Actuphilo

Actualité philosophique et réflexion philosophique sur l'actualité

Chasse aux sorcières contre des philosophes en Hongrie

Posted by Hervé Moine sur 29 janvier 2011

László Tengelyi : « de récents événements arrivés en Hongrie qui s’apparentent à une chasse aux sorcières contre des philosophes ».

Une lettre ouverte

Nous publions la lettre ouverte de László Tengelyi, professeur de philosophie à l’Université de Wuppertal en Allemagne, à propos de la situation dans laquelle se trouvent les philosophes en Hongrie, lettre traduite de l’allemand par Yves Mayzaud. Cette lettre datée du 19 janvier 2011 est adressée à divers membres d’associations allemandes influentes de la philosophie, la Société Allemande de Philosophie, la Société pour la Philosophie Analytique, la Société allemande pour la Recherche Phénoménologique et la Société Germano-hongroise pour la philosophie.

La situation évoquée  dans cette lettre relatives aux évènements récents survenus en Hongrie à propos d’une nouvelle législation sur les médias non conforme aux normes européennes ressemble fort, selon László Tengelyi, à une chasse aux sorcières contre des philosophes d’origine hongroise. Ces philosophes sont notamment Agnes Heller, Mihály Vajda, Sándor Radnóti.

Jürgen Habermas sur la question  : « Schützt die Philosophen ! » : Protégeons les philosophes !

D’autre part, en suivant ce lien, on pourra lire l’intervention de Jürgen Habermas sur la question : http://www.sueddeutsche.de/kultur/aufruf-von-habermas-und-nida-ruemelin-schuetzt-die-philosophen-1.1050449. Le philosophe s’inquiète avec Julian Nida Rümelin, « wir machen uns Sorgen » du sort des philosophes en question.

Une pétition

Après avoir lu cette lettre qui explique la situation, il est possible de signer la pétition qui se trouve à l’adresse suivante : http://www.petitiononline.com/logosz/

Hervé Moine

________________________

Wuppertal, le 19 janvier 2011

À

monsieur Julian Nida-Rümelin, président de la Société Allemande de Philosophie

monsieur Wolfram Hogrebe, ancien président de la Société Allemande de Philosophie et éditeur du recueil « Philosophia Hungarica »

monsieur Thomas Spitzley, président de la Société pour la Philosophie Analytique

madame Iris Därmann, présidente de la Société Allemande pour la Recherche Phénoménologique

monsieur Klaus-Michael Kodalle, président de la Société Germano-hongroise pour la Philosophie

À tous mes estimés collègues,

Chers collègues,

J’aimerai porter à votre connaissance de récents événements arrivés en Hongrie qui s’apparentent à une chasse aux sorcières contre des philosophes comme Agnes Heller, Mihály Vajda, Sándor Radnóti et d’autres.

Comme vous le savez, le parlement hongrois a adopté il y a peu de temps une loi sur les médias qui n’est pas conforme aux normes européennes. Cette loi n’est que le sommet de l’iceberg. Il n’est que la partie visible de toute une série de mesures prises depuis la victoire du Fidesz le 25 avril 2010, et qui dissimule la déconstruction réelle des institutions démocratiques en Hongrie. Le parti des « jeunes démocrates » (Fidesz), élu avec une majorité des deux tiers au Parlement, a commencé par régulièrement modifier la constitution (plus de dix fois). Le tribunal constitutionnel a été dépossédé d’une part essentielle de ses droits. L’organe nommé « conseil du budget », indépendant du gouvernement, composé par des économistes compétents, et dont la fonction est de surveiller la politique économique du gouvernement, a été dissous après les premières prises de position critiques. Tous ses membres ont été remplacés par des partisans du parti au pouvoir. Il en est de même avec la position de haut juge de la cour suprême, elle aussi occupée à présent par un affilié du Fidesz. Le principe de la séparation des pouvoirs est menacé en Hongrie. Les fonctionnaires travaillant dans l’administration d’État, et qui n’étaient pas adhérents du parti au pouvoir actuellement, ou qui ne le sont pas devenus, ont été et sont licenciés en masse – sans justification. Parmi eux, il n’y a pas seulement des postes-clés politiques mais, fondamentalement, c’est l’ensemble de l’administration publique qui se trouve menacée. L’éminent économiste János Kornai en a ainsi conclu, dans un article publié le 06.01.2011 dans le journal « Népszabadsàg » – adoptant un ton au demeurant tout à fait posé et circonspect – qu’aujourd’hui la Hongrie n’était plus une démocratie mais une « autocratie ».

