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Archive for janvier 2010

Construire un monde plus digne de notre intelligence

Posted by Hervé Moine sur 25 janvier 2010

Pierre Rabhi

L’humanité doit changer ou elle disparaîtra

Le philosophe Pierre Rabhi*, un des pionniers de l’agriculture biologique, revient sur l’échec de Copenhague et plus globalement sur l’incapacité des « grands sommets » à prendre des décisions rationnelles pour le bien collectif. Il rappelle que le temps n’est plus à l’aménagement de notre modèle, mais bien à un changement plus radical pour construire un monde plus digne de notre intelligence.

La grande déconvenue de Copenhague est à la mesure de l’espoir que cette rencontre avait suscité. Après les grandes cérémonies précédentes, il fallait être singulièrement naïf pour croire qu’une quelconque décision – que la gravité des enjeux nécessite absolument – allait surgir d’une ambiance de hall de gare, où chaque nation veille avant tout sur ses intérêts propres. L’enjeu, lui, est des plus simples. Suite à des transgressions de l’espèce humaine, il se pose comme un ultimatum. L’humanité doit changer de comportement à l’égard de la planète qui l’héberge, si elle ne veut pas disparaître.

Sur une planète une et indivisible – et dont la diversité et la cohésion renforcent la vie et la survie -, notre espèce, en dépit de sa nature également unitaire, est fragmentée. L’avénement très récent du phénomène humain a instauré un vivre ensemble fondé sur l’antagonisme. Certains font appel aux théories de M. Darwin pour le justifier. Quoi qu’il en soit, contrairement aux autres espèces, il n’a pas pour seul mobile la lutte pour la survie – relativement facile à solutionner -, mais des causes plus subtiles : les mythes, les croyances, les symboles pour exorciser une sorte de peur primale. Ces paramètres sont omniprésents dans toutes les concertations lorsqu’il s’agit de résolutions communes.

La rivalité issue de l’insécurité est allée jusqu’à apposer un ordre cloisonné, fait de morceaux de planète appelés territoires, à l’origine de grands conflits. Ces territoires sont comme les éléments d’un puzzle mais qui, au lieu de rendre intelligible le tout, en exacerbent la confusion. C’est ainsi que les questions factuelles, censées être examinées à l’occasion de ces rencontres, se posent en occultant les mécanismes subjectifs qui les sous-tendent et les déterminent. Le sort commun est guidé par des préjugés, alors qu’il devrait au contraire transcender les intérêts particuliers des nations.

C’est aussi la même irrationalité qui fait que, au lieu d’exalter la splendeur d’une planète vivante et unique, elle est ravalée à un simple gisement de ressources à exploiter jusqu’à leur épuisement. Pour ce faire, un ordre anthropophagique mondial s’est imposé insidieusement, avec une règle du jeu qui permet aux plus voraces de dévorer légalement les plus démunis. Pire encore, des Etats corrompus vont même jusqu’à confisquer à leurs populations les biens légitimes indispensables à leur survie. Comme nous ne sommes pas à une perversion près, le tiers-monde suscite, comme contrepartie de son appauvrissement programmé, des dispositifs internationaux à caractère compassionnel, pour lui allouer quelques subsides. Par une sorte de cynisme moralisé, la politique du pompier pyromane devient un mécanisme normal, banalisé, comme l’humanitaire est devenu le moyen compensatoire aux défaillances de l’humanisme, seul en mesure de le rendre sans objet.

Le plus extraordinaire encore, c’est d’avoir réussi à donner le noble vocable d' »économie » – à savoir la régulation des échanges pour la satisfaction des besoins de tous – à ce qui est le déni même de l’économie. La croissance économique fondée sur la prédation et la dissipation des ressources provoque une multitude d’effets directs et collatéraux négatifs parmi lesquels, justement, le réchauffement climatique, objet de Copenhague.

Bien des problématiques, comme la faim dans le monde, mériteraient autant d’effervescence, mais on sait que les priorités sont définies, au-delà même de l’autorité politique, par la puissance insidieuse de l’argent. On entend souvent dire que ces rencontres permettent néanmoins de sensibiliser l’opinion aux grands enjeux écologiques. Cela est indéniable, comme est indéniable la sincérité de nombreuses personnes qui aspirent au changement de l’aventure humaine. Mais il faut cesser d’être naïf, car le temps n’est pas à l’aménagement de notre modèle de société, mais à un changement radical pour qu’enfin, en plaçant l’humain et la nature au cœur de nos préoccupations, nos talents et nos moyens puissent être mobilisés pour construire un monde digne de la vraie intelligence.

Nous en avons les moyens matériels, il ne nous manque que l’audace et la détermination. Ce qui donne de l’espoir, c’est que la société civile planétaire semble déjà s’être engagée activement pour que ce changement de paradigme puisse advenir.

