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L’histoire d’une tête pensante qui commence un 9 février

Posted by Hervé Moine sur 9 février 2011

Que reste-t-il de Descartes ?

Il y a 415 ans, le 9 février 1596, naissait au sein d’une famille de petite noblesse tourangelle, René Descartes. Il n’est cependant pas besoin de rappeler sa date d’anniversaire de naissance pour rappeler à notre mémoire ce grand philosophe, un des plus influents et controversés de son temps. Mais que reste-t-il de ce grand philosophe ? Son oeuvre assurément, notamment son célèbre Discours de la méthode écrit dans la langue vulgaire et ses Méditations métaphysiques dessinant son parcours du doute au savoir en passant par le cogito, oeuvres d’ailleurs toujours étudiée en classe de philosophie ou faisant l’objet d’étude de texte dans les épreuves du baccalauréat ; un adjectif  « cartésien », d’ailleurs souvent utilisé à tort et à travers dans le langage courant, ou avec plus de rectitude dans le langage mathématique lorsqu’il qualifie un produit, un repère, un plan ou encore une équation ; une fierté nationale, grand philosophe français qui a d’ailleurs dû quitter la France… ; et ses restes au sens propres du termes, son squelette…

En marge de la philosophie rationaliste, les mystères ou les tribulations du crane d’un penseur

Alors que René Descartes nous donne dans le Discours de la méthode et dans sa correspondance de quoi établir sa biographie, il n’en est pas de même de son histoire post-mortem, histoire truffée de mystères digne de Dan Brown.

Le grand philosophe, s’éteint d’une pneumonie en février 1650 au coeur de l’hiver scandinave à  Stockholm, si l’on en croit la version officielle rapportée dans tous les livres évoquant sa mort, ou si l’on excepte les soupçons d’empoisonnement, selon la version soutenu par Theodor Ebert dans La Mort mystérieuse de René Descartes (cf. https://actuphilo.com/2010/02/12/descartes-ne-serait-pas-mort-dune-pneumonie/). En 1666 ou 1667, ses ossements furent exhumés et rapatriés en toute discrétion dans sa patrie d’origine pour être inhummés à l’église Sainte Genevive à Paris. C’est seulement lors de cette exhumation que l’on découvre la profanation dont sa dépouille a fait l’objet, le crane est manquant. Juste après son décès, des admirateurs avaient soudoyé les fossoyeurs pour qu’on les laisse emporter la tête du penseur.

Le crâne de Descartes a beaucoup voyagé  - PHOTO AFP

Le crâne de Descartes - PHOTO AFP

Comme le narre Russell Shorto, dans son livre, Le squelette de Descartes, l’exhumation des restes de Descartes furent « le début d’une rocambolesque odyssée« . « Fétichisme morbide ou véritable vénération pour l’inventeur du concept de raison, des fragments du squelette vont être dérobés, utilisés, disparaître et réapparaître au cours des trois derniers siècles. Leur authenticité sera au cœur de polémiques acharnées impliquant les plus grands noms de la science : Cuvier, Gay-Lussac, Laplace, Condorcet, Lavoisier, Franklin, Delambre, Fermat ou Foucault… » (Le squelette de Descartes de Russell Shorto.) En effet, plus d’un siècle plus tard, les ossements de l’illustre philosophe, échappant aux ravages de la Révolution de 1789. Ceux-ci sont transférés au couvent des Bernardins. Ils furent ensuite ré-inhumés à Saint-Germain-des-Prés.

Mais c’est un corps sans tête qui repose en paix, si tant est il est possible de reposer en paix sans tête. Celui qui avait proclamé de son vivant, dans cette célèbre phrase inaugurale de son Discours que « le bon sens est la chose du monde la mieux partagée », se retrouvait une fois mort, sans tête. C’est que le crâne de Descartes avait continué de circuler dans le froid pays de la reine Christine. Il est passé entre les mains d’une bonne demi-douzaine de collectionneurs passionnés désireux de posséder une relique du penseur de la raison. Le chimiste suédois Jöns Jacob Berzélius, membre de l’Académie des sciences à l’Institut de France , l’achète à l’orée du XIXe siècle, et l’expédie au biologiste français, Georges Cuvier, alors directeur du musée de l’Homme à Paris où réside toujours cette « tête bien faite » selon l’expression de Montaigne.

Fin de l’histoire ? Non ! François Fillon premier ministre, élu de la Sarthe exprimait le souhait de déloger le crâne du penseur exposé au côté de celui d’un australopithèque et d’un moulage du crâne du footballeur Lilian Thuram, pour le rendre à ce qu’il estimait être son lieu légitime. Quoi de mieux en effet pour cette tête pensante de retrouver La Flèche, lieu de sa formation intellectuelles. Ce souhait n’aboutira pas. Comment, en effet, obliger Descartes à regagner un lieu qui fut pour lui celui d’une amère déception, celle de n’avoir reçu que des enseignements incertains, douteux.

Hervé Moine, ActuPhilo ©

Se procurer l’ouvrage de Russell Shorto, Le squelette de Descartes

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