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Quels moyens pour réduire le divorce entre la science et la société ?

Publié par Hervé Moine le 2 septembre 2011

Peut-on réduire le divorce entre science et société ?

Mardi 27 Septembre 2011

Observatoire Midi-Pyrénées

14 avenue Edouard Belin 31400 Toulouse

A 11h, Salle Coriolis

Résumé de la conférence :

À la demande du Premier Ministre, le Haut Conseil de la Science et de la Technologie a été chargé d’engager, en 2010, une vaste réflexion sur « les moyens de réduire le divorce existant entre la science et la société ». Sollicité pour participer à ces travaux, Philippe Solal a rédigé un rapport qu’il fut ensuite appelé à exposer devant les membres de cette instance.

Cette communication se situe dans le prolongement de ce travail, en rappelant d’abord les données qui ont permis d’établir le diagnostic d’un tel divorce. Si les axes qui furent privilégiés par le Haut Conseil furent ceux liés à la notion de « perception des risques » par le grand public, en particulier dans le domaine de la chimie, il faudra se demander si l’effort porté sur le travail de « médiation scientifique », constitue la réponse la mieux adaptée aux peurs qui hantent la société française, vis-à-vis d’une science souvent perçue comme un instrument confisqué par une élite indifférente aux dangers que ses pouvoirs font peser sur les citoyens.

Avec Philippe Solal, Agrégé de Philosophie, enseignant-chercheur en Histoire des Sciences à l’INSA de Toulouse , et représentant l’INSA au bureau du service de Diffusion de la Culture des Sciences et des Techniques à l’Université de Toulouse.

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Chantal Delsol se frotte à l’exercice du carnet d’actualité

Publié par Hervé Moine le 13 juillet 2011

Chantal Delsol

Penser le présent : Chroniques d’actualité 1997-2010""

Editions Bourin janvier 2011

Présentation de l’ouvrage par l’éditeur

Qu’est-ce qu’être français ? Faut-il avoir peur du libéralisme ? Pourquoi nos gouvernants manquent-ils de courage ? Quel rôle assigner à la famille dans notre société ? De quelles réformes l’Education nationale a-t-elle besoin ? Quel bilan tirer de l’héritage de la génération 1968 ? Où situer les frontières de l’Europe ? Faut-il boycotter les pays qui ne nous ressemblent pas ?

Les questions les plus fondamentales s’invitent régulièrement dans les journaux, mais rares sont les philosophes désireux de se frotter à l’exercice du carnet d’actualité. A cet égard, Chantal Delsol est, à droite, l’une des voix les plus précieuses de la scène intellectuelle contemporaine. Penser le présent regroupe près de cent textes publiés ces dernières années dans Le Figaro, Valeurs actuelles, La Croix et Le Monde, auxquels s’ajoutent deux articles inédits.

Une somme magistrale où l’interrogation sur notre monde se donne à lire dans une langue d’écrivain.

Pour se procurer l’ouvrage de Chantal Delsol Penser le présent : Chroniques d’actualité 1997-2010

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Comment principe de gratuité et logique du don peuvent et doivent-ils trouver leur place dans l’activité économique ?

Publié par Hervé Moine le 10 avril 2011

Caritas in Veritate

La logique du don dans l’économie

Le 30 avril 2011

Paroisse St-Pierre-du-Gros-Caillou,14h-18h30

L’encyclique Caritas in Veritate a ouvert de nombreuses pistes de réflexion et d’engagement. Pour Benoît XVI, « le grand défi est de montrer que le principe de gratuité et la logique du don peuvent et doivent trouver leur place dans l’activité économique normale ».
Cette « question décisive », nous avons voulu l’aborder dans le cadre de notre colloque annuel consacré à l’actualité de la doctrine sociale de l’Eglise, avec l’Association des économistes catholiques.
C’est l’objet de cette demi-journée de travail de comprendre ce que veut dire le pape, et d’explorer les voies ouvertes par son encyclique.
Ce colloque est ouvert à tous. Vous y êtes cordialement invité et je serai heureux de vous y retrouver.

Philippe de Saint-Germain
Délégué général de l’Association
pour la Fondation de Service politique

 

Avec Mgr Alain Castet, évêque de Luçon, chancelier de l’Institut catholique d’études supérieures (ICES, La Roche-sur-Yon)
Francis Jubert, président de l’Association pour la Fondation de Service politique
Jean-Yves Naudet, président de l’Association des Economistes catholiques, professeur à l’université Paul-Cézanne d’Aix-Marseille
Gérard Thoris, professeur à Sciences Po Paris
Jean-Didier Lecaillon, professeur à l’Université Panthéon-Assas
Jacques Bichot, économiste, professeur honoraire à l’Université de Lyon III
Nicolas Masson, consultant en ressources humaines, directeur-associé de Pragma-Management (Paris)
Thierry Boutet, Association pour la Fondation de Service politique

Un cocktail sera proposé à la fin du colloque

 

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Avènement prometteur et périlleux d’une véritable modernité planétaire

Publié par Hervé Moine le 23 mars 2011

Jean-Claude Guillebaud Photo J.R.

Débat à Jarnac avec Jean-Claude Guillebaud

Le Commencement d’un monde

Vendredi 1er avril 2011

« Le Commencement d’un monde » fera débat

Article de Jacques Rullier paru dans Sud-Ouest mercredi 23 mars 2011 06h00

http://www.sudouest.fr/2011/03/23/le-commencement-d-un-monde-fera-debat-350767-937.php

Chaque année, le groupe œcuménique du Pays de Jarnac invite une grande pointure du journalisme, philosophe ou essayiste pour « nous aider à réfléchir », confie un de ses membres.

Sont déjà venus l’académicien René Raymond, Jean-Claude Guillebaud une première fois, Olivier Roy, spécialiste de l’Islam, Jean Boissonnat et Jacques Duquesne, ou encore François Soulage, président du Secours catholique.

« Modernité métisse »

Le vendredi 1er avril, à 20 h 30, au premier étage de la mairie de Jarnac, Jean-Claude Guillebaud reviendra partager, cette-fois, une réflexion engagée dans « Le commencement d’un monde : Vers une modernité métisse », paru en 2008, rendez-vous inéluctable et sans équivalent dans l’histoire humaine. Sous-titré « Vers une modernité métisse », cet ouvrage, a nécessité trois années de préparation à son auteur.

Alarmé par l’immensité des changements auxquels nous devons faire face, Jean-Claude Guillebaud écrit : « Nous, Occidentaux, nous ne sommes plus devant le vaste monde, comme nous le fûmes pendant des siècles ». La globalisation ne se résume pas à la simple ouverture des frontières.

« On annonce un choc de civilisation alors que c’est une rencontre progressive. On s’inquiète d’une aggravation des différences quand les influences n’ont jamais été aussi fortes », confie Jean-Claude Guillebaud en décrivant l’avènement prometteur – et périlleux – d’une véritable modernité planétaire.

Né à Alger en 1944, journaliste au quotidien « Sud Ouest », puis au journal « Le Monde » et au « Nouvel Observateur », il a également dirigé « Reporters sans frontières ». Lauréat du prix Albert-Londres en 1972, il est membre du comité de parrainage de la coordination française pour la « décennie de la culture de paix et de non-violence ». Il signe chaque semaine l’édito politique du « Nouvel Observateur » et une chronique d’observation de la société et de la vie politique françaises dans l’hebdomadaire catholique « La Vie ». Dans les colonnes du « Sud Ouest dimanche », il assure la chronique Paris-Province.

Au printemps 2007, il parraine l’agence de presse associative « Reporters d’espoirs ». Depuis juin 2008, il est membre du conseil de surveillance du groupe de presse Bayard Presse.

Jean Claude Guillebaud

Le commencement d’un monde

Vers une modernité métisse

Seuil broché 2008

ou

Seuil Points Essais 2010

Présentation de l’éditeur

Nous sommes au commencement d’un monde. Vécu dans la crainte, ce prodigieux surgissement signe la disparition de l’ancien monde, celui dans lequel nous sommes nés. Pourtant, la sourde inquiétude qui habite nos sociétés doit être dépassée.

Le monde “nouveau” qui naît sous nos yeux est sans doute porteur de menaces mais plus encore de promesses. Il correspond à l’émergence d’une modernité radicalement “autre “. Elle ne se confond plus avec l’Occident comme ce fut le cas pendant quatre siècles. Nous sommes en marche vers une modernité métisse. Deux malentendus nous empêchent de prendre la vraie mesure de l’événement.

On annonce un ” choc des civilisations”, alors même que c’est d’une rencontre progressive qu’il s’agit. On s’inquiète d’une aggravation des différences entre les peuples, quand les influences n’ont jamais été aussi fortes. De l’Afrique à la Chine et de l’Inde à l’Amérique latine, Jean-Claude Guillebaud examine posément l’état des grandes cultures en mouvement, pour décrire l’avènement prometteur – et périlleux – d’une véritable modernité planétaire.

