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Entre le grand philosophe Emmanuel Kant et les chimpanzés, un fossé infranchissable ?

Posted by Hervé Moine sur 7 février 2011

Séminaire Individuation et technique

Mardi 15 février 2011

Maison des Sciences de l’Homme de Paris-Nord

Georges Chapouthier

Jusqu’où sommes-nous des singes philosophes ?

La prochaine séance du séminaire « Individuation et technique » aura lieu le mardi 15/2 de 17h à 19h30 à la Maison des Sciences de l’Homme de Paris-Nord, 4 rue de la Croix-Faron (RER B station La Plaine-Stade de France). Nous aurons le plaisir d’accueillir le neurobiologiste Georges Chapouthier.

L’auteur de L’homme, l’animal et la machine et de Kant et le chimpanzé : Essai sur l’être humain, la morale et l’art interviendra sur le thème : « Jusqu’où sommes-nous des singes philosophes ?«  Son intervention aura lieu dans la Salle A, et sera suivie d’un débat.

Rappel sur le séminaire

Le séminaire « Individuation et Technique » résulte du couplage des activités de l’atelier avec le nouveau séminaire organisé par Jean-Hugues Barthélémy dans lecadre de la Maison des Sciences de l’Homme Paris Nord, où il prolonge ses précédentes recherches sur « L’Encyclopédisme génétique de Gilbert Simondon ». Il accueille des conférences relatives à quelques chantiers théoriques ouverts par l’œuvre simondonienne :

  1. Comment penser la dérivation de la culture à partir de la nature en accord avec les récents progrès de l’éthologie ? Autrement dit, comment penser la dérivation de la culture comme sphère du sens à partir de la nature, à l’heure où l’éthologie vient bousculer les derniers îlots de résistance des philosophes du « propre de l’homme » ?
  2. Peut-on mettre en relation la pensée du vivant chez Simondon avec les dernières avancées théoriques de la biologie française ? Autrement dit, L’individuation est-elle la thématique où doit se construire cette articulation de l’homme au vivant ? Quelle est d’autre part la nature exacte du lien entre la pensée simondonienne du vivant (présence de processus internes de mort comme conditions de l’individuation vitale, mais aussi critique de la conception de l’information comme message) et les dernières avancées théoriques de la biologie française (Ameisen, Kupiec) ?
  3. Quel statut reçoit la technique au sein de ce devenir culturel de la nature ? Faut-il en faire (peut-être par-delà Simondon autant que grâce à lui) une condition générale, et définir différents régimes de technicité en fonction des différentes « phases de la culture » (science, art, etc) ?

En outre, les travaux du séminaire ont vocation à alimenter les Cahiers Simondon que dirige Barthélémy.

Pour cette année 2010/11 , Le séminaire « Individuation et technique » (MSH-Paris-Nord), en partenariat avec l’Atelier Simondon (ENS Ulm) a déjà proposé 5 séances ont déjà eu lieu : « Simondon et les différents stades de la mécanique quantique » avec Gilles Cohen-Tannoudji (CEA), « L’homme, la technique et la Polis », par Jean-Hugues Barthélémy et « L’histoire… à la limite », par Ludovic Duhem (Lille 3) ; « Simondon et les sciences sociales » avec Xavier Guchet (Paris 1) ; « Les enjeux de la postanimalité » avec Dominique Lestel (ENS) et le 20 janvier dernier « Le disegno chez Simondon » avec Giovanni Carrozzini (Université de Lecce).

5 séances, sont encore à venir

  • Mardi 16 février : « Jusqu’où sommes-nous des singes philosophes ? » avec Georges Chapoutier (CNRS et MSH Paris-Nord)
  • Jeudi 17 mars : « La mécanologie du satellite Herschel » avec Vincent Minier (CEA)
  • Jeudi 7 avril : « Simondon et la psychothérapie » avec Jacques-Antoine Malarewicz (Malarewicz Conseil)
  • Jeudi 5 mai : « Repenser la politique avec Simondon » avec André Tosel (professeur émérite des universités)
  • Jeudi 26 mai : « Simondon, théoricien de l’imagination » avec Jean-Louis Déotte (Paris 8 et MSH-Paris-Nord)

Portrait du prochain intervenant du séminaire le neurobiologiste, Georges Chapouthier