Ces réformes pour le pire touchent aussi la philosophie. Le nouveau directeur de l’Institut de philosophie de l’Académie des sciences hongroise a renvoyé quatre collègues et a déclaré que 15 de ses 23 collègues étaient « incompétents dans leur matière ». Cette évaluation s’étendait aussi à des collègues qui avaient obtenu, en Hongrie, un grade scientifique équivalent à l’habilitation. Contre ces licenciements, des philosophes et des scientifiques de disciplines voisines sont intervenus en novembre de l’année dernière. Le professeur Sádor Radnóti a commencé une protestation sur Internet. Près de 2000 signatures ont été rassemblés, non seulement d’académiciens, de professeurs d’universités et de chercheurs hongrois, mais aussi de philosophes et de politiciens étrangers éminents. Pour la défense des collègues licenciés, j’ai moi-même, fin novembre, publié un article dans l’hebdomadaire « ÉS » dans lequel j’ai exigé du président de l’Académie des sciences hongroise, qu’une enquête soit réalisée à l’Institut de philosophie sur ce renvoi complètement arbitraire et, au moins en quelques cas, apparemment infondé. Rien n’a été fait pour le moment. Il y a dix jours (08.01.2011) qu’est paru un article dans le journal « Magyar Nemzet » (« Nation hongroise ») contre un « cercle libéral » de philosophes. « Magyar Nemzet » est en Hongrie l’organe de presse proche du gouvernement Fidesz. Le mot « libéral » renvoie au parti, en coalition avec lequel les socialistes ont formé le gouvernement précédent. Ainsi, l’article attaque sans circonlocutions des adversaires politiques qui se trouvent parmi les philosophes. On reproche même à certains d’entre eux (comme par exemple Béla Bacsó) d’avoir été le conseiller d’un ministre libéral du gouvernement précédent. Un autre philosophe attaqué est même qualifié d’« ami » de ce conseillé. Il faut savoir qu’en Hongrie aujourd’hui, le mot « libéral » et « libéral de gauche » n’est pas employé sans une connotation claire d’antisémitisme. Ce « cercle libéral » de philosophes – parmi lesquels se trouvent en majorité des collègues qui n’ont jamais exercé la moindre fonction politique et qui n’ont été le conseiller de personne, mais qui se sont toujours consacrés entièrement à leur enseignement et à leurs recherches – se voient à présent accusés d’avoir reçu des financements illicites pour leurs recherches. Sous l’égide du ministre libéral évoqué, une candidature pour le financement d’un programme de recherche (d’une valeur de 360 000 euros) aurait bénéficié d’un traitement de faveur. Dans le cas d’une telle plainte, il est évidemment très difficile pour quelqu’un d’extérieur à cette situation d’élever des protestations fondées. Il est néanmoins troublant que les six projets du programme de recherche qui ont été mis en cause soient tous dirigés par des philosophes classés dans ce « cercle libéral ». D’autres domaines n’ont pas été concernés par ces attaques. En outre, les projets étaient à ce moment déjà réalisés et les rapports conclusifs déjà publiés sur la page Internet de l’organe étatique qui a financé les candidatures.

Suite à cette première attaque est parue toute une série d’articles supplémentaires sur les six projets de recherche dans le journal « Magyar Nemzet ». On peut parler d’une chasse aux sorcières attisée un peu plus chaque jour. Mercredi dernier (12.01.2011), l’opinion publique apprenait qu’un représentant autorisé du gouvernement avait ordonné une enquête sur ces six projets. Il a été rapporté samedi (15.01.2011), dans le journal « Magyar Nemzet » que ce représentant autorisé du gouvernement avait ensuite transféré l’affaire à la police, laquelle a ordonné une enquête après avoir reconnu pour au moins un des six projets « une présomption fondée ». Hier (18.01.2011), il a aussi été suggéré dans le même journal qu’il y aurait pour les autres projets une enquête policière.