Un rendez-vous inéluctable et sans équivalent dans l’histoire humaine.

Résumé de l’ouvrage de Jean-Claude Guillebaud

Nous sommes au commencement d’un monde.

Vécu dans la crainte, ce prodigieux surgissement signe la disparition de l’ancien monde, celui dans lequel nous sommes nés. Pourtant, la sourde inquiétude qui habite nos sociétés doit être dépassée. Le monde ” nouveau” qui naît sous nos yeux est sans doute porteur de menaces mais plus encore de promesses. Il correspond à l’émergence d’une modernité radicalement “autre”. Elle ne se confond plus avec l’Occident comme ce fut le cas pendant quatre siècles.

Une longue séquence historique s’achève et la stricte hégémonie occidentale prend fin. Nous sommes en marche vers une modernité métisse. Deux malentendus nous empêchent de prendre la vraie mesure de l’événement. On annonce un “choc des civilisations “, alors même que c’est d’une rencontre progressive qu’il s’agit. On s’inquiète d’une aggravation des différences entre les peuples, quand les influences réciproques n’ont jamais été aussi fortes.

Le discours dominant est trompeur. En réalité, au-delà des apparences, les “civilisations” se rapprochent les unes des autres. De l’Afrique à la Chine et de l’Inde à l’Amérique latine, Jean-Claude Guillebaud examine posément l’état des grandes cultures en mouvement, pour décrire l’avènement prometteur – et périlleux – d’une véritable modernité planétaire. Ce rendez-vous pourrait connaître des revers et engendrer des violences.

Il est pourtant inéluctable et sans équivalent dans l’histoire humaine.

Se procurer l’ouvrage de Jean-Claude Guillebaud Le commencement d’un monde : Vers une modernité métisse Seuil 2008 OU Le commencement d’un monde : Vers une modernité métisse Points Seuil 2010

Interview : Jean-Claude Guillebaud et “le commencement d’un monde”: en route vers une modernité métisse

Propos recueillis par Joel Aubert pour aqui.fr

http://www.aqui.fr/cultures/interview-jean-claude-guillebaud-et-le-commencement-d-un-monde-en-route-vers-une-modernite-metisse,1337.html

Après avoir mis à nu sa foi dans “Comment je suis redevenu chrétien”? publié en 2007, Jean-Claude Guillebaud, dans la lignée de “La Trahison des Lumières” de “la Refondation du Monde” de “La Force de conviction” nous entraîne, au fil de son dernier ouvrage, sur les chemins escarpés mais qui méritent d’être empruntés, de ce qu’il appelle “une modernité métisse”. Le “commencement d’un monde : Vers une modernité métisse“ ne règle pas son compte à l’Occident; il le remet à sa place comme “une province du monde” avec des accents de vérité dont nos gouvernants pourraient parfois s’inspirer- on pense à certain discours prononcé à Dakar- et il propose à la délibération de tous, citant le philosophe allemand Habermas, la vision qu’on se fait de l’universel.

@qui! : La venue de Benoît XVI en France, l’empressement du pouvoir français à son égard, cette revendication des valeurs de la chrétienté participent-ils, selon vous, de” cette réapparition de la religion comme sujet d’avenir”? Singulier acte de foi alors que la “fille aînée de l’Eglise” s’éloigne chaque jour un peu plus de la pratique religieuse.

La question religieuse est devant nous

Jean-Claude Guillebaud : Une chose est sûre : la “question religieuse” est devant nous, et non derrière. Cela peut être pour le pire avec la virulence des fondamentalismes de tous ordres qui prennent, aujourd’hui, le relais de fondamentalismes idéologiques (et athées) du siècle dernier. Mais cela peut-être aussi pour le meilleur, c’est-à-dire une exigence de sens, de transcendance et de bienveillance partagée. Pour prendre un exemple américain, le candidat démocrate Barack Obama est sûrement plus fermement chrétien que son adversaire républicain. On avait trop pris l’habitude, chez nous, de monter en épingle la “droite chrétienne” en Amérique. Le succès d’Obama nous rappelle qu’il y a aussi, en Amérique, des chrétiens résolument “à gauche”, du moins selon les critères américains. Concernant la France, c’est vrai que la pratique a beaucoup diminué. Mais d’une part cette diminution semble bien avoir cessé; la pratique est désormais stationnaire. Et puis, surtout, il faut perdre l’habitude d’évaluer la sensibilité chrétienne d’un pays comme on compte les entrées dans les cinémas. Crise de la pratique et des vocations ne signifie pas disparition annoncée du christianisme.

Des formes nouvelles se cherchent, dans l’Église comme ailleurs. Enfin, je suis frappé par le fait que la Russie, soumise pendant trois quarts de siècle à une éradication volontaire et parfois violente du religieux, la Russie où la plupart des Églises avaient été désaffectées ou transformées en étables dans les années 1920 et 1930, s’est rechristianisée à très grande vitesse depuis 1980. Il y a aujourd’hui 400 monastères en activité et les églises sont pleines.

@qui! : Votre analyse se fonde, à la fois, sur la fin du primat de l’Occident et le constat qu’un monde nouveau et multiple émerge de façon irrésistible…

Jean-Claude Guillebaud : Pendant quatre siècles, la culture européenne, puis euro-américaine, a été hégémonique. Vers la fin du XVIe siècle, elle a commencé à rattraper le grand retard qu’elle avait par rapport aux autres grandes civilisations, par exemple chinoise ou indienne. Les Chinois ont inventé l’imprimerie huit siècles avant nous et les astronomes indiens ont découvert la réalité du mouvement des astres plusieurs siècles avant Galilée. Dès le milieu du XVIIe siècle la culture européenne avait effacé ce retard et même distancé les civilisations concurrentes. Ainsi a-t-elle pu devenir la véritable “organisatrice” du monde. Elle a régné par la conquête coloniale, la supériorité économique et militaire, mais aussi par le rayonnement culturel. De ce point de vue, on peut dire que le monde entier est déjà bien plus occidentalisé qu’on ne le croit. Même la Chine. Même l’Inde. Mais ce qui s’achève aujourd’hui, c’est cette “séquence” purement occidentale. Les autres civilisations se réveillent et accède, à leur façon, à la modernité. Cette dernière ne pourra plus se confondre avec le seul “Occident”. La modernité devra intégrer ces apports venus d’ailleurs.

C’est d’ailleurs ce qui se passe dans les faits.

L’Occident ne devra pas renoncer à ses valeurs mais…

@qui! : Vous nous proposez en quelque sorte d’entrer joyeusement et de façon volontariste vers cette “modernité métisse” qui correspond au”commencement d’un monde”. Et de le faire par le biais de la délibération de tous. Faut-il comprendre, quand on considère l’état de la démocratie dans le monde, qu’il y faudra beaucoup de temps encore et que ce sera au prix d’inévitables et graves convulsions?

Jean-Claude Guillebaud : Quand je parle de modernité métisse, je ne veux pas dire par là que l’Occident devra renoncer aux valeurs qu’il porte (droits de l’homme, démocratie, etc.), même s’il est souvent le premier à les trahir. Cela veut dire que ces valeurs, ces concepts, ce rapport au monde seront désormais “pluriels”, pourront être enrichis, complétés, transformés par des approches venues de la périphérie. Prenons un exemple simple. Au milieu des années 1980, l’Afrique a élaboré une “Charte africaine des droits de l’homme” qui reprend à son compte le concept occidental de “droits individuels” mais lui ajoute une valeur trop négligée chez nous : la solidarité. Je vois cela comme un enrichissement. Deuxième remarque. Ce que j’appelle une modernité “métisse”, ne signifie pas que le monde va s’uniformiser, bien au contraire. Nous devons garder nos racines particulières, notre identité mais apprendre à l’ouvrir au reste du monde, à refuser la clôture angoissée, le barricadement. Je pense souvent à cette très belle phrase du Portugais Miguel Torga, aujourd’hui disparu : l’universel, c’est le “local” moins les murs. Et puis, voyez comme chez nous, les plus jeunes ont déjà pris l’habitude d’évoquer la “world music” ou la “world littérature”, c’est-à-dire des formes “métisses” de création. Dernière remarque : quand je parle de “modernité métisse”, cela ne doit pas être confondu avec “société métisse”. Si vous prenez le cas du Japon, il s’agit d’une société non métissée, ou très peu, mais d’une modernité qui, elle, l’est beaucoup. Le Japon a su concilier ses traditions avec une modernité venue d’Occident, et qui s’en est trouvée transformée.

Pour répondre à la fin de votre question, je suis optimiste sur le long terme mais je ne suis ni irénique ni béat. Dans le court terme, cette marche des civilisations les unes vers les autres, cette “rencontre” inévitable, va continuer à susciter des réactions de replis, des refus, des crispations identitaires et fondamentalistes. Autrement dit, en passant ce “cap des tempêtes”, nous devrons certainement affronter des violences, des menaces dont le terrorisme est un bon exemple. Il faudra faire face, mais avec sang froid.


