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Relire Voltaire avec les yeux de Nietzsche

Posted by Hervé Moine sur 28 janvier 2011

Guillaume Métayer

Nietzsche et Voltaire,

de la liberté de l’esprit et de la civilisation

chez Flammarion

« Il a été un des derniers hommes qui saventréunir en eux la plus haute liberté d’esprit etune disposition d’esprit absolument non-révolutionnaire. »

Nietzsche, à propos de Voltaire.

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Nietzsche dédia à Voltaire son dernier ouvrage, le philosophe allemand mettant en avant l’importance du combat de Voltaire pour la liberté, contre l’oppression religieuse. Cet essai explique l’importance de la notion d’esprit libre dans la pensée de ces deux hommes.

Chez Nietzsche comme chez Voltaire, la question de l’anti-biblisme et l’anti-christianisme est posée. Tous deux ont un génie du ridicule et de la satire.

En quatrième de couverture de Nietzsche et Voltaire : De la liberté de l’esprit et de la civilisation:

« En 1878, à l’occasion du centenaire de la mort de Voltaire, Nietzsche lui dédie son dernier ouvrage, Humain, trop humain. Le philosophe allemand reconnaît là l’importance d’un esprit français qui a combattu en son temps pour que la liberté triomphe. Mais au juste qu’est-ce qu’un esprit libre ? Qu’en est-il de la société de cour ? Comment saisir l’influence du christianisme du XVIIIème jusqu’au début du XXème ? Cette religion dont Nietzsche écrit dans Par-delà le bien et le mal : « Le christianisme a fait boire du poison à Eros : il n’en est pas mort, mais il est devenu vicieux. » Voilà le nerf de la guerre au coeur des siècles et particulièrement dans la vie des deux penseurs. La vertu contre le vice, la santé contre le nihilisme, l’art contre la bassesse : balancement que Guillaume Métayer explore avec profondeur et enthousiasme dans son essai. En somme, pour ne pas sombrer avec l’Histoire, il est préférable de rire (rôle décisif de Dionysos, mais aussi d’Apollon), de danser et voyager. Et croire à l’aurore, autre nom du renouveau et de l’ironie. »

>>> Pour se procurer l’ouvrage de Guillaume Métayer, Nietzsche et Voltaire : De la liberté de l’esprit et de la civilisation

Ci-dessous un article de Jean-Louis Jeannelle à propos de Nietzsche et Voltaire de Guillaume Métayer.

Critique

« Nietzsche et Voltaire : De la liberté de l’esprit et de la civilisation« , de Guillaume Métayer : Voltaire à coups de marteau

Article de paru dans Jean-Louis Jeannelle Le Monde des Livres du 27 janvier 2011

http://www.lemonde.fr/livres/article/2011/01/27/nietzsche-et-voltaire-de-la-liberte-de-l-esprit-et-de-la-civilisation-de-guillaume-metayer_1471251_3260.html

Nietzsche et Voltaire, et non Voltaire et Nietzsche. Peu importe ici la chronologie. Le but de Guillaume Métayer est moins de prouver l’influence de l’homme des Lumières sur le penseur du surhomme que de renverser la perspective. Autrement dit de relire Voltaire avec les yeux de Nietzsche. Car le patriarche de -Ferney s’éloigne irrémédiablement, peu à peu amputé des oeuvres qui firent sa gloire – une soixantaine de pièces, des essais sur l’histoire et une gigantesque correspondance – au profit des contes et du Dictionnaire philosophique (1764). « Ni philosophe au sens de l’université, ni moraliste au sens de La Rochefoucauld, ni écrivain au sens du romantisme », Voltaire ne répond plus à nos attentes.

Brillant conteur et modèle de l’écrivain engagé… Voilà à quoi se résume désormais l’auteur de Candide pour les bacheliers. Contre ce cliché, Guillaume Métayer ose« un Voltaire nietzschéen ». Son enquête part des notes que Nietzsche prit à 18 ans à partir d’un manuel d’histoire littéraire de la France : La Vie et la personnalité de Voltaire et Voltaire philosophe. Elles montrent que, contrairement à ce qu’affirmait Elisabeth Förster, sa soeur, Nietzsche a très tôt lu l’écrivain français. Toutefois, l’examen de sa bibliothèque ne s’avère pas concluant : comment s’assurer de l’effet produit par une lecture, même lorsque celle-ci est attestée par des annotations ? Plus convaincante est la découverte de l’une des sources du premier essai de Nietzsche, La Naissance de la tragédie (1872) : l’épître dédicatoire de la tragédie Sémiramis (1748), dans laquelle Voltaire tentait de se représenter concrètement la scène tragique grecque.

De même Nietzsche emprunta-t-il à une lettre de son prédécesseur sur les mérites comparés des langues française et italienne une formule essentielle. « Vous dansez en liberté, et nous dansons avec nos chaînes », écrivait Voltaire à son correspondant italien. « Danser dans les chaînes » résuma non seulement la conception nietzschéenne de l’art mais aussi cette « liberté dans les entraves » qui lui apparaissait être une condition à l’exercice de la « volonté de puissance ».

Entendu avec l’oreille de Nietzsche, le rire voltairien devient un défi à l’éthique de la mortification, une lutte permanente contre le christianisme. « Ecrasez l’infâme »trouve un écho dans « Dionysos contre le Crucifié » d’Ecce homo (1888). Un écho toutefois amplifié : contre le déisme conciliant de Voltaire, le philosophe allemand entendait refermer la parenthèse de l’ère morale de l’humanité.

Apparaît ainsi un Voltaire plus inattendu, parfois plus inquiétant. Un Voltaire auquel l’auteur d’Humain, trop humain (1878) emprunte cet aphorisme : « Quand la populace se mêle de raisonner, tout est perdu », et chez qui liberté d’esprit n’équivaut jamais à licence, puisqu’à l’opposé de l’esprit révolutionnaire, il se fait le chantre de l’absolutisme louis-quatorzien.

Dès lors, l’enjeu d’une telle lecture croisée est, par-delà le déisme quelque peu lénifiant dont on a souvent crédité Voltaire, de réactiver la portée du combat contre les intégrismes. Lutter contre ce que Nietzsche nommait les « monotono-théismes », voilà ce à quoi Voltaire peut encore servir, montre Guillaume Métayer, pour qui le« XXIe siècle sera voltairien ou ne sera pas ». Avec l’entremise de Nietzsche du moins…

>>> Pour se procurer l’ouvrage de Guillaume Métayer, Nietzsche et Voltaire : De la liberté de l’esprit et de la civilisation

 

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Une Réponse to “Relire Voltaire avec les yeux de Nietzsche”

  1. TropLibre said

    Le blog TropLibre de la Fondapol (Fondation pour l’innovation politique) vient de publier un compte rendu de lecture de ce livre. Vous le trouverez à l’adresse suivante:
    http://www.trop-libre.fr/le-marche-aux-livres/deux-esprits-libres

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