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Avatar valorise l’authenticité d’une civilisation violente, raciste et conservatrice

Posted by Hervé Moine sur 5 février 2010

Une dure et rude critique pour Avatar de James Cameron que celle du philosophe Raphaël Enthoven, un grain de sel dans l’effusion générale pour ce film qui semblait faire unanimité. L’unanimité n’est-elle pas en elle-même douteuse ? Un doute qui doit rendre le spectateur quelque peu attentif : « En montrant, à son insu, comment la haine est engendrée par les meilleures intentions du monde », ce film, selon Raphaël Enthoven, renseigne le spectateur attentif sur les méfaits de la bien-pensance. »

Les méfaits d’Avatar, selon le philosophe Raphaël Enthoven

Par Raphaël Enthoven, publié le 05/02/2010

http://www.lexpress.fr/culture/cinema/les-mefaits-d-avatar-selon-le-philosophe-raphael-enthoven_847049.html

La chronique mensuelle du philosophe Raphaël Enthoven.

Les films débiles sont d’excellents outils pédagogiques, car ils donnent à l’enchaînement des concepts la spontanéité, l’évidence, qu’aucune démonstration ne parvient à exprimer. En montrant, à son insu, comment la haine est engendrée par les meilleures intentions du monde, le dernier film de James Cameron, Avatar, renseigne le spectateur attentif sur les méfaits de la bien-pensance. Dans le monde merveilleux d’Avatar, tout est simple : les généraux (c’est-à-dire des brutes) sont alliés à un lobby industriel (c’est-à-dire sans scrupules) qui pille la terre sacrée des sauvages innocents (les Na’vi) infiltrés et espionnés par des organismes hybrides, des « avatars », contrôlés à distance par des humains. Autrement dit, en spéculant sur le double filon de la guerre en Irak et du nouvel ordre écologique, des scénaristes cyniques ont bâti une caricature qui, prenant le spectateur par les bons sentiments, lui donne l’impression de communier dans la lutte contre un discours impérialiste qu’il croit majoritaire. A l’image du soldat dont l’avatar est progressivement adopté par les autochtones, on assiste, dans ce film, à la métamorphose insensible de l’antiracisme en communautarisme : sous prétexte de dénoncer l’intolérance des hommes, le film valorise l’authenticité d’une civilisation violente, raciste et conservatrice, où le plus fort est aussi le chef et où les structures familiales obéissent au schéma le plus réactionnaire. Sous couvert de dénoncer la technique qui sépare l’homme de la nature, le film culmine dans un éloge de la pensée magique. Enfin, c’est au nom du respect des différences que les Na’vi décolonisés excluent les humains d’une planète dont l’air (trop pur ?) est insupportable à leurs poumons.

On dirait un scénario de Claude Lévi-Strauss revisité par le Front national ou les Indigènes de la République. La défense hollywoodienne des cultures malmenées par l’arrogance occidentale, dont la première salve fut Danse avec les loups, de Kevin Costner, s’épanouit ouvertement, désormais, dans l’institution de nouvelles normes, qui ne sont pas moins autoritaires ni coercitives. Pour lutter contre l’ethnocentrisme, on en fabrique un autre, ce qui prouve que l’Occident rate sa cible quand il se tire dessus et que la repentance est elle-même, au fond, un avatar du paternalisme colonial.

Raphaël Enthoven, L’Express Culture

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2 Réponses to “Avatar valorise l’authenticité d’une civilisation violente, raciste et conservatrice”

  1. Paul logos said

    AVATAR OU LE FILM D’UNE EPOQUE

    Sachant qu’il est de plus en plus difficile de soutenir un raisonnement bâti sur de véritables arguments, et surtout de se faire entendre à l’ère du tout numérique, du « tout à l’égo » comme dirait Régis Debray, j’ai décidé – tan pis si c’est contre vents et marées- d’apporter mon soutien – le seul ? – aux propos tenus par le philosophe Raphaël Enthoven et développés dans un brillant article ( trop court) de l’Express.
    Si l’on décide donc de passer le dernier film de James Cameron, Avatar, au crible de la raison ( qui fait décidément bien souvent défaut aux spectateurs, moi le premier ) on s’aperçoit qu’il constitue une terrible arme de guerre idéologique tout droit importée des Etats-unis.
    Hormis le spectaculaire de la mise en scène qui – convenons en – impressionne, le contraire aurait prêté à rire en regard d’un si gros budget ( 500 millions de dollars pour combien d’haitiens logés décemment ?), il faut, après la forme, s’attacher en effet à l’essentiel : le fond.

