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Jacky Dahomay : Le grand mouvement social actuel pourra-t-il nous conduire vers une nouvelle société civile guadeloupéenne, riche de ses différences et de ses nombreuses potentialités ?

Posted by Hervé Moine sur 31 janvier 2009

Je vous soumets un article intéressant relatif au mouvement social actuel du philosophe Jacky Dahomay dans lequel il affirme l’espoir de la construction d’une nouvelle société civile.

Tous ensemble nous devons inventer

Écrit par Jacky Dahomay 30-01-2009

Il est clair que la Guadeloupe défie constamment toute tentative d’interprétation théorico-politique et le philosophe politique, surtout quand une trop grande proximité le lie à ce pays, est le plus souvent désorienté. Malgré tout, je me risque à exprimer ici ce que je perçois pour l’instant de ce puissant mouvement social, étant entendu que ces analyses à chaud seront toujours marquées du sceau de la contingence historique. Disons-le tout net : s’il m’est arrivé dans le passé d’énoncer de vives critiques concernant certains mouvements sociaux (critiques que je trouve pertinentes aujourd’hui encore) je constate maintenant que la contestation sociale n’a pas le même sens ni les mêmes tournures qu’autrefois. D’une part, les dirigeants syndicaux, en évitant de reproduire les mêmes erreurs traditionnelles, font preuve d’une plus grande maîtrise du mouvement social. D’autre part, par son ampleur même, la mobilisation en cours jouit d’une popularité incontestable qui lui donne une certaine légitimité. Quelles que soient donc les erreurs ou insuffisances qu’on peut déceler ça et là, je soutiens globalement la contestation sociale en cours et ceci pour deux raisons fondamentales.

La première, c’est quant à son contenu social. En effet, la crise du capitalisme actuel dans sa version mondialisée engendre une déroute économique et sociale dont on ne mesure pas encore toutes les conséquences et, si toute la planète en est touchée, les travailleurs de tous les secteurs de notre pays le sont également. Il n’est pas tolérable qu’un groupe de personnes immensément riches joue au poker, si on peut s’exprimer ainsi, le destin économique et social de toute la planète. Il y a là une injustice incroyable. L’année 2009 peut être une année de contestation sociale grave dans divers lieux du monde et, par la radicalité de sa révolte sociale, la Guadeloupe semble ouvrir la voie. La grandeur de ce mouvement chez nous réside aussi dans sa dimension internationaliste et on peut même croire que, comme la Grèce, la Guadeloupe risque de faire école dans la France hexagonale. D’où un certain empressement de l’Etat à régler les problèmes soulevés par la grève générale.

La deuxième raison de mon soutien au mouvement en cours est plus complexe, voire, plus paradoxal. Je m’explique. Il me semble percevoir, au- delà du catalogue impressionnant des revendications, une volonté (même si celle-ci n’est pas toujours claire dans la conscience des acteurs) d’exprimer quelque chose à propos de notre devenir. Il y a donc là comme un essai de revenir sur soi, une réflexion au sens fort du terme, une interrogation sur soi-même et cela donne au mouvement social un contenu nouveau. Pour moi qui depuis des années appelle à la construction d’un véritable espace public propre à une société civile digne de ce nom, je ne peux m’empêcher, au risque bien sûr de me tromper, de nourrir l’espoir que la contestation sociale en cours puisse contribuer à l’éclosion d’une authentique société civile guadeloupéenne.

Encore faudrait-il que j’explicite ce que j’entends par société civile et pourquoi je lui accorde tant d’importance. La société civile est l’ensemble des organisations ou associations non gouvernementales, qui ne dépendent donc pas de l’Etat, mais ensemble qui est aussi séparé des organisations politiques. A l’évidence, ce qui semble se jouer aujourd’hui dans ces luttes et négociations, c’est une partie à trois : mouvement social de la société civile, représentants de l’Etat, élus politiques et jamais ces trois composantes n’avaient été aussi distinctement séparées. La vérité est que si dans le passé les élus politiques récupéraient facilement le mouvement social, aujourd’hui il est clair pour tout le monde que ces trois ordres – si on peut s’exprimer ainsi – société civile, Etat et élus politiques sont clairement distingués. C’est comme si nous assistions à une sorte d’autonomisation de la société civile. Si toutefois l’Etat semble bien se débrouiller dans ce jeu à trois, les plus mal à l’aise semblent les dirigeants politiques, surpris par l’ampleur du mouvement, sa popularité, et ils sont désemparés de constater que leur légitimité issue du pouvoir des urnes ne suffit pas à leur accorder une véritable autorité politique dans notre société. D’où leur faiblesse sur le mouvement en cours. Or, la représentation politique issue des urnes devrait être en phase avec la société civile, telle est du moins l’idéal d’une démocratie plus « participative » .

Cela signifie que nous assistons à une crise de l’autorité politique dans notre pays qu’elle vienne de l’Etat ou des assemblées locales comme des mairies, dans le même temps où le pouvoir social des organisations composant le collectif, effectif dans la rue, ne peut prétendre légitimement à imposer une autorité politique sur l’ensemble de la société. Cela serait parfaitement inacceptable car ce n’est pas son rôle et on ne peut faire l’économie des élections en toute véritable démocratie. C’est dire que la crise que nous traversons n’est pas uniquement sociale, elle a aussi une ampleur politique sans précédent même si cela n’est pas très clair dans l’opinion publique. Celle-ci d’ailleurs, quoiqu’elle soutienne le contenu des revendications sociales, notamment concernant la vie chère, a le sentiment qu’il y a beaucoup de non-dits et de jeux cachés qu’elle ne perçoit pas clairement. Soyons donc clair : ce qui se joue aussi dans cette revendication sociale, c’est la question du changement de statut, mise à l’ordre du jour par les assemblées locales martiniquaises. A ce sujet, il semble y avoir une certaine convergence entre l’Etat sarkozyste, certains élus comme la persistante Lucette Michaux-Chevry et certains dirigeants politiques ou syndicaux. Pourquoi alors ne pas en discuter franchement ?

L’erreur politique de Victorin Lurel, président de Région, est d’avoir cru que le vote massif en faveur du non lors des dernières élections concernant le changement de statut, avait réglé le problème de l’identité collective. J’avais, me concernant, pris nettement position en cette période pour un non à ce que je considérais à l’époque comme une mascarade électorale. Je n’étais pas le seul, l’UGTG et certains indépendantistes aussi. J’avais dû alors subir la haine de certains indépendantistes alliés à Michaux-Chevry. Malgré tout, je maintiens encore ma position (étant entendu et tout le monde l’aura compris qu’en tant qu’intellectuel guadeloupéen né sur une terre qui m’a nourri, je suis absolument insensible, quoique mortel, à toute tentative d’intimidation) et je tiens à rappeler mes principes.