Il est évident que je ne peux pas prendre une responsabilité personnelle pour l’irreprochabilité des projets de recherche incriminés. Je ne connais pas les détails de ces projets. Je vis et enseigne depuis dix ans en Allemagne et je ne participe à la vie hongroise que par des conférences et des publications. Mais mes relations personnelles de longue date avec les philosophes concernés par les plaintes sont une raison pour laquelle je me permets d’exprimer mes doutes sur la crédibilité de ces accusations.

Je voudrais faire valoir en outre quelques faits (au-delà de la prévention à caractère politique qui marque toute l’affaire) :

1. Il est faux – et il peut bien induire en erreur – d’affirmer que les six candidatures n’auraient pas rempli les exigences de l’inscription. L’accusation prend souvent pour appui le titre complet du cinquième programme de recherche annoncé par lòrgan d’État en question: « Recherche de l’héritage national et des défis sociaux contemporains ». Il apparaît cependant clairement du texte même du programme comment ce thème global doit être compris dans le détail : « La demande de candidature soumise sous le signe de l’intégration européenne doit présenter d’un côté les thèmes déterminants jusqu’à aujourd’hui des cadres de la scientificité européenne, et d’autre part l’intégration de questions contemporaines fondamentales des sciences humaines ». Les projets incriminés, qui s’attachent à des thèmes classiques de la philosophie, correspondent en tout point à cette description.

2. Les aides financières accordées aux six projets furent allouées par un organe d’État au cours d’une procédure publique et sur la base de la décision d’une commission composée de spécialistes de haut niveau.

3. L’utilisation des financements se fait par l’administration de chaque université ou par celle de l’Académie des sciences hongroise, et est soumise au règlement habituel de ces institutions en ce qui concerne les affaires financières.

4. Seuls les six philosophes ont été inquiétés dans l’enquête sur la distribution des fonds ; le système global de la distribution des financements n’a pas été pour sa part l’objet d’une investigation de la part du représentant autorisé du gouvernement.

5. Ces six projets ont été projetés sur le devant de la scène, parce que quelqu’un a porté plainte contre leurs directeurs et certains participants. Il faut souligner que dans deux articles du « Magyar Nemzet » le directeur de l’Institut de philosophie – contre les mesures duquel les protestations de novembre ont été organisées – est le seul spécialiste en matière de philosophie cité. De même, il est étrange que l’un des principaux accusés soit monsieur Radnóti qui, en novembre dernier, a initié la protestation sur Internet.

6. Les directeurs de projets ne tirent de ces fonds que des revenus minimes pour lesquels ils sont responsables ; la somme de ces revenus est strictement réglementée.

7. Les six projets de philosophie ont permis d’employer pendant trois ans des collègues et des doctorants (au total plus d’une centaine de personnes). L’argent fut réparti sur de nombreux travaux particuliers, de telle sorte que les collègues concernés, dont le salaire, au cas des professeurs, dépasse à peine, encore aujourd’hui, 1000 € par mois, ne pouvaient à chaque fois que recevoir des montants modestes.

8. Entretemps les résultats des projets mis en cause se trouvent sur Internet, présentés au grand public au travers de brefs résumés. Les directeurs des projets incriminés peuvent tous faire valoir une dizaine d’ouvrages publiés et toute une série de publications scientifiques. Parmi eux, il n’y a pas seulement des traductions philosophiques et des recueils d’articles, mais un nombre non négligeable de monographies. En plus de nouvelles traductions de Platon, de Nietzsche et de Heidegger, quelques nouvelles monographies ont attiré mon attention. A côté des ouvrages de Gyula Rugási, György Tatár, Gábor Borbély je voudrais évoquer un livre de 600 pages sur Winckelmann de Sándor Radnóti et une remarquable monographie sur Kant d’un jeune collègue. La publication d’un monograph n’a mobilisé même pas un dixième de la subvention totale d’un projet, du fait que nombre de contributions furent écrites dans le cadre d’articles et d’essais. Ces fonds furent aussi employés pour équiper les institutions en ordinateurs et en livres, sans compter qu’une part considérable de ce financement a permis de payer les administrations de ces instituts.

9. A ces six projets ont participé tellement de collègues talentueux que c’est la philosophie en Hongrie toute entière que l’on menace par la menée de ces actions. Je suis désolé de vous faire part de telles nouvelles. Je vous serai reconnaissant si vous pouviez faire suivre cette lettre afin d’informer le plus possible l’opinion publique sur la situation de la philosophie en Hongrie et de soutenir la philosophie hongroise.

