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Bioéthique : points de vue croisés autour de l’épineuse question du suicide assisté

Posted by Hervé Moine sur 31 janvier 2011

Débat proposé par le Monde

Le droit de mourir dignement

L’euthanasie, entre danger et humanité

Mercredi 26 janvier, les sénateurs ont finalement renoncé à instaurer une « assistance médicalisée pour mourir ». Mais le problème éthique demeure entier. Points de vue croisés autour de l’épineuse question du suicide assisté. Pour Robert Holcman, une chose est claire : riches et pauvres ne sont pas égaux devant la mort. C’est pour cela qu’il faut protéger et entourer les plus faibles plutôt que faciliter leur disparition, insistent Pierre Mazeaud et Didier Sicard, car toutes les vies valent d’être vécues, écrit Corine Pelluchon. Et pourtant, ceux qui soufrent ont droit à une autre mort, estime Pierre Zaoui. Mais pourquoi, s’interroge Jean-Louis Lejonc, faudrait-il que l’euthanasie et les soins palliatifs soient contradictoires ? On peut faire bouger un tout petit peu la loi sur l’euthanasie. Pour Thierry Calvat, ce débat législatif ne saurait nous exonérer de nos responsabilités, à nous citoyens, à l’endroit des plus âgés. Mais attention, prévient Danièle Klein-Laharie, car avec une nouvelle législation, il n’y aura plus de rattrapage possible, plus de possibilité de changer d’avis, ni de changer de vie. Gianni Vattimo en sait quelque chose, lui qui raconte qu’il a failli être complice d’un suicide assisté. Mais justement, au nom de la liberté, de l’humanité et de l’égalité, il faut une nouvelle loi sur l’euthanasie, souligne Geneviève Darmon.

http://wwwo.lemonde.fr/idees/ensemble/2011/01/28/l-euthanasie-entre-danger-et-humanite_1471575_3232.html

 

L’euthanasie, un débat sans cesse relancé

Article paru dans la Croix du 26/01/2011

http://www.la-croix.com/L-euthanasie-un-debat-sans-cesse-relance/article/2453314/4076

 

La loi Leonetti, qui proscrit l’acharnement thérapeutique sans légaliser de « permis de tuer », couvre l’immense majorité des situations de fin de vie délicates. Pourtant, en France, les partisans d’un droit à la mort ne désarment pas.

La proposition de loi relative à l’assistance médicalisée pour mourir a été écartée au Sénat dans la nuit de mardi à mercredi (photo ci-contre Demarthon/AFP).

C’est un paradoxe français. Depuis la loi Leonetti du 22 avril 2005, la France dispose d’une des législations sur la fin de vie les plus abouties, fruit d’un travail parlementaire de longue haleine, salué aussi bien par la droite que par la gauche. Une loi dont d’autres pays, comme l’Espagne, souhaitent s’inspirer ; une loi saluée jusque dans les rangs des partisans de l’euthanasie.

Ainsi, le sénateur Jean-Pierre Godefroy (PS, Manche), auteur d’une proposition de loi ouvrant un droit à la mort – texte rejeté en séance mardi 25 janvier –, reconnaît qu’elle « a marqué une avancée significative » et que « l’accès universel aux soins palliatifs est un combat qui nous unit tous ».

Refus de l’acharnement thérapeutique, droit à l’arrêt des traitements, soulagement de la douleur au risque d’abréger la vie, directives anticipées… Lacunaire jusqu’en 2005, le droit français est désormais dense et innovant, couvrant la quasi-totalité des cas où la question d’un arrêt des soins se pose.

Et pourtant, le débat n’est pas clos. Régulièrement, à la faveur de cas médiatisés comme ceux de Vincent Humbert ou de Chantal Sébire, ou du dépôt d’un texte au Parlement, la question de l’euthanasie revient sur le devant de la scène. Étrange, si l’on considère que les situations de fin de vie délicates trouvent une réponse dans la loi Leonetti, loi encore complétée par de nouvelles dispositions après l’affaire Sébire, en 2008.

Il existe plusieurs raisons à ce paradoxe. La première tient à la méconnaissance de cette loi, qui persiste six ans après son vote. Un chiffre, issu d’un sondage OpinionWay (1), en dit long : selon cette enquête, 68 % des Français ignorent qu’il existe une loi interdisant l’acharnement thérapeutique.