Pour comprendre ma position, il faut revenir à l’histoire, celle de nos pays issus de l’esclavage et de la colonisation. Une telle histoire rendait difficile la constitution d’un véritable espace public. Dans toute société colonisée, il ne peut y avoir de véritable société civile car l’Etat colonial, n’ayant aucune autorité légitime, est forcément tyrannique, n’exerçant son pouvoir essentiellement que par la ruse ou par la force. Je distingue donc un Etat républicain, dont l’autorité est jugée légitime par l’ensemble des citoyens, même si la lutte de classes demeure, et l’Etat tyrannique, n’exerçant son pouvoir que par la force. L’historien Jean-Pierre Sainton a eu le mérite, lors d’une conférence récente, de montrer que même avec la départementalisation, l’Etat français a continué de fonctionner comme si entre lui et la classe des politiciens il n’y avait pas de société civile pouvant faire tampon, faisant donc des politiciens une classe corrompue le plus souvent, virant casaque au gré de leurs intérêts ou de ceux de l’Etat. Si les événements de mai 1967 furent aussi dramatiques, c’est que l’Etat, pour assumer la répression, a su faire alliance avec la classe des politiciens, isolant ainsi les indépendantistes, les seuls pourtant à exprimer à l’époque une certaine dignité politique, l’histoire devrait le reconnaître. Mais l’erreur de ces derniers consista, du moins est-ce mon avis, dans leur nationalisme même, incapable de saisir l’importance d’une société civile, comme tout nationalisme, et les tentatives de création originale, sous l’impulsion du PTG, d’une société civile à fort contenu social lors de la naissance de l’UTA puis de l’UGTG, fut dévoyée par la création de l’UPLG, parti nationaliste, livrant ainsi l’UGTG aux errances que l’on sait et dont elle semble vouloir sortir positivement aujourd’hui malgré quelques résurgences de méthodes douteuses quant au sens du bien commun.

Voilà pourquoi j’ai été, depuis plusieurs années, comme notre défunt ami et collègue Raoul Cyrille Serva dont je salue ici la mémoire, parmi ceux qui trouvaient nécessaire le développement d’une authentique société civile guadeloupéenne. Car sans celle-ci, aucune autorité politique, d’où qu’elle vienne, ne sera jugée légitime. Et il n’est pas acceptable que nous continuons à jouer ce jeu, en absence d’autorité politique admise légitimement, de cache-cache avec nous-mêmes, avec des revendications contradictoires, tant au plan social que politique, faisant de nous une société de gens capricieux et irresponsables, toujours prêts à tout mettre sur la faute de l’autre, le « papa blanc » en général ou l’« Etat-colonialiste-français » . Nous ne savons être ni Français, ni Guadeloupéens ni les deux à la fois. Tel est notre malheur. Nous sommes constamment – et il est douloureux pour moi de le dire – dans ce qu’on appelle le « double lien » et les psychologues savent que cela peut conduire à la folie. C’est comme si nous étions menacés par la possibilité qu’un délire généralisé envahisse l’ensemble de notre société.

Les trois solutions qui s’imposent à nous sont problématiques. 1. Le maintien du statu quo, s’il nous procure des avantages sociaux, sanitaires, et l’égalité des droits, laissent pourtant planer l’ombre d’une question identitaire non résolue. 2. L’indépendance, surtout dans le monde actuel, est trop coûteuse, surtout pour les classes populaires qui verraient leur niveau de vie baisser considérablement. 3. L’autonomie, oui, mais elle est revendiquée surtout par la classe de ceux qui sont liés aux affaires, une sorte de bourgeoisie qu’un tel statut favoriserait. Il me semble que la seule façon de s’en sortir, c’est que nous quittions cet abord pathétique de la question, que nous sortions de notre névrose collective par un choix qui serait produit par une raison commune. Celle-ci permettrait d’abandonner une problématique identitaire confuse, lieu où tous les chats sont gris, ayant surtout pour fonction de masquer les enjeux réels des classes sociales composant notre société. Mais où trouver cette raison commune ?

Si je soutiens le mouvement social actuel malgré tous les paradoxes que je viens de souligner, c’est que je pense que s’il est bien conduit il pourrait nous mener au renforcement d’une société civile pouvant être le lieu d’une élaboration de cette raison commune. Car cette grande révolte sociale, par l’ampleur de sa contestation, par l’unité qu’elle produit et par le fait qu’elle semble provoquer un retour de la société sur elle-même, constitue déjà une timide émergence d’une société civile. D’autant plus que ce n’est pas à l’intellectuel de décider seul de son côté du moment où toutes les conditions concrètes seront réunies pour que se réalise son idéal. Comme disait Hegel, la philosophie vient toujours trop tard c’est-à-dire après que la réalité se soit développée et ce n’est pas au philosophe de décider de l’évolution effective de la réalité historique.

Mais je voudrais mieux expliquer mon attachement à cette idée de société civile. Nombreux sont ceux qui ne comprennent pas mon aversion pour le nationalisme et je me suis fait des ennemis à ce sujet, et en Guadeloupe, et en Martinique. Il faudrait selon moi repenser la notion de peuple. Le nationalisme est toujours la visée d’un peuple-un. Il y a une tradition nationaliste, dans les pays colonisés, qui a structuré les luttes de libération nationale des années 1960. Or, cette conception nationaliste de l’identité nationale (car il y a des conceptions non nationalistes de la nation) est issue du romantisme allemand du XIX° siècle On trouve aussi en France cette idéologie nationaliste, qui a infesté le républicanisme français et que Sar- kozy et Hortefeux essaient de remettre à l’ordre du jour. La différence entre Obama et Sarkozy, c’est que le premier assoit son autorité politique dans la logique du fédéralisme, sur autre chose que du nationalisme, sur les Pères fondateurs de la Constitution en dépassant tout communautarisme, ce qui lui permet de refonder l’identité américaine affaiblie par des années de conservatisme. Si donc Obama pour l’instant est au plus haut des cieux, Sarkozy apparaît comme un roi, fait du néant, à l’autorité affaiblie. La conception nationaliste du peuple, quoique venue d’Europe, a triomphé dans les pays colonisés dans les années 1960 précisément parce que le colonialisme n’avait pas permis la naissance d’espaces publics authentiques dans les colonies. Le mouvement indépendantiste guadeloupéen a repris cette conception du peuple mais son échec est dû au fait de la fondation originale de nos sociétés antillaises n’ayant pas préexisté à la colonisation et ayant été façonnées au cours de la colonisation même. Pour quelqu’un sorti de l’esclavage, l’accès aux droits de l’homme et du citoyen prévalait sur des préoccupations strictement nationalitaires. Ce qui a conduit à l’assimilation.

