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Diderot du point de vue de la mystification des Lumières

Posted by Hervé Moine sur 8 janvier 2011

Parution aux Editions Hermann

dans la collection « Hermann Philosophie »

des 3 volumes

de la

Vie de Diderot

de Pierre Chartier

Disponible le 25 février 2011


Présentation de l’éditeur :

En Denis Diderot nous apprécions surtout l’auteur des contes et des entretiens, des Salons, de Jacques le Fataliste ou du Neveu de Rameau. Nous saluons sa « gaieté » paradoxale, sagesse traversée de dialogique folie. Chez le responsable de l’Encyclopédie, philosophe matérialiste des Lumières dont bien des écrits n’ont été publiés qu’après sa mort, une telle revanche sur les censeurs effarouchés de naguère vaut reconnaissance : à côté de son « frère ennemi » Rousseau, il est à l’âge de la représentation finissante l’une des sources vives de la littérature française moderne. Comment cela ?

L’un des néologismes-clés du siècle permet d’analyser des structures énonciatives complexes : en mettant en œuvre la mystification « littéraire » dont il est l’inventeur, Diderot a expérimentalement sondé les « prestiges » du sensible, de la science, de l’art comme du politique. Au croisement du vrai et du faux, du théâtral et du narratif, du privé et du public, de l’oral-corporel et du scriptible-représentable, le portrait gigogne proposé ici du grand (dé)Mystificateur pantomime se voudrait la seule biographie recevable : celle que promeut un dispositif d’écriture en incessante actualisation critique.

L’auteur

Professeur à l’université Paris-Diderot, président de la Société Diderot, Pierre Chartier livre une somme longuement méditée, qui éclaire les aspects les plus divers de l’œuvre de Diderot à partir du point de vue original et fécond de la mystification des Lumières.

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Volume 1 : l’école du persiflage

Ce premier volume, définit historiquement persiflage (notamment dans Les Bijoux indiscrets) et mystification, sa sœur jumelle, avant d’examiner chez l’auteur de la Lettre sur les sourds et muets les premières formes, hallucinatoires et anticipatrices, d’une écriture de l’auto-fiction : La Religieuse (1761), conséquence romanesque d’une mystification, et l’entreprise théâtrale réformatrice, contestée et « automystifiée », Le Fils naturel et Le Père de famille, accompagnés de leurs discours d’escorte théoriques (1758-1759) : période d’audaces, de percées et de conflits, moment de crise.

>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>Se procurer le volume > La vie de Diderot tome 1 à partir du 25/02/2011

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Volume 2 : prestiges du représentable

Ce deuxième volume, aborde la production des Salons (décennie 1760) en mettant l’accent sur des comptes rendus « para-mystificateurs », jouant du rapport de la nature et de l’art : celui notamment du Corésus et Callirhoé de Fragonard, ainsi que la « Promenade Vernet », suite de paysages et de marines ironiquement traversés par le critique randonneur. Peut s’engager alors l’analyse fine des mystifications de plein exercice, l’Histoire des portraits (1769) et Les deux amis de Bourbonne (1770-1773). Ces contes ratifient l’accès, chez Diderot, aux enjeux d’une écriture du leurre autant « historique » (réaliste) que « philosophique » (réflexive).

>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>Se procurer le volume > La vie de Diderot tome 2 à partir du 25/02/2011

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Volume 3 : la mystification déjouée

Ce troisième volume, considère d’abord, au fil de sa gestation exemplaire, la tardive comédie personnelle-persifleuse de Diderot, Est-il bon ? Est-il méchant ? Ce travail ouvre à l’étude détaillée de Jacques le fataliste et du Neveu de Rameau (avant puis après 1770). Dans ces textes majeurs, c’est par un usage à destination écrite et « publique » du Paradoxe sur le comédien que le philosophe « spinoziste » aux mille visages a pu donner, en se riant, la mesure de son génie.

>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>Se procurer le volume > La vie de Diderot tome 3 à partir du 25/02/2011

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Pierre Chartier,

Vie de Diderot 3 volumes

Paris: Éditions Hermann, coll. « Hermann Philosophie », 2011.

