit prendre en compte le critère de l’utilité ; il faut faire en sorte que ce qui est juste soit utile et que ce qui est utile soit juste. Une petite remarque en passant : Kant se séparera de Rousseau sur ce point, selon lui en effet, la justice ne doit aucune se préoccuper de l’avantageux ou de l’intérêt.

Rousseau recherche une constitution susceptible de réconcilier les lois sociales et les exigences morales, de réconcilier l’utilité et la justice, de réconcilier l’idéal moral et la nature humaine. C’est bien là un point capital, l’enjeu est d’importance En effet, si une conciliation entre le droit et la nature s’avèrerait impossible, il faudrait alors sacrifier ou bien la politique à la morale et ainsi sombrer dans l’angélisme et dans une bonne volonté dépourvue d’efficacité, ou bien, à l’inverse, sacrifier la morale à la politique et ainsi sombrer dans un cynique réalisme. Et, c’est dans le but d’éviter ce double écueil que Rousseau propose le contrat social, contrat social dans lequel les hommes pourront poser l’ordre social se fondant sur leur prise de conscience que leur véritable intérêt coïncide avec la justice morale.

3°) Légitimité de cette recherche

Après avoir montré l’objet de sa recherche, les exigences de celle-ci, Rousseau entend à présent, justifier sa démarche. Qu’est-ce qui légitime donc sa recherche ?

a) Prérogatives de l’homme politique

On pourrait à Rousseau de s’occuper de penser politique et parler de politique alors qu’il n’est pas lui-même homme politique. En quoi un homme qui n’est pas aux affaires publiques peut-il être au fait de la res publica ? Rousseau affirme qu’un homme politique doit se préoccuper d’action et non de beaux discours. Et lorsqu’on n’est pas au pouvoir, c’est-à-dire lorsqu’on n’a pas la possibilité matérielle de pratiquer ses idées, ce qui est le cas de Rousseau, on est obligé de les exposer.

b) Citoyenneté et liberté

- citoyen libre

Rousseau s’affirme de part sa naissance comme citoyen libre d’un Etat libre. Un citoyen n’est pas un sujet, dans le sens d’un être assujetti à un maître. Ceci est une façon pour lui de récuser l’absolutisme. Un citoyen, à la différence des sujets qui n’ont que des devoirs, a des droits. Un citoyen est nécessairement un être libre.

-          Etat libre

Faisons cependant une remarque : la République de Genève peut être considéré à l’époque comme une île démocratique dans l’immense océan de la monarchie absolue qu’est l’Europe. Cela dit, cet Etat libre auquel fait référence ici l’auteur du Contrat Social est largement idéalisé. En effet, les institutions de Genève ne sont pas conformes au Contrat Social. On pourra s’en rendre compte.

-          « membre du Souverain »

Rousseau dit qu’il est « membre du Souverain ». Qu’est-ce que cela signifie exactement ? Le Souverain est le Conseil Général, c’est-à-dire, l’assemblée souveraine de la république de Genève. Mais, dans le langage rousseauiste, le Souverain c’est le peuple. Ici, il s’agit d’une allusion à la démocratie, régime qui a la faveur de Rousseau ; « membre de Souverain » signifie donc membre du peuple. Selon lui, le peuple détient la souveraineté, le prince n’est quant à lui qu’un particulier, provisoirement chargé de gouverner. Le peuple a le pouvoir de renvoyer le Prince, si celui-ci ne donne pas satisfaction. Remarquons que la République de Genève condamnera le Contrat Social de Rousseau, celui-ci devant fuir la cité genevoise. On le voit bien, le Gouvernement de cette République n’est pas celui du Contrat Social. Il n’empêche  qu’il garde la faveur de Rousseau car il est le plus éloigné de la monarchie absolue. C’est en quelque sorte une démocratie tempérée car le peuple a accès au vote et la volonté générale a la possibilité de s’exprimer par suffrage, chaque votant ayant le pouvoir législatif et faisant partie du Souverain.

c) Droits et devoirs du citoyen

-          Le droit de vote

Dans les dernières lignes de ce préambule, Rousseau affirme sa préférence pour sa patrie. S’il aime son pays raisonnablement c’est parce que la forme de son gouvernement est proche de la conception du gouvernement juste. Cela lui permet d’évoquer le droit qui caractérise tout système démocratique. Le peuple élabore les lois et participe à la gestion des affaires publiques à l’occasion des votes.

