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Les dialectiques de l’ascèse

Posted by Hervé Moine sur 13 octobre 2009

CRISSM

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Les 18, 19 et 20 novembre 2009

à l’Université Paul-Valéry Montpellier III

COLLOQUE INTERNATIONAL : « LES DIALECTIQUES DE L’ASCÈSE »

crises

C.R.I.S.E.S. (Centre de Recherches Interdisciplinaires en Sciences Humaines et Sociales)

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« Exercice », « entraînement sportif » à l’origine, l’ascèse a tôt pris le sens de « discipline morale » ou de « pratique philosophique ». Le terme renvoie aussi à la notion d’exercice spirituel,  dont Pierre Hadot a souligné l’importance pour toute la philosophie antique. Le mot ne se trouve pas dans le Nouveau Testament mais le concept n’est pas étranger au judaïsme hellénistique et il est recueilli ensuite par les Pères apostoliques, qui l’appliquent notamment au martyre. Dans sa rencontre avec la théologie chrétienne, l’ascèse signifiera l’entraînement de l’âme à la pratique des vertus, la lutte contre les tentations, la vie de renoncement, inspirant notamment les mille et une variétés du mode de vie monastique.

Ainsi, dès les premiers siècles de notre ère, deux conceptions de l’ascèse se distinguent, que Michel Foucault opposait en soulignant leurs liens avec l’herméneutique du sujet  : si, dans l’ascèse philosophique de l’époque hellénistique, il s’agirait « de se rejoindre soi-même avec, comme moment essentiel, la subjectivation d’un discours vrai dans une pratique et un exercice de soi sur soi », l’ascèse chrétienne correspondrait en revanche à « un mouvement de renonciation à soi, passant, comme moment essentiel, par l’objectivation de soi dans un discours vrai ». Cette distinction opératoire, dont il conviendra d’interroger la pertinence au cours des différentes époques, constituera le point nodal de la réflexion : l’ascèse, dans sa compréhension  judéo-chrétienne, est-elle réductible à un renoncement, théorisé et pratiqué « en fonction d’une parole vraie qui a été dite par un Autre » ?

Entre la pesanteur et la grâce, dans un foisonnement d’écoles, de pratiques et de discours spécifiques, l’ascèse chrétienne ou non chrétienne s’est en tout cas frayée un chemin jusqu’à nous et la notion n’a cessé d’habiter toute son amplitude analogique : ici elle désigne une technique du corps compatible avec l’hédonisme, là un ensemble d’habitus visant à fortifier l’âme dans sa lutte contre les puissances du mal, là encore une mise à l’épreuve du désir, pour l’éteindre, l’accroître ou le transfigurer. Chez Diogène le Cynique ou chez Jean le Baptiste, l’ascèse peut acquérir un sens protestataire et désigner un mode de vie alternatif choisi par voie de conversion. De Sparte au « drill » militaire, elle s’apparente aussi à des formes collectives de dressage et de coercition.

C’est dire que le système de l’ascèse est l’un de ces lieux privilégiés où se dévoilent et où se vérifient les anthropologies et les théologies, où l’homme avoue à la fois, au prix fort de sa chair, comment il se pense, comment il se juge et comment il se construit. Les représentations du monde et du sujet s’inscrivent dans le corps.  L’opération ne va évidemment pas sans tensions ni torsions que ce colloque entend explorer au plus près, en faisant appel à plusieurs disciplines et en suggérant quatre pistes :

1.     Du grec askêsis au latin exercitatio, des paganismes aux christianismes, la notion a traversé plusieurs univers linguistiques, plusieurs constructions philosophiques et théologiques de la chair, plusieurs appareils de légitimation ; il convient d’abord d’évaluer les effets de ces transferts sémantiques et de ces migrations symboliques. Il est peu probable en effet que le langage du corps ait pu totalement échapper aux effets du brouillage des langues.

2.      Lieu privilégié de confrontation entre théorie et pratique, l’ascèse s’inscrit dans le cadre de l’antique analogie entre philosophie et médecine. Si l’ascèse philosophique vise à garantir la santé de l’âme comme l’exercice physique entretient la santé du corps, il convient de s’interroger sur les formes revêtues par cette pratique de soi au sein des différents systèmes de pensée. Il s’agira notamment de se demander dans quelle mesure le discours anthropologique concernant les relations âmes/corps exerce une influence sur les pratiques ascétiques.

3.     Le discours mystique et le discours ascétique ont fait quelquefois bon ménage, s’informant mutuellement lorsque l’exercice était pensé comme une purification de l’être avant l’union, une preuve d’amour. Mais ils se sont aussi fréquemment opposés, le premier stigmatisant alors dans le second une vanité masochiste de la matière, un sous-produit pervers de l’orgueil et du narcissisme, une acrobatie entre l’ange et la bête. Dans la mise en ruines du corps comme dans la quête d’un corps de gloire, n’est-ce pas encore le souci de soi qui se déguise ? Et la vie parfaite se confondrait-elle avec une parfaite maîtrise de sa vie ? De son côté, en codifiant ses pratiques purgatives, en les aménageant en parcours  balisé, l’ascèse s’est parfois pensée comme la seule « voie ordinaire », assurée et universalisable, renvoyant la mystique vers la bizarrerie, l’exception, la subjectivité, l’hétérodoxie. Entre procès des ascètes et « crépuscule des mystiques », il conviendra d’interroger les évolutions de la vie spirituelle pour relever les traces de compénétration et de bifurcation.