*Pierre Rabhi, fondateur de Colibris, mouvement pour la terre et l’humanisme.

http://www.latribune.fr/opinions/20100125trib000466475/l-humanite-doit-changer-ou-elle-disparaitra.html

En savoir plus sur Pierre Rabhi :

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« Quand la terre tremble, le fondement le plus archaïque de nos certitudes vacillent »

Posted by Hervé Moine sur 20 janvier 2010

Quand la terre tremble

Chronique de Roger-Pol Droit paru le 20 janvier dans LesEchos.fr

Le séisme en Haïti donne à voir toutes les composantes de notre monde qui d’ordinaire restent dans l’ombre. La fragilité des êtres humains – fait premier, essentiel et banal, que la vie actuelle finit par faire oublier. La persistance de la compassion et de la solidarité, souvent noyées sous l’indifférence quotidienne. L’existence forte de la communauté internationale, avec sa bonne volonté autant que sa mauvaise organisation et son impuissance relative. Le retour immédiat de la violence brute, de la guerre de tous contre tous, dès qu’aucune force n’assure plus l’ordre public. L’omniprésence des images, masquant souvent l’absence de vraies paroles et d’informations précises.

On dirait qu’en tremblant la terre fait craquer la fine pellicule du temps normal. Elle met à nu les os et les tendons du présent, en y dévoilant brutalement, pêle-mêle, des phénomènes sans âge (terreur, désespoir, cruauté, entraide) et des situations récentes (communications instantanées, puissance des caméras, impuissance des logistiques). Parce qu’il est soudain, imprévisible et dévastateur, le tremblement de terre est une catastrophe particulière : il fait s’effondrer, au propre et au figuré, tout ce que les humains ont édifié – bâtiments ou familles, fortunes ou espoirs. Sans mobile apparent.

Cette absurdité révoltante a fait hurler Voltaire. Ses cris sont tournés en vers – ils n’en sont pas moins explicites : « Quel crime, quelle faute ont commis ces enfants/Sur le sein maternel écrasés et sanglants ? » Ces cadavres d’enfants sont ceux de Lisbonne, ravagée, le 1er novembre 1755, par un tremblement de terre suivi d’un tsunami. De 50.000 à 100.000 morts. Et, à leur suite, le premier débat philosophique moderne sur les grandes catastrophes naturelles. Comment croire à la providence, à l’ordre du monde, à la bonté divine et à la bonté de la nature, en contemplant les innocents massacrés, l’arbitraire absolu des trépas et des survivances ? Ce que Voltaire commence à découvrir dans son « Poème sur le désastre de Lisbonne » (1756), c’est, bien avant Camus et le XXe siècle, le thème de l’absurde : « Que peut donc de l’esprit la plus vaste étendue ? Rien, le livre du sort se ferme à notre vue. »

Rousseau lui réplique, toujours à propos de Lisbonne, que la nature est moins responsable du désastre que la société. Qui donc a construit les immeubles qui se sont effondrés ? Sans cette vaste concentration urbaine, dont les humains seuls portent la responsabilité, « le dégât eût été beaucoup moindre, et peut-être nul ». Cette « Lettre sur la Providence » (1756) n’est pas le seul témoignage du choc profond de ce tremblement de terre sur la pensée européenne. Kant, fasciné par ce drame, contribuera à fonder la sismologie en rédigeant plusieurs mémoires sur les causes possibles des séismes.

La pensée contemporaine réfléchit moins à la Providence qu’à nos évidences, mais elle peut pourtant éclairer à sa manière la spécificité du drame. Ainsi, parmi les écrits tardifs du mathématicien et philosophe Edmund Husserl (1859-1938), figure un cours de 1931 intitulé « La terre ne se meut pas ». Le philosophe explique comment notre monde perceptif repose tout entier sur un sol immuable, fixe, dépourvu de mouvement. Nous savons, certes, que la planète se déplace à toute vitesse, mais l’ancrage de notre réalité et de nos pensées, lui, demeure immobile. C’est pourquoi tant de métaphores – chez les philosophes, mais aussi chez les hommes de sciences -tournent autour des « fondements », des « fondations », du « roc » des certitudes ou du « sol » des évidences.

Là se tient, en fin de compte, le point de terreur propre au tremblement de terre. Le séisme vient défaire, de manière impensable, l’assise du monde, le socle immémorial où s’appuie, sans le savoir, notre existence. Avant même toutes les conséquences que l’on connaît, la secousse sismique provoque une déchirure première, une catastrophe primordiale : la stabilité originaire de la terre se brise, se disloque du dedans. Quand la terre tremble, le fondement le plus archaïque de nos certitudes vacillent.

