Actuphilo

Actualité philosophique et réflexion philosophique sur l'actualité

Archive for février 2011

Enseignement. Le stock des remplaçants en philo fait défaut. « Nous n’avons pas de candidats ».

Posted by Hervé Moine sur 27 février 2011

E.N. Quel moyens ? mais pour quelle fin ?

Juste un exemple parmi bien d’autres du quotidien de nos établissements scolaires. Il faudra bien un jour que l’on sache vraiment quelle est la finalité de l’éducation. On peut toujours croire que l’éducation doit viser dans l’élève la personne humaine, c’est-à-dire son autonomie, sa liberté, son bonheur, sa responsabilité de citoyen dans la société. Par quel moyen ? En élevant l’élève au niveau du savoir, de la culture… Stop !!! Inutile d’aller plus loin, il ne faut pas rêver, car c’est peine perdu quand l’Etat se veut exclusivement gestionnaire. Crise oblige ! Il faut faire des économies ! Ne peut-on pas faire mieux avec moins de moyens ? Réponse sur le terrain, au coeur du lycée de la Borde Basse où des élèves candidats au baccalauréat risquent de se retrouver au final avec un déficit de 50 heures de philosophie avant leur difficile épreuve, consécutivement à la difficulté de trouver des professeurs remplaçants. La chute de l’article est à méditer: « (…) pour les remplacements, dans certaines matières, maths et philo notamment, le stock nous fait défaut. Nous n’avons pas de candidats ». Est-il possible d’en connaître les raisons ?

Castres. Absence d’un prof de philo : inquiétude et colère

Article publié dans la Dépêche Grand Sud du Tarn, le 27 février 2011 par S.B.

http://www.ladepeche.fr/article/2011/02/27/1023621-Absence-d-un-prof-de-philo-inquietude-et-colere.html

Quatre professeurs par intermittence sur le même poste durant les cinq premiers mois de l’année scolaire et des dizaines d’heures de cours non assurées : l’enseignement de la philo au lycée de la Borde Basse paraît plutôt malmené ! Après avoir tenté « en vain » (dixit) de sensibiliser le proviseur de l’établissement, Martine Fauvel, et pris attache auprès du recteur, les parents d’élèves de la FCPE et les élèves élus au conseil d’administration ont décidé de mettre « la concrétisation de la casse de l’Éducation nationale » sur la place publique. « Depuis le début de l’année, un professeur est en arrêt maladie, explique Évelyne Pérez-Rouchou pour la FCPE. Ses deux remplaçants n’ont effectué que courtes vacations ; le troisième, un jeune qui prépare son Capes, arrive de Blagnac. Il n’arrive pas à assurer ses cours correctement ». « Résultat : pour ma seule classe de terminale ES, il nous manque déjà près de 50 heures de cours » souligne Kevin Blondel, élu au conseil régional jeune pour le lycée. Nous avons six modules à aborder ; à ce jour, nous n’en avons vu que trois ! » « Le niveau de certaines terminales est plutôt bon, ajoute Vincent Durant, responsable départemental Union nationale des lycéens et délégué au CA de la Borde Basse. Nombre d’entre eux vont chercher une mention ; pour cela, pas question de laisser une matière de côté. » « Par ailleurs, nous avons un Bac blanc après les vacances de février, signale Kévin. Notre prof titulaire reviendrait… après ces vacances ! » « Nous sommes vraiment dans la caricature de l’Éducation nationale, lance Martine Moron, parente élue FCPE à la Borde Basse.

La position du rectorat et du proviseur

Pour le rectorat, Paul Montredon, chargé de communication, explique : « L’enseignant titulaire du poste a dû se faire opérer d’une hernie discale ». « Les premiers temps de son absence, dans l’attente de l’arrivée de son remplaçant, ce professeur a essayé de maintenir le lien avec ses élèves, souligne Martine Fauvel, proviseur du lycée de La Borde Basse. Il leur a adressé des cours et des devoirs, qu’il a corrigés. Par la suite, j’ai fait, à mon niveau, ce que je pouvais et devais faire. Les parents se plaignent à juste titre, mais l’établissement n’a pas de moyens propres de remplacements ». « Le professeur titulaire reviendra à la rentrée des vacances d’hiver, confirme le rectorat. Entre-temps, il a effectivement fallu nommer un enseignant remplaçant. Le premier, une dame, a eu une opportunité dans une autre académie. Un autre enseignant du lycée a tenté de prendre le relais au pied levé. Mais, il y a cinq classes de concernées ; en plus des siennes, ça lui faisait un emploi du temps trop lourd. Il y a donc eu un troisième remplaçant qui s’est porté volontaire pour assurer des cours durant les vacances. Le retour du prof titulaire devrait permettre de rééquilibrer la situation. Mais, sachez que, pour les remplacements, dans certaines matières, maths et philo notamment, le stock nous fait défaut. Nous n’avons pas de candidats.»

S.B.

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Média. Géraldine Muhlmann, une philosophe engagée au service de la démocratie

Posted by Hervé Moine sur 27 février 2011

Une philosophe pour « C Politique »

La journaliste et agrégée de philo Géraldine Muhlmann prend la succession de Nicolas Demorand pour animer "C Politique". d'après une photo © Ibo / Sipa

Elle est journaliste, agrégée de philosophie, et a enseigné à l’université Paris-II. Elle se nomme Géraldine Muhlmann. Elle remplacera Nicolas Demorand parti diriger Libération, sur France 5 pour animer l’émission dominicale « C Politique ».

Géraldine Mulhmann n’a jamais caché son engagement politique à gauche. En 1995, elle avait soutenu la candidature de Lionel Jospin à la présidentielle. Dans un clip de campagne elle expliquait qu' »il faut redonner un sens à la gauche et aux valeurs de la République ». Elle ajoutait qu' »il faut rompre alors avec ce discours gestionnaire qui considère la politique comme la résolution technique des problèmes ». Lectrice certainement du Contrat Social et de l’Emile de Jean-Jacques Rousseau pour quoi morale et politique sont indissociable, la philosophe-journaliste considère que « la politique, c’est d’abord vouloir réaliser des exigences éthiques ». D’après Géraldine Mulhmann, il faut défendre un enseignement pour tous pour que tout le monde devienne citoyen.

 

Comme le dit Emmanuel Berreta dans un article du Point : « Au moins, on ne pourra pas dire que Rémy Pflimlin, le président de France Télévisions nommé par Nicolas Sarkozy, a souhaité confier le rendez-vous politique de France 5 à un journaliste au profil plus conciliant avec l’UMP ».

Né en 1972, Géraldine Muhlmann a fait ses études à l’Institut d’études politiques de Paris et décroche son diplôme de journalisme à la New York University en 1996, année où elle entame sa carrière en travaillant avec le journaliste américain Charlie Rose sur PBS.

Elle devient ensuite enseignante à l’Université Panthéon-Assas Paris 2, en étant rattachée au Centre d’études et de recherches de science administrative2 et à l’Université Paris XI.

Elle a obtenu en 2003 le prix « Le Monde de la recherche universitaire » pour sa thèse portant sur le regard du journaliste en démocratie. Parallèlement, Géraldine Muhlmann  publie  aux PUF Donner à voir. Figures du journalisme depuis l’invention du reportage. (Ouvrage aujourd’hui épuisé). Sur sa lancée, elle publie en 2004, deux ouvrages qui articulent journalisme et politique : le premier aux Presses Universitaires de France et chez Payot, Une histoire politique du journalisme, XIXe-XXe siècles et le second chez Payot, « Du journalisme en politique », ces ouvrages seront à nouveau publiés quelques années plus tard. Ces deux ouvrages lui valurent

Sur un plan plus purement philosophique, ses travaux portent sur l’Ecole de Francfort et participe, en 2002, avec Miguel Abensour à la rédaction du numéro 17-18  de Tumultes : « Tumultes, numéro 17-18 : L’Ecole de Francfort, la théorie critique entre philosophie et sociologie » et sur Hannah Arendt où elle co-écrit avec Anne Kupiec, Martine Leibovici, Géraldine Muhlmann et Etienne Tassin un ouvrage s’intitulant « Hannah Arendt, crises de l’Etat-nation : Pensées alternatives« , édition 2007.

Parallèlement, elle exerce dans le monde de la radio et de la télévision. Elle est chroniqueuse dans plusieurs émissions : « On refait le monde » (depuis 2003) sur RTL, « Le Bateau Livre » (2004-2008) de Frédéric Ferney sur France 5, « Le Rendez-vous des Politiques » (2006-2007) sur France Culture et Les Matins de France Culture (septembre 2007-Février 2008).

Entre février et juin 2008, elle présente « Le Doc du Dimanche » sur France 5 et depuis octobre de la même année, elle est aux commandes de l’émission d’actualité « Cactus » sur Paris Première. Et depuis janvier dernier, elle rejoint Guillaume Durand dans l’émission Face aux français, conversations inédites, sur France 2, où elle relaie les questions des internautes.

Souhaitons à cette femme philosophe engagé de permettre le dialogue constructif dans le paysage audiovisuel français qui en a bien besoin.

Hervé Moine, ActuPhilo

Géraldine Muhlmann

Une histoire politique du journalisme

XIXe-XXe siècles (2004)

PUF


Présentation de l’éditeur

Ne plus se contenter d’exprimer des opinions, mais se mettre à voir : tel était l’enjeu de cette révolution du journalisme qui marqua la seconde moitié du XIXe siècle. La grande presse d’information sacrait ainsi la figure du reporter. Quel rôle le reporter se donne-t-il dans l’espace social ? Comment se situe-t-il par rapport à ceux qu’il observe, et ceux qui sont les destinataires de son regard, son public ? Comment se joue ce jeu à trois, orchestré par le journaliste ? Pour répondre à ces questions, Géraldine Muhlmann nous fait voyager dans l’histoire du journalisme moderne, s’arrêtant sur des figures essentielles, quoique parfois méconnues : Séverine, qui couvrit le procès en révision de Dreyfus ; Nellie Bly, une jeune reporter qui se fit interner afin de mieux décrire la réalité des  » asiles pour femmes  » de la fin du XIXe aux États-Unis ; Lincoln Steffens, ce muckraker ( » fouille-merde ») qui voulait  » scientifiser  » le journalisme ; Seymour M. Hersh, qui  » sortit  » l’affaire du massacre de My Lai pendant la guerre du Vietnam …, Albert Londres, George Orwell, Edward R. Murrow, et d’autres encore…

En quatrième de couverture

Ne plus se contenter d’exprimer des opinions, mais se mettre à voir : tel était l’enjeu de cette révolution du journalisme qui marqua la seconde moitié du XIXe siècle. La grande presse d’information sacrait ainsi la figure du reporter.

Quel rôle le reporter se donne-t-il dans l’espace social ? Comment se situe-t-il par rapport à ceux qu’il observe, et ceux qui sont les destinataires de son regard, son public ? Comment se joue ce jeu à trois, orchestré par le journaliste ?

Pour répondre à ces questions, Géraldine Muhlmann nous fait voyager dans l’histoire du journalisme moderne, s’arrêtant sur des figures essentielles, quoique parfois méconnues : Séverine, qui couvrit le procès en révision de Dreyfus ; Nellie Bly, une jeune reporter qui se fit interner afin de mieux décrire la réalité des « asiles pour femmes » de la fin du XIXe aux ÉtatsUnis , Lincoln Steffens, ce muckraker (« fouille-merde ») qui voulait « scientifiser » le journalisme ; Seymour M. Hersh, qui « sortit » l’affaire du massacre de My Lai pendant la guerre du Vietnam …, Albert Londres, George Orwell, Edward R. Murrow, et d’autres encore…

Pour se procurer l’ouvrage Une histoire politique du journalisme, XIXe-XXe siècle Edition de 2004.

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Une nouvelle édition d' »Une histoire politique du journalisme » de Géraldine Muhlmann co-écrit avec Marc Kravetz parait aux éditions du Points en octobre 2007.

Géraldine Muhmann

et Marc Kravetz

Une histoire politique du journalisme

XIXe-XXe siècles (2007)

Aux éditions du Points

Présentation de l’éditeur

La presse d’information a sacré la figure du reporter. Cet ouvrage repère les moments essentiels où le reporter occupe une place singulière. De Séverine, qui couvrit le procès en révision de Dreyfus, à Seymour M. Hersh, qui  » sortit  » l’affaire du massacre de My Lai pendant la guerre du Vietnam, Géraldine Muhlmann explore les enjeux politiques du travail journalistique.

 

Le Mot de l’éditeur : Du journalisme en démocratie

Il existe une grande confusion dans les critiques faites actuellement au journalisme. On s’irrite, on condamne, sans élaborer pour autant avec netteté un  » journalisme idéal  » à l’aune duquel juger de manière conséquente le  » journalisme réel « . Bref, on n’arrive pas à penser en profondeur le rôle du journalisme en démocratie.

Sous la question du journalisme, c’est en effet celle de la démocratie (sa nature, ses difficultés propres) qui est posée. Ce livre montre que la position du journaliste, qui regarde le monde et nous le fait voir, est cruciale en démocratie, car elle permet de réaliser le rassemblement de la communauté politique et d’y faire vivre du conflit. Dès lors, la question majeure à leur poser est la suivante : comment font-ils vivre ou, au contraire, trahissent-ils ce double mouvement ?

En proposant une nouvelle manière d’interroger  » ce que font les journalistes « , Géraldine Muhlmann ouvre une brèche dans la philosophie politique, jusqu’à présent demeurée étrangement indifférente à l’objet  » journalisme « , et pointe la nécessité d’enrichir la réflexion sur la démocratie.

Géraldine Muhlmann est professeur de sciences politiques à l’université Paris-XI. Agrégée de philosophie, diplômée de l’école de journalisme de New York University, elle a exercé le journalisme en France et aux États-Unis. Elle a obtenu en 2003 le prix Le Monde de la recherche universitaire pour sa thèse portant sur le regard du journaliste en démocratie. Elle publie parallèlement aux PUF Donner à voir. Figures du journalisme depuis l’invention du reportage.

Pour se procurer l’édition de 2007 de l’ouvrage de Géraldine Muhlmann Une histoire politique du journalisme : XIXe-XXe siècle

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Géraldine Muhlmann

Du journalisme en démocratie

Petite Bibliothèque Payot (2004)


Le Mot de l’éditeur : Du journalisme en démocratie

Il existe une grande confusion dans les critiques faites actuellement au journalisme. On s’irrite, on condamne, sans élaborer pour autant avec netteté un « journalisme idéal » à l’aune duquel juger de manière conséquente le « journalisme réel ». Bref, on n’arrive pas à penser en profondeur le rôle du journalisme en démocratie.

Sous la question du journalisme, c’est en effet celle de la démocratie (sa nature, ses difficultés propres) qui est posée. Ce livre montre que la position du journaliste, qui regarde le monde et nous le fait voir, est cruciale en démocratie, car elle permet de réaliser le rassemblement de la communauté politique et d’y faire vivre du conflit. Dès lors, la question majeure à leur poser est la suivante : comment font-ils vivre ou, au contraire, trahissent-ils ce double mouvement ?

En proposant une nouvelle manière d’interroger « ce que font les journalistes », Géraldine Muhlmann ouvre une brèche dans la philosophie politique, jusqu’à présent demeurée étrangement indifférente à l’objet « journalisme », et pointe la nécessité d’enrichir la réflexion sur la démocratie.

Géraldine Muhlmann est professeur de sciences politiques à l’université Paris-XI. Agrégée de philosophie, diplômée de l’école de journalisme de New York University, elle a exercé le journalisme en France et aux États-Unis.

Elle a obtenu en 2003 le prix Le Monde de la recherche universitaire pour sa thèse portant sur le regard du journaliste en démocratie.

Elle publie parallèlement aux PUF Donner à voir. Figures du journalisme depuis l’invention du reportage.

Pour se procurer l’édition 2004 de l’ouvrage de Géraldine Muhlmann
Du journalisme en démocratie

 

Géraldine Muhlmann

Du journalisme en démocratie

Petite Bibliothèque Payot (2006)

Présentation de l’éditeur

A quoi sert le journalisme en démocratie ? Que veut dire voir et faire voir le monde au présent ? Quel est le sens politique d’une telle activité ? Existe-t-il un journalisme  » idéal « , à l’aune duquel juger le journalisme  » réel  » ? Sur quelle base le critiquer, et pour lui donner quels chemins aujourd’hui ?

Dans cet essai stimulant, le premier à soumettre le journalisme à un questionnement philosophique, Géraldine Muhlmann montre qu’une double tâche est assignée au journalisme : faire vivre du conflit et tisser du commun au sein de la communauté politique.

C’est finalement l’énigme de la démocratie qu’elle explore : la coexistence de deux scènes, celles des actions et celle des représentations, la seconde offrant une issue symbolique aux conflits qui agitent la première.

