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Comment doit-on vivre ?

Posted by Hervé Moine sur 1 décembre 2010

Jean-François Balaudé,

Le savoir-vivre philosophique :

Empédocle, Socrate, Platon,

Editions Grasset, 2010

Présentation de l’éditeur

« Une vie sans examen ne vaut pas d’être vécue », telle est l’illustre formule socratique sous l’égide de laquelle s’inscrit cet ouvrage savant. Jean-François Balaudé y interroge ce projet de vie – c’est-à-dire une vie avec de la pensée, et visant à la réalisation de soi – sans lequel toute philosophie antique semblait vaine aux contemporains d’Empédocle, de Socrate, de Platon. La « theôria », qu’elle ambitionne ou non d’atteindre la vérité sur toutes choses, eut ainsi pour visée d’éclairer l’homme sur lui-même, de lui faire connaître les voies de son perfectionnement moral et existentiel, de lui permettre de les mettre en œuvre.

Empédocle, le premier, détacha de façon décisive la question de l’homme et de sa « bonne vie » de l’étude générale de la nature. Il problématisa ainsi l’écart entre ce que cet homme est et ce qu’il devrait être. Le mérite lui revient d’avoir su penser les voies de la réconciliation de l’individu avec l’ensemble du devenir, grâce à un savoir et une pratique harmonisée avec ce qu’il appelait « l’amitié cosmique ».

Socrate, lui, orientera de façon radicale l’exercice de la pensée vers l’exigence du Bien, à travers la pratique du dialogue qui est une activité désintéressée et une mise à l’épreuve de soi.
Platon prolongera enfin l’exigence socratique en articulant au plus près la recherche totale de la vérité et la transformation individuelle et collective de la vie humaine.

A travers cette triade fondatrice, Jean-François Balaudé traverse ainsi diverses dimensions – épistémologique, ontologique, ethico-politique – d’une investigation philosophique constamment soucieuse de conjuguer theôria et praxis. »

De la connaissance à la vie, et de la vie à la connaissance : en s’installant dans cette circularité radicale, les initiateurs grecs de la philosophie ont tâché de répondre à la difficulté que résume la question lancée par Socrate à ses contemporains : « Comment doit-on vivre ? ». Pour ceux-là, connaître est tout sauf une activité désincarnée, et la vie humaine ne peut atteindre sa perfection propre qu’en se forgeant dans la quête d’un savoir sur soi, sur les autres et sur le monde.

En ce sens, c’est un savoir-vivre fondamental qui s’élabore dans les démarches contrastées, mais à bien des égards convergentes, des trois penseurs liminaires de la réflexion éthique que sont Empédocle, Socrate et Platon.

Dans cette perspective, le présent essai se donne pour objet d’explorer de multiples facettes du projet philosophique, tel qu’il s’est affirmé entre les Vème et IVème siècles, interrogeant la visée de perfection individuelle et collective, la dimension réflexive et l’exigence pratique constitutives du mode de vie poursuivi.

Pour se procurer l’ouvrage de Jean-François Balaudé, Le savoir-vivre philosophique

Extraits de livres

Extrait de l’introduction

La quête philosophique du savoir-vivre

«Ils me suivent par milliers, me demandant où est la voie du salut.» Empédocle, B 112, 14-15 DK

«Pour un homme, une vie sans examen ne vaut pas d’être vécue.» Platon, Apologie de Socrate, 38a

«Notre propos ne concerne pas n’importe quel sujet, mais la manière dont il faut vivre.» Platon, République I, 352d

L’ambition du présent essai est de dégager quelques aspects remarquables du projet philosophique, tel qu’il s’est forgé en Grèce ancienne à la charnière des Ve et IVe siècles av. J.-C. Il défend résolument une thèse touchant la nature fondamentale de ce projet philosophique, et soutient que la recherche de savoir, dont on fait classiquement le trait définitionnel de la philosophie, est en réalité totalement indissociable de la recherche d’un bien agir et d’un bien vivre – ce que je désigne comme la quête d’un savoir-vivre. Ce savoir-vivre ne renvoie pas à un ensemble de règles existantes, préétablies : il se constitue dans et par l’activité philosophique, comme un savoir-vivre singulier, distinct des modes de vie installés, qui voit le vivre constamment redéfini par le savoir, ou plus exactement par le mouvement indéfini vers le savoir.

Dès le départ, c’est à la fusion du bien vivre et du bien penser que le projet philosophique a tendu, et la philosophie s’est présentée à la fois comme une réflexion sur les conditions générales de possibilité d’une vie humaine accomplie, dans le cadre d’une investigation large de la nature des choses, et comme la plus haute forme de vie, en tant qu’elle permet l’épanouissement de nos capacités de questionnement et de connaissance. En parlant de savoir-vivre, je renvoie ainsi à l’implication existentielle que suppose la pratique de la philosophie, et dont le plus proche correspondant est le concept d’épistrophè, c’est-à-dire de «conversion». Ainsi que l’écrit Pierre Hadot : «Plus et mieux qu’une théorie sur la conversion, la philosophie est toujours restée elle-même essentiellement un acte de conversion.»

