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Les manuscrits du père du situationnisme entrent à la Bibliothèque Nationale de France

Posted by Hervé Moine sur 25 février 2011

Les collections du département des manuscrits de la BnF s’enrichissent de ceux de Guy Debord (1931-1994) du père fondateur du situationnisme et auteur de la célèbre « Société du Spectacle » apprend-t-on dans un communiqué de l’AFP du 24 février 2011.

Une exceptionnelle acquisition

Ces précieuses archives, classés depuis plus de deux ans « trésor national » comportent toutes les versions de ses écrits et de ses films, sa correspondance, ses papiers personnels, dossiers de presse et éditoriaux, des carnets et fiches de lecture, les notes préparatoires à ses œuvres cinématographiques ainsi que des archives photographiques, des objets personnels et sa bibliothèque. En outre, elles comprennent également des documents de travail de l’Internationale situationniste, des coupures de presse et des publications de groupes d’avant-garde politique ou artistique contemporains de l’auteur.

Benoît Forgeot, le libraire parisien qui avait inventorié les archives disait  que « cet ensemble exceptionnel regroupe tous les manuscrits de Guy Debord, à commencer par celui de La Société du spectacle, une collection incroyable de notes de lectures sur des fiches bristol classées par thème, deux cahiers assez émouvants dans lesquels il a noté ses rêves, tout ce qui concerne le Jeu de la guerre, avec un des cinq exemplaires du jeu, le manuscrit de son dernier projet de livre, toutes ses notes concernant le cinéma, de très gros dossiers concernant l’édition, et l’ensemble de sa correspondance. » Il apparaît assez rare de pouvoir disposer ainsi d’archives aussi complètes. Et Benoît Forgeot d’ajouter qu' »En volume, la partie la plus importante, et la plus intéressante, touche au cinéma (brouillons, idées, scénarios, notes de montage). Les fiches de lecture composent à elles seules un livre inédit. »

Si les archives du père du surréalisme, André Breton n’ont pu résister au « saucissonnage » dont elles furent hélas victimes, celles du père du situationnisme n’ont pas reçu le même sort, et, la préservation de l’intégrité du fonds est due à Mme veuve Alice Debord.

On comprendra dès lors très aisément les propos du Président de la BnF, Bruno Racine à propos de cette bien belle acquisition : « Nous nous réjouissons d’accueillir au sein des collections patrimoniales un penseur dont l’œuvre théorique et poétique a profondément influencé le dernier demi-siècle. La générosité de nos mécènes et le soutien du ministère de la Culture nous permettent de faire aujourd’hui cette exceptionnelle acquisition ».

La Bnf en concurrence avec l’Université de Yale

Pour l’histoire disons que ces archives conservées et mises en ordre par Guy Debord lui-même, avaient fait l’objet d’un avis d’appel au mécénat d’entreprise par le ministère de la Culture pour devenir la propriété de notre Bibliothèque nationale alors que depuis 2009, était en cours, une demande d’exportation vers l’Université américaine de Yale désireuse de s’en porter acquéreur. Le trésor ira vers le plus offrant.

« Ces archives [qui] témoigne, par leur richesse, leur diversité artistique et leur quasi exhaustivité, du travail de l’auteur et de son insertion dans l’intense activité artistique et politique de son époque » selon Bruno Racine sont désormais propriété de la Bnf.

Guy Debord 1931-1994

Guy Debord, le révolutionnaire qui envisageait le monde comme spectacle

Guy Debord né en 1931 est un autodidacte. Sa culture n’a cependant rien à envier aux universitaires. Il fut poète, cinéaste, philosophe, essayiste, théoricien de la société et du pouvoir. En accord avec ses idées révolutionnaires, – il a joué un rôle majeur dans la révolution étudiante et ouvrière de mai 1968 -, il a vécu en marge de la société. Il refusait de se soumettre aux conditions de vie imposées par ce qu’il appelait « la société spectaculaire ».

Guy Debord fonde et anime successivement l’Internationale lettriste de 1952 à 1957 puis l’Internationale situationniste de 1957 à 1972.