Se procurer l’ouvrage de Jean-Claude Guillebaud Le commencement d’un monde : Vers une modernité métisse Seuil 2008 OU Le commencement d’un monde : Vers une modernité métisse Points Seuil 2010

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Charles Taylor. Qu’en est-il de la liberté individuelle dans nos sociétés modernes ?

Publié par Hervé Moine le 16 mars 2011

Charles Taylor, philosophe très influent sur la scène internationale mais assez méconnu en France. Photo d'après Landov / Maxppp

Charles Taylor : “La société moderne se fonde de plus en plus sur la discipline”

Entretien avec Charles Taylor, propos recueillis par François Gauvin, publié par le Point le 15 mars 2011

http://www.lepoint.fr/grands-entretiens/charles-taylor-la-societe-moderne-se-fonde-de-plus-en-plus-sur-la-discipline-15-03-2011-1306784_326.php

Selon cette figure emblématique de l’éthique communautariste, le libéralisme implique de laisser l’individu organiser sa vie comme il le désire tant qu’il n’entrave pas celle des autres. Quitte à choquer.

Comment un individu se définit-il aujourd’hui ? Par sa langue, son pays, sa religion ? Par son pays, son équipe de football, ou ses orientations sexuelles ? Ces questions sur “l’identité moderne” sont au coeur des recherches que mène le Canadien Charles Taylor, aujourd’hui professeur émérite de l’université McGill (Montréal). Le philosophe, peu connu en France, et pourtant très influent sur la scène internationale, a un parcours atypique : en 1961, sitôt son doctorat d’Oxford en poche, ce catholique pratiquant se présente à quatre reprises aux élections nationales sous la bannière du Nouveau parti démocratique, le plus à gauche de l’échiquier canadien. Éconduit par les électeurs, il retourne à ses premières amours, et publie, en 1975, un volumineux Hegel, (Hegel et la société moderne aux éditions du Cerf 1998 note d’ActuPhilo) qui présente sous un jour favorable les thèses éthiques et politiques de cet idéaliste maudit en terres anglo-américaines. Ce sera l’un des rares best-sellers philosophiques du XXe siècle.

Il s’impose dès lors comme une figure emblématique de l’éthique communautariste outre-Atlantique, qui allie les principes de la société libérale avec un sens aigu de l’appartenance à la communauté. À la fois critique et interlocuteur privilégié du philosophe libéral américain John Rawls et de l’Allemand Jürgen Habermas, il publie en 1989 The sources of self : the making of modern identity (Les sources du moi pour la traduction française en 1999, note d’ActuPhilo), qui retrace l’évolution de la notion de “soi” (self) depuis l’Antiquité jusqu’à nos jours. Puis, dans A Secular Age (2007), (L’âge séculier, traduction française aux édition Boréal en mars 2011, note d’ActuPhilo) il approfondit sa lecture de l’évolution des fondements de la société depuis la Renaissance. Salué par la critique, ce livre lui vaut en 2007 le prestigieux prix britannique Templeton. Spécialiste du multiculturalisme, il accepte la même année de diriger, avec le sociologue Gérard Bouchard, une commission commandée par le gouvernement québécois sur les adaptations possibles aux différences culturelles (dite Commission Bouchard-Taylor). Rencontre avec un philosophe de terrain.

Le Point.fr : Vous passez pour un apôtre du communautarisme. En France, autant parler du diable… À quoi attribuez-vous cette allergie française ?

Charles Taylor : D’abord à un fâcheux contresens, qui vient du mot lui-même. En anglais, il a en effet deux sens, qu’on ne retrouve pas en français. On peut être communautarian, au sens où l’est par exemple le sociologue américain Amitai Etzioni, et cela équivaut pratiquement au républicanisme français. C’est une philosophie de la communauté nationale envers laquelle ses membres ont des responsabilités et des devoirs. L’autre sens, le seul retenu en français, renvoie plutôt aux communautés qui existent à l’intérieur d’un pays, les “communautés culturelles”, comme on les appelle au Québec. En français, l’idée d’une “philosophie communautariste” pourrait laisser entendre que cette philosophie cherche à favoriser les replis communautaires. Mais que les Français se rassurent : aucun philosophe, ni aucun pays, dans le monde occidental, ne prône cette forme-là de communautarisme. C’est un mythe tenace, mais rien qu’un mythe ! Je me considère plutôt communautariste au sens où l’entend Amitai Etzioni : je crois que la société est davantage qu’un ensemble d’individus isolés, et qu’il existe dans les sociétés libérales modernes des normes universelles, comme les droits de l’homme, que tout le monde doit respecter.

Mais vous êtes plutôt conciliant envers la politique multiculturelle du Canada. Dans le rapport de la commission que vous avez codirigée avec le sociologue Gérard Bouchard, vous préconisez même un “interculturalisme”…

Ces termes n’ont rien à voir avec une politique favorable à la création des ghettos, et il faut absolument les replacer dans leur contexte. Le Canada est depuis la fin du XIXe siècle un pays d’immigration, et qui se définit en fonction de celle-ci. Ce n’est pas le cas de pays européens comme la France qui, même si elle accueille des étrangers, ne se définit pas en premier lieu à partir de l’immigration.

Le multiculturalisme canadien est tout simplement une politique d’intégration, qui vise justement à décloisonner les communautés d’immigrants. Cette politique se soucie d’enseigner à tous les immigrants les deux langues nationales (anglais et français) ; elle veut favoriser une politique de contact, d’ouverture et de dialogue culturel, pour éviter les replis communautaires. Quant à l’interculturalisme, ce n’est pas bien différent. À cette différence près qu’au Québec, il fallait que la politique d’intégration puisse tenir compte d’un élément fondamental aux yeux de la population : la survie de la langue française. L’interculturalisme souligne cette spécificité. Mais le multiculturalisme et l’interculturalisme ne diffèrent pas fondamentalement – ce n’est certainement pas la différence entre une politique qui favoriserait l’immigration et une autre qui ne le ferait pas.

La laïcité n’est-elle pas une façon plus simple de gérer les différences ?

L’histoire de la laïcité est très riche et complexe, y compris en France. Il y a plusieurs traditions, certaines tendances sont plus ouvertes, d’autres plus fermées. On ne peut pas ramener toutes ces tendances à la laïcité, comme on le fait aujourd’hui en France.

Que pensez-vous du débat sur l’identité nationale tel qu’il s’est posé en France au cours des derniers mois ?

C’est un débat empoisonné, dont les motivations politiques sont extrêmement suspectes. Il porte surtout sur l’Autre, et non pas d’abord sur les Français. Car il ne faut pas se voiler la face: au fond, la question soulevée est de savoir si les étrangers sont compatibles ou non avec “l’identité française”. Ce n’est pas vraiment une réflexion sur les normes auxquelles tiennent les Français, mais une tentative de tirer une ligne de démarcation. Le problème, c’est que des immigrants se trouvent ainsi soupçonnés de communautarisme (ici, au mauvais sens du terme), même s’ils ne recherchent pas nécessairement ce but-là. On cherche à les mettre dans une position de minorisation pour pouvoir ensuite justifier des mesures à leur encontre. C’est donc un débat qui divise, qui crée des tensions énormes dans la société, et une société libérale doit éviter ce genre de dérapage.

Vous êtes contre l’interdiction totale de la burqa telle que l’envisage le gouvernement français. Mais son principe est pourtant de préserver la liberté de la femme.

Le projet de loi français est à mon avis très problématique dans la perspective d’une société moderne libérale, et même d’une société de droit. On ne peut évidemment pas porter la burqa dans certaines situations, à l’école, et pour des raisons de sécurité ou d’identification de la personne, par exemple. Mais de là à interdire de pouvoir sortir de sa maison avec une burqa ! C’est une mesure farouchement antilibérale. Invoquer l’idée qu’il s’agit de protéger la liberté individuelle des femmes ne suffit pas : on ne connaît pas leurs motivations. Les recherches sociologiques montrent d’ailleurs que celles-ci sont variées. De jeunes femmes vont, par exemple, porter le voile ou la burqa pour se révolter contre leurs parents, une motivation bien occidentale ! Au fond, la vraie question est de savoir qui doit décider de la signification du port de ce type de vêtement. Le gouvernement ? Ou l’individu lui-même ? Il me semble qu’en l’absence de preuve probante, le principe de liberté, au fondement de notre société, exige qu’on opte pour la dernière réponse. Il faut accepter que les autres décident librement de leur vie tant qu’ils n’entravent pas la nôtre, et même quand cela nous choque. Sinon, on revient au bon vieux paternalisme d’autrefois, à la Genève de Calvin, ou à l’Iran de Mahmoud Ahmadinejad.

C’est ainsi que vous définissez l’identité moderne dans votre livre Les sources du moi ?