« Ce texte oblige les médecins à descendre de leur piédestal »

Or, comme l’a rappelé le ministre de la santé, Xavier Bertrand, mardi, « ce qui est en jeu, c’est l’angoisse de souffrir ». Ne sachant pas qu’un texte proscrit déjà la souffrance en fin de vie, il n’est pas étonnant que l’euthanasie (qui signifie littéralement « bonne mort ») apparaisse, pour beaucoup, comme une solution.

D’autant qu’il ne suffit pas d’inscrire un principe dans la loi pour qu’il s’applique. En la matière, le texte de Jean Leonetti est un triste cas d’école. Dans son rapport d’évaluation, en 2008, le député UMP des Alpes-Maritimes reconnaissait lui-même que sa loi était peu ou mal mise en œuvre.

« Il y a des résistances, car, en introduisant la collégialité, ce texte oblige les médecins à descendre de leur piédestal et à travailler en étroite collaboration avec les soignants », décrypte Jean-Marc La Piana, qui dirige la Maison de soins palliatifs de Gardanne (Bouches-du-Rhône).

De son côté, Louis Puybasset, responsable du service de neuroréanimation de la Pitié-Salpêtrière à Paris, y voit notamment l’effet de la tarification à l’acte dans les hôpitaux. « La tendance actuelle, c’est de faire des actes, ce qui favorise un certain acharnement thérapeutique », regrette ce médecin.

Sans parler du manque d’unités et d’équipes mobiles en soins palliatifs dans certaines régions, même si les choses s’améliorent. Conséquence : à l’heure actuelle, en dépit d’une législation adaptée, il arrive encore très souvent que l’on meure dans de mauvaises conditions. De quoi nourrir les revendications pro-euthanasie.

Mais ce n’est pas tout. Pour les militants d’un droit à la mort, la loi Leonetti, même bien appliquée, ne suffit pas. Ces derniers réclament « l’ultime liberté », au nom du droit de chacun de choisir sa destinée jusqu’au bout.

« Est-on vraiment libre lorsque l’on demande à mourir ? »

« L’autonomie de la volonté, consacrée en matière civile depuis la Révolution, s’est étendue progressivement à tous les domaines de la vie, a expliqué Jean-Pierre Godefroy, mardi, lors de l’examen de sa proposition de loi.

Ce texte propose de mettre fin à un paradoxe selon lequel le respect de la volonté de l’individu ne s’applique pas au moment de sa mort. » D’autant, ajoute-il, que l’on peut soulager la douleur sans parvenir à apaiser la souffrance, dont l’individu est seul juge, selon lui.

Liberté, autonomie, soit, mais « est-on vraiment libre lorsque l’on demande à mourir ? interroge Anne Richard, présidente de la Société française d’accompagnement et de soins palliatifs (Sfap). Quand on en arrive là, c’est que l’on n’a pas d’autre choix. »

Aux médecins, à l’entourage d’entendre ce qui se joue vraiment derrière cette demande, poursuit la chef du service des soins palliatifs au CHU de Saint-Étienne, qui constate que les demandes d’euthanasie disparaissent très souvent lorsque l’on offre au patient une prise en charge adaptée.

On trouve là un autre argument résumé par Jean Leonetti sur le site de l’espace éthique de l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP) : « L’homme en fin de vie et ses proches même sont traversés alternativement de désir de mort et de volonté de vie. Ainsi peuvent se succéder des moments où, devant une douleur intolérable, la mort est demandée, et d’autres où l’espoir renaît et l’attente d’une visite ou d’un événement heureux fait renoncer à ce désir mortifère. Les personnes qui ont réellement attenté à leur vie et qui sont sauvées ne réitèrent qu’exceptionnellement leur projet suicidaire. La liberté n’est-elle pas de pouvoir changer d’avis ? »

« Il faut légiférer pour que le patient prenne la décision »

À cette divergence de fond sur la notion de liberté s’en ajoute une autre : celle du sens donnée aux derniers jours de vie. Pour les uns, il est hypocrite, voire cruel de ne pas accorder « une mort rapide et sans douleur » à un patient en phase terminale d’une maladie incurable dont la souffrance ne peut être apaisée. Car si la loi Leonetti permet au médecin, dans de tels cas, de recourir à la sédation terminale, nul ne sait quand précisément le patient va mourir.