-          Le devoir de s’informer

Le droit de vote est un thème fondamental de la philosophie du Contrat Social de Rousseau. Le droit de vote n’a de sens que si les individus participant au vote se sont au préalable informés. Les campagnes électorales sont là précisément dans ce but. En effet, les campagnes électorales qui précèdent le vote permettent de faire connaitre les opinions des candidats à tous ceux qui le désirent. Par conséquent, voter sans s’être auparavant informé est une absurdité, une faute. Autrement dit, la démocratie suppose que le peuple soit « éclairé ». L’absence d’informations peut aboutir à toutes les manipulations démagogiques et manœuvres technocratiques. Les démagogues ne sont-ils pas ceux qui flattent les passions du peuple ? Et les technocrates ne sont-ils pas ceux qui l’asservissent par leur décision éloignée de la réalité même du peuple.

C’est pourquoi, sachant qu’à un droit correspond un devoir, au droit de voter qui est celui de choisir correspond le devoir de s’informer et de s’instruire afin de bien choisir, en fonction de la volonté générale.

Ainsi s’achève l’étude du Préambule. Au prochain cours nous étudierons le premier chapitre, dans lequel il s’explique sur une des idées plus connues du philosophe « l’homme est né libre, partout il est dans les fers ».

Hervé Moine

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Etude du Livre 1 du Contrat Social de Rousseau Cours n° 3

Publié par Hervé Moine le 3 février 2009

rousseauAnalyse du Préambule

Ce qui va nous occuper dans ce présent cours, c’est la lecture et l’analyse de ce que l’on peut appeler le préambule du premier livre du Contrat Social de Rousseau.

Dans le cours précédent, nous avons étudié la formule « principes du droit politique » et nous avons vu que l’objet même du Contrat Social est de résoudre le problème des conditions de possibilité d’un ordre social légitime.

A quelles conditions un ordre social légitime est-il possible ? telle est la question de l’œuvre.

Pour répondre à cette question, notre philosophe développe sa réflexion sur plusieurs registres, autrement dit, les principes du droit politique tiennent à une triple source :

  1. Le principe de la liberté naturelle ;

  2. L’analyse de l’idée de société ;

  3. Le passage de l’état de nature à l’état civil.

Nous ne manquerons pas d’aborder et d’étudier ces trois thématiques importantes, d’autant plus qu’elles sont intriquées de bout en bout, chacune à son tour venant primer sur les autres. C’est ce que l’on peut voir au chapitre IV pour le principe de la liberté naturelle, au chapitre V pour l’analyse de la société et au chapitre VIII pour le passage de l’état de nature à l’état civil. Toutes ces thématiques convergent dans l’énoncé du « contrat social », au chapitre VI. Du coup, nous avons là une piste de lecture intéressante, nous permettant de saisir la réflexion politique du premier livre du Contrat Social. Nous verrons ultérieurement, lorsque nous aborderons, le premier chapitre « sujet de ce premier livre », la structure même du livre.

Alors lisons ce préambule. Celui-ci nous donne à voir plusieurs choses : une question, une démarche, une exigence.

Une question,

Celle de savoir si dans l’ordre civil, il peut y avoir quelques règles d’administrations légitimes et sûres.

Une démarche,

Celle de tenter de répondre à la question que l’on vient de formuler, comment ? en prenant 1°) les hommes tels qu’ils sont et 2°) les lois telles qu’elles peuvent être.

Une exigence,

Celle d’allier toujours dans cette recherche ce que le droit permet avec ce que le droit prescrit, afin que la justice et l’utilité ne se trouvent point divisées.

Une réflexion légitime et légitimée

A cela, Rousseau, ajoute une remarque qui n’est pas sans intérêt. Cette remarque répond à la question de la légitimité de la réflexion de Rousseau et de son auteur. Qu’est-ce qui permet à Rousseau de réfléchir sur une question qui semble être celle de spécialiste en sciences politiques, en osant un anachronisme. Selon lui, en effet, la légitimité de sa réflexion se trouve dans le fait de sa citoyenneté. Rousseau citoyen ! Voilà la légitimité. Il n’appartient pas au Prince ou au législateur d’écrire sur la Politique ; les prérogatives de ceux-ci est d’être aux affaires, d’agir et non de discourir.