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Quoi de nouveau chez les Anciens ?

Posted by Hervé Moine sur 17 janvier 2010

Colloque international

« Quid novi ? La modernité chez les Anciens »

Les 21, 22 et 23 janvier 2010 à Paris et Rouen

Université de Paris IV-Sorbonne
EA 4081 « Rome et ses renaissances »


Université de Haute Normandie
EA 4307 « Equipe de Recherche Interdisciplinaire sur les Aires Culturelles » (ERIAC)

Ce colloque est organisé par Carlos Lévy (Université de Paris IV-Sorbonne), Annie Hourcade et  Anne Vial-Logeay (U. de Haute Normandie, ERIAC).

Pour notre part, nous noterons principalement les interventions de D. Sedley de l’Université de Cambridge sur Cicéron et le Timée de Platon, de C. Veillard de l’université de Paris X sur la conception de la démocratie chez les Stoïciens et de V. Laurand de l’Université de Bordeaux sur la problématique des arts chez Sénèque.

Au programme du colloque

Jeudi 21 janvier à l’Université de Paris IV-Sorbonne, salle D664

  • D. Sedley (U. Cambridge) Cicéron et le Timée de Platon
  • A. Tordesillas (U. Aix-Marseille I) Rome à l’enseigne de Lysippe : kairos et summetria
  • A. Hourcade (U. Rouen) Tradition et orthodoxie dans Du bon roi selon Homère de Philodème
  • D. De Sanctis (U. de Pise) Les normes de la parrhèsia : Philodème et les enseignements d’Epicure dans la Rome républicaine
  • C. Veillard (U. Paris X) La conception de la démocratie chez les Stoïciens

Vendredi 22 janvier : Maison de l’Université de Rouen, salle divisible Nord (Campus de Mont Saint-Aignan)

  • Cl. Gontran (U. Rouen) La tragédie attique
  • M. Faure (U. Paris III) Hoc nouom est aucupium ; ego adeo hanc primus inueni uiam (Eunuchus, v. 247) : Térence, un poeta moderne ?
  • C. Lévy (U. Paris IV) Conservatisme et modernité chez Lucilius
  • V. Laurand (U. Bordeaux) La problématique des arts dans la Lettre 89 de Sénèque
  • M. Deramaix (U. Rouen) Le passé c’est l’avenir : Virgile, Enéide
  • Cl. Herrenschmidt (MSH, Nantes ; Collège de France) De la modernité de leurs signes : l’écriture et la monnaie chez les Grecs

Samedi 23 janvier : Maison de l’Université de Rouen, salle divisible Nord (Campus de Mont Saint-Aignan)

  • F. Romana Berno (U. Padoue) Cicerone contro il mos maiorum (Cael. 33-35; Manil. 60-63)
  • A. Vial Logeay (U. Rouen) Res ardua uetustis nouitatem dare, nouis auctoritatem … quelques remarques sur l’Histoire naturelle de Pline l’Ancien
  • M. Ribreau (Fondation Thiers) Profanas uerborum nouitates euita : nouveauté hérétique, nouveauté chrétienne ; une situation paradoxale chez saint Augustin ?

Pour tout renseignement complémentaire : annie.hourcade@univ-rouen.fr ou anne.logeay@univ-rouen.fr

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Un café-philo consacré à Hannah Arendt

Posted by Hervé Moine sur 14 janvier 2010

Hannah Arendt (1906-1975)

A Honfleur, chaque deuxième vendredi du mois, les Maisons de Léa abritent un café philosophique.

Ces rencontres ont repris autour du livre « Notes critiques » (1949-1969, éditions Payot) du philosophe et sociologue germanique Max Horkheimer, figure essentielle de l’École de Francfort.

Dans ce livre présenté par l’ancien professeur de philosophie Christian Carle, il est question de tout un tas de questions encore actuelles : le féminisme, le mouvement étudiant, l’état d’Israël, Nietzsche et les Juifs, la vie à l’américaine, la publicité, les médias, les paradoxes des « bonnes intentions », la critique de la psychanalyse, la contestation de l’ordre établi et des idées reçues du discours bourgeois né avec les philosophes des Lumières.

Comme l’écrivait Alain Suied dans la République des Lettres en 1994, « tous les sujets attirent et attisent une vision incisive et un trait vif qui ramènent toujours le lecteur vers la plus obscure des réalités pour mieux la repérer et pour mieux laider à sen désaliéner ».

Prochain rendez-vous le 12 février autour d’un autre livre référence : « La crise de la Culture » d’Hannah Arendt (1961, 2ème édition en 1968), une réflexion autour de la tradition, l’Histoire, l’autorité, la liberté et l’éducation.

D’après un article d’Ouest France du 13 janvier 2010

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