4.      L’individu, l’école de sagesse ou de spiritualité, le monastère, la société enfin, si souvent pensée comme un « corps » et sur laquelle ont été expérimentées au cours de l’histoire diverses utopies ascétiques : à travers tous ces lieux, l’ascèse modifie son positionnement social et son rapport au monde. Partagerait-elle la neutralité des « techniques », offrant autant de possibilités de libération que de risques d’aliénation ?

M. FOUCAULT, L’herméneutique du sujet. Cours aux Collège de France (1981-1982), éd. F. Gros, Paris, 2001, p. 313 et 317.

Le comité scientifique

  • Mme Vana Nicolaïdou-Kyrianidou, Professeur à l’Université Capodistria, Athènes.
  • Mme Benedetta Papasogli, Professeur à LUMSA, Rome.
  • M. Richard Parish, Professeur au St Catherine’s College, Oxford.
  • M. le Doyen Marc Philonenko, Membre de l’Institut.

Le programme du colloque

Mercredi 18 novembre 2009

  • Marc Philonenko, Membre de l’Institut. « Les origines esséniennes de l’ascétisme chrétien »
  • Jean-Daniel Causse, UPV. « La pratique ascétique : une divine jouissance ? »
  • Christian Belin, UPV. « L’argument de l’ascèse dans les controverses mystiques du XVIIe siècle »
  • Vana Nicolaïdou-Kyrianidou, Université Capodistria, Athènes (Grèce). « Questions d’ascèse : le corps de l’ambitieux chez Xénophon et la notion de la politique selon Hannah Arendt »

Jeudi 19 novembre 2009

  • Jean-Luc Périllié, UPV. « Ascèse et contemplation dans la définition du philosophe du Théétète de Platon »
  • Stefania Bonfiglioli, Université de Bologne (Italie). « L’importance de l’askêsis dans la Géographie de Strabon »
  • Jean-François Thomas, UPV. « Sur l’expression lexicale des idées d’ascèse et d’exercice moral en latin »
  • Stavros Perentidis, Université « Panteion », Athènes (Grèce). «L’ascèse dans les canons byzantins »
  • Sylvain Camilleri, UPV/Université de Fribourg-en-Brisgau (Allemagne). « Réflexions sur l’historicité de l’ascèse religieuse, à partir de Harnack et Troeltsch »
  • Sabine Luciani, Université de Grenoble 3. « Discours intérieur et ascèse philosophique chez Cicéron »
  • Alain Gigandet, Université Paris XII. « La problématique de l’ascèse épicurienne »
  • Frédéric Fauquier, Grenoble. « Relectures néoplatoniciennes du Phédon »
  • Jean Meyers, UPV. « L’écriture comme ascèse philosophique dans le De Vita solitaria de Pétrarque »
  • Jean-François Galinier-Pallerola, Institut Catholique de Toulouse. « Le jeûne dans le discours des orateurs sacrés XVIe –XIXe siècles »

Vendredi 20 novembre 2009

  • Laurent Lavaud, Université Paris I. « Dire l’ineffable. L’ascèse spéculative de Plotin »
  • Inès Kirschleger, Université de Toulon. « Vivre d’ascèse et de psaumes. Ou l’art de bien vivre et de bien mourir dans les manuels de piété réformée au XVIIe siècle »
  • Benedetta Papasogli, LUMSA, Rome (Italie). « Un Dieu chirurgien ? L’imaginaire de l’ascèse chez Fénelon »
  • Franck Damour, Blois. « L’ascèse comme voie de vérité en Russie (XIXe-XXe siècles) »
  • Michel Fourcade, UPV. « Ascétique et mystique à l’heure du renouveau thomiste »
  • Jérôme Thomas, UPV. « La discipline cléricale et le contrôle du corps dans les manuels pour novices (XIIe-XIIIe s.) »
  • Nathalie Nabert, Institut Catholique de Paris. « Le corps en cellule, ascèse et exercices spirituels dans les sources cartusiennes du Moyen Age »
  • Pierre-Yves Kirschleger, UPV. « L’ascèse intramondaine du protestantisme »
  • Brigitte Pérez-Jean, UPV. Conclusions du colloque.

Renseignements

Ce colloque international est organisé par Sabine Luciani, Brigitte Pérez-Jean, Michel Fourcade et Pierre-Yves Kirschleger.

Il aura lieu à la salle Pierre-Jourda, Bâtiment Recherches Marc-Bloch (BRED)

brigitte.perez@univ-montp3.fr
sabine.luciani@sfr.fr
mfourcade@9online.fr
pierre-yves.kirschleger@univ-montp3.fr
Tel : 04-67-14-24-35 ou 04-67-14-24-17

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Une Réponse to “Les dialectiques de l’ascèse”

  1. If only I had a quarter for every time I came here.. Amazing read!

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