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Bonheur : question de la finalité de l’existence…

Posted by Hervé Moine sur 16 février 2009

Je vous propose ici un travail personnel afin d’étudier cette question de la finalité de l’existence humaine en rapport avec la notion de bonheur. Cette dernière notion est une notion commune aux programmes de philosophie.

Hervé Moine

Quelle est la finalité de la vie ?

Le bonheur peut-il être considéré comme la fin de la vie ?

  • Vous traiterez le texte d’Epicure et le texte de Kant ci-dessous proposés.
  • Un avant-propos vous est proposé ci-dessous pour vous aider à situer ces deux textes dans une problématique particulière.
  • Il conviendra de faire une étude philosophique en règle des deux textes.

Avant-propos :

Quelle est la finalité de l’existence humaine? Le bonheur peut-il, oui ou non, être considéré comme la fin de la vie?

Pour Epicure, « le plaisir est le commencement et la fin d’une vie bienheureuse ». Mais ce plaisir doit être un plaisir constant, stable, ce qu’Epicure nomme le « plaisir en repos», car si le plaisir est « en mouvement », c’est-à-dire si l’absence de plaisir ou la peine lui succèdent, le plaisir n’est pas complet ni parfait. Le bonheur consistera donc à éviter les plaisirs des sens, éphémères et causes de troubles, pour jouir de ce plaisir parfait qu’est la sérénité de l’âme délivrée de tout désordre et de toute crainte: l’ataraxie(1).

La morale d’Epicure qui est hédoniste(2), comme la plupart des morales de l’Antiquité, est un eudémonisme(3), c’est-à-dire qu’elle tient le bonheur pour le Souverain Bien(4) et la fin ultime de 1 ‘homme.

Selon le philosophe Kant, en revanche, on ne saurait fonder une morale sur le désir d’atteindre le bonheur(5) mais sur le seul devoir(6): on doit se rendre digne du bonheur, en subordonnant sa quête au respect des lois morales dictées par la raison.

Notes

1 L’ataraxie est chez les épicuriens comme chez les stoïciens, l’état d’absence complète de trouble, donc de tranquillité, de sérénité et de paix absolue de l’âme.

2 L’hédonisme est une doctrine qui voit dans le plaisir et fait de la recherche du plaisir le fondement de la morale.

3 Eudémonisme vient du grec « eudaimon » qui signifie «heureux»; l’Eudémonisme est un système de morale considérant que le bonheur constitue le but final de l’existence humaine, le souverain Bien.

4 Traduction du latin « summum bonum », le Souverain Bien signifie dans l’Antiquité, la finalité ultime qui doit être poursuivi par l’homme, autrement-dit, il est le bien supérieur à tous les autres biens. Pour Epicure, le souverain Bien est le bonheur et la vertu est ce qui conduit au bonheur.

5 Pour Kant, le désir d’atteindre le bonheur étant un idéal de l’imagination et non de la raison, ne peut être défini de manière précise.

6 La notion de devoir doit être prise au sens strict ici, à savoir comme l’obligation morale considérée en elle-­même. En d’autres termes, pour Kant, le devoir est l’intention et la volonté de bien faire, exigence purement désintéressée, simplement motivée par le respect de la loi universelle. Le devoir se fonde sur la raison et s’oppose au désir, au penchant.

TEXTE 1 Epicure, Lettre à Ménécée

epicure

« Quand nous disons que le plaisir est la fin de la vie, nous ne parlons pas des plaisirs des hommes débauches ni de ceux qui consistent dans la jouissance, comme l’imaginent certaines gens, mais nous entendons le plaisir comme l’absence de douleur pour le corps, l’absence de trouble pour l’âme. Car ce ne sont ni des beuveries et des festins à n’en plus finir, ni la jouissance de jeunes garçons ou de femmes, ni la dégustation de poissons et de toute la bonne chère que comporte une table somptueuse, qui engendrent la vie heureuse, mais c’est un entendement sobre et sage, qui sache rechercher les causes de tout choix et de toute aversion et chasser les opinions fausses, d’où provient pour la plus grande part le trouble qui saisit les âmes. Or le principe de tout cela, et par conséquent le plus grand bien, c’est la prudence? Et voilà pourquoi la prudence est une chose plus précieuse que la philosophie elle-même; car c’est elle qui donne naissance à toutes les autres vertus, en nous enseignant qu’il est impossible de vivre heureusement sans vivre avec prudence, honnêteté et justice, comme il est impossible de vivre avec prudence, honnêteté et justice sans vivre par là même heureusement. »