Pour se procurer l’édition 2006 de l’ouvrage de Géraldine Muhlmann Du journalisme en démocratie


 

 

 

 

Henri Maler

Après tant d’éloge à la suite de la parution de ses deux ouvrages sur le journalisme, voici une critique sans concession de Henri Maler, maître de conférences à l’Université de Paris 8, Département de Sciences politiques, équipe Théories du politique, pouvoir et relations sociales. Henri s’attaque au fond, c’est-à-dire au contenu philosophique et notamment à la critique de Pierre Bourdieu entreprise par l’auteure du journalisme en démocratie. « On les décréta « philosophiques » puisqu’ils se présentaient comme tels et que l’adjectif ennoblit tout ce qu’il touche. On les trouva passionnants. Mais sans rien en dire, » dit le philosophe. Il parlera même de balivernes…

Géraldine Muhlmann, critique de Pierre Bourdieu

Publié le 6 juin 2006 par Henri Maler dans acrimed.org

http://www.acrimed.org/article2380.html

En 2004, paraissaient deux ouvrages – Du journalisme en démocratie et Une histoire politique du journalisme – qui valurent à leur auteure, Géraldine Muhlmann, un moment de gloire médiatique particulièrement intense. Que l’on ne s’imagine pas pour autant que le contenu de ces livres fut mis en discussion. On les décréta « philosophiques » puisqu’ils se présentaient comme tels et que l’adjectif ennoblit tout ce qu’il touche. On les trouva passionnants. Mais sans rien en dire. En revanche, le chapitre I du premier de ces livres mobilisa l’attention des journalistes, puisqu’il était consacré à Pierre Bourdieu, Serge Halimi et quelques autres [1]

Dans ses versions caricaturales [2], la philosophie se repaît de commentaires qui jaugent tous les savoirs, mais n’en produit aucun : une méthode qui culmine dans le traitement que Géraldine Muhlmann réserve à Serge Halimi et à Pierre Bourdieu. Sa recette est simple : s’abstenir de se prononcer sur la validité de leurs observations et leur opposer ce dont ils ne parlent pas en leur attribuant ce qu’ils en auraient dit s’ils en avaient parlé. Ou plus simplement : ajuster les citations à leur interprétation quitte à les triturer.

Serge Halimi

Serge Halimi est l’heureux bénéficiaire de cette lecture économique. Géraldine Muhlmann parvient à dire quelques mots sur son méchant petit livre – Les Nouveaux chiens de garde – sans en défigurer complètement le propos. Mais, devoir d’abstinence philosophique oblige, elle se garde bien de se prononcer sur son exactitude. Car son ambition philosophique est d’une toute autre envergure : disqualifier ce que dit l’ouvrage en fonction de ses non-dits.

Ainsi, quand Serge Halimi critique et dénonce les rapports de connivence entretenus par les journalistes dominants, Géraldine Muhlmann, relève le diagnostic … et se tait. En revanche, parvenue d’un seul coup d’aile au sommet de la philosophie, elle découvre que la critique de ces journalistes équivaut à tenir le public pour « innocent ». Problème : Halimi non seulement ne dit rien de tel (et ne parle pas ce langage moralisant), mais n’aborde pas cette question. Mais n’est-ce pas précisément la preuve qu’il « innocente » le public ?

Variante : Serge Halimi aurait implicitement recours à une notion d’idéologie (alors qu’il mentionne très peu le terme) qui ne serait pas marxienne. Et en quelques citations Géraldine Muhlmann, peu au fait des dizaines d’ouvrages qui se sont coltinés le sujet, prétend rétablir dans toute sa pureté la conception marxienne de l’idéologie, s’abstient de se prononcer sur sa discutable pertinence, et l’oppose à celui qui en fait un usage d’autant plus impur qu’il est quasi-inexistant.

Pierre Bourdieu

Le traitement réservé à Pierre Bourdieu permet de franchir un pas supplémentaire sur le chemin escarpé de la philosophie du journalisme. Serge Halimi avait été classé sous la rubrique « Le public otage des journalistes » Pierre Bourdieu mérite de figurer dans une deuxième « catégorie » : « Les journalistes otages du public ». Le lecteur déjà sursaute. Le public, preneur d’otages ? Comment Géraldine Muhlmann va-t-elle parvenir à faire entrer de force Pierre Bourdieu dans une telle « catégorie » ? Et pour en dire quoi ?

C’est ce que peut nous apprendre une lecture comparée de Sur la télévision et du chapitre destiné à dissiper – c’est son titre – « La confusion des critiques actuelles du journalisme » [3]

Baliverne n°1 : Bourdieu, à la différence d’Halimi, met en cause le public

Après un résumé scolaire, mais acceptable de quelques positions défendues par Bourdieu, Géraldine Muhlmann découvre une citation qui explique que les dominants sont dominés – « manipulés » – par leur propre domination et la traduit : « En d’autres termes [qui n’ont rien à voir avec la citation], les torts [ ?] ne sauraient être distribués facilement » (p .44). Géraldine scrute alors la citation pour découvrir ceci : « il semble que beaucoup d’éléments interviennent dans les logiques du champ journalistique, notamment le public » (ibidem).

Bourdieu devait s’en douter. Pour s’en assurer, il a fallu que notre lectrice torture une citation qui ne parle pas du public. Mais il faut une preuve supplémentaire. Patrick Champagne évoque-t-il les taux d’audience ? Cela suffit à établir que … le public joue un rôle. « Il semble » donc que Géraldine Muhlmann ne voit aucune différence entre la préoccupation pour l’audience mesurée par l’Audimat et toute autre intervention du public. « Il semble » qu’elle entérine ainsi l’assujettissement aux logiques commerciales.

Mais Géraldine Muhlmann est pressée : elle franchit donc un nouveau pas. Un pas décisif. Il s’agit en effet de démontrer que la sociologie de Pierre Bourdieu condamne l’existence même du journalisme et met en péril la démocratie. Pourquoi ? D’abord parce que Bourdieu s’attaquerait à l’exigence de « visibilité » qu’il assimilerait au « vide », privant ainsi le journalisme de toute justification.

Baliverne °2 : Bourdieu s’attaque à l’exigence de visibilité

Certaines formes de participation à la télévision n’ont pas pour objet de dire quelque chose mais d’être vu, souligne Pierre Bourdieu : « Pour certains de nos philosophes (et de nos écrivains), être c’est être perçu, c’est-à-dire, en définitive, être perçu par les journalistes […] ». Et Bourdieu de faire précéder ce constat par ce rappel ironique : « Etre, disait Berkeley, c’est être perçu ». Une conception que Bourdieu entend non reprendre à son compte, mais mettre au débit de « certains de nos philosophes (et de nos écrivains) ». Insensible à cette critique précise, Géraldine Muhlmann introduit la référence à Berkeley par cette affirmation absurde : « P. Bourdieu place […] les pratiques journalistiques sous l’égide de la formule de Berkeley ». (p. 45). Et par un tour de magie stupéfiant, elle en conclut que Pierre Bourdieu conteste non les « m’as-tu vu », mais la « visibilité » !

« Nommer, on le sait, c’est faire voir, c’est créer », déclare Bourdieu qui précise aussitôt « Et les mots peuvent faire des ravages (p.19) « Il semble », pour parler comme Géraldine Muhlmann, qu’il veuille attirer l’attention sur la nécessité de ne pas nommer n’importe comment et donc faire voir n’importe quoi. Or, non seulement Géraldine Muhlmann élude ce que Bourdieu dit du pouvoir ravageur que peuvent exercer les mots, mais elle fait parler ainsi la citation sortie de son contexte : Bourdieu déplore que même la presse écrite « se meut dans […] dans un monde d’objets apparents [.. .] ». Il en découlerait que, selon Bourdieu, le « faire voir » est une limite structurelle du journalisme : « Le journalisme est ainsi limité à un forme d’intellection étroitement dépendante d’une « visualisation », ce qui, selon Bourdieu, est une source de biais, de violence faite au réel, celui-ci comportant de nombreuses dimensions qui ne sont pas susceptibles de s’offrir au regard. » (p. 45). Qu’importe si Bourdieu ne dit rien de tel : cette pensée lui est généreusement attribuée.

A l’appui de sa démonstration, Géraldine Muhlmann cite un passage du livre de … Florence Aubenas et Miguel Benasayag [4] qui fait état de la construction du personnage médiatique de Tarzan lors de la grève des routiers de 1992 : « Le problème est que Tarzan ne représentait le symbole des routiers qu’aux yeux des journalistes », écrivent Aubenas et Benasayag, qui précisent : « Les chauffeurs, eux, ne se sont pas reconnus dans le miroir tendu ». Le problème ainsi soulevé n’existe pas pour Géraldine Muhlmann qui affecte de comprendre qu’il s’agit d’une critique de la visibilité elle-même quelle qu’en soit la forme. : « La métaphore du « miroir tendu » laisse bien voir [sic !] la nature du problème : la création d’une visibilité, d’une image, d’une manifestation sensible […] » (p.45-46). Peu importe l’image captée par le miroir ; et peu importe si ce dernier déformant.

Pierre Bourdieu, Sur la télévision

Ayant ainsi décanté toutes ses citations, Géraldine Muhlmann dépose ses conclusions ultimes : « […] P. Bourdieu […] s’attaque à ce règne du voir de façon si radicale, qu’il finit par mettre en cause la notion de « public » elle-même. » (p.46) Rien ne permet d’étayer ce verdict. Mais Géraldine Muhlmann est déjà passée au suivant : « P. Bourdieu oppose bel et bien, dans Sur la télévision, ce qui se voit du réel et ce qui est l’essence de ce réel » (p.47). En additionnant plusieurs « il semble », vous obtenez un « bel et bien »…

Bel et bien ? Faute de pouvoir trouver la moindre phrase dans l’ouvrage concerné, Géraldine Muhlmann s’appuie sur une longue citation extraite d’un livre de 1967 – Le métier de sociologue – qui explique pourquoi « le sociologue n’en a jamais fini avec la sociologie spontanée ». La question du « métier de sociologue » n’ayant aucun rapport direct avec la question du journalisme, Géraldine Muhlmann s’empresse de l’établir à l’aide d’un « donc » éblouissant qui lui permet de transformer la critique de la sociologie spontanée en une prétendue critique du journalisme : « Rivé au « voir », le journaliste est donc le grand brasseur de « vide ». » (p.47) Le « vide », soudainement invité à figurer dans la démonstration, va nous valoir quelques fragments d’une grande leçon d’ontologie.

Baliverne °3 : Bourdieu oppose le « vide « et le « plein »

Retour à Sur la télévision. Pour « prouver » que, selon cet ouvrage, « le journaliste est […] un grand brasseur de « vide » » et que « le vocabulaire ontologique fleurit sous la plume de P. Bourdieu », Géraldine Muhlmann a trouvé une citation. La voici :

« Le fait divers, c’est cette sorte de denrée élémentaire, rudimentaire, de l’information parce qu’elle intéresse tout le monde, sans tirer à conséquence et qu’elle prend du temps, du temps qui pourrait être employé pour dire autre chose. […] Or, en mettant l’accent sur les faits divers, en remplissant ce temps rare, avec du vide, du rien ou du presque rien, on écarte les informations pertinentes que devrait posséder le citoyen pour exercer ses droits démocratiques. » (p.16-17)

Extraire une ontologie de cette citation est une opération extrêmement délicate, puisque, pour y parvenir, il faut non seulement la sortir de son contexte, mais encore en tordre le sens. Or, à condition de rétablir le contexte, on découvre que Pierre Bourdieu essaie de montrer que la télévision privilégie le fait divers parce qu’il est consensuel, donc ajusté à l’Audimat. Géraldine Muhlmann n’en a cure : elle lit le texte comme une critique du fait divers quel qu’il soit. Et, à condition de lire vraiment la citation elle-même, on comprend que Pierre Bourdieu met en cause non les faits divers, mais l’importance qui leur est accordée. Géraldine Muhlmann ne se soucie guère de ces nuances ; elle a déjà « chevillé » la suite de son commentaire : « Or, il est évident que c’est l’espace public lui-même qui, plus fondamentalement, brasse du vide » (p.47). Donc, Pierre Bourdieu déteste l’espace public. CQFD.

Ce n’est pas tout. Pierre Bourdieu souligne qu’ « en mettant l’accent sur les faits divers […], on écarte les informations pertinentes », et plus loin que les « faits divers font le vide politique ». Géraldine Muhlmann, oublie « politique », et ne retient que le « vide ». Ayant ainsi sorti une phrase de son contexte, glissé de la critique de la place accordée aux faits divers à la critique des faits divers eux-mêmes, et … évidé les citations de Pierre Bourdieu des adjectifs et précisions qui la dérangent, Géraldine Muhlmann triomphe : elle a réussi à transformer « le vide » et « le plein » en catégories et à démasquer l’ontologie secrète de la sociologie de Pierre Bourdieu !

Pour atteindre ce résultat, il a fallu triturer deux citations complémentaires.

1. Bourdieu se demande pourquoi la télévision donne volontiers la parole à des « fast-thinkers, des penseurs qui pensent plus vite que leur ombre… ». Et risque cette réponse : parce qu’ils « pensent par idées reçues ». » Ou par « lieux communs ». Et de souligner : « L’échange de lieux communs est une communication sans autre contenu que le fait même de la communication. ». (p.30-31) Géraldine Muhlmann en conclut que cette citation vise « le » journalisme et que Bourdieu s’oppose… à la communication. Et, puisant dans ses fiches, notre philosophe du journalisme rapproche immédiatement cette citation d’une autre qui se trouve, dans un autre contexte, 20 pages plus loin. Et qu’elle traite avec autant de pénétration, comme on va le voir.

2. Sous le sous-titre « Une force de banalisation », Bourdieu s’efforce de montrer que la télévision diffuse une « information omnibus, sans aspérité, homogénéisée », parce que l’obligation commerciale de viser le public le plus large exclut les sujets qui peuvent choquer ou diviser. Et il poursuit : « Dans la vie quotidienne, on parle beaucoup de la pluie et du beau temps, parce que c’est le problème sur lequel on est sûr de ne pas se heurter – sauf si vous discutez avec un paysan qui a besoin de pluie alors que vous êtes en vacances, c’est le sujet soft par excellence. » Et Bourdieu précise (sans que Muhlmann ne cite cette explication) : « Plus un journal étend sa diffusion, plus il va vers des sujets omnibus qui ne soulèvent pas de problèmes ». (p.50).

Commentaire immédiat de Géraldine Muhlmann, sans aucun rapport logique avec la citation : « En somme le « plein » pour P. Bourdieu correspond au conflictuel ; tandis que le vide est ce qui sert le consensus minimal nécessaire à l’échange social » (p.48-49). Devant tant de lumière philosophique, on en aurait presque oublié que ce qui est en question, c’est la hiérarchie des informations diffusées par la presse.

En attendant, le moment est venu de s’affliger : « Si le « plein » est conflictuel, il est probable qu’il soit par définition une menace pour la socialisation. Or, celle-ci paraît être une condition requise pour un espace public, c’est-à-dire un échange relativement pacifié d’opinions » (p.49). Passons sur le « plein », mais pas sur le conflit… Ainsi il faudrait, du moins si les mots ont un sens, soit supprimer les conflits sociaux et politiques soit les esquiver dans l’espace public, pour ne pas mettre en péril la socialisation ! Mais il n’est pas sûr que les mots aient ici le moindre sens…

Reste à accomplir une ultime prouesse : passer de ce que dit Bourdieu sur certaines conversations dans la vie quotidienne à la quotidienneté elle-même. Géraldine s’y emploie sans barguigner : « P. Bourdieu semble [sic] tout de même accorder un statut ontologique à la quotidienneté : une sorte d’être du vide ou du rien. » (p. 49) Faut-il encore argumenter ? Il faut bien le reconnaître : La Misère du monde accorde à la quotidienneté « une sorte d’être du vide ou du rien » !

Ayant établi que Bourdieu s’opposerait, de toute la force de son ontologie, au visible et à la communication auxquels il préfèrerait le plein conflictuel qui met en péril la socialisation et l’espace public, Géraldine Muhlmann n’en a pas fini pour autant.

Selon elle, préserver l’autonomie des champs scientifique et culturel équivaudrait à mépriser tout espace public et à subordonner le journalisme à la sociologie : rien que ça !

Baliverne °4 : Bourdieu veut se cacher et tout cacher

Bourdieu souhaite que voient le jour « des tentatives collectives pour protéger l’autonomie qui est la condition du progrès scientifique contre l’emprise croissante de la télévision ». Géraldine Muhlmann commente préventivement, en affirmant que ces « recommandations » (c’est elle qui parle) « sonnent comme une invitation à rester caché » (c’est elle qui souligne). Laisser tinter à son oreille permet d’entendre ce qu’ « il semble ». Et peu importe si des dizaines de citations de Pierre Bourdieu soulignent que l’autonomie a comme contrepartie le devoir de ne pas « rester caché ». Mais comme ce dont on ne parle pas (du moins à cet endroit) livre le sens de ce dont on parle effectivement, Géraldine Muhlmann s’insurge : « Les éventuels dangers d’un cloisonnement de chaque champ ne sont jamais évoqués » (p. 50). Comme si le principal danger n’était pas la fusion et la confusion des divers pouvoirs sociaux !

Comme le montre la suite, Géraldine Muhlmann n’en a pas fini de faire « sonner » à sa convenance. « Le champ politique lui-même a une certaine autonomie », souligne Bourdieu qui évoque celle du Parlement, pour montrer, sur la base d’un exemple, que le court-circuit médiatique peut conduire à « une forme perverse de démocratie directe » (p.73). Ce qui ne signifie pas, d’ailleurs, que toute forme de démocratie directe soit perverse. Mais la philosophe entend cela tout autrement : « le personnel politique est invité à une telle autoprotection par rapport à la visibilité permanente » (p. 51). Ainsi, jamais avare de raccourcis, Géraldine Muhlmann « glisse » de l’autonomie du champ politique à l’invisibilité médiatique du personnel politique et fait « sonner » la défense de l’autonomie du champ politique par rapport à l’emprise des médias comme une invitation à rester caché. Quand des énoncés font problème, Muhlmann résout le problème en le supprimant.