En effet, un individu peut se définir lui-même. C’était différent à d’autres époques, au Moyen Âge par exemple. Le fait d’accorder autant d’importance à l’identité individuelle est quelque chose de récent. Aujourd’hui, on reconnaît que les individus ont un rôle à jouer dans la définition de leur propre identité. Évidemment, personne ne peut se définir totalement, et chacun s’inscrit dans un contexte et des traditions spécifiques. Mais il est admis que les individus peuvent, dans une certaine mesure, choisir parmi ces traditions celles qui leur conviennent, ou tenter de les redéfinir, comme l’ont fait les mouvements féministes ou gays ces dernières années. Ce phénomène s’est d’ailleurs accentué dans la deuxième moitié du XXe siècle, avec ce que j’appelle “l’ère de l’authenticité”. C’est l’époque où fleurissent, par exemple, les théories et les pratiques du “développement personnel”. Il faut prendre la mesure de ce fait : la quête de soi est un aspect fondamental de l’identité moderne.

Ne vient-elle pas naturellement du déclin de la religion ?

C’est une vision trop simpliste. Nos sociétés modernes occidentales n’ont certes plus de fondation unique philosophico-religieuse. Mais on a longtemps associé ce processus de sécularisation à une marginalisation de la religion qui conduirait finalement à sa disparition. J’ai montré dans A Secular Age que la sécularisation est un phénomène beaucoup plus complexe, qui d’ailleurs résiste à toute généralisation. Prenez, dans l’ancien bloc de l’Est, le cas de l’ancienne RDA. L’athéisme y est majoritaire. Mais dans la Pologne voisine, anciennement communiste elle aussi, c’est tout le contraire. Et aux États-Unis, pays capitaliste et libéral, des sondages ont révélé que 90% de la population croit en Dieu ou en une force spirituelle supérieure. Alors, certes, on ne légifère plus dans les pays occidentaux en fonction des autorités religieuses, mais l’évolution vers la sécularisation va de pair avec des niveaux de participation religieuse très différents. Quand Nietzsche annonce, au chapitre 125 de son livre Le gai savoir, avec une image poétique très forte, que “Dieu est mort”, certains s’y retrouveront, d’autres pas. Il y a certainement une part de vrai dans ce qu’il déclare, mais on se trompe si on y voit une vérité valable pour tous.

C’est donc une autre approche de l’histoire que je propose. Je pense, en effet, que nous allons vers davantage de diversification dans le rapport à la religion et, plus généralement, dans la façon de penser les critères d’une vie bonne. J’ai employé le concept d’hyper-nova pour illustrer ce phénomène de diversification toujours plus complexe. C’est là un autre trait de notre monde sécularisé, à savoir qu’il faut fonctionner avec une pluralité de fondements. Les assises de notre société sont plurielles, ou pluralistes, ce qui n’était pas le cas dans le passé. Si vous reculez de deux siècles, vous aurez des sociétés qui étaient entièrement fondées sur le christianisme. Nous n’en sommes plus là : nous cherchons à nous sentir en accord avec des principes qui reflètent nos convictions intimes.

La sécularisation marque-t-elle pour vous un progrès? Un brin de nostalgie semble percer dans vos propos…

C’est une tendance générale vers le mieux. Les droits de l’homme, la possibilité laissée à chacun de se définir, etc., marquent des progrès, et il n’est pas question de revenir à l’Ancien Régime ! Mais il y a aussi des éléments négatifs dans cette évolution, entre autres le fait que la société moderne se fonde de plus en plus sur la discipline, comme l’a très bien montré Foucault. Ce qui entraîne aussi le refoulement de pans entiers de la vie humaine.

Nous sommes refoulés ?

À certains égards, oui. Prenez le carnaval qui, au Moyen Âge, permettait d’inverser en public les rôles sociaux, de marquer une pause l’espace d’un jour, de rappeler le sens de la communauté humaine par-delà les divisions de la vie courante. Ce genre de festivités publiques ̶- on pourrait citer aussi les bals ̶-, a pratiquement disparu. Dans le privé, on se permet tout, mais dans le public, nous restons très disciplinés. Nous avons du mal à prendre contact avec certains de nos désirs profonds.

Le Point du 15 mars 2011

Quelques dates repères à propos de Charles Taylor

Sélection bibliographique de l’oeuvre de Charles Taylor par ActuPhilo

Charles taylor

Hegel et la société moderne

Cerf

 

Présentation de Hegel et la société moderne

D’abord paru au Québec aux Presses de l’Université de Laval, Hegel et la société moderne parait aux éditions du Cerf en 1998. Ce livre est la traduction française de l’ouvrage de Charles Taylor, Hegel and modem society, dont on apprend incidemment qu’il a été publié en 1979 mais sans que soient mentionnés ni le lieu ni la date d’édition. Il ne s’agit pas simplement d’une présentation de plus de la pensée politique de Hegel, comme pourrait le faire croire le titre.

Constituant d’une part «un exposé plus court et plus accessible» du Hegel que Charles Taylor a fait paraître en 1975 au Cambridge University Press, il a toutefois pour principal enjeu de «démontrer la pertinence et l’importance de cette philosophie pour les penseurs contemporains». La conviction de Taylor est en effet «que Hegel a puissamment contribué à former des concepts et des manières de penser qui sont indispensables à une perception claire de certains problèmes et dilemmes propres à notre époque». En quoi consiste donc cette actualité de Hegel ? Non pas, estime Taylor, dans l’ontologie de l’Esprit qui soutient son système qu’il juge au contraire, sans à vrai dire étayer avec beaucoup de soin son jugement, quasi invraisemblable (p. 69) : l’argumentation dialectique sur laquelle se fonde cette ontologie — en particulier celle relative à la catégorie de Dasein dans la Science de la logique que Taylor semble tenir pour particulièrement décisive — lui paraît incapable de «persuader» le penseur contemporain (p. 67); cela «ressemble davantage, écrit-il, à une expression pénétrante de sa vision qu’à une preuve rigoureuse» (p. 68).

Reste que s’il convient ainsi, selon Taylor, de prendre acte de l’ «échec» de l’ontologie hégélienne, son entreprise correspond toutefois à une tentative de synthèse qui, tant par son ampleur que par ses modalités, garde pour nous toute son importance et sa pertinence dans la mesure où la tension qu’elle affronte et cherche à résoudre continue de caractériser au plus haut point notre époque et notre civilisation. Voir la présentation de Gérard Gilbert

Pour se procurer l’ouvrage de Charles Taylor Hegel et la société moderne

Extrait de Hegel et la société moderne

Penser l’être humain dans sa communauté culturelle

“Penser à un être humain (…) c’est évoquer davantage qu’un simple organisme vivant ; c’est voir un être capable de penser, d’agir, de décider, d’être ému, de réagir et d’entrer en rapport avec les autres ; tout cela sous-entend un langage, un mode d’appréhension du monde, d’interprétations des sentiments, de compréhension de la relation aux autres, au passé, à l’avenir, à l’absolu, etc. L’identité d’un individu est faite de sa manière particulière de se situer dans son univers culturel.

Or, un langage, ainsi que l’ensemble des distinctions qui sous-tendent notre expérience et notre mode d’interprétation du monde ne peuvent naître et grandir que par la communauté. En ce sens, ce que nous sommes, en tant qu’être humains, nous le sommes seulement dans une communauté culturelle.” (p. 87.)

La notion hégélienne d’esprit objectif

“Une certaine conception de l’homme et de la société est implicite dans certaines pratiques et institutions sociales que nous pouvons voir, dès lors, comme l’expression de certaines idées. Et il arrive effectivement, lorsque la société ne s’est pas donnée d’elle-même une théorie cohérente et précise, que pratiques et expressions soient l’expression la plus adéquate, et parfois même la seule, de ces idées. Ces idées sous-jacentes, qui font de certaines pratiques ce qu’elles sont (…) ne sont pas forcément définies de façon cohérente en plusieurs propositions sur la nature humaine, la volonté, la société, etc. Il se peut même qu’un langage théorique adéquat reste à élaborer.

En ce sens, nous pouvons penser les pratiques et les institutions propres à une société comme une sorte de langage qui en exprime les idées fondamentales. Mais ce qui est “dit” par ce langage ce ne sont pas les idées qui pourraient n’exister que dans l’esprit de certains individus; il s’agit plutôt des idées communes à une société parce qu’elles sont inscrites dans la vie collective, dans les pratiques et les institutions enchâssées dans cette société. En elles, l’esprit de la société est en un sens objectivé. Elles sont “esprit objectif” (Hegel).” (p. 89.)

