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Philo-Théâtre. Une question simple et abyssale : « qu’est-ce que le temps ? »

Posted by Hervé Moine sur 8 février 2011

Du 10 au 12 février 2011 au Centre dramatique régional de Haute-Normandie / Théâtre des deux rives à Rouen

Qu’est-ce que le temps ?

d’après Le Livre XI des Confessions d’Augustin

mise en scène Denis Guénoun

création / coproduction du Centre dramatique régional de Haute-Normandie / Théâtre des deux rives

– avec Stanislas Roquette

– nouvelle traduction Frédéric Boyer

– direction technique Patrick Delacroix et l’équipe technique du Centre dramatique

Retour aux textes fondateurs dans un monde où les repères vacillent. La question posée est à la fois simple et abyssale : qu’est-ce que le temps ?

Fidèles complices, Denis Guénoun et Stanislas Roquette se de la pensée et son incarnation sur scène. Les Confessions, de Saint Augustin, sont un des écrits les plus célèbres de la culture occidentale. Augustin y invente le genre de l’autobiographie, livre des souvenirs bouleversants sur son enfance, sa mère, sa conversion, dans une prose très intense. Dans un langage contemporain qui restitue toute sa verdeur à la première autobiographie de tous les temps, Frédéric Boyer en propose une remarquable traduction.

À travers les mots, dits, montrés, portés, Denis Guénoun et Stanislas Roquette nous font suivre avec humour le cheminement philosophique de Saint Augustin et donnent corps à sa réflexion. L’épure de cette expérience théâtrale invite à un voyage intime dans le temps et la mémoire de soi.

production Artépo ; coproduction Centre dramatique régional de Haute-Normandie / Théâtre des deux rives, avec l’aide du TNP de Villeurbanne et des Rencontres de Brangues.

Ce spectacle a été présenté en avant-première dans le cadre des Rencontres de Brangues, à l’invitation de Christian Schiaretti.

Les Aveux, nouvelle traduction des Confessions de Saint Augustin (2008, P.O.L) a obtenu le Prix Jules Janin de l’Académie française.

Fichier:AugustineLateran.jpg« Qu’est-ce donc que le temps ? Si personne ne me le demande, je le sais ; mais que je veuille l’expliquer à la demande, je ne le sais pas ! Et pourtant – je le dis en toute confiance – je sais que si rien ne sepassait, il n’y aurait pas de temps passé, et si rien n’advenait, il n’y aurait pas d’avenir, et si rien n’existait, il n’y aurait pas de temps présent.

Mais ces deux temps, passé et avenir, quel est leur mode d’être alors que le passé n’est plus et que l’avenir n’est pas encore ? Quant au présent, s’il était toujours présent sans passer au passé, il ne serait plus le temps mais l’éternité. Si donc le présent, pour être du temps, ne devient tel qu’en passant au passé, quel mode d’être lui reconnaître, puisque sa raison d’être est de cesser d’être, si bien que nous pouvons dire que le temps a l’être seulement parce qu’il tend au néant. […] Enfin, si l’avenir et le passé sont, je veux savoir où ils sont. Si je ne le puis, je sais du moins que, où qu’ils soient, ils n’y sont pas en tant que choses futures ou passées, mais sont choses présentes. Car s’ils y sont, futur il n’y est pas encore, passé il n’y est plus. Où donc qu’ils soient, quels qu’ils soient, ils n’y sont que présents. Quand nous racontons véridiquement le passé, ce qui sort de la mémoire, ce n’est pas la réalité même, la réalité passée, mais des mots, conçus d’après ces images qu’elle a fixées comme des traces dans notre esprit en passant par les sens. Mon enfance par exemple, qui n’est plus, est dans un passé qui n’est plus, mais quand je me la rappelle et la raconte, c’est son image que je vois dans le présent, image présente en ma mémoire.

En va-t-il de même quand on prédit l’avenir ? Les choses qui ne sont pas encore sont-elles pressenties grâce à des images présentes ? Je confesse, mon Dieu, que je ne le sais pas. Mais je sais bien en tout cas que d’ordinaire nous préméditons nos actions futures et que cette préméditation est présente, alors que l’action préméditée n’est pas encore puisqu’elle est à venir. Quand nous l’aurons entreprise, quand nous commencerons d’exécuter notre projet, alors l’action existera mais ne sera plus à venir, mais présente. […]

Il est dès lors évident et clair que ni l’avenir ni le passé ne sont et qu’il est impropre de dire: il y a trois temps, le passé, le présent, l’avenir, mais qu’il serait exact de dire: il y a trois temps, un présent au sujet du passé, un présent au sujet du présent, un présent au sujet de l’avenir. Il y a en effet dans l’âme ces trois instances, et je ne les vois pas ailleurs: un présent relatif au passé, la mémoire, un présent relatif au présent, la perception, un présent relatif à l’avenir, l’attente. Si l’on me permet ces expressions, ce sont bien trois temps que je vois et je conviens qu’il y en a trois ».

Saint Augustin, Confessions (vers 400), trad. E Khodoss, livre XI, § XIV, XVIII et XX.

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