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Il y a 70 ans Walter Benjamin se donnait la mort

Posted by Hervé Moine sur 26 septembre 2010

« Etre heureux, c’est se connaître soi-même sans en avoir peur. »

Walter Benjamin

Le 26 septembre 1940, dans le petit village pyrénéen de Port-Bou, Walter Benjamin se donnait la mort. Il avait alors 48 ans. Qu’est-ce qui a poussé le philosophe à mettre fin à ses jours ? C’est la question que pose Elsa Godart, philosophe et psychanalyste, en retraçant sa biographie.

voir l’article http://agora.qc.ca/Dossiers/Walter_Benjamin

Walter Benjamin, un penseur mal entendu

Philosophe, critique d’art, journaliste ou encore traducteur, témoin vivant d’une époque en plein chaos dont la pensée se fait l’écho, Walter Benjamin est avant tout un homme parmi d’autres pour qui la liberté est un maître mot. Sa seule patrie deviendra une Europe en plein déchirement.

Qu’est-ce qui a poussé Walter Benjamin à se donner la mort par empoisonnement à la morphine, le soir du 26 septembre 1940, dans le petit village pyrénéen de Port-Bou ? Pourquoi cet homme qui avait autant aimé les mots que les femmes a préféré renoncer à la vie ? Originaire d’une famille juive allemande, il poursuit à Berlin et à Munich des études de philosophie, jusqu’à son doctorat sur le romantisme allemand. Sa thèse est mal accueillie et ne lui permet pas d’obtenir un poste d’enseignant à l’université.

En 1914, alors que la première guerre mondiale éclate, il est marqué par le suicide de plusieurs de ses amis. Il fait la connaissance de Gershom Scholem, qui deviendra le spécialiste mondial de la mystique juive. De leur dialogue, Walter Benjamin tire une réflexion théologique qu’il applique au langage. Parallèlement, il s’intéresse à la pensée marxiste, encouragé par sa rencontre avec la révolutionnaire ukrainienne Asja Lacis. Toutefois, il ne s’engagera jamais pour aucun parti. Ce grand voyageur collectionne les jouets, s’adonne au jeu et apprécie le hachisch. Admirateur de Kafka et de Klee, il ne cesse de parcourir l’Europe de l’entre deux guerres : Paris, Ibiza, Danemark, Italie … sans jamais arrêter d’écrire, et cherchant en vain à être reconnu, à être entendu. Marié à Dora Pollack dont il a un fils, Stefan Rafael, mais tourmenté par de nombreuses histoires d’amour infructueuses, il finit par divorcer. L’amour aussi est souvent pour lui source de malentendu. Malgré ses amitiés avec Bertold Brecht, Ernst Bloch ou encore Hannah Arendt, Walter Benjamin a du mal à trouver le bonheur : « l’espoir, c’est fait pour les désespérés » écrira-t-il. Exilé et pauvre, drogué et mal aimé, il songe plusieurs fois à se suicider.

Alors que Hitler accède au pouvoir, ses amis se réfugient à l’étranger. Chassé d’Allemagne, il reste à Paris, « patrie pour les sans patrie », « capitale du XIXe siècle », ville de Baudelaire ou de Proust, auteurs qu’il traduit et commente assidûment. Mais la France est occupée. Ses amis philosophes Adorno et Horkheimer lui procurent un visa américain, mais il est trop tard. Il ne lui reste plus que la frontière espagnole pour fuir. Il est arrêté. Ce «romantique moderne» est alors usé par la vie. Celui que sa mère appelait «Monsieur Maladroit » n’a plus la force de supporter cette nouvelle épreuve.
Il préfère mourir que d’être livré à la Gestapo.

La vie de Walter Benjamin est une série de malentendus. C’est surtout sa personne que l’on n’a pas su entendre. Et il faudra encore de nombreuses années après sa disparition pour qu’on reconnaisse le génie et la modernité de l’œuvre de cet homme aux talents multiples.

1. La puissance du langage
A côté d’une approche sociologique, il développe une philosophie du langage qui insiste sur ses fonctions « mystiques ». Le critique ou le traducteur a pour vocation de « libérer le pur langage captif dans l’œuvre ». Le mot est capable de conduire au divin, quand il est exprimé dans sa nature la plus pure. Ainsi, la parole du poète ou encore celle de l’écrivain nomme les choses en leur vérité. Sa théorie s’inspire du romantisme allemand de Goethe, de Hölderlin et de la tradition juive : « Le langage est tout simplement l’essence spirituelle de l’homme » (« sur le langage » in Œuvre I, p. 148).

2. L’« aura » propre à l’art
Walter Benjamin explique qu’avec le développement des nouvelles formes d’art comme la photographie ou le cinéma, l’art peut être reproduit à l’infini et perd ainsi son caractère sacré, son « aura ». En revanche, l’art devient plus accessible et s’ouvre à tous. Par ces progrès techniques, l’art devient la propriété des masses et donne au spectateur une nouvelle responsabilité, celle de juger à titre individuel de l’authenticité d’une œuvre : « Au temps d’Homère, l’Humanité s’offrait en spectacle aux dieux de l’Olympe ; c’est à elle-même aujourd’hui , qu’elle s’offre en spectacle (…). Voilà l’esthétisation de la politique que pratique le fascisme. Le communisme y répond par la politisation de l’art » (« L’œuvre d’art », in Œuvre III, p. 113).