Pour se procurer l’ouvrage de Jean-François Balaudé, Le savoir-vivre philosophique

Article de Philippe Gauthier, source : froggydelight

http://www.froggydelight.com/article-9673-Le_savoir_vivre_philosophique_Empedocle_Socra

Bien que les siècles et les millénaires aient passé, que les systèmes philosophiques se soient amoncelés, que la philosophie profite aujourd’hui d’un effet de mode (pour le meilleur et pour le pire), on ne cesse de revenir à ses fondamentaux. La Grèce antique est toujours pour les philosophes objet de fascination et de dévotion. Les années passant n’épuisent pas la fraîcheur et la pertinence des premières réflexions philosophiques, alors même que la matière se découvrait un nom et éloignait irrémédiablement de nous la notion de sagesse pour l’abîmer dans une recherche en perpétuel dépassement d’elle-même.

Jean-François Balaudé ne déroge pas à la règle. Ce Savoir-vivre philosophique qu’il met en exergue de son livre était la véritable originalité grecque, alors que les philosophes postérieurs se sont focalisés sur une recherche théorique désincarnée. S’il est question dans le titre du livre de trois auteurs, il faut reconnaître que l’attention de Balaudé est surtout retenue par Socrate. Ce dernier est devenu, les élèves de terminale le savent bien, un marqueur chronologique divisant les penseurs grecs en pré et post-socratiques (Empédocle et Platon entrent respectivement dans l’une et l’autre catégorie). Socrate incarnerait un moment inaugural d’un nouveau mode de pensée. Moment problématique cependant puisque l’on sait que Socrate n’a jamais rien écrit, partisan d’une pratique exclusivement orale de la philosophie. Les connaissances que l’on a de sa « doctrine » nous ont été principalement transmises par Platon (ainsi que par un ouvrage de Xénophon : Les mémorables). Une grande partie de l’ouvrage s’attelle à démêler à travers une étude rigoureuse ce qui, dans le fatras  textuel de l’œuvre de Platon, est proprement socratique de ce qui est platonicien.

Mais si Empédocle est également sollicité, c’est pour ne pas exagérer la fracture socratique, mettre en évidence que la question du « comment dois-je vivre ? » commençait à avoir un sens avant Socrate. Empédocle, qui est reconnu par la tradition philosophique pour avoir conçu l’Amour et la Haine comme les principes structurants du Monde, n’est pas un simple physiologue (comme Socrate nomme dans le Phédon, ceux qui s’intéressent plus aux lois de la nature qu’à la connaissance de soi). Son questionnement de ces principes ouvre celui de l’homme et esquisse une pensée éthique que l’on fait généralement remonter au seul Socrate. Balaudé tord le cou à nombre de présupposés des interprètes classiques, et son pari de traquer le Socrate originel dans les textes de Platon peut paraître osé à ceux qui auront abandonné ce projet par manque de références autres que celle du fondateur de l’Académie. Elle représente toutefois un Graal pour tous ceux dont la curiosité ne ce satisfait pas de la résignation usuelle.

En contrepoint, ce travail permet également d’interroger l’apport propre de Platon dont la doctrine réelle ne fait pas moins mystère. S’effaçant derrière le personnage de Socrate qu’il met en scène dans la quasi-totalité des dialogues écrits de sa main, on ne sait s’il avance masqué ou s’il disparaît derrière le texte, d’autant que rien n’a filtré de l’enseignement dispensé par l’auteur à ses élèves dans son école. Balaudé est particulièrement attentif à la pensée politique de Platon, puisque la question du « savoir-vivre », si elle est prioritairement éthique, ne s’y réduit pas et entraîne logiquement la question du « vivre ensemble ».

Ce livre de Jean-François Balaudé est un travail d’universitaire, et non un travail de vulgarisation. Ceux qui l’utiliseraient pour découvrir la pensée des trois auteurs en seront pour leurs frais. Ceux, en revanche, qui ont lu les dialogues de Platon et qui veulent approfondir leur questionnement y trouveront un outil précieux.

Philippe Gauthier

Pour se procurer l’ouvrage de Jean-François Balaudé, Le savoir-vivre philosophique

L’auteur

Jean-François Balaudé est né en 1963. Ancien élève de l’ENS Ulm, il a enseigné aux Universités de Lille III, Reims Champagne-Ardenne, Fribourg (Suisse), ainsi qu’à l’Ecole Normale Supérieure, et il est actuellement professeur de philosophie à l’Université Paris Ouest Nanterre. Spécialiste de philosophie ancienne, il a dans plusieurs ouvrages traduit et commenté Platon, Aristote, Epicure, Diogène Laërce et Plotin. Ses recherches portent en particulier sur la question du mode de vie philosophique, et sur les diverses formes prises par l’articulation entre praxis et theôria dans les écoles philosophiques antiques.

Pour se procurer l’ouvrage de Jean-François Balaudé, Le savoir-vivre philosophique

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