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Charles Taylor

Les sources du moi

La formation de l’identité moderne

Seuil

Les idées clés Des sources du moi par Business Digest

Cet ouvrage dresse un tableau saisissant de l’identité moderne sans en taire ni la grandeur ni la misère. Il s’agit de comprendre cette révolution inouïe qui a fait que les modernes se voient comme des êtres doués d’intériorité, comme des «moi» ayant une profondeur. Loin de pouvoir se ramener à l’essor de l’individualisme libéral, cette histoire est celle d’une longue quête pour définir et atteindre le bien. Au coeur de cette définition, on trouve ce que l’auteur appelle «l’affirmation de la vie ordinaire». La montée en puissance de cette valeur, retracée ici de ses origines dans la Réforme jusqu’à ses formes actuelles, a profondément transformé notre conception de la Raison. Ce livre d’histoire des idées ne saurait être séparé du combat, philosophique et politique, que mène l’auteur depuis de nombreuses années au nom du communautarisme. Il s’agit de défendre la modernité, moins contre ses détracteurs, que contre la philosophie libérale qui prétend seule en porter les couleurs. Trouvant son apogée dans l’oeuvre majeure de John Rawls (Théorie de la justice, seuil 1987), celle-ci est accusée de faire bon marché de l’exigence de cohésion sociale et de ne s’intéresser qu’à la liberté des individus et à la justice dans la répartition des richesses.

Description Des sources du moi

Les Sources du moi est un ouvrage magistral sur l’identité moderne. Il en dresse un tableau saisissant sans en taire ni la grandeur ni la misère, et il tente de la définir en retraçant la genèse. Cette généalogie remonte à saint Augustin, passe par Descartes et Montaigne et se prolonge jusqu’à aujourd’hui. Il s’agit de comprendre cette révolution inouïe qui a fait que les modernes se voient comme des êtres doués d’intériorité, comme des ” moi ” ayant une profondeur. Loin de pouvoir se ramener à l’essor de l’individualisme liberal, cette histoire est celle d’une très longue quête pour définir et atteindre le bien. Au coeur de cette définition, on trouve ce que l’auteur appelle l’affirmation de la vie ordinaire. La montée en puissance de cette valeur, retracée ici de ses origines dans la Réforme jusqu’aux formes qu’elle prend de nos jours, aura profondément transformé notre conception de la Raison. Ce livre d’histoire des idées, d’une grande érudition, ne saurait être séparé du combat, philosophique et politique, que mène l’auteur depuis de nombreuses années au nom du communautarisme. Il s’agit de défendre la modernité, moins contre ses détracteurs, que contre la philosophie libérale qui prétend seule en porter les couleurs. Trouvant son apogée dans l’oeuvre majeure de John Rawls, Théorie de la justice (Seuil, 1987), celle-ci est accusée de faire bon marché de l’exigence de cohésion sociale et de ne s’intéresser qu’à la liberté des individus et à la justice dans la répartition des richesses. A cette abstraction du libéralisme, Taylor oppose une démarche qui fait fond sur le monde de l’expérience, l’analyse des faits, l’autoconception de la société telle qu’elle est vécue par les gens, leur imaginaire social.

Pour se procurer l’ouvrage de Charles taylor Les sources du moi

 

Charles Taylor

L’âge séculier

Boréal (mars 2011)

 

Présentation de l’éditeur

Il est d’usage de dire que nous, modernes Occidentaux, appartenons à un « âge séculier ». Comment est-on passé d’un temps, encore proche, où il était inconcevable de ne pas croire en Dieu, à l’époque actuelle, où la foi n’est plus qu’une option parmi d’autres et va jusqu’à susciter la commisération ?

L’explication la plus courante consiste à affirmer qu’à la faveur des progrès de la connaissance, la vérité aurait triomphé de l’illusion, nous poussant à ne chercher qu’en nous-mêmes notre raison d’être et les conditions de notre épanouissement ici-bas.

En révélant les impensés de ce récit classique de la victoire des Lumières qui fait du « désenchantement du monde » la seule clé de l’énigme, Charles Taylor entreprend une enquête philosophique et historique monumentale qui renoue les liens entre l’humanisme et l’aspiration à la transcendance. Loin d’être une « soustraction » de la religion, la sécularisation est un processus de redéfinition de la croyance qui a vu se multiplier les options spirituelles. Si plus aucune n’est en mesure de s’imposer, les impasses du « matérialisme » et les promesses déçues de la modernité continuent d’éveiller un besoin de sens.

Pour se procurer l’ouvrage de Charles Taylor L’âge séculier

Charles Taylor

Le Malaise de la modernité

Cerf (2002)

 

Etre sincère avec moi-même signifie être fidèle à ma propre originalité, chose que je suis le seul à pouvoir découvrir : tel est le fondement de l’idéal moderne d’authenticité ainsi que des objectifs d’épanouissement de soi. Apparemment, un véritable tournant s’opère au XVIIIe siècle avec Rousseau, Goethe et les Romantiques, Taylor pense qu’il s’agit d’un moment décisif des transitions à la faveur desquelles le sujet est devenu un pôle d’expérience privilégié. Certes, le tournant ne s’est pas accompli indépendamment d’un processus d’émancipation de la raison dont il étudie aussi les principaux moments. Mais le sens nouveau que donne au moi la révolution romantique, « l’expressionnisme » qui y trouve ses racines, le constituent durablement comme la référence privilégiée, voire exclusive, de toute morale et de toute valeur. Mais, pour Taylor, une intériorité, une subjectivité qui ne communiquerait pas avec un horizon ou un langage commun sont proprement impensables comme l’ont montré des penseurs aussi différents que Hegel et Wittgenstein.

En fait, il s’agit d’éviter ce qu’il appelle un « dérapage du subjectivisme », une sorte de « culture du narcissisme » qui fait de l’épanouissement de soi la principale valeur de la vie et ne reconnait que peu d’exigences morales extérieures ou d’engagements profonds avec les autres. L’explication de cette déviation de la culture de l’authenticité est certainement liée à l’enracinement de l’individualisme dans la vie quotidienne, le monde du travail et la vie politique. Mais le danger que met en lumière Taylor à propos de cette promotion exclusive du moi, facilité par les transformations sociales de la culture moderne est que ces exigences de sincérité envers soi aille jusqu’à nier l’exigence de justice que nous devons aux autres.

Quatrième de couverture

« Raison instrumentale », « désenchantement du monde », « narcissisme contemporain » : le philosophe Charles Taylor reprend ces trois thèmes dominants du malaise de la modernité. A l’écart des redondances de la mode et des facilités de la critique, il montre pourquoi l’éthique de la réalisation de soi, noyau consistant de l’individualisme, recèle une aspiration dont les présupposés bien compris seraient en fait incompatibles avec l’instrumentalisme et l’égoïsme possessif.
Pour se procurer l’ouvrage de Charles Taylor Le Malaise de la modernité

 

Charles Taylor

Multiculturalisme

Différence et démocratie

Flammarion Champs Essais

Présentation de l’éditeur

Une société démocratique doit traiter tous ses membres comme des égaux. Mais jusqu’où peut-elle aller dans la reconnaissance de leur spécificité culturelle, jusqu’à quel point peut-elle admettre leur différence pour permettre à leur identité de s’exercer librement et de s’épanouir ? Doit-elle veiller à garantir et à maintenir cette spécificité ? Cette reconnaissance politique est-elle nécessaire à la dignité des individus ? Telles sont quelques-unes des questions qui sont au coeur de la controverse sur le multiculturalisme.

Charles Taylor nous propose une réflexion historique et une perspective philosophique concernant l’enjeu fondamental de la demande de reconnaissance par tous les groupes “ethniques” – communautés religieuses, associations féministes, minorités culturelles, etc. – qui coexistent au sein d’une même communauté étatique. La démocratie doit garantir les droits et le bien-être de ses citoyens.

Doit-elle privilégier une culture, celle qui la fonde, ou s’accommoder de toutes ?

Pour se procurer l’ouvrage de Charles Taylor Multiculturalisme : Différence et démocratie


Jocelyn Maclure

Charles Taylor

Laïcité et liberté de conscience

La Découverte (2010)

Présentation de l’éditeur

 

Présentation de l’éditeur

Ce n’est que récemment que le modèle d’une société politique fondée sur le respect de la pluralité des perspectives philosophiques, religieuses et morales s’est imposé comme le plus susceptible de conduire à une vie harmonieuse du corps social et à l’épanouissement de ceux qui le composent. Un large consensus s’est établi autour de l’idée que la ” laïcité ” est une composante essentielle de toute démocratie libérale.

Mais qu’est-ce au juste qu’une société laïque ?

Bien que des travaux récents en sciences sociales, en droit et en philosophie aient permis des avancées majeures sur le plan de la compréhension de la laïcité comme mode de gouvernance, une analyse conceptuelle des principes constitutifs de la laïcité manquait toujours à l’appel. Ce livre vient remédier à une telle lacune. Pour les auteurs, les deux grandes finalités de la laïcité sont le respect de l’égalité morale des individus et la protection de la liberté de conscience et de religion. C’est pourquoi la laïcité doit aujourd’hui se comprendre dans le cadre plus large de la diversité des croyances et des valeurs (religieuses ou non) auxquelles adhèrent les citoyens. Depuis près de vingt ans, la France ne cesse de débattre (et de légiférer) sur la place et la visibilité des minorités culturelles et religieuses, comme en témoignent les controverses passionnées sur le foulard islamique et aujourd’hui de la burqa. Cet ouvrage de philosophie, qui prend appui sur l’expérience originale et passionnante du Québec en matière de politique multiculturelle, constitue une contribution forte au débat sur les rapport entre religion et politique.

