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Que comprendre derrière le rapport de la presse à la philosophie ?

Posted by Hervé Moine sur 25 avril 2008

Quel est le rapport de la presse à la philosophie ? Et que signifie ce rapport ?

Dans un article, de Valeurs Actuelles du 18 avril 2008, intitulé « Philosophe, l’éternel retour », Bruno de Cessole, fait une analyse d’un fait celui de l’intérêt qu’accorde depuis peu la presse écrite dite généraliste à la philosophie.

Bruno de Cessole rappelle l’origine de la philosophie occidentale. « Née de l’étonnement devant les mystères de l’univers et de la destinée humaine(1), la philosophie n’a jamais cessé d’être un recours, particulièrement durant les époques de troubles et d’incertitude. » Aurait-on alors besoin de la philosophie comme on a besoin de la religion ? Quand tout va bien, nul n’est besoin de recourir à la réflexion philosophique, de rechercher un quelconque maître spirituel ou de courir dans une Eglise ou se réfugier dans le secret de la prière. Si aujourd’hui, on ne remplit plus guère les églises du moins les officiels, nous n’aborderons pas le cas des sectes, force et de constater que la philosophie dans notre société fait « l’objet d’une sorte d’engouement, ou du moins de curiosité, de la part du public, en dit long, constate Bruno de Cessole, sur l’état de santé psychique de notre époque. »

Ainsi, le rapport à la philosophie serait signe, voire symptôme et l’analyse de ce rapport nous renseignerait sur la psychologie de la société.

Il s’explique :

« à rebours de la religion, la philosophie ne prétend apporter ni consolation ni espérance d’un autre monde, et ne suppose pas la foi. Elle s’adresse au premier chef à l’intelligence et fournit seulement des interprétations du réel, des concepts pour cerner la vérité et une trousse à outils pour tenter de vivre mieux. »

Il s’agit là d’une définition traditionnelle de la philosophie comme « amour de la sophia (2) » avec des termes contemporains.

Si l’on considère le monde de l’édition, monde qui a pu transmettre les œuvres des grands philosophes, aujourd’hui, celui-ci s’est considérablement élargit en y démocratisant d’une certaine manière l’accès. Après Descartes qui, en écrivant son Discours de la Méthode en langue vulgaire en rompant avec la langue des savants, le latin, donne la possibilité à tous de lire la philosophie, l’édition d’aujourd’hui, offre au grand public des étalages entiers de livres de philosophie en format de poche, ces œuvres n’étant plus alors réservées à la seule élite cultivée. Mais de même que le grand philosophe recherchait par son procédé des mécènes, l’édition recherche des clients. Cela dit, pour vendre un produit il faut considérer qu’il peut être acheté. Si les livres de philosophie en format de poche abondent tant dans les librairies, c’est très certainement parce que le monde de l’édition a compris ce rapport de la philosophie au monde, et celui de l’intérêt de celui-ci avec son « état de santé psychique » pour reprendre l’expression de Bruno de Cessole. Et ça marche, car si tel n’était pas le cas, ces ouvrages ne serait plus mis à la vente. C’est bien qu’il y a un besoin, une demande. Et c’est bien là ce que l’on peut appeler un phénomène.

Ce phénomène remarque, Bruno de Cessole, intéresse la presse généraliste. Et il décrit ce fait relativement récent en donnant des exemples.

Le Point qui a dédié des couvertures à Platon et à Nietzsche, et consacré plusieurs hors-séries aux mouvements d’idées

C’est autour du le Monde qui, « en partenariat avec Flammarion, dont la collection de poche GF accueille traditionnellement les grands noms de la pensée, publie depuis la fin janvier « Le Monde de la philosophie », une collection inédite, regroupant les textes fondateurs de la philosophie. »

« Sous la tutelle d’Éric Fottorino, de Roger- Pol Droit et de Patrick de Baecque, vingt volumes paraîtront d’ici le mois de juin, proposant, de Platon et Aristote à Marx et Nietzsche, un tour d’horizon de la pensée occidentale. (…) Le premier tome, Platon, a été tiré à 200 000 exemplaires, et le lancement de la collection soutenu par une campagne de publicité de 2 millions d’euros. Depuis, on peut estimer autour de 60000 exemplaires le chiffre de vente des volumes suivants, dont le tirage est moindre. »

Le but avéré de cette entre prise est de mettre à portée du grand public les œuvres phares de la sagesse occidentale :

«Les philosophes ne sont pas des extraterrestres… Inutile de les révérer comme des dieux. Inutile aussi de les craindre comme s’ils devaient être nécessairement ennuyeux, arrogants et incompréhensibles. Il faut aller les voir, ne pas hésiter à les fréquenter. Les plus antiques se révèlent proches de nous. Les plus célèbres sont souvent drôles. Inventeurs d’idées, expérimentateurs d’existence, découvreurs d’horizons, provocateurs de pensées, voilà comme ils sont tous. Intempestifs et actuels, imprévisibles et utiles.» (Roger-Pol Droit)

« En faisant part égale entre les philosophes « conceptuels » (Leibniz, Kant, Hegel) et les philosophes sans esprit de système (Montaigne, Hume, Voltaire, Nietzsche), »Le Monde de la philosophie » traduit un penchant nouveau de la philosophie, qui privilégie la lisibilité et la clarté par rapport à l’ésotérisme du vocabulaire et de la syntaxe. »

Un texte à méditer

« Selon le maître d’oeuvre de la collection, la philosophie émerge depuis dix ans comme fait de société. Le phénomène semble correspondre à une demande croissante de repères dans une époque imprévisible. Par-delà les systèmes, les gens cherchent dans la philosophie non pas du sens mais des outils pour comprendre la complexité du monde. Et aussi, un mode de vie, une manière d’approcher le bonheur. On se tromperait toutefois en voyant dans cet intérêt le pendant d’une quête de « gourous ». Les philosophes ne se confondent pas avec des « coachs ». C’est une spécificité française que l’enseignement de la philosophie au lycée, discipline qui demande à l’élève non pas des connaissances livresques mais l’apprentissage d’un mode de raisonnement critique, à partir duquel il se fait lui-même philosophe. Dans cette tradition, Michel Foucault, sur la fin de sa vie, interrogeait les Anciens sur le souci de soi, tandis que Georges Dumézil faisait de Marc Aurèle son auteur de chevet. À chacun de trouver son philosophe d’élection. » Bruno de Cessole

A chacun de trouver son auteur d’élection…

Hervé Moine

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