Mais n’exagérons pas. Il y a bien eu, et dès le lendemain de l’abolition de l’esclavage, naissance balbutiante d’une société civile, avec la création d’associations ou sociétés de toutes sortes (la floraison de mutuelles est impressionnante et il faut saluer ici le combat mené actuellement par Mme Germaine Chicot-Marcin pour sauvegarder cette tradition gravement menacée par la logique du capitalisme). Mais avec la départementalisation, les Guadeloupéens participant à la vie publique française, se sont comme fondus dans la société civile métropolitaine, et les tentatives de développement d’une société civile guadeloupéenne ont été fragilisées. Tout se passe donc comme si, alors que les Guadeloupéens comme citoyens français sont soumis à la loi commune républicaine française et que par leur vote ils participent à formation de l’autorité politique, ils passent toutefois leur temps à ruser avec cette loi commune, celle-ci n’ayant paradoxalement qu’une faible autorité pour eux, ce qui à mon sens est une pathologie politique. J’avance l’hypothèse que c’est parce que cette loi commune républicaine ne retrouve pas vraiment de relais dans la société civile locale qu’elle manque d’autorité et qu’elle est comme instrumentalisée par les relais politiciens locaux. Pourquoi alors réclamer une société civile locale alors qu’avec la départementalisation, nous sommes français à part entière ? Parce que si la République française a intégré les Antillais comme individus, elle n’a pas su prendre en compte l’histoire particulière de ces îles qui, depuis quatre siècles (et ce n’est pas rien), ont tissé sous les cieux muets une expérience particulière du monde, riche et douloureuse, et que cela ne peut pas être jeté comme cela dans les poubelles de l’histoire. Si nous ne voulons pas sortir de l’ensemble français, de nouvelles formes d’intégration (et non d’assimilation) devraient être pensées, qui prendrait en compte ces spécificités. En résumé, s’il y a bien eu une forme de société civile guadeloupéenne, jamais celle- ci ne s’est véritablement autonomisée. Ce qu’il y a de fort dans le mouvement actuel, c’est qu’il procède à une véritable autonomisation de la société civile, comme je l’ai montré, où tout un peuple, avec des voix diverses, dit sa souffrance existentielle.

Pour revenir à la question de l’identité, Edouard Glissant et Patrick Chamoiseau ont critiqué cette vision simpliste de l’identité-une ou identité-racine, peu ouverte à la diversité du monde. Si nous, Antillais, formons des peuples au sens anthropologique ou culturel, d’une part, cette identité culturelle ne s’épuise dans aucune racine unique, d’autre part, cela ne peut suffire à faire un peuple politique. Nous nous sommes épuisés dans la quête d’une identité culturelle unique, ce qui peut parfois appauvrir nos productions culturelles et l’heure est venue d’accéder à la claire conscience politique de ce que nous voulons. Cela est pour moi l’impératif fondamental avant même toute décision administrative ou politique de changement de statut. Toute décision politique précipitée, dans un sens ou dans l’autre, qui n’aura pas été travaillée par la société civile, avant sa conversion nécessaire dans des élections, manquerait demain de légitimité ou d’autorité et nous reproduirions nos aspects névrotiques habituels.

Ainsi, être un peuple responsable, c’est d’abord comme je l’ai dit accéder à la claire conscience politique de son vouloir et l’erreur des politiques ayant opté pour la départementalisation en 1946 est d’avoir consenti à une volonté latente du peuple mais pas à une volonté vraiment élaborée dans un espace public. L’identité, tant individuelle que collective, n’est pas pour moi une substance figée, une essence éternelle et immuable, une identité racine ou close. C’est plutôt un foyer virtuel surtout un processus ininterrompu. Construire donc une identité politique, voire une volonté générale, c’est plus compliqué bien que ce soit nécessaire. Cela exige une véritable réflexion, un retour sur soi. Ici, le rôle de la société civile est absolument nécessaire. Cela suppose une rationalisation des pratiques, une clarté des débats, une raison commune qui ne serait pas un pathos commun comme c’est le cas aujourd’hui. Cela suppose surtout que cesse ce terrorisme contre les intellectuels qui nous a fait tant de mal et dont nous payons le prix aujourd’hui. La Guadeloupe est le seul pays que je connaisse où le mot « intellectuel » est une insulte!

Le grand mouvement social actuel pourra-t-il nous conduire vers une nouvelle société civile guadeloupéenne, riche de ses différences et de ses nombreuses potentialités ? J’en ai simplement l’espoir. Car certains doutes persistent. D’abord, il n’est pas tout à fait sûr que les dirigeants de la coordination aient tout à fait conscience de l’importance du mouvement qui risque même de les avoir surpris en quelque sorte. Ensuite, beaucoup de ses dirigeants sont peu ouverts à la problématique démocratique, voire aux droits de l’homme. Ils peuvent donc obtenir quelques conquêtes sociales mais rater ici une possibilité inédite. Ils peuvent aussi, dans une problématique « révolutionnaire » décider pour le peuple et lui imposer un changement de statut et là, la guerre civile, à mes yeux, serait inévitable. Telle est la responsabilité qui s’impose à eux. En conclusion, en tant qu’intellectuel, je ne peux qu’espérer que les choses évoluent dans le bon sens en exprimant ici modestement mon point de vue qui je l’espère contribuera à enrichir le débat plutôt que ces attaques ad hominem stupides dont on peut être victime. Je ne prétends pas détenir la vérité car contrairement à ce que croyait Platon et après Marx, la politique ne peut être une science. Elle s’enracine plutôt dans ce qu’Aristote appelait « la fragilité » ou « la contingence des affaires humaines » . Voilà pourquoi il faut le débat. Pas seulement entre intellectuels. Comment peut- il se faire ? Tous ensemble nous devons inventer. Débat sur ce que nous voulons à l’intérieur de chaque association, de chaque organisation concernant la question sociale, mais aussi la question culturelle et surtout politique, débat dans la presse ou dans des revues, tout cela afin d’arriver à de véritables assises de la société guadeloupéenne, à une sorte de convention. C’est la seule issue pour sortir de notre irresponsabilité collective et la jeunesse elle-même pourra s’investir dans ce débat. Pouvons-nous alors tout cela ? Je crois que oui, nous pouvons. Car si nous ne savons pas vraiment ce que nous voulons, nous Guadeloupéens, il est clair aujourd’hui que nous voulons le vouloir.

Par Jacky DAHOMAY, philosophe.

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Term. S – 2 sujets de dissertation au choix

Posted by Hervé Moine sur 31 janvier 2009

Vendredi 23 dernier, était prévu, pour les term. S, un Devoir Surveillé de 4 heures. Je vous propose de trouver chez vous du temps pour faire ce travail et, bien sûr en jouant le jeu, c’est-à-dire en essayant autant que possible de vous mettre dans les conditions similaires à celle de l’examen, notamment en respectant la durée, 4 h durant, en ne consultant aucun document, à la différence près qu’il vous faudra rédiger votre devoir par traitement de texte.

Si les cours n’ont pas repris d’ici là, je vous demande de me rendre le fruit de votre travail jeudi 5 février au plus tard, par mail, à l’adresse suivante : rvmoine@gmail.com

Vous traiterez au choix l’un des deux sujets de dissertation suivant :

La liberté n’est-elle pas une illusion ?

Doit-on tout attendre de l’Etat ?

Bonne réflexion et bon courage !