Jocelyn Maclure, coauteur de l’ouvrage Laïcité et liberté de conscience, est professeur agrégé à la Faculté de philosophie de l’Université Laval. Il est également l’auteur de “Récits identitaires”. Le Québec à l’épreuve du pluralisme. Il a contribué, en tant qu’analyste-expert, à la rédaction du rapport final de la commission Bouchard-Taylor sur les ” accommodements raisonnables “.

Pour se procurer l’ouvrage de Jocelyn Maclure et Charles Taylor Laïcité et liberté de conscience

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Une nouvelle interprétation de l’œuvre de Cornélius Castoriadis

Publié par Hervé Moine le 10 mars 2011

 

Nicolas Poirier

L’ontologie politique de Cornélius Castoriadis

Création et Institution

Payot (2011)

Présentation de l’éditeur

L’objet de ce livre est de proposer une interprétation nouvelle de l’œuvre de Cornélius Castoriadis, à rebours des approches plus traditionnelles consistant à scinder l’aspect philosophique et la dimension politique de son travail. L’analyse d’un certain nombre de textes philosophiques de Castoriadis, restés longtemps inédits, permet de saisir la cohérence d’un parcours intellectuel et politique marqué par la volonté de penser les conditions de possibilité et d’effectivité de l’émancipation. Cohérence marquée toutefois de moments de rupture. S’il travaillait au départ à partir de la notion marxienne de praxis, dont il cherchait à fournir une interprétation nouvelle, Castoriadis va par la suite reformuler les termes de l’ontologie traditionnelle à partir d’une relecture de la pensée grecque.

Le principal apport de Castoriadis à la pensée politique de l’émancipation est sans doute d’avoir réussi à dégager, au-delà des apories du marxisme et de la philosophie politique traditionnelle, tout ce qu’implique l’idée de l’autonomie, à savoir la capacité pour les sociétés d’assumer leur historicité en ne s’aliénant pas à la fiction d’une origine extra-sociale de la loi. Il défendra l’idée qu’une politique de l’émancipation doit avoir pour but principal l’abolition de la division entre ceux qui exercent le pouvoir et ceux qui le contestent. Refusant en définitive de séparer la question du psychique de celle du social, il cherchera à réfléchir sur le sens d’une dynamique de l’émancipation.

Plus on prend des distances réflexives avec cet ouvrage, plus on en retient deux éléments décisifs pour notre époque : le premier concerne la ” trajectoire ” (l’auteur prend pour équivalent ” trajectoire “, ” cheminement ” et ” parcours “) d’un philosophe durant le XX° siècle, tenant compte de ses apports comme de ses tragédies ; le second veut contribuer à la clarification de notre époque – et de ses exigences : repenser l’histoire, la politique, la démocratie -, en dressant un tableau des oppositions théoriques autour de la pensée de ce philosophe (A. Badiou et S. Zizek d’un côté, l’Ecole de Francfort et H. Arendt de l’autre), lequel est destiné tout à la fois à relever l’actualité de la pensée du philosophe et à donner une orientation (démocratique) à notre époque.

Se procurer l’ouvrage de Nicolas Poirier L‘ontologie politique de Cornélius Castoriadis Création et Institution

Démocratie et révolution sont-ils dissociables ?

Article de Christian Ruby paru dans nonfiction.fr le 10 mars 2011

http://www.nonfiction.fr/article-4360-democratie_et_revolution_sont_ils_dissociables_.htm

De qui et de quoi s’agit-il donc ? D’abord de la pensée de Cornelius Castoriadis (né à Constantinople en 1922, et décédé à Paris en 1997), ensuite d’une ” somme ” philosophique (au sens totalisant du terme, non au sens propre) due à Nicolas Poirier, portant sur l’existence intellectuelle de Castoriadis, si l’on veut bien comprendre par là qu’il ne s’agit pas d’une biographie, mais d’une synthèse articulant la vie du militant qu’il fut et celle du philosophe qu’il demeure. Autrement dit, un travail philosophique de fond, qui retranscrit cette philosophie en instrument vivant, revisitant aussi ce qui est parfois laissé de côté par les commentateurs. On peut alors effectivement parler d’une ” trajectoire ” philosophique mise au jour si l’on ne craint pas la réduction de cette option à un parcours linéaire et téléologique.

Deux mots sur la personne de Castoriadis, pour commencer. On le dit philosophe, économiste et psychanalyste dans les biographies habituelles. Disons plus exactement qu’il est connu, en tout cas, pour avoir fondé en 1949, avec Claude Lefort, le groupe Socialisme ou Barbarie, dissout en 1967. Il rompt avec le marxisme, s’intéresse à la psychanalyse, puis rompt avec Lacan, lit Margaret Mead, … et finit professeur aux Hautes Etudes, où il dispensa des séminaires dont le dernier vient d’être publié(1).

Pour autant, Nicolas Poirier n’a pas connu Castoriadis. Son intérêt pour sa philosophie n’est donc pas dû à un rapport personnel. Il raconte lui-même être venu à ses ouvrages par un compte-rendu publié dans Le Monde de l’ouvrage La Société bureaucratique (Publié en deux volumes : Les Rapports de production en Russie et La Révolution contre la bureaucratie, Paris, UGE, 1973). Dès cette lecture, il comprend qu’il est possible de poser le problème politique, en rejetant le point de vue marxiste, sans céder pour autant au libéralisme.

L’ouvrage présenté ici se décompose en trois parties qui répondent exactement aux soucis successifs de Castoriadis, même si les découpages sont toujours un peu aventureux réduits trop souvent à des dates ou thèmes fixes. La première concerne la période 1945-1967, ce moment où Castoriadis, à partir de sa thèse de doctorat, prend à parti la notion classique de ” contemplation ” dans ses rapports avec la théorie de la connaissance ; pour s’y opposer, il invente alors, en 1955, la notion de ” création “, conçue comme opposée à celle de contemplation. La deuxième partie s’inquiète des antinomies du marxisme telles que les met à jour le philosophe ; cette partie se déploie autour des catégories de praxis, de bureaucratie (avec un premier moment entre 1946 et 1952 et un second dans les années 1960) et de déterminisme historique. La troisième partie s’ancre à la fois dans le thème majeur de ” l’imaginaire social instituant ” et dans l’analyse pointilleuse de la politique telle que conçue dans le cadre de la démocratie grecque (à partir de 1963, et surtout entre 1982 et 1986). A cet égard, Castoriadis, par bien des côtés, demeure Grec. Entendons par là, peu importe le relevé de la nationalité, qu’il reste attaché à la place d’Athènes et de Périclès dans la pensée et notamment dans la pensée politique. Il ne cesse sur ce plan de tenter d’actualiser la Grèce antique pour nos jours, tout en la laissant au passé. En ce sens, la Grèce ne sera jamais un modèle pour lui. Elle occupe plutôt le statut d’un germe.

Castoriadis, donc, fut militant et philosophe. L’auteur montre qu’il n’y a pas de coupure entre les deux faces du personnage, indissociables, précise-t-il. Nul ne saurait discerner un Castoriadis politique qui aurait succédé à un Castoriadis philosophe. Castoriadis s’est livré dès le départ à un travail de réflexion philosophique concernant les questions fondamentales et n’a pas attendu pour porter son attention à la fois sur la pratique et sur la théorie. Le militant révolutionnaire et le philosophe n’énoncent pas des propos différents, dans une sorte de dédoublement : ” Les fils de la réflexion philosophique et ceux de l’engagement militant sont chez lui tissés de façon si étroite qu’il est difficile de distinguer ces deux dimensions “(2). De toute manière, ils sont unis dans la même critique de la politique marxiste, telle qu’on peut la fréquenter à l’époque ; et ils sont non moins unis dans la critique de ” l’ontologie ” traditionnelle, ce qui constitue pourtant une dénomination un peu vaste et peu élaborée chez l’auteur de l’ouvrage – sauf une précision(3), qui vaut pour une prudence à l’égard d’un lecteur qui verrait là une opération régressive vers un mode de pensée métaphysique – pour parler de Platon, d’Immanuel Kant et de GWF Hegel, dans leur conception de la politique ou de la cité. Mais là n’est pas le point. Plus caractéristique, en effet, se trouve être le fait que ces deux critiques se conjoignent pour faire de Castoriadis un penseur de la démocratie et de la révolution simultanément.

