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Etude du Livre I du Contrat Social de Rousseau Cours n°13

Posted by Hervé Moine sur 12 février 2009

Jean Jacques Rousseau

Jean Jacques Rousseau

Analyse du chapitre VIII « De l’état civil »

Etat civil, état meilleur et supérieur pour l’espèce humaine que l’état de nature

Etat civil, état meilleur et supérieur pour l’espèce humaine que l’état de nature, telle semble être une des affirmations principales de Rousseau dans le premier des trois paragraphes qui composent ce court mais dense chapitre, §1.. Rousseau utilise dans des sens différents l’expression « état civil ». Tantôt cet état désigne la période qui succède à l’état de nature et qui est marquée par l’injustice, la perte de l’égalité et de la liberté ; tantôt, au contraire, l’état civil est l’état consécutif au contrat social dans lequel l’homme retrouve de nouvelles formes d’égalité et de liberté.

La raison et la justice sont en germe chez l’homme. Elles se présentent comme des potentialités que Dieu nous a données, mais qui ne pourront se développer que dans l’état civil. En ce sens ce dernier est un progrès pour l’espèce humaine, quels que soient, par ailleurs, les malheurs qui l’accablent, car être capable de justice ne conduit pas nécessairement à agir justement.

Dans l’état de nature, l’homme était innocent. Il n’avait pas l’idée du bien et du mal. « C’est l’ignorance des vices qui les empêche de mal faire. » Aussi n’avait-il aucun mérite à ne pas sombrer dans le mal dont il se gardait malgré lui, par nécessité, par nature (et non par choix).

En revanche, dans l’état civil, l’homme va progressivement développer sa raison qui va lui donner la connaissance du bien et du mal. Dès lors, il va pouvoir choisir entre le bien et le mal. Or, la morale suppose ce libre choix. Lorsqu’il sera bon, dans l’état civil, il sera méritant, car il aura choisi le bien alors qu’il aurait pu accomplir le mal. Ainsi le passage à l’état civil, en permettant le développement de la raison, a rendu possible la morale. Mais à l’état civil, le choix du bien n’est qu’une possibilité. Il n’est jamais assuré, l’homme pouvant opter pour le mal. « La voix du devoir », toujours présente, n’est pas toujours écoutée. Il ne s’agit que d’une obligation morale et chacun sait que la morale peut être bafouée.

Suivre ses « appétits », ses « penchants », n’est pas une preuve de liberté mais un « esclavage ». Etre libre c’est, au contraire, s’arracher à la dépendance des « appétits » changeants et toujours particuliers pour se donner une loi universelle que l’on décide de respecter.

L’état de nature comporte certes de nombreux avantages (égalité, liberté, innocence, bonheur) mais aussi d’indéniables inconvénients. Dans cet état, l’homme est « un animal stupide et borné », car sa raison ne s’est pas développée. C’est dans l’état civil, le conflit avec ses semblables, la spéculation, à force d’intrigues, de calculs et de complots, que l’homme va développer des qualités intellectuelles qui lui faisaient défaut. Ce sera l’acte de naissance de la raison et celle-ci rendra possible la moralité. Etre bon sera pour lui un choix. Ce n’était qu’un instinct dans l’état de nature. Toutefois, les inconvénients, les abus de l’état social sont nombreux : perte de l’égalité, de la liberté, de l’innocence originelle et disparition du bonheur. Mais le contrat social vise la création d’une société dans laquelle les avantages de l’état civil s’unissent à ceux de l’état de nature.

Lorsque l’on compare l’homme dans l’état de nature et dans l’état civil, on s’aperçoit que son évolution, contrairement à ce que laisse penser le Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes, s’est traduite par l’acquisition de multiples perfections qui ont fait d’un « animal stupide et borné » « un être intelligent » et moral. On peut donc soutenir que le bilan global de cette évolution est positif (parole, mémoire, conscience morale et intelligence) malgré les « abus » évoqués précédemment et que le contrat social doit d’ailleurs supprimer. L’homme ne se fait homme que par la socialisation : tel sera l’enseignement du chapitre VIII.

Rousseau, contrairement à ce que l’on a pu écrire ou dire, rappelons-le, estime impossible le retour à l’état de nature. D’ailleurs rien ne prouve qu’il soit souhaitable. En effet, proposer de retrouver une situation originelle « d’animal stupide et borné » n’est pas un objectif particulièrement attrayant. Tout se passe comme si, comparé à l’état social, l’état de nature était un état de bonheur et, comparé au contrat social, un état inférieur. Aussi tous ceux qui ont vu chez Rousseau un partisan du retour à l’état de nature se sont-ils trompés.

Cependant, entre les deux Discours et le Contrat Social, la position de Rousseau a pu évoluer, ceux qui soutiennent la thèse du retour à l’état de nature s’appuyant sur la lecture des deux Discours et délaissant le Contrat.

« liberté-égalité naturelle, liberté-égalité civile »

La liberté naturelle, c’est la possibilité d’entreprendre ce que nos forces nous permettent de faire, le pouvoir d’en jouir sans entraves. L’égalité naturelle, c’est le fait que tous sont dans la même situation, puisqu’ils disposent librement de leurs forces et sont soumis à une même nature. Ce libre usage de nos propres forces va disparaître dans l’état civil. En effet, chaque membre de la société démocratique met ses forces à la disposition de la communauté. Toutefois, comme la communauté met la force commune à la disposition des membres, chaque membre est gagnant. La liberté civile, c’est non pas la possibilité d’entreprendre ce que nos forces nous permettent d’accomplir, mais le pouvoir de faire tout ce que la loi permet. Une loi à l’élaboration de laquelle nous avons d’ailleurs participé. L’égalité civile est la stricte égalité des hommes devant la loi. La loi est la même pour tous. L’égalité naturelle, quant à elle, recouvrait une certaine inégalité car si tous étaient bien plongés dans la même condition (la libre jouissance de leurs forces), les forces étaient pour leur part inégales.

« l’obéissance à la loi qu’on s’est prescrite est liberté »

Pour terminer la lecture de ce chapitre, §3., remarquons que cette formule rapproche Kant de Rousseau. Cependant, Kant met l’accent sur la loi et Rousseau sur la liberté. Pour Kant, l’obéissance à la loi morale est la fin véritable et la liberté n’en est que la condition de possibilité. On lui obéit parce qu’elle est la loi. Pour Rousseau, l’obéissance à la loi est un moyen en vue de retrouver la liberté qui est la fin.

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