Pour les partisans de l’euthanasie, les heures, voire les jours d’agonie sont inutiles et douloureux, assure l’Association pour le droit de mourir dans la dignité (ADMD) : « Il faut légiférer pour que le patient et lui seul prenne la décision – et non son médecin ou ses proches – et pour que la mort arrive dès que l’acte médical est exécuté, alors qu’il n’intervient aujourd’hui – dans le cas d’une sédation terminale – qu’aux termes de plusieurs jours de souffrance abominables et inutiles, voire plusieurs semaines. »

Pour les autres, au contraire, ce temps est crucial, il a un sens, et il est bien moins cruel ou violent qu’une injection létale à effet immédiat. « Tous les jours, dans mon service, je constate qu’il se passe énormément de choses lors de ces derniers jours, témoigne Louis Puybasset, à la Pitié-Salpêtrière, dès lors que la douleur ou les signes d’inconfort sont pris bien pris en charge. »

Ce médecin évoque tout aussi bien « le passage de témoin entre le parent et son enfant » que « les liens qui se renouent dans des familles parfois déchirées ». L’enjeu : éviter les deuils pathologiques. « Au cours de ce temps-là, ceux qui restent font leur chemin, à leur rythme », ajoute Anne Richard, de la Sfap.

MARINE LAMOUREUX

(1) Sondage réalisé en ligne du 7 au 10 janvier auprès d’un échantillon de 1 015 personnes, représentatif de la population française de 18 ans et plus pour la Sfap.

 

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3 Réponses to “Bioéthique : points de vue croisés autour de l’épineuse question du suicide assisté”

  1. pmrb said

    La loi Léonetti ne concerne que des personnes « en phase avancée ou terminale d’une affection grave et incurable ».
    Est-ce à des philosophes qu’il faut rappeler que l’on peut souhaiter mourir pour d’autres raisons?

    Il y a rien qu’en France autour de 2500 personnes de plus de 70 ans qui se tuent chaque année de manière violente (pendaison , arme à feu, noyade, etc…). La plupart se portent bien. Hugo Claus, Montherlant, et tant d’autres ont VOULU la mort.

    L’erreur des lois « pro-euthanasie » est de demander au médecin de donner la mort, parce qu’il détient le monopole d’utilisation des produits susceptibles de donner une mort douce et paisible. La preuve: il y a deux fois plus de morts – 10000 par an – d’origine iatrogène que par accident de la route…!!!

    Tout cela m’a amené à condamner l’euthanasie, qui dénature la vocation et la mission du médecin qui devrait être de ne jamais donner la mort, et à préférer un suicide non violent, ce que j’appelle l’auto-interruption volontaire de vie (AIVV) pour ne pas choquer les âmes sensibles et/ou religieuses avec le mot tabou « suicide ».bv Reste à faire une dérogation à la, règlementation des hypnotiques et autres anesthésiques dont l’overdose permet de s’endormir sans jamais se réveiller.

  2. Lu dans l’alsace.fr dans l’édition d’aujourd’hui. De quoi poursuivre la réflexion sur l’euthanasie ou sur l’auto-interruption volontaire de vie, notion proposé dans le commentaire précédent. En tout cas intéressante cette initiative avec les lycéens qui découvrent la complexité de la question.

    Fin de vie. « Toute chance de vivre doit être saisie »

    C’est à l’initiative de Sylvie Bach, professeur de philosophie au lycée Jean Rostand de Strasbourg, que des lycéens alsaciens et suisses ont été associés au 1 er Forum européen de bioéthique qui se tient jusqu’à samedi à Strasbourg. « La mort, cela intéresse beaucoup les élèves », explique l’enseignante.

    À l’issue d’ateliers communs sur la prise en charge de la vieillesse, la maladie et la fin de vie, l’euthanasie, le suicide assisté, les élèves ont livré hier une série de questionnements traduisant un véritable intérêt et une profondeur de réflexion sur ces thèmes qui n’ont rien à envier à leurs aînés.