Disponible à partir du 25 février 2011

Responsable et source : Daphnée Gravelat


Rappelons le numéro d’avril 2004 des Recherches sur Diderot et sur l’Encyclopédie où le spécialiste Pierre Chartier en est un des auteurs. Ce numéro rapporte en particulier les intervention d’une table ronde qui s’est tenu à Paris 7, Université Denis Diderot.

Recherches sur Diderot et sur l’Encyclopédie, N° 36, Avril 2004

Présentation de l’éditeur

 » Essai sur les Règnes de Claude et de Néron et sur les mœurs et les écrits de Sénèque pour servir d’instruction à la lecture de ce philosophe  » : sous ce titre transformé, Diderot fait paraître en 1782, sans tenir compte des avertissements de la censure, son Essai sur Sénèque le philosophe, sur ses écrits et sur les règnes de Claude et de Néron déjà publié en 1778. Cette seconde version, nouveau texte, est augmentée de divers développements, dont une furieuse sortie contre le frère ennemi, mort depuis peu, Rousseau. Sous le nom de Sénèque, qu’il interroge longuement, savamment, mais à sa manière, c’est sa propre apologie que propose Diderot. Il réagit aux réactions d’une partie de la presse, il prend des risques, il s’engage une dernière fois devant le public pour défendre et illustrer sa réputation menacée, estime-t-il, de philosophe épris de vérité et d’efficacité. Ce texte ultime, avec les Eléments de physiologie, est étrange, tendu, d’une éloquence par moments contradictoire au regard de la logique ordinaire, troublant et troublé : fort clair quant à son intention, il ne laisse pas par ailleurs de se présenter comme un déroutant testament personnel. Malgré quelques travaux décisifs, de grande qualité, en particulier ceux de Hisayasu Nakagawa (pour partie publiés en japonais), la critique ne nous semble pas avoir encore pris aujourd’hui la pleine mesure de cet essai où Diderot semble jouer son va-tout. La table-ronde qui s’est tenue 1e 16 novembre 2002 à l’université Paris 7 – Denis Diderot a tenté d’apporter quelques réponses, évidemment incomplètes, insuffisantes, aux questions posées en commun. Elles ont été, questions et réponses, réunies dans ce numéro, ouvrant ainsi un chantier pour les prochaines années.

=> Se procurer Recherches sur Diderot et sur l’Encyclopédie, N° 36, Avril 2004

=> Trouver d’autres numéro de Recherches sur Diderot et sur l’Encyclopédie

 

Enfin nous ne manquerons pas de nous référer au volume, paru le 18 novembre dernier, dans la Bibliothèque de la Pléiade, des Oeuvres philosophiques de Denis Diderot

Denis Diderot
OEUVRES PHILOSOPHIQUES

BIBLIOTHÈQUE DE LA PLÉIADE 1472 pages

Pensées philosophiques – Promenades de Cléobule – Lettre sur les aveugles – Lettre sur les sourds et muets – Pensées sur l’interprétation de la Nature – Le rêve de d’Alembert – Principes philosophiques sur la matière et le mouvement – Réfutation d’Helvétius – Entretien d’un philosophe avec Mme la maréchale de *** – Essai sur les règnes de Claude et de Néron [2010].

Édition publiée sous la direction de Michel Delon avec la collaboration de Barbara De Negroni,

Collection Bibliothèque de la Pléiade (No 565), Gallimard -ess. ISBN 9782070116423.
Parution : 18-11-2010.

=> Se procurer Diderot Oeuvres philosophiques de la collection de la Pléiade

Voici ce que Philippe Sollers écrivait dans le Nouvel Observateur, le 23 décembre dernier, à l’occasion de la sortie de ce volume dans la Bibliothèque de la Pleiade, sous le titre « Diderot bouge encore »

Diderot bouge encore

Les «Œuvres philosophiques de Diderot sortent en Pléiade. L’occasion de se plonger dans des textes connus, comme «le Rêve de d’Alembert», ou moins connus, tel l’«Essai sur les règnes de Claude et de Néron»