Article de Marie Lescroart du Journal du CNRS : http://www2.cnrs.fr/presse/journal/4649.htm

rencontre avec
Georges Chapouthier © S. Godefroy/CNRS Photothèque

Passion double

Entre biologie et philosophie, Georges Chapouthier n’a pas voulu choisir. Neurobiologiste, directeur de recherche CNRS au Centre émotion-remédiation et réalité virtuelle1, spécialiste des liens entre anxiété et mémoire, l’homme est aussi auteur d’essais sur l’animalité, le droit de l’animal, et l’éthique de nos relations à la nature. Paru chez Belin en 2009, l’un de ses derniers ouvrages, Kant et le chimpanzé, traite de la continuité entre animal et être humain, et des racines « naturelles » de concepts aussi évolués que l’art et la morale. Le débit est rapide, les idées fusent, précises : Georges Chapouthier n’est pas homme à perdre de temps. C’est qu’il a dû optimiser son agenda pour mener de front ses deux carrières ! « Après mes journées au laboratoire, la philosophie occupe le plus clair de mon temps libre. Mais en fait, j’y pense continuellement, avoue-t-il. D’ailleurs, je vois mal comment j’aurais pu avoir ce parcours sans cette passion pour ces deux disciplines ! »

Ce double attrait ne date pas d’hier. « Nous sommes tous conditionnés par notre enfance », estime-t-il. La sienne fut marquée par une double influence. Son côté littéraire, un appétit pour les livres qu’il dévore depuis son plus jeune âge, il le doit à son père, archéologue et professeur de grec à la Sorbonne, et à sa mère qui enseignait les lettres classiques dans un lycée. Son intérêt pour les sciences est, lui, un avatar de « cette appétence pour les animaux qui, pour des raisons mystérieuses, touche certaines personnes ». Enfant, il se réjouissait de retrouver les animaux de la ferme de son grand-père, en Charente, connaissait par leur nom tous les chiens du village, passait des heures avec les chats. « Cet amour des bêtes est à l’origine de ma volonté de comprendre leur comportement », analyse-t-il rétrospectivement.

En terminale, le jeune homme doit bien faire un choix. Il opte pour les sciences. « J’aimais les lettres, mais pas le latin », justifie-t-il. S’ensuit une classe préparatoire en biologie, puis l’École normale supérieure. C’est avec son sujet de thèse de troisième cycle, sur l’apprentissage des vers plats, qu’il entame sa carrière d’explorateur de la mémoire. Une exploration fructueuse. Dans les années 1980, avec Jean Rossier, au laboratoire de physiologie nerveuse du CNRS, à Gif-sur-Yvette, il montre qu’à dose très faible, une molécule, la b-CCM, facilite l’apprentissage chez la souris, tandis qu’à dose plus forte, elle le perturbe et provoque l’anxiété. Ces travaux, qui suggèrent qu’anxiété et mémoire reposent sur un même mécanisme, lui valent deux publications, coup sur coup, dans la revue Nature. En 1989, il rejoint le groupe de génétique du comportement de Pierre Roubertoux à la faculté de médecine de Paris. Et c’est là qu’il met en évidence certains facteurs génétiques conditionnant la sensibilité à l’anxiété, en produisant deux lignées de souris dont l’une est sensible, et l’autre est résistante à la b-CCM. Enfin, en 1995, il intègre son unité actuelle, le laboratoire de Roland Jouvent, afin de poursuivre ses recherches sur l’action des molécules sur l’anxiété et la mémoire des rongeurs.

Beaucoup se seraient contentés de cette carrière bien remplie de biologiste. Mais à peine l’avait-il entamée que le littéraire en lui souffrait déjà d’être délaissé. Goût pour les études oblige (encore un coup du conditionnement familial), il entreprend, juste après sa nomination au CNRS, un cursus complet en philosophie, parallèlement à son activité de jeune chercheur. « Je me disais que mes futurs travaux de philosophe pourraient se nourrir de mes recherches en biologie. » Ce spécialiste de la mémoire soutiendra donc une thèse de troisième cycle en philosophie sur le concept d’information. Plus tard, il explorera l’apparent paradoxe qu’il y a à expérimenter sur les animaux, quand on est depuis toujours défenseur de leur cause, dans sa thèse d’État sur le respect de l’animal. Publié en 1990 aux éditions Denoël sous le titre « Au bon vouloir de l’homme, l’animal », ce travail est devenu une référence en matière d’éthique et de droit de l’animal.

