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Environnement : pragmatisme écologique ou l’émergence de nouvelles pratiques morales et politiques

Posted by Hervé Moine sur 4 février 2011

Emilie Hache

Ce à quoi nous tenons

Propositions pour une écologie pragmatique

Les empêcheurs de tourner en rond : La Découverte

Présentation de l’éditeur

La crise écologique est tout à la fois une crise scientifique, politique et morale. Il suffit de penser à la réaction suscitée chez des millions de gens par les abattages d’animaux d’élevages lors de la maladie de la vache folle, ou à la crainte partagée par de plus en plus de monde à l’égard des générations futures concernant l’état du monde que nous sommes en train de leur laisser. C’est dire aussi que l’eau que nous buvons, l’air que nous respirons, les forêts qui nous entourent ne sont plus des ressources inépuisables parce qu’ils ne sont plus non plus des ressources tout court, au sens de simples moyens mais exigent aujourd’hui d’être traités comme des fins. Comment définir alors notre responsabilité morale dans cette recomposition du monde ? Il nous faut pour cela apprendre à parler aussi bien (aussi sérieusement) de l’hypothèse Gaïa que de l’effet de serre, des OVNI que des trous noirs, mais aussi du Gange, mère sacrée des Indiens que d’une manifestation sociale. Une des façons d’y arriver passe par la construction d’une différence entre des propositions morales et des positions moralistes, les premières cherchant à prendre soin de ce à quoi nous tenons, tandis que les secondes au contraire justifient les pires décisions sous couvert de bonnes intentions. La philosophie pragmatique est ici un recours car elle est une pensée du monde en train de se faire. Face à cette crise, il ne s’agit pas en effet de dire ce qu’il faudrait faire mais d’essayer de décrire au mieux ce que les gens font, non de prescrire ce qu’il faut changer dans nos modes de vie, mais d’accompagner les changements en train de se produire.

De fait, ce livre cherchera à rendre compte de l’émergence de nouvelles pratiques indissociablement morales et politiques. Et ces expérimentations, amenant les acteurs concernés à « se mêler de ce qui n’est pas censé nous regarder », nous donnent quelques raisons d’espérer.

Pour se procurer l’ouvrage d’Emilie Hache Ce à quoi nous tenons : Propositions pour une écologie pragmatique

Table des matières

Introduction

Crises écologiques / Hériter d’une histoire européenne / Une responsabilité écologique pragmatique

I / Faire une différence

1. Changer de question : Une responsabilité morale « écologisée » – Réouvrir la question des fins – Répondre à des appels – Changer de question

2. Comment répondre ? Une nouvelle figure du philosophe moral – Relativiser – Faire appel à l’expérience – Élaborer des compromis /Maintenir « portes et fenêtres ouvertes »

II / Se mêler de ce qui n’est pas censé nous regarder

3. « Crise des valeurs ? Non, crise des faits ! » Qui compose notre collectif ? – Un compromis moral à inventer – Une figure de la nature imprévisible et indifférente : Gaïa – Une insurmontable faute logique ?

4. Moraliser l’économie ? « Pas en son nom », mais pas sans elle – Internaliser l’écologie = moraliser l’économie ? – Évaluer le « prix juste » – Le calcul de la surpopulation – Annexe. Shallow /deep ecology : une polémique française

Une situation tragique

III / Composer un monde commun

5. Changer de temporalité : (re)faire attention à l’avenir / Éthique de la responsabilité versus éthique du progrès – Réexpérimenter un souci pour l’avenir – Les scénarios : un lieu de cohabitation entre les générations ? – Une responsabilité morale hyperbolique

6. Écologies politiques : Réarticuler la politique et la morale – L’émergence de nouveaux publics – La proposition de responsabilité partagée face à l’épidémie de sida – Cultiver une intelligence collective – Reclaiming Commons

Ralentir / Dogville, ou le récit d’une hospitalité ratée

Bibliographie

Pour se procurer l’ouvrage d’Emilie Hache Ce à quoi nous tenons : Propositions pour une écologie pragmatique

 

Biographie de l’auteur

Emilie Hache est philosophe, maître de conférences à l’université Paris Ouest-Nanterre.