Le 7 juillet 1746, le Parlement de Paris condamne un livre à être «acéré et brûlé, comme scandaleux, contraire à la religion et aux bonnes mœurs». Le volume est faussement publié à La Haye, «aux dépens de la Compagnie», et il circule sous le manteau, sans nom d’auteur. Ce dernier a 33 ans, et fera beaucoup parler de lui par la suite. Il s’appelle Denis Diderot, son livre s’intitule «Pensées philosophiques», et il porte sur la page de titre cette inscription en latin: «Ce poisson n’est pas pour tout le monde.» En effet, et la censure l’a vite compris, comme elle le comprendra devant le plus dangereux des livres: l’«Encyclopédie».

Pour tous ceux qui, à l’époque, complotent pour un changement d’ère, Diderot est «le Philosophe». Drôle de philosophe, aussi éloigné des saints de la profession ancienne que des bavards sociaux d’aujourd’hui. L’auteur des «Bijoux indiscrets», de «a Religieuse», du «Neveu de Rameau», de «Jacques le fataliste» est d’abord un tourbillon en acte. Il est partout et nulle part, c’est une effervescence incessante. Comme le dit très justement Michel Delon, «son style est celui du harcèlement ou de la guérilla qui change sans cesse de place, qui récuse toute position définitive». Ou encore, parlant des nombreux emprunts ou des citations à la Montaigne de cet écrivain turbulent: «Diderot ne laisse pas seulement apparaître les pensées qui le constituent, il déploie sa propre pensée en recourant à l’altérité.» Il bouge, Diderot, il a des identités rapprochées multiples, il dérive, il dérape, il dialogue. La pensée est une conversation continuelle, un grand roman fourmillant. «Une seule qualité physique, dit-il, peut conduire l’esprit qui s’en occupe à une infinité de choses diverses.» Penser, c’est faire de la musique, danser, donner des coups, détruire la suffisance ignorante de tous les pouvoirs. Ecoutez Catherine de Russie après ses rencontres avec «le Philosophe»: «Votre Diderot est un homme extraordinaire, je ne me tire pas de mes entretiens avec lui sans avoir les cuisses meurtries et toutes noires.» Il aurait mieux valu, pour la monarchie française, se laisser taper sur les cuisses par cet insolent, plutôt que de persécuter les Lumières et les envoyer en Russie ou en Prusse. Temps héroïques, où les écrivains étaient bannis et leurs écrits «acérés», ce dont ne semblent plus avoir la moindre idée les pâles Français actuels.

Lisez ça : «J’écris de Dieu ; je compte sur peu de lecteurs, et n’aspire qu’à quelques suffrages. Si ces pensées ne plaisent à personne, elles pourront n’être que mauvaises ; mais je les tiens pour détestables, si elles plaisent à tout le monde.» A part la «ettre sur les aveugles» (prison pour l’auteur) et le trop peu connu «Essai sur les règnes de Claude et de Néron» (où Diderot célèbre Sénèque), le livre le plus fantastique de ce recueil est «e Rêve de d’Alembert», chef-d’œuvre surréaliste. D’Alembert dort et délire, Mlle de Lespinasse, sa maîtresse, note ce qu’il dit dans son rêve, le médecin Bordeu, en bon analyste, interprète le tout. C’est fou, c’est merveilleux, la pensée pense sa continuité souterraine, celle des «cordes vibrantes» dont nous sommes faits ainsi que le monde. C’est du clavecin endiablé, mais «’instrument philosophe est sensible, il est en même temps le musicien et l’instrument». Au passage, Mlle de Lespinasse se voit administrer une rude leçon froide sur la sexualité et les effets funestes de la continence. Elle accepte avec complaisance les démonstrations du prophétique docteur Bordeu, et déclare «qu’il n’y a aucune différence entre un médecin qui veille et un philosophe qui rêve». Conclusion révolutionnaire: «Il n’y a qu’une vertu, la justice ; qu’un devoir, de se rendre heureux ; qu’un corollaire, de ne pas se surfaire la vie, et de ne pas craindre la mort.»

Philippe Sollers, « le Nouvel Observateur » du 23 décembre 2010


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