À deux ans de la retraite, Georges Chapouthier n’est pas prêt de se retirer du monde des idées. Côté sciences, il entame un nouveau chapitre de ses recherches pour étudier, sous la direction du professeur Jouvent, les rapports entre anxiété et mémoire chez l’être humain, sans oublier des projets de livres sur le cerveau. Ensuite, il aimerait se consacrer pleinement aux lettres, voire à la littérature. « J’aimerais m’essayer à la science-fiction », confie-t-il. Et, peut-être, se retirer à la campagne, avec des compagnons à quatre pattes.

Marie Lescroart

Notes : 1. Unité CNRS / APHP Pitié-Salpêtrière / Université Paris-VI.

George Chapouthier et Frédéric Kaplan

L’homme l’animal et la machine

CNRS Editions

Présentation de l’éditeur

Les animaux ont-ils une conscience ? Sont-ils intelligents ? Et les machines ? Peuvent-elles avoir un cerveau ? La culture, qui a fait l’intelligence de l’homme, fera-t-elle l’intelligence des machines ? Les ordinateurs remplaceront-ils un jour les humains ? Et l’homme ? Est-il une machine ? Un animal ? Les deux ? Autant de questions qui, au final, n’en font qu’une : comparé aux machines et aux animaux, quel est le propre de l’homme ? Chaque nouvelle découverte des biologistes, chaque nouvelle invention des ingénieurs nous invite à reconsidérer cette vertigineuse interrogation. Voici réunis, en un volume clair et didactique, les analyses des deux grands spécialistes d’un sujet qui n’en finit pas d’alimenter les débats entre scientifiques, zoologistes, informaticiens, philosophes, théologiens… Sont ainsi explorés les concepts clés à partir desquels l’homme s’est comparé aux animaux et aux machines : apprentissage, intelligence, conscience, capacité à ressentir la douleur, à construire une culture ou une morale. Sont aussi analysées les relations complexes qui nous lient à notre alter ego biologique et artificiel : attachement, sexualité, droit, hybridation. Sans oublier les traits qui semblent encore spécifiques à l’homme : le rire, l’imaginaire, l’âme ou le sens du temps. Un ouvrage passionnant qui explore les méandres de la nature humaine à l’aune des dernières avancées de la science.

Le co-auteur de Georges Chapouthier, Frédéric Kaplan  est spécialiste des interfaces homme-machines et de l’intelligence artificielle, est chercheur à l’Ecole Polytechnique Fédérale de Lausanne. Il a notamment publié Les machines apprivoisées (Vuibert, 2005) et La métamorphose des objets (Fyp, 2009)

Pour se procurer l’ouvrage de Georges Chapouthier et de Frédéric Kaplan, L’homme, l’animal et la machine

 

Georges Chapouthier

Kant et le chimpanzé

Essai sur l’être humain, la morale et l’art

Editions Belin / Pour la science

Présentation de l’éditeur

Nous, êtres humains, sommes issus d’une longue évolution, minérale et cosmique d’abord, biologique et terrestre ensuite. Pour certains, nous aurions définitivement rompu avec un héritage ancestral qui faisait de nous des bêtes. Nous seuls serions capables du sens du bien et du sens du beau. Nous seuls serions doués de morale. Il existerait ainsi un fossé infranchissable entre le grand philosophe Emmanuel Kant et nos cousins les chimpanzés ! Ou bien, au contraire, faut-il considérer que la morale et l’esthétique chez l’homme plongent leurs racines dans le terreau de la « nature »? Les animaux ne sont-ils pas eux aussi capables de dévouement pour leurs proches? Nos cousins les primates ne peuvent-ils pas éprouver eux aussi des sentiments en face d’une belle (d’un beau) chimpanzé ? Bref, la découverte des « cultures animales » n’amène-t-elle pas à concevoir davantage de continuité entre l’homme et l’animal ?

Pour se procurer l’ouvrage de Georges Chapouthier, Kant et le chimpanzé : Essai sur l’être humain, la morale et l’art

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2 Réponses to “Entre le grand philosophe Emmanuel Kant et les chimpanzés, un fossé infranchissable ?”

  1. […] Entre le grand philosophe Emmanuel Kant et les chimpanzés, un fossé infranchissable ? […]

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