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L’absolution d’un négationniste

Posted by Hervé Moine sur 2 février 2009

« Pape, l’absolution qui cloche », titre aujourd’hui Libération, à propos de la décision du pape Benoît XVI de lever l’excommunication de quatre évêques intégristes, crée la polémique au sein des catholiques.

Le pape Benoït XVILe pape Benoît XVI

La décision de Benoît XVI de lever l’excommunication de quatre évêques intégristes membre de la Fraternité Sacerdotale Saint Pie X, crée la polémique chez les catholiques.

Ce qui crée cette polémique ce n’est pas tant la réintégration de personnes intégristes, car l’intégrisme, s’il peut s’avérer dangereux du fait de l’extrémisme dans lequel ses adhérents peuvent verser, et malgré le dogmatisme intransigeant, n’est pas un mal en soi. Il le devient lorsqu’il se fait fanatisme et terrorisme ou bien simplement lorsqu’il déborde le cadre du choix personnel en devenant public, en cherchant à s’imposer comme vérité absolue, quitte à reformuler, à réviser, à transformer, à nier la réalité historique.

Parmi les quatre prélats membres de cette Fraternité ex-excommuniés, Richard Williamson s’est ouvertement déclarer négationniste. En effet, celui-ci, le 22 janvier dernier, avait affirmé ne pas croire qu’il y ait eu des chambes à gaz, ni que 6 millions de Juifs aient été gazés.

Au cours d’une émission de TV, «Uppdrag gransning» (mission investigation), il a déclaré ceci : «Je crois qu’il n’y a pas eu de chambres à gaz (…) Je pense que 200.000 à 300.000 Juifs ont péri dans les camps de concentration, mais pas un seul dans les chambres à gaz» et il a ajouté ceci : «Il y a certainement eu une grande exploitation (de ces faits). L’Allemagne a payé des milliards et des milliards de deutschemarks et à présent d’euros parce que les Allemands souffrent d’un complexe de culpabilité pour avoir gazé six millions de Juifs, mais je ne crois pas que six millions de Juifs aient été gazés».

Comment peut-on encore entendre de telles affirmation alors qu’on estime à six millions le nombre de Juifs qui ont péri sous le IIIe Reich, notamment dans des camps de la mort ou au cours d’exécutions massives.

Qu’est-ce que cela donne à penser? Ce fait relance, pour nous, la réflexion à propos du négationnisme.

Et cette réflexion que l’on pourrait mener ensemble ici.

Hervé Moine, professeur de philosophie


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13 Réponses to “L’absolution d’un négationniste”

  1. Damien Jélaine said

    Le négationnisme, est-ce de l’ignorance ou de la dissimulation? Ou le refus de croire en un acte qui remettrait en cause l’optimisme que certains ont en l’homme (humanistes?). Pour autant qu’il ne soit pas le fruit de propos de personnes qui ne savent pas (des opinions), je pense que le réel négationnisme est en lui même un crime. Car c’est mal (mal?) de fermer les yeux sur une page sombre de l’histoire des hommes, mais c’est une crime d’affirmer que tout cela ne s’est jamais passé.
    Ce qui me choque, c’est que beaucoup de personnes pensent de cette manière et je me demande si l’outrage de ces propos n’a pas prit de volume car il s’agissait d’un homme d’Eglise. Aurait-il eut une telle effervescence de ce « scandale » si un ouvrier avait annoncé en public qu’il ne croyait pas à la Shoa? Je ne pense pas.
    Cela veut peut-être dire que les hommes d’Eglise se doivent obligatoirement d’être plus « ouverts d’esprit » que les autres? Ils restent des hommes comme les autres, non?
    L’exercice d’une fonction n’oblige pas obligatoiement à penser comme cette fonction, si?
    Je suis contre le négationnisme et contre l’absolution de Richard Williamson, mais je trouve que cette histoire est un peu « too much » :s !

  2. Steffy said

    En faite, dans notre culture, l’homme d’Eglise est celui qui est rationnel, qui peut qualifier ce qui est bien ou mal. Puis il a toujours eu une grande place dans l’Europe occidentale. C’est pour cela, Damien, que ses propos sont beaucoup plus médiatisés que ceux d’un simple ouvrier. Même s’il est d’abord un homme son rapprochement vers Dieu stimule chez les autres une forme de respect. Je pense que le négationnisme est utilisé surtout pour renier, effacer ces actes abominables afin de ne pas ressentir la culpabilité. Ce sentiment n’est pas le plus facile à supporter. Williamson donne l’exemple des Allemands qui versent beaucoup d’argent justement à cause de ce sentiment, c’est un allemand? En tout cas je pense que Damien a bien décrit le négationnisme et je pense que ceci est né par la culpabilité, une sorte d’excuse.

