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Archive for février 2009

Un travail intellectuel utile et salutaire

Posted by Hervé Moine sur 26 février 2009

Horace "Sapere aude !" Ose te servir de ton entendement !

Horace "Sapere aude !" Ose te servir de ton entendement !

Je vous propose cet article qui me parait aussi intéressant que pertinent. Il s’agit d’une lettre destinée aux étudiants de la Faculté de Saint-Claude que le directeur adjoint de Monsieur J.P Sainton, responsable de la filière Histoire et directeur de la Faculté de Lettres et Sciences Humaines de Saint-Claude. Ce texte est paru sur CaribCréol1, sous ce titre : « Lettre à des étudiants inquiets ».

Même si vous êtes lycéens, vous pouvez néanmoins prendre cette lettre à votre compte. Vous pouvez en effet reprendre chacun des points évoqués par Monsieur Sainton et vous poser cette question : qu’est ce que cela donne à penser?

Il y a moyen de préparer un examen tel que le baccalauréat pendant ces évènements que nous vivons actuellement en en faisant quelque chose de positif. Il y a de quoi en effet de préparer l’examen en histoire géographie, en sciences économiques et sociales en philosophie, en littérature…

Sans remettre en cause la position à laquelle vous adhérez et peut-être même pour laquelle vous militez, il peut être utile de rappeler qu’une attitude simplement passive ou réactive ne peut donner lieu à une évolution de l’esprit qui vise son autonomie. Suivre sans réfléchir ce n’est pas faire confiance c’est se laisser diriger par l’instinct grégaire. L’adhésion et la militantisme doivent avoir des fondements solides, cultivés et réfléchis.

Autrement dit, il y a une attitude à adopter par delà l’attitude partisane d’un côté ou d’un autre, un travail de recherche, de réflexion dans différents domaines peut donc être tout à fait bénéfique pour vous. Cette attitude en aucun cas est en contradiction avec celui que devrait faire tout citoyen, tout être autonome en pensée, libre intellectuellement.

Je vous avais déjà préalablement soumis quelques articles dans ce même état d’esprit. L’article ci-dessous proposé peut permettre de poursuivre ce  travail intellectuel indispensable, ou, à défaut, d’en constituer une bonne base, un bon point de départ.

Pour finir, juste cette célèbre et ancienne formule d’Horace, reprise au XVIIIème siècle, pour devenir la devise des Lumières : « Sapere aude ! » Aie le courage de te servir de ton entendement.

N’hésitez pas à intervenir.

Hervé Moine

Lettre à des étudiants inquiets

Après un mois sans cours, je comprends très bien que vous soyez perturbés dans l’organisation de votre vie étudiante et inquiète pour la qualité et la validité de votre année. C’est normal.
Mais il est aussi de votre responsabilité de jeunes de prendre pleinement la mesure de la situation.
Et d’abord, de ne pas perdre de vue le plan de la société toute entière : ce sont plusieurs milliers de jeunes Guadeloupéens scolarisés, dont beaucoup en préparation d’examens de fins de cycle ou de concours qui sont dans le même cas que vous. Ce sont plusieurs milliers d’adultes du secteur privé ou public qui subissent les effets du mouvement général non seulement dans leur organisation de vie et de travail mais aussi dans leurs revenus ; ce sont enfin des dizaines de milliers de travailleurs de tous secteurs qui ont accepté depuis 5 semaines non seulement de sortir du train-train quotidien et de perdre leurs salaires et peut être leur emploi, mais encore de donner pleinement, sans retenue, et sans égoïsme, leur temps, leur énergie, et pour beaucoup leur sécurité, (voire leur vie) afin que précisément les fondements de la vie et de la relation sociale soient enfin changés en Guadeloupe. Cette prise en compte entraine l’exigence morale du principe de solidarité sociale.

Vous êtes étudiants, en Histoire, en Lettres, en Sciences Humaines, en « Humanités » …
Vous avez intégré dans vos propres valeurs celles de l’amour de la vérité et de la justice, du beau, du juste droit, de la solidarité humaine, de l’harmonie sociale, du dessein politique voulant que « les hommes vivent comme il sied aux hommes de vivre », toutes idées, dessinées à leur genèse comme idées perturbatrices, et folles utopies inaccessibles.
Or vous étudiez dans les faits institués, dans les progrès sociétaux et la littérature, la substance même du progrès humain, de la fulgurance des idées, comme les résultats des grandes mobilisations sociétales et des grands engagements du passé.
Vous êtes donc intellectuellement aptes à prendre la mesure de ce qui se passe aujourd’hui en Guadeloupe. Il s’agit bien d’une révolution comme celles que vous étudiez dans les livres d’histoire …mais à la mesure de la géographie, de l’histoire, de ce peuple. Que le mot ne vous effraie ! Il est des révolutions dures, violentes, cruelles, sanglantes, … hélas ! … Il en est de pacifiques mais de fortes qui s’expriment d’abord par la volonté, la détermination exprimée et massive de changement radical de l’ordre imposé. Vous vous extasiez comme tout le monde sur l’évolution pacifique américaine qui porta le 20 janvier, jour même du début de la grève générale de Guadeloupe, Barack Obama. Yes, we can …
C’est très bien, mais penchez-vous sur un épisode, un seul petit épisode dans le flux de faits qui ont produit l’histoire récente des Etats-Unis.

[ … En 1955, Rosa PARKS, une couturière noire (en fait mulâtresse, mais ce détail n’avait aucune importance dans l’Amérique ségrégée d’alors), épuisée par une journée de travail, refuse par un acte individuel d’insoumission de céder la place où elle est assise à un Blanc comme l’exige la règle établie, (la loi ségrégationniste réservait l’avant des bus aux Blancs et l’arrière aux Noirs mais s’il n’y avait plus de places assise libres à l’avant, l’usage voulait que les Blancs entrant dans le bus passent à l’arrière et que les Noirs déjà assis se lèvent pour leur céder la place). Rosa PARKS est expulsée du bus et emprisonnée pour incitation à la rébellion ; le pasteur Martin Luther KING et la NAACP s’emparent de l’affaire et organisent le boycott des bus de Montgomery. Pendant 1 an et un mois, les Noirs marcheront à pied, organiseront des co-voiturages, des transports parallèles sans licence : au bout de quelques semaines, les compagnies de bus ségrégées baissèrent leurs tarifs, remirent à neuf leurs sièges arrières, longèrent les files de travailleurs qui se rendaient à pied à leur travail pour les inviter à monter. Des pressions furent faites, des centaines de gens perdirent leurs emplois, des dizaines furent mystérieusement agressées et battues ; certains leaders furent liquidés, d’autres emprisonnés sous divers prétextes, etc… la déségrégation des bus fut arrachée en 1956 et ce fut l’enclenchement du processus d’égalité des droits civiques, formellement proclamés dix ans plus tard. Barack OBAMA n’était pas né en 1955 mais Rosa PARKS n’est morte qu’en 2005 ! …] -fin de l’aparté historique-

La mobilisation des Noirs de l’Alabama fut une vraie révolution. Elle illustre le fait que ce sont aussi (d’aucuns diraient surtout mais ceci peut faire l’objet de débats) les révolutions qui provoquent les évolutions sociales. Donc la révolution, quelle qu’elle soit, est tout le contraire de la « normalité » ; c’est d’une sortie du quotidien qu’il s’agit, d’une contestation subversive de l’existant. On peut parfois en contester l’utilité et la pertinence, on peut en critiquer les formes ou en nuancer la portée (cela aussi peut constituer un objet de débat contradictoire) mais le fait d’un bouleversement radical de l’ordre existant s’impose à la réalité comme à l’esprit.
Il vous appartient donc de vous y adapter, si vous ne l’avez déjà fait.
Vous êtes libres, comme chacun, de participer au mouvement en cours, de ne pas y participer, voire de vous en démarquer ; là est la vraie liberté individuelle, la liberté de conscience (celle, inaliénable qu’écrivit Spinoza, et qui fut proclamée lors de la Révolution française, celle que prit Rosa Parks qui la décida de ne pas se conformer à un état de chose inique) mais, en tous cas, placez-vous à la hauteur de l’événement historique, particulièrement en tant que jeunes étudiants, héritiers du savoir et dépositaires, non seulement de votre avenir personnel mais aussi du progrès intellectuel collectif de notre société.

Des moments comme celui que nous vivons actuellement en Guadeloupe peuvent abattre et désorienter. Mais ils recèlent aussi le pouvoir de nous offrir un extraordinaire défi personnel et collectif qui nous permet de dépasser nos capacités ordinaires et de nous transcender. Ceci est aussi valable dans les études. Cela signifie que vous devez vous prendre en charge, sans complexe, sans peurs, en pleine indépendance personnelle. Sachez aussi que plus rien en Guadeloupe ne sera comme avant quel que soit ce qu’il advient des prochains jours. Il vous appartient de vous préparer aux lendemains de crise, à partir de l’aujourd’hui et non comme dans le train-train d’hier. C’est aussi cela la responsabilité des jeunes !

Vous savez, en réalité, ce que vous avez à faire dans l’immédiat, surtout les plus anciens, qui peuvent à leur tour conseiller les plus novices. Les conditions de la grève générale ne permettent pas que Bibliothèques universitaires puissent ouvrir ; en revanche internet vous permet l’accès non seulement à la plate-forme de l’université (vous pouvez déjà avancer dans les UEC) mais aussi à la connaissance qui serait dans vos cours.
Le rôle de vos enseignants est de vous accompagner. Ils le savent. Ils ont les supports techniques pour le faire d’ores et déjà ; chacun le fera, en son âme et conscience, à la mesure de ses propres organisations et dans les formes qu’il jugera compatibles avec les exigences universitaires au niveau de chacune des disciplines enseignées.
La situation est certainement sérieuse mais il n’y a pas lieu de sombrer dans le catastrophisme. Au niveau de l’institution, toutes les dispositions seront prises en termes de modification de calendriers de cours et de TD et de calendriers d’évaluation.
A crise, gestion de crise et solutions de crise ! Dès la sortie de crise et la reprise, que nous pouvons souhaiter proche, il sera de la responsabilité de l’administration et des enseignants d’organiser le second semestre dans les conditions héritées de la grève, avec pragmatisme, réalisme, esprit de responsabilité et volonté de ne laisser personne au bord de la route, dès lors que chacun se sera assumé complètement dans la charge de travail qui lui incombe.