Pour évoquer son œuvre, on ne peut pas ne pas commencer par évoquer la plus célèbre et la plus édifiante, paru en 1967, « La société du spectacle » œuvre dans laquelle il a conceptualisé la notion de spectacle, et qui s’érige comme une critique intransigeante des conditions modernes d’existences engendrées par le capitalisme : la consommation, les loisirs, la publicité, l’urbanisme, etc. Dans son œuvre maîtresse, ses théories se doublent de pratiques visant à la construction de situations, dont le fin annoncée est la mise en échec de tout ce qui s’interpose entre l’homme et sa vie. Il publiera en 1988, les commentaires sur la société du spectacle.

Citons entre autres parmi ses ouvrages l’Internationale situationniste, revue qu’il fonde en 1958, In girum imus nocte et consumimur igni en 1977, les Panégyrique en 1989.

« Guy Debord s’est donné la mort le 30 novembre 1994. En France, où il vivait, toute la presse a parlé de ce suicide car Debord, bien qu’il ait toujours limité ses apparitions publiques, était un person­nage connu. » Revue internationale  2006

La pensée originale de Guy Debord a largement influencé des penseurs par son approche de la société actuelle et l’opinion publique par son concept de spectacle.

Hervé Moine, ActuPhilo

Les archives de Guy Debord à la BnF

Article du Magazine Littéraire du 23 février 2011

Les documents relatifs à l’œuvre du philosophe situationniste ont failli partir pour les États-Unis. Elles entrent cette année à la Bibliothèque nationale de France.

Ceci conclut un feuilleton international à multiples rebondissements. Longtemps (jusqu’au début de l’année 2009) l’université américaine de Yale a souhaité acquérir les archives de Guy Debord (1931-1994) afin qu’elles rejoignent son centre de recherche sur les avant-gardes. Alice Debord, veuve de l’écrivain détentrice des droits moraux de son oeuvre, considérait alors très sérieusement l’éventualité de les faire exporter : pour elle, ces documents devaient être conservés en un seul lieu, à disposition des chercheurs. Après classification de ces archives comme «trésor national», l’exportation avait été refusée par le Ministère de la culture par arrêté du 29 janvier 2009. L’État disposait alors d’un délai de trente mois pour parvenir à un accord avec Alice Debord et acquérir le fonds. C’est à présent chose faite.

Dans un communiqué du 24 février 2011, le président de la Bibliothèque nationale de France, Bruno Racine, se réjouit d’accueillir «au sein des collections patrimoniales un penseur dont l’œuvre théorique et poétique a profondément influencé le dernier demi-siècle». Ces archives comprennent la quasi-totalité des documents de travail du philosophe, dont le manuscrit de La Société du spectacle (texte critique des conditions d’existence engendrées par le capitalisme moderne et fondateur de l’Internationale situationniste), toutes les versions de ses écrits et de ses films, une importante correspondance, des papiers personnels, des fiches de lectures et des archives photographiques témoins des activités engagées de l’auteur.

Guy Debord

Oeuvres

Quarto Gallimard

Présentation de l’éditeur

Ce volume, présenté dans l’ordre chronologique, contient : Tous les livres de Guy Debord : Rapport sur la construction des situations, Mémoires, La Société du spectacle, La Véritable Scission dans l’Internationale, Préface à la quatrième édition italienne de  » La Société du spectacle « , Considérations sur l’assassinat de Gérard Lebovici, Commentaires sur la société du spectacle, Panégyrique tome premier et second, In girum imus nocte et consumimur igni, édition critique,  » Cette mauvaise réputation… « , Des contrats.

Des tracts, manifestes et textes introuvables ou inédits : Manifeste pour une construction de situations, 1e partie chronologique de la conférence Histoire de l’Internationale lettriste, Projet pour un labyrinthe éducatif, Ecologie, psycho-géographie et transformation du milieu humain, Projet d’une anthologie de la revue  » Internationale situationniste « , etc. Des textes extraits des revues : Internationale lettriste, La Carte d’après nature, Potlatch, Les Lèvres nues, Internationale situationniste.

