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Nicolas Grimaldi : « Etre un homme, c’est sans cesse s’efforcer de l’être ».

Posted by Hervé Moine sur 1 mars 2011

Nicolas Grimaldi

L’inhumain

PUF (2011)

Présentation de l’éditeur

Qu’y a-t-il de plus semblable à un homme qu’un autre homme ? Mais qu’y a-t-il de plus irréductible à l’humain que l’inhumain ? Or, il n’y a qu’un homme pour être inhumain. L’un des plus singuliers paradoxes de l’inhumain est qu’il n’est pas en dehors de l’humain. Pour être inhumain, il n’est pas besoin d’avoir perdu tout sens de l’humain. Tout au contraire, l’inhumain est une des manières fort communes qu’ont les hommes d’assumer leur humanité. Quoique notre conscience morale s’en révolte et quoique notre logique s’en scandalise, il nous faut donc en reconnaître le fait : l’inhumain est une catégorie de l’humain.

Rien ne paraît plus monstrueux. Rien nest pourtant plus banal. Il suffit à chaque fois de ne pas reconnaître son semblable dans l’autre.

« Indéfiniment perpétré, le massacre des innocents n’a jamais cessé. Aussi l’histoire de l’inhumain est-elle coextensive à celle de l’humanité. Or le paradoxe de l’inhumain est que chacun croit bien faire en faisant aux autres tout le mal possible.
Il suffit pour cela de ne pas reconnaître son semblable dans l’autre. Car seul est notre semblable celui qui appartient au même monde que nous.
Propre à l’imaginaire de chacun, de chaque parti, de chaque religion, de chaque secte, ce monde intérieur est celui de nos croyances. Quiconque ne les partage pas en est exclu.
Comment aurait-on alors conscience d’être inhumain envers des êtres dont l’humanité ne nous paraît qu’une dérision, une provocation, ou un malentendu de plus?
Rien ne paraît plus monstrueux. Rien n’est pourtant plus banal. » En quatrième de couverture Presse Université de France

Pour se procurer l’ouvrage de Nicolas Grimaldi L’inhumain

Table des matières

I. — Un laboratoire de l’inhumain
II. — Banalité de l’inhumain
III. — Irrationalité de l’inhumain. Mal empirique et mal radical
IV. — La déshumanisation
V. — Quel autre est mon semblable ? L’ennemi ; Le barbare ; L’étranger
VI. — La guerre des mondes : Différentes humanités ou des espèces différentes ; Des mondes incompatibles ; La tolérance : une communauté de différences


“Comment un être humain peut-il sombrer dans l’inhumain ?”, interroge le philosophe Nicolas Grimaldi.

Article de Jean-Marie Durand paru dans le site des InRocks le 27 février 2011

http://www.lesinrocks.com/livres-arts-scenes/livres-arts-scenes-article/t/60476/date/2011-02-27/article/linhumain-un-essai-essentiel-sur-les-fondements-de-lhumanite/

De Robert Antelme (L’Espèce humaine) à Primo Levi (Si c’est un homme), l’expérience concentrationnaire nourrit les réflexions les plus fortes sur la définition de l’humanité et de son envers, l’inhumanité. Pour le philosophe français Nicolas Grimaldi, rien n’est en fait plus humain que l’inhumain. C’est ce paradoxe apparent qu’il soulève et interroge.

« Comment des hommes ont-ils jamais pu agir envers des hommes comme s’ils n’en étaient pas ? », se demande-t-il dans une riche digression philosophique nourrie de ses lectures d’Antelme, Levi, Hannah Arendt, Christopher Browning, Sebastian Haffner (Allemand antinazi) et Stendhal.

L’autre au fondement de la question de l’humanité

Il n’y a qu’une seule cause de l’inhumain, avance Grimaldi : « Elle consiste dans le fait d’être si insensible à l’autre qu’il nous devient indifférent. » Il y a à l’origine de l’inhumain « une sorte d’aveuglement ». En ne reconnaissant pas son semblable dans l’autre, en refusant la possibilité d’un monde commun, l’homme ouvre la voie de l’inhumanité.

Car ce qui est humain dans l’homme, c’est de se sentir profondément uni à tous les autres, ne serait-ce que « par la pathétique détresse qui leur est commune ». Pour Grimaldi, « l’humanité consiste à porter la vie des autres comme une partie de la sienne et à leur communiquer la sienne comme une partie de la leur ».

Mais pourquoi et comment naît parfois en l’homme ce sentiment d’appartenir à une espèce différente qui le rendrait incompatible, au point de vouloir éliminer l’autre ? A l’origine d’une personnalité, avance Grimaldi, « il est vraisemblable qu’il y ait un choix originaire, secret, implicite, informulé, peutêtre même aussi inconscient qu’inavoué, par lequel chacun définit le type d’homme qu’il voudrait être, en l’ayant imaginé ». Chacun d’entre nous se forme en effet « l’image d’un type humain » qui oriente et détermine la plupart de ses attitudes.

Nos réactions restent orientées et réglées par ce choix originel d’une certaine tonalité. Ce choix se construit notamment à travers la lecture, qui « nous fait vivre mille fois, avant que la vie nous y invite, les attitudes par lesquelles s’exprime l’humanité ».

A chacun d’inventer sa propre humanité

Car l’humanité n’est donnée à aucun homme, il revient à chacun de l’inventer pour soi ; à la différence des autres espèces, l’humanité est « une tâche » : « Etre un homme, c’est sans cesse s’efforcer de l’être (…). C’est en imaginant ce qu’elle pourrait être que chacun choisit le modèle de la sienne. »

Il existe donc autant d’humanités que d’individus : les diverses manières que chacun a d’envisager les rapports amoureux ou sociaux sont la trace de cette multitude. La grande question non élucidée, qui est aussi un défi politique, reste de savoir comment maintenir une communauté possible entre des individus « qui récusent d’avoir en commun aucune sorte d’humanité ».