Hervé Moine

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Bréhier et la question de la cohérence de l’oeuvre de Rousseau

Posted by Hervé Moine sur 31 janvier 2009

Emile Bréhier, dans son histoire de la philosophie, à propos de la cohérence de l’oeuvre de l’auteur du Contrat Social, note ceci :

« (…) On est fort loin d’être d’accord sur l’interprétation de sa pensée ; y a-t-il une doctrine de Rousseau, ayant suite et cohérence logiques ? ou bien l’assurance passionnée avec laquelle il aborde chaque sujet nouveau qu’il traite ne cacherait-elle pas de contradictions insolubles, à qui s’efforce de voir l’ensemble? Rousseau est-il partisan de la supériorité de l’état de nature, comme il paraît d’après le Discours sur l’inégalité, ou croit-il à la suprématie de l’état social, comme le laisse conclure le Contrat Social ? (…) Doit-on voir surtout, dans le Contrat, l’individualisme qui fait naître l’Etat du concert des volontés, ou un communisme sans frein, qui ordonne l’aliénation de chacun à la communauté ? (…) Autant de questions difficiles à résoudre. » Emile Bréhier, Histoire de la Philosophie.

On ne peut ignorer cette difficulté et il conviendra d’être prudent dans nos interprétations futures afin de se parer contre les contresens.

Hervé Moine

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Etude du Livre 1 du Contrat Social de Rousseau Cours n°1

Posted by Hervé Moine sur 30 janvier 2009

Une oeuvre pour l’épreuve orale et pour l’épreuve écrite

Le Contrat Social de Jean-Jacques Rousseau a déjà été, pour vous, l’objet d’un travail de lecture. Cette oeuvre ne vous est donc pas inconnue. D’autre part, vous avez certainement étudié Rousseau en cours de littérature.

Il est temps maintenant de nous adonner à l’étude de cette oeuvre, oeuvre qui sera celle présentée à l’oral du second groupe d’épreuves du baccalauréat, dit de rattrapage. S’il nous faut préparer cette épreuve, pour parer à toute éventualité, cependant, il sera important d’envisager cette étude aussi et surtout même dans la perspective de l’épreuve écrite. Nous verrons ultérieurement les modalités de l’épreuve orale de philosophie.

Une oeuvre pour enrichir sa pensée

Travailler une oeuvre philosophique, c’est enrichir sa culture philosophique et c’est se donner davantage de moyens pour philosopher. Cela est tout bénéfice pour l’épreuve écrite de philosophie. Rappelons-nous que si philosopher c’est « penser par soi-même », on ne peut prétendre penser philosophiquement à partir de rien ou comme si on était seul au monde. Les grands philosophes sont pour nous des maîtres de pensée et de méthode et se serait une erreur de faire l’économie de leur étude. Cela dit, il faut s’entendre sur ce qu’est étudier un philosophe ou une philosophie. Kant disait qu' »il n’y a pas de philosophie que l’on puisse apprendre, on ne peut apprendre qu’à philosopher ». Notre effort ne sera pas celui de l’érudit qui collectionne les connaissances, mais celui du philosophe qui cherche à nourrir sa pensée par l’étude des grands penseurs.

Je vous propose de commencer par un détour sur la vie et l’oeuvre du philosophe Rousseau. Préalable important pour dénoncer les préjugés dont fait l’objet couramment Rousseau, j’y reviendrai. Préalable important  également si l’on veut comprendre le Contrat Social, c’est ce que l’on va voir dans ce cours. Et, pour les raisons citées précédemment, nous tâcherons de ne pas séparer l’oeuvre et la vie de Rousseau, et, il ne sera pas question pour nous de  présenter un travail scolaire et érudit, mais d’envisager les racines du Contrat Social dans la vie même du philosophe. Dans le cas de Rousseau, il est difficile de ne pas l’oeuvre de sa vie. Notre but : nous intéresser à la vie de Rousseau pour comprendre sa philosophie.

Portrait de Jean-Jacques Rousseau

Biographie et bibliographie de Rousseau

  • Une vie vagabonde

Jean-Jacques Rousseau est né à Genève, le 28 juin 1712. Genève était une République démocratique, telle une île noyée dans l’océan européen de la Monarchie absolue. En France régnait le Roi Soleil, Louis XIV.  Rousseau, dans le Contrat Social, rappellera qu’il est né libre et citoyen dans un Etat libre…

Rousseau était le fils d’un horloger. Avec son père, il lit les auteurs anciens, notamment Plutarque qui est sa lecture favorite. C’est grâce à cette lecture qu’il gardera une admiration profonde pour les grandeurs et la vertu des cités grecques et de leurs héros. Né d’une famille calviniste, il reçut une éducation calviniste. Rousseau mena une vie particulièrement troublée et vagabonde qui commença assez tôt pour ne jamais véritablement cesser. En 1728,, il n’avait alors que 16 ans, le jeune Rousseau quitta définitivement Genève pour échapper à la tyrannie d’un patron graveur chez qui on l’avait mis en apprentissage. Doit-on y voir là une certaine origine de son opposition au despotisme? Si on ne peut l’affirmer avec une certitude, c’est une remarque qui est loin d’être insensée.

Dans cette vie vagabonde, Rousseau fit l’expérience de la société, notamment en tant que petit immigré ne devant sa subsistance qu’à la dépendance et de la charité ou de la générosité des « Grands », c’est-à-dire des puissants. Par exemple, Rousseau fût laquais à Turin en Italie. Cette expérience lui a certainement fait sentir tout le poids de la pauvreté et celui des privilèges. Ainsi, après bien des aventures, en 1728, il arriva à Paris. Et, c’est une toute expérience que va faire dès lors Rousseau.

  • Rousseau et les « philosophes »

Par la sympathie, l’amour, l’amitié qu’il a su inspirer, également par ses talents musicaux, mais surtout par sa conversation au catholicisme, Rousseau a su se doter d’une formation solide dans l’esprit nouveau de son époque. Il allait compter parmi ceux qu’on appelait les « philosophes ». Il trouva un soutien considérable auprès de Madame de Warens grâce à laquelle il put apprendre la musique, le latin et s’adonner à la lecture des philosophes. Comme Rousseau le dira lui-même dans ses Confessions, son séjour chez elle, en 1736, aux Charmettes près de Chambéry, fut une des seules périodes de sa vie vraiment heureuses.

En 1741, Rousseau se fixe à Paris et essaye de se faire publier un essai de notation musicale dont il était l’inventeur. Mais cette entreprise s’avèrera vaine. Il quitte alors Paris pour s’installer à Venise, ville dans laquelle il trouve un emploi de secrétaire de l’ambassade de France. Il sera alors le témoin direct de la vie et des actions des hommes de pouvoir et donc de l’inégalité entre les hommes. Il y a les privilégiés dans ce monde et les autres qui sont à leur service. En 1745, Rousseau est de retour à Paris. Avec Thérèse Levasseur, lingère de son état, il aura cinq enfants. Ceux-ci seront tous confiés aux « Enfants trouvés ». Rousseau sera souvent attaqué sur ce point. Comment l’auteur de l’Emile ou De l’éducation, a pu abandonner ainsi ses enfants ? Peut-être aurons-nous l’occasion de discuter de ce qui semble être une incohérence impardonnable.