Inutile par conséquent de s’appesantir sur la « théorie des champs » ou sur ce que peut bien signifier leur autonomie. D’ailleurs ils sont interchangeables. Bourdieu mentionne le travail de Gisèle Sapiro sur le champ littéraire français sous l’occupation où elle montre que plus des écrivains étaient reconnus par leurs pairs (donc autonomes), plus ils étaient portés à résister. Quelle horreur ! Géraldine Muhlmann est obligée de se fendre d’une petite note venimeuse où elle oppose à cette analyse une évocation du champ … juridique.

La sentence ne tarde pas à tomber : « Les perspectives réformistes lancées dans ce petit ouvrage à l’intention de la profession journalistique [sic !] […] se réduisent, explicitement ou non, à une mort pure et simple de la pratique journalistique » (p.52).

Géraldine Muhlmann aurait pu s’arrêter là (et nous dispenser de poursuivre), mais elle n’a toujours pas fini.

Baliverne n°5 : Bourdieu veut soumettre le journalisme au contrôle des sociologues

Bourdieu déclare : « Pour échapper à l’alternative de l’élitisme et de la démagogie, il faut à la fois défendre le maintien et même l’élévation du droit d’entrée dans les champs de production [scientifique et culturel] et le renforcement du devoir de sortie, accompagné d’un amélioration des conditions et des moyens de sortie. » De ce « souci démocratique de rendre ces acquis [ceux du travail scientifique] accessibles au plus grand nombre », Pierre Bourdieu tire la conséquence suivante : « Il faut défendre à la fois l’ésotérisme inhérent (par définition) à toute recherche d’avant garde et la nécessité d’exotériser l’ésotérique et de lutter pour le faire dans de bonnes conditions » (p.76-77).

Ce que Géraldine Muhlmann réinterprète ainsi : « Lorsque P. Bourdieu envisage malgré tout (? ??) un processus de vulgarisation, c’est dans une perspective qui offre à chaque champ [alors qu’il n’est question ici que de la recherche scientifique], la maîtrise parfaite [alors qu’il n’est question que de « bonnes conditions »] de sa mise en public [… ]. » (p.52) Et plus loin : « Le « bon »journaliste sera sous la coupe du champ en question, parfaitement contrôlé par les acteurs du champ, exécutant leurs volontés, posant les questions qu’on leur dira de poser. » On imagine assez la terreur qu’une telle falsification peut inspirer aux journalistes, même les mieux intentionnés.

Car il s’agit d’une falsification. Géraldine Muhlmann a « sauté » tout un développement où il est question, quelques dizaines de pages auparavant, des conditions que des artistes, des écrivains et des savants doivent réunir pour que, avec les journalistes, soient recherchés « des moyens de surmonter en commun les menaces d’instrumentalisation » (p. 11-12). Et elle n’a jamais atteint la fin du livre, où à la dernière page et en conclusion (p. 94), parlant des « contraintes cachées qui pèsent sur les journalistes et qu’ils font peser à leur tour sur tous les producteurs culturels », il incite à « proposer peut-être le programme d’une action concertée entre les artistes, les écrivains, les savants et les journalistes, détenteurs du (quasi-) monopole de diffusion. »

« Il semble » que, pour Géraldine Mulmann, ce quasi-monopole, pour peu qu’il soit partagé avec les intellectuels médiatiques qui acceptent de s’y soumettre, soit un pur accomplissement de la démocratie… et que la parole des gueux ne doit pas le troubler non plus. Comme on va le voir.

Baliverne n° 6 : Bourdieu ne connaît pas le journalisme socratique

Bourdieu s’interroge sur les conditions de distribution de la parole sur les plateaux de télévision et constate : « Il est évident que tous les locuteurs ne sont pas égaux sur les plateaux. » Et de poursuivre : « Vous avez des professionnels du plateau, des professionnels de la parole et du plateau, et en face d’eux des amateurs […], c’est une inégalité extraordinaire. Et pour rétablir un tout petit peu d’égalité, il faudrait que le présentateur soit inégal, c’est-à-dire qu’il assiste les plus démunis relativement […] Il faut faire un travail d’assistance à la parole. ». (p.36). Et pour couronner le tout, Bourdieu ajoute : « Pour ennoblir ce que je viens de dire, je dirais que c’est la mission socratique dans toute sa splendeur. »

Géraldine Muhlmann – qui ne s’intéresse guère à de si prosaïques questions – s’empresse d’oublier qu’il est ici question d’aide à la parole de ceux qui, tels des grévistes lors d’un conflit social, ne sont pas des professionnels du discours (et encore moins du discours philosophique…).

En revanche, elle tient enfin la preuve que Bourdieu n’a pas révisé son cours de philosophie de Terminale, puisqu’il n’évoque que la fonction de sage-femme du philosophe, ne mentionne pas (alors que le contexte justifie amplement cette omission prétendument scandaleuse…) les fonctions de taon et de torpille revendiquées par Socrate. C’est donc que Bourdieu se borne à dessiner, déclare Géraldine Muhlmann, le « personnage du docile accoucheur »… que chacun a pu voir en exercice quand il s’agit de donner la parole à des chômeurs ou des salariés en lutte.

Ce faisant, Bourdieu confirme son hostilité à Kant ! (p. 53-54). Quoi de plus chic et toc que de tels cours de Philosophie ?

Balivernes sans chiffre, balivernes sans titre

Ayant étudié avec précision ce qu’est l’Audimat, Géraldine Muhlmann attribue à ceux qui critiquent son emprise l’idée stupide selon laquelle cette mesure d’audience serait une « construction des journalistes » (p.55 et p. 47).

Ayant lu avec attention le « petit ouvrage à l’intention des journalistes » [sic], Géraldine a découvert que Bourdieu « rapporte les « lunettes » des journalistes aux seules rivalités internes entre les journalistes ou à leur simple et exclusive stupidité. » Deux citations de Bourdieu suffisent à Géraldine Muhlmann pour étayer ce diagnostic d’une « volte face de P. Bourdieu face aux implications de ses propres thèses » (p. 55). Géraldine Muhlmann n’a décidément pas de chance, ni au grattage, ni au tirage. La première citation qu’elle convoque rapporte la rivalité entre les journalistes à leur concurrence dans la course à l’Audimat (et non à leur « seules rivalités internes ») ; la seconde explique qu’un présentateur mime la stupidité qu’il prête au public (au nom de l’audience, précisément), pour censurer tout discours intelligent.

Ayant parcouru une intervention de Bourdieu, elle découvre qu’il y propose une représentation du pouvoir des maîtres du monde « qui paraît bien éloignée du motif, plus complexe des « manipulateurs manipulés » ? » (p. 56). Une représentation tellement éloignée de ce « motif » que le titre même de cette intervention de Pierre Bourdieu reprend exactement la même idée sous forme d’une question : « Maîtres du monde, avez-vous la maîtrise de votre maîtrise ? »

Ayant découvert une citation de Bourdieu où ce dernier insiste sur la nécessité de prendre en compte les conditions de réception des messages, Géraldine Muhlmann ne peut admettre cette banalité (dès lors qu’elle apparaît sous la plume de Bourdieu) sans la mettre au service d’une assertion imaginaire « […] Pierre Bourdieu insiste : on ne doit jamais discuter réellement avec quiconque n’est pas dans le même « champ » ou quiconque n’a pas le même « code ». » (p. 58) Et voici la citation que Géraldine vient ainsi de « décoder » : « […] le problème majeur de la communication est de savoir si les conditions de la réception sont remplies ; est-ce que celui qui écoute a le code pour décoder ce que je suis en train de dire ? » (p.31). A l’évidence, cette citation (mentionnée en note par Géraldine Muhlmann, p. 59) « prouve » que Bourdieu ne veut pas discuter… alors qu’il s’agit précisément de prendre en compte les conditions d’un échange véritable.

Finalement, du livre de Pierre Bourdieu, il ne reste rien. Même pas les points aveugles et les ambiguïtés qui rendraient féconde la contestation de ce qu’il dit. En guise de réfutation, la philosophie du journalisme nous a offert une litanie de soupçons sur des arguments préalablement transformés en charpie.

Un apéritif

À défaut d’une discussion libre mais rigoureuse d’un livre – Sur la télévision – qui mérite une critique sans complaisance, Géraldine Muhlmann a servi aux journalistes qui se sont pressés autour du buffet un apéritif tellement surchargé en amuse-gueules qu’ils se sont dispensés de lire vraiment la suite de son essai de philosophie. Et pourtant, celui-ci est porteur d’une promesse qui mérite toute notre attention : doter la critique du journalisme et des médias d’une base normative, élaborer un idéal-critique du journalisme qui permette d’évaluer les pratiques journalistiques, leurs qualités, leurs défauts, leurs défaillances. Nous y reviendrons, en essayant d’oublier le tord-boyaux servi à des fins de démarcation préalable, mais en nous souvenant que « tant vaut la méthode, tant valent les produits ».

Henri Maler

Notes

[1] Parmi les comptes rendus mis au service de règlements de compte polémiques, deux méritent particulièrement d’être mentionnés : celui de Nicolas Weil dans Le Monde ( voir « Le Monde contre « les critiques antimédias », antidémocrates et antisémites » et celui de Philippe Corcuff dans Charlie Hebdo (voir « Philippe Corcuff, critique « intelligent » de la critique des médias »).

[2] J’avais intialement écrit « dans sa version académique », prenant l’adjectif dans un sens péjoratif qui peut inviter à des généralisations abusives, comme l’a fait fait remarquer un lecteur (note du 28 juin 2006).

[3] Les pages indiquées en marge après chaque citation renvoient donc aux ouvrages originaux : Sur la télévision, Liber/Raisons d’agir, 1996 et Du journalisme en démocratie, Payot, 2004.

[4] La Fabrication de l’information. Les journalistes et l’idéologie de la communication, Paris, La Découverte, 1999

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Élucider, libérer, se connaître, transmettre, prospecter, transformer et réjouir

Posted by Hervé Moine sur 27 février 2011

Pascal Chabot

Les sept stades de la philosophie

PUF

Présentation de l’éditeur

Pourquoi la philosophie ? Que chercher dans cette discipline ? Quel impact peut-elle avoir sur l’existence de celles et ceux qui la pratiquent ? Ce livre enlevé et ciselé, original et éclairant, prend le parti d’affirmer que la philosophie a des fonctions précises qui traversent son histoire et nourrissent ses désirs. Élucider, libérer, se connaître, transmettre, prospecter, transformer et réjouir : telles sont les sept opérations philosophiques majeures, les sept stades de ces étranges jeux où s’affrontent et se révèlent la vie et la théorie.

Pascal Chabot

Pascal Chabot

L’auteur

Pascal Chabot est philosophe.

Né en 1973, il a étudié la philosophie à l’Université de La Sorbonne-Paris I et à l’Université Libre de Bruxelles. Il a consacré sa thèse de doctorat au philosophe Gilbert Simondon et a fait paraître La philosophie de Simondon (Vrin, 2003).

Chargé de recherches au Fonds National de la Recherche Scientifique (1997-2004), il est l’auteur de plusieurs livres et de nombreux articles sur la philosophie contemporaine, l’éthique, l’esthétique et la littérature. En 2006, il rejoint la compagnie de la chorégraphe Michèle Noiret comme conseiller artistique.

En 2008, il publie un essai dans la collection Travaux Pratiques des P.U.F, intitulé Après le progrès.

Pour se procurer Les sept stades de la philosophie

Au sommaire de l’ouvrage

Première partie : Ce que je cherche en philosophie

1. Le jeu de la vie et de la théorie. 2. Eloge funèbre d’une ancienne discipline. 3. Des complices. 4. Les désirs premiers.

Deuxième partie : Sept stades.

1. Elucider. 2. Libérer. 3. Se connaître. 4. Transmettre. 5. Prospecter. 6. Transformer. 7. Réjouir.

Troisième partie : On n’est jamais trop actuel en philosophie.

1. Deux façons de progresser 2. Au-delà des visions.

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Les deux autres ouvrages majeurs de Pascal Chabot

Pascal Chabot et Hottois

Les philosophes et la technique

Vrin

Présentation de l’éditeur

Les études réunies ont été présentées au Colloque International de Bruxelles organisé sous les auspices de la FISP (Fédération Internationale des Sociétés de Philosophie) en 2002 dont le thème a été conservé comme titre du recueil.

L’intention était d’illustrer la manière dont divers philosophes ont traité ou esquivé la question de la technique. L’ampleur du champ, historique et contemporain, interdisait toute exhaustivité. Le dessein était plus anthologique qu’encyclopédique. Les analyses critiques qui composent le volume manifestent l’intérêt de cette approche appliquée à Aristote, Lulle, Salutati, Kant, Kapp, Bergson, Ortega, Schmitt, Jonas, Brun, Arendt, Foucault Simondon, Heidegger, Haraway, Fukuyama.

Et il serait fécond de l’étendre tant il est vrai qu’en notre époque très technologique, poser, aux philosophes qui nous sont les plus familiers, la question du sort qu’ils ont réservé à la technique s’avère riche en enseignements sur eux et pour nous.

Pour se procurer l’ouvrage Les philosophes et la technique

 

 

 

 

 

Pascal Chabot

Après le progrès

PUF

Présentation de l’éditeur

La tyrannie du Progrès, machine à engendrer des croyants puis des désespérés, a été maintes fois dénoncée comme une utopie néfaste (voire catastrophique), et c’est tant mieux. Mais dénoncer le Progrès ne doit pas nous entraîner vers une bien-pensance hypocrite qui nous verrait condamner a priori des progrès enregistrés dans tous les domaines techniques, quand l’homme des temps contemporains en jouit chaque jour. A partir d’une approche philosophique serrée (Francis Bacon, Henri Bergson, Gilbert Simondon…), l’auteur montre que le progrès est proprement vide de sens et qu’il ne tient qu’à l’humanité de le charger de valeur, c’est-à-dire à chaque individu de s’en constituer une conscience propre : tel est l’exigence avancée ici par l’auteur, qui l’illustre par la perception singulière qu’en ont restitué certains auteurs de fiction (Defoe, Baudelaire, Rimbaud, Reverdy…).

Pour se procurer l’ouvrage Après le progrès

 

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Face au chaos, que peut la philosophie ?

Posted by Hervé Moine sur 27 février 2011

« La philosophie ne doit point mourir car sa mort entraînera inévitablement la mort de l’Homme… » telle est la dernière phrase de l’article intitulé « La philosophie aujourd’hui », d’Atmane Bissani, professeur à la faculté des Etudes Françaises Faculté Polydisciplinaire Errachidia, paru dans le journal marocain Libération le 24 février dernier.

Le chercheur universitaire qui a dernièrement publié « L’altérité à travers La Nausée et Huis clos de Jean-Paul Sartre« , pose ici la question de savoir si la philosophie peut encore jouer un rôle aujourd’hui dans un monde qui est proche du chaos. Par un retour à la fonction de la philosophie et notamment l’étude de son rapport à la citoyenneté, il montre qu’elle développe des comportements civiques. Les déroutes que connait le monde aujourd’hui seraient consécutifs justement au recul de la pratique de la philosophie dans la cité. Et plus particulièrement dans le cas du monde arabe, la philosophie est devenue une urgence, aujourd’hui plus que jamais, car elle purifie les esprits et cultive le raisonnement cosmopolite.

Hervé Moine, ActuPhilo

La philosophie aujourd’hui

Article d’Atmane Bissani paru le 24 février 2011 paru dans Libération-Maroc

http://www.libe.ma/Fenetre-La-philosophie-aujourd-hui_a17284.html?print=1

Face au chaos qui commence à régner dans le monde actuel, face à la montée en spirale de la violence de part et d’autre, face aux défis de la mondialisation et face à la logique de la technique qui a participé, d’une part, au/du soulèvement des peuples arabes (Internet) et qui, d’autre part, participe au massacre du peule libyen en ce moment que peut la philosophie ? Quelle leçon peut-elle avancer aux citoyens du monde ?

Fille de la cité, la philosophie avait pour leçon primordiale la civilisation des gens. Elle avait une fonction pédagogique visant la création d’une culture fondée essentiellement sur l’éthique de la discussion. A cet effet, la philosophie apprenait aux Athéniens que la seule et unique manifestation de la civilité de l’individu était sa capacité de débattre de différents sujets dans un climat de controverses garantissant aux orateurs le droit à la différence et à la distinction. Les Athéniens avaient, dès lors, le sentiment d’une citoyenneté sans laquelle leur existence aurait été superfétatoire. Comportement raffiné et civilisé, la citoyenneté était ce miroir au fond duquel se reflétait la maturité de la pensée athénienne et, de là, sa mise en pratique dans les différents contextes de la vie. Aussi le sens de citoyenneté se concrétisait-il chez les Athéniens grâce aux apports de la pensée libre et responsable que déployait la leçon philosophique. De là, à Athènes, la philosophie était pour la citoyenneté ce que l’âme est toujours pour le corps.