C’est donc en tant que citoyen que Rousseau entend entreprendre sa démarche.

Les quatre points que notre lecture nous a permis de dégager feront l’objet d’une analyse.

Hervé Moine

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Piste de travail pour l’étude du Contrat Social de Rousseau

Publié par Hervé Moine le 2 février 2009

Voici une proposition d’exercices comme piste de travail pour vous aider dans votre étude de l’oeuvre de Rousseau

Exercice 1

  • Texte 1: Préambule, le chapitre I Sujet de ce premier Livre et chapitre II Des premières Sociétés du Livre premier du Contrat social.

1.     Lire le Préambule, le chapitre I Sujet de ce premier Livre et chapitre II Des premières Sociétés du Livre premier  du Contrat social.

2.     Analyser le chapitre I

3.     Etudier les étapes de l’argumentation de Rousseau dans le chapitre II.

Exercice 2

  • Texte 2: «Le plus fort n’est jamais assez fort pour être toujours le maître, s’il ne transforme sa force en droit et l’obéissance en devoir. => il ne signifie ici rien du tout.»

1.     Retrouver l’extrait dans le Livre I du Contrat social et lire le texte de telle manière à pouvoir répondre aux questions suivantes :

2.     Dans quel le contexte se situe cet extrait, cf. les chapitres 1 et 2 du Livre I ?

3.     Quelle est la question à laquelle Rousseau répond dans ce texte ?

4.     Quelle est sa thèse, c’est-à-dire qu’elle est la réponse qu’il donne à cette question ?

5.     Quelles sont les étapes de l’argumentation de Rousseau ?

6.     A quel philosophe, Rousseau s’oppose-t-il ici ?

7.     Quels sont les notions et expressions qui devront donner lieu à une attention particulière dans l’analyse ?

Exercice 3

  • Texte 3: «Puisqu’aucun homme n’a une autorité naturelle sur son semblable, et puisque la force ne produit aucun droit, restent donc les conventions pour base de toute autorité légitime parmi les hommes. => est un mot qui n’a aucun sens.»

1.     Retrouver l’extrait dans le Livre I du Contrat social et lire le texte de telle manière à pouvoir répondre aux questions suivantes :

2.     A partir du texte précédent, dans quel contexte se situe cet extrait ?

3.     Quelles sont les intentions de l’auteur dans ce texte ?

4.     Quelle est la question à laquelle Rousseau répond dans ce texte ?

5.     Quelle est sa thèse, c’est-à-dire qu’elle est la réponse qu’il donne à cette question ?

6.     Quelles sont les étapes de l’argumentation de Rousseau ?

7.     Quels sont les notions et expressions qui devront donner lieu à une attention particulière dans l’analyse ?

Exercice 4

  • Texte 4: «Il y aura toujours une grande différence entre soumettre une multitude, et régir une société. => le vrai fondement de la société.»

1.     Retrouver l’extrait dans le Livre I du Contrat social et lire le texte de telle manière à pouvoir répondre aux questions suivantes :

2.     Quel est le thème de cet extrait ?

3.     A quelle question, Rousseau répond-il ici ?

4.     Quelle est la thèse qu’il y soutient ?

5.     Quelle est la logique de son argumentation ? (étude détaillée)

6.     Quels sont les notions et expressions qui devront donner lieu à une attention particulière dans l’analyse ?

Exercice 5

  • Texte 5: «Trouver une forme d’association qui défende et protège de toute force commune la personne et les biens de chaque associé, et par laquelle chacun s’unissant à tous n’obéisse pourtant qu’à lui-même et reste aussi libre qu’auparavant? => chaque membre comme partie individuel du tout.»

1.     Retrouver l’extrait dans le Livre I du Contrat social et lire le texte de telle manière à pouvoir répondre aux questions suivantes :

2.     A partir du texte 1 et du texte 2, quelles sont les intentions de Rousseau dans cet extrait ? Lire également les trois paragraphes qui précèdent cet extrait

3.     Quelle est la question à laquelle Rousseau répond dans ce texte ?

4.     Quelle est sa thèse, c’est-à-dire qu’elle est la réponse qu’il donne à cette question ?

5.     Quelles sont les étapes de l’argumentation de Rousseau ?

6.     Quels sont les notions et expressions qui devront donner lieu à une attention particulière dans l’analyse ?

Exercice 6

  • Texte 6: chapitre VII Du Souverain.