Toujours est-il que c’est à cette époque qu’il commence à rencontrer des philosophes, notamment Denis Diderot. Il deviendra l’ami de l’encyclopédiste. Grâce à lui et à D’Alembert, il se verra confier les articles concernant l’art de la musique dans l’Encyclopédie.

  • Le succès

C’est en allant rendre visite à Diderot qui était alors emprisonné au fort de Vincennes, après la publication de la Lettre sur les aveugles, que Rousseau prend fortuitement connaissance dans un numéro du Mercure de France de la question mise au concours de l’Académie de Dijon :

« Si le progrès des sciences des arts a contribué à corrompre ou à épurer les moeurs« . Nous sommes en 1749.

Rousseau rédigea alors sa première oeuvre importante, publiée l’année suivante en 1750, Discours sur les sciences et les arts. Ce discours fut couronné et l’ouvrage valut à son auteur un éclatant succès. En effet, il suscita des objections et des polémiques qui donnèrent lieu à des réponses de Rousseau dans le Mercure de France. En 1752, le Devin du village obtient également un vif succès, devant le roi et à l’Opéra où il est joué. Encouragé par son précédent succès, Rousseau décide de répondre à la question nouvellement pose par l’Académie de Dijon :

« Quelles est l’origine de l’inégalité parmi les hommes et si elle est autorisée par la loi naturelle?« 

Et c’est ainsi, que parut en 1754, son deuxième discours, Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes, publié en 1755. Si son discours ne remporta pas le prix, il apportera cependant à Rousseau et définitivement la notoriété.

  • L’hostilité

Les deux Discours qui l’ont fait connaître comme philosophe ne lui ont pourtant pas facilité ses rapports avec le cercle des Encyclopédistes, loin s’en faut. Rousseau, sceptique au sujet des bienfaits des progrès culturels, se trouva en butte aux sarcasmes et à l’hostilité. Il se brouilla même avec ses amis. Son amitié avec Diderot, pourtant vieille de quinze ans, n’y résista pas.

Toujours en 1756, Rousseau commence un Essai sur l’origine des langues, mais celle-ci resta inachevé. En 1756, il séjourne à l’Ermitage, dans une maison que Madame d’Epinay avait mis à sa disposition, près de la forêt de Montmorency. En 1758, il écrivit la Lettre à d’Alembert sur les spectacles. Celle-ci marqua définitivement la rupture avec Diderot. En 1760, paraît à Londres puis à Paris et à Genève la Nouvelle Héloïse. Cet ouvrage fera de Rousseau un auteur à succès. Mais paradoxalement, Rousseau senfonça dans une grande solitude et ses derniers ouvrages vont l’isoler davantage.

  • Rousseau traqué

En 1762, paraissent successivement l’Emile et le Contrat Social. Alors qu’il était, à ce moment, retiré chez le Duc du Luxembourg à Montmorency, Rousseau fut décrété de prise de corps. Il dut s’enfuir pour échapper à l’arrestation. En effet, Rousseau est condamné dans un mandement de l’archevêque de Paris. Il est mis à l’index à Rome par le Pape. Il est censuré à la Sorbonne. Il est anathématisé par les ministres de Berne, de Neuchâtel et de Genève. Il est brouillé avec un certain nombre de philosophes. Traqué, il trouve finalement refuge en Suisse à Montiers-Travers. Mais, lapidé, il en est chassé. Il s’enfuit alors, outre-Manche, en Angleterre, chez le philosophe écossais David Hume. Mais en moins de six mois, Rousseau réussit à se fâcher avec son nouvel ami.

  • La solitude et la maladie

Il revient finalement à Paris où, seul et malade, il mena une existence inquiète et tourmentée, convaincu de l’existence d’un véritable complot fomenté contre lui par Voltaire et Grimm. Etait-ce pure paranoïa ? Manifestement, les suites de la réception de l’Emile et du Contrat Social avaient affecté sa raison. Cette existence inquiète et tourmentée sera décrite dans ses Rêveries du promeneur solitaire. Précisons, qu’auparavant, il avait écrit les Confessions, afin de tenter de construire une véritable image de lui-même. En 1772, Rousseau entreprit de composer les dialogues Rousseau juge de Jean-Jacques qu’il achêvera en 1776, année justement où il commença à ébaucher Les Rêveries du promeneur solitaire.

Enfin, Rousseau fut recueilli à Ermenonville chez le marquis de Girardin où il mourut en  1778, en laissant les Rêveries inachevées.

Des textes de Rousseau seront publiés après sa mort, ce sont des travaux de politique appliquée : Projet de constitution pour la Corse et Considérations sur le Gouvernement de Pologne. Ces textes sont important en ce qui nous concerne, nous y reviendrons. Disons pour l’instant, alors que ces textes sont des textes de politique appliquée, le Contrat Social est un texte de philosophie politique, c’est-à-dire de théorie politique.

En 1794, les restes de Rousseau furent transportés au Panthéon à Paris.

Voilà en ce qui concerne le premier cours consacré à la biographie et à la bibliographie de Rousseau. Je vous propose d’approfondir cette étude par la lecture des Confessions de Rousseau.

Hervé Moine

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Rendez-vous sur Actu Philo

Posted by Hervé Moine sur 30 janvier 2009

J’ai reçu en retour du message que je vous ai envoyé, beaucoup de retours favorables, encourageants par là l’initiative d’utiliser, faute de mieux, l’outil Internet, et je vous en remercie.

A l’origine, je pensais utiliser un blog que j’avais monté, il y a quelques temps, Philo Antilles, blog qui prenait le relai de Philo Polynésie qui avait eu un certain succès. Mais de sérieux problèmes que connaît le serveur qui héberge Philo Antilles ne me permettent plus de l’utiliser. Et c’est bien dommage, car il y avait des données qui auraient pu nous être utiles pour la circonstance. Si ces problèmes ne trouvent pas de solution rapidement, je procéderai alors au déménagement de Philo Antilles sur http://www.actuphilo.wordpress.com. « Actu Philo« , site destiné initialement à l’actualité philosophique, n’était qu’à l’état de projet. Par delà ces considérations techniques, ce site deviendra alors pour nous, notre espace dans lequel vont s’effectuer « nos cours de fortune », à défaut de nous retrouver au lycée.

Dans un prochain message, je vous dirai comment nous procéderons.

Hervé Moine, prof de philo

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Message à mes élèves

Posted by Hervé Moine sur 29 janvier 2009

Bonjour à vous tous,

Je m’adresse à vous par mail, n’ayant pas d’autres moyens pour vous contacter. Si des événements importants pour la Guadeloupe et ses habitants se déroulent en ce moment, les jours sans cours s’égrainent et je crains que cela soit finalement à votre détriment. Je vous propose que l’on improvise des cours en utilisant l’Internet.
Je voudrais par ce présent message, m’assurer que tout le monde a accès à ses messages. Merci de me répondre.

Bien cordialement.
Votre prof de philosophie,
Hervé Moine
rvmoine@gmail.com

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N’est-il pas temps de reprendre les cours ?