    Avec un premier constat surprenant. Celui de retrouver beaucoup de points communs entre Suisses et Alsaciens, alors que le suicide assisté est toléré chez nos voisins helvètes et interdit en France. « On aurait pourtant pu penser qu’il existerait des différences culturelles évidentes entre les élèves de ces deux pays », relève Sylvie Bach.

    Le choix personnel
    Dans l’ensemble, les élèves qui, avant, s’avouaient plutôt favorables à l’euthanasie et au suicide assisté ont découvert la complexité de ces questions lors des ateliers. Et s’interrogent sur une possible dérive de l’euthanasie légalisée « pour se débarrasser de personnes qui coûtent plus cher à maintenir en vie », « pour ne pas être un fardeau pour la famille » et qui donnerait « plus de valeur à certaines vies par rapport à d’autres ». Leur conclusion est que « la loi Léonetti est suffisante pour prendre en compte la plupart des fins de vie » et que « toute chance de vivre doit être saisie ». Et que pour les autres, « l’euthanasie ou le suicide assisté doit rester un choix privé et personnel, qui ne doit pas faire l’objet d’un débat public ni d’une législation spécifique ».

    Les lycéens relèvent aussi que « les soins palliatifs ne sont pas toujours proposés » ou que « souvent, les gens ignorent ce qu’ils peuvent apporter ».

    En matière de vieillissement, la perte d’autonomie et de décision sur la façon d’organiser sa vie imposée aux personnes âgées qui entrent en maison de retraite a été évoquée. De même que le dilemme moral des familles contraintes de placer un proche en maison de retraite. Et le fait que « des personnes âgées y sont abandonnées par leur famille. C’est pour cela qu’elles ne veulent pas y aller ». Un lycéen note aussi que « vu le niveau moyen des retraites en France, les maisons de retraite sont trop chères ».

  3. Je prends ce mot verre et je verse dedans le mot eau, puis j’étanche ma soif avec un mot… car il s’agit bien d’un mot… qui fait moins mal qu’un autre… mais qui reste un mot parmi d’autres.
    Je suis tout comme n’importe qui, une blessée du langage
    Estropiée et peut-être même une handicapée du verbe
    Parce que j’ai dû, dans mon plus jeune âge
    Voler à mon entourage, quelque parole toxique…
    Elle est là…Bien implantée dans ma cage thoracique…
    Non, je n’ose pas dire cortex… parce que ça me restitue aussitôt le contexte… qui, quand, comment ? Tous les bons et les mauvais prétextes.
    Oui, j’ai été écorchée vive, saignée par une parole en l’air, par un mot de trop… lequel ? Mystère !
    J’ai beau le refouler, au fond du fond du fond… il reste toujours sous-jacent…
    Inspirer, expirer… pour ce faire, je clique sur ma petite souris de cervelle, pour réentendre ce mot et m’assurer que je suis bien celle que je crois que je suis… un souci !

    Je suis ici dans votre cabinet, parce que vous prétendez au salut par la parole… alors que je prétends tout le contraire… que la parole est mortelle…
    Quelqu’un qui vous dit : j’ai envie de mettre un terme à ma vie… vous ne pouvez rien pour lui ! Et vous ne pouvez rien contre lui.
    C’est comme ça que je conçois les rapports humains… à mi-chemin entre l’euthanasie et la paralysie. La paralysie ! Et c’est mon dernier mot.
    Accrochez-vous parce que vous n’êtes pas au bout de vos peines !
    Vous rendez-vous compte, toute histoire est tributaire d’un mot et d’un seul… le noyau autour duquel gravitent tous les sentiments…
    Je te crains, tu me crains… c’est toujours un mot, rien qu’un mot qui domine notre esprit ! Qui nous suit et poursuit et nous rend encore et toujours plus petit !
    Le mot qui n’aurait jamais dû être prononcé… je vais vous le révéler… rien que pour m’en débarrasser : J’ai entendu mon père confier à un tiers qu’il n’a jamais aimé ma mère… je ne sais toujours pas pourquoi ça m’a dégoutée de la terre entière !
    Je peux aussi vous révéler celui qui a donné et ôté la vie à une vieille amie, Marie Madeleine…
    Noli me tangere : « Ne me touche pas » lui dit son bien aimé avant de disparaître dans les nuées.
    http://www.lejournaldepersonne.com/2011/02/euthanasie/

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