Sur ce dernier plan, donc, la thèse de Poirier tient en quelques mots, si elle ne permet pas une analyse complète de l’usage de ce concept de nos jours(4). Pour Castoriadis, les démocraties actuelles ne sont rien d’autre que des ” oligarchies libérales “. Elles n’ont aucune teneur démocratique, malgré le fait qu’elles en adoptent le terme. ” Dans la grande majorité des sociétés actuelles la caractéristique commune est de rendre impossible toute activité politique qui viendrait mettre en cause les fondements du pouvoir “. Qu’il s’agisse de l’ordre politique des sociétés traditionnelles ou des régimes totalitaires, le pouvoir interdit toute critique publique des lois. Raison majeure de cette interdiction : la majorité des sociétés humaines s’est édifiée sur la base de l’occultation du fait de l’auto-institution, en imputant à une origine extra-sociale la création de leurs lois et de leurs institutions.

A leur encontre, le philosophe se réfère à un concept normatif de démocratie, dont le contenu est l’auto-institution. Concept normatif, parce qu’il implique les principes suivants : ” postulat de l’égal droit reconnu à quiconque de participer à l’exercice du pouvoir, défense des libertés individuelles, dont le droit justement à la critique des institutions existantes, reconnaissance du caractère légitime de la contestation publique sous la forme de manifestations, pétitions, regroupements en association, syndicats, partis, … “(5).

Qu’entendre par conséquent par ce concept d’auto-institution dès lors qu’il est appliqué à la démocratie ? Ceci : ces sociétés (démocratiques) s’instituent et ne peuvent se référer à une norme transcendante qui indiquerait aux hommes ce qu’ils ont à entreprendre. Ceci nous vaut un beau passage de la part de l’auteur : ” Il apparaît que la nécessaire dénonciation des atteintes aux droits fondamentaux des peuples et des individus présuppose au contraire que l’on maintienne la référence à un projet substantiel de démocratie proposant une réelle alternative, et conceptuelle et politique, à ce que les oligarchies dominantes présentent effectivement comme figurant la ” démocratie “”(6). On reconnaît là une approche anthropologique – au sens où l’homme, par différence avec l’animal, fait quelque chose qui n’existe pas : il crée – et philosophique, qui est bien celle de Castoriadis, mais pour autant qu’elle ait une dimension politique militante : ” Il s’agit toujours de penser les conditions d’un pouvoir politique souverain organisé en vue de l’autonomie de la société et de ses membres “(7). La démocratie n’est réservée ni à une culture ni à une société, elle renvoie à des processus, ceux par lesquels une société reconnaît qu’il n’y a pas de source extra-humaine de la loi. Elle expose une conception du pouvoir comme capacité pour les hommes de décider par eux-mêmes de leurs propres affaires.

C’est en ce point chez Castoriadis que la Grèce fait son apparition sur le devant de la scène. Publié en 1960, l’ouvrage intitulé L’Institution imaginaire de la société(8) ouvre le champ d’accueil de cette référence (ce germe), en soutenant le souci de penser l’autonomie individuelle et sociale, à partir d’une théorie de la création (et non plus de la praxis) ajointée à une théorie de l’imaginaire(9). Cette théorie de l’imaginaire (” source de création première “) est explorée par l’auteur, suivant parfois de trop près Castoriadis lorsqu’il cherche à nous faire croire qu’il est le premier à penser l’imagination comme telle(10). Cela dit, dans la Grèce, il faut lire une invention politique qui est une création. L’avènement de la pensée rationnelle (Castoriadis se situe dans le profil de J-P. Vernant et P. Vidal-Naquet) coïncide avec la naissance conjointe de ” la philosophie en tant qu’interrogation permanente sur la vérité et remise en question des fausses représentations, et de l’activité politique d’auto-institution explicite qui ne reconnaît d’autre légitimité à la loi que celle du démos “, écrit l’auteur, résumant la thèse du philosophe. La naissance conjointe de la Polis démocratique et de la rationalité confère à la philosophie la teneur d’un ” refus des représentations simplement héritées, simplement instituées, et prétention d’établir les représentations vraies par l’activité autonome de la pensée humaine “(11).

Dans ce bref compte-rendu, nous n’avons pas exploré toutes les dimensions de cet ouvrage. Nous laissons de coté, notamment, une belle discussion (ici fictive) entre Castoriadis et Claude Lefort. Quoi qu’il en soit, l’ouvrage est ancré dans une perspective globale qui consiste à affirmer qu’en matière politique, il n’est ni loi de l’histoire, ni loi de la nature, ni loi divine qui doive s’imposer. En quoi, démocratie et révolution ne sont pas dissociables.

Il n’en demeure pas moins vrai que l’ouvrage a quelques défauts. Le défaut central de ce livre, qui ne constitue pas tout à fait un essai d’interprétation, c’est, tout en prenant pied dans les textes, d’énoncer des vérités comme si elles avaient leur assise dans une origine intouchable, c’est-à-dire d’extraire Castoriadis de la critique susceptible de désarçonner les théories les plus sûres d’elles-mêmes pour l’enfermer dans la statue du Commandeur. On le voit bien, lorsque l’auteur, sollicité par les textes de Castoriadis, relève, sans la commenter, l’idée selon laquelle le socialisme ayant existé constituait un ” abus ” de socialisme, et celle selon laquelle la critique de Marx par Castoriadis a été accomplie ” au nom d’une fidélité rigoureuse aux principes du marxisme “(12), comme s’il était possible de se référer encore et toujours à une origine pure des choses. Castoriadis n’en constitue pas une non plus. Mais la lecture de ses ouvrages est incontournable.

rédacteur : Christian RUBY,

Notes :
1 – Cornelius Castoriadis, Thucydide, la force et le droit, ce que fait la Grèce, Paris, Seuil, 2011
2 – p.22
3 – p.39
4 – l’auteur cite pourtant bien l’ouvrage Démocratie, dans quel état ? (Paris, La Fabrique, 2009), lequel réunit des contributions, entre autres, de Zizek, Badiou, Rancière, …
5 – p.7
6 – p.8
7 – p. 18
8 – 1975, Paris, Seuil
9 – p. 244
10 – p. 274
11 – p. 423
12 – p. 13

Photo : Nicolas Poirier

Se procurer l’ouvrage de Nicolas Poirier L‘ontologie politique de Cornélius Castoriadis Création et Institution

Pour en savoir davantage sur Cornelius Castoriadis : http://www.castoriadis.org/


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Dela théorie des ensembles aux racines du numérique

Publié par Hervé Moine le 3 mars 2011

Sciences et Société

Il était une fois la théorie des ensembles…

Par Patrick Dehornoy

17 mars 2011

IUT Charlemagne – Nancy

La prochaine conférence du cycle “Sciences et Société” organisé par l’IUT Nancy-Charlemagne, intitulée “Il était une fois la théorie des ensembles… ” aura lieu le jeudi 17 mars 2011 à 20h30, dans l’Amphi Botté de l’IUT Nancy-Charlemagne, 2 ter boulevard Charlemagne, Nancy. Le conférencier est Patrick Dehornoy,  professeur à l’Université de Caen, membre de l’Institut Universitaire de France et directeur adjoint de l’Institut National des Sciences Mathématiques et de leurs Interactions(CNRS).

Dans les années 1970, la théorie des ensembles a fait irruption dans l’enseignement des mathématiques, sans qu’on ait toujours une vue claire ni de l’origine de cet engouement, ni des principes scientifiques pouvant le justifier, ni tout simplement de ce qu’est la théorie des ensembles.

Cet exposé visera à remettre ces questions en perspective en dissipant quelques malentendus et en donnant une petite idée de ce qu’est vraiment la théorie des ensembles, y compris aujourd’hui, bien après que la mode en soit passée.

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Les inversions mentales de l’informatique, racines de la révolution numérique

Gérard Berry

jeudi 31 mars 2011

IUT Charlemagne – Nancy

La deuxième conférence intitulée “Les inversions mentales de l’informatique, racines de la révolution numérique” aura lieu le jeudi 31 mars 2011 à 20h30 dans l’Amphi Botté de l’IUT Nancy-Charlemagne, 2 ter boulevard Charlemagne Nancy. Le conférencier est Gérard Berry, ingénieur général des Mines en détachement à l’INRIA, professeur au Collège de France, chaire Informatique et sciences numériques 2009-2010 et au Collège de France, chaire d’Innovation technologique 2007-2000. Il est également membre de l’Académie des Sciences, de l’Académie des Technologies , et de l’Academia Europaea.