1.     Lire le chapitre VII Du Souverain.

2.     Dégager toutes les idées essentielles de Rousseau

3.     Choisissez un passage qui semble particulièrement important et en faire l’analyse.

Exercice 7

  • Texte 7: «Ce passage de l’état de nature à l’état civil produit dans l’homme un changement très remarquable, en substituant dans sa conduite la justice à l’instinct, et donnant à ses actions la moralité qui leur manquait auparavant. => l’obéissance à la loi qu’on s’est prescrite est liberté.»

1.     Retrouver l’extrait dans le Livre I du Contrat social et lire le texte de telle manière à pouvoir répondre aux questions suivantes :

2.     A quelle question, Rousseau répond-il ici ?

3.     Quelle est la thèse qu’il y soutient ?

4.     Quelle est la logique de son argumentation ?

5.     Quels sont les notions et expressions qui devront donner lieu à une attention particulière dans l’analyse ?

6.     Faire l’analyse détaillée de cet extrait.

Exercice 8

  • Texte 8: chapitre IX Du domaine réel

1.     Lire le chapitre IX Du domaine réel

2.     En faire le résumé

3.     Etudier particulièrement les idées exprimées à propos du droit de propriété.

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Préambule du livre I du Contrat Social de Rousseau

Publié par Hervé Moine le 1 février 2009

Page du Contrat Social de Rousseau, première édition 1762 Amsterdam

Page du Contrat Social de Rousseau, première édition 1762 Amsterdam

DU CONTRAT SOCIAL

OU

PRINCIPES DU DROIT POLITIQUE

PAR JEAN-JACQUES ROUSSEAU

CITOYEN DE GENEVE

- foederis aequas

Dicamus leges.

Enéide XI

AVERTISSEMENT

Ce petit traité est extrait d’un ouvrage plus étendu, entrepris autrefois sans avoir consulté mes forces, et abandonné depuis longtemps. Des divers morceaux qu’on pouvait tirer de ce qui était fait celui-ci est le plus considérable, et m’a paru le moins indigne d’être offert au public. Le reste n’est déjà plus.

LIVRE PREMIER

Je veux chercher si dans l’ordre civil il peut y avoir quelque règle d’administration légitime et sûre, en prenant les hommes tels qu’ils sont, et les lois telles qu’elles peuvent être. Je tâcherai d’allier toujours dans cette recherche ce que le droit permet avec ce que l’intérêt prescrit, afin que la justice et l’utilité ne se trouvent point divisées.

J’entre en matière sans prouver l’importance de mon sujet. On me demandera si je suis prince ou législateur pour écrire sur la Politique? Je réponds que non, et que c’est pour cela que j’écris sur la Politique. Si j’étais prince ou législateur, je ne perdrais pas mon temps à dire ce qu’il faut faire; je le ferais, ou je me tairais.

Né citoyen d’un Etat libre, et membre du souverain, quelque faible influence que puisse avoir ma voix dans les affaires publiques, le droit d’y voter suffit pour m’imposer le devoir de m’en instruire. Heureux, toutes les fois que je médite sur les gouvernements, de trouver toujours dans mes recherches de nouvelles raisons d’aimer celui de mon pays!

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Table du Livre I du Contrat Social de Rousseau

Publié par Hervé Moine le 1 février 2009

Livre 1

“Où l’on recherche comment l’homme passe de l’état de nature à l’état civil, et quelles sont les conditions essentielles du pacte.”

  • Chapitre 1 : « Sujet de ce premier livre »

  • Chapitre 2 : « Des premières sociétés »

  • Chapitre 3 : « Du droit du plus fort »

  • Chapitre 4 : « De l’esclavage »

  • Chapitre 5 : « Qu’il faut toujours remonter à une première convention »

  • Chapitre 6 : « Du pacte social »

  • Chapitre 7 : « Du souverain »

  • Chapitre 8 : « De l’état civil »

  • Chapitre 9 : « Du domaine réel »

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