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Gilles Moutot : Adorno une réflexion sur la souffrance

Posted by Hervé Moine sur 6 janvier 2011

Parution de l’essai de Gilles Moutot,

Essai sur Adorno

Critique de la politique Payot

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Theodor Adorno à droite serrant la main à Max Horkheimer

Pour se procurer l’ouvrage de Gilles Moutot Essai sur T.W. Adorno

Présentation de l’éditeur

Interrogeant l’œuvre d’Adorno dans la variété de ses aspects, ce livre en dégage l’unité : celle d’une forme spécifique de matérialisme. Dans cette perspective, il prend comme point de départ la question de l’extension du fétichisme de la marchandise dans le capitalisme avancé. D’abord considéré à la lumière du dialogue mené avec Walter Benjamin au cours des années 30, ce thème est vite apparu comme un opérateur critique qu’Adorno mobilise tout en le remaniant, dans les champs les plus divers.
De l’esthétique à la politique, en passant par la sociologie et l’épistémologie, l’orientation matérialiste de la pensée d’Adorno revêt la forme d’une attention aiguë aux expériences de la non-identité, telles qu’elles se répartissent entre ces deux pôles : celui de la souffrance, exprimant une individuation mutilée par les normes de comportement qu’impose un mode de socialisation pathogène ; celui des objets et de l’expérience esthétiques, où s’ébauche un rapport à la différence qui cesserait de mesurer systématiquement celle-ci à l’aune de l’unité.

« Essai sur T.W. Adorno« , de Gilles Moutot :

Adorno, une philosophie de la dislocation

LE MONDE DES LIVRES | 06.01.11 |

http://www.lemonde.fr/livres/article/2011/01/06/essai-sur-adorno-de-gilles-moutot_1461646_3260.html

Dans la constellation formée par les intellectuels allemands ayant connu l’exil après l’arrivée au pouvoir d’Hitler, le philosophe Theodor Adorno (1903-1969) a souvent eu mauvaise presse, notamment en France. Ainsi, alors qu’il était l’une des voix les plus écoutées de l’Allemagne d’après-guerre, ses conférences du début des années 1960 au Collège de France, tenues alors qu’il élaborait son maître ouvrage, Dialectique négative, n’attirèrent qu’une poignée d’auditeurs, échec que lui-même attribua à la domination d’Heidegger, son grand adversaire, sur la philosophie française du temps.

La réputation d’Adorno n’est pas toujours meilleure aujourd’hui. L’Italien Giorgio Agamben, par exemple, l’accuse d’avoir déformé les intuitions géniales de son ami Walter Benjamin par une « orthodoxie marxiste » de mauvais aloi. De même, son pessimisme culturel et sa méfiance vis-à-vis de la musique populaire et du jazz ont été abondamment stigmatisés par les révoltés de 1968.

Aujourd’hui les choses sont en train de changer. La « théorie critique » (une conception interdisciplinaire de la société qui vise à l’émancipation) dans sa version adornienne a été investie par toute une génération de philosophes français parmi lesquels Anne Boissière, Jean-Paul Olive et aujourd’hui Gilles Moutot, professeur de philosophie à l’université de Montpellier. Avec son Essai sur Adorno, celui-ci propose une vaste réinterprétation d’un parcours dont la popularité n’est pas encore à la mesure de son importance ni de son originalité. Cet ouvrage volumineux est publié dans la collection dirigée par le philosophe Miguel Abensour, l’un des foyers actifs où se traduisent les grands textes de l’école de Francfort, dont Adorno fut l’une des principales figures après Max Horkheimer (1895-1973), avant Habermas et, à sa suite, Axel Honneth.

La tendance des adeptes les plus récents de la théorie critique consiste à revisiter les thématiques des fondateurs par-delà la longue période habermasienne. Au scepticisme d’Adorno sur la rationalité issue des Lumières, Habermas tenta d’opposer une « raison communicationnelle » et une manière plus constructive de penser la démocratie comme un processus de délibération centré autour du droit.

Désormais, des notions comme la « réification » et l' »aliénation », ou la question de la « reconnaissance », qui agitaient la première génération de la théorie critique, sont reprises à nouveaux frais et c’est dans ce sillage qu’il faut inscrire le travail de Gilles Moutot.

En parcourant les multiples aspects d’une oeuvre qui va de la musicologie à la dialectique en passant par la sociologie, il entend montrer son unité : celle d’une réflexion sur la souffrance qui refuse de neutraliser ou de justifier le malheur du monde dans une conception totalisante de l’histoire. D’emblée, la philosophie d’Adorno se mesure au système hégélien pour qui un sujet qui souffre est une conscience qui a « mal vu » la totalité dans laquelle sa douleur est censée prendre sens. Pour Adorno, l’ultime incarnation du sujet hégélien était le cinéma hollywoodien et ses happy ends ! Du coup, cette pensée se voit restituée dans toute sa radicalité, plus radicale même que celle de Benjamin ou que cette théorie critique vulgarisée qu’est le situationnisme.

Ce rejet du système – et ici réside l’intérêt de la lecture proposée par Gilles Moutot – a des conséquences sur le style très particulier de la philosophie d’Adorno. Par exemple sur le choix de la forme fragmentaire adoptée pour Minima moralia, l’un de ses ouvrages les plus célèbres. Loin d’être un fragment à l’antique, ruine d’une cohérence ou d’un tout disparu, le fragment chez Adorno incarnerait la « crise du langage à l’époque du triomphe de la marchandise ». De même l’influence de la musique dodécaphonique, qui rejette l’opposition classique entre thème et variation, a eu des effets sur l’écriture d’un penseur qui récuse la hiérarchie entre un centre et une périphérie. Telle est aussi la raison pour laquelle cette oeuvre est difficile à saisir. Mais sa lucidité déconcertante, loin d’être frileuse, est bien celle du futur.

Nicolas Weill


Essai sur T.W. Adorno de Gilles Moutot. Payot, « Critique de la politique », 656 p., 27,50 €.

Article paru dans l’édition du Monde du 07.01.11

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Une Réponse to “Gilles Moutot : Adorno une réflexion sur la souffrance”

  1. POUS aurélien (SFA) said

    Bonjour monsieur,
    je n’arrive point à trouver votre adresse mail, je souhaitais vous contacter pour l’exposer oral.
    Notre sujet serais : Le culturalisme quel lien avec l’éducation ?

    Aurélien pous, L3 SFA.

    PS: désolé de parasité se site où mon annonce est tout à fait inappropriée.

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