Les scénarios de ses films : Hurlements en faveur de Sade, Sur le passage de quelques personnes à travers une assez courte unité de temps, Critique de la séparation, La Société du spectacle, Réfutation de tous les jugements, tant élogieux qu’hostiles, qui ont été jusqu’ici portés sur le film  » La Société du spectacle « , In girum i mus nocte et consumimur igni, Guy Debord, son art et son temps. Des traductions, un choix de lettres et de nombreux documents iconographiques rares ou inconnus.

Pour se procurer le volume contenant les Oeuvres de Guy Debord

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Guy Debord

La Société du Spectacle

Folio

Quatrième de couverture

Guy Debord (1931-1994) a suivi dans sa vie, jusqu’à la mort qu’il s’est choisie, une seule règle. Celle-là même qu’il résume dans l’Avertissement pour la troisième édition française de son livre La Société du Spectacle« Il faut lire ce livre en considérant qu’il a été sciemment écrit dans l’intention de nuire à la société spectaculaire. Il n’a jamais rien dit d’outrancier. »

Pour se procurer l’ouvrage de Guy Debord « La société du spectacle »

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L’essence du spectacle

Extraits de la Société du Spectacle de Guy Debord

« Toute la vie des sociétés dans lesquelles règnent les conditions modernes de production s’annonce comme une immense accumulation de spectacles. Tout ce qui était directement vécu s’est éloigné dans une représentation. (…)

Le spectacle, compris dans sa totalité, est à la fois le résultat et le projet du mode de production existant. Il n’est pas un supplément au monde réel, sa décoration surajoutée. Il est le coeur de l’irréalisme de la société réelle. Sous toute ses formes particulières, information ou propagande, publicité ou consommation directe de divertissements, le spectacle constitue le modèle présent de la vie socialement dominante. Il est l’affirmation omniprésente du choix déjà fait dans la production, et sa consommation corollaire. Forme et contenu du spectacle sont identiquement la justification totale des conditions et des fins du système existant. Le spectacle est aussi la présence permanente de cette justification, en tant qu’occupation de la part principale du temps vécu hors de la production moderne. (…)

L’aliénation du spectateur au profit de l’objet contemplé (qui est le résultat de sa propre activité inconsciente) s’exprime ainsi : plus il contemple, moins il vit ; plus il accepte de se reconnaître dans les images dominantes du besoin, moins il comprend sa propre existence et son propre désir. L’extériorité du spectacle par rapport à l’homme agissant apparaît en ce que ses propres gestes ne sont plus à lui, mais à un autre qui les lui représentent. C’est pourquoi le spectateur ne se sent chez lui nulle part, car le spectacle est partout. »

Dans ces extraits du début de l’ouvrage, Guy Debord pose, sous forme de thèses, les fondements de sa conception du monde actuel. Si le spectacle renvoie évidemment à ce que nous connaissons tous à travers la télévision ou la publicité et les images en générale, il renvoie également à l’ensemble du fonctionnement des sociétés capitalistes actuelles. La question est donc de savoir ce qu’est devenu dans une telle société ? Quels sont les effets sur les individus de ce spectacle ? Selon Guy Debord, les individus sont devenu tout simplement des spectateurs qui se contente de contempler des images de la vie au lieu de la vivre vraiment. En effet, selon lui, nos sociétés accumulent des représentations d’elles-même, si bien qu’elles forment un spectacle omniprésent et permanent qui aliènent les hommes, ceux-ci se perdant dans une réalité étrangère et se trouvant dépouillés de leur propre existence.

A noter que Guy Debord ouvre son ouvrage par une citation de Feuerbach : « Et sans doute notre temps… préfère l’image à la chose, la copie à l’original, la représentation à la réalité, l’apparence à l’être… Ce qui est sacré pour lui, ce n’est que l’illusion, mais ce qui est profane, c’est la vérité. Mieux, le sacré grandit à ses yeux à mesure que décroît la vérité et que l’illusion croît, si bien que le comble de l’illusion est aussi pour lui le comble du sacré. » (Préface à la deuxième édition de L’Essence du christianisme)

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