S’il en est ainsi, la réflexion sur la leçon de la philosophie, fondement de toute pratique citoyenne, est tellement vaste que nous allons nous contenter de rappeler ici ce qui urge pour notre situation actuelle dans le monde en tant qu’entités radicalement différentes.

Pratiquement, la philosophie, telle qu’elle se conçoit aujourd’hui, est l’art de déconstruire le quotidien, c’est dire le saisir dans son dessaisissement, dans ses lignes de fuites, dans ses métaphysiques, dans ses détails et dans ses contradictions afin de le re-penser et, ipso facto, participer à sa refonte. Un tel re-penser et une telle refonte du quotidien doivent se faire fondamentalement dans un cadre instauré sur le principe de l’espace public qui permet à tout un chacun de contribuer au devenir non seulement de son être, mais aussi de sa cité et de sa communauté à partir de la vision du monde qu’il adopte. Etre citoyen, donc, revient à dire appartenir à une communauté assurant au sujet le droit au dire et au faire loin de toute idéologie de ressentiment ou d’exclusion, c’est pouvoir mettre en exercice son droit d’être tout en reconnaissant le droit d’être des autres. Ce comportement civique doit pratiquement s’apprendre aux citoyens depuis les débuts de leur scolarisation, moment où ils commencent à apprendre leurs différences et leurs particularités. La philosophie, suivant cette logique, apprend aux petites comme aux grandes gens que la citoyenneté est avant tout la dichotomie droit/devoir, certes. Mais, la citoyenneté est aussi la promotion de la culture de pluralité, de diversité et de mansuétude.

La philosophie développe chez les individus un comportement civique qui libère leurs potentialités imaginatives et leur permet de les exposer sans crainte d’autrui. Elle a le mérite de cultiver chez eux la culture de l’Agora et par conséquent la culture de la citoyenneté qui pose que toutes les opinions sont discutables car elles sont humaines et donc leurs vérités, la logique le stipule, sont relatives. La culture de l’Agora, comme comportement policé, tend à rendre universel le sens noble que recèle l’affinité philosophie/citoyenneté. Il s’agit là de réhabiliter les déroutes et les aberrations introduites dans les sociétés humaines suite au malheureux recul qu’a connu la pratique de la philosophie dans la cité actuelle.

Cet état des lieux traduit une exclusive vérité : la récupération de l’essence de la citoyenneté est inhérente à la re-naissance de la leçon de la philosophie. Dans le cas du monde arabe, il faut dire que la philosophie est devenue une urgence aujourd’hui plus que jamais car elle purifie les esprits et cultive le raisonnement cosmopolite. Aucune autre discipline n’est habilitée à remplacer la philosophie. Par contre toutes les autres disciplines ont besoin de la trace de la philosophie pour mieux rayonner. En peu de mots disons ceci : politique, économie, littérature, histoire, etc. en tant que disciplines ne sont possibles que si elles sont fondées sir la logique de la philosophie. La philosophie ne doit point mourir car sa mort entraînera inévitablement la mort de l’Homme…

Jeudi 24 Février 2011 Atmane Bissani Source : http://www.libe.ma

 

L’altérité à travers

La Nausée et Huis clos de

Jean-Paul Sartre

étude analytique

Editions Universitaires Europeennes (décembre 2010)

Pour se procurer L’Altérité à travers la Nausée et Huis Clos de Jean-Paul Sartre

 

Le nouvel ouvrage d’Atmane Bissani : L’Altérité selon l’œuvre sartrienne

« L’altérité à travers La Nausée et Huis clos de Jean-Paul Sartre », est l’intitulé du dernier ouvrage d’Atmane Bissani, enseignant de la littérature française à la faculté polydisciplinaire d’Errachidia, paru fin 2010, en langue française, aux éditions Universitaires Européennes.

L’ouvrage, décliné en 360 pages en format moyen, se propose de revenir sur la philosophie sartrienne, son existentialisme, et ce à partir de l’étude du roman « La Nausée » et de la pièce de théâtre « Huis Clos » du philosophe et écrivain français.

Thème philosophique majeur dans ces deux œuvres, l’Altérité est abordée dans toutes ses facettes. Sartre, étant un adepte de la phénoménologie, y examine l’existence humaine dans ce qu’elle a de plus compliqué et de plus abscons, en l’occurrence son incompréhensibilité et sa complexité. Il s’agit ainsi de repérer les ingrédients de la théorie de l’altérité tels qu’ils étaient étalés, expliqués et analysés par le père de l’existentialisme Jean-Paul Sartre, mais aussi tels qu’ils sont dégagés par l’auteur, à travers une lecture profonde d’une réflexion philosophique singulière.

Jean-Paul Sartre qui se positionne, tour à tour, comme philosophe et écrivain, réunissant ainsi le raisonnement de Spinoza et l’imagination littéraire de Stendhal, est incontestablement l’un des seuils épistémologiques incontournables dans la compréhension des grands tournants ayant traversé et fait l’Histoire du XXe siècle.

Son œuvre, diffuse et confuse, est fondée principalement sur la question de l’être en tant que conscience responsable de sa quiddité et de son devenir. En effet, Sartre interroge la condition d' »être » à partir de la mise en scène de la conscientisation comme moteur de fonctionnement.

« L’on parle de plus en plus de dialogue de cultures et de civilisations, et je pense personnellement que cette thématique relève d’abord d’une réflexion philosophique avant tout, d’où l’impérieuse nécessité de revenir aux sources de cette thématique devant régir les relations entre membres de l’espèce humaine », estime l’auteur de « L’altérité à travers La Nausée et Huis clos de Jean-Paul Sartre ». Atman Bissani n’est pas à son premier jet en la matière, il avait déjà publié en 2009 un ouvrage intitulé « De la Rencontre, essai sur le possible », où il décline, sur une centaine de pages, plusieurs notions liées à l’altérité telles le dialogue, l’entretien, l’échange et l’acculturation, et engageant nécessairement une volonté de s’ouvrir sur l’Autre, « comme il est et non comme on souhaite le voir ».

MAP Samedi 1 Janvier 2011

Source : http://www.libe.ma

 

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Peut-on être courageux mais injuste ? Sage mais intempérant ? Juste mais ignorant ?

Posted by Hervé Moine sur 26 février 2011

Colloque international à Bruxelles

Unité et origine des vertus dans la philosophie de l’Antiquité

Les 24 et 25 mars 2011

Peut-on être courageux mais injuste ? Sage mais intempérant ? Juste mais ignorant ? A ces questions, Socrate le premier répondit que c’était impossible. Le plongeur amateur qui se jette tête en avant dans un puits sans savoir ce qu’il fait n’est pas courageux. Seulement téméraire et stupide. Savoir. Tout est là. Mais comment savoir quand il n’y a personne pour vous instruire, seulement des charlatans ou des inspirés qui ne savent pas ce qu’ils disent, même quand il leur prend de dire vrai ? S’il n’y a personne pour enseigner la vertu, comment pourrait-elle être un savoir ? Socrate se gratte la tête et nous avec lui. Socrate n’est pas, cependant, à un paradoxe près et ce sont ses paradoxes qui vont nourrir des générations successives de philosophes, depuis Platon et Aristote jusqu’aux stoïciens et aux platoniciens tardifs. Les versions de l’unité des vertus vont ainsi se multiplier, certains assurant qu’il n’y a qu’une vertu, dont seul le nom peut changer, d’autres que les vertus sont multiples et possèdent des qualités différentes, mais n’en restent pas moins mutuellement inséparables. Quant à l’aporie sur l’origine des vertus (instruction ? inspiration divine ? nature ?), elle ne cessera de provoquer l’interrogation des philosophes, notamment à propos des prérequis nécessaires à l’émergence des vertus (éducation, bonne nature, appropriation à soi, etc.). Le présent colloque a pour but de se pencher sur l’histoire de ces questions et de faire ainsi revivre l’un des plus célèbres paradoxes de Socrate qui, aujourd’hui comme hier, ne cesse d’interpeler.

Ce colloque international est organisé par le Groupe de philosophie ancienne du Centre de Philosophie (PHI) de l’Université Libre de Bruxelles, ULB, avec le concours du Fonds National de la Recherche Scientifique (FRS-FNRS), de la Faculté de Philosophie et lettres de l’Université libre de Bruxelles, du Centre de Philosophie (PHI) de l’Université libre de Bruxelles et de l’École doctorale en philosophie près le FNRS (ED 1). Il portera sur le thème suivant : « Unité et origine des vertus dans la philosophie de l’Antiquité ». De nombreuses interventions sont au programme :

Jeudi 24 mars 2011

  • M.-A. Gavray (FNRS, ULg) : « L’unité des vertus dans le Protagoras de Platon » ;
  • D. N. Sedley (University of Cambridge) : « Unity of the virtues in Plato’s Phaedo and Republic » ;
  • A. Giavatto (Université de Nantes) : « L’unité des vertus dans le Politique de Platon » ;
  • D. Lefebvre (Paris IV Sorbonne) : « Les vertus, ni par nature, ni contre nature: Aristote et Alexandre » ;
  • S. Delcomminette (ULB) : « Unité des vertus et unité du bien chez Aristote » ;
  • B. Collette-Ducic (Université Laval) : « L’unité des vertus chez Zénon de Citium et son interprétation chrysippéenne ».

Vendredi 25 mars 2011

  • J.-B. Gourinat (CNRS, Centre Léon Robin) : « Hétérodoxies stoïciennes sur l’unité des vertus : Ariston, Apollophane, Hécaton, Panétius, Posidonius» ;
  • G. Boys-Stones (Durham University) : « Unity and unification : Platonic Oikeiosis »
  • A. Schniewind (UNIL) : « Plotin et les émotions nobles : un accès privilégié par les vertus supérieures »
  • D. Cohen (FNRS, ULB) : « L’unité des vertus dans le Néoplatonisme tardif »
  • O. Gilon (ULB) : « Vertus cardinales et théologales chez saint Augustin»
  • M. Dixsaut (Paris IV Sorbonne) : « Conception aristocratique des vertus et vertus aristocratiques : Nietzsche avec Platon »

Informations :

Le colloque est ouvert à tous.

Pour davantage de détail sur le colloque et notamment le programme et ses horaires, vous pouvez consulter  : la brochure et l’affiche du colloque, en version pdf.

Contacts :

Lieu :

Bibliothèque du Centre Interdisciplinaire d’Étude des Religions et de la Laïcité

Avenue F.D. Roosevelt 17, 1050 Bruxelles

 

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Des pourceaux quittent le Jardin pour la Pléiade, les épicuriens dans la cour des grands

Posted by Hervé Moine sur 26 février 2011

Vous prononcez le mot « épicurien », et aussitôt un mur de clichés et de préjugés s’interpose. Par définition, un « épicurien » est un individu sensuel grossier, une sorte de notable bourgeois de province qui ne pense qu’à manger, boire et baiser. Ce matérialiste borné est incapable de voir plus loin que son propre corps. Il faut croire que la philosophie d’Épicure (IIIe siècle avant notre ère) a fait, et fait encore, l’effet d’une bombe atomique dont il faut à tout prix se protéger. Un penseur profond dans un « Jardin » ? Quelqu’un qui vous dévoile, en toute sérénité, la nature des choses ? Qui accepte près de lui n’importe qui sans tenir compte de ses origines sociales ? Qui va même jusqu’à s’entourer de femmes ? Horreur. Lisez, et vous comprendrez pourquoi tous les systèmes de pensée tant vénérés, comme tous les pouvoirs, ont de sérieuses raisons de discréditer cette vision prophétique. Épicure, Lucrèce, deux noms qu’il vaut mieux éviter.

Philippe Sollers, Le Nouvel Observateur n°2398 du 21 octobre 2010 (voir ci-dessous)

Les Epicuriens

Bibliothèque de la Pléiade Gallimard nrf

Edition publiée sous la direction de Daniel Delattre et de Jackie Pigeaud

Présentation de l’éditeur

Débauché, flagorneur, pilleur des théories d’autres écoles, « diseur d’obscénités » pour Épictète, « pourceau » pour d’autres, Épicure a suscité des débats acharnés, c’est le moins que l’on puisse dire. Appel à la libération individuelle vis-à-vis des craintes et des illusions, mise en cause des institutions qui diffusent la superstition, sa philosophie était peut-être trop novatrice. Son projet : supprimer la douleur, et nous combler de joie ; son but : rechercher le bien-être, en d’autres termes la paix de l’âme. Un tel programme ne pouvait laisser indifférent.

La philosophie d’Épicure passa à la postérité grâce au De rerum natura de Lucrèce — un des plus grands poèmes de la langue latine—, et à la Vie d’Épicure de Diogène Laërce qui retranscrit les Abrégés philosophiques du maître (ses Lettres à Hérodote, Pythoclès et Idoménée) et ses Maximes capitales. Il aura fallu une circonstance improbable pour que les écrits des épicuriens de l’Antiquité nous parviennent : la découverte à Herculanum de la bibliothèque philosophique, unique en son genre, de Philodème de Gadara, disciple d’Épicure, conservée par la lave de l’irruption du Vésuve en 79. Outre les écrits de Philodème, ardent défenseur de la cause épicurienne auprès des nobles romains, cette bibliothèque renfermait plusieurs exemplaires de la somme du fondateur du Jardin : La Nature, ainsi que de nombreux écrits de ses disciples.

Ce volume s’ouvre sur l’indispensable témoignage de Diogène Laërce, puis il offre, pour la première fois en français, une traduction aussi complète que possible des fragments retrouvés de La Nature d’Épicure. Suivent les recueils de témoignages et de fragments relatifs aux disciples de la première génération (Métrodore, Hermarque, Idoménée, Polyène), dans une présentation identique à celle du volume que la Pléiade a consacré aux Présocratiques. Des disciples du Jardin qui fleurirent au tournant des IIe-Ier siècles avant notre ère, on donne les quelques textes, de Zénon de Sidon, de Démétrios Lacon et de Philodème, qui nous sont parvenus, sans oublier, bien sûr, le poème de Lucrèce, ici publié dans une nouvelle traduction. En contrepoint s’impose le témoignage de Cicéron, un des principaux détracteurs de l’épicurisme. Enfin, on s’attache à l’épicurisme des Ier-IIIe siècles, connu surtout à travers des témoignages (Plutarque, Sénèque, Galien) : peu de textes épicuriens de cette époque ont été retrouvés. Mais la polémique autour des doctrines du Jardin reste vive. Le volume se clôt sur Diogène d’Œnoanda qui voulut donner à lire aux habitants de sa cité — tous les jours et pendant des siècles — les préceptes épicuriens en les gravant sur un mur. Ainsi nous est restituée la philosophie épicurienne, avec laquelle s’est constituée toute une dimension de la modernité.

Pour se procurer le volume « Les Epicuriens » dans la Bibliothèque de la Pléiade

Les Epicuriens : traduction francaise en Pléiade

http://www.zetesis.fr/spip.php?article468

Le volume propose un regroupement de textes antiques, grecs et latins, couvrant l’espace de quelque sept siècles. Il s’ouvre sur le témoignage de Diogène Laërce et les abrégés et maximes d’Epicure qu’il a transmis ; puis il offre, pour la première fois en français, une traduction des fragments de La Nature d’Épicure retrouvés, à Herculanum, dans la bibliothèque de la Villa des papyrus.

Les recueils de témoignages et de fragments relatifs aux disciples de la première génération (Métrodore, Hermarque…) sont ensuite donnés, dans une présentation semblable à celle du volume de la Pléiade consacré aux Présocratiques. Suit un écrit peu banal de Polystrate, inédit en français. Des disciples du Jardin de la fin du IIe et du Ier siècles avant notre ère, on découvrira les témoignages et fragments de Zénon de Sidon, la traduction de quelques textes qui nous sont parvenus de Démétrios Lacon, un choix important de fins de rouleaux, parmi les mieux conservées, de Philodème de Gadara, pour la première fois accessibles en français, et le magnifique poème de Lucrèce, dans une nouvelle traduction. A quoi s’ajoute le témoignage incontournable de Cicéron, critique particulièrement bien informé de l’épicurisme.

L’épicurisme des Ier-IIIe s. de notre ère est ensuite présenté à travers le témoignage de Plutarque dont trois traités sont ici traduits en entier, puis un choix de lettres de Sénèque et de passages de Cléomède, Galien et Sextus Empiricus. Le volume se clôt par l’inscription monumentale que Diogène d’Œnoanda avait fait graver pour donner à lire aux habitants de sa cité lydienne les préceptes du Maître et d’autres textes épicuriens – dont une grande partie, encore enterrée, reste à découvrir.

Une Introduction générale à l’épicurisme, des Repères chronologiques, une carte des sites antiques et un Vocabulaire de l’épicurisme complètent avantageusement l’ensemble des textes traduits.