Posted by Hervé Moine sur 28 janvier 2009

A l’intention de mes élèves de terminale du Lycée Polyvalent de Pointe Noire

Depuis le 20 janvier dernier, nous n’avons pas eu de cours et nous avons par conséquent perdu de nombreuses heures. Et depuis lundi dernier, les portes du lycée sont closes. Nous sommes dans une situation exceptionnelle à plusieurs titres. C’est bien la première fois que nous avons plus d’une semaine de vacances en dehors des périodes de vacances scolaires. Par ailleurs, il est rare que des mouvements sociaux durent aussi longtemps sans s’essouffler, ce qui donne à penser que le malaise est profond et que l’issue est incertaine. La situation sociale est critique et nous vivons ce que nous pouvons appeler une « crise sociétale ».

Un lycée bien trop vide © Hervé Moine - Philo Antilles 2007-2009
Un lycée bien trop vide © Hervé Moine – Philo Antilles 2007-2009

Sans préjuger de la suite des événements, nous ne savons pas quand exactement les cours reprendront et il s’agit de nous organiser pour éviter de prendre trop de retard, avant qu’il ne soit trop tard. Peut-être nous faudra-t-il bouleverser le calendrier scolaire prévu en récupérant le temps perdu pendant les prochaines vacances? Nous verrons bien !

Toujours est-il que, de cette situation, vous ne devez pas en sortir fragilisés. Le Bac n’est pas loin et vous devez vous présenter à l’examen, bien préparés.

Or, si l’on regarde les jours ouvrables qu’il nous reste d’ici l’examen en juin, on remarquera qu’il n’est pas possible de laisser les jours s’envoler les uns après les autres sans rien faire. C’est pourquoi, pour ma part, je songe, à vous dispenser des cours et à vous donner du travail en utilisant l’outil Internet.

J’ai déjà dû vous dire, en cours, à un moment ou à un autre que la philosophie se travaille dans la durée et requiert la patience du concept. Nous n’arriverons pas à travailler dans la sérénité, s’il nous faut rattraper dans l’urgence et la précipitation.

Hervé Moine
Votre prof de philo

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Patrice Nganang : Obama et le réveil d’un peuple

Posted by Hervé Moine sur 27 janvier 2009

Lu sur la toile dans 24 heures philo cet article intéressant de Patrice Nganang, sur le rapport peuple / Obama

Obama et le réveil d’un peuple

Par Patrice Nganang •

Tout peuple un jour se réveille à sa grandeur. Tout peuple à un moment se rappelle ces fondamentales valeurs que sont la liberté, la justice, la vérité, la beauté. Tout peuple se rappelle ces idées si simples que nous savons tous, parce qu’elles nous sont toutes innées, comme nous dit Platon ; parce qu’elles sont universelles, parce qu’elles sont l’apanage donc, autant du plus intelligent que du plus humble, comme m’a enseigné ma grand-mère.

Quand il se réveille à ces idées si simples, le peuple grandit soudain. Ces moments de son réveil à sa grandeur sont rares, très rares, mais tout peuple quel qu’il soit, en est capable. Qu’il ait trimballé vingt millions de sa population dans des bateaux de l’esclavage, et les ait jetés dans des plantations de la terreur du coton, puis enfermés pendant quatre cents ans dans la couleur dite noire de sa peau ; que sa police ait battu des hommes dits noirs dans des rues sous la menace de chiens, il est un moment où il se souvient, le peuple, de la honteuse barbarie de ses actes, et de la philistine infamie de ses leaders.

Qu’il ait fermé ses frontières à l’immensité du monde, et ne regarde plus la rondeur diverse de la planète que comme une terrible menace, il vient toujours ce jour-là où il se rend compte, le peuple, de la marche ratatinée de son histoire, et de l’infamie des pistes de son présent, fait quoi, fait quoi. C’est que tout peuple sait quand il ne mérite pas son histoire.

Je reviens de Washington DC où autour de moi j’ai vu le peuple américain en liesse au nom Barack Hussein Obama, ce nom si symbolique, Barack, si honni jadis aux États-Unis, Hussein, et si proche du banni, Obama, ce nom donc si proche de ces peurs qui auront caractérisé les États-Unis durant huit ans ; Obama, ce nom d’un descendant d’émigrés, et d’un noir, c’est-à-dire portant l’histoire de la colonisation et de l’esclavage dans ses lettres ; ce nom si simple pourtant, Barack Hussein Obama, parce que donné à un fils par son père, parce que nom d’une famille africaine, de familles kenyannes, équato-guinéenes, oui, camerounaises, que le président américain aurait prononcé en se cachant, s’il n’y avait la capacité d’un peuple à reconnaitre l’intelligence quand celle-ci se montre, et à tourner le dos à quatre cent ans d’injustice.

Obama, qui a oublié les menaces jadis à la terre de son prédécesseur, Georges W. Bush, sa volonté de ramener un peuple continental pourtant à son plus petit dénominateur, à sa plus petite superficie, l’ile de Guantanamo Bay ! Or celui-là dont l’arrogance n’avait pas de limite, et qui à la fin de sa carrière, aura dû se plier (seul !) devant les chaussures sur lui jetées par un journaliste irakien, j’ai tout aussi vu le peuple américain réveillé à sa grandeur, pas seulement le répudier, mais le huer quand son avion traversait le ciel de ces deux millions réunis pour accueillir son successeur. Ah, comment l’oublier ? Surtout, comment ne pas penser ici à ces hommes au pouvoir chez nous, qui eux aussi vivent du ronron d’un peuple, ces hommes qui comme au Cameroun font capital d’un peuple ratatiné, d’un peuple mis à genoux, qu’ils croient avoir essentiellement convaincu que la philistinerie est sa condition éternelle, et que le Cameroun c’est le Cameroun !

Il n’est pas d’homme qui puisse trop longtemps se mettre sur le chemin d’un peuple qui se rappelle sa grandeur, quel qu’il soit ! Et ce moment où le peuple reprend finalement possession de sa grandeur est toujours sublime. Ce 20 janvier 2009, le peuple américain aura été sublime. Mais nous savons tous que les Américains n’ont pas le monopole du sublime, loin de là ! Le sublime je ne l’ai d’ailleurs pas vécu pour la première fois au Mall de DC hier, mais il y a dix-huit ans, le 3 octobre 1990 à Berlin, lors de la réunification de l’Allemagne, quand autour de moi dansait pleurait criait le peuple allemand heureux, qui lui aussi avait décidé de s’arracher des divisions imbéciles que des leaders lui avaient imposées, pour se rappeler sa fondamentale unité. Je l’ai vécu tout aussi le 11 février 1990, mais cette fois en direct à la télévision, quand le peuple sud-africain avait finalement épousé sa banale diversité, pour embrasser la totalité de sa population, et libérer de prison Nelson Mandela.

