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Friedrich Engels, austère ou joyeux drille ?

Posted by Hervé Moine sur 4 février 2010

Friedrich Engels 1820-1895

Critique « Engels. Le gentleman révolutionnaire », de Tristram Hunt : Friedrich Engels, la révolution au champagne

Article de Thomas Wieder paru dans LE MONDE DES LIVRES le 4 février 2010

http://www.lemonde.fr/livres/article/2010/02/04/engels-le-gentleman-revolutionnaire-de-tristram-hunt_1300965_3260.html

S’il était né au XXe siècle, on l’aurait sans doute moqué pour son appartenance à la « gauche caviar ». Et les magazines people en auraient vraisemblablement fait l’une de leurs proies. Coauteur avec Karl Marx du Manifeste du parti communiste (1848), Friedrich Engels a manifestement vécu de façon fort peu… communiste. C’est du moins ce qui ressort de la passionnante biographie que lui consacre le jeune historien britannique Tristram Hunt, professeur à l’université Queen Mary de Londres.

Parce qu’il voulut substituer au « socialisme utopique » un « socialisme scientifique », qu’il passa dix ans de sa vie à élaborer une aride Dialectique de la nature, et qu’il se passionnait pour l’art militaire, on se représente volontiers Engels comme un philosophe austère, sévère, voire un brin pontifiant. Eh bien pas du tout ! Ce fils d’un homme d’affaires difficile à dérider, né en 1820 dans une petite ville de Rhénanie pas franchement folichonne, était en fait un joyeux drille. Partout où il vécut, à Berlin, à Manchester, à Bruxelles ou à Londres, il fit la fortune des cabaretiers, la joie des jolies femmes et le délice des cancaniers.

Il faut dire que le chantre de la révolution prolétarienne avait de quoi fasciner. Membre de clubs très huppés où l’on se distrayait en chassant le renard, amateur de champagne et de Château Margaux (avec tout de même une prédilection pour le millésime 1848, l’année du « printemps des peuples »), il fut surtout… un capitaliste pur sucre.

De ce point de vue, les pages que Tristram Hunt consacre aux vingt ans qu’Engels passa à la tête d’une filature de coton à Manchester sont particulièrement savoureuses. Si l’auteur de La Situation de la classe laborieuse en Angleterre (1845) payait certes ses employés un peu mieux que ses concurrents, il n’avait aucun scrupule à licencier les fortes têtes. Et était fier d’avoir pour bible The Economist, le grand hebdomadaire des classes dirigeantes : « Je ne suis pas naïf au point de consulter la presse socialiste quand je cherche des conseils sur les opérations financières », disait-il.

On peut évidemment gloser sur la duplicité du personnage. Ses ennemis ne s’en sont d’ailleurs pas privés. Mais son biographe rappelle que ce fut finalement pour la bonne cause. Car Engels était un mécène généreux. Et Marx, à qui il confiait tout, jusqu’à ses moindres problèmes de santé, fut le grand bénéficiaire de ses largesses. D’après les calculs de l’historien, c’est ainsi l’équivalent de 375 000 à 500 000 euros que l’auteur du Capital aurait reçu de son cher ami Friedrich… Lequel avait quelques principes. Son chien en savait quelque chose. Baptisé Namenloser (« sans-nom »), cet épagneul était très bien dressé. « Quand je lui dis (…) : Regarde là-bas, un aristocrate, raconte son maître dans une lettre de 1842 à sa soeur, il devient fou de rage et lâche d’effroyables grondements en direction de la personne que je lui montre. »

Thomas Wieder

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Pour vous procurer l’ouvrage de Tristam Hunt

Engels : Le gentleman révolutionnaire

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