Cordialement,

László Tengelyi

Professeur de philosophie

Bergische Universität Wuppertal

Gaußstr. 20

42119 Wuppertal

Allemagne

(Traduit par Yves Mayzaud)

Advertisements

6 Réponses to “Chasse aux sorcières contre des philosophes en Hongrie”

  1. Pour compléter voir l’article lu dans Libération du 21 janvier 2011…

    Hongrie : Orbán cible les philosophes
    RÉCIT
    Une campagne antisémite relayée par les médias proches du pouvoir attaque cinq intellectuels.

    Par FLORENCE LA BRUYÈRE Budapest correspondance
    http://www.liberation.fr/monde/01012314982-hongrie-orb-n-cible-les-philosophes

    C’est une manière de lâcher du lest. La controversée législation sur les médias adoptée par la droite populiste de Viktor Orbán est entrée en vigueur le 1er janvier, mais elle ne s’appliquera à la presse écrite qu’à partir du 1er juillet… lorsque la Hongrie, une fois son mandat achevé à la tête de l’Union européenne, ne sera plus sous les feux des projecteurs. Cette concession apparente permet aux médias proches du Premier ministre hongrois de violer sans vergogne les principes édictés par sa propre majorité. La nouvelle législation précise que le contenu des médias «ne doit pas inciter à la haine contre les personnes, les nations, les communautés, les minorités nationales, ethniques, linguistiques ou autres, ni contre une majorité, une église ou un groupe religieux». Un thème cher à la droite populiste. Un thème qui a permis à Orbán de remporter les élections en 2010.

    L’ex-étudiant dissident s’est posé en conservateur paternaliste qui allait nettoyer les écuries d’Augias après huit années de gouvernement socialiste-libéral ponctuées de nombreuses affaires de corruption. Or, le pouvoir fait fi de sa propre loi en lançant une campagne haineuse. Le quotidien Magyar Nemzet, proche du pouvoir, se fait le porte-voix d’une chasse aux sorcières contre la grande philosophe hongroise Agnes Heller, figure de proue de la dissidence, ainsi que contre quatre de ses confrères. Depuis dix jours, articles et éditoriaux éreintent ces philosophes, réputés de gauche ; ils sont soupçonnés d’avoir perçu un demi-milliard de forints (environ 1,8 million d’euros) lorsque la gauche était au pouvoir pour écrire des œuvres fumeuses ou inutiles. Ces intellectuels sont par ailleurs accusés «d’avoir sali» l’image de la Hongrie à l’étranger en critiquant la loi sur les médias.

    «Poison».«On est face à une petite bande professionnelle qui, depuis la chute du communisme, essaie d’écraser la droite démocratique», écrit le journal. «Pourquoi m’attaquent-ils, moi ? Parce que j’ai parlé du danger de la nouvelle loi sur les médias, des coups de boutoir donnés aux institutions démocratiques et des penchants dictatoriaux de Viktor Orbán», souligne Agnes Heller, professeure émérite de l’université New School de New York et de l’université de Budapest. La majorité de ces intellectuels désignés à la vindicte publique sont d’origine juive, et cette campagne joue sur les vieux poncifs de l’antisémitisme. Le Magyar Nemzet peut ainsi parler de «haine tribale chez ces gens de l’esprit» et de la «bande à Heller», qui a «empoché un demi-milliard pour traduire des livres du hongrois vers le hongrois» (en fait, une nouvelle traduction de Platon). Des références codées à une prétendue avidité juive parfaitement claire pour le lecteur hongrois.

    «C’est de l’anti-intellectualisme et de l’antisémitisme latent», s’indigne Gabor Gulyás, philosophe conservateur et directeur du musée d’Art moderne de la ville de Debrecen (est du pays). Pour la première fois, un homme de droite, réputé proche du Fidesz, réagit. Gulyás a d’abord écrit une lettre de protestation au Magyar Nemzet, qui a refusé de la publier. Il l’a postée sur Facebook. «J’aurais honte si je restais silencieux quand une attaque déguisée en attaque professionnelle est motivée par des raisons politiques», écrit-il, ajoutant à l’intention des éditeurs du journal : «Vous êtes beaucoup plus intéressés par les batailles des partis politiques, par cette espèce de guerre, que par la culture et les découvertes de la science. Je refuse de prendre part à cette guerre.»