Le sublime est rare, mais il n’est jamais hasardeux. Quand il a lieu, il est historique, car c’est lui aussi qui dans l’histoire avait fait se réveiller le peuple africain à son indépendance, le 6 mars 1957 à Accra, et fonder sa citoyenneté ; et même le peuple français le 14 juillet 1789, c’est le sublime qui lui avait rappelé la totalité de ses classes, et fait incendier la Bastille qui emprisonnait son intelligence. Tout peuple un jour se réveille à sa grandeur, fait quoi, fait quoi. Malheur au leader qui croit pouvoir maintenir le peuple dans l’infamie !

Patrice Nganang, né au Cameroun, est professeur à la State University of New York at Stony-Brook. Dernières publications : L’Afrique répond à Sarkozy – Contre le discours de Dakar (éd. Philippe Rey); Manifeste pour une nouvelle littérature africaine (Homnisphères 2007).

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Réponse de Ti-Malo à Ernest Pépin

Posted by Hervé Moine sur 26 janvier 2009

Je vous soumets ici la réponse du slammeur Ti Malo à l’article de l’Ernest Pépin. Celle-ci trouve sa version créole et sa version française ci-dessous :

On peut trouver cette réponse le site Caribcreole.com

Hervé Moine, Actu Philo

Misyé Pépin,

Jou 21 janvyé 2009, ou maké on teks non ay sé « Quelle leçon tirer de Barack Obama ? ». Dépi sa, teks-la ja fè lantou a Nichtwel toupatou. Pou otan, on pawti a pep Gwadloup touvé woch-la tonbé an jaden a yo, ki fè jodijou, nou désidé réponn vou.

Dépi tan é tan, moun éséyé esploité moun pou fè lajan. Sa ka fèt dot koté, sa ka fèt an Gwadloup osi. On gran nonm kon’w dwè tèt savé, sé wol a on sendika dè prévwa a kondisyon a travayè. Konba sendikal pèwmet patron péyé travayè a woté a travay yo ka fè ; sé sendika ki fè si alèkilé moun ka travay adan lé méri Gwadloup, pé espéré ni on rètrèt. On gran nonm kon’w dwè tèt savé kè menm si sendika ka ni on konsyans politik, a pa wol a sendika dè réfléchi, a on projé politik, sa sé rol a pawti politik.

Mè ou dwètèt sav osi, si a pa té sendika ki té goumé pou Konsey Jénéral té achté tè agrikol, pa té ké rété hak tè pou Gwadloupéyen. E sé davwa tè agrikol té an men a Konsey Jénéral – ola vou menm ka travay- , pep gwadloupéyen té pé di non a on projé a gwo lotel ki té pou fèt Marigalant ni twa-kat lanné dè sa.

Pou on mon kon vou yo bay jéré kilti pou péyi Gwadloup, lésé moun a kwè kè kilti an nou ka vin tradisyon a pa senplèman on bétiz sé on méchansté.
Es sé tann ou pa tann travay a moun kon Laviso, kon group Kimbol, kon François Ladrezau, ka eséyé poté on dot biten adan mizik an nou ? Es sé suiv ou pa suiv, Kamodjaka oben Léna Blou ka prévwa pou fè an sot kè dansé gwo ka an awmoni épi jan nou ka viv jodla pito ki resté pri adan dé model pa, ki té ka montré on vi ki pa tan nou anko ? Es sé gouté yo pa ba’w gouté manjé a on paké restoran ka mélanjé pwodui péyi an nou épi dot biten pou touvé on dot larel ? Es sé vwè ou pa vwè pep Gwadloup, pran konsyans ni dé moun ki té la avan’y é ki fè’y divini sa i divini, ki donk ni potré a Inyas, Delgrès, Gerty Archimède an péyi la ? Es sé sav ou pa sav, kè moun ki kay an lékol a « Yo pou nou sé » mandé a poté on kontribisyon pou lékol-la kontinyé, on lékol ola moun ka aprann istwa a péyi Gwadloup ? Es sé o kouran ou pa o kouran, lè LEAD ka prévwa, ka réfléchi an ki jan nou pé fè on méyè ékonomi ? Es ou pa tann kè agrikiltè ka owganizé yo pou transfowmé manjé ki ka soti an tè ?
Es a pa wol a vou, responsab a kilti a péyi-la, dè poté sèkou é asistans a dé owganizasyon kon sa ? Ba yo on koudmen pou touvé solisyon, touvé lajan si bèzwen, pou rédé yo ay pi lwen adan konba a yo ? Ka ou ka fè pou sa misyé Pépin ?

Ou ka pléré zyé aw sek : pa ni jounal ka konsyantizé. Wadi ou pa dwèt ka achté jounal dépi on ti moman. Pas dapré mwen, « Progres Social » po ko mò, « Le patriote » ka egzisté, é « Le Mika Déchainé » pa ka moli. E si yo pon yonn pa ka plèw, ka ki ka anpéché’w fè on jounal ?

Kant a di kè « kreyol ka foukan » la, an ka touvé ou kay two fò. Davwa pano a komin Gwadloup pi an pi maké an kréyol alè, télé ka fèt an kréyol alè, banndésiné ka fèt an kréyol, liv ka fèt an kréyol. Mè pétet a pa kreyol pou’w. Pétet kreyol-la sa pa asé on kreyol pou’w. Pétèt fodré ou té montré nou ka ki kreyol. Mè o kréyol aw misyé Pépin ?

Pou’w pé maké, nou sé on pep ki konnèt yenki kilti-wélélé, ou pa gè ka soti non plis dépi on ti moman. Ou pa dwet té adan swaré a ripaj poétik Konsey Jénéral owganizé an 2007 an bitasyon La Ramée. Davwa ou té ké tann jan jenn Gwadloupéyen kon Silansieu é I’Mann sa sèvi épi lang kreyol pou jété ou kou zyé si nou menm, propozé on dot chimen, on dot jan pou nou viv ansanm. Ou pa dwèt té ni tan pou ay L’Artchipel lanné pasé, gadé travay a Kolektif C Nou Menm, ki ka sèvi épi vidéo pou fè nou gadé nou nou-menm an nou, ki an menm dè tan ka vwoyé on limyè artistik asi on pawti a istwa a péyi an nou. Pétèt ou ka fè pawti dé moun ki ka kwè rap a pa mizik, hip-hop a pa kilti, ki fè ou pa ka pran an konsidérasyon kontribisyon a dé moun kon Afroo, kon Tysmé ki pa senplèman ni istil, mè ki ni on lidé a Péyi-la yo ka défann.

Pétet sé vré aw : nou pa bon patron, nou pa bon mari, nou pa bon fanm, nou pa bon travayè. Pétet sé vré aw, nou pa bon moun. Mè sa sé pou lenstan ! Piti a piti, ti pilo pa ti pilo, ni dé moun ka poté gad, ka fè atansyon a byen jéré lantoupriz a yo, ni dé mari ki pa ka rantré adan mès a ba lari chenn tou lon jouné. Ni dé fanm ki ka poté gad a pa lévé zanfan a yo kon kok gyenm !
Pétet sé vré, nou pa bon moun. Mè nou sé moun. Moun ka éséyé fè Pep a yo é Péyi a yo vansé. E si vou ou ka santi ou pé pa, si pep-la tro red ba’w, si péyi-la two konpliké ba’w, tanpisouplé misyé an mwen, mété’w a koté. Oben vin avè nou.

