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La révolution tunisienne, et après ?

Posted by Hervé Moine sur 27 janvier 2011

A propos de la révolution de Jasmin

Tunisie : «la révolution a fait renaître l’espoir chez les voisins»

Publié dans Nord Eclair, le jeudi 27 janvier 2011 à 10h02 – Propos recueillis par Noémie Coppin

http://www.nordeclair.fr/Sans_detour/2011/01/27/nef-1345750.shtml

Ahmed Hosny, maître de conférences en philosophie à l'université de Tunis.
Ci-contre Ahmed Hosny, maître de conférences en philosophie à l’université de Tunis.

Ahmed Hosny est maître de conférences en philosophie à l’université de Tunis. Il animait hier soir, à Sciences Po Lille, une conférence sur le thème « La révolution tunisienne, et après ? ». Il s’est prêté au jeu des questions-réponses.

Quel bilan tirez-vous de cette Révolution du jasmin ?

Autant d’enthousiasme que d’inquiétude. Une telle révolution est unique : le peuple, uni, sans leader, la main dans la main, met fin à un régime despotique et de terreur. On déplore tout de même 120 morts et plusieurs blessés graves hospitalisés. Quelques membres des clans Ben Ali et Trabelsi ont pu être arrêtés, même si beaucoup ont réussi à fuir le pays.

Justement, pour reconstruire un pays stable, il faudra nettoyer le pouvoir de toute trace de la nébuleuse Ben Ali. Est-ce possible ?

C’est nécessaire. Deux chantiers sont incontournables. D’abord, poursuivre en justice les membres des deux clans, et restituer au peuple toutes les richesses qui lui ont si longtemps été confisquées. J’ai foi en la justice tunisienne, d’ailleurs les avocats ont été à la base du soulèvement populaire. Mais pourquoi ne pas aussi recourir à la justice internationale ? Ensuite, il me paraît incontournable que tous les anciens ministres de Ben Ali quittent le gouvernement, y compris le Premier ministre, Ghannouchi.

Sinon, on risque le coup d’État ?

Pour l’instant, l’armée dit : « Essayez de vous entendre. » Mais le peuple ne veut plus de ces ministres qui symbolisent l’ère Ben Ali. Ce qui risque de se passer, s’ils ne quittent pas le gouvernement, c’est une armée qui prend provisoirement le pouvoir, en attendant l’élection présidentielle dans six mois.

On parle beaucoup de contagion vers les pays voisins du Maghreb.

En effet, la Tunisie a su mener une révolution exemplaire, elle fait renaître l’espoir. De nombreux peuples voisins expriment un ras-le-bol vis-à-vis de leur situation socio-économique et politique. En Algérie, la situation est compliquée car les militaires veillent. Mais en Égypte ou en Libye par exemple, la possibilité d’une contagion est plus que probable.

Mais les Américains continuent de tirer les ficelles…

C’est vrai. En Tunisie, leur rôle a été crucial. C’est notamment grâce à leur intervention que le général Rachid Ammar n’a pas obéi à l’ordre de Ben Ali de réprimer les foules contestataires. Mais les Américains n’ont pas de forts intérêts stratégiques en Tunisie. En Égypte, la situation est tout autre. Malgré la contestation populaire de l’oligarchie Moubarak, les Américains ne laisseront pas l’Égypte basculer. Elle touche Israël, l’Arabie Saoudite, la Jordanie, c’est une porte d’entrée dorée au Moyen-Orient et un régulateur de la stabilité régionale.

 

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Une Réponse to “La révolution tunisienne, et après ?”

  1. A propos de l’après révolution tunisienne et la construction de la démocratie, un article lu dans France-Amérique.com, article dans lequel Mathilde Hamet recueille les propos de Mezri Haddad, exilé politique et ex-ambassadeur de Tunisie auprès de l’Unesco.

    L’ex-ambassadeur de Tunisie à l’Unesco témoigne

    Propos recueillis par Mathilde Hamet
    28 janvier 2011
    Suite au remaniement gouvernemental, l’ex-ambassadeur de Tunisie auprès de l’Unesco, Mezri Haddad, actuellement à Paris après avoir quitté ses fonctions à quelques heures du départ en exil du président Ben Ali, revient pour France-Amérique sur la situation et les perspectives politiques tunisiennes. Témoignage d’un « réformateur » qui appelle au retour de la démocratie.

    Journaliste et philosophe, Mezri Haddad critique le régime de Zine el-Abidine Ben Ali dès 1989. Exilé politique en France, il est une figure respectée de l’opposition tunisienne des années 1990. En 2000, il rompt son exil et rallie le régime de Ben Ali . Fin 2009, il accepte le poste d’ambassadeur de Tunisie à l’Unesco – poste vacant depuis 1996 – et fait ses premières armes diplomatiques. Début 2011, alors que Tunisiens ont envahi les rues pour réclamer plus de démocratie, il remet le 14 janvier sa lettre de démission à Ben Ali. Le même jour, le président tunisien quitte le pays et abandonne le pouvoir. Mezri Haddad s’exprime ici pour la dernière fois avant de consacrer les trois prochains mois à l’écriture d’un livre de témoignage. Et revenir, peut-être, dans la vie politique tunisienne.