Édition sous la direction de Jackie Pigeaud avec la collaboration de Agathe Antoni, Clara Auvray-Assayas, Jacques Boulogne, Jacques Brunschwig, Christophe Darras, Daniel Delattre, Joelle Delattre-Biencourt, Tiziano Dorandi, Julie Giovacchini, José Kany-Turpin, Carlos Levy, Annick Monet, Pierre-Marie Morel, Robert Muller, Laurent Pernot, Jean-Louis Poirier, David N. Sedley, Voula Tsouna Traducteur : un collectif de traducteurs

Edition paru le 21 Octobre 2010, dans la Bibliothèque de la Pléiade, n° 564, 1552 pages , rel. Peau, 105 x 170 mm

Pour se procurer le volume « Les Epicuriens » dans la Bibliothèque de la Pléiade

On trouvera dans ce volume

  • Diogène Laërce : Vies et doctrines des philosophes illustres, X ;
  • Épicure : La Nature – [Sur la piété et le culte populaire] ;
  • Métrodore ;
  • Hermarque ;
  • Idoménée ;
  • Polyène ;
  • Polystrate : Le Mépris irraisonné des opinions répandues dans la multitude ;
  • Zénon de Sidon ;
  • Démétrios Lacon : Difficultés rencontrées dans la lecture des textes épicuriens – La Forme du dieu – Les Poèmes ;
  • Lucrèce : La Nature des choses ;
  • Philodème : Les [Phénomènes] et les Inférences – [Les Choix et les Rejets] – La Colère – [L’Économie] (Les Vices, IX) – [L’Arrogance] (Les Vices, X) – La Mort, IV – La Rhétorique, III – Les Poèmes, V – La Musique, IV – Les Stoïciens – À l’adresse des … ;
  • Cicéron : La Nature des dieux, I – Les Fins ultimes des biens et des maux, I et II ;
  • Sénèque : Lettres à Lucilius (choix) ;
  • Plutarque : Contre Colotès pour défendre les autres philosophes – Si l’on se conforme à Épicure, il n’est même pas possible de vivre plaisamment – Si l’expression «Vis caché» est bien dite ;
  • Cléomède : Théorie élémentaire du monde céleste, II ; Claude Galien : [Passages choisis] ;
  • Sextus Empiricus : Contre les philosophes (passages choisis) – Contre les professeurs (passages choisis) ;
  • Diogène d’Œnoanda

Ci dessous deux articles à propos de la sortie des épicuriens dans la Pléiade, celui de Philippe Sollers et de Georges Leroux…

Scandaleux Épicure

Article de Philippe Sollers paru dans le Nouvel Observateur, le 21 octobre 2010

http://bibliobs.nouvelobs.com/essais/20101027.BIB5861/scandaleux-epicure-par-philippe-sollers.html

Vous prononcez le mot « épicurien », et aussitôt un mur de clichés et de préjugés s’interpose. Par définition, un « épicurien » est un individu sensuel grossier, une sorte de notable bourgeois de province qui ne pense qu’à manger, boire et baiser. Ce matérialiste borné est incapable de voir plus loin que son propre corps. Il faut croire que la philosophie d’Épicure (IIIe siècle avant notre ère) a fait, et fait encore, l’effet d’une bombe atomique dont il faut à tout prix se protéger. Un penseur profond dans un « Jardin » ? Quelqu’un qui vous dévoile, en toute sérénité, la nature des choses ? Qui accepte près de lui n’importe qui sans tenir compte de ses origines sociales ? Qui va même jusqu’à s’entourer de femmes ? Horreur. Lisez, et vous comprendrez pourquoi tous les systèmes de pensée tant vénérés, comme tous les pouvoirs, ont de sérieuses raisons de discréditer cette vision prophétique. Épicure, Lucrèce, deux noms qu’il vaut mieux éviter.

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Epicure DR Nouvel Obs

Personne n’a été plus injurié et censuré qu’Épicure (mais Platon brûlait déjà les livres de Démocrite, son prédécesseur). Ces atomes qui tombent éternellement dans le vide sont abominables. Pire : un petit saut de côté sans cause (le « clinamen »), et voilà l’origine de tout ce qui existe, vous compris. Pas de Dieu créateur, donc, pas de Big-Bang Father, pas de Jugement dernier, aucun au-delà. Nihilisme? Pas du tout, glorification de la vie et de la sensation, négation de la mort, apologie du plaisir. Penser et sentir sont une même substance, ce qui explique d’ailleurs que ceux qui ne sentent pas grand-chose pensent peu. Athéisme ? Mais non, il y a bel et bien des dieux, mais ils vivent, indestructibles et bienheureux, dans des « intermondes ». Ils ne s’occupent pas des humains, mais les mortels peuvent arriver, par la pensée, jusqu’à eux. Cet Épicure se prend donc pour un dieu? Il va jusqu’à soutenir cette fanfaronnade, cette insupportable rodomontade? Écoutez-le, il va décidément très mal : « Souviens-toi que, tout en ayant une nature mortelle et disposant d’un temps limité, tu t’es élevé, grâce aux raisonnements sur la nature, jusqu’à l’illimité et l’éternité, et que tu as observé ce qui est, ce qui sera et ce qui a été. »

Ici, les philosophes se déchaînent: Épicure (dont nous ne connaissons l’œuvre qu’en partie) est scandaleux, ignare, débauché, voleur, menteur, immoral, bâfreur, dépensier, plagiaire, habitué des prostituées, mégalomane. Le christianisme ira jusqu’à le traiter de porc, ce qui est tout à son honneur. « Les pourceaux d’Épicure » reste une formule célèbre. Diogène Laërce, dans ses Vies et doctrines des philosophes illustres, grâce à qui nous lisons ce grand dérangeur, rapporte ces insultes, et conclut sobrement : « Voilà ce que des écrivains ont osé dire d’Épicure, mais tous ces gens-là sont des fous. »

Les fous, apparemment normaux mais totalitaires en puissance, veulent que nous soyons soumis à la peur de la mort. Or : « Habitue-toi à penser que la mort n’est rien pour nous, puisque le bien et le mal n’existent que dans la sensation. D’où il suit qu’une connaissance exacte de ce fait que la mort n’est rien pour nous nous permet de jouir de cette vie mortelle, en évitant d’y ajouter une idée de durée éternelle et en nous enlevant le regret de l’immortalité. Car il n’y a rien de redoutable dans la vie pour qui a compris qu’il n’y a rien de redoutable dans le fait de ne plus vivre. Celui qui déclare craindre la mort non pas parce qu’une fois venue elle est redoutable, mais parce qu’il est redoutable de l’attendre est donc un sot. » Plus net : « La nécessité est un mal, mais il n’y a aucune nécessité de vivre avec la nécessité. »

La grande chance d’Épicure est d’avoir suscité un poète de génie : Lucrèce, et son De natura rerum. Là encore, que d’histoires ! Saint Jérôme nous assure qu’il est devenu fou sous l’effet d’un philtre d’amour, et qu’il s’est suicidé à l’âge de 43 ans. C’était fatal : Lucrèce fait d’Épicure le vainqueur de la religion, cette surveillance du haut du ciel, cette fausse tête « horrible » qui ne peut qu’entraîner des crimes. Il dédie ses vers à Vénus, « plaisir des hommes et des dieux ». Son charme agit partout, dans les fleurs, le rire de la mer, les oiseaux, la musique, « les semences innombrables dans l’univers profond». Épicure a, le premier, brisé les verrous serrés des portes de la nature, et « a parcouru le tout immense par l’âme et par l’esprit ». C’est donc le libérateur par excellence, un vrai dieu, incompatible avec une petite monnaie « hédoniste ». Lucrèce dit et redit son enthousiasme, tout en déroulant les lois qui règlent tous les phénomènes, des astres à l’ouïe ou à la vue. Il finira, sans trembler, par décrire la peste d’Athènes, les ravages de la maladie, l’amoncellement public des cadavres : «Alors la religion des dieux et leur puissance n’étaient pas d’un grand poids. Car la douleur présente dépassait tout. » La connaissance du plaisir n’est rien s’il n’y a pas, aussi, une connaissance de la douleur. Mais voici le quadruple remède : rien à craindre de la divinité, rien à redouter de la mort, on peut atteindre le bonheur, on peut supporter la douleur. Si la douleur est trop vive, la mort y met fin, et, de toute façon, la porte du suicide est ouverte.

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Lucrèce DR Nouvel Obs

Lucrèce a des accents inouïs, sa certitude est entière (on retrouve cette même fièvre chez Dante ou Lautréamont) : « Je marche là où personne n’a jamais marché, joie d’approcher aux sources inviolées, joie de cueillir des fleurs neuves pour en faire ma couronne. » Épicure a fait jaillir la lumière des ténèbres, c’est le découvreur du monde, ses écrits sont «des paroles d’or», grâce à elles, les terreurs de l’âme s’enfuient. « Je vois à travers le vide tout entier s’accomplir les choses. »La puissance des dieux apparaît dans les forces du temps immense, apparaissent aussi les «séjours de paix». Cette grande paix de la vraie pensée, au milieu des tourbillons et dans l’oeil des cyclones, est finalement un mystère éprouvé.

Malgré la censure, Épicure et Lucrèce ont pénétré dans l’Histoire. On les retrouve, plus ou moins sous le manteau, à la Renaissance. Il suffit ensuite de citer les noms de Montaigne, de Molière (qui aurait traduit le De natura), de Sade et, logique, du jeune Marx. Épicure aujourd’hui, sur une planète envahie par le contrôle constant des simulacres ? On peut penser qu’il serait un spectateur impassible devant ce déluge d’images et qu’il ferait même un pacte faustien méprisant, en connaissance de cause, avec l’illusion. Par-delà le bien et le mal, donc, comme Nietzsche, grand admirateur d’Épicure. Qu’est-ce que Généalogie de la morale sinon un acte suprême d’affranchissement ? Le Spectacle n’est rien, il n’y a pas lieu de s’en indigner le moins du monde. Restons maintenant avec La Fontaine, dans ce fervent hommage à Épicure : « Volupté, volupté, qui fut jadis maîtresse / Du plus bel esprit de la Grèce, / Ne me dédaigne pas, viens-t’en loger chez moi, / Tu n’y seras pas sans emploi. »

Philippe Sollers, Le Nouvel Observateur n°2398 du 21 octobre 2010

Site de Philippe Sollers : http://www.philippesollers.net/

Philosophie – «Tel un dieu parmi les hommes…»

Les épicuriens entrent dans la Bibliothèque de la Pléiade

Article de Georges Leroux paru dans le Devoir, le 26 février 2011

http://www.ledevoir.com/culture/livres/317620/philosophie-tel-un-dieu-parmi-les-hommes

La collection de la Pléiade répare aujourd’hui une injustice : les écrits des philosophes stoïciens y figurent depuis 1962, dans une édition dirigée par Pierre-Maxime Schuhl, à côté des présocratiques, dans la belle édition de Jean-Paul Dumont et des dialogues de Platon dans la traduction de Léon Robin, mais ni Aristote ni Plotin n’y sont encore. On peut donc se réjouir d’y trouver maintenant les épicuriens.

À ceux qui seraient tentés de croire que les textes de cette école se réduisent à quelques lettres et maximes, cette édition apporte un superbe démenti: les responsables de la publication, Daniel Delattre et Jackie Pigeaud, n’ont ménagé aucun effort pour tout rassembler, retraduire, présenter, annoter, et tout semble frais comme au premier jour.

Le résultat impressionne, qu’on en juge: les écrits doxographiques côtoient les textes transmis directement, de sorte qu’on peut lire aussi bien le livre X des Vies et doctrines de Diogène Laërce, à qui on doit d’avoir les trois lettres (à Hérodote, à Pythoclès, à Ménécée), et les Maximes capitales que les Sentences vaticanes, un recueil découvert à l’époque moderne dans un manuscrit du Vatican.

La grande nouveauté de cette édition est l’assemblage des textes anciens, comme ce fragment de son traité De la nature sur la piété ou les fragments doxographiques de Métrodore ou Hermarque. Ce premier morceau, joliment intitulé par les éditeurs «Le jardin d’Épicure», est suivi par un important recueil de textes du moyen épicurisme, une tradition qui va du second au premier siècle avant Jésus-Christ. La pièce de résistance est ici le poème de Lucrèce La nature des choses (De natura rerum), dans une magnifique traduction de Jackie Pigeaud: hommage au maître aimé, mais surtout hymne lyrique au cosmos, ce texte retrouve ici son rythme somptueux et presque une jeunesse oubliée. Il est suivi par le corpus de Philodème, cher aux logiciens: on y trouve tout, des fragments sur la mort et les poèmes au traité sur la musique.

Tradition romaine

Est-ce vraiment tout ? Non, les éditeurs ont étendu leur générosité à la tradition romaine, incluant une riche section sur le dernier épicurisme, celui que nous font connaître Plutarque, Galien, Sextus Empiricus. Chacun à sa manière, dans le pour et le contre, témoigne de la vitalité de l’école du Jardin.

Mais cela ne saurait être complet sans ce chef-d’oeuvre inusité que sont les fragments de Diogène d’Oenanda, présentés et traduits ici par Pierre-Marie Morel. Ce qu’on sait de ce disciple tardif ne nous permet pas vraiment de l’identifier, mais la vénération du maître dont il témoigne montre que, jusque tard dans l’Empire, la réputation d’Épicure demeurait sans tache. Chose stupéfiante, Diogène d’Oenanda fit graver sur un mur de près de quatre mètres de haut l’ensemble de ses lectures et de son interprétation. Hélas détruit dès l’Antiquité, ce mur ne saurait être reconstitué avec précision, mais environ le quart des inscriptions a pu être restauré par une équipe de l’École française d’Athènes! Un exploit sans précédent, encore inachevé puisqu’on ne cesse de retrouver des morceaux.

Les modernes ont lié le nom d’Épicure à la recherche de la jouissance, mais rien n’est moins épicurien que les délices qu’on imagine sous ce nom. Le maître avait certes présenté une doctrine des plaisirs, mais d’abord pour disqualifier ceux qui sont vains et inutiles et proposer ensuite une sagesse fondée sur un idéal de sérénité et de détachement. Sa physique met en question les fondements matériels de la liberté, qu’Épicure souhaitait protéger, et elle débouche sur une éthique d’une extraordinaire rigueur.

Au coeur de cet édifice complexe, on trouve une doctrine de l’amitié et de la communauté morale qui n’a pas d’équivalent dans la tradition philosophique: adopter le mode de vie philosophique, c’était non seulement se consacrer à la méditation sur les lois universelles de la nature, comme Lucrèce ne cesse de le rappeler, mais inscrire sa vie dans un réseau de soutien et d’amour (comment traduire autrement cet idéal de la philia?). C’est ce lien, de tous le plus précieux, qui rend possible pour le philosophe une communion avec la nature: «L’amitié danse autour du monde, nous ordonnant à tous, comme un héraut, de nous éveiller à ce qui constitue la béatitude» (Sentences vaticanes, 52).

Le matérialisme d’Épicure a fait le sujet de la thèse de doctorat de Marx, qui avait entrepris de le comparer à celui de Démocrite : qu’on soit le partisan de l’un ou de l’autre, l’important demeure dans la pensée épicurienne la priorité de la contemplation de l’univers matériel, seule source de la sérénité. Cicéron, qu’on retrouvera également ici, ne savait trop comment juger les dieux d’Épicure, ces êtres lointains, matériels et indifférents, mais il avait reconnu la force de cette théologie qui désamorçait la crainte et invitait d’abord à la piété. Tout cela, on le lira dans ce volume admirable, qui une fois encore nous fait saluer le travail des équipes de savants réunies par la collection.

Pour se procurer le volume « Les Epicuriens » dans la Bibliothèque de la Pléiade

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Les manuscrits du père du situationnisme entrent à la Bibliothèque Nationale de France

Posted by Hervé Moine sur 25 février 2011

Les collections du département des manuscrits de la BnF s’enrichissent de ceux de Guy Debord (1931-1994) du père fondateur du situationnisme et auteur de la célèbre « Société du Spectacle » apprend-t-on dans un communiqué de l’AFP du 24 février 2011.

Une exceptionnelle acquisition

Ces précieuses archives, classés depuis plus de deux ans « trésor national » comportent toutes les versions de ses écrits et de ses films, sa correspondance, ses papiers personnels, dossiers de presse et éditoriaux, des carnets et fiches de lecture, les notes préparatoires à ses œuvres cinématographiques ainsi que des archives photographiques, des objets personnels et sa bibliothèque. En outre, elles comprennent également des documents de travail de l’Internationale situationniste, des coupures de presse et des publications de groupes d’avant-garde politique ou artistique contemporains de l’auteur.

Benoît Forgeot, le libraire parisien qui avait inventorié les archives disait  que « cet ensemble exceptionnel regroupe tous les manuscrits de Guy Debord, à commencer par celui de La Société du spectacle, une collection incroyable de notes de lectures sur des fiches bristol classées par thème, deux cahiers assez émouvants dans lesquels il a noté ses rêves, tout ce qui concerne le Jeu de la guerre, avec un des cinq exemplaires du jeu, le manuscrit de son dernier projet de livre, toutes ses notes concernant le cinéma, de très gros dossiers concernant l’édition, et l’ensemble de sa correspondance. » Il apparaît assez rare de pouvoir disposer ainsi d’archives aussi complètes. Et Benoît Forgeot d’ajouter qu' »En volume, la partie la plus importante, et la plus intéressante, touche au cinéma (brouillons, idées, scénarios, notes de montage). Les fiches de lecture composent à elles seules un livre inédit. »

Si les archives du père du surréalisme, André Breton n’ont pu résister au « saucissonnage » dont elles furent hélas victimes, celles du père du situationnisme n’ont pas reçu le même sort, et, la préservation de l’intégrité du fonds est due à Mme veuve Alice Debord.