  3. Myra said

    De la culpabilité? Je ne pense pas que le négationnisme ai pour but d’effacer la culpabilité pour certains individu. Il rejette l’acte en lui même. Es ce qu’il en a même simplement conscience? Si il n’a pas conscience des événements qui se sont passé dans son propre pays? Si il n’a pas conscience du cœur tortueux de l’homme? Peut on porté un jugement moral sur lui? Certes rejeté la Shoa, c’est mal. Mais si il en a pas conscience… Les hommes d’église ont le stéréotype d’être des hommes de Dieu ayant des pensées nobles et exempte de tous péché pour diriger les âmes pieuses. Peut être que son esprit étant en permanence en communion avec Dieu (lol) ne peut concevoir un acte pareil et n’en a même pas conscience. Enfin je ne veux pas me faire l’avocate de diable, c’est simplement mon humble point de vue.

  4. Hervé Moine said

    Peut-être faudrait-il prendre soin de bien définir la notion de « négationnisme », afin de montrer en quoi il apparaît intolérable et comment on peut espérer le contrer efficacement.

    L’autre question, que vous dégagez d’ailleurs, est celle de l’intérêt que l’on peut avoir à adopter une une attitude négationniste et à répandre de telles théories. Comment peut-on justifier le négationnisme? Qu’ont-ils à gagner ceux qu’on appelle les négationnistes?

    Steffy tente de donner une réponse à travers la culpabilité. Lorsque l’on se sent coupable de l’intolérable on peut avoir tendance à vouloir cacher cet intolérable. « Je pense, dit Steffy, que le négationnisme est utilisé surtout pour renier, effacer ces actes abominables afin de ne pas ressentir la culpabilité. Ce sentiment n’est pas le plus facile à supporter. » Cette thèse ne semble pas convaincre Myra : « De la culpabilité? Je ne pense pas que le négationnisme ai pour but d’effacer la culpabilité pour certains individu. Il rejette l’acte en lui même. » Mais alors la question reste posée. Quel est le but de l’attitude négationniste ? N’y a-t-il pas un « intérêt négationniste » si l’on peut dire les choses ainsi? A moins comme l’affirme Myra, les négationnistes n’ont en fait aucune conscience de ce qu’ils nient. D’ailleurs la question de Damien est plutôt bien posée : Le négationnisme, est-ce de l’ignorance ou de la dissimulation?

    D’autre part, on pourrait réfléchir sur les responsabilités qu’ont les hommes d’Eglise… Il est vrai qu’en tant qu’hommes publics, jouant un rôle sur les consciences, il est toujours troublant lorsqu’ils sont en déviance avec l’idée que l’on se fait de leur moralité qui ne doit pas être reprochable. Mais quand je pense que certains historiens ont pu soutenir des thèses négationnistes… cela me semble autrement plus grave encore…

  5. Damien Jélaine said

    Dans ce cas, Myra, il serait question d’ignorance des faits. Hors il n’ignore rien, puisque qu’il est capable de nous donner des chiffres « Je pense que 200.000 à 300.000 Juifs ont péri dans les camps de concentration ». Je suis d’accord avec toi, le cliché de l’homme d’Eglise, qui se doit d’être l’exemple même de la bonté absolue. Je trouve l’idée que tu formules super intéressante, et elle pourrait nous aider à appronfondir la réflexion. Peut-on se dire « serviteur de Dieu » et croire plus en l’Homme? Je trouve cela assez paradoxale. Un homme d’Eglise peut-il être humaniste, à tel point qu’il en arrive à fermer les yeux sur ses atrocités? Je pense qu’il faudrait en savoir plus sur ce Williamson.

    Je voulais aussi vous demander (à tous), s’il s’agit là de négationnisme pur? Car il n’a pas tout à fait nier la souffrance que les Nazis ont fait subir aux Juifs sous le IIIe Reich. Il a affirmé une erreur sur les chiffres.

    Moi aussi je trouve cela d’autant plus grave pour un historien que pour un homme d’Eglise. L’homme d’Eglise a la foi pour justifier ce qu’il pense ou dit, il sera donc plus simplement discutable pour un non croyant. Et puis je pense que son oeuvre première n’est pas de relater l’histoire des hommes. Mais l’historien lui doit avoir les preuves, la recherche de ce qui s’est passé pour relater (objectivement?) d’un évènement de l’histoire.

    Alors je pose une question un peu spéciale. A qui pouvons faire confiance? Si nous avons plusieurs versions de cet épisode de la WWII, qui nous dit que les historiens aux thèses négationnistes n’ont pas raison (je ne suis en aucun cas leur pensées)? N’avons nous pas été plus persuadés que convaincus que ces évènements ont vraiment eut lieu?

  6. Damien Jélaine said

    Je pense qu’ensuite, la question serait « Comment lutter contre le négationnisme? ». Quand bien nous avons à faire à des idéaux, comment mettre fin à ce que je califierai de (pour moi) dangereux ?
    Une aide?

  7. Myra said

    Comment lutter contre le négationnisme?…. Bonne question. Nous ne pouvons faire confiance qu’en les preuves. Nous avons des photos prouvent les faits. Des photos qui ont d’infime chance d’être truqués vu qu’elles sont anciennes. Donc je reviens sur ma théorie qu’il n’en ont pas conscience. Et pour arriver à bout des négationnistes, il faut peut être les faire prendre des séances de psychanalyse?…. Dans leur cerveau ils doivent en avoir conscience mais comme le dit Damien, tellement convaincu dans l’optimisme de l’homme cela les semble impossible. Mais je pense que la psychanalyse peut permettre de prendre conscience de l’irréfutabilité des évènements.

