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Philosopher avec les enfants

Posted by Hervé Moine sur 18 février 2010

© Pierre Albouy/17 février 2010 | Jenia Jemmely animait l’atelier à Versoix hier. L’enseignante a été formée au Canada, berceau de la philosophie pour enfants.

PHILOSOPHIE | Des ateliers pour apprendre aux enfants à trouver leur place en société.

Par Marion MOUSSADEK

Source URL : http://www.tdg.ch/geneve/actu/philo-petits-outil-dernier-cri-2010-02-17

Est-ce qu’on peut avoir peur de son propre ami ou en être jaloux ? Nos rêves sont-ils des illusions ? Pourquoi certains pays ont accès à l’eau potable et d’autres pas ? Des énoncés d’examens de bac ? Non ! Des questions posées par des enfants hauts comme trois pommes, de 7 à 9 ans, installés douillettement dans la bibliothèque de Versoix hier après-midi.

Les élèves ne sont pas dans leur cadre habituel de salle de classe. Ils sont pourtant en cours, même si la leçon est peu ordinaire, puisqu’il s’agit
de philosophie. Peu ordinaire certes, mais de plus en plus courante.

Après s’être ancrée dans les écoles privées genevoises comme La Découverte, Notre-Dame du Lac, Moser ou encore l’école Active de Malagnou qui propose la discipline dès 5 ans, la philosophie pour les enfants est désormais accessible sous forme d’ateliers dans six bibliothèques communales genevoises, notamment le mercredi après-midi.

Dialoguer et reformuler

Dans ces séances, les petits Genevois sont invités à questionner, écouter et reformuler le dialogue qui se noue en classe autour d’une thématique qu’ils rencontrent dans leur vie: la peur, l’amitié, la mort… Derrière le désordre des interrogations qui fusent durant ces rencontres de vingt minutes pour les plus petits ou d’une heure pour les plus grands, il y a en fait une méthode: celle du pédagogue américain Matthew
Lipman, relayée au Québec et en Suisse par le Canadien Michel Sasseville.

Le principe ? Au fil de leurs interventions successives, les enfants apprennent à s’écouter, participent tour à tour à l’avancement de la discussion, formant ainsi «une communauté de recherche». Comme Socrate en son temps, l’enseignant est uniquement là pour les accompagner dans leur propre réflexion.

Dans ce cours de philo qui n’est en fait qu’un débat subtilement orchestré, l’animateur désigne : un président de séance, chargé de la bonne tenue du débat;  des reformulateurs, qui écoutent et réexpliquent les propos de leurs camarades ; des synthétiseurs qui, en fin de séance, restituent les propos échangés chronologiquement et résument l’essentiel.

Car dans le fond, ces cours de philo visent à «passer de l’anecdotique au dialogique» explique un enseignant de philo de l’école Moser, c’est-à-dire de «Ma grand-mère s’est fait mordre par un chien» à «Qu’est-ce que la peur ?»

Même l’Ecole-Club Migros s’y met: ses deux premières sessions, «Cours de philosophie pour les enfants» et «Dialogues philosophiques pour les adolescents» débutent bientôt. Devant un tel succès, on forme à tour de bras: à l’Institut de formation pédagogique des écoles privées (IFP), le stage «Les habiletés de pensée et les moyens didactiques en philosophie pour les enfants» affiche bientôt complet.

Le responsable pédagogique de l’IFP, Jean-Claude Bès, explique cet engouement: «Nous sommes dans une époque où nos enfants ont besoin de repères sociaux, moraux, éthiques. Avec la philosophie, on n’inculque pas la morale à l’enfant, mais on lui permet de se la construire.»

Des parents enthousiastes

Un parent d’élève confirme : «Personnellement, je trouve que ma fille écoute désormais avec intérêt les conversations, et prend du plaisir à discuter. La philo donne du relief à la vie. Au fond, le reste de leur enseignement est factuel. Nos enfants reçoivent trop d’informations. Ces cours de philosophie leur permettent d’être plus posés.»

Du côté de l’école publique, si la philosophie n’est pas au programme scolaire, la même méthode Lipman est néanmoins utilisée pour désamorcer les conflits entre élèves et enseignants, via la cellule de crise «Le Point» du Département d’instruction publique (DIP). François Bullat, qui y est consultant en médiation scolaire, a donné des pistes philo-pédagogiques à une dizaine d’écoles genevoises en 2009.

Remise au goût du jour pour apprendre à l’enfant à trouver sa place en société (prise de parole tour à tour, écoute, reformulation, synthèse), la philosophie peut aussi être un levier éducatif plus large.

A l’association Pro-Philo, Sophie Barathieu assure: «Le dialogue philosophique peut être au service de la médiation sociale, du dialogue intergénérationnel, interculturel, voire utile pour des problèmes
de délinquance juvénile.»

C’est aussi l’avis du psychiatre Nicolas Liengme, fondateur de l’association Païdos qui œuvre pour l’enfance et l’adolescence: «Ce type de méthode, qui instaure le dialogue sans jugement moral, construit l’enfant sur les plans intellectuel, émotionnel et social. Il instaure l’entraide entre les enfants et peut être utilisé comme moyen de prévention, notamment dans les cas de violence.»

La philosophie, qui fait aujourd’hui boule de neige à Genève, était préconisée en 1999 déjà, par l’Unesco et dès le plus jeune âge.

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