Pour se procurer l’ouvrage d’Emilie Hache Ce à quoi nous tenons : Propositions pour une écologie pragmatique

 

Critique

« Ce à quoi nous tenons Propositions pour une écologie pragmatique », d’Emilie Hache : pour une morale écologique

Article de Hervé Kempf paru dans le Monde des Livres, le 3 février 2011

http://www.lemonde.fr/livres/article/2011/02/03/ce-a-quoi-nous-tenons-propositions-pour-une-ecologie-pragmatique-d-emilie-hache_1474363_3260.html

Comment penser la morale en temps de crise écologique – qui est à la fois scientifique, politique et morale – sans verser dans le moralisme ? Est-il même possible de définir une morale écologique ? La philosophe Emilie Hache tente de répondre à ces questions, dans un travail rapprochant les inspirations du philosophe allemand Hans Jonas (1903-1993) et du sociologue Bruno Latour.

Le premier, rappelle l’auteur, « a découvert une autre dimension de la morale », en explorant les nouvelles responsabilités que la puissance de l’action humaine générait à l’égard des générations futures. Quant à Bruno Latour, il a montré que l’écologie n’était pas un problème de « nature », parce que ce que les Occidentaux appellent, depuis Descartes, la nature, ne peut pas être pensé indépendamment des relations que les humains établissent avec les non-humains.

Le propos d’Emilie Hache est de se dégager de la « deep ecology » (écologie profonde), qui présente la nature comme une valeur en soi, sans retomber dans la schizophrénie moderniste, qui oppose humains et nature, et ne pense celle-ci que de façon utilitaire. Pour ce faire, l’auteur « emprunte » à l’écologie « son idée centrale de relation entre les êtres » et entreprend une « écologisation de la morale », soit une morale qui cherche à prendre en compte les associations d’êtres qui composent notre collectif .

Ainsi, ceux qui composent ce que nous appelons encore « nature » trouvent leur valeur par la relation qu’ils nouent avec les humains. De cette relation – dans laquelle les humains écoutent les non-humains, mais où ceux-ci se manifestent aussi à l’entendement humain – découle la responsabilité morale, puisque « selon l’étymologie de ce mot, on devient responsable en répondant à quelqu’un/quelque chose ».

La démarche d’Emilie Hache est intéressante. Pourtant, elle peine à convaincre. Sans doute parce que, impressionnée par les auteurs sur lesquels elle s’appuie – Jonas, Latour, mais aussi John Dewey, Jacques Derrida, Jean-Pierre Dupuy, Donna Haraway, etc. -, Emilie Hache ne forme pas une pensée achevée.

Elle évite aussi les questions que suscitent les thèmes abordés ici : on attendrait par exemple d’une philosophe qu’elle explique pourquoi elle récuse l' » opposition entre les éthiques animale et environnementale », ou qu’elle évoque la question métaphysique que suggère « l’hypothèse Gaïa » développée par James Lovelock, et qui considère la biosphère comme un tout maintenant spontanément la vie.

Des maladresses affaiblissent aussi le propos, comme de noter qu’on trait les vaches cinq fois par jour, que « c’est lors d’un voyage spatial pour chercher la vie sur Mars que Lovelock s’est intéressé à la vie sur Terre », ou quand les externalités économiques sont présentées comme « notamment composées de ce qu’on appelle communément les ressources naturelles ».

Ce livre n’en demeure pas moins suggestif, quoique modeste dans sa démarche, s’il est vrai que « la tâche du philosophe moral est (…) d’accompagner, de rendre compte des événements moraux ».

Hervé Kempf

Pour se procurer l’ouvrage d’Emilie Hache Ce à quoi nous tenons : Propositions pour une écologie pragmatique

 

 

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Une Réponse to “Environnement : pragmatisme écologique ou l’émergence de nouvelles pratiques morales et politiques”

  1. TT said

    Curieusement, certains arguments du livre rappellent d’autres réflexions, qui pourraient offrir un autre éclairage, par exemple : http://vertigo.revues.org/9468

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