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Rhétorique de la peur et du malheur

Posted by Hervé Moine sur 21 septembre 2010

Conférence de Pascal Bruckner

La société occidentale et la peur de l’avenir

Soirée des étoiles de l’Union-Economie

Jeudi 16 septembre 2010

La tyrannie de la pénitence : Essai sur le masochisme occidental

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Romancier, essayiste, philosophe, Pascal Bruckner était l’invité de la soirée des étoiles de l’union-Economie. Et en préambule à cette cérémonie, il a décrypté « la rhétorique de la peur et du malheur ».

L’auteur, notamment de « Tyrannie de la pénitence : Essai sur le masochisme Occidental », a disserté sur les travers de notre société occidentale, marquée par la peur de l’avenir et par une vision parfois pessimiste de son destin, notamment portée par un discours écologique radical.

Morceaux choisis par l’Union l’Ardennais.

http://www.lunion.presse.fr/article/economie-region/la-soiree-des-etoiles-de-lunion-economie

• « Le paradoxe de la fin de la guerre froide, c’est que c’est une victoire qui nous laisse démunis. Comme l’ont dit certains écrivains américains : ‘‘ Ce qui commence après 1989, c’est un nouveau cauchemar. Nous entrons dans un monde que nous ne comprenons pas ’’. C’est là que fut relancée la question : quel est mon nouvel ennemi ? Il ne faut donc pas s’étonner que le 11 septembre 2001 ait été accueilli avec enthousiasme par certains commentateurs. »

• « Un ennemi c’est une provision d’avenir. C’est la garantie que vous ne serez jamais oublié. On est beaucoup plus sûr de ses ennemis que de ses amis. Vos amis peuvent vous aimer et vous oublier. Tandis qu’un ennemi reste en permanence acharné à votre perte. »

• « Les rhétoriques de la peur me semblent prédominer. On confond le possible et le réel. Si on expose un risque de catastrophe, c’est à titre d’hypothèse. Mais voilà que l’hypothèse devient, dans le discours dominant, non pas une chose qui peut arriver mais une chose qui est probable. En d’autres termes, le pire est déjà pratiquement sûr. »

• « Nous sommes bombardés chaque jour par l’artillerie bruyante d’une panique qui est distillée, jour et nuit, dans les médias. »

• « Il y a deux sortes de peurs. Celle qui nous mobilise, qui nous pousse à l’action. Et celle qui terrorise, qui nous plonge dans la panique et j’ai l’impression que c’est cette peur-là qui domine aujourd’hui. […] Elle tend à dire, quelle planète allons-nous laisser à nos enfants ? Pourtant nous n’avons jamais aussi bien vécu en Occident qu’aujourd’hui. »

• « La rhétorique de la peur se construit sur la compression du temps et de l’espace. Demain est déjà là, c’est déjà trop tard, le présent est déjà infesté par un futur qui va nous détruire. Il ne nous reste d’autre solution que de faire pénitence. La terre est devenue une minuscule entité. Il y a une contamination rapide des virus, des catastrophes, ce qui se passe à 10 000 kilomètres peut m’arriver. Nous ne sommes plus protégés nulle part. Nous sommes fautifs, nous sommes perdus, il n’y a plus grand-chose à faire. »

• « Pour l’écologie radicale, le dernier coupable, c’est l’homme. Nous sommes arrivés au terme ultime de la désignation des boucs émissaires. Il y avait la bourgeoise, il y avait l’Occident, maintenant c’est l’humanité elle-même en tant qu’espèce vivante qui menace la totalité du globe. Et donc, c’est à l’humanité qu’il faut s’en prendre notamment dans la prolifération démographique anarchique. […] »

• « Désormais le châtiment est en quelque sorte corrélatif de notre attitude. Chaque jour en laissant la lumière allumée, en mangeant de la viande, en prenant des bains, le train, le métro, l’ascenseur, nous creusons notre propre tombe et nous devons nous en sentir responsables. »

• « On nous propose des veilles recettes, de revenir à la précarité choisie. Le mot d’ordre d’un certain nombre de camps politiques, c’est l’abondance frugale. Voilà un bel oxymore. »

• « Les pays occidentaux ont été dépossédés de la conduite de l’histoire. Quand (Francis) Fukuyama annonce la fin de l’histoire (peu avant la chute du mur de Berlin), il s’est juste trompé de continent. C’est la fin de l’histoire européenne. Nous ne faisons plus la pluie et le beau temps sur les quatre continents. L’Amérique, un colosse aux pieds d’argile, est en train de perdre la guerre en Afghanistan, la réussite en Irak n’est pas si évidente que cela, elle a des problèmes de chômage et que voyons-nous émerger ? C’est le retour des anciens colonisés, des pays du sud que l’on a l’habitude de considérer comme à jamais voués à la misère et au dénuement. Je me demande, au fond, si le discours catastrophiste n’est pas une manière pour les Occidentaux de dire, et bien puisque si nous n’avons plus la maîtrise du monde, autant dire que tous les progrès que nous avons initiés ne valent rien, que tout cela doit être réduit en poussière. »

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