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De nouvelles traductions revisitent la philosopsophie de Schopenhauer

Posted by Hervé Moine sur 19 septembre 2009

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Fin du malentendu

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par Jean Blain
Lire, septembre 2009

Le monde comme volonté et représentation

Arthur Schopenhauer

Gallimard

traduit de l’allemand par Christian Sommer, Vincent Stanek et Marianne Dautrey. 2 vol, 9,10 chaque volume..

2340 pages.

Folio.

  • De nouvelles traductions revisitent la pensée de Schopenhauer.

La plupart des traductions de Schopenhauer (1788-1860), dont nous disposions jusqu’à présent, dataient de la fin du XIXe et du début du XXe siècle, époque où il connut son heure de gloire et inspira Maupassant, Zola, Huysmans, Gide et Proust. En dépit de leurs qualités littéraires, ces traductions, inégales et souvent inexactes, ont eu leur part dans certains malentendus, propres à la réception française de Schopenhauer, qui lui va-lent chez nous, aujourd’hui encore, une réputation de philosophe superficiel. Avec la publication, en collection de poche, de nouvelles traductions – complétées d’un riche appareil de variantes et de notes – du Monde comme volonté et représentation, dont la précédente traduction était de 1888, et des Deux problèmes fondamentaux de l’éthique, le lecteur dispose enfin des éditions critiques qui faisaient défaut dans notre langue.

  • Saisir l’essence intime des choses

Toute la philosophie de Schopenhauer – à savoir le développement d’une «pensée unique» – est dans le titre de l’ouvrage de 1818, qu’il ne cessera d’enrichir, d’amender et de préciser jusqu’à la veille de sa mort. Le monde est à la fois représentation et volonté. Il est représentation de l’ensemble des choses que je connais, que je vois et que je touche, puisqu’il m’est impossible de sortir de moi-même pour connaître la chose en soi, autrement dit la réalité telle qu’elle est indépendamment de moi qui la connais. Aussi Schopenhauer – qui tient là son intuition fondamentale – nous invite-t-il à emprunter un autre chemin pour atteindre l’essence intime des choses, «un chemin par l’intérieur, un passage souterrain pour ainsi dire, une communication secrète qui, comme par quelque trahison, nous transportera d’un seul coup à l’intérieur de la forteresse qu’aucun assaut extérieur n’aurait jamais pu prendre». Ce souterrain, censé nous introduire au coeur de la réalité, n’est autre que l’expérience que nous faisons de nous-mêmes, en tant que nous avons un corps, seule chose qui ne nous soit pas connue seulement de l’extérieur, mais aussi de manière intime et immédiate. Car, éprouvé de l’intérieur, le mouvement de mon bras se confond avec ma volonté de lever le bras. Et je comprends que mon corps n’est que «ma volonté rendue visible». Avec cette expérience, «nous sommes en quelque sorte derrière les coulisses et apprenons le secret»: nous découvrons que la substance intime de toute chose est la volonté, partout présente dans la nature comme en nous, «dans la force qui agit et végète dans les plantes, qui fait prendre le cristal, qui dirige l’aimant vers le pôle Nord […]; jusqu’à la gravité qui agit si violemment sur toute matière, attirant la pierre vers la Terre et la Terre vers le Soleil».

Les Deux problèmes fondamentaux de l’éthique sont la réunion, par Schopenhauer lui-même en 1841 et pour la première fois ici en traduction, de deux essais rédigés en réponse à des questions mises au concours par les Académies royales de Norvège et de Danemark. Le premier, Sur la liberté de la volonté, s’emploie à montrer que la croyance au libre arbitre – selon laquelle nous pourrions toujours, dans une situation donnée, accomplir une action aussi bien que son contraire sans y être en rien contraints – est une illusion, car les motifs qui nous font agir exercent leur action sur nous avec la même nécessité que celle en vertu de laquelle la pierre tombe sous l’effet de la pesanteur. Quant au second essai – Sur le fondement de la morale – dans lequel Schopenhauer entreprend une critique en règle de la philosophie morale de Kant, il se conclut sur l’idée que la pitié, ou la compassion, est le seul mobile non égoïste de nos actions et le seul fondement possible de la morale. Qui a retenu la leçon du Monde comme volonté et représentation et a compris que tout ce qui vit est la manifestation d’une seule et même volonté à l’oeuvre dans la nature cesse de voir dans les autres des individus distincts de lui, des rivaux, et se reconnaît par conséquent en ceux qui souffrent.

On aura compris que la philosophie de Schopenhauer ne se résume pas au pessimisme et à la misanthropie. Gageons que ces nouvelles traductions renouveleront la lecture et la compréhension d’un philosophe infiniment plus subtil et complexe que ne pourraient le laisser penser les quelques lieux communs auxquels il est souvent réduit.

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