Dans les 50 dernières années, la science et la technologie informatique ont connu un suite d’évolutions majeures, qui ont provoqué des bouleversements considérables dans de nombreux pans de la société et dans la plupart autres sciences. Avec l’arrivée massive de réseaux rapides et ubiquitaires, de nouveaux types d’objets informatisés, et de nouvelles capacités de modélisation et de contrôle de phénomènes de plus en plus complexes, ce grand mouvement va encore s’accélérer et étendre son impact. Il produira de nombreux effets spectaculairement bénéfiques un peu partout, mais aussi des tensions et rejets de tous ordres, souvent liés au fait que la compréhension des phénomènes réels à l’œuvre et des enjeux associés reste trop peu répandue, même chez les ingénieurs et les scientifiques. Nous étudierons les causes intimes de tous ces bouleversements, et surtout les inversions mentales majeures que produit l’informatique dans de nombreux domaines, quelquefois à l’insu de leurs acteurs. Nous montrerons aussi les difficultés du sujet, en particulier les bugs qui en font intimement partie. Nous insisterons enfin sur ce qu’il est indispensable de faire pour que nous fassions encore partie des créateurs du monde numérique qui s’installe inexorablement.

Ce cycle de conférences est organisé par l’IUT Charlemagne, l’Institut Elie Cartan et la Fédération Charles Hermite avec le soutien de Nancy-Université et la région Lorraine.

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Aux racines du néolibéralisme

Publié par Hervé Moine le 24 février 2011

Mardi 1er mars 2011

Alexandre Escudier du Cevipof

« L’homme économique : Essai sur les racines du néolibéralisme » de Christian Laval

La notion de « libéralisme » est plurielle (libéralisme économique, politique, culturel), et cette équivocité terminologique en fait le lieu d’une multiplicité de critiques, récurrentes pour certaines, nouvelles par certains autres aspects. L’histoire du libéralisme ne saurait ainsi s’écrire au singulier. Il y a bien « des » doctrines libérales ainsi que des expériences historiques du libéralisme, non toujours congruentes entre elles. Aussi bien l’histoire des doctrines que l’histoire des expériences socio-politiques doivent-elles être combinées l’une à l’autre dans la longue durée pour être véritablement éclairantes.

C’était l’enjeu des deux années d’enquête écoulées autour des critiques néo-républicaines contemporaines du libéralisme politique que de faire apparaître cette diversité de référents historiques et de critiques normatives induites. Les travaux qui feront suite en 2010-2011 remettront sur le métier la question des « transformations contemporaines » du libéralisme politique, tout en maintenant ouverte la focale quant aux thèmes et aux périodes considérées.

A distance des affections sociales ambiantes, il ne s’agit assurément pas d’accuser « le libéralisme » tout court de tous les maux (économiques, sociaux, politiques, culturels), mais bien de dégager les enjeux et agendas à partir desquels une « transformation » du socle politique libéral (qu’on l’enracine historiquement ou non dans les traditions républicaines) semble aujourd’hui durablement à l’œuvre.

Pour information

  • L’entrée est libre
  • Lieu : Centre de recherches politiques de Sciences-Po (CEVIPOF) 98 rue de l’Université, 75007 Paris (métro : Solférino)
  • Horaires : 17h00-19h00 (entrée libre)
  • Pour de plus amples renseignements sur cette conférence et le programme de celles à venir : http://www.u-paris10.fr/76768167/0/fiche___pagelibre/&RH=1258638513074

Contacts

  • Alexandre Escudier (alexandre.escudier@sciences-po.fr
  • Christophe Miqueu (cmiqueu@yahoo.fr)
  • Didier Ottaviani (didier.ottaviani@wanadoo.fr)
  • Janie Pélabay (janie.pelabay@sciences-po.fr

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Christian Laval

L’homme économique

Essai sur les racines du néolibéralisme

Gallimard

Présentation de l’éditeur

Le néolibéralisme entend triompher partout dans le monde comme la norme unique d’existence des êtres et des biens.

Il n’est pourtant que la pointe émergée d’une conception anthropologique globale qu’au fil des siècles l’Occident a élaborée. Celle-ci pose que l’univers social est régi par la préférence que chacun s’accorde à lui-même, par l’intérêt qui l’anime à entretenir les relations avec autrui, voire l’utilité qu’il représente pour tous. La définition de l’homme comme “machine à calculer” s’étend bien au-delà de la sphère étroite de l’économie, elle fonde une conception complète, cohérente, de l’homme intéressé, ambitionnant même un temps de régir jusqu’aux formes correctes de la pensée, à l’expression juste du langage, à l’épanouissement droit des corps.

Cette anthropologie utilitariste, fondement spécifique de la morale et de la politique en Occident, fait retour avec le néolibéralisme contemporain sous des formes nouvelles.

En retraçant, dans un vaste tableau d’histoire et de philosophie, les racines du néolibéralisme, Christian Laval donne à voir la forme, le contenu, la nature de la normativité occidentale moderne telle qu’elle s’affirme aujourd’hui dans sa prétention à être la seule vérité sociale, à se poser en seule réalité possible.

L’auteur

Christian Laval est chercheur en histoire de la philosophie et de la sociologie à l’université Paris X Nanterre.

Pour se procurer l’ouvrage de Christian Laval, L’homme économique : Essai sur les racines du néolibéralisme

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Penser et tisser autrement les liens de l’individu et de la société

Publié par Hervé Moine le 6 février 2011

Tarnos, médiathèque, conférence philo, Christophe Lamoure, individualisme,

Jeudi 10 février 2011

Médiathèque de Tarnos

Conférence de Christophe Lamoure

Au-delà de l’individualisme ?

Christophe Lamoure donnera une conférence le jeudi 10 février à la médiathèque.

Ci contre Christophe Lamoure, photo de J.-Y. I. Sud-Ouest



La médiathèque de Tarnos a programmé une nouvelle conférence philosophique jeudi 10 février, à 20 heures. Christophe Lamoure, professeur de philosophie, traitera le thème : « Au-delà de l’individualisme ? ».

Selon Christophe Lamoure, « ne convient-il pas, une fois prise la mesure de l’ambiguïté liée au développement de l’individualisme, de le repenser à nouveaux frais ? Les précieux acquis obtenus peuvent être conservés sans que l’on dérive nécessairement dans les formes contemporaines du narcissisme. Cela suppose de penser et de tisser autrement les liens de l’individu et de la société.

« Dans cette perspective, l’interdépendance, la solidarité, le lien social, le bien commun n’apparaissent plus comme des obstacles à l’épanouissement individuel mais comme ses conditions mêmes. » L’entrée est gratuite. Renseignements : 05 59 64 34 43.



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Les dérives xénophobes doivent-elles museler la discussion sur l’identité nationale ?

Publié par Hervé Moine le 30 janvier 2011

Finkielkraut: «La culture c’est unplugged!»

Article d’Arthur Bayon paru dans Libération – Culture – édition du 29 janvier 2011

http://www.liberation.fr/culture/01012316784-finkielkraut-la-culture-c-est-unplugged

Ci-contre Alain Finkielkrauit (sina MIRABDOLBAGHI)

Pétri de références littéraires et philosophiques, l’exposé de Finkielkraut s’articule autour de quelques faits marquants d’actualité, à commencer par les «attaques répétées du président de la République contre La princesse de Clèves». «Comment peut-on vouloir se réclamer de l’identité nationale et faire soi-même si peu de cas de la littérature qui en est une composante essentielle?», assène l’écrivain, rappelant au passage que les questions de culture générale ont été éjectées des concours administratifs en 2009.

Forcément, le philosophe en vient rapidement au fameux débat sur l’identité nationale en France.  S’il admet que «les suspicions sont légitimes vis-à-vis du gouvernement», il s’exclame: «Pourquoi s’indigner d’une réflexion sur l’identité nationale ?». Pour lui, les dérives xénophobes ne doivent pas museler la discussion. Peu de temps avant, Finkielkraut prétendait néanmoins que  «la société se décharge[ait] facilement sur les hommes politiques de ses propres turpitudes.» De l’identité nationale, on passe à l’Histoire et au devoir de mémoire. Au programme, des mises en garde: «Tout récit national doit être déconstruit», attention au «chauvinisme du présent» sauce «nous sommes supérieurs à nos ancêtres qui ont pratiqué l’esclavage et la colonisation» et des sentences cinglantes: «La grande culture ne vous rend pas fier, elle vous rappelle votre médiocrité» ainsi que le retentissant «il n’y a pas de peuple français». Petit détour par Frédéric Mitterrand et sa décision de retirer Louis-Ferdinand Céline des célébrations nationales 2011: «Il y a un conflit entre bien moral et bien esthétique», «il est difficile d’assumer l’héritage contradictoire de Céline».

«Je fais partie d’une génération où la lecture allait de soi». C’est peut-être pour cela qu’Alain Finkielkraut fait sans cesse référence à la littérature et à la philosophie quand il parle de culture. Presque rien sur la musique, le cinéma ou la peinture. Peut-être par manque de temps… Mais l’écrivain-essayiste trouve tout de même le moyen de donner son opinion sur les nouvelles technologies,  qu’il juge «grisantes et inquiétantes»: «Ce qui me gêne, c’est la connexion constante. Je pense que la culture est un moment de déconnexion. La culture c’est unplugged!»

ARTHUR BAYON, étudiant à l’école de journalisme de Grenoble

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