Dans une langue à la fois dépouillée et habitée, ouverte au doute de la pensée autant qu’à l’affirmation d’attentes vitales, Nicolas Grimaldi nous souffle que l’humanité, « c’est l’horizon sur lequel se profile la façon singulière qu’a chacun d’improviser la sienne ». Cette articulation entre nos libertés et nos obligations, entre nos indifférences et nos reconnaissances, forme le coeur de la tension entre l’humain et l’inhumain, cet horizon flottant dont il appartient à chacun de conjurer les menaces.

Pour se procurer l’ouvrage de Nicolas Grimaldi L’inhumain

Nicolas Grimaldi, l’enquêteur de nos expériences de la subjectivité.

Né en 1933, Nicolas Grimaldi est philosophe, auteur de nombreux ouvrages et essais philosophiques. Agrégé de philosophie et docteur es-lettres, il enseigna d’abord en Khâgne à Janson de Sailly et à Jules Ferry à Paris puis à l’université de 1971 à 1983 successivement à Brest, Poitiers et Bordeaux. Il est actuellement professeur émérite à l’université Paris IV-Sorbonne où il a enseigné de 1983 à 1994. Il y a occupé successivement les chaires d’histoire de la philosophie moderne et de métaphysique.

Spécialiste de Descartes, Nicolas Grimaldi, il publie sur l’auteur du Discours de la Méthode, en 1978, L’Expérience de la pensée dans la philosophie de Descartes, en 1988, Six études sur la volonté et la liberté chez Descartes, en 1992, Descartes. La morale, et en 2006 Descartes et ses fables.

Nicolas Grimaldi ne s’en tient pas à l’étude de l’illustre philosophe ni ne révèle un esprit de système. Au contraire, sa réflexion apparaît plutôt libre et les sujets qu’il aborde divers et variés, ceux-ci portant, en effet aussi bien sur l’imaginaire, le désir, la solitude, le temps, le travail, le jeu, la liberté, le religieux, que l’amour et la jalousie, le moi et à présent l’inhumain c’est-à-dire l’humain. La plupart de ses ouvrages cherche à élucider nos expériences de la subjectivité comme le montre l’Ontologie du temps en 1993, le Traité des solitudes en 2003, l’Essai sur la jalousie. L’enfer proustien en 2010, ou encore les récentes Métamorphoses de l’amour en 2011.

On remarquera une réflexion nourrie de nombreuses références tant philosophiques que littéraires. En effet, des présocratiques et Socrate aux existentialistes et Hannah Arendt en passant par Descartes évidemment et Marx, les philosophes côtoient dans son œuvre Kafka, Baudelaire, Proust, Simenon ou Tolstoï pour ne citer qu’eux.

Hervé Moine, ActuPhilo

Les oeuvres de Nicolas Grimaldi

  • L’inhumain, PUF, 2011
  • Les métamorphoses de l’amour, Grasset, 2011
  • Essai sur la jalousie. L’enfer proustien, PUF, 2010
  • Une démence ordinaire, PUF, 2009
  • Proust, les horreurs de l’amour, PUF, 2008
  • Préjugés et paradoxes, PUF, 2007
  • Descartes et ses fables, PUF, 2006
  • Le Livre de Judas, PUF, 2006
  • Traité de la banalité, PUF, 2005
  • Bref traité du désenchantement, Livre de Poche, 2004 (réédition)
  • Socrate, le sorcier, PUF, 2004
  • Traité des solitudes, PUF, 2003
  • L’Homme disloqué, PUF, 2001
  • Ambiguïtés de la liberté, PUF, 1999
  • Bref Traité du désenchantement, PUF, 1998
  • Le Travail, communion et excommunication, PUF, 1998
  • Etudes cartésiennes: Dieu, le temps, la liberté, Vrin, 1996
  • Le Souffre et le Lilas. Essai sur l’esthétique de Van Gogh, La Versanne, 1995
  • L’ardent sanglot, La Versanne, 1995
  • Partie réservée à la correspondance, La Versanne, 1995
  • Ontologie du temps, PUF, 1993
  • La Jalousie, étude sur l’imaginaire proustien, Acte Sud, 1993
  • Le Désir et le temps, Vrin, 1992 (réédition)
  • Descartes. La morale, Vrin, 1992
  • Six études sur la volonté et la liberté chez Descartes, Vrin 1988
  • Introduccion a la filosofia de la historia de K. Marx, Dossat, 1986
  • L’Art ou la feinte passion. Essai sur l’expérience esthétique, 1983
  • L’Expérience de la pensée dans la philosophie de Descartes, Vrin, 1978
  • Aliénation et Liberté, Masson, 1972
  • Le Désir et le temps, PUF, 1971
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Une Réponse to “Nicolas Grimaldi : « Etre un homme, c’est sans cesse s’efforcer de l’être ».”

  1. Une réflexion salutaire alors que nous sommes maintenant 7 milliards d’humains et que les prochaines guerres risquent d’être celles de l’eau, de la nourriture et de l’espace vital.
    Parmi toutes les merveilleuses pensées de Nicolas Grimaldi, retenons celle-ci énoncée au micro de Raphael Enthoven en avril dernier « Le propre de l’homme c’est qu’il se sent capable d’une infinité d’autres vies dont la sienne l’a privé ».

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