J.P Sainton, responsable de la filière Histoire du DPLSH, directeur adjoint du DPLSH / Fac de Lettres et Sciences Humaines

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« En finir avec la surdité des nationalismes, et rendre possible l’humanité »

Posted by Hervé Moine sur 22 février 2009

Je vous soumets cet article « Allons enfants de la patrie ! » co-écrit par deux collègues, professeur de philosophie de Martinique, Elodie Quidal et Marlène Parize, lesquelles j’adresse tous mes remerciements pour m’avoir autorisée la publication de cette article qui est une contribution destinée à poursuivre notre réflexion sur le mouvement actuel qui secoue la Guadeloupe en particulier mais également les Antilles françaises, la Guyane, le Réunion.

Hervé Moine

Allons enfants de la patrie !

Une crise sociale ébranle la Guadeloupe et se répand comme une traînée de poudre en Martinique et bientôt en Guyane et en réunion. Les Outre-mer s’enflamment et se mobilisent avec un mot d’ordre partagé, une exigence clamée, « l’augmentation du pouvoir d’achat », le pouvoir de vivre, de se nourrir, de s’éduquer, de se soigner, de se loger, de travailler…

Face à ces exigences et aux désordres qu’ils entraînent le gouvernement représenté par le Secrétaire d’Etat à l’Outre-mer Yves JEGO explique lors d’une interview (le 12/02/2009 sur Europe 1) que cette crise est « « une crise de société, de remise en cause du modèle de fonctionnement des Antilles. » Nous voilà face à un Président qui intervenant sur la crise sociale en France (Emission « Face à la crise ») ne dit pas un mot des mouvements qui immobilisent depuis des semaines les Antilles ; et un Ministre qui nous dévoile lors de cette interview du 12 la stratégie du gouvernement : enfermer cette mobilisation sociale dans le contexte créole, et présenter l’Etat comme un pouvoir neutre plein de bonne volonté.

Pourtant le citoyen Nicolas SARKOZY voulant devenir le Président Nicolas SARKOZY avait fait de « l’augmentation du pouvoir d’achat » le grand enjeu de sa campagne électorale. Il semblait alors qu’à ses yeux la première préoccupation des Français était de pouvoir vivre dignement. Et aujourd’hui son gouvernement voudrait convaincre un seul citoyen français que finalement ce n’est qu’un « souci créole » ? L’appauvrissement des français n’aurait-il été qu’un tremplin pour que certains accèdent au pouvoir, et que d’autres, récupérant ces slogans politiques nous arrosent de campagnes publicitaires. Le cynisme des pouvoirs est manifeste.

La question du pouvoir d’achat qui est soulevée en Guadeloupe et en Martinique n’est pas une question régionale, communautaire ou raciale, elle est nationale et mondiale. Les revendications Antillaises sont légales et légitimes et chacun de nous, dans chaque région de France devrait les relayer, afin qu’elles parviennent au cerveau de notre Président élu démocratiquement.

Certains ne verront dans cette analyse que les humeurs de personnes de culture créole que « le cartésianisme métropolitain » a bien du mal à comprendre 1. Alors rappelons que ces régions, départements français depuis 1946, et françaises depuis 4 siècles sont administrées par l’Etat ; et que donc il est inacceptable que l’Etat se décharge de ses responsabilités en disant que la crise est dû aux disfonctionnements locaux. Rappelons donc, puisque les représentants de l’Etat semblent l’oublier, que l’Etat n’est pas l’Etat d’un ailleurs mais bien l’Etat de la Guadeloupe et de la Martinique. Et que s’il y a encore au XXI° siècle des problèmes propres aux tissus sociaux économiques des Antilles, de la Réunion et de la Guyane il faut que chaque force en présence ait, à commencer par l’Etat, le courage d’assumer sa part de responsabilité. Si « les lois contre les monopoles qui existent »2 ne sont pas appliquées, c’est la faute à qui ? Si « le code du travail qui est le même ici et ailleurs »3 n’est pas respecté, c’est la faute à qui ? Qui est le garant de l’autorité publique et de l’intérêt général ? Qui ? Tous nous avons vu le reportage sur Canal +, « les derniers maîtres de la Martinique » ; et à cette occasion nous avons pu constater que les détenteurs des monopoles, taxés de hors-la-loi par le secrétaire d’Etat à l’outremer, peuvent entrer à l’Elysée sans même présenter leur pièces d’identités, et que par exemple, 50 millions de prêt accordés par l’Etat se transforment en subvention, pour eux, ceux qui ont déjà de l’argent.

L’Elysée : La maison de la République ! La maison de notre République. Là ce n’est pas « un blanc » qui entre comme il veut où il veut, c’est Monsieur 119ème fortune de France qui entre comme il veut dans la maison du peuple, alors que le peuple lui-même quel que soit sa couleur de peau n’a pas le droit de passer sur le trottoir d’en face sans montrer « patte blanche ». Ce n’est pas un problème de race qui se joue là, c’est bien un problème de classe.

Le lieu d’où part la grogne n’est pas qu’un accident. Elle part des seuls endroits de France où est demeurée la même oligarchie4 financière depuis 4 siècles ; Les seuls endroits où des familles visibles par leur singulière politique de reproduction raciste, jamais inquiétées par un Etat bienveillant, ont pu continuer à se répandre et à répandre leur venin. De quel venin parlons-nous ? «… De la coalition de toutes les volontés de la toute-puissance, de ce désir humain sans limite d’accroître son pouvoir…« qui continue à imposer sa logique au monde.»5

Non, les Antillais ne sont pas enfermés dans une réalité du XIXème siècle Monsieur le secrétaire d’Etat. Même si « L’histoire semble comme un fardeau pesant, bien trop pesant. Nous avons bien du mal à la mettre à distance, à nous défaire quelque peu d’elle pour retrouver le pouvoir de faire ; elle semble avoir pris le pouvoir sur nous. Mais malgré la prétention du « a été », nous savons, dans notre for intérieur, que notre être ne se confond pas avec lui, et que ce qui nous fait, c’est ce que nous portons comme potentialité, notre projet, notre « ouvertude ». Dès lors il nous faut ressaisir en nous même ce que nous avons amené à l’existence. Nous devons prendre conscience, et tenter de trouver le sens. »6

Trouver le sens doit être notre exigence, celle de tous les Français car la société et la pensée moderne ne peuvent faire « l’impasse sur les conditions de leur naissance, et les matériaux qui les ont faites. Il est peut être venu le temps où l’Homme moderne quelque soit son continent prenne conscience que son être résulte d’une histoire commune, l’histoire coloniale. Oui la période coloniale fait partie de ces grandes périodes historiques fondatrices de l’humanité. L’Homme livré à lui-même ne peut continuer à se fuir lui-même. Il a à être les possibilités qu’il a ouvertes ; penser et vivre le monde auquel il a donné naissance. »7 Car oui comme le souligne le secrétaire d’Etat lors du grand journal de Canal+ le 13 février «l’histoire nous remonte à la figure ».

Alors nous savons au fond de nous-mêmes que nous devons refuser toutes formes anciennes ou récentes de la volonté de la toute puissance financière. Et si la clameur se fait entendre d’abord aux Antilles, c’est parce que oui il y a une crise de société, oui il y a crise d’un « modèle de fonctionnement » ; mais Monsieur le Secrétaire d’Etat ce n’est pas que celui des Antilles, c’est celui qui s’est répandu dans toute la France et dans le Monde, et qui aux Antilles, en Guyane et à la Réunion a connu une situation confortable grâce à la compromission du pouvoir politique. Si cette revendication vient d’abord des français d’Amérique, c’est parce que notre particularisme géographique nous obligeait à nous serrer la ceinture depuis longtemps déjà (minima sociaux inférieurs à la métropole, alors que le prix des marchandises, des médicaments, des transports y est supérieur de 30 à 400 % voir au-delà), mais depuis la crise on nous demande de nous étrangler avec cette ceinture ; nous disons alors : non. Non à l’ultralibéralisme, pour que disparaissent les odieux privilèges que s’octroie le monde de la finance, et pour que par la suite disparaissent les travailleurs pauvres. De la même façon que le monarque de droit divin Louis XVI se transforme après la révolution de 1789 en citoyen Louis Capet, il va falloir que le Président Sarkozy après la grève des Antilles, après la grève générale se rappelle qu’il est avant tout le citoyen Nicolas Sarkozy au service du peuple français. D’ici nous proclamons l’unité de la souffrance et de la révolte de tous les travailleurs de toutes les régions de France, sur toute la surface de la Terre. Oui comme en 1789 les habitants de Champagney proclamaient l’unité de la souffrance en disant « ne pouvoir penser aux maux que souffrent les nègres dans les colonies, sans avoir le cœur pénétré de la plus vive douleur, en se représentant leurs semblables … être traités plus durement que ne le sont les bêtes de somme. », nous proclamons que l’urgence guadeloupéenne est une urgence française , celle de soigner, de loger, de nourrir et d’éduquer nos enfants. Nos revendications au final sont les mêmes : à savoir que l’ultralibéralisme a trouvé ses limites et qu’il nous faut passer à autre chose, car il gangrène notre pays et la planète toute entière. Il nous faut nous français, arrêter absolument ce tourbillon oligarchique dans lequel ce président nous entraine ; il est impératif que les citoyens français tous ensembles réhabilitent la démocratie et la république telle qu’elles nous sont enseignées.

Pour cela il est primordial que les caissières de carrefour de Guadeloupe et de Sarcelle, les profs de ZEP de la Réunion et de Lille…, les ouvriers agricoles de Martinique et de Bourgogne…., les marins-pécheurs de Guadeloupe et de Brest…., les postiers de Cayenne et de Bergues…, les artisans de l’île d’Oléron et de la Creuse, les employés de mairie de Paris et de Trifouillis les Oies…, les étudiants de Montpellier et de Nice…, les gardiens de prison de Marseille et de Fresnes, les universitaires se dressent épaules contre épaules pour renier l’antique maléfice des tabous du sang. Car ce qui nous sépare, le climat, l’étendue, l’espace, les mers crée t-il une dissemblance inexorable ? Il faut que les citoyens rassemblent leurs forces écartelées par la ruse de nos politiques, pour former une seule masse de citoyens mécontents. Nous voulons que chaque français, de la façon la plus pacifique, protège le bien commun que l’ultralibéralisme met en péril chaque jour.