    A première vue, Avatar est censé défendre la pensée écologiste, dénoncer le racisme et le colonialisme, vitupérer l’impérialisme américain et le capitalisme destructeur ( on connait à cet égard la haine que James Cameron, le réalisateur, entretient avec l’argent…), tout ça en divertissant bien entendu le spectateur qui mange son pop-corn, assommé par les effets spéciaux ! Tout y est.
    Le film vient à point nommé alors que les crises de tous types font florès de par le monde. Pas de doute, c’est bien d’un film conjoncturel qu’il s’agit ! Il ne faut cependant pas faire de la crédulité une vertu : posons les lunettes à obturation prêtées par le cinéma et ouvrons les yeux !
    Oublions les clichés hollywoodiens et autres poncifs qui pleuvent tout le long du film: le héros gagne, tout est bien qui finit bien, une inévitable histoire d’amour etc… attachons nous plutôt à la visée d’un tel film.
    Autrement dit, ne soyons pas passifs, faisons fonctionner nos petites cellules grises. Et l’envers du décor apparaît enfin !

    On constate non sans stupeur que l’univers – aussi beau soit-il – des Na’vis, habitants de Pandora, cache un monde qui n’a rien de paradisiaque . On assiste d’abord à un « éloge de la pensée magique » pour paraphraser Enthoven, à une sacralisation de la nature au détriment de la raison et de l’intelligence humaine. A ce titre, le sort de la scientifique ( le nom m’échappe ) qui est responsable de l’opération Avatar, est édifiant. En effet, remarquons que les deux seuls humains qui sortent du lot (et donc dignes d’exister !) sont : un soldat, certes courageux, qui ne se distingue pas par son Q.I, et une scientifique qui découvre à l’heure de sa mort l’existence de la déesse nature Eywa, et s’aperçoit de la petitesse de sa science comparée à la grandeur de la magie ! Au regard d’Eywa, elle n’était pourtant pas suffisamment pure pour qu’elle daigne la sauver de la mort. On croit rêver !

    Le monde des Na’vis est donc régi par une nature toute puissante et discriminatoire qui, faisant l’apologie de la pureté d’esprit, c’est-a-dire de l’absence d’esprit, relègue science, raison, et connaissance, bref tout ce qui caractérise l’homme, à l’impotence pis, va même jusqu’à les associer à l’horreur, à la guerre (pensez aux machines conduites par le colonel). Le film promeut donc un retour à l’essentiel et un abandon du superficiel.

    Remarquons que ce superficiel, ce surplus dont il faut se dépouiller, c’est ce qui marque le passage de l’homme, ce qui fonde l’Histoire. Or dans le film, L’Histoire –  avec un grand H – , c’est l’horreur, la guerre ; la nature, sainte nature, c’est le paradis. Vision plus que manichéenne du monde, non sans rappeler les pires westerns. Avatar est donc un film anti-Historique, ouvertement opposé à tout ce qui a fait la spécificité de notre humanité. Dès lors, le slogan du film pourrait être : «  Dépouillons-nous de l’humanité qui est en nous ! Et devenons tous des avatars ! ».
    Ce qui est plus inquiétant encore, c’est l’ exacerbation d’un masochisme morbide: on en vient à souhaiter la mort des guerriers représentant notre propre espèce ! Quoi de mieux pour mettre en lumière le malaise d’une époque ?…
    Sous couvert d’une surenchère de bon sentiments, – le film regorge de « bien pensance » – on découvre, comme le fait remarquer Enthoven, un nouveau système raciste qui, fort de ses croyances et sûr de sa morale, excommunie sans pitié toutes les personnes indignes d’appartenir à la tribu. Communautarisme voire ségrégationnisme ! Je pense particulièrement à la scène finale qui me fait encore froid dans le dos…
    Tout compte fait, Avatar recèle les tares d’une époque : la notre, sans en apporter jamais le remède.

    Paul logos

  2. Paul logos said

    En attendant bien sûr qu’un débat s’installe…

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