    Tirant à quelque 70 000 exemplaires, le Magyar Nemzet a certes une audience limitée. Mais ses articles sont immédiatement repris, parfois mot pour mot, par les autres médias dominés par le Fidesz, le parti d’Orbán, ou qui lui appartiennent : Hir TV (chaîne d’info en continu), la télévision et la radio publiques… «C’est ainsi que le poison se répand dans la société hongroise», analyse une sociologue sous couvert d’anonymat.

    La campagne contre ces philosophes «évoque la période la plus sombre du communisme et rappelle les procès lancés par Staline contre le complot des médecins juifs», souligne l’hebdomadaire Hetek. Pour Agnes Heller, qui porte plainte pour diffamation, ces attaques ont un air de déjà-vu : «En 1973, le pouvoir avait lancé une campagne similaire contre moi : ils ont dit que je n’étais plus digne de faire de la recherche. Mon mari a été arrêté et nous avons été accusés de trafic de devises. Aujourd’hui, on m’accuse aussi de crimes économiques, sans aucun fondement. Leur « inquisiteur » peut chercher, il ne trouvera aucun abus financier. Tout ce qu’il trouvera, c’est de la pensée hérétique. Sous le régime de Kadar [leader communiste qui dirigea le pays de 1958 à 1988, ndlr], on pouvait mettre les gens en prison pour ce seul motif. Aujourd’hui ça ne suffit plus, et il faut nous accuser de crimes économiques en traînant notre nom dans la boue», explique celle qui fut la principale disciple de Georg Lukacs.

    Bafoués. Dans un appel adressé aux parlementaires européens, aux membres de la Commission et à tous les gouvernements des Vingt-Sept, d’anciens opposants au communisme comme Václav Havel, Petr Uhl, Arpád Göncz, Miklós Haraszti, György Konrád, Adam Michnik, dont plusieurs passèrent des années en prison, lancent un cri d’alarme (à consulter sur le site Iprotest.hu) : «Ce que l’Union européenne voulait empêcher, et ce que beaucoup croyaient impossible, prend chair : une démocratie antilibérale est en train de naître à l’intérieur des frontières de l’Europe. […] Si des droits fondamentaux sont bafoués dans un pays, cela humilie tous les Européens.»

  2. Philo Mag relaye cette chasse au sorcière hongroise contre les philosophes

    Hongrie : le pouvoir s’attaque aux philosophes

    « Chasse aux sorcières contre les philosophes » : c’est ainsi que László Tengelyi, professeur à l’université de Wuppertal, en Allemagne, décrit la situation de la philosophie en Hongrie dans une lettre ouverte (pour une traduction française, cliquez ici). En cause, le nouveau directeur de l’Institut de philosophie de l’Académie des sciences hongroise a licencié quatre professeurs de philosophie et accuse quinze des ses collègues, sur vingt-trois, d’incompétence. Tous sont réputés pour leur opposition au gouvernement, notamment Agnès Heller, élève du philosophe marxiste Georg Lukacs.

    Ces philosophes sont violemment attaqués dans les médias proches du gouvernement. Correspondante à Budapest pour le journal Libération, Florence la Bruyère confirme : « Depuis dix jours, articles et éditoriaux éreintent ces philosophes, réputés de gauche ; ils sont soupçonnés d’avoir perçu un demi-milliard de forints (environ 1,8 million d’euros) lorsque la gauche était au pouvoir pour écrire des oeuvres fumeuses ou inutiles. Ces intellectuels sont par ailleurs accusés « d’avoir sali » l’image de la Hongrie à l’étranger ». De façon mesurée, László Tengelyi répond en neuf points à ces accusations dans sa lettre. Parallèlement, le professeur Sádor Radnóti a lancé une pétition en ligne pour alerter l’opinion publique.

    Ces attaques s’inscrivent dans un contexte inquiétant. Depuis la victoire du premier ministre Viktor Orban aux élections législatives d’avril 2010, « le principe de la séparation des pouvoirs est menacé, affirme László Tengelyi. Les fonctionnaires travaillant dans l’administration d’État, et qui n’étaient pas adhérents du parti au pouvoir actuellement, ou qui ne le sont pas devenus, ont été et sont licenciés en masse – sans justification. » Quant à la presse, le parlement hongrois a adopté le 1er janvier une loi qui, selon la commission européenne en charge des médias, pourrait aller à l’encontre des « droits fondamentaux de liberté d’expression et d’information ». Rétablir la censure politique en somme.