De quoi nous nous réclamons ? Et quelle est notre patrie ?

La France à laquelle nous aspirons n’est pas la nation française ethnocentriste, pensée selon le modèle hégémonique de l’Etat-nation et conduite pas la volonté de la toute puissance. Non notre France est une république transcontinentale, qui certes, de la première à la cinquième république avança en trébuchant, mais qui est le seul horizon dégagé pour notre monde moderne à l’identité transversale.

Il s’agit de lancer un appel au patriotisme constitutionnel, à un engagement au-delà des cultures, des ethnies, des classes, qui consiste à vouloir ce qu’il y a de meilleur pour le plus grand nombre et l’application de la même loi pour tous. Nous voudrions faire en sorte que nous les citoyens de France dépassant nos particularismes régionaux érigions les lois de notre constitution qui protège les personnes. Car face à la mondialisation de la bourse et des finances, seule une société civile mobilisée à l’échelle mondiale changera ces données politiques et établira un véritable cosmopolitisme.

Où que nous soyons, nous savons (car nous l’avons appris) que le soleil ne se couche jamais sur la France : quand il est minuit à Paris il est midi en Nouvelle Calédonie, quand il est treize heure en région Pacca il est huit heures en Guadeloupe, quand il fait déjà nuit à la Réunion et Ajaccio le soleil brille encore à Fort de France et à Maripasoula. Autrement dit le soleil ne se couche jamais sur la république française et donc sur la conscience citoyenne et démocratique des français.

Cependant les peuples de France, les peuples de cette nation sur laquelle le soleil ne se couche jamais, seront-ils assez sensibles à la démocratie ? Le peuple des Frances aura-t-il envie de réellement changer les choses ? Ou bien va-t-il laisser les Antilles s’enliser seules dans un conflit dont la teneur est en réalité mondiale ?

Nicolas Sarkozy et son gouvernement vont-ils réussir à enfermer les événements des Antilles dans une question créole à régler à l’échelle créole ? Et dès lors verra-t-on naître un mariage entre les nationalismes antillais prêts à tout pour l’idéologie et l’ultralibéralisme de Sarkozy qui n’entendant rien à l’idée de République continue à diviser la France ?

Mais le gouvernement devrait savoir qu’ « Un lieu, si modeste soit il, peut être un oracle8 ; un lieu peut être sacré car porteur de sens. A l’heure des grandes pénuries, il y a des lieux fertiles, pleins de ressources subtiles ; telle Athènes, « ce point lumineux de l’histoire »9. Ce qui fait la grandeur de ces lieux c’est bien sûr ce qui s’y vit, mais c’est surtout ce qui s’y crée. Mais le premier regard sur ces lieux-oracles ne révèle pas nécessairement leur nature, car ils sont toujours des lieux de grande contradiction. Les rapports n’y sont pas pacifiés et simplifiés ; non, ce sont les lieux des prémisses. On y trouve donc les forces « traditionalistes » résistant aux premiers élans annonciateurs. C’est bien Athènes qui mit à mort Socrate. Ce sont donc des lieux de conflits et de promesses … Les foyers créoles, ces lieux-creusets sont, comme oracles, le coeur même de la France…

Ainsi oracles de l’âge moderne, les foyers-créoles augurent le monde culturel avenir et un nouveau genre d’Homme, l’Homme trans. Leur destin est, comme le laissent entrevoir les conditions de leur naissance, celui de toute l’humanité. Mais il faut maintenant un destin politique à la hauteur de ce destin culturel singulier.

Comprendre ce qu’exigent politiquement ces lieux-creusets, c’est en finir avec la

surdité des nationalismes, et rendre possible l’humanité. »10

Elodie QUIDAL née en Guadeloupe, Professeur de Philosophie au Lycée Frantz

Fanon en Martinique diplômée à l’Université Paris IV.

Marlène PARIZE née en Guadeloupe, Professeur de Philosophie au Lycée Joseph

Zobel en Martinique diplômée à l’Université Grenoble II, Auteur de La part de

l’autre – De la maïeutique créole chez L’Harmattan.

1 Propos d’Yves JEGO le 12/02/09 sur Europe 1 expliquant la difficulté de sa tâche de médiateur entre

les Antilles et l’Etat : « on a deux chocs culturels, on a le cartésianisme métropolitain et puis on a la

culture ici créole qui est tout à fait particulière. »

Cartésianisme : pensée et attitude claires, précises, logiques, rigoureuses, méthodiques…

Les mouvements de masse créoles seraient donc obscurs et désordonnés , contrairement aux grèves à

Paris, à Marseille, en Corse, en Bretagne…

2 Propos d’Yves JEGO le 12/02/09 sur Europe 1.

3 Propos d’Yves JEGO le 12/02/09 sur Europe 1.

4 Oligarchie : régime politique dans lequel la souveraineté appartient à un petit groupe de personne, à

une classe restreinte et privilégiée.

5 Marlène PARIZE, La part de l’autre – De la maïeutique créole , Editions l’Harmattan, 2008, p.23.

6 Marlène PARIZE, La part de l’autre – De la maïeutique créole , Editions l’Harmattan, 2008, p.70.

7 Marlène PARIZE, La part de l’autre – De la maïeutique créole , Editions l’Harmattan, 2008, p.13.8 Divination, prophétie.

9 Hegel, Leçons sur la philosophie de l’histoire, traduit par J. Gibelin, Vrin, Paris, 1945, p. 135.

10 Marlène PARIZE, La part de l’autre – De la maïeutique créole , Editions l’Harmattan, 2008, p.70.

P.76.

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La liberté n’est-elle qu’une illusion ?

Posted by Hervé Moine sur 20 février 2009

Correction du devoir

Je vous propose çi-dessous, en guise de correction de la dissertation sur le sujet « la liberté n’est-elle qu’une illusion? », une démarche détaillée. L’introduction et la conclusion sont entièrement rédigées. Le développement quant à lui demande à être approfondi. Je rappelle que les titres que je donne ici sont à titre indicatif et ne doivent aucunement se retrouver dans la forme définitive du devoir. Cette remarque qui semble aller de soi mérite d’être faite, car on retrouve trop fréquemment cette erreur.

Sujet : « La liberté n’est-elle qu’une illusion ? »

Introduction

La conscience me donne le sentiment d’être libre. Mais puis-je en déduire qu’elle me démontre que je suis réellement libre ? Non répond le déterminisme : se sentir libre n’est pas être libre. La croyance en notre liberté repose sur une ignorance des causes réelles qui nous font agir. A ce propos, Spinoza affirme dans l’Ethique que « ceux donc qui croient qu’ils parlent ou se taisent ou font quelque action que ce soi,  par un libre décret de l’âme, rêvent les yeux ouverts ». En effet, c’est concevoir l’homme un empire dans un empire », croire naïvement « que l’homme trouble l’ordre de la nature plutôt qu’il ne le suit, qu’il a sur ses propres actions un pouvoir absolu et ne tire que de lui-même sa détermination ».

Ne peut-on pas sauver la liberté contre ce déterminisme ? Comment penser la possibilité de la liberté humaine ? En un mot, La liberté n’est-elle pas une illusion ?

1.       Un fait de conscience : le sentiment immédiat de liberté.

a.       Le sentiment immédiat de la liberté.

Le sentiment d’être libre est un fait de conscience qui paraît irréfutable. Spontanément, je me sens libre de faire ce que je veux comme je l’entends. C’est ce qu’on appelle le libre arbitre. Il consiste en l’idée de la présence dans la conscience d’un pouvoir indéterminé et absolu de vouloir.

Mais n’y a-t-il pas une différence entre spontanément se sentir libre et effectivement être libre ? On comprend dès lors qu’on ne peut reposer l’enjeu de la liberté sur le simple sentiment, qu’on ne peut se contenter de se croire libre.

Est-il possible de faire véritablement l’expérience du libre arbitre ?

b.      L’expérience du choix.

L’expérience du choix est le lieu privilégié où se forme et s’éprouve ce sentiment du libre arbitre. Même si j’ai dû me déterminer dans mon choix, il me semble toujours que j’aurais pu choisir autrement, contre toute raison, contre tout motif, si seulement je l’avais voulu. Pour cette raison, ce libre arbitre peut être appelé liberté d’indifférence.

Mais est-il possible de démontrer ce qui vient d’être affirmé ? Par quoi pourrait-on mieux se prouver le libre arbitre sinon par la démonstration d’un acte sans motif décelable, sans aucune détermination ni intérieure ni extérieure qui puisse en expliquer la production ?

c.       L’acte gratuit (l’exemple de Lafcadio).

Tel est le raisonnement tenu par Lafcadio, un des personnages des Caves du Vatican d’André Gide, qui possédé par l’incertitude de sa liberté, décide de commettre un acte totalement gratuit.

Lafcadio se trouve être dans un train, la nuit, et un vieillard être face à lui, ne se doutant pas de l’expérimentation insensée dont il va faire l’objet : « Qui le verrait, pensait Lafcadio? Là, tout près de ma main, sous cette main, cette double fermeture que je peux faire jouer aisément ; cette porte, qui cédant tout à coup le laisserait crouler en avant ; une petite poussée suffirait … on n’entendrait même pas un cri … Un crime immotivé, quel embarras pour la police! Ce n’est pas tant des événements que j’ai curiosité, que de moi-même ». Et Lafcadio laisse la décision au hasard. « Si je puis compter jusqu’à douze, sans me presser, avant de voir dans la campagne quelque feu », l’homme est sauvé; Il je commence une; deux; trois; quatre; (lentement, lentement) cinq ; six ; sept ; huit ; neuf … dix, un feu ! » Et le crime s’accomplit.

Ainsi, il suffirait de le vouloir pour être libre ; la liberté serait l’essence même de la volonté et serait aussi simple que de vouloir vouloir.

d.      Mais un acte gratuit est-il vraiment possible ?