Epicure, Lettre à Ménécée

(Prudence = sagesse)

TEXTE 2 Kant, Métaphysique des moeurs

Emmanuel Kant

Emmanuel Kant

«Le maître: ce qui en toi tend au bonheur, c’est le penchant; ce qui restreint ce penchant à la condition d’être préalablement digne de ce bonheur, c’est ta raison, et que tu puisses limiter et dominer ton penchant par ta raison, c’est là la liberté de ta volonté.

Afin de savoir comment tu dois t’y prendre pour participer au bonheur et aussi pour ne pas t’en rendre indigne, c’est dans ta raison seulement que tu trouveras la règle et l’initiation; ce qui signifie qu’il ne t’est pas nécessaire de dégager cette règle de ta conduite de l’expérience, ou de l’apprendre par l’enseignement des autres; ta propre raison t’enseigne et t’ordonne exactement ce que tu as à faire. Par exemple, si un cas survient en lequel tu peux te procurer à toi ou à un de tes amis un grand avantage grâce à un mensonge finement médité, qui même ne t’oblige pas à faire tort à qui que ce soit, que dit ta raison?

L’élève: Je ne dois pas mentir, si grand que puisse être l’avantage qui peut être le mien ou celui de mon ami. Mentir est avilissant et rend l’homme indigne d’être heureux.»                                                                 

Kant, Métaphysique des moeurs

Exercices :

1° ) A partir de l’étude de ces deux textes, faire une synthèse afin d’établir une réponse à la question de savoir si le bonheur est la fin de la vie.

Quelques éléments pour la synthèse :

L’eudémonisme épicurien répond que le plaisir est le commencement et la fin de la vie heureuse, il tient le bonheur pour le souverain bien et la fin ultime de l’homme. La morale kantienne répond quant à elle que le bonheur ne peut être la finalité de la vie de l’humaine. Une vie bonne est une vie morale qui se fonde sur le devoir qui vient de la raison. Proposons-nous de parcourir les idées de ces conceptions différentes à partir des deux extraits de textes proposés.

Dans le texte extrait de la Lettre à Ménécée, Epicure commence par énoncer une thèse générale, à savoir que « « le plaisir est la fin de la vie ». Il y apporte aussitôt une précision pour éviter tout contresens. Ce plaisir n’est le plaisir des sens, mais le plaisir parfait qui consiste dans l’absence de douleur dans le corps, l’aponie, et l’absence de trouble dans l’âme, l’ataraxie. Il doit être en effet constant est stable, autrement-dit en repos. La luxure, la bonne chère etc… ne peuvent engendrer qu’une illusion de bonheur, seules la sobriété et la simplicité peuvent permettre d’atteindre une vie sereine et heureuse. Le bonheur ne peut se trouver dans la débauche mais dans la sagesse. En effet, Epicure observe que c’est  par la sagesse, dans le texte « la prudence » que l’on peut atteindre cette absence de trouble. La prudence, phronêsis en grec, consistant dans la force de l’esprit et dans la connaissance de la vérité, « c’est elle qui donne naissance à toutes les autres vertus, en nous enseignant qu’il est impossible de vivre heureusement sans vivre avec prudence, honnêteté et justice ». En cela, et c’est ainsi que se termine cet extrait de la Lettre à Ménécée pour Epicure, la prudence est la condition nécessaire au bonheur ?

Si pour la morale d’Epicure, le bonheur est tenu pour la fin suprême de l’existence humaine, selon Kant en revanche, on ne peut fonder une morale sur le désir d’atteindre le bonheur. En effet, pour le philosophe Kant, le bonheur est un idéal de l’imagination et non de la raison et celui-ci ne peut être défini de manière précise. Selon le philosophe de la Métaphysique des Mœurs, c’est sur le devoir qu’il convient de fonder la morale. On doit se rendre digne du bonheur, en subordonnant sa quête au respect des lois morales dictées par la raison.