3. Un sens nouveau à l’Histoire
Les traductions ou commentaires benjaminiens sur Baudelaire, Proust, Green, Kraus ou Kafka, les passages parisiens devenus le « théâtre de tous ses combats et de toutes ses réflexions », sont autant d’occasions pour approfondir ses thèses sur l’histoire. Il estime que le présent s’explique qu’en rupture avec le passé. Par exemple, à la lumière du surréalisme, l’histoire se comprend différemment. Cela s’applique particulièrement à son époque, dont il dénonce l’oppression et la violence : « chaque époque devra de nouveau s’attaquer, à cette rude tâche : libérer du conformisme une tradition en passe d’être violée par lui » (« sur le concept d’histoire » in Ecrits français, Folio, 1992, p. 436).

ELSA GODART, philosophe et psychanalyste, docteur de l’université Paris IV-Sorbonne

Mémorial Walter Benjamin à Portbou Photo de Klaus Liffers

A l’occasion de l’anniversaire de la mort du penseur, le 26 septembre 1940

Hommage à Banyuls au philosophe juif Walter Benjamin, victime des Nazis

Article de la Clau paru le 25 septembre 2010

Les maires de Banyuls-sur-mer et de Portbou, Jean Rède et Antoni Vega, ont assuré de leur présence le départ d’une « Marche Walter Benjamin », ce samedi matin, dans la première des deux communes. Cette randonnée, organisée en motif du 70e anniversaire de la mort du philosophe juif allemand à Portbou, a attiré une trentaine de personnes. Parallèlement, ce samedi s’est ouvert à Portbou un Colloque International Walter Benjamin, dans le but de rassembler de nouveaux éléments de mémoire liés au penseur, victime de la persécution nazie et décédé dans des circonstances troubles à Portbou, après avoir traversé la montagne depuis Banyuls. Afin de sensibiliser le public aux conséquences les plus graves de l’antisémitisme, deux « parcours Walter Benjamin » ont été mise en place. Le premier, à Portbou même, invite à passer par la gare internationale de la commune, puis l’Hôtel França, où le persécuté est décédé, et enfin le cimetière, où il a été enterré, après avoir passé les trois jours derniers jours de sa vie en Catalogne. Un autre parcours, de Banyuls à Portbou, long de 7 km, pour une durée de 4h30, emprunte la montagne de Querroig, et correspond à 95% au circuit de désespoir suivi par Walter Benjamin. Ce sentier, balisé depuis l’année dernière, permet de saisir intensément le calvaire vécu par le philosophe, né à Berlin en 1892.

http://www.la-clau.net/info/hommage-a-banyuls-au-philosophe-juif-walter-benjamin-victime-des-nazis-5155

A lire

Walter Benjamin, l’ange assassiné

En 2006, Tilla Rudel a publié le premier essai biographique en langue française consacré à Walter Benjamin : Walter Benjamin : L’ange assassiné
Walter Benjamin, l’ange assassiné. Tilla Rudel est juriste de formation, elle est née à Toulouse mais a grandi à Jérusalem, Tel-Aviv puis Paris. Elle a suivi les traces de Walter Benjamin depuis une vingtaine d’années et a rencontré des témoins et des spécialistes de l’œuvre du philosophe juif.

Présentation de l’ouvrage par l’éditeur

Quand Walter Benjamin se suicide le 26 septembre 1940 à Port-Bou, à la frontière franco-espagnole, c’est, à bien des égards, la pensée qu’on assassine… S’il meurt inconnu ou presque, Walter Benjamin, né à Berlin en 1892, connaît à titre posthume une gloire qui fait de lui un véritable Socrate des temps modernes. Celui que Susan Sontag présente comme  » le dernier Européen « ,  » le dernier Intellectuel  » est à la fois fils de Moïse et de Marx, ami de Brecht, Schotem, Arendt et Adorno en même temps que frère de cœur de Kafka. Il  » invente  » la modernité tout en cultivant la mélancolie. On lui doit une oeuvre exceptionnelle qui récuse
les systèmes, abroge les frontières entre les disciplines, explore nombre de formes, donne au fragment, à l’inachevé, à la citation ses lettres de noblesse. Le destin hors du commun de ce  » héros de notre temps  » mérite d’être écrit : rejeté par l’Université de son temps, hanté par des figures de suicidés, d’exilés, dévoré par d’impossibles passions féminines, collectionneur fou, rattrapé par la pauvreté, Benjamin le juif apatride connaît finalement l’exil et la solitude. Il a la passion de Paris où il vivra si longtemps, de la littérature française dont il est un traducteur exceptionnel. Il ne s’installera jamais en Palestine ni en Union soviétique, même si son cœur et sa raison balancent souvent entre Jérusalem et Moscou. Il voyage, vit et écrit dans cette Europe qu’il se refuse à quitter quand le chaos s’annonce avec la Seconde Guerre mondiale. L’ange qui était à ses côtés à la naissance a fini par être assassiné. Benjamin est devenu aujourd’hui une icône. Sa vie, comme son œuvre, le distingue. Une vie et une pensée faites de malentendus aussi magnifiques que tragiques. Walter Benjamin incarne ainsi, pour des générations, « la pureté et la beauté de l’échec ».

Table des matières

Port-Bou, le passage ou l’impasse, septembre 1940

Chroniques d’une jeunesse berlinoise, 1892-1919

Le bonheur interdit et l’impossible reconnaissance, 1920-1926

Asja ou l’utopie communiste, 1926-1932

Kafka et Benjamin, une photographie d’enfance

Drogue, amour et pauvreté, 1932-1933

L’exil ou la perte du monde, 1933-1938

L’ange nouveau ne le protégera plus, 1939-1940

Les 3 tomes d’œuvres de Walter Benjamin en livre de poche

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