On peut en douter ! En effet, tout d’abord il est à remarquer que Lafcadio remet sa décision à des signes ce qui signifie que sa décision ne lui appartient pas intégralement, elle est ici déterminée par une extériorité. Lafcadio semble ici pressentir tout le problème d’une volonté qui serait libre arbitre absolu, pure contingence indéterminée : comment ce qui serait purement indéterminé pourrait-il se déterminer? D’où le besoin de signes.  Ensuite, l’absence de motifs qui est l’essentiel de l’expérience ne semble guère évidente. En effet, Lafcadio ne prend-il pas pour une absence de motifs ce qui n’est qu’une ignorance de ces motifs? Et le premier de ces motifs ne serait-il pas le désir même, si fort qu’il va jusqu’au meurtre, de se prouver sa liberté? L’expérience de l’absence de motifs est alors son motif même et, par là, s’annule elle-même.

Tout n’est-il pas nécessairement déterminé, produit par une cause? Ne semble t-il pas que ce ne soit qu’illusoirement que je fais l’expérience de l’indéterminé, simplement par ignorance de la détermination en jeu.

2.       La critique déterministe.

Tout ce que l’individu entreprend doit avoir une cause. Si rien dans la nature n’est sans raison pourquoi l’homme ferait-il exception?

a.       L’illusion anthropocentrique du libre arbitre.

La notion du libre arbitre n’est pas rationnelle, rationnellement elle ne se justifie pas. Elle désobéit au principe de raison qui est ce par quoi le réel nous devient intelligible et pensable. Comme le dit Spinoza, l’homme se croit ainsi un « empire dans l’empire », il s’octroie un privilège de liberté absolue par lequel il s’excepte des lois universelles de la nature sous lesquelles tombent tous les autres êtres et se justifie ainsi de les dominer.

b.      La conscience réfléchie dénonce la liberté.

C’est toujours la conscience immédiate qui me donne le sentiment que je suis libre. Mais la conscience réfléchie, celle qui recherche une connaissance vraie des choses et de leurs mécanismes, ruine progressivement cette prem1ere impression.

La conscience réfléchie nous montre que nous sommes déterminés là où nous nous croyons libres : déterminismes, psychologiques, sociologiques, linguistiques etc. Elle m’apprend en effet que le fonctionnement de l’esprit humain est d’une extrême complexité, et que nous ignorons largement les causes externes et internes qui déterminent effectivement notre comportement. Et c’est parce que (et c’est là que réside l’illusion du libre arbitre) nous n’en avons pas conscience que nous nous croyons libres. Par exemple, je décide d’aller me promener : cette décision m’apparaît comme un acte libre. Pourtant, à y réfléchir, ma décision résulte du concours d’une foule de causes que l’analyse multiplie presque à l’infini : le temps qu’il fait, mes obligations sociales et professionnelles, mon état physiologique etc. ; mais aussi de nombreuses autres causes dont je n’ai nullement conscience. Je crois choisir, mais en réalité mon choix est la résultante nécessaire et inévitable de toutes ces causes.

c.       Le libre arbitre: instrument de notre aliénation.

On le voit, le libre arbitre, loin d’établir la réalité et l’absoluité de notre liberté, se révèle au contraire à nous comme l’effet et l’instrument de notre aliénation. Non seulement, en effet, nous nous trouvons en fait déterminés, mais encore déterminés à ne pas savoir que nous sommes déterminés, et ainsi à l’être d’autant plus sûrement : il n’y a pas d’esclaves plus esclave que celui qui se croit libre.

La conscience immédiate de la liberté n’est en fait qu’une conscience aliénée et aliénante de la liberté. Mais pouvoir penser cette aliénation n’atteste-t-il pas déjà la possibilité d’une certaine liberté?

3.       Peut-on sauver la liberté contre ce déterminisme ?

a.       Le déterminisme se contredit lui-même.

Tout d’abord, il ne suffit pas de dire et d’affirmer que tout est déterminé, il faut encore dire comment, l’intelligence, déterminée comme toute autre chose peut être déterminée à le dire. Ainsi se contredit le déterminisme : l’explication déterministe ne peut s’expliquer elle même de façon déterministe.

Ensuite, poser le déterminisme pour l’esprit, c’est par là se mettre à distance de lui, s’en distinguer, s’attester comme libre. En ce sens, Lagneau affirme: « pour que la nécessité soit reconnue, il faut que nous considérions que nous sommes distincts de cette nécessité, c’est-à-dire que nous sommes libres ».

Enfin, l’activité technique par laquelle l’homme utilise le déterminisme de la nature dégagé par les sciences est œuvre de liberté. Il convient ici de remarquer qu’il n’y a plus contradiction entre liberté et déterminisme.

b.      L’expérience morale s’oppose au déterminisme.

Comment l’expérience morale, et la morale elle-même serait-elle possible si le libre arbitre n’existait pas en nous? En effet, d’une part, si je suis intégralement déterminé, je ne me distingue pas d’une chose, il n’y a donc aucune raison pour que l’on me traite différemment, et que l’on me reconnaisse un statut particulier. Pourtant je n’admets pas que l’on me prenne pour une chose, je réclame qu’on me respecte, je me révolte si on ne le fait pas, je revendique une dignité. Et d’autre part, je réclame la propriété de mes actes dont je m’estime être la source libre : je me veux responsable. Il n’ y aurait rien à reconnaître ou à reprocher à un être auquel ses propres actes, étant totalement nécessaires, resteraient totalement extérieurs et non imputables, pas d’avantage qu’on ne pourrait reprocher à une pierre de tuer quelqu’un.

Le déterminisme absolu semble ainsi nous livrer à l’amoralisme absolu et à l’indifférence envers toutes les injustices.

c.       Un être absolument « non-libre » se poserait-il la question de sa liberté ?

Peut-on imaginer un robot qui demanderait, se préoccuperait de savoir s’il est libre ou non? La question de la liberté semble ainsi développer sa propre réponse. Il n’y aurait pas de liberté si on ne pouvait se poser une telle question, et le fait même de se la poser y répond.

Mais si la question de la liberté se répondait si évidemment à elle-même, elle s’évanouirait immédiatement comme question. Cette question est un cercle. Tout le problème de la liberté demeure donc à travers sa question: Si la liberté existe, comment et sous quelle forme existe-t-elle?

En tout cas, ce que l’on peut dire travers toutes expériences, si expérience de quelque chose en moi à présent, c’est qu’il y a à déterminées soient-elles, qui résiste à l’emprise du déterminisme: la liberté.

Conclusion : Comment penser la possibilité de la liberté humaine ?

La caractérisation du libre arbitre comme illusion reposant sur une méconnaissance n’équivaut pas, comme on le croit trop souvent, à un refus de la liberté ; elle en appelle bien plutôt à une autre définition. Dès lors que l’on veut solidariser liberté et puissance d’agir efficace, on pose la connaissance comme condition de la liberté. Or cette connaissance n’est jamais immédiate. En rupture avec la conscience spontanée, elle est une conquête sans cesse recommencée, un processus. Conditionnée par la connaissance, la liberté n’est peut-être elle-même qu’une conquête, un processus, c’est – à -dire une libération. Et nous entendons par là le processus complexe par lequel l’homme acquiert la maîtrise de son activité mentale, la maîtrise des choses et la maîtrise de la société. Prendre le contre pied de la problématique traditionnelle du libre arbitre, c’est inscrire le problème de la liberté non dans la vivacité d’une évidence psychologique qui se suffirait à elle-même, mais dans un cheminement nécessaire par lequel l’homme s’affranchit de tout ce qui entrave son action. La véritable liberté passe par la connaissance des causes qui nous font agir et on doit donc penser la liberté en termes de libération. La liberté comme état n’est qu’une illusion, elle est, en fait, un acte, une recherche et toujours à construire.

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Penser, c’est d’abord penser par soi-même !

Posted by Hervé Moine sur 19 février 2009

Je vous propose d’abord un texte de Marc Bloch qui affirme en substance que penser c’est d’abord penser par soi-même.

Marc Bloch : Penser c’est d’abord penser par soi-même

« Qui se fie seulement au train de la représentation ne va pas bien loin.Bientôt le voilà arrêté, assis au milieu d’un groupement général de façons de dire aussi plates elles-mêmes qu’immuables. Le chat retombe sur ses pattes, mais l’homme qui n’a point appris à penser, qui ne sort pas des brèves, des usuelles associations de représentations, celui-là retombe sur ce qui éternellement est d’hier. Il répète ce que d’autres ont répété, ses phrases vont à la queue leu leu.

Penser, au contraire, à la différence d’un déroulement de représentations toutes faites, c’est d’abord penser par soi-même. Pensée en mouvement comme l’homme qui, derrière, la met en branle. Elle apprend à savoir où  nous en sommes, elle rassemble du savoir pour orienter la conduite. Bien formée, cette pensée n’admet rien de fixe, rien d’achevé, ni faits accommodés ni formulations universelles ayant perdu toute vie, ni moins encore des mots d’ordre pleins d’un virus cadavérique. Bien plutôt une pareille pensée par soi se voit, elle et ce qui est sien, dans un flot ; comme un pionnier elle se trouve devant des frontières qui ne cessent de reculer. Il faut que l’apprentissage même soit activement touché par sa matière, car aucun savoir ne se doit tenir pour valable que s’il vit en devenir, s’il fait éclater les croûtes. Apprendre passivement et dodeliner seulement de la tête, c’est bientôt s’assoupir. Mais qui travaille à sa cause en marchant avec elle, en dehors des sentiers battus, celui-là devient majeur, peut finalement distinguer l’ami de l’ennemi, sait où ce qui est droit se fraye la voie. Il est commode de trotter en lisières mais concevoir énergiquement est signe de courage (…). »

Marc Bloch : Sujet-objet, éclaircissements sur Hegel p 15-16

J’ajoute à ce texte un extrait de l’opuscule « qu’est-ce que les lumières ? » de Kant à propos du courage de penser vraiment et un extrait de l’introduction à l’opuscule de Kant de Jean-Michel Muglioni.

