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Le contrat sexuel

Posted by Hervé Moine sur 21 janvier 2011

Le contrat sexuel de Carole Paterman enfin traduit en français

Il aura fallu attendre près de 13 ans pour enfin lire en français l’ouvrage de Carole Paterman. On doit à Charlotte Nordmann la traduction de the Sexual contract.

Le contrat sexuel

Carole Paterman

Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Charlotte Nordman

Préface de Geneviève Fraisse

Postface d’Eric Fassin

Collection : Textes à l’appui / Genre & sexualité

dirigée par Eric Fassin et Elsa Dorlin

Série « Bibliothèque de l’IEC »

« L’homme est né libre, et partout il est dans les fers » écrit magnifiquement Jean-Jacques Rousseau au chapitre 1 du « Contrat social. » (1762). À la suite de Thomas Hobbes, qui veut faire cesser « la guerre de tous contre tous », et de John Locke décidé à protéger les « droits naturels » des humains que sont la liberté individuelle et la propriété privée – notamment celle de son propre corps -, Jean Jacques Rousseau montre comment le peuple, en passant un contrat avec lui-même et élisant une démocratie, va défendre les libertés individuelles comme « l’intérêt général ». Chacun sait aujourd’hui l’importance des théories du contrat social dans la fondation des républiques américaines et françaises, quand il a fallu rompre avec la monarchie patriarcale et instituer les principes de liberté, égalité, fraternité. Pourtant, à l’exact même moment, un autre contrat est mis en place, le « contrat sexuel » qui subordonne la femme à l’homme, qui demeure un monarque familial. En effet, que ce soit dans la jeune Amérique ou la France républicaine, la femme n’acquière aucun des droits accordé aux mâles libres et égaux. Elle n’a pas le droit de vote – elle ne l’aura en France qu’en 1944 -, dépend économiquement de son mari, n’a aucun pouvoir sur ses enfants – qui dépendent du « droit paternel » – et l’homme, par le « contrat de mariage », a le droit de jouir d’un accès sexuel à son épouse. Si le patriarcat est aboli en politique, il demeure dans la sphère privée, où le « statut » de l’homme l’emporte – ce qui interroge sur les limites du contrat social. C’est à cette démonstration que se livre la philosophe politique américaine Carole Pateman, dans « Le contrat sexuel » (La Découverte) enfin traduit après douze ans d’attente. Cet essai montre comment aujourd’hui encore le « contrat sexuel » permettant aux hommes d’avoir un libre accès au corps des femmes perdure. Ainsi, il n’existe aucune reconnaissance légale du viol entre époux, la bienveillance devant le « crime passionnel » étonne, le choix de ne pas se marier génère toutes sortes de complications, la législation de plusieurs pays sur les « mères porteuses » génère des abus de faiblesse, les associations de prostituées indépendantes dérangent. La fraternité n’est pas encore pour les « sisters », les « sœurs », ce beau mot de 1968.

Article publié dans Le Monde Magazine

Pour se procurer l’ouvrage de Carole Paterman Le contrat sexuel

Présentation de l’éditeur

Par quel étrange paradoxe le contrat social, censé instituer la liberté et l’égalité civiles, a-t-il maintenu les femmes dans un état de subordination ? Pourquoi, dans le nouvel ordre social, celles-ci n’ont-elles pas accédé,en même temps que les hommes, à la condition d’« individus » émancipés ?
Les théories du contrat social, héritées de Locke et de Rousseau, et renouvelées depuis Rawls, ne peuvent ignorer les enjeux de justice que soulève le genre. Carole Pateman montre, dans cet ouvrage de référence enfin traduit en français, que le passage de l’ordre ancien du statut à une société moderne du contrat ne marque en rien la fin du patriarcat. La philosophe met ainsi au jour l’envers refoulé du contrat social : le « contrat sexuel », qui, via le partage entre sphère privée et sphère publique, fonde la liberté des hommes sur la domination des femmes.

Il s’agit là moins d’exploitation que de subordination, comme le démontre l’auteure en analysant le contrat de mariage, mais aussi l’ensemble des contrats qui touchent à la propriété de la personne, de la prostitution à la maternité de substitution, jusqu’à l’esclavage et au salariat. Ainsi s’engage, à partir du féminisme, une critique de la philosophie politique libérale dans son principe même : en effet, pour Carole Pateman, un ordre social libre ne peut en aucun cas être de type contractuel.

Pour se procurer l’ouvrage de Carole Paterman Le contrat sexuel

Qui est Carole Paterman ?

Carole Pateman  est  professeure dans le département  de science politique de l’Université de Californie  à Los Angeles.

Elle a été la première femme à présider l’Association internationale de sciences politiques. Ses travaux en philosophie politique portent aussi bien sur la participation démocratique que sur le revenu minimal. Pour penser l’articulation entre « contrat sexuel » et « contrat racial », elle a coécrit avec Charles W. Mills, Contract & Domination (2007).

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