Version Française


Monsieur Pépin,

Le 21 janvier 2009, vous publiiez un texte intitulé « Quelle leçon tirer de Barack Obama ? ». Depuis, ce texte a fait le tour du web. Cependant, une partie du peuple Guadeloupéen considère votre texte comme une provocation et a décidé de vous répondre.

Depuis des lustres, des hommes ont essayé d’en exploiter d’autres pour le profit. Cela se produit ailleurs, cela se produit en Guadeloupe également. Un homme de votre stature sait à coup sur, que c’est le rôle des syndicats de défendre les intérêts des travailleurs. Le combat syndical a permis à de nombreux travailleurs de recevoir le salaire qu’ils méritent pour le travail qu’ils fournissent. Ce sont les syndicalistes de Guadeloupe qui ont obtenu la reconnaissance et la titularisation de bon nombre d’employés de Mairie qui peuvent aujourd’hui espérer toucher une retraite. Un homme de votre stature, sait que même si les syndicats on bien souvent une conscience politique, il n’est pas dans leur attribution de réfléchir a un projet politique, c’est celui des partis politiques.

Mais vous ne pouvez ignorer, que si ce n’était le combat syndical, le Conseil Général ne serait sans doute pas en possession de terres agricoles dont il ne resterait aujourd’hui plus rien. Et c’est parce que c’est terres agricoles sont aux mains du Conseil Général – ou vous travaillez – qu’un projet hôtelier n’a pas pu amputer Marie-Galante de ses meilleures terres.

De la part d’un des responsables de la Culture en Guadeloupe tel que vous, laisser croire que notre culture se mue en tradition n’est pas simplement une bêtise, c’est une iniquité.
N’avez-vous donc pas entendu le travail de Laviso, du groupe Kimbol, de François Ladrezau qui s’efforcent d’apporter autre chose à notre musique ? N’avez-vous donc pas été informé que Kamodjaka et Léna Blou proposent des pas de danse inédits, plus en accord avec notre vie d’aujourd’hui, plutôt que de rester sclérosés dans des pas qui représentent une réalité que nous ne vivons plus ? N’avez-vous donc pas goûté à la nouvelle cuisine créole issue de la rencontre entre notre tradition culinaire et les saveurs venues d’ailleurs ? N’avez-vous donc pas vu le peuple Guadeloupéen prendre conscience de la nécessité d’honorer ses ancêtres et placer des statues d’Ignace, de Delgrès et de Gerty Archimede dans le pays ? Ne savez-vous donc pas que les éleves de l’école « a Yo té pou nou sé » ont insisté pour apporter une contribution financière au fonctionnement de cette école, où l’on peut apprendre l’histoire de la Guadeloupe ? N’êtes vous donc pas au courant que le LEAD, Laboratoire d’Economie Appliquée au Développement, réfléchi a des alternatives économiques pour la Guadeloupe ? N’avez-vous pas été informé que les agriculteurs se sont regroupés au sein d’une organisation visant à mettre en œuvre l’agro-transformation ?
N’est-ce pas votre rôle, en tant qu’un des responsables de la culture dans notre pays, de leur porter assistance, financement si besoin, pour les aider dans leur démarche ? Que faites vous monsieur Pépin ?

Vous vous lamentez qu’il n’y pas de presse capable de conscientiser. Sans doute n’avez pas été en kiosque depuis longtemps. Car, que je sache, « Le Progrès Social » parait encore, « le patriote » est publié et « le Mika déchaîné » est loin d’être complaisant. Et si aucun de ces journaux ne vous convient, qu’est-ce qui vous empêche de proposer autre chose ?

Quant à dire que « le créole fout le camp », rien de plus exagéré. Car de plus en plus de panneaux de signalisation sont en créole de nos jours, le créole est à la télévision, en bande dessinés et dans des livres. Mais peut-être est-ce insuffisant pour vous ? Peut-être qu’il faudrait nous monter ce qu’est le créole. Et où est donc votre créole, monsieur Pépin ?

Pour vous permette d’écrire que notre notion de culture se résume au divertissement, c’est que vous ne devez pas non plus sortir très souvent. Vous avez certainement raté la soirée slam organisée par le Conseil Général en 2007 à l’habitation La Ramée. Vous y auriez entendu des jeunes Guadeloupéens comme Silansieu et I’Mann qui savent se servir de la langue créole pour jeter un regard sur nous-mêmes, proposer un autre chemin, une autre façon de vivre ensemble. Vous n’avez sans doute pas eu le temps de vous rendre a l’Artchipel assister aux représentations du collectif « C Nou menm » qui utilise la vidéo pour nous pousser à l’introspection tout en portant un éclairage artistique sur une partie oubliée de notre histoire. Peut-être faites-vous partie de ceux qui considèrent que le rap n’est pas de la musique, et que le hip-hop n’est pas de la culture. Auquel cas, vous passez a coté de la contribution d’artistes tels Afroo ou Tysmé qui ne se contentent pas d’avoir du style, mais qui défendent chacun a leur manière, une certaine idée du pays.

Peut-être avez-vous raison : nous ne sommes pas de bons patrons, nous ne sommes pas de bon maris, pas de bonnes épouses, pas de bon travailleurs. Mais rien la de définitif ! Petit à petit, certains d’entre nous font attention a bien gérer leur entreprise, attention a se rendre disponible pour leur famille, à bien élever leurs enfants.
Peut-être avez-vous raison ; nous ne sommes pas un bon peuple. Mais nous sommes un peuple. Des hommes et des femmes qui veulent avancer et progresser ensemble. Et si vous être trop las pour porter votre contribution, si notre peuple est trop têtu pour vous, si notre pays est trop complexe pour vous, retirez-vous. Sinon, venez donc nous rejoindre.

Pour signer cette lettre ouverte, suivez ce lien.

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Quelle leçon tirer de Barack Obama ?’ par Ernest Pépin

Posted by Hervé Moine sur 24 janvier 2009

Ernest Pépin

Je soumets, sur Actu Philo cet article de l’écrivain Ernest Pépin, que j’ai trouver sur Africultures et qui a été publié également sur Carib Créole One. Intitulé « Quelle leçon tirer de Barack Obama ? «  cet article ne peut manquer de faire réagir. En effet, partant de l’événement à portée mondiale « Barack Obama, président des Etats-Unis », et en le rapportant à la Guadeloupe et aux Guadeloupéens, Ernest Pépin, par son interrogation, réfléchit et nous fait réfléchir sur fond d’un mouvement social qui s’enracine sur notre île.

Ernest Pépin a parlé de la publication de cet article aux actualités de RFO en évoquant surtout l’idée essentielle qu’il faut à la Guadeloupe un réel projet.

Qu’est-ce que l’article d’Ernest Pépin donne à penser ?

N’hésitez pas à communiquer le fruit de votre réflexion et d’entamer pourquoi le dialogue sur le sujet.

Hervé Moine, enseignant, professeur de philosophie.

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