    Pourquoi avoir accepté, en novembre 2009, le poste d’ambassadeur tunisien auprès de l’Unesco ?

    Le président Ben Ali m’avait donné le choix entre le portefeuille du ministère de la Culture et l’Unesco. Je trouvais dommage, pour la Tunisie, que ce poste reste inoccupé, j’ai donc choisi le poste d’ambassadeur.

    L’Unesco réunit les notions de dialogue entre civilisation, d’éducation pour tous, de l’importance fondamentale de la culture et de la paix pour les peuples. Des questions sur lesquelles j’ai beaucoup écrit. De plus, en étant à l’extérieur du pays, je pouvais garder un esprit critique sur la situation politique intérieure. Je tiens à cette liberté de penser.

    Qu’est-ce qui a motivé votre démission le 14 janvier dernier ?

    J’ai démissionné car je n’étais plus en phase avec ma conscience et mes idées. Je ne pouvais plus cautionner un régime aux antipodes de mes convictions. Malgré cela, je n’ai pas de mérite à avoir démissionné dans la matinée du 14 janvier, quelques heures avant le départ précipité du président Ben Ali. Il n’y avait aucun calcul politique, je n’ai été guidé que par Aristote, Platon et Voltaire.

    Dans une tribune parue hier dans le quotidien « La Presse », vous adressez un message aux politiques et au peuple tunisiens pour que naisse un véritable Etat démocratique sans « faire le procès de la Tunisie depuis 1956 ». Le remaniement annoncé le 27 janvier va-t-il dans ce sens ?

    Ce remaniement a été composé judicieusement pour préparer l’échéance démocratique, à condition que la sécurité et la paix civiles soient rétablies. Il y a un temps pour exprimer ses revendications puis un temps pour réformer, pour la transition démocratique. Le temps de la réforme est venu.

    Il ne faut pas que les nouveaux partis – qui ont été exclus par le régime de Ben Ali – agissent aujourd’hui en excluant son parti, le RCD (Rassemblement constitutionnel démocratique, ndlr). Le RCD, comme d’autres organismes d’état, s’est enlisé dans le culte de la personnalité et l’autocratie mais il a aujourd’hui le droit de se réformer et de se recomposer sous sa forme originelle, celle du Néo-Destour. Il peut rappeler tous ceux qui en ont été exclus. Décréter que le RCD n’a plus le droit de participer à la vie politique serait une erreur politique.

    Le Chef du parti islamique « Ennahda », Rached Ghannouchi, en exil à Londres, devrait rentrer en Tunisie dimanche. Comment accueillez-vous cette annonce, vous qui refusez de voir apparaître une « démocratie islamique » ?

    Il est tunisien et a le droit de revenir dans son pays même si je me pose en adversaire de son idéologie. Pour moi, le combat doit être mené sur le plan intellectuel, des idées et du politique. C’est le moment où jamais d’écrire une constitution qui fasse une distinction entre le politique et le religieux. Pour construire une démocratie sur des bases solides, il faut rendre constitutionnelle cette séparation.

    Mais les islamistes doivent accepter les règles du jeu démocratique en revoyant leur idéologie et en effectuant une autocritique. Un parti de fibre islamique peut contribuer à la vie politique de la Tunisie.

    Que pensez-vous de l’attitude très critiquée de la France face à la révolution politique tunisienne ?

    Je trouve ces critiques déplacées et injustifiées. Il est indigne que certains saisissent les événements tunisiens pour régler des comptes politiques ou les exploiter à des fins électoralistes. Le gouvernement français n’était pas dans une posture de soutien total au régime de Ben Ali. Il tentait de faire évoluer le régime vers plus de démocratie et de respect des droits de l’homme, grâce à la persuasion et sans médiatisation. La France est restée fidèle à sa vocation universelle de terre des droits de l’homme. La position de Michèle Alliot-Marie (ministre des Affaires étrangères, ndlr) était courageuse et morale.

    Pensez-vous que des élections démocratiques tunisiennes pourront avoir lieu dans 6 mois ?

    J’en suis persuadé. Ce gouvernement n’a pas encore de légitimité démocratique mais il a une légalité. Ses attributions consistent à rétablir la paix civile, redresser l’économie tunisienne, ainsi qu’à préparer la transition démocratique.

    Envisagez-vous de vous investir dans l’avenir politique de la Tunisie ?

    J’ai le devoir de témoigner de mon propre parcours et des deux derniers mois tunisiens. Le peuple tunisien a le droit de savoir ce qu’il ignore. Je me consacre uniquement à cela, avant d’envisager le moindre avenir politique. J’ai toujours eu deux vocations : la philosophie et la politique. On ne peut pas être philosophe et politique en même temps. Je sacrifierai l’une des deux dans les mois qui viennent.

    Quel est votre point de vue sur les manifestations égyptiennes de ces derniers jours ?

    Je n’ai jamais été un révolutionnaire. Je crois au réformisme et au gradualisme démocratique. Je crois à la politique des étapes, telle que l’évoquait Habib Bourguiba. C’est pourquoi, je ne souhaite pas que l’Egypte tombe dans l’anarchie et dans la révolution. L’Egypte est un pays géopolitiquement important et sa déstabilisation n’est pas souhaitable.

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