On comprendra dès lors très aisément les propos du Président de la BnF, Bruno Racine à propos de cette bien belle acquisition : « Nous nous réjouissons d’accueillir au sein des collections patrimoniales un penseur dont l’œuvre théorique et poétique a profondément influencé le dernier demi-siècle. La générosité de nos mécènes et le soutien du ministère de la Culture nous permettent de faire aujourd’hui cette exceptionnelle acquisition ».

La Bnf en concurrence avec l’Université de Yale

Pour l’histoire disons que ces archives conservées et mises en ordre par Guy Debord lui-même, avaient fait l’objet d’un avis d’appel au mécénat d’entreprise par le ministère de la Culture pour devenir la propriété de notre Bibliothèque nationale alors que depuis 2009, était en cours, une demande d’exportation vers l’Université américaine de Yale désireuse de s’en porter acquéreur. Le trésor ira vers le plus offrant.

« Ces archives [qui] témoigne, par leur richesse, leur diversité artistique et leur quasi exhaustivité, du travail de l’auteur et de son insertion dans l’intense activité artistique et politique de son époque » selon Bruno Racine sont désormais propriété de la Bnf.

Guy Debord 1931-1994

Guy Debord, le révolutionnaire qui envisageait le monde comme spectacle

Guy Debord né en 1931 est un autodidacte. Sa culture n’a cependant rien à envier aux universitaires. Il fut poète, cinéaste, philosophe, essayiste, théoricien de la société et du pouvoir. En accord avec ses idées révolutionnaires, – il a joué un rôle majeur dans la révolution étudiante et ouvrière de mai 1968 -, il a vécu en marge de la société. Il refusait de se soumettre aux conditions de vie imposées par ce qu’il appelait « la société spectaculaire ».

Guy Debord fonde et anime successivement l’Internationale lettriste de 1952 à 1957 puis l’Internationale situationniste de 1957 à 1972.

Pour évoquer son œuvre, on ne peut pas ne pas commencer par évoquer la plus célèbre et la plus édifiante, paru en 1967, « La société du spectacle » œuvre dans laquelle il a conceptualisé la notion de spectacle, et qui s’érige comme une critique intransigeante des conditions modernes d’existences engendrées par le capitalisme : la consommation, les loisirs, la publicité, l’urbanisme, etc. Dans son œuvre maîtresse, ses théories se doublent de pratiques visant à la construction de situations, dont le fin annoncée est la mise en échec de tout ce qui s’interpose entre l’homme et sa vie. Il publiera en 1988, les commentaires sur la société du spectacle.

Citons entre autres parmi ses ouvrages l’Internationale situationniste, revue qu’il fonde en 1958, In girum imus nocte et consumimur igni en 1977, les Panégyrique en 1989.

« Guy Debord s’est donné la mort le 30 novembre 1994. En France, où il vivait, toute la presse a parlé de ce suicide car Debord, bien qu’il ait toujours limité ses apparitions publiques, était un person­nage connu. » Revue internationale  2006

La pensée originale de Guy Debord a largement influencé des penseurs par son approche de la société actuelle et l’opinion publique par son concept de spectacle.

Hervé Moine, ActuPhilo

Les archives de Guy Debord à la BnF

Article du Magazine Littéraire du 23 février 2011

Les documents relatifs à l’œuvre du philosophe situationniste ont failli partir pour les États-Unis. Elles entrent cette année à la Bibliothèque nationale de France.

Ceci conclut un feuilleton international à multiples rebondissements. Longtemps (jusqu’au début de l’année 2009) l’université américaine de Yale a souhaité acquérir les archives de Guy Debord (1931-1994) afin qu’elles rejoignent son centre de recherche sur les avant-gardes. Alice Debord, veuve de l’écrivain détentrice des droits moraux de son oeuvre, considérait alors très sérieusement l’éventualité de les faire exporter : pour elle, ces documents devaient être conservés en un seul lieu, à disposition des chercheurs. Après classification de ces archives comme «trésor national», l’exportation avait été refusée par le Ministère de la culture par arrêté du 29 janvier 2009. L’État disposait alors d’un délai de trente mois pour parvenir à un accord avec Alice Debord et acquérir le fonds. C’est à présent chose faite.

Dans un communiqué du 24 février 2011, le président de la Bibliothèque nationale de France, Bruno Racine, se réjouit d’accueillir «au sein des collections patrimoniales un penseur dont l’œuvre théorique et poétique a profondément influencé le dernier demi-siècle». Ces archives comprennent la quasi-totalité des documents de travail du philosophe, dont le manuscrit de La Société du spectacle (texte critique des conditions d’existence engendrées par le capitalisme moderne et fondateur de l’Internationale situationniste), toutes les versions de ses écrits et de ses films, une importante correspondance, des papiers personnels, des fiches de lectures et des archives photographiques témoins des activités engagées de l’auteur.

Guy Debord

Oeuvres

Quarto Gallimard

Présentation de l’éditeur

Ce volume, présenté dans l’ordre chronologique, contient : Tous les livres de Guy Debord : Rapport sur la construction des situations, Mémoires, La Société du spectacle, La Véritable Scission dans l’Internationale, Préface à la quatrième édition italienne de  » La Société du spectacle « , Considérations sur l’assassinat de Gérard Lebovici, Commentaires sur la société du spectacle, Panégyrique tome premier et second, In girum imus nocte et consumimur igni, édition critique,  » Cette mauvaise réputation… « , Des contrats.

Des tracts, manifestes et textes introuvables ou inédits : Manifeste pour une construction de situations, 1e partie chronologique de la conférence Histoire de l’Internationale lettriste, Projet pour un labyrinthe éducatif, Ecologie, psycho-géographie et transformation du milieu humain, Projet d’une anthologie de la revue  » Internationale situationniste « , etc. Des textes extraits des revues : Internationale lettriste, La Carte d’après nature, Potlatch, Les Lèvres nues, Internationale situationniste.

Les scénarios de ses films : Hurlements en faveur de Sade, Sur le passage de quelques personnes à travers une assez courte unité de temps, Critique de la séparation, La Société du spectacle, Réfutation de tous les jugements, tant élogieux qu’hostiles, qui ont été jusqu’ici portés sur le film  » La Société du spectacle « , In girum i mus nocte et consumimur igni, Guy Debord, son art et son temps. Des traductions, un choix de lettres et de nombreux documents iconographiques rares ou inconnus.

Pour se procurer le volume contenant les Oeuvres de Guy Debord

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Guy Debord

La Société du Spectacle

Folio

Quatrième de couverture

Guy Debord (1931-1994) a suivi dans sa vie, jusqu’à la mort qu’il s’est choisie, une seule règle. Celle-là même qu’il résume dans l’Avertissement pour la troisième édition française de son livre La Société du Spectacle« Il faut lire ce livre en considérant qu’il a été sciemment écrit dans l’intention de nuire à la société spectaculaire. Il n’a jamais rien dit d’outrancier. »

Pour se procurer l’ouvrage de Guy Debord « La société du spectacle »

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L’essence du spectacle

Extraits de la Société du Spectacle de Guy Debord

« Toute la vie des sociétés dans lesquelles règnent les conditions modernes de production s’annonce comme une immense accumulation de spectacles. Tout ce qui était directement vécu s’est éloigné dans une représentation. (…)

Le spectacle, compris dans sa totalité, est à la fois le résultat et le projet du mode de production existant. Il n’est pas un supplément au monde réel, sa décoration surajoutée. Il est le coeur de l’irréalisme de la société réelle. Sous toute ses formes particulières, information ou propagande, publicité ou consommation directe de divertissements, le spectacle constitue le modèle présent de la vie socialement dominante. Il est l’affirmation omniprésente du choix déjà fait dans la production, et sa consommation corollaire. Forme et contenu du spectacle sont identiquement la justification totale des conditions et des fins du système existant. Le spectacle est aussi la présence permanente de cette justification, en tant qu’occupation de la part principale du temps vécu hors de la production moderne. (…)

L’aliénation du spectateur au profit de l’objet contemplé (qui est le résultat de sa propre activité inconsciente) s’exprime ainsi : plus il contemple, moins il vit ; plus il accepte de se reconnaître dans les images dominantes du besoin, moins il comprend sa propre existence et son propre désir. L’extériorité du spectacle par rapport à l’homme agissant apparaît en ce que ses propres gestes ne sont plus à lui, mais à un autre qui les lui représentent. C’est pourquoi le spectateur ne se sent chez lui nulle part, car le spectacle est partout. »

Dans ces extraits du début de l’ouvrage, Guy Debord pose, sous forme de thèses, les fondements de sa conception du monde actuel. Si le spectacle renvoie évidemment à ce que nous connaissons tous à travers la télévision ou la publicité et les images en générale, il renvoie également à l’ensemble du fonctionnement des sociétés capitalistes actuelles. La question est donc de savoir ce qu’est devenu dans une telle société ? Quels sont les effets sur les individus de ce spectacle ? Selon Guy Debord, les individus sont devenu tout simplement des spectateurs qui se contente de contempler des images de la vie au lieu de la vivre vraiment. En effet, selon lui, nos sociétés accumulent des représentations d’elles-même, si bien qu’elles forment un spectacle omniprésent et permanent qui aliènent les hommes, ceux-ci se perdant dans une réalité étrangère et se trouvant dépouillés de leur propre existence.

A noter que Guy Debord ouvre son ouvrage par une citation de Feuerbach : « Et sans doute notre temps… préfère l’image à la chose, la copie à l’original, la représentation à la réalité, l’apparence à l’être… Ce qui est sacré pour lui, ce n’est que l’illusion, mais ce qui est profane, c’est la vérité. Mieux, le sacré grandit à ses yeux à mesure que décroît la vérité et que l’illusion croît, si bien que le comble de l’illusion est aussi pour lui le comble du sacré. » (Préface à la deuxième édition de L’Essence du christianisme)

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Aux racines du néolibéralisme

Posted by Hervé Moine sur 24 février 2011

Mardi 1er mars 2011

Alexandre Escudier du Cevipof

« L’homme économique : Essai sur les racines du néolibéralisme » de Christian Laval

La notion de « libéralisme » est plurielle (libéralisme économique, politique, culturel), et cette équivocité terminologique en fait le lieu d’une multiplicité de critiques, récurrentes pour certaines, nouvelles par certains autres aspects. L’histoire du libéralisme ne saurait ainsi s’écrire au singulier. Il y a bien « des » doctrines libérales ainsi que des expériences historiques du libéralisme, non toujours congruentes entre elles. Aussi bien l’histoire des doctrines que l’histoire des expériences socio-politiques doivent-elles être combinées l’une à l’autre dans la longue durée pour être véritablement éclairantes.

C’était l’enjeu des deux années d’enquête écoulées autour des critiques néo-républicaines contemporaines du libéralisme politique que de faire apparaître cette diversité de référents historiques et de critiques normatives induites. Les travaux qui feront suite en 2010-2011 remettront sur le métier la question des « transformations contemporaines » du libéralisme politique, tout en maintenant ouverte la focale quant aux thèmes et aux périodes considérées.

A distance des affections sociales ambiantes, il ne s’agit assurément pas d’accuser « le libéralisme » tout court de tous les maux (économiques, sociaux, politiques, culturels), mais bien de dégager les enjeux et agendas à partir desquels une « transformation » du socle politique libéral (qu’on l’enracine historiquement ou non dans les traditions républicaines) semble aujourd’hui durablement à l’œuvre.

Pour information

  • L’entrée est libre
  • Lieu : Centre de recherches politiques de Sciences-Po (CEVIPOF) 98 rue de l’Université, 75007 Paris (métro : Solférino)
  • Horaires : 17h00-19h00 (entrée libre)
  • Pour de plus amples renseignements sur cette conférence et le programme de celles à venir : http://www.u-paris10.fr/76768167/0/fiche___pagelibre/&RH=1258638513074

Contacts

  • Alexandre Escudier (alexandre.escudier@sciences-po.fr
  • Christophe Miqueu (cmiqueu@yahoo.fr)
  • Didier Ottaviani (didier.ottaviani@wanadoo.fr)
  • Janie Pélabay (janie.pelabay@sciences-po.fr

___________________________

Christian Laval

L’homme économique

Essai sur les racines du néolibéralisme

Gallimard

Présentation de l’éditeur

Le néolibéralisme entend triompher partout dans le monde comme la norme unique d’existence des êtres et des biens.

Il n’est pourtant que la pointe émergée d’une conception anthropologique globale qu’au fil des siècles l’Occident a élaborée. Celle-ci pose que l’univers social est régi par la préférence que chacun s’accorde à lui-même, par l’intérêt qui l’anime à entretenir les relations avec autrui, voire l’utilité qu’il représente pour tous. La définition de l’homme comme « machine à calculer » s’étend bien au-delà de la sphère étroite de l’économie, elle fonde une conception complète, cohérente, de l’homme intéressé, ambitionnant même un temps de régir jusqu’aux formes correctes de la pensée, à l’expression juste du langage, à l’épanouissement droit des corps.

Cette anthropologie utilitariste, fondement spécifique de la morale et de la politique en Occident, fait retour avec le néolibéralisme contemporain sous des formes nouvelles.

En retraçant, dans un vaste tableau d’histoire et de philosophie, les racines du néolibéralisme, Christian Laval donne à voir la forme, le contenu, la nature de la normativité occidentale moderne telle qu’elle s’affirme aujourd’hui dans sa prétention à être la seule vérité sociale, à se poser en seule réalité possible.

L’auteur

Christian Laval est chercheur en histoire de la philosophie et de la sociologie à l’université Paris X Nanterre.

Pour se procurer l’ouvrage de Christian Laval, L’homme économique : Essai sur les racines du néolibéralisme

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Dieu et la science ou Y a-t-il un grand architecte dans l’univers ?

Posted by Hervé Moine sur 23 février 2011

Stephen Hawking

et Leonard Mlodinow

Y a-t-il un grand architecte dans l’univers ?

Odile Jacob

 

Présentation de l’éditeur

Pourquoi et comment l’Univers a-t-il commencé ? Pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien ? Quelle est la nature de la réalité ? Comment expliquer que les lois naturelles soient aussi finement ajustées ? Et nous, pourquoi donc existons-nous ?

Longtemps réservées aux philosophes et aux théologiens, ces interrogations relèvent désormais aussi de la science. C’est ce que montrent ici avec brio et simplicité Stephen Hawking et Leonard Mlodinow, s’appuyant sur les découvertes et les théories les plus récentes, qui ébranlent nos croyances les plus anciennes.

Pour eux, inutile d’imaginer un plan, un dessein, un créateur derrière la nature. La science explique bel et bien à elle seule les mystères de l’Univers.

Des réponses nouvelles aux questions les plus élémentaires : lumineux et provocateur !

Le premier ouvrage important de Stephen Hawking depuis dix ans.

Stephen Hawking a écrit Y a-t-il un grand architecte dans l’univers ? avec Leonard Mlodinow qui est physicien au California Institute of Technology.

 

Au sommaire de Y a-t-il un grand architecte dans l’univers ?

– Le Mystère de l’existence

– Le règne de la loi

– Qu’est-ce que la réalité ?

– Des histoires alternatives

– La théorie du Tout

– Choisissons notre Univers

– Le miracle apparent

– Le grand Dessein

    L’auteur

    Fils du Dr Frank Hawking, un chercheur biologiste, et d’Isobel Hawking, une activiste politique, Stephen Hawking est né le 8 janvier 1942.

    Stephen Hawking est actuellement professeur à l’Université de Cambridge.

    Il est l’auteur d’ « Une brève histoire du temps« , de « Trous noirs et Bébés univers » et de « l’Univers dans une coquille de noix« .

    Les principaux domaines de recherches de Hawking sont la cosmologie et la gravité quantique.

    « À la fin des années 1960, lui et son ami et collègue de Cambridge, Roger Penrose, ont appliqué un nouveau modèle mathématique complexe, qu’ils ont créé à partir de la théorie d’Albert Einstein sur la relativité générale. Cela a conduit Hawking à prouver en 1970 le premier de nombreux théorèmes sur les singularités ; tels les théorèmes capables de fournir un ensemble de conditions suffisantes à l’existence d’une singularité dans l’espace-temps. Ce travail a montré que, loin d’être une curiosité mathématique qui ne figure que dans des cas particuliers, les singularités sont assez génériques dans la relativité générale. » source wikipedia

    Se procurer l’ouvrage de Stephen Hawking et de Leonard Mlodinow Y a-t-il un grand architecte dans l’univers ?

     

    Dieu et la science

    Article de Christian Doré à propos de la sortie du livre de Stephen Hawking Y a-t-il un grand architecte dans l’univers ? paru dans le Figaro le 18 février 2011

    http://www.lefigaro.fr/sciences/2011/02/19/01008-20110219ARTFIG00010-dieu-et-la-science.php

    Y a-t-il un grand architecte dans l’Univers ? Non, répond le célèbre astrophysicien Stephen Hawking dans un livre événement (Odile Jacob) dont Le Figaro Magazine publie des extraits en exclusivité. Une théorie très contestée. Scientifiques, philosophes et croyants lui répondent.

    Pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien?» La question du philosophe et mathématicien Gottfried Wilhelm Leibniz fera l’actualité dès jeudi prochain avec la sortie en France du dernier livre de l’astrophysicien Stephen Hawking, Y a-t-il un grand architecte dans l’Univers? (Odile Jacob).

