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Récompense pour « Personne », roman de la philosophe Gwenaëlle Aubry

Posted by Hervé Moine sur 11 novembre 2009

Personne – Prix Femina 2009

aubry personneaubryPersonne, un roman en marge du roman

« Sans surprise, mais non sans débats, le prix Femina récompense un fort beau livre » (1). Gwenaëlle Aubry, lundi 9 dernier, Gwenaëlle Aubry a reçu le prix Femina pour son roman Personne publié au Mercure de France / Gallimard. « Les jurées du Prix Femina ont récompensé un très beau texte sur la folie et la relation père-fille, mais comme l’an passé avec Où on va, papa ?, de Jean-Louis Fournier (Stock), elles se situent aux marges du roman. » (2)

Personne complexe, étranger à lui-même et au monde

Gwenaëlle Aubry retrace « un récit singulier et émouvant sur son père » (1), François-Xavier Aubry, en fouillant dans sa mémoire et à partir des notes « à romancer » que son père a laissées avant de mourir dont l’ensemble est intitulé « Mouton noir mélancolique » Un récit dans lequel elle tente de retracer l’histoire éclatée de ce père, brillant professeur à la Sorbonne spécialiste de la décentralisation et juriste mais souffrant d’une psychose maniaco-dépressive. Il se voyait qui se voyait pirate, clown, SDF. En 26 chapitres brefs, comme autant de fragments d’identités fugaces, à mots retenus, chapitres reprenant les lettres de l’alphabet, de « A » comme Antonin Artaud à « Z » comme Zélig, « se dessinent le portrait d’un homme, complexe et attachant, étranger à lui-même, au monde. » (1)

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« Mouton noir(3). Personne est un mausolée de papier construit par une fille pour son père, un de ces récits de deuil comme il s’en écrit beaucoup depuis vingt ans. S’il est particulièrement frappant, et émouvant, cela tient à la fois à la figure du disparu et à l’intelligence de l’auteur. Disparu, le père l’était par intermittence de son vivant, glissant d’une identité à une autre, maniaco-dépressif, un jour souverain, un jour SDF. Fils et petit-fils de médecin, il était professeur de droit à la Sorbonne, résume Gwenaëlle Aubry, fille de François-Xavier Aubry, l’homme brillant, et «fille du mouton noir» rejeté par sa famille bourgeoise et provinciale.

De quoi est fait cet héritage impossible ? Que faire des textes légués ? Comment vivre avec le souvenir des masques («persona» en latin), et de la «grande ombre» qui a toujours été là, oblitérant l’image d’un père normal ? Gwenaëlle Aubry progresse en vingt-six lettres, commençant par «A» comme Artaud. Elle cherche à consoler l’enfant qu’il fut, et demande pardon d’avoir à réconforter la petite fille qu’elle a été. Elle dresse le portrait d’un intellectuel qui ressemble à Dustin Hoffman et à Jean-Pierre Léaud. «Dans la Chambre verte, Jean-Pierre Léaud ne joue pas, mais une date est prononcée, qui est celle de la mort de mon père.» Elle est en quête de signes comme autant de balises qui remettraient à l’endroit le monde que son père a connu sens dessus dessous.

Personne est une entreprise de reconnaissance : «Je ne fais rien d’autre, finalement, écrivant ce livre, que prononcer son nom.)» Ce roman est donc une victoire littéraire, et le contraire d’une plainte déposée : «J’ai eu un père. Ce père n’était ni un héros, quoique sa vie entière il ait combattu l’ombre en lui, ni un homme ordinaire. Mais il m’a légué un monde héroïque, un monde infini et labile, opaque et foisonnant, plein de chausse-trapes et de coulisses, de bas-côtés et lignes de fuite, de monstres, aussi, et de spectres plus ou moins arrangeants, et avec ce monde le désir de l’arpenter et de le dire.» » (3)

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L’auteur de Personne, Gwenaëlle Aubry

Gwenaëlle Aubry est née en 1971. Elle dut élève à l’Ecole Normale Supérieure d’Ulm de 1989 à 1993 en option philosophie et au Trinity Collège de Cambridge, agrégée, docteur en philosophie elle est chargée de recherche.

Elle soutient sa thèse de doctorat en décembre 1998 à l’Université de Paris-Sorbonne, Paris IV : De l’en-puissance à la toute-puissance. Aspects de la puissance d’Aristote à Leibniz. Elle devient Maître de Conférence à l’Université de Nancy II. Elle est depuis 2002 chargée de recherche au CNRS, Centre Jean Pépin.

« Après avoir collaboré à divers essais, elle se lance dans la fiction en 1999 avec Le Diable détacheur (Actes Sud). Dès ce premier roman qui dépeint les affres et tourments d’une jeune fille amoureuse d’un homme mûr, se révèle une écriture fine, soignée.

En 2002, avec L’Isolée (Stock), Gwenaëlle Aubry prête sa plume à une jeune femme de 20 ans – qui n’est pas sans rappeler Florence Rey – amoureuse d’un homme révolté par le sort réservé aux sans abris. A sa suite, elle composera L’Isolement (Stock, 2003), un très beau texte sur l’enfermement et la dépossession. » (3)

En savoir davantage sur Gwenaëlle Aubry : http://upr_76.vjf.cnrs.fr/Membres/Aubry/Aubry.html

Notes :

(1) Le Monde, article de Catherine Rousseau du 9 novembre 2009

http://www.lemonde.fr/livres/article/2009/11/09/gwenaelle-aubry-obtient-le-femina-avec-personne_1264622_3260.html

(2) Le Monde, article d’Alain Beuve-Méry  du 10 novembre 2009

http://www.lemonde.fr/livres/article/2009/11/10/le-femina-est-attribue-a-personne_1265279_3260.html

(3) Libération, article de Claire Devarrieu du 10 novembre 2009

http://www.liberation.fr/livres/0101602127-pour-le-prix-femina-personne-est-parfait

aubry personne

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