Dans cet extrait de la Métaphysique des Mœurs, Kant analyse trois points importants chez l’homme, le penchant, la raison et la liberté. Tout d’abord, le penchant aspire au bonheur ; le bonheur étant la satisfaction complète de nos besoins et de nos désirs, qui relèvent de notre affectivité et de notre appartenance au monde sensible. Ensuite la raison, limite et contient ce penchant en nous faisant valoir que le bonheur n’est pas une fin par lui-même, mais que notre fin est d’être dignes du bonheur en faisant notre devoir, qui est notre fin véritable. Enfin la liberté consiste dans la possibilité d’accepter ou de refuser cette limitation du penchant.

Finalement pour Kant, la raison nous enseigne exactement et immédiatement comment nous rendre dignes du bonheur. En effet, les lois morales, les impératifs catégoriques qui forment ce devoir dont l’accomplissement  seul nous rend dignes du bonheur, nous sont dictées par la raison et elle seule, indépendamment de toute expérience. Si l’on prend par exemple le mensonge, nous n’avons pas besoin d’en avoir fait l’expérience pour savoir qu’en soi le mensonge est blâmable, avilissant, que notre devoir est de ne pas mentir.

2°) Pour aller plus loin…

a)       faire des recherches sur la doctrine stoïcienne et en particulier sur le philosophe Epictète ;

b)       comparer le stoïcisme et l’épicurisme ;

c)       étudier le texte proposé ci-dessous extrait du Manuel d’Epictète, dans lequel l’auteur énonce le principe de la sagesse qui consiste à proposer une certaine attitude face aux évènements et aux choses, à tout ce qui arrive, attitude qui soit en mesure de neutraliser et d’annuler tous les effets négatifs, tristesse, désespoir, emportement, colère…, qu’ils peuvent causer à notre âme, principe de la sagesse propre à nous fournir la clef de la liberté et du bonheur philosophique.

Texte 3 Epictète, Manuel

Epictète

Epictète

« 1. Il y a des choses qui dépendent de nous et d’autres qui ne dépendent pas de nous. Ce qui dépend de nous, c’est la croyance, la tendance, le désir, le refus, bref tout ce sur quoi nous pouvons avoir une action. Ce qui ne dépend pas de nous, c’est la santé, la richesse, l’opinion des autres, les honneurs, bref tout ce qui ne vient pas de notre action.

2. Ce qui dépend de nous est, par sa nature même, soumis à notre libre volonté ; nul ne peut nous empêcher de le faire, ni nous entraver dans notre action. Ce qui ne dépend pas de nous est sans force propre, esclave d’autrui ; une volonté étrangère peut nous en priver.

3. Souviens-toi donc de ceci : si tu crois soumis à ta volonté ce qui est par nature, esclave d’autrui, si tu crois que dépende de toi ce qui dépend d’un autre, tu te sentiras entravé, tu gémiras, tu auras l’âme inquiète, tu t’en prendras aux dieux et aux hommes. Mais si tu penses que seul dépend de toi ce qui dépend de toi, que dépend d’autrui ce qui réellement dépend d’autrui, tu ne te sentiras jamais contraint à agir, jamais entravé dans ton action, tu t’en prendras à personne, tu n’accuseras personne, tu ne feras aucun acte qui ne soit volontaire ; nul ne pourra te léser nul ne sera ton ennemi, car aucun malheur ne pourra t’atteindre. »

Epictète, Manuel

3°) A partir de l’étude de texte de Bergson,

Extrait de l’Energie spirituelle, qui affirme que la finalité de l’existence réside dans le fait de créer, compléter la réflexion sur la question du sens de l’existence.

Voir le texte de Bergson

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Une Réponse to “Bonheur : question de la finalité de l’existence…”

  1. Guimbretière said

    Ayant eu une vie très heureuse, je ne m’en pose pas moins la question: pourquoi existons nous?
    J’ai donc le droit, plus, le devoir de la poser. Vos réponses sont d »un égoïsme……..Elles tournent toutes autour du « moi » ! du bonheur !

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