  3. […] Chasse aux sorcières contre des philosophes en Hongrie […]

  4. Le Collège international de philosophie s’engage et apporte son soutien aux philosophes hongrois, victimes de cette chasse aux sorcières.

    Hongrie : Le CIPh apporte son soutien à la philosophe Agnès Heller et à ses confrères

    Une campagne de dénigrement et de calomnie, orchestrée par l’entourage du premier ministre Viktor Orbán, se développe actuellement dans les médias hongrois contre plusieurs philosophes (Agnes Heller, Mihály Vajda, Sándor Radnóti…) , accusés à la fois d’avoir « sali » l’image nationale par leur critique de la loi sur les médias, et bénéficié de largesses financières pour écrire des textes « fumeux et inutiles ». Faisant suite aux restrictions sévères de la liberté d’expression dans ce pays, cette attaque qui mêle des relents antisémites à l’anti-intellectualisme envers les critiques du pouvoir atteste du développement, au coeur de l’Europe, d’une idéologie et d’une politique clairement contraires aux principes démocratiques de respect des droits et de liberté de la recherche. Attentif, depuis sa création, au caractère inconditionnel de ces exigences, ainsi qu’à la mémoire de la dissidence dont Agnes Heller fut l’une des figures de proue, le Collège International de Philosophie apporte son entier soutien aux philosophes mis en cause, exige que cesse cette campagne de presse et que soient respectés, en Hongrie, les principes garantis par la Charte des droits fondamentaux de l’Union Européenne.

  5. Voir le site d’Amnesty international
    paru sur le site le 27 janvier 2011
    Non aux restrictions à la liberté d’expression en Hongrie

    En Hongrie, deux nouvelles lois sont entrées en vigueur au 1er janvier, date à laquelle ce pays a accédé pour six mois à la présidence de l’Union européenne.

    Ces nouvelles lois sur les médias introduisent des restrictions fondées sur des concepts vagues, tels que «l’intérêt public», qui laissent les journalistes et les rédacteurs dans le flou quant à la manière d’appliquer ces textes. La nouvelle législation, dont l’application est contrôlée par un nouvel organisme de surveillance des médias aux pouvoirs étendus, imposent des restrictions inutiles et disproportionnées à la liberté d’expression en Hongrie qui vont au-delà de celles autorisées par le droit international relatif aux droits humains en matière de liberté d’expression. Les médias qui contreviendraient à ces lois risquent d’importantes amendes, voire la fermeture.

    La Hongrie est dans l’obligation de respecter, protéger et garantir le droit à la liberté d’expression. Selon les normes internationales relatives aux droits humains, notamment l’article 19 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques, l’article 10 de la Convention européenne des droits de l’homme et l’article 11 de la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne, ce droit comprend la liberté de rechercher, de recevoir et de répandre des informations et des idées de toute espèce. Des médias libres et non censurés sont essentiels pour que chacun puisse exercer de manière efficace son droit à la liberté d’expression.

    Les nouvelles lois imposent des restrictions sur tous les contenus diffusés par les médias publics et privés, que ce soit à la radio, à la télévision, dans la presse ou sur Internet.

    Selon les normes internationales, toute interférence avec le droit à la liberté d’expression doit répondre à des critères stricts et :
    -être prévue par la loi,
    -servir uniquement certains objectifs autorisés (tels que la sécurité nationale, l’ordre public ou le respect des droits et de la réputation d’un tiers), et
    -s’avérer manifestement nécessaire et proportionnée à la réalisation de l’un de ces objectifs autorisés.
    La nouvelle législation ne répond pas à ces critères. Elle doit donc être amendée afin de garantir la liberté d’expression pour chacun, et en particulier le droit de rechercher, de recevoir et de répandre des informations et des idées de toute espèce.
    Agissez en appelant le gouvernement hongrois à amender les nouvelles lois sur les médias afin de les rendre conformes aux normes internationales.
    27 janvier 2011. © Amnesty International

  6. […] Chasse aux sorcières contre des philosophes en Hongrie […]

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

 
%d blogueurs aiment cette page :