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La mort du politique

Posted by Hervé Moine sur 29 janvier 2011

Vincent Peillon

Eloge du politique

Une introduction au XXIe siècle

Seuil

Qu’est-ce qui est actuel ? Qu’est-ce qui est contemporain ? Qu’est-ce qui fait sens dans notre monde ? Aux grandes réponses traditionnelles, la mort de Dieu, la mort de l’homme, dont il réfute la pertinence, Vincent Peillon substitue une autre piste de lecture. Ce qui se joue dans notre temps, c’est la mort du politique. La politique, réduite à l’économie, à la morale, à la science ou bientôt à la seule communication, est même devenue antipolitique. Mais qu’est-ce que le politique dont il s’agit ici ? L’Occident démocratique s’est construit autour d’une alliance entre philosophie et politique, un mode d’organisation de la cité et un type de rationalité critique. Socrate apostrophant les puissants, hommes d’argent, de pouvoir ou de verbe, sur leur autorité et sur leur savoir, illustre le fondement de cette histoire. Celle-ci s’est déployée à travers l’humanisme civique de la Renaissance, les Lumières et la Révolution, la fondation de la troisième République, toujours dans la lutte et l’affrontement avec ceux qui prétendent posséder la vérité, qui veulent exercer le pouvoir et se prennent pour des dieux. Nourrie d’une méditation continue des oeuvres des philosophes classiques et modernes, particulièrement de Merleau-Ponty, mais aussi d’une expérience unique d’homme politique, Vincent Peillon propose ici de retrouver un rapport du politique à l’action et à la vérité, mais aussi de la philosophie à la cité, qui seul pourrait garantir, en un temps où la démocratie est fragilisée, un autre avenir que de ténèbres, de démission et de retour de la barbarie.

Présentation de l’éditeur

Aux réponses traditionnelles relatives au sens de notre modernité – la mort de Dieu, la mort de l’homme – dont il réfute la pertinence, Vincent Peillon substitue une autre piste de lecture. Ce qui se joue dans notre temps, c’est la mort du politique. Réduite à l’économie, à la morale ou à la seule communication, la politique n’est-elle pas elle-même devenue antipolitique  » ? Mais qu’est-ce que le politique dont il s’agit ici ? Nos traditions démocratiques se sont construites autour d’une alliance entre philosophie et politique, un mode d’organisation de la Cité et un type de rationalité critique. Socrate apostrophant les puissants – hommes d’argent, de pouvoir ou de verbe – illustre le fondement de cette histoire. Celle-ci s’est déployée à travers l’humanisme civique de la Renaissance, les Lumières et la Révolution, la fondation de la troisième République, toujours dans la lutte et l’affrontement avec ceux qui veulent exercer le pouvoir, prétendent posséder la vérité et se prennent pour des dieux. Nourri d’une méditation continue des oeuvres des philosophes classiques et modernes, particulièrement de Merleau-Ponty, mais aussi d’une expérience d’homme politique, Vincent Peillon propose de renouer les liens du politique à l’action et à la vérité, de la philosophie à la Cité, qui seuls pourraient permettre, en un temps où la démocratie est fragilisée, un autre avenir que de ténèbres.

Pour se procurer le livre de Vincent Peillon, Eloge du politique : Une introduction au XXIe siècle

Vincent Peillon, né en 1960 à Suresnes, député européen. Agrégé et docteur en philosophie, il est notamment l’auteur de « Pierre Leroux et le socialisme républicain » (2003). Il est également l’auteur de livres sur Merleau-Ponty (1994, 2004, 2008), Jean Jaurès (2000).

Dernièrement, il a publié au Seuil « La Révolution française n’est pas terminée » (2008) et « Une religion pour la République. La foi laïque de Ferdinand Buisson » ( » La Librairie du XXe siècle « , 2010).

 

Vincent Peillon, le philosophe du PS

Chargé par Martine Aubry de la dimension idéologique de la présidentielle, Vincent Peillon publie un nouvel essai où il fait l’«éloge du politique». Rencontre

« Pourquoi à un moment donné décide-t-on de transgresser ? » Une question que Vincent Peillon s’adresse à lui-même ce matin-là, au café Le Rostand, près du Luxembourg, à deux pas de son domicile. Il y a tout juste un an, invité à débattre de l’identité nationale face à Eric Besson, le député européen avait posé à Arlette Chabot un retentissant lapin, envoyant à l’AFP un communiqué en cours d’émission pour dénoncer un « exercice d’abaissement national ». La meute des éditorialistes lui fit payer très cher ce hors-piste, pourtant rafraîchissant. Certains camarades aussi: nouveau coup de cœur de Pierre Bergé depuis fin 2009, son aura commençait à agacer. Aujourd’hui encore, on trouve des traces de « Peillon bashing » sur le Net, où un groupe Facebook bon enfant s’intitule: « Faire une Vincent Peillon le jour de son mariage ». Doit-on en déduire que le philosophe en politique, à force de lever le nez vers le ciel des idées, finit toujours par tomber gauchement dans un puits ?