    Ce retour sur le devant de la scène d’une interrogation métaphysique remontant au XVIIe siècle peut paraître surprenant. Au-delà d’élever le débat face à nos tracasseries quotidiennes, la fin des soldes ou le casting de la saison 2 de «Masterchef» (TF1), la question s’inscrit dans une tendance qui se fait jour dans la communauté scientifique.

    Stephen Hawking a aujourd’hui une double conviction. Les chercheurs doivent non seulement répondre à la question «Comment l’Univers évolue?» mais aussi à celle-ci: «Pourquoi il y a un Univers?» Il n’est pas le seul à penser ainsi.

    Le pacte qui voulait que les sciences répondent au «comment», laissant les religions régler le problème du «pourquoi», n’aurait plus de raison d’être tant la recherche se frotte aujourd’hui à l’essence même de notre monde. La frontière longtemps respectée est en train de céder en laissant sur le bas-côté les philosophes. Dès le deuxième paragraphe de son introduction, Stephen Hawking leur règle leur compte: «La philosophie est morte, faute d’avoir réussi à suivre les développements de la science moderne, en particulier de la physique»… «Donc… Ça c’est fait!» diraient des ados. Mais le célèbre astrophysicien britannique qui occupe à Cambridge la chaire historique d’Isaac Newton n’en reste pas là. «C’est à la question ultime de la vie, de l’Univers et de Tout, à laquelle nous essaierons de répondre dans cet ouvrage», résume-t-il. On se doutait qu’Hawking n’avait pas pris la plume pour expliciter l’art difficile de trier son linge avant lavage, mais l’entreprise est pour le moins ambitieuse.

    Lors de sa parution dans sa version anglaise (The Grand Design), l’ouvrage a provoqué une levée de boucliers impressionnante. Archevêques anglicans et grand rabbin, évêque catholique ou imam, mais aussi athées intègres lui sont tombés dessus à propos raccourcis. «La physique ne peut pas répondre à elle seule à la question « Pourquoi il y a quelque chose plutôt que rien »», reprochent certains au cosmologiste cloué par une maladie dégénérative dans un fauteuil roulant depuis ses années universitaires. «Le discours métaphysique vers lequel glisse Hawking n’est pas sérieusement étayé», critiquent d’autres.

    Ses collègues astrophysiciens ne l’épargnent pas non plus. Selon eux, Hawking n’apporte pas de choses nouvelles par rapport à l’un des plus grands succès de la littérature scientifique, Une brève histoire du temps, ouvrage de vulgarisation qu’il a publié en 1989. Voire, il se contredit.

    Il n’empêche, en donnant une réponse intellectuellement séduisante à la création du monde, le livre de Stephen Hawking trouve une résonance toute particulière sur cette éternelle question qui oppose Dieu et les sciences. Selon lui, l’Univers – ou plutôt les Univers – n’ont pas besoin de créateur puisque les lois de la gravitation et celles de la physique quantique fournissent un modèle d’Univers qui se créent eux-mêmes. Cette théorie, appelée M-Théorie, présente tout de même un défaut majeur : elle reste à prouver, ce que reconnaît Stephen Hawking. Autre nuance: elle n’est pas la seule théorie aujourd’hui défendue par les cosmologistes sérieux.

    Dans son Discours sur l’origine de l’Univers (Flammarion), le physicien Etienne Klein rappelle que, à bien les examiner, «les perspectives que nous offre la cosmologie contemporaine sont plus vertigineuses que ce que nous avons imaginé». Il raconte aussi cette anecdote selon laquelle le pape Jean-Paul II, en recevant Stephen Hawking au Vatican, lui aurait déclaré: «Nous sommes bien d’accord, monsieur l’astrophysicien. Ce qu’il y a après le big bang c’est pour vous, et ce qu’il y a avant, c’est pour nous.» C’était sans doute oublier que la curiosité des hommes est sans limite. Dieu n’est dorénavant plus tabou chez les scientifiques, qu’il s’agisse de l’effacer des possibles ou de prouver son existence. Jean Staune est un grand défenseur de ce débat. Ce catholique, professeur et directeur de la collection «Science et religion» des Presses de la Renaissance, a le sens du slogan et affirme que «Dieu revient très fort!» Loin de tuer l’idée d’un dieu, les sciences modernes et les questions qu’elles soulèvent se confrontent de plus en plus à l’hypothèse d’un grand créateur, affirme-t-il. S’il n’adhère pas aux conclusions de Stephen Hawking, il respecte la démarche du savant.

    Les frères Bogdanov, auteurs du best-seller Le Visage de Dieu, surfent aussi sur cette thématique. Le titre de leur ouvrage, inspiré d’un mot de l’astrophysicien George Smoot (prix Nobel) lorsqu’il découvrit les premières images du fond de l’Univers, est explicite. Ces croyants affirment déceler, dans le rayonnement cosmique et le réglage fin de l’Univers, l’existence d’un créateur. Pour son second volet, cette théorie est en partie empruntée à l’astrophysicien américain Trinh Xuan Thuan. Bouddhiste, il défend l’idée d’un principe créateur se manifestant dans les lois physiques de la nature. Cette vision panthéiste est proche de celle de Spinoza ou d’Einstein. «Je crois au Dieu de Spinoza, qui se révèle dans l’ordre harmonieux de ce qui existe, et non en un dieu qui se préoccupe du sort et des actions des êtres humains», écrivait ce dernier en avril 1929 au rabbin Herbert Goldstein de New York.

    Dans les propos, nous voilà bien loin des principes du père du déterminisme scientifique, Laplace. Celui-ci répondit à Napoléon, qui l’interrogeait sur la question de Dieu et de l’Univers: «Sire, je n’ai pas besoin de cette hypothèse.» S’interdisant de s’interdire, des scientifiques du XXIe siècle lui répondent aujourd’hui: une hypothèse plutôt que rien. Stephen Hawking en fait partie.

    Se procurer l’ouvrage de Stephen Hawking et de Leonard Mlodinow Y a-t-il un grand architecte dans l’univers ?

    Extraits de Stephen Hawking et de Leonard Mlodinow Y a-t-il un grand architecte dans l’univers ?

     

    L’Univers n’a pas besoin de Dieu pour exister

    Extraits choisis par Christophe Doré, article paru dans le Figaro le 18 février 2011

    http://www.lefigaro.fr/sciences/2011/02/19/01008-20110219ARTFIG00001-l-univers-n-a-pas-besoin-de-dieu-pour-exister.php

    Stephen Hawking défend l’idée d’une théorie justifiant une création spontanée de l’Univers.

    Nous ne vivons chacun que pendant un bref laps de temps au cours duquel nous ne visitons qu’une infime partie de l’Univers. Mais la curiosité, qui est le propre de l’homme, nous pousse à sans cesse nous interroger, en quête permanente de réponses. Prisonniers de ce vaste monde tour à tour accueillant ou cruel, les hommes se sont toujours tournés vers les cieux pour poser quantité de questions : comment comprendre le monde dans lequel nous vivons? Comment se comporte l’Univers ? Quelle est la nature de la réalité? D’où venons-nous? L’Univers a-t-il eu besoin d’un créateur? Même si ces questions ne nous taraudent pas en permanence, elles viennent hanter chacun d’entre nous à un moment ou un autre.

    Ces questions sont traditionnellement du ressort de la philosophie. Mais la philosophie est morte, faute d’avoir réussi à suivre les développements de la science moderne, en particulier de la physique. Ce sont les scientifiques qui ont repris le flambeau dans notre quête du savoir. Cet ouvrage a pour but de présenter les réponses que nous suggèrent leurs découvertes récentes et leurs avancées théoriques. L’image qu’elles nous dessinent de l’Univers et de notre place dans ce dernier a radicalement changé ces dix ou vingt dernières années, même si ses premières esquisses remontent à près d’un siècle.

    Dans la conception classique de l’Univers, les objets se déplacent selon une évolution et des trajectoires bien définies si bien que l’on peut, à chaque instant, spécifier avec précision leur position. Même si cette conception suffit pour nos besoins courants, on a découvert, dans les années 1920, que cette image «classique» ne permettait pas de rendre compte des comportements en apparence étranges qu’on pouvait observer à l’échelle atomique ou subatomique. Il était donc nécessaire d’adopter un cadre nouveau: la physique quantique. Les prédictions des théories quantiques se sont révélées remarquablement exactes à ces échelles, tout en permettant de retrouver les anciennes théories classiques à l’échelle du monde macroscopique usuel. Pourtant, les physiques quantique et classique reposent sur des conceptions radicalement différentes de la réalité physique.

    Le libre arbitre

    C’est à Laplace (1749-1827) que l’on attribue le plus souvent la préformulation claire du déterminisme scientifique : si l’on connaît l’état de l’Univers à un instant donné, alors son futur et son passé sont entièrement déterminés par les lois physiques. Cela exclut toute possibilité de miracle ou d’intervention divine. C’est, en fait, le fondement de toute la science moderne et l’un des principes essentiels qui sous-tendent cet ouvrage. Une loi scientifique n’en est pas une si elle vaut seulement en l’absence d’une intervention divine. On rapporte que Napoléon, ayant demandé à Laplace quelle était la place de Dieu dans son schéma du monde, reçut cette réponse: «Sire, je n’ai pas besoin de cette hypothèse.»

    Les hommes vivant dans l’Univers et interagissant avec les autres objets qui s’y trouvent, le déterminisme scientifique doit également s’appliquer à eux. Nombreux sont cependant ceux qui, tout en admettant que le déterminisme scientifique régit les processus physiques, voudraient faire une exception pour le comportement humain en raison de l’existence supposée du libre arbitre. Ainsi Descartes, afin de préserver ce libre arbitre, affirmait-il que l’esprit humain différait du monde physique et n’obéissait pas à ses lois. Selon lui, toute personne était composée de deux ingrédients, un corps et une âme. Tandis que les corps n’étaient rien d’autre que des machines ordinaires, les âmes échappaient, elles, à la loi scientifique. Descartes, féru d’anatomie et de physiologie, tenait un petit organe situé au centre du cerveau, la glande pinéale, pour le siège de l’âme. Selon lui, toutes nos pensées prenaient naissance dans cette glande qui était la source de notre libre arbitre.

    Les hommes possèdent-ils un libre arbitre ? Si c’est le cas, à quel moment est-il apparu dans l’arbre de l’évolution? Les algues vertes ou les bactéries en possèdent-elles ou bien leur comportement est-il automatique, entièrement gouverné par les lois scientifiques ? Ce libre arbitre est-il l’apanage des seuls organismes multicellulaires ou bien des seuls mammifères? On peut croire que le chimpanzé fait preuve de libre arbitre lorsqu’il choisit d’attraper une banane, ou encore le chat quand il lacère votre divan, mais qu’en est-il du ver nématode Caenorhabditis elegans, créature rudimentaire composée de 959 cellules ? (…)

    Bien que nous pensions décider de nos actions, notre connaissance des fondements moléculaires de la biologie nous montre que les processus biologiques sont également gouvernés par les lois de la physique et de la chimie, et qu’ils sont par conséquent aussi déterminés que les orbites des planètes. Des expériences menées récemment en neurosciences viennent nous conforter dans l’idée que c’est bien notre cerveau physique qui détermine nos actions en se conformant aux lois scientifiques connues, et non quelque mystérieuse instance qui serait capable de s’en affranchir. Une étude réalisée sur des patients opérés du cerveau en restant conscients a ainsi pu montrer qu’on peut susciter chez ceux-ci le désir de bouger une main, un bras ou un pied, ou encore celui de remuer les lèvres et de parler. Il est difficile d’imaginer quel peut être notre libre arbitre si notre comportement est déterminé par les lois physiques. Il semble donc que nous ne soyons que des machines biologiques et que notre libre arbitre ne soit qu’une illusion.

    La théorie ultime du Tout

    On peut formuler les théories quantiques de bien des façons, mais celui qui en a donné la description la plus intuitive est sans doute Richard (Dick) Feynman, personnage haut en couleur qui travaillait au California Institute of Technology le jour et jouait du bongo dans une boîte à strip-tease la nuit. D’après lui, un système n’a pas une histoire unique, mais toutes les histoires possibles. Pour tenter de répondre aux questions formulées plus haut, nous expliciterons l’approche de Feynman et nous l’utiliserons afin d’explorer l’idée selon laquelle l’Univers lui-même n’a pas une seule et unique histoire ni même une existence indépendante. Elle peut sembler radicale même pour nombre de physiciens et, de fait, elle va, comme beaucoup de notions courantes aujourd’hui en science, à l’encontre du sens commun. (…)

    On dispose aujourd’hui d’une prétendante au titre de théorie ultime du Tout, si elle existe. Baptisée «M-Théorie», elle peut apporter des réponses à la question de la création. Pour elle, non seulement notre Univers n’est pas unique, mais de nombreux autres ont été créés à partir du néant, sans que leur création ne requière l’intervention d’un être surnaturel ou divin. Ces Univers multiples dérivent de façon naturelle des lois de la physique. Ils représentent une prédiction scientifique. Chaque Univers a de nombreuses histoires possibles et peut occuper un grand nombre d’états différents longtemps après sa création, même aujourd’hui. Cependant, la majorité de ces états ne ressemblent en rien à l’Univers que nous connaissons et ne peuvent contenir de forme de vie. Seule une poignée d’entre eux permettraient à des créatures semblables à nous d’exister. Ainsi, notre simple présence sélectionne dans tout l’éventail de ces Univers seulement ceux qui sont compatibles avec notre existence. Malgré notre taille ridicule et notre insignifiance à l’échelle du cosmos, voilà qui fait de nous en quelque sorte les seigneurs de la création.

    L’origine des temps

    La question de l’origine des temps est en quelque sorte analogue à celle du bord du monde. A l’époque où on pensait que le monde était plat, certains ont dû se demander si la mer tombait en arrivant au bord. L’expérience a permis de répondre à cette question: il était possible de faire le tour du monde sans tomber. La question du bord du monde a en réalité été résolue lorsqu’on a compris que la Terre n’était pas une assiette plate, mais une surface courbée. Le temps, en revanche, nous apparaissait comme une voie de chemin de fer. Si commencement il y avait, il avait bien fallu quelqu’un (autrement dit Dieu) pour lancer les trains. Même après que la relativité générale eut unifié temps et espace en une seule entité appelée espace-temps, le temps continuait de se distinguer de l’espace : soit il avait un commencement, soit il existait depuis toujours. En revanche, dès qu’on incorpore les effets quantiques dans la théorie relativiste, dans certains cas extrêmes la courbure peut être si intense qu’elle amène le temps à se comporter comme une dimension supplémentaire d’espace.

    Dans l’Univers primordial si concentré qu’il était régi à la fois par la relativité générale et la physique quantique coexistaient effectivement quatre dimensions d’espace et aucune de temps. Cela signifie que, lorsque nous parlons de « commencement » de l’Univers, nous éludons habilement un subtil problème: aux premiers instants de l’Univers, le temps tel que nous le connaissons n’existait pas! De fait, nous devons admettre que notre conception familière de l’espace et du temps ne s’applique pas à l’Univers primordial. Cela échappe peut-être à notre entendement ordinaire, mais pas à notre imagination ni à nos mathématiques. Pour autant, si les quatre dimensions se comportent dans cet Univers naissant comme des dimensions d’espace, qu’advient-il du commencement des temps? (…) Lorsqu’on combine relativité générale et physique quantique, la question de ce qu’il y avait avant le commencement de l’Univers perd tout sens. Ce concept consistant à voir les histoires possibles comme des surfaces fermées sans frontière porte le nom de condition sans bord.

    Au cours des siècles, nombreux ont été ceux qui, tel Aristote, ont cru que l’Univers était présent depuis toujours, évitant ainsi d’affronter l’écueil de sa création. D’autres au contraire ont imaginé qu’il avait eu un commencement, utilisant cet argument pour prouver l’existence de Dieu. Comprendre que le temps se comporte comme l’espace permet de proposer une version alternative. Celle-ci, écartant l’objection éculée qui s’oppose à tout commencement de l’Univers, s’en remet aux lois de la physique pour expliquer cette création sans recourir à une quelconque divinité.

    Extraits choisis par Christophe Doré, du Figaro

    Se procurer l’ouvrage de Stephen Hawking et de Leonard Mlodinow Y a-t-il un grand architecte dans l’univers ?


    Un peu de lecture sur Dieu et la Science

    On ne peut pas ne pas remarquer la multiplicité des ouvrages sur la question du débat entre Dieu et la Science aujourd’hui. L’ouvrage de Stephen Hawking et de Leonard Mlodinow Y a-t-il un grand architecte dans l’univers ? nous donne justement d’évoquer les publications sur le sujet. Nous ne citerons que quelques ouvrages parmi bien d’autres. Nous commencerons par le plus ancien, celui de le l’échange entre Jean Guitton et les frères Bogdanov dans Dieu et la science (1991) réédité en format de poche en 2004, les frères Bogdanov ayant dernièrement en 2010 publié un Visage de Dieu. On évoquera un dialogue entre la science et la religion au sujet du créationnisme et du matérialisme que l’on retrouve dans un ouvrage de Bertrand Souchard et de Jean-Michel Maldamé paru également en 2010 Dieu et la science en questions, et, la même année, toujours ce même thème un ouvrage de la philosophe Véronique Le Ru La Science et Dieu La science et Dieu. Enfin dans un échange dans lequel se livrent un philosophe athée André Comte Sponville, un scientifique matérialiste Guillaume Lecointre et un théologien jésuite François Euvé sur la question de Dieu et la science (2011). Cette liste d’ouvrage est loin d’être exhaustive.