Kant : sortir de la minorité

« Accéder aux Lumières consiste pour l’homme à sortir de la minorité où il se trouve par sa propre faute. Etre mineur, c’est être incapable de se servir de son propre entendement sans la direction d’un autre. L’homme est par sa propre faute dans cet état de minorité quand ce n’est (…) penser par soi-même ne va pas de soi et présente une difficulté essentielle. En effet, nous nous imaginons généralement que nos pensées sont nécessairement les nôtres et que nos croyances nous appartiennent en propre. (…) Mais comment admettrions-nous que la plupart de nos pensées, celles-là mêmes que nous disons personnelles, ne sont pas vraiment nos pensées ? Qu’elles sont en nous des préjugés, c’est-à-dire des croyances dont nous ne sommes pas les maîtres et qui proviennent de notre histoire ou de notre tempérament ? Qu’elles viennent de causes extérieures et non de notre propre jugement ? Nous leur avons donné notre assentiment, nous y avons acquiescé, nous leur avons dit oui – c’est cela croire-. Mais nous avons dit oui avant d’en avoir vraiment jugé, de telle sorte qu’elles sont en nous sans pourtant avoir été réellement pensées par nous.

Voilà une idée fort difficile à comprendre ; et le comprendre, c’est ouvrir la porte de la philosophie. »

Jean-Michel Muglioni, Introduction de Qu’est-ce que les Lumières, Hatier.

« Qu’est-ce que les Lumières ? La sortie de l’homme de sa minorité dont il est lui-même responsable. Minorité, c’est-à-dire incapacité de se servir de son entendement (pouvoir de penser) sans la direction d’autrui, minorité dont il est lui-même responsable (faute) puisque la cause en réside non dans un défaut de l’entendement mais dans un manque de décision et de courage de s’en servir sans la direction d’autrui. Sapere aude ! (Ose penser) Aie le courage de te servir de ton propre entendement. Voilà la devise des Lumières.
La paresse et la lâcheté sont les causes qui expliquent qu’un si grand nombre d’hommes, après que la nature les a affranchi depuis longtemps d’une (de toute) direction étrangère, reste cependant volontiers, leur vie durant, mineurs, et qu’il soit facile à d’autres de se poser en tuteur des premiers. Il est si aisé d’être mineur ! Si j’ai un livre qui me tient lieu d’entendement, un directeur qui me tient lieu de conscience, un médecin qui décide pour moi de mon régime, etc., je n’ai vraiment pas besoin de me donner de peine moi-même. Je n’ai pas besoin de penser pourvu que je puisse payer ; d’autres se chargeront bien de ce travail ennuyeux. Que la grande majorité des hommes (y compris le sexe faible tout entier) tienne aussi pour très dangereux ce pas en avant vers leur majorité, outre que c’est une chose pénible, c’est ce à quoi s’emploient fort bien les tuteurs qui très aimablement (par bonté) ont pris sur eux d’exercer une haute direction sur l’humanité. Après avoir rendu bien sot leur bétail (domestique) et avoir soigneusement pris garde que ces paisibles créatures n’aient pas la permission d’oser faire le moindre pas, hors du parc ou ils les ont enfermé. Ils leur montrent les dangers qui les menace, si elles essayent de s’aventurer seules au dehors. Or, ce danger n’est vraiment pas si grand, car elles apprendraient bien enfin, après quelques chutes, à marcher ; mais un accident de cette sorte rend néanmoins timide, et la frayeur qui en résulte, détourne ordinairement d’en refaire l’essai.
Il est donc difficile pour chaque individu séparément de sortir de la minorité qui est presque devenue pour lui, nature. Il s’y est si bien complu, et il est pour le moment réellement incapable de se servir de son propre entendement, parce qu’on ne l’a jamais laissé en faire l’essai. Institutions (préceptes) et formules, ces instruments mécaniques de l’usage de la parole ou plutôt d’un mauvais usage des dons naturels, (d’un mauvais usage raisonnable) voilà les grelots que l’on a attachés au pied d’une minorité qui persiste. Quiconque même les rejetterait, ne pourrait faire qu’un saut mal assuré par-dessus les fossés les plus étroits, parce qu’il n’est pas habitué à remuer ses jambes en liberté. Aussi sont-ils peu nombreux, ceux qui sont arrivés par leur propre travail de leur esprit à s’arracher à la minorité et à pouvoir marcher d’un pas assuré. »

Kant, Qu’est-ce que les Lumières?

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Spinoza : A quelle condition l’homme est-il libre ?

Posted by Hervé Moine sur 18 février 2009

Baruch Spinoza (1632-1677)

Baruch Spinoza (1632-1677)

« Pour parvenir à garder un autre individu en sa puissance, on peut avoir recours à différents procédés. On peut l’avoir immobilisé par des liens, on peut lui avoir enlevé ses armes et toutes possibilités de se défendre ou de s’enfuir. On peut aussi lui avoir inspiré une crainte extrême ou se l’être attaché par des bienfaits, au point qu’il préfère exécuter les consignes de son maître que les siennes propres, et vivre au gré de son maître qu’au sien propre. Lorsqu’on impose sa puissance de la première ou de la seconde manière, on domine le corps seulement et non l’esprit de l’individu soumis. Mais si l’on pratique la troisième ou la quatrième manière, on tient sous sa dépendance l’esprit aussi bien que le corps de celui-ci. Du moins aussi longtemps que dure en lui le sentiment de crainte ou d’espoir. Aussitôt que cet individu cesse de les éprouver, il redevient indépendant.

Même la capacité intérieure de juger peut tomber sous la dépendance d’un autre, dans la mesure où un esprit peut être dupé par un autre. Il s’ensuit qu’un esprit ne jouit d’une pleine indépendance, que s’il est capable de raisonnement correct. On ira plus loin. Comme la puissance humaine doit être appréciée d’après la force non tant du corps que de l’esprit, les hommes les plus indépendants sont ceux chez qui la raison s’affirme davantage et qui se laissent davantage guider par la raison. En d’autres termes, je déclare l’homme d’autant plus en possession d’une pleine liberté, qu’il se laisse guider par la raison. »

Spinoza, Traité théologico-politique.

Je vous propose pour explorer ce texte de Spinoza et pour poursuivre notre apprentissage à l’étude philosophique de texte, un travail préparatoire à ce type de sujet proposé au baccalauréat.

L’exercice étant de travailler le texte de manière accompagnée et de poursuivre le travail : étude de l’argumentation de la deuxième partie de l’extrait et pourquoi pas de produire une version définitive de l’étude de texte.

LE THEME DU TEXTE

Le pouvoir et la liberté

LA QUESTION A LAQUELLE REPOND LE TEXTE

A quelle condition, l’homme est-il libre?

LA THESE DE L’AUTEUR (Réponse à la question)

Pour Spinoza, l’homme est libre s’il se laisse guider par sa raison. « Je déclare, dit-il, l’homme d’autant plus en possession d’une pleine liberté, qu’il se laisse guider par la raison. »

ETUDE DE LA STRUCTURE LOGIQUE DU TEXTE

Cette étude va nous permettre une lecture attentive du texte de Spinoza.

Deux parties (étapes) correspondant aux deux paragraphes :

I. Première étape (1er §)

A- Distinction de quatre mode de pratique d’esclavage > Distinction de deux formes de domination :

=> « Pour parvenir à garder un individu en sa puissance, on peut avoir recours à différents procédés. »

1) une domination qui s’exerce sur le corps / qui contraint le corps : suppression de la liberté de mouvement :

=> « On peut l’avoir immobilisé par des liens » [1er mode d’esclavage], on peut lui avoir enlevé ses armes et toutes possibilités de se défendre ou de s’enfuir [2ème mode d’esclavage]. »

=> « Lorsqu’on impose sa puissance de la première ou de la seconde manière [cf. 1er et 2ème modes d’esclavage], on domine le corps seulement et non l’esprit de l’individu soumis. »

2) une domination qui s’exerce à la fois sur l’esprit et le corps

=> « On peut aussi lui avoir inspiré une crainte extrême [3ème mode d’esclavage] ou se l’être attaché par ses bienfaits [4ème mode d’esclavage], au point qu’il préfère exécuter les consignes de son maître que les siennes propres, et vivre au gré de son maître qu’au sien propre. »

=> « Mais si l’on pratique la troisième ou la quatrième manière [cf. 3ème et 4ème modes d’esclavage], on tient sous sa dépendance l’esprit aussi bien que le corps de celui-ci. »

B- Fondement de cette domination qui s’exerce sur l’esprit et le corps à la fois :

Cette domination ne se fonde pas tant sur la puissance du dominant que sur les passions de crainte ou d’espoir du dominé. Dès lors que ses passions cessent il recouvre sa liberté.

=> « (…) on tient sous sa dépendance l’esprit aussi bien que le corps de celui-ci. Du moins aussi longtemps que dure en lui le sentiment de crainte ou d’espoir. Aussitôt que cet individu cesse de les éprouver, il redevient indépendant. »

II. Première étape (2ème §)

A- Affirmation (ou ré-affirmation) de l’existence d’une domination qui s’exerce sur l’esprit seul :

=> « Même la capacité intérieure de juger peut tomber sous la dépendance d’un autre, dans la mesure où un esprit peut être dupé par un autre. »

-B Définition et conditions d’une véritable liberté

=> « Il s’ensuit qu’un esprit ne jouit d’une pleine indépendance, que s’il est capable de raisonnement correct. »

Définition de la véritable liberté : Etre libre véritablement c’est être en mesure de jouir d’une totale indépendance, c’est-à-dire être affranchie de toute domination (la liberté comme libération).

Condition de la véritable liberté : Etre capable d’user correctement de sa raison, de raisonnement correct.

C- « On ira plus loin. »

Spinoza donne des précisions :

On est d’autant plus libre que l’on fait davantage usage de la raison. Ainsi la puissance humaine est à estimer en fonction non de la force (contrainte du corps cf. 1ère partie) mais de la raison.

=> « Comme la puissance humaine doit être appréciée d’après la force non tant du corps que de l’esprit, les hommes les plus indépendants sont ceux chez qui la raison s’affirme davantage et qui se laissent davantage guider par la raison. »

Existence  de divers degrés de liberté : on possède de manière plus ou moins étendue la liberté proportionnellement à l’usage que l’on fait de la raison ; ainsi celui qui se laisse guider par la raison possède une pleine liberté :

=> « En d’autres termes, je déclare l’homme d’autant plus en possession d’une pleine liberté, qu’il se laisse guider par la raison. »

ARGUMENTATION DE L’AUTEUR

Par l’étude de la structure logique nous sommes en mesure de dégager les procédés de l’argumentation de Spinoza :

Dans un premier temps, Spinoza distingue deux formes de pouvoir, deux formes de domination qui font que l’homme peut ne pas être libre et il s’attache, d’une part, à montrer qu’il n’existe pas seulement une domination sur le corps par la contrainte par la force physique mais aussi et surtout une domination qui est susceptible de s’exercer sur l’esprit, et d’autre part, à établir ,par voie de conséquence, les différentes circonstances qui font que l’esprit (la pensée humaine) peut être aliéné, soumis, non-libre.