  8. Damien Jélaine said

    « Mais je pense que la psychanalyse peut permettre de prendre conscience de l’irréfutabilité des évènements. » Mais s’ils l’ignorent, en quoi la psychanalyse va-t-elle vaincre leurs idéaux?
    Et s’ils le dissimulent, cela signifie que c’est un choix, donc que pourrait faire la psychanalyse face au libre arbitre?

  9. Myra said

    http://www.lemonde.fr/europe/article/2009/02/04/le-vatican-demande-a-l-eveque-williamson-de-renier-ses-declarations-sur-la-shoah_1150730_3214.html

    Cliquez ici

    Jetez un petit cou d’œil c’est paru ce matin.

  10. Hervé Moine said

    Suite de l’affaire Richard Williamson,

    … effectivement, le Vatican demande au prélat de prendre sans équivoque et publiquement ses distances avec ses déclarations sur la Shoah, condition nécessaire pour que celui qui avait tenu des propos négationnistes puisse être admis aux fonctions épiscopales dans l’Eglise catholique.

    Que pensez-vous de la proposition de se constituer un dossier, non pas sur cette affaire, mais sur ce dont cette affaire nous donne à réfléchir, à savoir le négationnisme, le devoir de mémoire, l’importance de la vérité dans l’histoire, du travail de l’historien etc….

    N’oublions pas par ailleurs que la notion d’histoire est une notion au programme et que parmi les problématiques que cette notion soulève, il y a bien toute cette interrogation.

    Qu’en pensez-vous?

    Hervé Moine

  11. Myra said

    Damien si là on parle de choix délibéré nous ne pouvons rien faire contre. C’est pour cela que je pensais à la possibilité qu’il n’en ont tous simplement pas conscience. Si c’est un choix fait par lui, c’est qu’il sait que la shoa a existé mais qu’il a délibérément décidé de m’a pas y croire. Là je pense que ces intentions seraient perfides.
    Donc je pense qu’on ne fait pas le choix d’être négationniste ou pas. On ne prend pas le choix de renier le passé.
    Le Vatican se dit « pas au courant » uniquement parce qu’il n’imaginait pas la porté d’une telle décision sur le monde chrétien et juif. Les hommes pieux en général ne peuvent cautionner le mal (lol).
    Pour l’idée du dossier il semble très intéressant. Cela étayera nos connaissances et nous donnera beaucoup plus de bagage sur cette histoire.
    Mais qu’elle notion d’histoire est au programme? L’histoire est une notion très large…

  12. Damien Jélaine said

    Mais qui t’as dit, Myra, que ce n’était pas de la perfidie? Je ne vois pas en quoi il n’aurait pas conscience de la Shoa? Les camps de la mort ont existé, et cela on le sait grâce au historien, et mieux encore, aux hommes et aux femmes qui sont encore là pour nous le raconter. Je pense sincèrement que cette homme à tout simplement décidé, c’est-à-dire de son plein gré, de fermer les yeux sur cette page de l’histoire. Après, je ne pourrai dire pourquoi un homme d’Eglise ferait cela (et même un homme tout court), car il faudrait savoir quelles sont les raisons qui poussent un homme à adopter des pensées négationnistes? Pourquoi tout simplement pense-t-il que ces camps n’ont jamais existé? Sur quoi fonde-t-il ses propos?
    Mais là encore, il faudrait connaître le personnage !

  13. Je viens de rédiger un petit article, à partir de deux articles du Point et Der Spiegel que j’ai lus, à propos du refus de rétractation de l’évêque Williamson malgré l’ultimatum que lui avait posé le pape. Il veut des preuves de l’existence des chambres à gaz…

    N’a-t-on pas des preuves de l’existence des chambres à gaz? D’une manière générale, il apparait évident qu’en l’absence de preuve, on ne peut rien affirmer de certain absolument. Mais est-ce le cas en ce qui concerne l’existence des chambres à gaz? Comment savons-nous que les chambres à gaz ont réellement existé?

    En ce qui nous concerne, ne pourrait-on pas travailler sur la notion de preuves historiques de manière générale et sur les preuves concrètes que nous avons sur ces pages sombres de l’histoire relatives à la Shoah, celles-là mêmes contesté par cet évêque?

    Un négationniste ne parviendrait-il pas toujours à remettre en cause les preuves qu’on lui apporterait? Pour ma part, je suis persuadé de la mauvaise foi du négationniste et que cette mauvaise foi lui est caractéristique.

    Aussi, je soumets à votre réflexion cette idée selon laquelle le négationniste serait celui qui connaît parfaitement les faits historiques mais qui a un besoin de les nier. Ce besoin proviendrait d’une idéologie particulière à laquelle ils adhérent. Autrement dit, leur adhésion à certaines thèses et la reconnaissance de certains faits historiques seraient tout bonnement incompatible. Ainsi, ce serait donc au service de cette idéologie qu’il leur faut 1°) soutenir de telles thèses et 2°) les diffuser en espérant trouver de nouveaux adhérents.

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