    Jean Guitton

    Grichka Bogdanov

    Igor Bogdanov

    Dieu et la science

    Grasset

    Présentation de l’éditeur

    A-t-on le droit, à la fin du XXe siècle, de penser ensemble Dieu et la science ? De dépasser le vieux conflit entre le croyant – pour qui Dieu n’est ni démontrable, ni calculable – et le savant – pour qui Dieu n’est même pas une hypothèse de travail ?

    Tel est, en tout cas, l’enjeu de ce livre qui, de ce fait, s’autorise d’une évidence : aujourd’hui, la science pose des questions qui, jusqu’à une date récente, n’appartenaient qu’à la théologie ou à la métaphysique.

    D’où vient l’univers ? Qu’est-ce que le réel ? Quels sont les rapports entre la conscience et la matière ? Pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien ?

    De ce fait, tout se passe comme si l’immatérialité même d’une transcendance devenait l’un des objets possibles de la physique. Comme si les mystères de la nature relevaient, également, d’un acte de foi. Jean Guitton, Igor et Grichka Bogdanov ont ainsi voulu transformer l’ancien conflit du croyant et du savant en un débat essentiel.

    A travers l’échange de leurs arguments, de leurs interrogations, c’est bien de l’homme et de sa place dans l’univers qu’il est ici question.

    Se procurer l’ouvrage de Jean Guitton Dieu et la science

     

     

    Bertrand Souchard

    Jean-Michel Maldamé

    Dieu et la science en questions

    Ni créationnisme ni matérialisme

    Presses de la Renaissance

    Présentation de l’éditeur

    La science peut-elle tout expliquer ? Le big bang, est-ce la création ? L’animal a-t-il une conscience? La violence potentielle de l’homme. est-elle exacerbée par la religion? Pourquoi faudrait-il être contre le clonage humain ? Dans un langage accessible à tous, Bertrand Souchard, philosophe et théologien, répond avec précision et pédagogie à 28 questions fondamentales sur Dieu, la science et la nature, les classant selon cinq grands thèmes: La nature physique : la création et l’univers; La nature vivante : Dieu et Darwin ; La connaissance de la nature: la foi et la science; La nature de l’homme: image de Dieu et descendant du singe; La nature du bien humain: l’éthique et la technique. La science, la théologie et la philosophie ont leur autonomie et leur légitimité propres dans l’explication du réel et du sens de la vie. L’auteur a pris soin d’éviter la confusion des genres et de respecter la spécificité de chacune tout en engageant un dialogue passionnant et passionné entre les trois, aussi éloigné du créationnisme que du matérialisme. Fruit de longues années d’études approfondies et de recherches validées par une dizaine de scientifiques et philosophes, cet ouvrage de fond est une somme objective et claire, essentielle au dialogue entre la science et la religion.

    Bertrand Souchard

    Bertrand Souchard, né en 1965, est docteur en philosophie et maître en théologie. Professeur de philosophie au lycée Ampère et à l’Université catholique de Lyon, chargé de cours de philosophie de la nature, il est notamment l’auteur d’Aristote, de la physique à la métaphysique (Editions universitaires de Dijon, 2003) et de 42 questions sur Dieu (Salvator, 2007).

    Se procurer l’ouvrage de Bertrand Souchard Dieu et la science en questions

     

    Igor et Grichka Bogdanov

    Robert W. Wilson

    Le visage de Dieu

     

    Présentation de l’éditeur

    Le « visage de Dieu » ? C’est l’expression qu’utilisa l’astrophysicien Georges Smoot (prix Nobel 2006) lorsque le 23 avril 1992, il réussit, grâce au satellite COBE, à prendre des photos de la naissance de l’univers tel qu’il émergeait des ténèbres cosmiques tout juste 380 000 ans après le Big Bang.

    Depuis, cette expression a fait le tour du monde, déclenché la fureur des scientifiques, et bouleversé les croyants. Mais, par delà ces quelques mots, quel est le fabuleux secret qui se cache derrière le « bébé univers » ? Pourquoi Smoot y a-t-il vu le « Visage de Dieu » ?

    Ce livre – nourri des formidable attentes suscitées par le nouveau satellite Planck lancé le 14 mai 2009 – s’approche, comme jamais, de ce mystère suprême : l’instant même de la Création.

    Trois des héros de cette fantastique aventure – Jim Peebles (prix Craaford d’Astronomie 2005), Robert W. Wilson (Prix Nobel 1978) et John Matters (Prix Nobel 2006) – ont postfacé cet ouvrage au fil duquel on s’avisera que la science, parfois, se confond avec la plus haute spiritualité.

    Se procurer l’ouvrage des frères Bogdanov Le visage de Dieu

     

     

     

     

    André Comte-Sponville

    François Euvé

    Guillaume Lecointre

    Dieu et la science (février 2011)

    Les Presses de l’ENSTA

     

    Présentation de l’éditeur

     » Qu’est-ce que la vie ? « 

     » Qu’est-ce que l’homme ? « 

     » D’où vient l’univers ? « 

    Il est longtemps allé de soi que ces questions, purement métaphysiques, relevaient de la religion. Mais la science ne cesse de repousser les limites du mystère… Certains y voient la preuve que Dieu n’existe pas – ou qu’au contraire, il se cache derrière les équations. Quelles questions est-on fondé à poser à la science ? Quelles interrogations ne concernent que la religion ? Quelles portes peut-on ouvrir entre les deux sans les dénaturer ?

    Plus qu’à un échange de points de vue, c’est à une mise au point nécessaire que se livrent ici un philosophe athée, un scientifique matérialiste et un théologien jésuite.

    Les auteurs

    André Comte-Sponville est philosophe.

    François Euvé est prêtre jésuite et théologien au Centre Sèvres.

    Guillaume Lecointre est systématicien au Muséum national d’Histoire naturelle.

    Se procurer l’ouvrage d’André Comte-Sponville Dieu et la science

     

    Véronique Le Ru

    La science et Dieu

    Entre croire et savoir (octobre 2010)

    Vuibert ADAPT-SNES

    Présentation de l’éditeur

    Pourquoi s’intéresser aujourd’hui au problème de la science et de Dieu ? Pourquoi revenir au moment où les savants ont remplacé la question traditionnelle des causes filiales – pourquoi tel phénomène ? – par la question des causes efficientes : comment se produit tel phénomène ? La nature est  » objective  » et non pas projective  » ; et c’est objectivement que la science doit enquêter. Tel est l’énoncé du postulat d’objectivité. Formulé par Galilée et Descartes au XVIIe siècle, il a libéré la science du joug de la théologie et de la religion.

    Si l’on considère l’ampleur du mouvement créationniste qui veut actuellement s’immiscer dans l’enseignement des sciences autant que dans la théorie et la pratique scientifiques, il est important de rappeler que la science d’un côté et, de l’autre, le domaine de la foi et de l’idéologie, ont des droits séparés.

    Revenir au moment de la formulation du postulat d’objectivité pour enquêter sur la manière dont la science s’est construite par l’affirmation de son autonomie et de son indépendance à l’égard de toute référence à Dieu, c’est là un moyen utile pour contrecarrer toute tentative de brouiller les cartes entre croire et savoir.

    L’auteur

    Ancienne élève de l’Ecole normale supérieure de Saint-Cloud, agrégée de philosophie, Véronique le Ru est maître de conférence habilitée en philosophie à l’Université de Reims.

    Elle est déjà l’auteur de plusieurs ouvrages publiés aux éditions du CNRS ainsi que chez Vrin, Vuibert et Larousse. Dans la collection GF-Flammarion « , elle a procuré l’édition critique du Philosophe ignorant de Voltaire.

    Se procurer l’ouvrage de Véronique Le Ru La science et Dieu


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    Les manipulations génétiques, la traçabilité, le spam, l’égalité des sexes, le créationnisme, les jeux vidéos…

    Posted by Hervé Moine sur 21 février 2011

    Michael LaBossiere

    Provocations Philosophiques

    éditions Yago

    La philosophie provoquante

    Marx regrettait que la philosophie ne fasse qu’interpréter le monde. Mais la philosophie n’est pas et n’a jamais été simplement proposition de représentation du réel confortable pour l’esprit conformiste, bien au contraire, elle a toujours été un excellent stimulant pour penser autrement, pour rompre avec la manière ordinaire de penser, laquelle se contentant de préjuger et d’adhérer aux opinions ambiantes. Cette rupture critique avec l’opinion, ce combat contre l’adhésion facile, cette inlassable remise en question de ce qui pourtant semble aller de soi, caractérisant si bien l’effort philosophique a toujours su jouer la provocation.

    La philosophie est provocation : elle agace, agressive, elle attaque, par bravade, elle défie et pour finir elle incite. En effet, elle agace, à l’instar de Socrate, ceux qui s’installent dans l’illusion des croyances qui bercent ou ceux qui ont tout intérêt à l’immobilisme, elle ne s’arrête pas à l’idée qui plaît ou qui peut plaire ; agressive pour ceux qui suivent la mode ou ce qui est dans l’air du temps en se positionnant à contre courant, agressive également en ne lâchant pas si facilement le mors, elle attaque comme l’acide peut attaquer et s’attaque avec courage aux évidences, aux dogmes et à toute forme de certitude ; Par bravade, elle défie les bien-pensants, les trop sûrs d’eux ainsi ceux qui ont le pouvoir, elle est défi pour l’esprit et l’intelligence en posant les bonnes questions, celles qui posent problème. Provocante, elle n’est pas un laisser-être ni un laisser-penser ou faire. Elle réduit à néant toute ambition de ceux qui ont intérêt à fournir et diffuser un prêt-à-penser. En tout cela, elle incite à aller plus loin et donc à refuser la facilité et à se laisser provoquer pour provoquer à son tour.

    Cependant, si la provocation philosophique peut impressionner par sa force, elle peut toutefois se faire dans le plaisir, la bonne humeur. Et c’est notamment avec son sens de l’humour décalé, que Michel LaBossiere, provoque dans son stimulant ouvrage le questionnement des thèmes les plus graves ou plus légers des problèmes les plus classiques aux moindres faits du quotidien. Provocations philosophiques de Michel LaBossiere parait le 24 février 2011 aux éditions Yago.

    Hervé Moine,  ActuPhilo, le 19 février 2011

    Un livre pour populariser la philosophie

    Les Éditions Yago publient ce mois-ci un ouvrage de philosophie à destination du grand public. David König, des éditions Yago vante les mérites d’ « un livre qui montre qu’il est possible d’appliquer la philosophie à des questions actuelles et quotidiennes ».

    Propos recueillis par Hervé Moine, pour ActuPhilo

    Hervé Moine : Vous publiez ce mois-ci un ouvrage de philosophie à destination du grand public. Tout d’abord peut-on savoir pourquoi un ouvrage de philosophie alors que les éditions Yago semblent s’être cantonnées pour l’instant dans des domaines qui sont ceux plutôt du roman, du polar et des essais ? et pourquoi cette destination « grand public » ?

    David König : Le but des éditions Yago est celui de rejoindre celui de nombreux « professionnels », chercheurs et professeurs : populariser la philosophie, afin qu’elle sorte des cercles étroits où elle se trouve cantonnée. Ceux qui sont concernés par la recherche philosophique, qui savent à quel point elle est passionnante, « utile » et salvatrice, constatent chaque jour son absence du champ du quotidien. Hors de l’école et de l’université, point de philosophie…

    HM : Pour quelles raisons votre choix s’est-il porté sur l’ouvrage de Michael LaBossiere, intitulé « Provocations philosophiques », traduit de l’anglais « Philosophical Provocations, what don’t you know ? » ?

    DK : Dans son ouvrage, Michael LaBossiere applique à des thèmes actuels et variés l’esprit de curiosité et de questionnement propre au philosophe, auquel se mêle un humour parfois décapant. Nous avons décidé de publier cet essai, car nous pensons que son style est suffisamment attractif pour gagner à la philosophie un nouveau public. D’une lecture légère et agréable, ce livre peut introduire à la philosophie de nombreux lecteurs.

    HM : Même aux élèves qui se préparent à l’épreuve de philosophie du baccalauréat ?

    DK : Effectivement peut-être peut-il intéresser les élèves de terminales.

    HM : Mais alors est-ce à dire que l’ouvrage de Michael LaBossiere est un ouvrage de vulgarisation de la philosophie ? Un de plus donc !

    DK : En fait, il ne s’agit pas d’un ouvrage de vulgarisation. Des ouvrages de vulgarisation, oui c’est vrai, il y en a déjà beaucoup. Mais avec « Provocations philosophiques » il s’agit d’un livre qui montre qu’il est possible d’appliquer la philosophie à des questions actuelles et quotidiennes, telles que le spam, la discrimination, la nourriture, l’information, Internet, etc.

    Hervé Moine, pour ActuPhilo


    Le livre

    En bon philosophe Michael LaBossiere s’intéresse aux grands thèmes classiques, comme la valeur du scepticisme ou la nature de l’esprit, mais aussi aux questions les plus actuelles : les manipulations génétiques, la traçabilité, le spam, l’égalité des sexes, le créationnisme, les jeux vidéos… Et il le fait avec humour !

    Du foie gras à l’existence de Dieu, en passant par la pornographie et le clonage humain, ses Provocations Philosophiques abordent les sujets les plus sérieux comme les plus anecdotiques.

    Véritable appel à la philosophie, ce livre montre qu’il est possible d’appliquer notre réflexion à tous les sujets, avec sérieux et ironie. Cet ouvrage s’adresse à des lecteurs curieux et joueurs, aux passionnés de philosophie et jusqu’aux professeurs de philo qui désespèrent de captiver leurs élèves.

    L’auteur

    Originaire du Maine, professeur de Philosophie à l’Université A&M de Floride, Michael LaBossiere est connu pour être un champion de la dérision et de la course à pied.

    Il pratique plusieurs arts martiaux (qu’il avoue être utiles lorsqu’il est à cours d’arguments), est un grand admirateur de Socrate et de Robocop, et s’intéresse tout aussi bien à la Critique de la raison pure de Kant qu’au dernier Star Wars.

    Il écrit une chronique régulière dans Philosopher’s Magazine et dans le populaire Talking Philosophy.

    Table des matières

    Introduction

    Première partie Métaphysique et épistémologie. Ce qui existe et ce que vous (ne) savez (pas)

    • L’esprit
    • L’esprit dans tous ses états
    • Le clonage et l’esprit
    • Fantômes et esprits
    • L’esprit et la médecine
    • La politique et l’opinion

    Les bonnes (et mauvaises) intentions de Dieu

    • Dieu éprouve-t-il de la haine ?
    • Évolution, analogie et complexité
    • D’abord Dieu, ensuite l’esprit
    • Science et intelligent design
    • Un dessein menaçant ?
    • L’inefficacité de la prière

    Le scepticisme

    • L’imbattable sceptique
    • La valeur du scepticisme extrême

    L’amour

    • Qui aimez-vous ?
    • Un argument transcendant en faveur de l’amour vrai

    Le temps et le hasard

    • Se rencontrer soi-même
    • Pas de chance pour le hasard
    • L’improbable secret

    Seconde partie L’éthique et la pensée politique et sociale. Bien, Mal, Politique et tutti quanti

    • L’éthique et l’identité sexuelle
    • Du genre et du nombre dans le sport et l’éducation
    • De (bien) vilaines filles
    • Le cerveau féminin
    • La question de la mixité dans la scolarité
    • Le prince charmant et le porno
    • Moralité du mariage homosexuel

    Éthique et technologie

    • Spams et « pourriels » nuisibles
    • L’Internet, espace de neutralité
    • V comme jeux Vidéo… et Violence
    • Violence virtuelle et Valeurs éthiques
    • Encore plus de jeux violents ?
    • Un cerveau plus performant
    • Mémoire et morale
    • L’avantage des armes nanotechnologiques
    • IRF et vie privée
    • La thérapie génique et le sport
    • La sélection du sexe
    • Droits de propriété et gènes baladeurs
    • Le biomimétisme est-il condamnable ?

    L’éthique médicale

    • Les acides gras, les bactéries et l’État
    • Le mensonge… le meilleur remède ?

    Les médias et l’éthique

    • Un million de (pas si) petits mensonges
    • Éthique anonyme
    • La question des sources anonymes
    • Des meurtres, de l’argent et des médias
    • Le secret immoral

    Les animaux

    • Laissons périr les espèces. En faveur de l’extinction
    • Foie gras et philosophie

    L’art et l’éthique

    • Lumières, caméras et hémoglobine
    • Les droits des artistes

    Philosophes, athées, fines bouches et imposteurs

    • La pratique de la philosophie est-elle immorale ?
    • Dieu, l’éthique et l’athéisme
    • Est-il mauvais de choisir ?
    • L’imposture, la science et l’éthique

    Réflexions politiques et sociales

    • Moteurs (de recherche) de répression
    • Solidarité
    • Bizutage et dissuasion
    • Liberté forcée
    • John Locke et l’auto-défense informatique
    • Terrorisme et torture
    • L’intrusion, rançon de la sécurité ?
    • Jeux patriotiques
    • Terrorisme et médecine
    • Sauver ou non les apparences

    Conclusion

    Pour commander l’ouvrage de Michael LaBossiere rdv sur http://www.editions-yago.com/




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