En distinguant les différentes formes de domination, Spinoza donne de manière implicite une définition de la notion de pouvoir : « garder un autre individu en sa puissance » ; « il préfère exécuter les consignes de son maître que les siennes propres, et vivre au gré de son maître qu’au sien propre ». Le pouvoir pour Spinoza est bel et bien une aliénation en ce qu’un individu est soumis à un autre et ne peut donc être lui-même.

Les différentes formes de pouvoir sont :

– un pouvoir qui utilise la contrainte physique : la coercition, c’est-à-dire la violence que fait subir un corps sur un autre corps. Spinoza explique qu’un corps ne peut contraindre qu’un autre corps ; un corps ne peut contraindre un esprit. Le pouvoir du corps est impuissant sur l’esprit. En un mot, le pouvoir du corps laisse l’esprit libre.

– un pouvoir qui contraint l’esprit en se fondant sur les passions (cf. la crainte et l’espoir). L’esprit humain qui ne peut être contraint par la force physique peut être cependant dominé par les passions (crainte et espoir) qui le rendent dépendant d’un autre homme. Le dominant, le maître, tient l’individu soumis en satisfaisant ses passions, d’où l’attachement du dominé, l’esclave, au dominant, le maître.

– une première précision : « on tient sous sa dépendance l’esprit aussi bien que le corps » de l’individu soumis par l’intermédiaire de ses passions car dès lors que l’esprit est dominé le corps se retrouve lui aussi asservi. Spinoza, nous rend compte de l’idée selon laquelle si un corps dominé laisse un esprit libre, la réciproque n’est pas vraie : un esprit dominé condamne le corps à la servitude.

– une deuxième précision : « aussi longtemps que dure en lui (le passionnel) le sentiment de crainte et d’espoir » la domination de l’esprit de l’individu dominé perdurera.. C’est lorsque la passion d’espoir et de crainte s’extirpe, se dissipe, que disparaît en même temps ce rapport de pouvoir, de domination, celui-ci se fondant justement sur les passions citées.

– conclusion de cette première étape : s’il peut être contraint et asservi par le passionnel c’est que l’esprit humain peut ne pas être libre. Ainsi si l’esprit humain peut ne pas être libre, toute la question est de savoir désormais, quelle est la définition de la liberté et à quelle condition l’esprit humain peut-il être libre? C’est justement l’objet de la deuxième étape.

Dans un deuxième temps, Spinoza pense le fondement de la domination, de la servitude pour en déduire une définition et les conditions de la liberté.

Je vous propose de poursuivre ce travail vous même.

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L’idée de liberté totale a-t-elle un sens ?

Posted by Hervé Moine sur 17 février 2009

Proposition pour un travail personnel : La dissertation philosophique

Je vous propose ici de réfléchir sur ce sujet qui porte sur la liberté. L’idée de liberté totale a-t-elle un sens ?

Ci-dessous, vous trouverez une étude préparatoire à la dissertation philosophique. Cela devrait vous permettre de débroussailler un peu afin de préparer quelque peu le terrain. Vous pouvez à loisir le compléter epourquoi pas une dissertation rédigée dans sa version définitive.

Analyse des termes du sujet :

1) La liberté est bien sûr la notion centrale de ce sujet. On doit cependant être attentif au fait qu’il est ici question de l’idée de liberté et que celle-ci est spécifiée par l’adjectif « totale ». Le sujet invite donc à penser non pas la liberté en tant qu’elle est circonscrite à un domaine (politique ou moral par exemple) mais la liberté entendue sans restriction aucune.

2) On peut aussi comprendre le terme « totale » comme ce qui ne souffre pas de limite : il faudrait alors parler de liberté illimitée ou de liberté complète, la liberté étant alors pensée comme un tout que rien ne pourrait restreindre sans la dénaturer.

3) La notion de sens renvoie à la fois à la signification (on parle du sens d’un mot) et à la direction, à la fin vers quoi tend quelque chose. Que l’on parle d’idée signifie qu’il s’agit moins ici d’évaluer la réalité effective de cette liberté caractérisée comme totale que d’envisager la portée de cette idée.

Analyse du problème que soulève le sujet :

1) Le sujet interroge la thèse selon laquelle l’idée d’une liberté totale aurait donc non seulement une signification mais aussi pourrait constituer une fin, un idéal à réaliser.

2) Il ne s’agit donc pas d’abord d’analyser si une telle liberté peut exister mais de voir si elle est une idée recevable (non contradictoire par exemple) et si elle peut constituer un idéal (le terme d’idée a le sens ici de représentation qu’il faut distinguer de la réalité).

3) Que recouvre donc cette idée de « liberté totale » ? Ne conduit-elle pas à concevoir la liberté comme un tout indifférencié, vidé de sa substance et abstrait ? Cette idée qui refuse toute restriction à la liberté n’est-elle pas limitée ?

Il s’agit donc à la fois d’envisager à quelles conditions cette idée est possible et d’analyser aussi sa légitimité.

Proposition d’une démarche de développement

I. QUELLE SIGNIFICATION PEUT-ON DONNER A CETTE IDEE DE LIBERTE TOTALE ?

1) C’est une liberté sans limite qui refuse ou s’est affranchie de toute limite, de toute contrainte qui pourrait l’amputer.

On peut aussi comprendre cette idée comme celle d’une liberté qui aurait un champ d’extension illimité et qui embrasserait tous les aspects de la liberté : politique, morale, métaphysique…

2) Il faut aussi interroger le sens c’est-à-dire cette fois la finalité de cette idée de liberté totale.

Celle-ci pourrait constituer une direction qui orienterait l’exercice de notre/de nos libertés : elle vaudrait ainsi comme un idéal régulateur pour nos choix et nos actions.

Mais cette conception ne risque-t-elle pas de rester une idée au sens le plus négatif du terme, c’est-à-dire une représentation abstraite, impuissante à transformer la réalité ?

II. UNE TELLE IDEE N’EST-ELLE PAS IDENTIFIABLE A UNE CHIMERE ?

1) En ce qu’elle semble omettre les conditions effectives de réalisation de la liberté, cette idée apparaît bien plus comme une utopie qui se pense hors de tout temps et de tout lieu.

2) En effet, toute liberté, qu’elle soit politique, morale ou métaphysique, rencontre inévitablement des limites que son concept ne peut ignorer. Chaque homme étant la partie d’un tout, il ne peut aspirer à une liberté totale.

3) Seule, peut-être, la liberté telle que l’envisage le sage stoïcien, la liberté du sage retiré de la Cité, pourrait prétendre au titre de liberté totale : libéré de ses désirs et des contingences extérieures le sage a accès à l’ataraxie, liberté intérieure dépourvue de limites.

On peut toutefois se demander si une telle approche n’est pas quelque peu restrictive en ce qu’elle occulte la dimension politique de la liberté, pourtant essentielle à l’Homme ?

III. LA LIBERTE TOTALE : UN IDEAL REGULATEUR

Si on peut envisager l’idée de liberté totale, il faut plutôt la comprendre comme une idée à réaliser, comme un idéal qui pourrait être au principe de nos actions.

1) La liberté, davantage qu’un état, est un devenir que l’Homme sur le plan individuel ou collectif, réalise. L’idée de liberté totale apparaît dès lors comme une conquête.

2) De ce point de vue, si elle est un idéal inaccessible à raison de ce que la liberté illimitée est non-envisageable, elle n’en demeure pas moins un idéal régulateur qui peut inciter les hommes à accroître leurs libertés.

3) Loin d’être une espérance vaine cette idée peut ainsi devenir un principe susceptible de contribuer à développer les libertés.

Attention fausses pistes :

1) Ne pas tenir compte du fait que c’est l’idée de liberté qui est en question.

2) Ne pas confondre « totale » avec « absolue » : l’absolu, c’est ce qui n’est pas relatif ; en ce sens il caractériserait plutôt la liberté divine. La liberté peut être totale et être en même temps relative, à l’Homme, à un lieu, à un temps, etc.

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Quelle est la signification de l’existence humaine ?

Posted by Hervé Moine sur 16 février 2009

Dans le cadre de notre apprentissage à l’étude philosophique d’un texte philosophique, je vous propose un extrait de l’Energie spirituelle de Bergson, extrait qui a été proposé à l’examen du baccalauréat.

A texte, je joins une étude de texte comme exemple de devoir entièrement rédigé. L’exercice que je vous suggère ici, c’est d’abord de lire ce texte et d’en faire le travail préparatoire pour ensuite étudier le corrigé proposé ici.

Personnellement, je trouve ce texte très beau et il mérite vraiment que l’on s’y attarde. Etudier un texte avec rigueur et précision c’est s’en trouver nécessairement grandi.

Hervé Moine

Henri Bergson (1859-1941)

Henri Bergson (1859-1941)

« Les philosophes qui ont spéculé sur la signification de la vie et sur la destinée de l’homme n’ont pas assez remarqué que la nature a pris la peine de nous renseigner là-dessus elle-même. Elle nous avertit par un signe précis que notre destination est atteinte. Ce signe est la joie. Je dis la joie, je ne dis pas le plaisir. Le plaisir n’est qu’un artifice imaginé par la nature pour obtenir de l’être vivant la conservation de la vie; il n’indique pas la direction où la vie est lancée. Mais la joie annonce toujours que la vie a réussi, qu’elle a gagné du terrain, qu’elle a remporté une victoire: toute grande joie a un accent triomphal. Or, si nous tenons compte de cette indication et si nous suivons cette nouvelle ligne de faits, nous trouvons que partout où il y a joie, il y a création: plus riche est la création, plus profonde est la joie. La mère qui regarde son enfant est joyeuse, parce qu’elle a conscience de l’avoir créé, physiquement et moralement (…) celui qui est sûr, absolument sûr, d’avoir produit une oeuvre viable et durable, celui-là n’a plus que faire de l’éloge et se sent au-dessus de la gloire, parce qu’il est créateur, parce qu’il le sait, et parce que la joie qu’il éprouve est une joie divine. »

H. Bergson, Energie spirituelle

Rappel des consignes concernant le cheminement du travail préparatoire :

Quel est le thème du texte ?