A l’évidence, la piste n’est pas la bonne. Allure de JFK du 6e arrondissement, cet agrégé de philosophie entré en politique auprès d’Henri Emmanuelli en 1992 a en effet davantage la réputation d’un redoutable tacticien de l’appareil socialiste que d’un doux spéculatif. Successivement proche d’Arnaud Montebourg, avec qui il lança l’éphémère NPS, puis de Ségolène Royal dont il fut porte-parole en 2007, voici aujourd’hui le fondateur de l’Espoir à Gauche parmi les partisans d’une candidature Strauss-Kahn pour 2012. Des tâtonnements pratiques qui cohabitent chez Peillon avec une ligne théorique ferme et non dénuée de courage, qui se traduisit notamment par un engagement en faveur du non au Traité européen en 2005, ou plus récemment, dans un livre intitulé « La Révolution française n’est pas terminée », par une déconstruction des thèses de Furet devenues des tables de la loi libérales indiscutées à gauche comme à droite.

On ne le sait pas forcément, mais l’ancien prof de terminale à Calais est un intellectuel très estimé depuis son premier livre sur Merleau-Ponty paru en 1994. Spécialiste des socialistes prémarxistes comme Pierre Leroux ou Ferdinand Buisson, Vincent Peillon est déjà l’auteur d’une dizaine d’essais. Pas des livres de nègre fournis clés en main, de vrais livres argumentés et nourris d’une vaste culture. Très rare dans les dîners en ville – « Je suis assez pantoufles, finalement » –, longtemps Peillon s’est levé vers 4 heures du matin pour préserver coûte que coûte sa double vie de député philosophe. Une discipline devenue difficile à tenir passé 50 ans, s’amuse-t-il, mais qu’il préserve, notamment en emportant ses livres dans sa chambre d’hôtel à Bruxelles. Ce soir, ce sera Hartmut Rosa, le sociologue allemand auteur d’une réflexion remarquée sur la société de « l’accélération ». Une « vie de garnison » dans la capitale européenne à laquelle il s’est attaché depuis 2004.

Dans son nouvel essai, le hussard noir du Thalys revient longuement vers ses premières amours, le philosophe Maurice Merleau-Ponty, découvert l’été de ses 20 ans. Le Merleau-Ponty politique, celui qui rompit avec « les Temps modernes » de Sartre pour réinventer un socialisme républicain, pas le phénoménologue que l’université préfère retenir. Ce livre, « Eloge du politique », Peillon l’a écrit pour penser« la mort du politique », sa défaite devant le règne « conjoint et complice, de la politique opportuniste et de la morale des bons sentiments ». Un constat étonnamment spectral pour celui que Martine Aubry vient de charger plus ou moins officiellement de « la dimension culturelle et idéologique » pour la campagne de 2012 ? Une certaine honnêteté plutôt, face à l’ampleur de la tâche à accomplir pour sortir d’un marasme qui a livré la France à des thèmes selon lui néofascistes.

Chaque fois que la politique l’a blessé, il a pu compter sur la philosophie. L’an dernier, en plein tabassage médiatique ou en 2007, lors de la grande dépression socialiste. C’est à ce moment-là qu’il fonde une collection dans la maison d’édition Le Bord de l’Eau, située dans la banlieue de Bordeaux. De Christophe Prochasson à Serge Audier en passant par des proches du Mauss, Peillon y fait collaborer la fine fleur des essayistes qui, très critiques à l’égard de la génération Mitterrand, cherchent à remettre « la question sociale » au cœur des préoccupations de la gauche. S’il devenait à l’automne le candidat du PS, DSK s’y montrerait-il sensible ? Peillon veut le croire. Récemment réuni avec ses quatre enfants, âgés de 13 à 20 ans, celui-ci a pu constater qu’aucun ne s’emballait pour le même impétrant socialiste que les autres. Il est hélas à craindre que la bataille des primaires soit aussi rude dans la famille socialiste qu’au Politburo des Peillon.

Aude Lancelin

Eloge du politique : Une introduction au XXIe siècle,
par Vincent Peillon, Seuil, 216 p., 19 euros.

Source : « Le Nouvel Observateur » du 27 janvier 2011.

 

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