Quelle est la question à laquelle répond l’auteur dans ce texte ?

Quelle en est la réponse, c’est-à-dire la thèse centrale soutenue par l’auteur ?

Rendre compte de la structure logique du texte : Comment l’auteur procède-t-il pour affirmer ce qu’il affirme dans le texte ?

A quelle(s) thèse(s) l’auteur s’oppose-t-il?

Travail d’analyse conceptuelle : Qu’est-ce qui mérite d’être expliqué dans ce texte ?

Quel est l’intérêt philosophique que l’on peut dégager de cet extrait, une fois que la pensée de l’auteur est bien comprise.

Cliquez ici pour voir l’étude de texte entièrement rédigée…


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Bonheur : question de la finalité de l’existence…

Posted by Hervé Moine sur 16 février 2009

Je vous propose ici un travail personnel afin d’étudier cette question de la finalité de l’existence humaine en rapport avec la notion de bonheur. Cette dernière notion est une notion commune aux programmes de philosophie.

Hervé Moine

Quelle est la finalité de la vie ?

Le bonheur peut-il être considéré comme la fin de la vie ?

  • Vous traiterez le texte d’Epicure et le texte de Kant ci-dessous proposés.
  • Un avant-propos vous est proposé ci-dessous pour vous aider à situer ces deux textes dans une problématique particulière.
  • Il conviendra de faire une étude philosophique en règle des deux textes.

Avant-propos :

Quelle est la finalité de l’existence humaine? Le bonheur peut-il, oui ou non, être considéré comme la fin de la vie?

Pour Epicure, « le plaisir est le commencement et la fin d’une vie bienheureuse ». Mais ce plaisir doit être un plaisir constant, stable, ce qu’Epicure nomme le « plaisir en repos», car si le plaisir est « en mouvement », c’est-à-dire si l’absence de plaisir ou la peine lui succèdent, le plaisir n’est pas complet ni parfait. Le bonheur consistera donc à éviter les plaisirs des sens, éphémères et causes de troubles, pour jouir de ce plaisir parfait qu’est la sérénité de l’âme délivrée de tout désordre et de toute crainte: l’ataraxie(1).

La morale d’Epicure qui est hédoniste(2), comme la plupart des morales de l’Antiquité, est un eudémonisme(3), c’est-à-dire qu’elle tient le bonheur pour le Souverain Bien(4) et la fin ultime de 1 ‘homme.

Selon le philosophe Kant, en revanche, on ne saurait fonder une morale sur le désir d’atteindre le bonheur(5) mais sur le seul devoir(6): on doit se rendre digne du bonheur, en subordonnant sa quête au respect des lois morales dictées par la raison.

Notes

1 L’ataraxie est chez les épicuriens comme chez les stoïciens, l’état d’absence complète de trouble, donc de tranquillité, de sérénité et de paix absolue de l’âme.

2 L’hédonisme est une doctrine qui voit dans le plaisir et fait de la recherche du plaisir le fondement de la morale.

3 Eudémonisme vient du grec « eudaimon » qui signifie «heureux»; l’Eudémonisme est un système de morale considérant que le bonheur constitue le but final de l’existence humaine, le souverain Bien.

4 Traduction du latin « summum bonum », le Souverain Bien signifie dans l’Antiquité, la finalité ultime qui doit être poursuivi par l’homme, autrement-dit, il est le bien supérieur à tous les autres biens. Pour Epicure, le souverain Bien est le bonheur et la vertu est ce qui conduit au bonheur.

5 Pour Kant, le désir d’atteindre le bonheur étant un idéal de l’imagination et non de la raison, ne peut être défini de manière précise.

6 La notion de devoir doit être prise au sens strict ici, à savoir comme l’obligation morale considérée en elle-­même. En d’autres termes, pour Kant, le devoir est l’intention et la volonté de bien faire, exigence purement désintéressée, simplement motivée par le respect de la loi universelle. Le devoir se fonde sur la raison et s’oppose au désir, au penchant.

TEXTE 1 Epicure, Lettre à Ménécée

epicure

« Quand nous disons que le plaisir est la fin de la vie, nous ne parlons pas des plaisirs des hommes débauches ni de ceux qui consistent dans la jouissance, comme l’imaginent certaines gens, mais nous entendons le plaisir comme l’absence de douleur pour le corps, l’absence de trouble pour l’âme. Car ce ne sont ni des beuveries et des festins à n’en plus finir, ni la jouissance de jeunes garçons ou de femmes, ni la dégustation de poissons et de toute la bonne chère que comporte une table somptueuse, qui engendrent la vie heureuse, mais c’est un entendement sobre et sage, qui sache rechercher les causes de tout choix et de toute aversion et chasser les opinions fausses, d’où provient pour la plus grande part le trouble qui saisit les âmes. Or le principe de tout cela, et par conséquent le plus grand bien, c’est la prudence? Et voilà pourquoi la prudence est une chose plus précieuse que la philosophie elle-même; car c’est elle qui donne naissance à toutes les autres vertus, en nous enseignant qu’il est impossible de vivre heureusement sans vivre avec prudence, honnêteté et justice, comme il est impossible de vivre avec prudence, honnêteté et justice sans vivre par là même heureusement. »

Epicure, Lettre à Ménécée

(Prudence = sagesse)

TEXTE 2 Kant, Métaphysique des moeurs

Emmanuel Kant

Emmanuel Kant

«Le maître: ce qui en toi tend au bonheur, c’est le penchant; ce qui restreint ce penchant à la condition d’être préalablement digne de ce bonheur, c’est ta raison, et que tu puisses limiter et dominer ton penchant par ta raison, c’est là la liberté de ta volonté.

Afin de savoir comment tu dois t’y prendre pour participer au bonheur et aussi pour ne pas t’en rendre indigne, c’est dans ta raison seulement que tu trouveras la règle et l’initiation; ce qui signifie qu’il ne t’est pas nécessaire de dégager cette règle de ta conduite de l’expérience, ou de l’apprendre par l’enseignement des autres; ta propre raison t’enseigne et t’ordonne exactement ce que tu as à faire. Par exemple, si un cas survient en lequel tu peux te procurer à toi ou à un de tes amis un grand avantage grâce à un mensonge finement médité, qui même ne t’oblige pas à faire tort à qui que ce soit, que dit ta raison?

L’élève: Je ne dois pas mentir, si grand que puisse être l’avantage qui peut être le mien ou celui de mon ami. Mentir est avilissant et rend l’homme indigne d’être heureux.»                                                                 

Kant, Métaphysique des moeurs

Exercices :

1° ) A partir de l’étude de ces deux textes, faire une synthèse afin d’établir une réponse à la question de savoir si le bonheur est la fin de la vie.

Quelques éléments pour la synthèse :

L’eudémonisme épicurien répond que le plaisir est le commencement et la fin de la vie heureuse, il tient le bonheur pour le souverain bien et la fin ultime de l’homme. La morale kantienne répond quant à elle que le bonheur ne peut être la finalité de la vie de l’humaine. Une vie bonne est une vie morale qui se fonde sur le devoir qui vient de la raison. Proposons-nous de parcourir les idées de ces conceptions différentes à partir des deux extraits de textes proposés.

Dans le texte extrait de la Lettre à Ménécée, Epicure commence par énoncer une thèse générale, à savoir que « « le plaisir est la fin de la vie ». Il y apporte aussitôt une précision pour éviter tout contresens. Ce plaisir n’est le plaisir des sens, mais le plaisir parfait qui consiste dans l’absence de douleur dans le corps, l’aponie, et l’absence de trouble dans l’âme, l’ataraxie. Il doit être en effet constant est stable, autrement-dit en repos. La luxure, la bonne chère etc… ne peuvent engendrer qu’une illusion de bonheur, seules la sobriété et la simplicité peuvent permettre d’atteindre une vie sereine et heureuse. Le bonheur ne peut se trouver dans la débauche mais dans la sagesse. En effet, Epicure observe que c’est  par la sagesse, dans le texte « la prudence » que l’on peut atteindre cette absence de trouble. La prudence, phronêsis en grec, consistant dans la force de l’esprit et dans la connaissance de la vérité, « c’est elle qui donne naissance à toutes les autres vertus, en nous enseignant qu’il est impossible de vivre heureusement sans vivre avec prudence, honnêteté et justice ». En cela, et c’est ainsi que se termine cet extrait de la Lettre à Ménécée pour Epicure, la prudence est la condition nécessaire au bonheur ?

Si pour la morale d’Epicure, le bonheur est tenu pour la fin suprême de l’existence humaine, selon Kant en revanche, on ne peut fonder une morale sur le désir d’atteindre le bonheur. En effet, pour le philosophe Kant, le bonheur est un idéal de l’imagination et non de la raison et celui-ci ne peut être défini de manière précise. Selon le philosophe de la Métaphysique des Mœurs, c’est sur le devoir qu’il convient de fonder la morale. On doit se rendre digne du bonheur, en subordonnant sa quête au respect des lois morales dictées par la raison.

Dans cet extrait de la Métaphysique des Mœurs, Kant analyse trois points importants chez l’homme, le penchant, la raison et la liberté. Tout d’abord, le penchant aspire au bonheur ; le bonheur étant la satisfaction complète de nos besoins et de nos désirs, qui relèvent de notre affectivité et de notre appartenance au monde sensible. Ensuite la raison, limite et contient ce penchant en nous faisant valoir que le bonheur n’est pas une fin par lui-même, mais que notre fin est d’être dignes du bonheur en faisant notre devoir, qui est notre fin véritable. Enfin la liberté consiste dans la possibilité d’accepter ou de refuser cette limitation du penchant.

Finalement pour Kant, la raison nous enseigne exactement et immédiatement comment nous rendre dignes du bonheur. En effet, les lois morales, les impératifs catégoriques qui forment ce devoir dont l’accomplissement  seul nous rend dignes du bonheur, nous sont dictées par la raison et elle seule, indépendamment de toute expérience. Si l’on prend par exemple le mensonge, nous n’avons pas besoin d’en avoir fait l’expérience pour savoir qu’en soi le mensonge est blâmable, avilissant, que notre devoir est de ne pas mentir.

2°) Pour aller plus loin…

a)       faire des recherches sur la doctrine stoïcienne et en particulier sur le philosophe Epictète ;

b)       comparer le stoïcisme et l’épicurisme ;

c)       étudier le texte proposé ci-dessous extrait du Manuel d’Epictète, dans lequel l’auteur énonce le principe de la sagesse qui consiste à proposer une certaine attitude face aux évènements et aux choses, à tout ce qui arrive, attitude qui soit en mesure de neutraliser et d’annuler tous les effets négatifs, tristesse, désespoir, emportement, colère…, qu’ils peuvent causer à notre âme, principe de la sagesse propre à nous fournir la clef de la liberté et du bonheur philosophique.

Texte 3 Epictète, Manuel

Epictète

Epictète

« 1. Il y a des choses qui dépendent de nous et d’autres qui ne dépendent pas de nous. Ce qui dépend de nous, c’est la croyance, la tendance, le désir, le refus, bref tout ce sur quoi nous pouvons avoir une action. Ce qui ne dépend pas de nous, c’est la santé, la richesse, l’opinion des autres, les honneurs, bref tout ce qui ne vient pas de notre action.

2. Ce qui dépend de nous est, par sa nature même, soumis à notre libre volonté ; nul ne peut nous empêcher de le faire, ni nous entraver dans notre action. Ce qui ne dépend pas de nous est sans force propre, esclave d’autrui ; une volonté étrangère peut nous en priver.

3. Souviens-toi donc de ceci : si tu crois soumis à ta volonté ce qui est par nature, esclave d’autrui, si tu crois que dépende de toi ce qui dépend d’un autre, tu te sentiras entravé, tu gémiras, tu auras l’âme inquiète, tu t’en prendras aux dieux et aux hommes. Mais si tu penses que seul dépend de toi ce qui dépend de toi, que dépend d’autrui ce qui réellement dépend d’autrui, tu ne te sentiras jamais contraint à agir, jamais entravé dans ton action, tu t’en prendras à personne, tu n’accuseras personne, tu ne feras aucun acte qui ne soit volontaire ; nul ne pourra te léser nul ne sera ton ennemi, car aucun malheur ne pourra t’atteindre. »

Epictète, Manuel

3°) A partir de l’étude de texte de Bergson,

Extrait de l’Energie spirituelle, qui affirme que la finalité de l’existence réside dans le fait de créer, compléter la réflexion sur la question du sens de l’existence.

Voir le texte de Bergson

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Pour vous aider dans votre préparation au baccalauréat…

Posted by Hervé Moine sur 15 février 2009

J’ai entendu parler du site reussite-bac.com, samedi à la radio, aussi je tenais à vous en faire part. Compte-tenu des circonstances actuelles, vous pouvez aller faire un tour du côté de ce site qui peut vous être précieux dans toutes les matières… Il s’agit d’un site de la LMDE en partenariat avec rue des écoles et l’ONISEP… Ci-dessous le texte de présentation du site. N’hésitez pas à en parler autour de vous. Et n’hésitez pas à mettre vos impressions sur ce site en utilisant la fonction « commentaire » en dessous de cet article.

Hervé Moine

reussitebac

Présentation

Réussite Bac

Dans quelques mois, le bac ! Que vous ayez programmé vos révisions depuis le 5 septembre comme une véritable campagne militaire ou que vous bachotiez jour et nuit à J-5 des épreuves, les mois qui viennent seront facteurs de stress, d’angoisse et de fatigue. C’est pourquoi la LMDE a décidé de vous accompagner pendant cette période cruciale…

Le dispositif « Réussite Bac »

L’inscription sur http://www.reussite-bac.com est gratuite, accessible à tous et sans engagement de votre part. Mais cette gratuité ne diminue pas la qualité des informations que vous trouverez sur le site ! Pour cela, la LMDE, référence en matière de santé, s’est associée à deux partenaires spécialistes pour l’un de la pédagogie et pour l’autre de l’orientation et bien connus des parents comme des enseignants.

Le module « révisions » avec rue des écoles

Les cours dispensés par vos profs et l’utilisation des manuels scolaires sont indispensables à vos révisions. Réussite Bac vous propose une aide à la révision des notions du programme, des conseils méthodologiques, un dispositif en ligne d’exercices corrigés, le téléchargement, des annales et le suivi quotidien de votre progression…

Le module « santé »

Les périodes de révisions sont souvent synonymes d’excès multiples : on saute un repas ou on dévore une pizza tout en essayant de comprendre ce que raconte Spinoza, on dort mal et on se couche à des heures impossibles, on essaie tous les remèdes miracles pour booster sa mémoire, on fume plus, on boit 4 litres de café par jour et, par-dessus tout, on stresse…
Réussite Bac vous permet de préserver votre capital santé…

Le module « orientation » avec l’Onisep

Ces prochaines semaines seront également l’occasion de prendre des décisions importantes pour votre avenir. Que choisirez-vous : l’Université ou une classe préparatoire ? Une filière courte ou longue ? Quel est votre projet professionnel et êtes-vous certain de faire les bons choix ? Toutes ces questions d’orientation sont autant de facteurs de stress et d’inconfort psychologique qui peuvent nuire à la qualité de vos révisions. Réussite Bac vous oriente…

Le module « pratique »

L’inscription dans l’enseignement supérieur est un vrai labyrinthe : Sécurité sociale étudiante obligatoire ou non, payante ou gratuite, recherche d’un logement, aide sociale… Lorsque l’on révise son bac, on n’a pas forcément le temps de trouver son chemin et de penser à toutes les démarches administratives. Réussite Bac vous accompagne…

Qui sommes-nous ?

La LMDE

La LMDE a pour mission première d’assurer la gestion du Régime étudiant de Sécurité sociale par délégation de service public. Comme vous le constaterez une fois votre Bac en poche, votre inscription au régime étudiant de Sécurité sociale sera obligatoire (sauf exceptions). La LMDE gérera vos remboursements de frais de santé comme la Sécurité sociale le fait pour vos parents.
Avec plus de 775 000 étudiants couverts en Sécurité sociale, présente sur les lieux de vie et d’études par ses multiples actions de prévention et d’éducation à la santé, la LMDE est un acteur incontournable de la santé des jeunes.

rue des écoles

rue des écoles développe son activité selon quatre domaines : jeunesse avec plus de 300 titres dans les différents catalogues, parascolaire avec plus de 100 titres au catalogue papier, 5 collections de cédéroms et un site Internet, édition de dictionnaires avec le Littré et des prestations de service avec notamment l’opération Ravel pour l’inscription des bacheliers à l’université. L’ensemble de ses produits sont exploités sur différents supports : papier, cédérom, Internet et audiovisuel. rue des écoles est le partenaire choisi par la LMDE pour la partie Révisions de Réussite Bac.

L’Onisep

L’Onisep (Office National d’Information sur les Enseignements et les Professions) est un établissement public qui dépend du ministère de l’Éducation nationale, de l’enseignement supérieur et de la recherche. Il a pour mission d’informer les élèves, les étudiants, les parents, les professionnels de l’éducation et de l’orientation sur les formations de l’enseignement secondaire et de l’enseignement supérieur, les secteurs professionnels et les métiers. C’est le partenaire choisi par la LMDE pour la partie Orientation de Réussite Bac.

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Montesquieu : le lien nécesaire entre démocratie, vertu politique et éducation…

Posted by Hervé Moine sur 15 février 2009

Ce texte de Montesquieu peut nous permettre de réfléchir sur la démocratie.

Charles de Secondat, baron de La Brede et de Montesquieu

Charles de Secondat, baron de La Brède et de Montesquieu

« C’est dans le gouvernement républicain que l’on a besoin de toute la puissance de l’éducation. La crainte des gouvernements despotiques  naît d’elle-même parmi les menaces et les châtiments; l’honneur des monarchies est favorisé par les passions, et les favorise a son tour: mais la vertu  politique est un renoncement à  soi-même, qui est toujours une chose très pénible.

On peut définir cette vertu, l’amour des lois et de la patrie. Cet amour, demandant une préférence continuelle de l’intérêt public au sien propre, donne toutes les vertus particulières ; elles ne sont que cette préférence.

Cet amour est singulièrement affecté aux démocraties. Dans elles seules, le gouvernement est confié a chaque citoyen. Or, le gouvernement est comme toutes les choses du monde : pour le conserver, il faut l’aimer.

On n’a jamais ouï  dire que les rois n’aimassent pas la monarchie, et que les despotes haïssent le despotisme.

Tout dépend donc d’établir dans la république cet amour; et c’est à l’inspirer que l’éducation doit être attentive. Mais, pour que les enfants puissent l’avoir, il y a un moyen sur : c’est que les pères l’aient eux-mêmes.

On est ordinairement le maître de donner à ses enfants ses connaissances; on l’est encore plus de leur donner ses passions.  Si cela n’arrive pas, c’est que ce qui a été fait dans la maison paternelle est détruit par les impressions du dehors.

Ce n’est point le peuple naissent qui dégénère; il ne se perd que lorsque les hommes faits sont déjà corrompus ».

Montesquieu, L’esprit des lois , Tome 1, Livre 4, chapitre 5

Dans ce texte Montesquieu commence par une thèse, celle selon laquelle la démocratie exige nécessairement la vertu politique. La démocratie c’est le « gouvernement républicain » et la vertu politique étant « l’amour des lois et de la patrie ». Il en donne ensuite l’explication. La crainte est le fondement même du despotisme. Par conséquent, la démocratie ne peut s’appuyer sur la crainte. D’autre part, elle ne peut pas non plus se fonder sur l’honneur. L’honneur favorisé par les passions est le fondement de la monarchie. La conclusion qu’en tire Montesquieu est en fait une double conséquence : la vertu politique est nécessaire à la conservation de la démocratie, l’éducation est le moyen par lequel se transmet la vertu politique.

Ce texte est intéressant philosophiquement parlant en ce qu’il nous permet de réfléchir sur le maintien de la démocratie et en articulant celle-ci avec la vertu politique et l’éducation.

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